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Full text of "Revue d'Alsace"

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REVUE  D'ALSACE 


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REVUE  D'ALSACE 


NOUVELLE    SÉRIE 

TOME  3* 


TOME  XL'  DE  LA  COLLECTION 


PARIS 
LIBRAIRIE   FISCHBACHER 

Société  anonyme 

33,   RUE  DE  SEINE,   33 

1889 


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REVUE  D'ALSACE 


NOUVELLE    SÉRIE 

TOME  3» 


TOME  XL'  DE  LA  COLLECTION 


PARIS 
LIBRAIRIE   FISCHBACHER 

Société  anonyme 

33,   RUE  DE  SEINE,   33 

1889 


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Han'ard  Colle;.^c  Libraiy 

APR  18  1908 

Ilolicnzollern  Collection 
Gifl  of  A.  C.  Coolidge 


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EnHOLOGIES  V06ES0-RHENMES 

SEL  -  VÊTEMENT 


I. 


Le  sel  a  dû  être  une  des  premières  substances  recherchées 
pour  Talimentation  du  corps  humain.  Les  animaux  mêmes, 
guidés  par  Tinstinct  de  conservation,  le  découvrent  jusque 
sur  les  parois  calcaires  des  habitations,  et  quand  les  espèces 
domestiques  atteignent  ces  parois,  elles  font  souvent  entendre 
un  cri,  un  gémissement  qui  peut  être  interprété  comme  la 
manifestation  de  leur  contentement.  Ce  cri  ou  ce  gémisse- 
ment monosyllabique  est  accentué  d'une  façon  différente 
quand  on  empêche  Tanimal  de  miner  plus  profondément  la 
pierre  choisie,  entre  toutes,  parce  qu'elle  est  plus  salifère 
que  les  voisines.  Content  d'abord,  l'animal  gronde  quand  on 
lui  refuse  ce  qu'il  a  trouvé  et  qui  lui  est  nécessaire. 

Le  cRoi  de  la  Création»  a,  comme  l'animal,  désigné  la 
même  substance  par  une  expression  monosyllabique.  Cette 
expression  est  demeurée  intacte  à  travers  les  littératures,  les 
dialectes  et  les  idiomes  les  plus  divers.  Nos  patois  nous  l'ont 
transmise  avec  des  nuances  phonétiques  nombreuses,  mais 
dont  aucuna  ne  peut  masquer  l'évidente  communauté  d'ori- 
gine. Quelques  exemples,  puisés  dans  les  patois  dits  romans 
de  l'Est,  le  prouvent. 

Dans  les  idiomes  du  versant  occidental  des  Vosges  on 
trouve  le  sel  désigné  sous  les  noms  de:  sau  en  Franche- 
Comté;  sa  dans  l'ancienne  principauté  de  Montbéliard,  dans 


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6  REVUE   D' ALSACE 

le  territoire  de  Belfortet  le  pays  de  Porrenlruy;  sau  et  sô 
dans  les  Vosges  et  la  Lorraine. 

Tantôt  celte  monosyllabe  est  notée  comme  substantif 
masculin^  tantôt  comme  substantif  féminin.  Tantôt  le  lexico- 
graphe la  fait  dériver  du  latin  sal,  tantôt  de  l'allemand  sàb. 


II. 


Beaucoup  de  Folkloristes  modernes  prétendent  au  con- 
traire que  le  sal  latin,  le  sala  allemand  et  le  sd  français, 
voire  même  le  (SfXç  ou  àXoc  (als-àlos)  grec,  pour  ne  citer 
que  ces  principaux  dialecies,  procèdent  de  la  langue  celtique; 
de  sorte  que,  en  vertu  de  l'inéluctable  vérité  de  fait  que  le 
parler  populaire  a  précédé  les  parlers  littéraires,  le  sâ^  sô  ou 
sau  patois  serait  un  débris  archéologique  soumis  par  les 
patoisants  à  l'appréciation  des  spécialistes  en  philologie.  Les 
Folkloristes,  dont  il  est  question,  appliquent  le  même  rai- 
sonnement à  une  quantité  d'autres  mots  rencontrés  dans  les 
divers  idiomes  populaires  de  la  vieille  Gaule  et  c'est  à  ce 
point  de  vue  philologique  qu'ils  considèrent  comme  utiles  les 
volumineuses  collections  de  mots  patois  publiées  depuis 
quelques  années  par  les  sociétés  savantes. 

Parallèlement  à  la  question  philologique  se  pose  la  question 
des  croyances  et  de  la  tradition  des  Celtes  ou  Âryas  dans  les 
temps  lointains.  Cette  dernière  parait  être  le  terrain  sur 
lequel  se  confine  spécialement  une  école,  Técole  mythique, 
qui  a  ses  représentants  chez  les  diverses  nations  et  dont 
Auguste  Stœber  avec  Georges  Stoffel  et  d'autres  furent  les 
fervents  disciples  en  Alsace,  sans  cesser  d'ailleurs  de  se 
rattacher  par  leurs  travaux  à  une  école  moins  exclusive, 
l'école  historique. 

Ce  laconique  exposé  se  lie  à  divers  travaux  publiés,  dans 
ces  derniers  temps,  par  la  Société  philomathique  des  Vosges. 


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ÉTYMOLOGIES  VOGÉSO -RHÉNANES 


III. 


D'an  puits  de  forme  ovale,  aux  parois  en  pierres  de  taille 
bien  appareillées,  et  de  plusieurs  objets  sortis  de  décombres 
qui  ont  comblé  ce  puits,  M.  Gaston  Save  établit  qu'il  servait^ 
aux  temps  gallo-romains,  à  l'extraction  des  eaux  salées  pro- 
venant de  d'immense  gisement  salin»  s'étendant  sous  plu- 
sieurs communes  et  lieux-dits  actuels,  dont  les  noms  mo- 
dernes dérivent.  Il  établit  que  les  Romains  exploitèrent  les 
sources  salées  de  l'arrondissement  de  Saint-Dié;  qu'une 
route, via  salinaria^  strata  salinatarumy  est  ainsi  désignée  par 
d'anciens  titres  ;  qu'on  a  découvert  les  assises  de  ce  banc 
salifére  depuis  Saales  jusqu'à  Saint-Biaise,  et  il  conclut  que  : 
Satdceratff  aux  quatre  sources  salées,  La  SaUe,  La  Sauce^  Le 
Saucy,  près  de  Belval;  le  champ  de  Sdies  et  les  Salsards, 
près  de  Moussey  ;  Salingouttey  près  de  Saint-Stail  ;  Saltfontaine, 
près  de  Coinchimont;  la  Sauce,  près  des  Hautes-Fosses  ;  la 
Saline,  près  de  la  ferme  de  Grande-Fosse;  la  Salsée,  près  de 
Ranrupt;  Saidxures,  canton  de  Saales;  le  Fuid,  près  de  Ver- 
mont;  Saales  enûn  formaient  le  Ban  de  Selses  qu'il  trouve 
désigné,  avec  diverses  variantes  graphiques  {Suleez,  Sessee, 
Celles,  Cdses,  etc.)  dans  des  titres  de  1049  à  1335.  La  con« 
clusion  de  M.  Save,  quant  à  l'origine  des  noms  de  localités 
et  de  lieux-dits,  est  certainement  l'expression  de  la  vérité 
historique,  et  celte  vérité  de  fait  s'applique  aussi  bien  à  l'Al- 
sace qu'au  Ban  de  Selses  vosgien. 


IV. 

Schœpflin  ne  mettait  pas  en  doute  que  certaines  localités 
de  l'Alsace,  où  des  eaux  minérales  arrivaient  au  jour,  doivent 
leurs  noms  à  la  qualité  alcaline  de  ces  eaux,  c  C'est  ainsi. 


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8  REVUE  d'Alsace 

dit-il  ^  qu'il  y  a  des  bains  à  Soulte^  près  Molsheim;  SouliSj 
dans  la  seigneurie  de  Fleckenstein,  possède  une  saline; 
SoviUsibach  et  Soultematt  ont  des  eaux  minérales.  Le  village 
de  SotdceSy  dans  le  comté  de  Laroche,  voisin  de  TAlsace,  tire 
aussi  son  nom  d'une  source  salée.  » 

Dans  le  patois  du  versant  oriental  jusqu'au  Rhin,  limite 
qu'il  ne  faut  pas  franchir,  le  sd  se  trouve  ainsi  désigné  dans 
les  titres  du  moyen  âge  :  selzy  salz,  salis j  salzee  au  viii®  siècle; 
sulza  au  ix*^;  suleise  au  xiii^;  svlze  au  xiv®;  suite  au  xv®  et 
ainsi  de  suite  jusqu'à  nos  jours,  où  un  patoisant  alsacien  qui 
ne  se  piquera  point  de  germanisme  l'écrira  franchement 
sàUe  au  lieu  de  salz. 

Dans  ses  Lieux-dits,  Georges  Stoffel*  découvre  la  présence 
du  sel  dans  trente  localités  de  la  Haute-Alsace  :  à  Soultz,  près 
Guebwiller,  SuUfe  en  708;  à  Ribeauvillé  in  der  Suhze  en 
1278;  à  Rixheim  in  der  SuU/sf  en  1456  et  Sulcjg  en  1507  ;  à 
Jetlingen  am  SuUzacher  en  1540;  à  Lepuix,  territoire  de 
Belfort,  sood;  à  Soultzbach  s^ub  en  1222  ;  à  Gundolsheim  uff 
die  Zulsjs^hach)  ;  à  Mortzwiller  stda  et  suUz,  source  qui  donne 
son  nom  à  un  ruisseau,  un  chemin  et  une  haie;  à  Roppentz* 
willer  5uZjer  ;  àWegscheid  sulta  en  1567;  à  Riedisheim  sul/sen 
1270;  à  Uffholtz  sulz  en  1529;  à  Soulzeren,  dont  Grimm  fait 
Sulzenheim  et  les  Vosgiens  Susney,  sulz(rein)]  à  Soultzmatt 
suih  en  1044;  à  Kœtzingen  sultz;  à  Carspach  suUe  en  1739; 
à  Kiffis  saai(hoff)  ;  à  Salberl,  territoire  de  Belfort,  sale  en 
1347;  à  Bas-Evette  mdiUsaucy;  à  Soppe-le-Haut  et  Soppe-le- 
Bas  stis  et  suljg;  à  Waldighofen  saal  en  1603  ;  à  Riespach  sali 
en  1567;  à  Guémar  sahl  en  1630  et  ici  le  nom  est  donné  à  un 
chemin,  et  enûn  à  Rheinfeld  ^aZ^-gau,  ces  deux  dernières 
dénominations  répondant  assez  directement  à  la  via  salinaria 
et  au  Ban  des  Selses  vosgiens. 

De  ces  indications  sommaires   il  résulte  qu'en  Alsace, 

1  Tome  4,  p.  205,  trad.  Ravenez. 

2  Édition  de  Mulhouse,  1876. 


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ÉTYMOLOGIES  VOGÉSO-RHÉNANES  9 

comme  en  Lorraine,  le  sel  fut,  sous  les  Celtes,  les  Romains 
et  les  Francs,  l'objet  d'une  exploitation  plus  ou  moins  déve- 
loppée, plus  ou  moins  perfectionnée,  et  que  la  dénomination 
celtique  de  cette  substance  ne  dérive  ni  du  grec,  ni  du  latin, 
ni  du  français,  ni  de  l'allemand,  la  langue  celtique  étant 
beaucoup  plus  ancienne  que  celles-ci. 


SchœpQin  était  moins  timoré  que  beaucoup  de  philologues 
à  l'encontre  de  la  langue  propre  aux  populations  qui  succé- 
dèrent à  l'âge  de  pierre.  Pour  lui  tout  ce  que  Jules  César  rap- 
porte relativement  aux  noms  de  lieux  et  de  choses,  étrangers 
au  latin,  appartient  à  la  langue  celtique^.  Les  Romains 
d'abord,  les  Francs  ensuite  ajoutèrent  à  ces  noms  de  lieux  et 
de  choses  des  désinences  latines  et  des  désinences  tudesques 
qu'il  suffit  généralement  de  retrancher  pour  avoir  le  mot  celte. 
Si,  de  prime  abord,  cette  règle  parait  reposer  sur  une  base 
solide,  il  ne  faut  pas  conclure  qu'elle  soit  d'une  application 
rigoureuse  à  tous  les  cas.  Il  appartient  à  l'homme  d'étude,  à 
l'étymologiste  de  discerner  les  cas  où  il  faut  préférer  cette 
méthode  à  des  cascades  analytiques  qui  ne  démontrent  rien, 
sinon  la  dextérité  de  l'étymologiste  dans  le  maniement  d'une 
logomachie  technique  parfois  amusante. 

VI. 

L'élément  liquide,  d'alimentation  et  de  purification  devait 
certainement  occuper  une  place  dans  les  idées  religieuses  des 
Celtes  Séquanais  et  Médiomatriks  de  l'Alsace,  de  même  que 
dans  celles  des  Leuquois,  leurs  voisins.  Les  recherches  n'ont 
fourni,  que  nous  sachions,  aucun  monument  archéologique 
susceptible  d'éclairer  la  question.  Il  faut  recourir  à  l'Inde,  à 

^  Ulustrata,  —  L'Alsace  celtique,  trad.  Ravenez,  t.  I,  p.  195  et  suiv. 


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40  REVUE  D'ALSACE 

l'Asie^  à  rÉgyple,  aux  Grecs  et  aux  Romains,  pour  tirer  des 
déductions  probables  à  appliquer  à  la  région  vogéso-rhénane. 
Si  l'Hindou  se  prosternait  sur  les  rives  du  Gange  pour  réciter 
ses  prières,  c'est  qu'il  personnifiait  le  fleuve,  créateur  des 
bienfaits  de  la  vie,  de  même  que  l'Égyptien  le  faisait  pour  le 
Nil.  Nos  Celtes,  descendus  de  l'Inde,  auraient,  selon  Schœpflin 
et  Auguste  Slœber,  voué  le  même  culte  au  Rhin,  dont  le  nom 
est  celtique  :  rJiên  ou  plutôt  hrên,  dont  les  Romains  ont  fait 
Bkenus  et  les  Germains  Ehein.  Quant  aux  Grecs  et  Romains, 
leur  Olympe  était  assez  riche  en  divinités  pour  en  fournir  à 
chaque  cours  d'eau,  à  chaque  source  ou  fontaine  et  assez 
vaste  pour  y  loger  celles  que  le  mysticisme  ne  cessait  de 
créer.  Nos  Celtes,  d'origine  orientale,  avaient  vraisemblable- 
ment aussi  les  leurs,  que  l'on  aimerait  à  voir  mieux  spécia- 
liser en  arrachant  aux  mystères  de  la  chênaie,  à  la  discrétion 
des^Druides  et  des  Bardes  quelques  bribes  de  leur  théogonie. 
Nous  aimons  à  croire  que  nos  sources  alcalines  de  l'Alsace 
et  de  la  Lorraine  bénéficieraient  considérablement  à  la 
moisson  scientifique  que  prépareraient  de  sérieux  piocheurs 
sur  le  domaine  celtique  des  rives  du  Rhin,  de  la  Meurthe  et 
de  la  Moselle. 

Pour  l'époque  gallo-romaine  on  ne  manque  pas  de  divinités 
de  tout  calibre  sous  la  prgtection  desquelles  fleuves,  rivières 
et  fontaines  de  la  vallée  du  Rhin  étaient  placés.  L'élément 
germain  y  apporta  aussi  son  contingent  mythique,  mais  il 
n'eut  pas  le  temps  de  le  faire  prévaloir,  car,  avec  le  christia- 
nisme naissant,  les  prêtres  substituèrent  aux  divinités  tuté- 
laires  le  nom  d'un  saint,  d'un  martyr,  presque  toujours  le 
patron  de  la  paroisse  en  formation.  C'est  ainsi  qu'en  Alsace 
beaucoup  de  sources  sont  demeurées  un  lieu  de  pèlerinage 
auquel  l'humanité  soufi*rante  vient  encore  chaque  jour  de- 
mander un  soulagement  à  ses  maux.  L'hydrologie  populaire, 
mythologique  et  hygiénique  est  encore  une  page  blanche  de 
notre  histoire  locale  à  remplir.  Outre  les  saints  du  calendrier, 


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ÉTYMOLOGIES  VOGÉSO- RHÉNANES  11 

l'explorateur  rencontrera  quelques  sources  qui  ont  échappé 
au  baptême  et  dont  le  nom  laïque  est  dû  à  des  particularités 
modernes  ou  relativement  modernes;  il  reconnaîtra  aisément 
celles  qui  ont  conservé  le  nom  et  le  parfum  celtiques. 

Dans  le  voisinage  de  Belfort  nous  avons  rencontré  les  fon- 
taines de  Saint-Ambroise  à  Bavillier,  de  Sainte-Geneviève  et 
de  la  Sécheresse  à  Essert,  de  Saint-Christophe  à  Brace,  de 
Saint-Tiburce  à  Danjoutin,  de  Sainl-Roch  à  Pérouse,  de 
Sainte-Brigitte  à  Égoenigue,  de  Thierbrunn,  romanisée  Dier- 
boncy  à  PhafTans,  de  Saint  Genest  à  Chévremout,  de  Chante- 
reine  à  Méroux,  d'Oye  à  Châtenois,  de  la  Goulotte  à  Banvil- 
lard  et  enfin,  dans  un  lieu  perdu,  la  source  de  la  c  dame  à 
queue  de  serpent»,  qui  évoque  la  légende  de  Mélusine  et  le 
pouvoir  magique  de  la  fée  celte  qui  avait  présidé  à  la  nais- 
sance de  la  dame. 

VII. 

Le  vêtement,  si  rudimentaire  qu'il  fût,  a  dû  être,  comme 
la  nourriture,  l'objet  d'une  désignation  vocale  résultant  de 
l'usage  que  l'homme  en  faisait  dans  les  conditions  particu- 
lières de  son  existence.  Admettre  que  quelques-unes  des  dé- 
nominations primitives  ont  dû  ou  seulement  pu  passer  de 
l'idiome  dans  le  dialecte,  puis  dans  la  langue,  n'est  pas,  ce 
semble,  une  proposition  inacceptable.  En  piochant  nos 
patois  on  dégagerait,  peut-être,  des  preuves  à  l'appui  de 
cette  thèse.  Dire  que  cette  pensée  a  traversé  l'esprit  de 
M.  Gaston  Save  quand  il  écrivait  son  intéressante  revue  de 
l'ancien  costume  vosgien,  ce  serait  trop  s'avancer;  mais 
après  avoir  lu  cette  étude,  on  ne  saurait  non  plus  af&rmer 
que  cela  n'a  pas  été  entrevu,  sinon  indiqué.  —  Quoi  qu'il 
en  soit,  M.  S.  a  pensé,  avec  raison,  qu'au  moment  où  la 
rapidité  de  transformation  aura  tantôt  fait  disparaître  les 
derniers  vestiges  du  vêtement  qui  distinguait  l'homme  des 
champs  de  l'homme  de  la  ville,  il  importe  de  conserver  au 


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12  REVUE  D'ALSâCE 

moins  le  souvenir  de  quelques-uns  des  caractères  distinctifs. 
Pour  ébaucher  la  description  du  costume  des  ancêtres^  il  lui 
faudra  donc  recourir  au  patois  Leucien  ou  Leuquois  encore 
usité  dans  les  Vosges. 

Que  Grégoire  de  Tours,  Joinville,  Vilhardouin,  Froissart, 
les  romans  de  la  Rose,  de  Berthe,  Rabelais,  Ronsart,  Ménage, 
etc.,  etc.,  contiennent  certains  mots  susceptibles  d'être  rap- 
prochés de  mots  patois  encore  en  usage,  cela  ne  prouve  pas 
que  le  patois  les  leur  ait  empruntés.  La  proposition  inverse 
est  plus  rapprochée  de  la  vérité  de  fait. 

Que  Littré  écrive^  que  les  patois  sont  cdes  produits  natu- 
rels et  réguliers  d'une  vaste  formation  déterminée  par  le 
concours  de  la  condition  collective  et  de  la  condition  particu- 
lière», c'est  une  visée  générale  admise;  qu'il  ajoute  que  des 
patois  sont  contemporains  du  français,  qu'ils  plongent, 
comme  lui,  par  leurs  racines  dans  le  latin,  d'où  toute  langue 
romane  dérive^  et  dans  le  compartiment  provincial  qui  les  a 
produits»,  ce  n'est  qu'une  vérité  relative,  car,  il  le  dit  lui- 
même,  cela  n  exclut  pas  l'existence  de  racines  plongeant  dans 
le  passé  bien  au  delà  du  monde  romain.  Les  travaux  des  phi- 
lologues moderneS;  notamment  ceux  de  M.  le  professeur 
d'Arbois  de  Jubainville,  des  naturalistes,  des  archéologues, 
des  Folkloristes,  aussi  bien  ceux  de  l'école  mythique  que 
ceux  de  l'école  historique,  ont  fait  faire  à  la  science  des  pas 
en  avant  qui  laissent  loin  derrière  eux  les  généralités  qui  ont 
précédé.  Au  point  de  vue  de  l'origine  des  patois,  la  science 
sera-t-elle  entraînée,  par  les  orientalistes,  à  remonter  le 
chemin  des  grandes  migrations  jusqu'au  berceau  des  nations 
européennes?  C'est  ce  qu'il  est  permis  de  croire  inévitable. 

Étudier  chacun  de  nos  patois,  Médiomatrik,  Leucien  et 
Séquanais,  dans  le  compartiment  qui  lui  est  propre  et  dont, 
selon  M.  Littré,  il  serait  le  «produit  naturel  et  régulier»,  ce 

1  Histoire  de  la  langue  française,  t.  II,  p.  94-95. 


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ËTYMOLOGIES  VOGÉSO- RHÉNAN  ES  13 

ne  serait  pas  faire  de  la  philologie  proprement  dite,  mais  de 
rarchéologie  linguiste  et  populaire.  Les  publications  parues 
dans  ces  derniers  temps  ont  quelque  tendance  à  entrer  dans 
cetle  voie,  mais  toutes  trahissent  une  hésitation  résultant  de 
la  crainte  de  trop  s'écarter  du  champ  des  Belles-Lettres. 
Moins  de  réserve  ou  de  pruderie  classique  ne  nuirait  pas; 
bien  au  contraire. 

11  s'agirait  donc  de  rechercher  dans  la  littérature  orale  et 
dans  la  littérature  écrite  de  nos  patois  de  l'Est  les  mots  dont 
c  les  racines  ne  plongent  >  ni  dans  le  grec  ni  dans  le  latin, 
et  d'en  former  un  recueil  archéologique  du  parler  populaire, 
afin  de  fournir  aux  étymologistes  ainsi  qu'aux  philologues 
quelques  sujets  d'étude  dont  ils  peuvent  ignorer  l'existence. 
Les  publications  spéciales  sont  à  consulter,  puis  les  textes  en 
grand  nombre,  parait-il,  qui  n'ont  pas  été  utilisés  par  les 
auteurs  de  ces  publications.  En  ne  s'écartant  pas  de  la 
question  principale,  en  se  confinant  dans  ce  programme 
aride,  il  faut  en  convenir,  on  arriverait  probablement  à  dis- 
siper une  équivoque  qui  se  présente  même  dans  les  livres 
des  meilleurs  auteurs,  et  qui  consiste  à  faire  du  dialecte  cel- 
tique et  du  dialecte  gaulois  une  seule  et  même  langue  ou 
deux  dialectes  différents,  au  choix  du  lecteur.  Généralement 
on  piétine  dans  cette  confusion,  réelle  ou  apparente,  par  la 
raison  que  les  auteurs  emploient  parallèlement  ces  qualifica- 
tifs appliqués  au  même  sujet.  En  d'autres  termes,  le  gaulois 
et  le  céUique  sont-ils  un  seul  et  même  dialecte  c  plongeant 
par  ses  racines  dans  le  latin  d'où  toute  langue  romane  dérive», 
comme  Ta  écrit  Littré,  ou  bien  deux  dialectes  différents  cor- 
respondant, l'un  avec  la  vie  populaire  de  l'âge  de  pierre, 
l'autre  avec  les  migrations  aryennes  ou  l'âge  de  bronze?  L'ar- 
chéologie proprement  dite  a  conduit  la  science  à  cette  divi- 
sion des  temps.  Est-il  déraisonnable  de  penser  qu'un  labeur 
analogue  concernant  les  parlers  populaires  peut  aboutir  à 
des  résultats  du  même  genre? 


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14  REVUE  D'aLSACE 

Le  hasard  ajoule  chaque  jour  une  pièce  nouvelle  aux 
musées,  grands  et  petits,  que  Ton  forme  un  peu  partout,  a 
l'appui  des  déductions  scientifiques.  Pourquoi  ne  fouillerait- 
on  pas  le  domaine  des  idiomes  aGn  d'y  découvrir  les  mots 
revêtus  d'une  patine  assez  caractérisée  pour  être  rangés  dans 
le  musée  lingual?  Mais  le  sillon  ne  peut  être  ouvert  que  par 
des  patoisants,  seuls  compétents  pour  opérer  les  fouilles  et 
reconnaître  les  épaves  à  recueillir.  La  Sociéùé  philomaûhique  de 
Saint-Blé  en  compte  deux  parmi  ses  membres  :  M.  le  cha- 
noine HingreetM.  Gaston  Save,  àl'attenlion  desquels  les  notes 
qui  précèdent  se  recommandent. 

J«   LiBLIN. 


ERRATA. 


Des  difficultés  qui  ne  devaient  pas  être  prévues  ont 
retardé  la  distribution  du  dernier  trimestre  de  1888;  il 
était  composé  dès  les  premiers  jours  de  novembre.  Par  rico- 
chet; ces  difficultés  ont  occasionné  des  négligences  et  des 
fautes  d'impression  qu'il  importe  de  rectifier. 

Couverture,  ligne  9,  et  Table  finale  des  matières,  p.  507,  ligne  5, 
au  lieu  de  «  dimanches  chez  les  plénipotentiaires  o  lisez  :  démarches, 
P.  453,  lig.  8  du  bas,  «  intact  »,  lisez  :  intacts, 
P.  454,  lig.  13,  au  commencement  de  la  ligne,  ajoutez  :  à, 
P.  455,  lig.  16,  au  lieu  de  «  passé»,  lisez;  passée. 
P.  465,  lig,  1,  au  lieu  de  a  attribuer  e,  lisez:  l'attribuer, 
P.  466,  lig.  9,  au  lieu  de  aces  reliques»,  lisez  :  les  reliques. 
P.  469,  lig.  15,  au  lieu  de  o  les  dimentions»,  lisez:  des  dimensions, 
P.  491,  lig.  5,  au  lieu  de  «  répudié  »,  lisez  :  répudiée. 
P.  496,  lig.  7  du  bas.  Au  lieu  de  «prétentions  »,  lisez  :  prétéritions, 
P.  497,  lig.  19  et  20.  Au  lieu  de  «  consonne  et  compassé  d*or  »,  lisez  : 
couronné  et  lampassé  d'or. 


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LES 

MANUSCRITS  ALLEMANDS 

BS  LA 

BIBLIOTHÈQUE  NATIONALE 

RELATIFS  A  L'HISTOIRE  D'ALSACE 


DaDS  la  nuit  terrible  du  24  août  1870,  où  une  nation  civi- 
lisée —  à  ce  qu'elle  prétend  —  lança  ses  bombes  sur  la 
bibliothèque  de  Strasbourg,  furent  consumées,  avec  tant 
d'autres  richesses,  les  vieilles  chroniques  qui  gardaient  le 
souvenir  du  passé  de  notre  Alsace.  La  plupart  de  ces  chro- 
niques n'avaient  jamais  été  livrées  à  la  presse  :  si  bien  que, 
dans  leur  ensemble,  elles  sont  perdues  pour  toujours. 
Récemment,  la  Société  pour  la  conservation  des  monuments 
historiques  d'Alsace  a  commencé  à  en  réunir  les  restes  épars, 
à  recueillir  les  différentes  copies  prises  avant  l'année  fatale 
et  à  publier  tous  les  fragments  amassés.  L'œuvre  qu'elle  a 
entreprise  est  digne  d'éloges  et  elle  est  appelée  à  rendre  aux 
historiens  d'inappréciables  services.  Nous  voudrions  y  con- 
tribuer pour  notre  part,  en  faisant  connaître  les  manuscrits 
allemands  de  la  bibliothèque  nationale,  relatifs  à  l'histoire 
d'Alsace  et  dont  la  plupart  n'ont  jamais  été  l'objet  d'une  ana- 
lyse sérieuse. 

Un  autre  sentiment  nous  a  encore  poussé  à  nous  livrer  h 
ce  travail.  Le  prince  de  Ilohenlohe,  dont  le  règne  marquera 
certes  dans  l'histoire  de  l'Alsace,  a  interdit  le  séjour  de  leur 


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16  REVUE  D'aLSàCE 

pays  natal  à  tous  les  Alsaciens  qui  n'ont  pas  oublié  les  bien- 
faits de  la  France.  II  y  a  plus,  par  une  mesure  inouïe  et  à 
laquelle  est  restée  étranger,  à  coup  sûr,  le  monde  savant  de 
rAllemagne,  si  libéral,  les  archives  de  TAIsace-Lorraine  et 
des  pays  rhénans  sont  fermées  aux  érudits  de  la  France,  à 
moins  qu'ils  ne  produisent  une  permission  de  l'administra- 
tion supérieure  de  Berlin,  —  et  l'on  a  laissé  à  entendre  que 
celte  permission  ne  serait  jamais  accordée.  On  a  allégué, 
pour  justiiier  cette  défense,  qu'il  ne  fallait  pas  donner  des 
arguments  à  ses  adversaires.  Quoi  donc  !  on  avoue  que,  dans 
la  poussière  des  siècles  écoulés,  nous  trouverions  des  argu- 
ments. Encore  la  raison  est-elle  mauvaise  et,,  en  vérité,  pour 
un  tel  motif,  l'on  pouvait  s'épargner  le  ridicule  d'une  sem- 
blable prohibition  ;  car  nous  ne  cherchons  pas  dans  l'histoire 
des  arguments,  par  cela  même  que  nous  n'en  avons  pas 
besoin. 

Comme  l'accès  des  archives  alsaciennes  nous  a  été  rendu  im- 
possible, nous  avons  voulu  rechercher  ce  que  les  archives  et 
les  bibliothèques  françaises  renferment  de  documents  et  de 
chroniques  sur  l'histoire  de  l'Alsace.  Nous  avons  pensé  qu'il 
appartenait,  de  préférence  à  nous  qui  nous  faisons  gloire 
d'unir  les  deux  titres  de  Français  et  d'Alsacien,  d'explorer  ce 
champ.  Cependant,  si  quelque  écrivain  allemand  demande 
communication  de  nos  manuscrits  et  de  nos  pièces  d'archives, 
qu'on  ne  la  lui  refuse  pas;  ouvrons  toutes  larges  aux  savants 
de  tous  pays  les  portes  de  nos  dépôts;  sachons  demeurer 
libéraux  et  soyons  généreux  quand  même. 

La  bibliothèque  nationale  renferme,  dans  son  fonds  alle- 
mand, d'ailleurs  assez  pauvre  depuis  que  le  codex  de  Manesse 
a  été  cédé,  un  certain  nombre  de  manuscrits  qui  touchent  à 
l'histoire  de  l'Alsace.  La  place  d'honneur  revient  naturelle- 
ment au  manuscrit  unique  de  la  chronique  de  Closener; 
pourtant,  ce  volume  ne  nous  arrêtera  pas  longtemps.  II  a  été 
souvent  décrit  de  la  façon  la  plus  minutieuse,  il  a  été  copié 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  17 

et  publié  avec  le  plus  grand  soin. -Il  ne  nous  restait  plus  rien 
à  découvrir  après  les  belles  recherches  de  Hegel  et  après 
rédilion  qu'il  a  donnée  dans  la  collection  des  chroniques  des 
vtUes  allemandes^.  Le  manuscrit  porte  actuellement  le  nu- 
méro 91  du  fonds  allemand;  il  esl  de  moyen-format  et  se 
compose  de  60  feuilles  de  parchemin;  il  est  écrit  sur  deux 
colonnes  en  fort  beaux  caractères.  Il  remonte  au  xiv^  siècle 
et  est  peut-être  l'original  même  de  Closener.  Le  3  mai  1837, 
le  codex  a  élé  remis  au  cabinet  des  manuscrits  par  M.  Van 
Praety  conservateur  des  imprimés.  Sans  doute,  il  Tavait 
acheté  vers  celle  époque,  dans  une  vente,  avec  d'aulres  livres; 
il  a  gardé  dans  son  département  les  imprimés  et  a  renvoyé 
le  manuscrit  au  département  voisin.  Mais  dans  quelle  vente 
a-t-il  fait  cette  précieuse  acquisition?  Les  catalogues  de  cette 
époque  que  nous  avons  pu  retrouver  ne  nous  ont  rien  appris 
à  ce  sujet. 

Jadis,  un  manuscrit  de  Closener  se  trouvait  dans  la  maison 
de  l'œuvre  Notre-Dame;  c'est  là  que  Kœnigshofen  l'a  dé- 
couvert et  qu'il  en  fait  le  plus  grand  usage  pour  sa  propre 
chronique.  Au  xvi®  siècle,  Wûrslisen,  dans  sa  chronique  de 
Baie,  cite  le  même  ouvrage  assez  souvent  :  on  lui  avait 
adressé,  selon  toute  apparence,  des  extraits  du  codex  de 
Strasbourg.  A  quelle  époque  ce  livre  disparut-il  de  l'Alsace? 
On  ne  saurait  le  dire.  Schiller,  dans  son  édition  de  Kœnigs- 
hofen, ne  fait  nulle  mention  de  Closener  et  il  a  intitulé  à  tort 
son  livre  :  La  plt4s  vieille  chronique  allemande  de  Stras- 
bourg; SchœpQin  et  Grandidier  disent,  en  termes  formels, 


1  Die  Chroniken  der  oberrhcinischen  Stàdte.  Leipzig,  1870-1871 , 
2  vol.  in-8o.  La  chronique  de  Closener  a  été  publiée  pour  la  première 
fois  par  A.  Scholt,  d'après  une  copie  faite  par  Strobel  dans  la  Bibliothek 
des  literarischen  Vereins  in  Stuttgart,  1843,  t.  L  Schnéegans  en  a 
donné  des  exlraits  dans  le  Code  historique  et  diplomatique  de  la  ville 
de  Strasbourg,  1"  partie,  1843.  Pour  la  description  du  manuscrit,  con- 
sultez les  préfaces  mises  à  la  tête  de  ces  trois  éditions. 

2 


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18  REVUE  D*ALSACE 

qu'ils  onl  en  vain  cherché  la  chronique  de  Closener*.  Le 
manuscrit  de  la  bibliothèque  nationale  est-il  celui-là  même 
qui  jadis  était  conservé  à  Strasbourg?  Il  est  permis  de  le 
supposer,  sans  pourtant  rien  aiBrmer.  Si  Thypothèse  est 
exacte,  Ton  est  obligé  de  reconnaître  que  le  hasard  a  bien 
fait  les  choses.  Dans  le  cas  où  notre  manuscrit  serait  resté  à 
Strasbourg,  il  eût  été,  comme  tant  d'autres,  la  proie  des 
flammes. 

Outre  l'ouvrage  de  Closener,  la  bibliothèque  nationale 
possède  toute  une  série  d'autres  manuscrits,  qui  contiennent 
la  chronique  de  Kœnigshofen,  plus  ou  moins  altérée,  avec 
des  suites  plus  ou  moins  longues.  L'œuvre  du  chanoine  de 
Saint-Thomas  avait  été  à  peine  composée  qu'elle  obtint  le 
plus  vif  succès;  elle  se  répandit  dans  toutes  les  villes  où  l'on 
parlait  la  langue  allemande;  elle  fut  sans  cesse  copiée  et 
recopiée.  Elle  devint,  en  quelque  manière,  le  manuel  d'his- 
toire de  cette  époque.  Toutes  les  copies  qu'on  en  fit  ne  se 
ressemblaient  pas  absolument.  Kœnigshofen  avait  lui-même 
donné  l'exemple  de  ces  altérations,  en  faisant  de  son  livre  au 
moins  trois  éditions  différentes,  les  unes  plus  développées, 
les  autres  plus  courtes  et  représentées  de  nos  jours  par  trois 
classes  de  manuscrits,  que  nous  distinguerons,  avec  Hegel, 
par  les  lettres  A,  B  et  C.  Les  copistes  n'eurent  pas  plus  de 
scrupules  que  l'auteur.  Selon  la  nature  de  leur  esprit,  selon 
l'usage  auquel  la  copie  devait  servir,  ils  laissaient  de  côté  tel 
ou  tel  passage,  abrégeaient  tel  autre;  ou  bien  au  contraire 
introduisaient  dans  l'œuvre  primitive  le  récit  d'un  événement 
oublié  par  Kœnigshofen.  Puis,  très  souvent,  ils  conduisaient 
la  chronique  jusqu'à  leur  propre  époque.  Ces  continuations 
étaient  ou  originales  ou  copiées  sur  d'autres  manuscrits  ;  à 
leur  tour,  elles  servaient  de  point  de  départ  à  de  nouvelles 


^Schœ.pflin,  Ahatia  illustrata,  préface.  Grandidier,  Essais    sur 
VÉglise  cathédrale  de  Strasbourg,  p.  56. 


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MANUSCRITS   ALLEMANDS  19 

suites  :  si  bien  que  les  fils  de  ces  chroniques  se  croisent  en 
tous  sens  et  que  de  nos  jours  il  est  impossible  d'en  démêler 
récheveau.  Beaucoup  de  copies  présentent,  de  la  sorte»  une 
physionomie  particulière;  tantôt  l'histoire  générale  y  lient 
une  place  prépondérante;  tantôt  elle  est  sacrifiée  à  l'histoire 
locale.  Dans  cette  dernière  histoire,  on  insiste  plus  ou  moins 
sur  telle  ou  telle  ville;  mais  Strasbourg  est  presque  toujours 
au  premier  rang.  Aussi  bien  est-ce  une  chronique  strasbour* 
geoise  qui  a  servi  de  fondement  à  toutes  les  au  1res. 

L'on  devine  déjà  quel  intérêt  présente  l'histoire  de  chaque 
manuscrit  séparé.  En  le  comparant  à  l'un  des  trois  textes 
primitifs  de  Kœnigshofen,  l'on  devine  dans  quel  esprit  il  a 
été  écrit.  Puis,  les  additions  renferment  parfois  des  détails 
inédits,  des  renseignements  nouveaux.  Dans  ces  manuscrits 
est  toute  l'histoire  de  l'Alsace  au  xv*  siècle,  qui,  malgré 
certains  travaux  de  mérite,  n'est  pas  encore  très  connue.  En 
général,  on  s'en  est  référé  jusqu'à  présent  à  Specklin.  Mais 
Specklin  n'est  pas  un  auteur  original  :  il  a  copié  les  conti- 
nuateurs de  Kœnigshofen,  comme  Kœnigshofen  lui-même. 
En  rendant  à  ceux-ci  la  part  qui  leur  revient,  l'on  donne  à 
l'histoire  du  xv*  siècle  une  base  plus  solide  :  on  remonte 
davantage  à  la  source. 

Quelques-unes  de  ces  suites  ont  déjà  été  publiées.  Schilter 
a  ajouté  à  son  édition  quelques  passages  de  celte  sortes 
Schnéegans  a  édité,  dans  le  Code  historique  et  diplomatique 
de  la  ville  de  Strasbourg^  une  chronique  semblable  3, 
conservée  aux  archives  municipales,  ou  du  moins  il  a  im- 
primé, à  leur  place  chronologique,  les  principaux  faits  nou- 
veaux relatés  dans  cette  chronique.  11  a  dérangé  l'ordre  du 
manuscrit:  ce  qui  nous  semble  être  un  tort.  Mone,  dans  la 
Qudlensammlung  der  badischen  LandesgeschicJUey  a  suivi  un 

^  Surtout  à  la  fia  du  cinquième  chapitre. 

^  Deuxième  partie,  p.  130-220.  Schnéegans  a  donné  à  la  chronique  le 
titre  de  :  Straszburgische  Archivchronik. 


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20  REVUE  d' ALSACE 

ordre  meilleur:  il  a  analysé  d'une  manière  fort  fidèle  un 
certain  nombre  de  manuscrits  de  Kœnigshofen  de  Tancicnne 
bibliothèque  de  Strasbourg;  il  a  publié  toutes  les  variantes 
que  fournissait  un  manuscrit  appartenant  à  M.  Bartholdi 
(Hegel  n**  41,  b^)  ;  les  manuscrits  de  Sainl-Blaise  (Hegel  n^  25), 
de  Donaueschingen  (Hegel  n°4,  a*),  de  Cologne  (Hegel  n**  2,  a*) 
lui  ont  fourni  des  fragments  assez  considérables^.  Mais  les 
manuscrits  de  Paris  n'ont  jamais  été  étudiés.  Hegel  ne  cite 
que  deux  d'entre  eux  :  le  n*»  82  du  fonds  allemand  (a*)  et  le 
n*  83  (chez  Hegel  n**  27);  et  encore  il  ne  les  a  pas  bien  exa- 
minés. Nous  voudrions  passer  en  revue  ces  manuscrits; 
nous  les  suivrons  presque  page  pour  page.  Si  nous  trouvons 
quelque  détail  nouveau  ou  quelque  variante  importante, 
nous  les  signalerons;  nous  publierons  d'abord  le  texte,  en 
reproduisant  la  leçon  exacte  du  manuscrit;  nous  traduirons 
le  passage  publié  et  nous  l'accompagnerons  d'un  petit  com- 
mentaire, propre  à  l'éclaircir. 

Le  manuscrit  82  attirera  d'abord  notre  attention.  Il  est  de 
moyen-format  et  a  été  écrit  d'une  seule  main  vers  1460.  Il 
provient  de  la  bibliothèque  du  cardinal  de  Mazarin  qui,  en 
1668,  fut  réunie  à  la  bibliothèque  du  roi.  Il  fut  relié  après 
cette  date  d'une  très  forte  reliure  en  veau,  qui  porte  sur  les 
plats  les  armoiries  de  Louis  XIV.  Jadis,  à  un  moment  où  les 
manuscrits  en  langue  étrangère  étaient  réunis  au  fonds 
français,  il  était  coté  n®  7827.  Une  main  moderne  a  écrit  en 
tête  de  l'ouvrage  :  Cronica  Argentoratensis.  Notre  volume 
s'ouvre  par  une  table  alphabétique  de  tous  les  faits  racontés 
dans  la  chronique;  c'est  la  table  qui  forme  le  sixième  livre 
de  Kœnigshofen;  seulement  ici  elle  est  moins  complète  en 
un  sens  que  dans  les  imprimés;  elle  ne  contient  pas  toutes 
les  indications  qu'on  trouve  dans  l'édition  de  Hegel,  voire 
même  dans  celle  de  Schiller;  en  revanche,  elle  est  continuée 


1  Mone ,  t,  I,  p.  252  et  suiv,  ;  t.  III,  p.  468  et  suiv. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  21 

pour  les  périodes  qui  ont  suivi  la  mort  du  chanoine  de 
Saint-Thomas.  La  table  s'étend  sur  18  feuilles  non  numérotées. 

Le  corps  du  manuscrit  commence  ensuite  et  comprend 
39â  folios  numérotés  en  chiffres  romains  ;  il  est  vrai  quequel- 
ques-uns  de  ces  feuillets,  à  la  fin  des  chapitres  ou  des  subdivi- 
sions de  chapitreront  été  laissés  en  blanc,  pour  qu'on  pût  aisé- 
ment poursuivre  la  chronique  en  s'en  tenant  aux  divisions 
de  l'auteur.  Il  est  écrit  sur  deux  colonnes  avec  de  fort  belles 
rubriques.  Les  premières  lettres  de  chaque  chapitre  sont 
peintes  et  surchargées  d'ornements.  Nous  n'avons  aucune 
observation  à  présenter  sur  les  deux  premiers  chapitres 
(fol.  i-cxLii).  Le  copiste  semble  avoir  eu  sous  les  yeux  le 
manuscrit  dont  Schiiter  s'était  servi  et  qui,  après  avoir  long- 
temps disparu,  vient  de  nouveau  d'être  signalé  au  grand 
séminaire  de  Strasbourg;  il  s'est  arrêté ,  avec  ledit  ma- 
nuscrit, après  le  couronnement  de  Frédéric  III,  continuant 
ainsi  d'une  cinquantaine  d'années  le  travail  de  Kœnigshofen. 
Hegel,  qui  n'avait  pas  vu  le  codex,  a  eu  raison  de  le  ranger 
nu  nombre  des  manuscrits  de  la  classe  A  (a^).  S'il  en  avait 
fait  le  dépouillement,  il  y  aurait  trouvé  quelques  variantes 
dialectales  assez  curieuses. 

Le  troisième  chapitre  (f.  149-194),  consacré  aux  papes, 
est  encore  conforme,  sauf  des  variantes  de  texte,  à  l'édition 
de  Schiiter.  Seulement  notre  copiste  s'est  trompé  dans  les 
chiffres  qu'il  assigne  aux  souverains  pontifes.  Il  donne,  avec 
raison,  à  Innocent  VI  le  chiffre  207;  mais  il  compte,  aussitôt 
après,  Urbain  V  comme  le  209«  pontife,  oubliant  en  roule  le 
numéro  208.  Il  en  résulte,  à  la  fin  du  chapitre,  quelque  con- 
fusion. Le  chapitre  s'arrête  là  où  s'était  arrêté  la  première 
rédaction  du  manuscrit  Schiiter,  au  milieu  du  pontificat 
d'Urbain  VI,  après  l'indication  des  cardinaux  allemands  qui 
furent  créés  par  lui  (Schiller,  p.  207). 

Le  chapitre  quatrième  (f.  200-249),  relatif  à  l'évêché  de 
Strasbourg,  est  au  début,  dans  ses  lignes  générales,  con- 


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22  REVUE  d' ALSACE 

forme  au  manuscrit  de  Schiller;  et  il  nous  mène  jusqu'à 
Tannée  1375,  à  l'élection  de  Frédéric  de  Blanckenheira.  Mais 
notre  manuscrit  raconte,  en  outre,  Tépiscopat  de  ce  prélat 
qui  souleva  contre  lui  tant  de  colères  à  Strasbourg.  Le  pas- 
sage ne  contient  aucun  détail  inédit;  il  est  formé  de  mor- 
ceaux déjà  publiés,  d'après  divers  manuscrils;  mais  comme 
ceux-ci  ont  été  détruits  pour  la  plupart,  notre  codex  acquiert 
une  grande  valeur.  Voici  la  succession  des  paragraphes  : 

VoN  GoLLETZEN.  (Cf.  Mone^  Quellensammlung  der  hadischen 
Landesgeschichte.  Garlsruhe,  1848,  in-4o.  t.  I.  p.  266. 
Mone  a  publié  le  passage  d'après  le  manuscrit  de  Stras- 
bourg n«  844.  Fragment  7.  Cf.  aussi  Tédition  Hegel,  p.  678.) 
Von  confirmatio  der  Clôster.  (C'est  le  paragraphe  intitulé  dans 

Hegel,  p.  679,  von  confirmiem  die  eppéle,) 
Er  erbete  Jedermann.  (Mone,  L  L  Fragment  8-45.) 
Von  den  silbern  bergen.  (Mone,  fragment  16.  Hegel,  p,  679.) 
Er  WARP  ENWEG.  (Mone,  fragment  17.  Hegel.  L  l.) 

Suit  ensuile  le  long  récit  des  guerres  que  la  ville  dut  sou- 
tenir contre  son  évêque;  les  chapitres  se  suivent  comme 
dans  l'édition  de  Hegel  jusqu'après  le  paragraphe  qui  porte 
pour  titre  :  von  den  Antwercken  (Hegel,  p.  692).  Immédiate- 
ment après,  nous  trouvons  ce  fragment  inédit,  à  ce  que 
nous  croyons  : 

Fragment  1.  —  Texte.  Ein  Wortjgeichen. 

Do  was  ouch  uiT  dem  turne  zu  Bruschecke  by  den  karthuselern 
ein  korp  hohe  an  eine  glene  uff  gehencket  und  wan  die  iigende 
koment^  so  lies  man  den  korp  her  abe  vallen  zu  eira  VV'ortzeichen. 
So  lieffent  die  lûte  aile  herzu  die  uff  den  ackern  zu  kunigeshofen 
erbeitent  und  aile  wile  su  den  korp  sohent,  so  blibent  su  do  usse. 

Traduction.   Un  signal, 

A  ce  moment,  on  suspendit  très  haut  à  une  lance  un  panier,  sur 
la  tour  située  à  l'endroit  où  la  Bruche  fait  un  coude,  près  de  la 
Chartreuse.  Toutes  les  fois  que  l'ennemi  s'approchait,  on  devait 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  23 

laisser  tomber  ]e  panier,  qui  servait  ainsi  de  sig^nal.  Toutes  les 
personnes  qui  travaillaient  aux  champs  à  Kônigsbofen  rentraient 
dès  lors  aussitôt  en  ville;  mais  tant  qu'ils  voyaient  le  panier,  elles 
restaient  dehors. 

Celte  mesure  fut  prise  au  milieu  de  la  guerre  que  Stras- 
bourg eut  à  soutenir  à  la  fin  du  xiv^  siècle.  En  1384,  Brunon 
de  Ribaupierre  avait  fait  prisonnier  un  chevalier  anglais, 
John  Harleston,  qui  jadis  avait  ravagé  ses  biens  de  Cham- 
pagne. Comme  Brunon  venait  d'èlre  reçu  bourgeois  de  Stras- 
bourg, le  roi  d'Angleterre  Richard  s'adressa^  pour  obtenir 
justice,  à  cette  cilé  et  comme,  ajuste  titre,  Strasbourg  refusa 
d'intervenir,  elle  fut  mise  au  ban  de  l'empire,  en  1389,  grâce 
aux  intrigues  d'un  certain  juge,  Henri  Weiskiee.  Après  trois 
années  de  pourparlers,  il  fut  décidé  que  la  sentence  serait 
exécutée;  Tévêque  Frédéric  de  Blankenheim,  le  margrave 
de  Bade  Bernard,  le  comte  Eberhard  de  Wurtemberg,  Jean 
de  Lichlenberg  et  ce  même  Brunon  de  Ribaupierre  qui  avait 
été  cause  de  tout  le  mal,  mais  qui  venait  de  se  tourner  contre 
la  citéj  s'en  chargèrent.  Diverses  expéditions  furent  dirigées 
contre  la  ville  et  elle  dut  prendre  de  graves  mesures.  Elle 
détruisit  tous  les  arbres  et  toutes  les  constructions  en  dehors 
des  murs,  pour  que  l'ennemi  ne  pût  être  caché;  elle  mura 
quelques-unes  des  principales  portes  ;  sur  TIll  elle  plaça  des 
chaînes  pour  qu'aucun  bateau  ne  passât;  elle  décida  que 
toutes  les  fois  que  la  cloche  d'alarme  se  ferait  entendre  les 
artisans  viendraient  en  armes  devant  la  cathédrale  ou  gagne- 
raient le  poste  à  eux  assigné.  Enfin,  pour  protéger  la  vie  de 
ses  citoyens  qui  travaillaient  aux  champs,  elle  décréta  qu'un 
signal  serait  donné,  à  chaque  approche  de  Tennemi  :  c'est  ce 
qu'explique  notre  fragment.  La  guerre  dura  pendant  toute  la 
fin  de  l'année  1392.  Le  1er  janvier  1393,  l'empereur  Wen- 
ceslas  consentit  à  lever  le  ban  et  Strasbourg  se  réconcilia 
successivement  avec  chacun  de  ses  adversaires. 

Nous  trouvons  ensuite  les  rubriques  suivantes  : 


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24  REVUE  d'alsacb 

Ein  tag  zu  Eschowe.  J  ç,^^^  ^^^^tg  j^^  g^^  j„  jy,  ^.jjgpjt^g 

Der  lantfout  fur  gen  behem.  (      ^^^  ^^.y  ^^^  ^pp^^j^  ^^^^  yéAi- 
Von-  saltz,  houUz  und  isen .  ^^^^  ^^  H^g^,^  p  ^92-696. 

Malen  was  tûre,  etc.  / 

Notre  manuscrit  ajoute  seulement  ces  mots  sur  Frédéric 
de  Blankenheim,  lorsque  celui-ci  eut  échangé  l'évêché  de 
Strasbourg  contre  celui  d'Ulrecht  en  1393. 

Fragment  2. 

Und  do  er  in  sin  Bistum  kam,  do  ûng  er  zu  stunt  grosse  kriege 
an  mit  den  frigen  und  heren  die  im  sin  bistum  abe  gezogen  hetten 
das  darzu  gehorte  und  do  gelang  im  vaste  wol. 

Traduction. 

Et  quand  il  arriva  dans  son  évèché^  il  commença  aussitôt  de 
grandes  guerres  avec  les  hommes  libres  et  les  seigneurs  qui 
avaient  enlevé  les  dépendances  de  l'évêché  et  il  réussit  tout  à  fait 
dans  cette  lutte. 

La  guerre  que  Frédéric  de  Blankenheim  avait  soutenue 
contre  les  Strasbourgeois  en  1392  n'avait  pas  tourné  au  gré 
de  ses  désirs.  Il  lui  fallait  payer  maintenant  les  gens  d'armes 
qu'il  avait  pris  à  sa  solde  et  ses  coffres  étaient  vides.  Ces 
mercenaires,  pour  se  dédommager,  pillèrent  les  domaines 
épiscopaux.  Frédéric,  accablé  d'ennuis,  chercha  à  échanger 
le  siège  de  Strasbourg  contre  un  autre  évêché  :  le  prélat 
d'Utrecht,  Guillaume  de  Diest,  se  prêta  à  celte  combinaison. 
Dans  la  nuit  du  20  juillet  1393,  Frédéric  quitta  l'Alsace,  et, 
vers  la  même  époque,  Guillaume  abandonnait  Utrecht  et 
finit,  malgré  la  résistance  du  chapitre,  à  rester  maître  de 
l'évêché  strasbourgeois.  Frédéric  trouva  à  Utrecht  de  nou- 
velles guerres  à  soutenir;  mais,  comme  notre  fragment  nous 
le  fait  savoir,  il  s'en  tira  à  son  honneur.  Il  mourut  paisible- 
ment sur  son  siège  en  1423. 

Notre  manuscrit  raconte  ensuite  l'épiscopat  de  Guillaume 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  25 

de  Diest.  Le  récit  a  été  publié  en  termes  presque  identiques 
par  Mone,  d'après  le  manuscrit  844  de  Strasbourg  (frag- 
ment 36-48).  Il  en  est  de  même  des  [trois  paragraphes  qui 
terminent  le  chapitre  IV  : 

Zwene  wurdent  zu  bischofe  erwelt  (Mone,  n^  49). 
Rupreht  von  Peigern  wàrt  bischoflf  (ib.,  n»  50). 
£r  reit  in  zu  Stroszburg  (ib.,  n^*  51  et  52). 

Le  chapitre  est  achevé  ici  ;  on  n'y  trouve  aucune  indication 
sur  la  mort  de  Robert,  comme  dans  le  manuscrit  de  Stras- 
bourg. 

Le  chapitre  IV  nous  a  fourni  très  peu  d'indications  nou- 
velles; le  chapitre  suivant  (fol.  258-378)  est  plus  abondant 
en  renseignements  inédits.  Il  se  subdivise  en  plusieurs 
sections.  Kœnigshofen  raconte  d'abord  l'histoire  légendaire 
des  origines  de  l'Alsace  et  de  sa  conversion  au  christianisme; 
il  passe  ensuite  aux  divers  agrandissements  de  la  ville  de 
Strasboui^.  Notre  manuscrit  suit  le  texte  de  Schilter  jus- 
qu'après le  troisième  agrandissement.  Il  ajoute  ensuite  ce 
paragraphe. 

Fragment  3.  —  Die  vierte  WUterwng,  aïs  CrtUenowe  umb 

muret  was. 

Do  man  zalte  von  Gottes  Geburte  MCCCG  und  IIII  jor,  do  wart 
KjTitenowe  angefangen  zu  umbmuren  und  wart  angefangen  hûnder 
dem  closter  zu  sant  Niclause  an  dem  mendage,  nach  dem  sunnen- 
dage  also  man  singet  reminiscere  in  der  vasten  an  dem  ûssern  Turné 
by  sant  Niclausen,  wenne  derselbe  Turn  und  sanct  Johannisturn 
worent  vormals  lange  gemaht.  Und  dieselbe  ringmure  wart 
gemaht  von  dem  voi^enannten  sant  Niclauslum  untz  an  die  ring- 
mure bi  Metzigertum  zu  der  einen  siten,  und  zu  der  andern  siten 
von  dem  vorgenannten  turn  hinter  sant  Niclaus  closter  untz  an 
die  Brusche  an  dem  diche  gegen  den  ruwern  an  der  vischer 
drinckstube,  mit  eime  guten  graben  und  zinnen  und  tûruen,  also 
es  ingenoten  ist,  und  wart  vollebroht  in  dem  jore  also  man  zalte 
von  gottes  geburte  MCCCCXLI  jor. 


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26  REVUE  D'ALSACE 

Le  quatrième  agrandissement  de  la  vide,  quand  on  entoura 
de  murs  la  Krutenau. 

En  Tannée  1404,  on  commença  à  entourer  de  murs  la  Krutenau 
et  l'on  commença  les  constructions  derrière  le  couvent  de  Saint- 
Nicolas,  le  lundi  après  le  dimanche  où  Ton  chante  reminiscere 
en  carême  (16  février);  on  bâtit  d'abord  près  de  la  tour  extérieure 
de  Saint-Nicolas,  car  cette  tour,  ainsi  que  celle  de  Saint-Jean,  avait 
été  faite  longtemps  auparavant.  Et  ce  mur  d'enceinte  fut  fait  d'un 
côté  depuis  la  susdite  tour  de  Saint-Nicolas  jusqu'à  la  tour  des 
Bouchers,  à  l'ancien  mur  ;  de  l'autre  côté  depuis  la  même  tour 
derrière  le  couvent  de  Saint-Nicolas  jusqu'à  la  Bruche,  près  de 
l'étang,  en  face  des  filles  repenties,  près  du  poêle  des  Pécheurs  ; 
le  mur  fut  pourvu  d'un  bon  fossé,  de  créneaux  et  de  tours,  tel  qu'il 
existe  encore  aujourd'hui,  et  il  fut  terminé  en  l'année  de  l'in- 
carnation 1441. 

La  Krutenau  est  le  nom  donné  au  quartier  sis  sur  la  rive 
droite  de  TIll.  Sur  ce  quatrième  agrandissement  de  Stras- 
bourg, on  consultera  la  carte  dressée  par  Silbermann  {Local- 
geschicfUe  der  stadt  Strasjsburg,  p.  75).  On  y  verra  d'une 
manière  très  nette  la  position  des  tours  Saint-Nicolas  et 
Saint-Jean,  qui  existaient  avant  1404  et  qui  déterminèrent 
en  partie  le  tracé  de  la  nouvelle  enceinte.  On  y  remarquera 
aussi  remplacement  de  l'endroit  appelé  am  teuchou  am  diehe, 
où  la  nouvelle  enceinte  vint  rejoindre  Tlil  ou  la  Bruche  — 
on  désigne  de  préférence  à  Strasbourg  la  rivière  par  ce  der- 
nier nom.  En  face  du  teuch,  à  une  certaine  distance,  devant 
la  porte  des  Juifs,  se  trouvait  le  Reuerinn-Klostery  le  couvent 
des  filles  repenties.  La  place  entre  ledit  teuch  et  le  couvent 
se  nommait  Beuerin-Aue.  Dans  le  texte  très  abrégé,  publié 
par  Hegel  (p.  720)  au  sujet  de  ce  quatrième  agrandissement, 
la  date  où  cette  enceinte  fut  terminée  avait  été  laissée  en 
blanc  \  en  effet  elle  est  bien  postérieure  à  la  mort  de  Kœnigs- 
hofen. 
^  On  trouve,  à  la  suite,  deux  paragraphes  qui  manquent  dans 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  27 

les  autres  manuscrils  de  la  classe  A,  mais  que  Hegel  a  repro- 
duits d'après  le  manuscrit  C.  Ils  portent  ici  pour  litres:  Von 
Meiziger  turn  (Hegel,  p.  720)  et  Der  tisser  tum  bi  unser 
frowen  Brader  (Hegel,  p.  721).  L'énumération  des  divers 
monastères  et  établissements  religieux  de  Strasbourg  qui 
suit  est  tout  à  Tait  conforme  au  manuscrit  de  Schiller;  les 
rubriques  seules  différent.  Kœnigshofen  racpnte  plus  loin  les 
incendies  qui  éclatèrent  dans  les  divers  quartiers  de  Stras- 
bourg :  ici  nous  trouvons  dans  notre  codex  de  nombreuses 
additions.  Il  y  a  d  abord  le  récit  du  second  incendie  qui 
éclata  le  17  Téviûer  1397  dans  le  Giessen.  Ce  récit  est  plus 
développé  que  celui  du  manuscrit  de  Hegel;  le  début  est  à 
peu  près  le  même;  mais  voici  les  nouveaux  détails  que  nous 
avons  découverts  ici. 

Fragment  4. 

und  in  die  Gasse  wider  saact  Niclaus  turn  us  hin,  die  ouch 

heisset  fiehegasse  brante  gerbe  abe  und  die  hûsser  ulT  dem  giessen 
by  sanct  Kathrinen  turn  ûber.  Der  verbrant  ôch  etwie  vil  und 
elwie  vil  schûren.  Dis  burnen  werte  wol  uff  vi  stunden,  das  es 
nieman  gelôschen  kunde  unlz  das  sich  der  wind  veranderte  und 
gelag.  Oucb  ging  es  an  zu  bûrnen  uiï  diesclbe  Naht  in  eime  brol- 
becken  huse  by  der  schintbrucken  und  in  eime  brotbecken  huse 
by  der  stuben  zum  hohen  stege,  und  in  eime  buse  by  dem  alten 
sant  Peter  und  wart  an  allen  drien  enden  gelôschen^  das  kein 
schade  me  dovon  geschach.  In  dem  vorgenanlen  brande  verbran- 
lent  uff  une  hertstelte  one  schûren  in  der  stat  und  in  Grutenowe 
und  verbrant  ouch  gros  gui,  wanne  von  snellekeit  des  fûres  môhte 
wenig  jeman  das  sine  uskumen  oder  usgetragen  werden.  Der  wint 
was  also  grosz  das  die  antwercke  die  do  geweffent  stundent  vor 
dem  munster  mûstent  ir  swebil  ringe  und  ir  liehter  lôschen  und 
finsterlingen  ston,  das  su  vorhtent  der  wint  wûrffe  das  fur  von 
dem  swebil  ringen  uff  die  hùser,  das  die  stat  auderswo  anginge. 
Und  mustent  zu  letze  windes  halp  ston,  das  su  nit  môhtent  vor 
dem  munster  bliben  und  mustent  an  dem  visçhemerket  ston  fin- 
sterlingen mit  iren  banner.  Es  meint  ôch  vil  lûtes  es  wer  das 


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28  REVUE  d' ALSACE 

helsche  fiir  das  die  tufil  ufF  der  stat  fliegent  und  das  es  grossiich 
gottis  wille  was  oder  verhengnis  und  man  wonde  die  sfat  soit 
gerwe  verburnen  von  dera  grûselichen  fùre  und  winde  der  uff  die 
Naht  was  und  hette  der  wint  also  vaste  geweget  in  die  stat  als  in 
die  vorsiat,  es  mûsste  die  gantze  stat  verbrant  sin,  do  môht  nie- 
mans  vorgewesen  sin. 

Et  la  rue  en  face  de  la  tour  Saint-Nicolas  que  l'on  appelle 

aussi  la  viehgasse,  brûla  complètement,  ainsi  que  les  maisons  sur 
le  giesaen,  en  face  de  la  tour  Sainte-Catherine.  Là  aussi  le  feu 
prit  et  beaucoup,  beaucoup  de  granges  furent  détruites.  Cet  in- 
cendie dura  bien  six  heures  et  personne  ne  put  Téteindre  jusqu'à 
ce  que  le  vent  tourna  et  s^apaisa.  La  même  nuit  le  feu  prit  à  une 
boulangerie,  près  du  pont  du  Corbeau,  et  à  une  autre,  près  du 
poêle  zum  hohen  steg  et  dans  une  maison  près  de  Saint-Pierre- 
le-Vieux  et  l'on  éteignit  le  feu  dans  les  trois  endroits  à  la  fois, 
pour  qu'il  n'y  eût  pas  plus  grand  dommage.  Lors  de  cet  incendie^ 
brûlèrent  environ  400  maisons,  sans  compter  les  granges,  tant  dans 
la  ville  que  dans  la  Krutenau  :  beaucoup  de  meubles  brûlèrent 
aussi;  car,  à  cause  de  la  rapidité  du  feu,  très  peu  de  gens  purent 
sauver  leurs  biens.  Le  vent  était  si  violent  que  les  ouvriers  qui  se 
trouvaient  en  armes  devant  la  cathédrale  durent  éteindre  leurs 
flambeaux  et  leurs  lumières  et  rester  dans  les  ténèbres,  parce 
qu'on  craignait  que  le  vent  ne  poussât  la  flamme  sur  les  maisons 
et  que  le  feu  ne  prît  ailleurs.  Et  ensuite,  à  cause  de  la  violence  du 
vent,  ils  durent  rester  immobiles  ;  mais  ils  ne  purent  demeurer 
devant  la  cathédrale  et  ils  se  tinrent  avec  leur  bannière  sur  le 
Marché-aux-Poissons.  Et  beaucoup  de  gens  pensèrent  que  c'était 
le  feu  de  l'enfer  que  les  diables  lançaient  contre  la  ville  et  que 
c'était  en  grande  partie  arrivé  par  la  volonté  de  Dieu  ;  Ton  crut 
fermement  que  ia  ville  serait  tout  à  fait  détruite  par  le  feu  horrible 
et  le  vent  qui  s'était  élevé  cette  nuit.  Et  certes,  si  le  vent  avait  été 
aussi  violent  dans  la  ville  que  dans  le  faubourg,  toute  la  ville  aurait 
été  brûlée,  et  personne  n'eût  pu  Terapècher. 

Le  feu  qui  dévasta  Strasbourg  dans  cette  nuit  terrible 
avait  éclaté  à  un  endroit  qui  s'appelait  Grinecke,  non  loin  de 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  29 

la  porte  de  l'Hôpital  ;  le  feu  gagna  ensuite  la  petite  église  de 
Saint-Nicolas  d'un  côté;  de  l'autre  il  atteignit  la  porte  des 
Bouchers  et  consuma  les  maisons  de  la  rue,  nommée  jadis 
Viehgasse,  aujourd'hui  rue  d'Austerlilz  et  celles  àeVUlen- 
gosse,  de  nos  jours  rue  Sainte-Madeleine.  Ce  n'est  pas 
tout.  I/église  Sainte-Cathcrine  devint  la  proie  des  flammes; 
et  bientôt  le  vent  chassa  la  flamme  par  dessus  le  Giessen; 
les  maisons  situées  près  du  cours  d'eau  en  face  de  la 
tour  Sainte-Catherine  furent  consumées  :  puis  la  rue  qui 
menait  à  la  tour  Saint-Nicolas  in  undis,  appelée  aussi 
Viéhgasse  (aujourd'hui  rue  des  Poules),  s'alluma  à  son 
tour.  Le  malheur  ne  s'arrêta  point  là.  Notre  texte  nous 
apprend  qu'un  incendie  se  déclara  la  même  nuit  dans  trois 
endroits,  dont  deux  au  moins  étaient  assez  loin  du  foyer  prin- 
cipal :  d'abord  dans  une  boulangerie  près  de  la  Schintbruckc 
(pont  du  Corbeau);  dans  une  autre  boulangerie  près  du 
poêle  zum  Iwhen  stege  (ce  poêle  est  aujourd'hui,  par  suite 
d'une  fausse  traduction»  l'hôtel  de  la  Elaule-Montce^);  enfin 
dans  une  maison  près  de  Sainl-Pierre-le- Vieux,  à  l'entrée  de 
la  Grand'rue.  Les  gardes  qui  se  tenaient  en  armes  près  du 
parvis  de  la  cathédrale  furent  obligés,  à  cause  de  la  violence 
du  vent,  de  se  réfugier  sur  le  marché  aux  poissons  (de  nos 
jours  place  Gutenberg). 

Ce  récit  est  suivi  de  la  description  de  l'incendie  survenu 
le  jour  de  Noël  140U  dans  la  rue  du  Maroquin  (Kurbengasse). 
Elle  est  identique  à  celle  du  manuscrit  C  (Hegel,  p.  756). 

Sont  ensuite  énumérés  les  trois  incendies  près  de  Sainle- 
Aurélie,  les  deux  incendies  de  Rosheim  (cf.  Schilter,  290- 
291);  puis  viennent  toute  une  série  de  passages,  la  plupart 
inédits,  —  deux  seulement  ont  été  donnés  en  abrégé  par 

*  Le  mot  montée  correspondrait  à  steige;  steg,  c*est  une  planche  Jetée 
sur  un  ruisseau,  un  petit  pont;  on  gagnait  le  poêle  par  un  pont  de  ce 
genre  jeté  sur  le  rindsûter  graben^  quand  on  venait  du  barfûsser  platZj 
la  place  Kléber  actuelle. 


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30  REVUE  D*  ALSACE 

Schnéegans,  d'après  la  continuation  de  Kœnigshofen,  qui  se 
trouve  aux  archives  municipales  de  Strasbourg. 

Fragment  5.  —  Der  Brant  zu  sancù  Lenen. 

Do  man  zalte  nach  Gottis  geburt  MCCCV  ior  an  dem  karfritag 
noch  dem  imbise  also  man  bredigete,  domabtent  clein  kint  ein 
fûrlin  uff  dera  estricb  bi  sant  Helena  und  wegete  ein  grosser  wint 
und  warf  das  fur  in  einen  zun  und  flôg  von  dem  zune  in  einen 
stal  und  verbrantent  xv  hertstette  und  xiiii  schùren.  Wanne  jeder- 
mann  was  zu  bredigen  gangen,  dovon  kundent  [die  Lûte  nit  ge- 
lôschen. 

En  Van  de  grâce  1305 ,  le  vendredi  saint  (16  avril),  après  le 
repas,  pendant  qu'on  prêchait,  de  petits  enfants  firent  un  petit  feu 
sur  le  pavé  près  de  Sainte-Hélène  ;  il  soufflait  alors  grand  vent  qui 
jeta  le  feu  sur  une  clôture;  de  la  clôture  Tincendie  gagna  une 
écurie  ;  quinze  maisons  et  quatorze  granges  furent  ainsi  consumées. 
Comme  tout  le  monde  était  au  prêche,  on  ne  put  pas  éteindre 
le  feu. 

Sainte-Hélène,  appelée  encore  £fu  guten  leuùen,  était  situé 
hors  de  ville,  devant  la  porte  de  Pierre.  L'emplacement  est 
aujourd'hui  occupé  par  le  cimetière.  Cf.  Silbermann,  Local- 
Geschichée  der  Stadt  Straszburg,  p.  138.  Peut-être  faut-il  lire 
ici  1405  au  lieu  de  13U5.  On  est  étonné  de  voir  cité  dans 
notre  chronique  un  fait  qui  serait  si  ancien  et  qu'on  ne 
trouve  pas  dans  Kœnigshofen. 

Fragment  6.  —  Der  Brant  zur  Dumingen. 

Darnach  in  dem  selben  iore  an  dem  heiligen  Ostertage,  die  wile 
man  messe  sang,  do  ging  ein  fur  uff  zu  Dûrningen  von  eime 
cleinen  ferlin  das  lag  in  eime  herde  in  der  eschen  und  gingent  im 
die  bûrsten  an  und  lief  in  den  hofî  do  lag  vil  strowes  inné  und 
verbranntent  xv  hertstette  one  schûren  und  stellen. 

Ensuite,  dans  la  même  année,  le  saint  jour  de  Pâques  (18  avril), 
pendant  qu'on  chantait  la  messe,  un  incendie  éclata  à  Dûrningen, 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  31 

par  suite  d'un  petit  cochon  qui  était  couché  sur  un  foyer  dans  la 
cendre.  Ses  soies  prirent  feu  :  il  courut  alors  dans  la  cour,  où 
beaucoup  de  paille  était  entassée.  15  maisons  brûlèrent,  sans 
compter  les  granges  et  les  écuries. 

Dûringen  est  un  village  du  canton  de  Truchtersheim,  dans 
l'arrondissement  de  Strasbourg. 

Fragment  7.  —  Ber  Brant  eu  Bern. 

Do  man  zalte  MCCCLXXXXII  ior^  umb  des  heilgen  crutztag 
noch  Ostern  verbrantent  zu  Berne  wol  uf  xv^'  Hertstetten  und  der 
barfussen  closter  gerwe  abe  und  etwie  vil  Lûte. 

En  Vannée  1392,  le  jour  de  la  Sainte-Croix  après  Pâques 
(3  mai),  1500  maisons  brûlèrent  complètement  à  Berne,  ainsi  que 
le  couvent  des  Cordeliers  ;  beaucoup  de  personnes  périrent  dans  les 
flammes. 

Cet  incendie  fut  terrible;  la  population  se  trouva  sans 
abri  et  sans  nourriture  ;  les  villes  voisines  furent  obligées  de 
venir  à  son  secours.  Cf.  de  Golbery,  Histoire  et  description 
de  la  Suisse  (dans  l'univers  pittoresque),  p.  90.  91. 

Un  petit  paragraphe  raconte  ensuite  les  incendies  survenus 
en  Saxe  en  723  :  c'est  la  dale  donnée  par  notre  manuscrit, 
tandis  que  les  imprimés  portent  803  (cf.  Schiller,  291; 
Hegel,  758). 

Fragment  8.  —  Ber  Brant  in  iredigergessdin. 

Do  man  zalte  von  Gottis  geburte  MCCCCXVII  jor,  an  der  mit- 
wuch  nach  sant  Marcustag,  noch  vesperzit,  do  brante  es  in  clein 
brediger  gesselin  und  doch  nit  vaste,  wanne  es  brante  in  fur 
Hûsern  nuwent  die  Dach  obenan  abe,  wanne  aber  das  ander 
behebet  wart  mit  grosser  helffe  :  anders  es  mûsste  grôsser  schade 
do  gescheen  sin. 

En  Tannée  1417,  le  mercredi  après  la  Saint-Marc  (28  avril), 
après  le  moment  des  vêpres,  un  incendie  éclata  dans  la  petite  rue 
des  Dominicains  ;  mais  il  ne  fut  pas  considérable,  puisque  le  feu 


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32  REVUE  d'alsace 

n'abatlît  que  les  toits  de  quatre  maisons  et  que  le  reste  fut  pré- 
servé, grâce  aux  grands  secours  :  sans  eux,  il  y  aurait  eu  un  plus 
grand  dommage. 

La  petite  rue  des  Prêcheurs  ou  des  Dominicains  conduisait 
de  la  place  des  Dominicains  (Temple-Neuf)  à  la  place  des 
Cordeliers  (place  Kléber).  Cf.  à  ce  sujet,  Straszburgische 
Archiv  chronik.  Schnéegans,  p.  140. 

Fragment  9.  —  Ein  Brant  jsu  Basil. 
Do  man  zalte  von  Gottis  geburte  MGCGGXVII  ior,  an  dem 
nehsten  tage  nach  sanct  Ulrichstage,  do  brante  Basil  gar  schede- 
lich,  wanne  do  brante  der  Spittil  und  sant  Alban  closter  und  die 
dûtschen  Heren  und  ce  und  xx  hûser  die  aile  die  schônsten  hôfe 
worent  die  in  der  stat  zu  Basil  worent,  und  sol  man  wissen  das 
gros  unzelich  gut  verbrante  und  verstolen  wart,  wanne  das  fur  gar 
zu  snelle  was  das  nieman  geflôhen  kunde  oder  môhte,  wanne  ouch 
gar  ein  snelle  wint  do  was. 

En  Tannée  4417,  le  jour  après  la  Saint-Ulrich  (5  juillet),  la 
ville  de  Bâle  fut  très  fortement  éprouvée  par  un  incendie  :  alors 
brûlèrent  l'hôpital,  le  monastère  de  Saint- Alban,  la  maison  des 
chevaliers  teutoniques  et  220  maisons,  les  plus  belles  qui  étaient 
alors  dans  la  ville  de  Bâle,  et  Ton  doit  savoir  que  des  biens,  en 
nombre  incalculable,  brûlèrent  ou  furent  volés;  car  le  feu  fut 
rapide  que  personne  ne  put  ou  n'osa  fuir;  car  il  y  avait  alors  un 
vent  fort  violent. 

Après  le  grand  tremblement  de  terre  de  1358,  qui  éprouva 
si  fortement  Bâle,  les  maisons  avaient  été  très  rapidement 
reconstruites  en  bois  :  c'est  ce  qui  explique  la  violence  de 
l'incendie.  Voir  à  ce  sujet  Cn.  Wûrstisen,  Baszler  Chronick^ 
p.  179  (nouvelle  édition  de  Holz).  On  y  lit  que  250  maisons 
brûlèrent. 

Fragment  10.  —  Der  Brant  zu  den  gcrten  vischer. 
Do  man  zalte  MGGGGXVIII  ior,  an  der  mitwuch  vor  dem  pfin- 
gestage  umb  vesperzit^  do  branten  fier  Hûser  zwùschent  der  bade- 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  33 

stube  zu  dem  eber  und  zwûschent  dem  wûrtzhuse  zu  den  gerten 
vischer  jeosit  der  schintbrucken  und  inan  sol  iwissen  wer  es  by 
nabt  gebranty  es  wer  noch  vil  grôsser  schadea  gescbeen. 

Incendie  à  V auberge  t  awn pêcheurs  à  la  gaule  ». 

En  Tannée  1418^  le  mercredi  après  la  Pentecôte  (18  mai),  vers 
le  moment  des  vêpres,  quatre  maisons  brûlèrent  entre  le  bain 
<Âu  Sanglier»  et  l'auberge  c  Aux  Pécheurs  à  la  Gaule»,  de  l'autre 
côté  du  pont  du  Corbeau,  et  il  faut  savoir  que  si  cet  incendie  avait 
éclaté  la  nuit,  il  aurait  causé  un  dommage  beaucoup  plus  grand. 

La  t8<Ainibriicke%  portait  ce  nom,  à  cause  du  voisinage  du 
schinihus,  c'est-à-dire  de  Tabattoir;  ce  pont  a  été  appelé 
depuis  pont  du  Corbeau,  à  cause  de  Tauberge  du  Corbeau 
voisine  du  quai.  L'auberge  a  jen^  den  gerten  vischer  n^  située 
au  quai  Saint-Nicolas,  avait  été  nommée  ainsi,  par  suite 
d'une  allitération.  Au  xui®  siècle,  la  maison  appartenait  à 
Gérard  le  pêcheur  {curia  quœ  dicitur  domus  Gerardi  piscor 
toris).  Depuis,  on  a  nommé  l'auberge  :  zu  dem  gerten  fisch 
et  on  a  traduit  celte  expression  par:  cà  la  carpe  bridées. 
L'enseigne  représentait  un  amour  assis  sur  une  carpe  et  la 
conduisant  par  la  bride  !  Cf.  Strassburger  Gassen  und  Hàuser- 
namen  im  Mittdaiter.  Slrassburg,  1881,  p.  173. 

Fragment   11.  —  Der  Brant  gegen   sanct   Nidausbriickc 
n^nt  dem  briefe. 

Do  man  zalte  MCCCCXL  ior  uff  den  nehsten  sundag  vor  dem 
vrinahtage,  do  branlent  fier  Hûser  abe,  zwûschent  der  stuben  zum 
briefe  und  der  herbergen  gegen  sant  Niclaus  brûcke,  und  yrer  nit 
grosse  HelfTe  do  gewesen,  es  mûsste  ailes  abegebrant  sin,  windes 
halp. 

En  Tannée  1440,  le  dimanche  avant  Noël  (18  décembre),  quatre 
maisons  brûlèrent  entre  le  poêle  «A  la  Lettre»  et  l'auberge  en  face 
du  pont  Saint-Nicolas  et,  s'il  n'y  avait  eu  de  grands  secours,  tout 
aurait  été  consumé^  à  cause  du  vent. 

8 


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34  REVUE  d'alsace 

Zu  dem  Briefe  était  un  poêle  où  se  réunissaient  les  nobles; 
il  était  situé  au  coin  de  la  rue  de  TEsprit  {Drenkegessdin). 

Fragment  12,  —  Der  Brant  gegen  den  diitschen  Heren  an 
der  Ringmuren. 

Do  man  zalte  nach  Gottis  gebburte  MCCCCLIX  ior,  am  dunrs- 
tag  zu  Miternaht  nach  halp  vasten,  do  branlent  fier  Hûser  und  ein 
Schûr  und  zwen  Stellen  gegen  den  dûtschen  Heren  an  der  ring 
muren  und  \vas  so  finster  dieselbe  Naht,  das  man  glich  donach 
die  ordenunge  malite  mit  den  liehtem  den  swebil  isen,  die  do 
stont  umb  und  umb  in  den  gassen  an  den  hûssern,  das  man  die- 
selben  isen  mit  swebil  ringen  bestecken  sol,  darumb  das  menge- 
lich  in  der  stat  davon  gesehen  sol,  so  ein  fur  usgot  oder  obe  sus 
sich  etwas  unfuge  erhube  in  der  stat,  so  wer  es  ein  mitze  ding  und 
ein  noturfft. 

L'incendie  en  face  de  la  Comtnanderie  de  TOrdre  teutonique 
près  du  mur  d'enceinte. 

En  l'année  1459,  le  jeudi  après  la  mi-carême  (28  février),  vers 
minuit,  quatre  maisons,  une  grange  et  deux  écuries,  en  face  de  la 
commanderie  de  l'ordre  Teutonique,  près  du  mur  d'enceinte,  furent 
la  proie  des  flammes.  Celte  nuit,  il  régnait  une  telle  obscurité 
qu'immédiatement  après  on  fit  l'ordonnance  suivante  :  on  devait 
garnir  de  flambeaux  les  lanternes  en  fer  qui,  çà  et  là,  étaient 
accrochées  dans  les  rues,  pour  qu'on  pût  bien  voir  dans  la  ville,  si 
un  incendie  venait  à  se  déclarer  ou  si  quelque  chose  de  funeste 
éclatait  dans  la  ville,  soit  un  méfait,  soit  un  malheur. 

La  commanderie  de  Tordre  teutonique  était  située  près  de 
la  porte  Blanche,  non  loindeSainte-Âurélie.  Cf.  Silbermann, 
ouvrage  cité,  p.  135. 

cLa  page  auparavant  j'ai  parlé  des  incendies;  je  veux 
maintenant  dire  comment  les  Juifs  furent  brûlés.  >  C'est  par 
cette  transition  bizarre  que  Kœnigshofen  en  arrive  à  nous 
raconter  les  persécutions  dont  furent  victimes  les  enfants 
d'Israël.  Cette  partie  de  notre  manuscrit  est  conforme  à 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  35 

rédition  de  Schiller.  Il  en  est  de  même  de  la  partie  de  Tou- 
vrage  consacrée  aux  processions  des  pénitents  et  aux  épidé* 
mies  qui  ravagèrent  Strasbourg  ^.  Mais  ici,  il  y  a  deux  com- 
pléments :  nous  lisons  les  récits  de  Tépidémie  de  1o97  et  de 
1403,  tels  qu'ils  sont  publiés  dans  Hegel  (p.  773  et  772). 

Nous  passons  aux  chapitres  de  Kœnigshofen  relatifs  à  la 
constitution  de  Strasbourg  :  ici  le  manuscrit  suit  pas  à  pas 
celui  qu'avait  employé  Schilter.  Nous  arrivons  de  la  sorte 
aux  récits  des  diverses  expéditions  faites  par  Strasbourg.  Ici 
encore  nous  sommes  en  présence  d'une  copie  exacte  des 
manuscrits  A;  même  division  des  chapitres,  même  suite  des 
paragraphes;  mais  le  codex  82  a  été  complété;  ii  la  suite  des 
grandes  guerres  de  1389,  on  trouve  de  nouveaux  chapitres  : 
quelques-uns  figurent  dans  d'autres  manuscrits  et  ont  été 
publiés  par  Mone  ou  Hegel;  d'autres  sont  encore  inconnus. 
Voici  l'ordre  de  ces  chapitres,  avec  l'indication  de  l'endroit 
où  ils  ont  été  publiés. 

Wie  man  sich  in  diesem  Krieg  hielt  in  der  stat  zu  Stroz- 
hurg,  —  Der  Krieg  wart  verrihtet  und  fiem  tant  frieden 
geswom,  —  Schilter  358-360  ;  c'est  la  fin  du  récit  de  la  guerre 
de  1389  et  là  où  s'arrête  le  ms.  Schilter. 

Ein  Stritt  zu  Glaris.  1388.  —  C'est  le  récit  publié  par  Hegel, 
p.  831-832  sous  les  titres  :  Aher  ein  Strit  und  gesigetent  die 
Schwitzer  zu  Glarys;  et^  Die  Schuntzer  gelogent  under. 

Ein  reise  in  die  heidenschafft  mit  dem  kunigen  von  Ungam. 
1396.  —  C'est  l'histoire  de  la  croisade  de  Nicopolis.  Le  texte  se 
rapproche  beaucoup  de  celui  de  Hegel^  p.  854-858. 

Herrenstein  die  veste  wart  gewonnen,  —  Cf.  Hegel,  p.  813. 
Notre  codex  donne  la  date  de  1398,  au  lieu  de  1397. 

Gemer  die  burg  wart  gewunnen  und  hei^  Rudolff  von  Hohen- 
stein  daruff  gevangen.  1400.  —  Cf.  Hegel,  p.  789. 

2  Notre  manuscrit  place  à  tort  en  1363  répidémie  survenue  en  1358 
(Schilter,  p.  302,  in  fine).  Il  n*est  pas  admissible  que  deux  épidémie» 
aient  sévi  la  même  année  sur  la  ville.  Pour  l'épidémie  suivante,  notre 
manuscrit  porte  1306  au  lieu  de  1381. 


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36  REVUE  d' ALSACE 

Ein  Zugfûr  die  Stat  Gemer.  1396.  — Notre  récit  est  différent 
de  celui  de  Hegel,  p.  789.  En  voici  le  texte  : 

Fragment  13. 

Do  man  zalte  MCCCLXXXXVI  ior,  do  zugent  die  von  Stroszburg 
und  der  Hertzoge  von  Oesterrich  fur  die  stat  gemer  in  dem  her- 
best  uff  her  brunen  von  roppilstein,  wenne  er  der  stette  vigent 
was  und  leitent  sich  ussewendig  fur  die  vesten  an  das  werlicheste 
ende  an  aller  stat  und  logent  fier  wuchen  dervor  und  gewunnent 
su  nit  und  das  was  der  hôbet  lûte  schult,  wanne  su  es  angingent 
an  dem  aller  werlichesten  ende  do  in  nieman  getun  môhte,  und 
wurdent  vi  oder  me  erschossen,  und  soll  man  wissen  das  der  Her- 
zoge  nit  starck  do  was  und  darnach  was  der  krieg  gerihtet.  Doch 
wart  gemer  vaste  geschediget  mit  geschûlzede. 

En  Tannée  4396,  les  gens  de  Strasbourg  et  le  duc  d'Autriche 
firent  une  expédition  contre  la  ville  de  Guémar,  pendant  les  ven- 
danges, marchant  sur  le  seigneur  Brunon  de  Ribaupierre^  qui 
était  l'ennemi  de  la  ville.  Us  campèrent  au  dehors,  à  l'endroit  qui, 
de  tous,  était  le  plus  facile  à  défendre  :  ils  y  restèrent  quatre 
semaines  et  ne  gagnèrent  rien^  et  c'était  la  faute  des  capitaines, 
puisqu'ils  attaquèrent  la  ville  à  l'endroit  le  plus  facile  à  défendre, 
où  personne  n'aurait  pu  entrer  :  six  personnes  et  davantage  furent 
tuées.  L'on  doit  savoir  que  les  troupes  du  duc  n'étaient  pas  fortes. 
Plus  tard  la  guerre  fut  apaisée.  Pourtant  Guémar  eut  beaucoup  à 
souffrir  de  l'artillerie  *. 


^  Il  y  a  encore  du  même  fait  un  récit  différent  dans  le  manuscrit  99 
du  fonds  allemand  de  la  bibliothèque  nationale.  «  1396,  vor  aller  heyligen 
tag,  do  zogten  dye  von  Stroszburg  usz  fur  Gemern  dye  statt  und  hellent 
zu  Hylff  den  Hertzogen  von  Osterich  gênant  Lupolt  und  do  sye  wol  achlt 
tage  vor  der  obgeschriebene  statt  gelogen ,  do  kam  des  hertzogen  barst 
aller  erst.  Ouch  schicken  in  dye  von  Basel  XX  glaffen  und  do  sye  wol 
dry  wochen  do  gelogen  und  man  fast  schos  zu  beden  sytten  mit  bûchsen 
und  mit  armbrusten  und  vil  schadens  geschach,  do  kam  der  Hertzog 
selber  herab  gon  Bergheym  und  besant  her  Bninnen  von  Rappilstein 
und  ouch  dîe  statt  von  Stroszburg  fur  sich  und  wardt  gerichtett  das  dye 
von  Stroszburg  wyder  her  heym  furent.  »  En  1396,  le  jour  de  la  Tous- 
saint, les  habitants  de  Strasbourg  firent  une  expédition  contre  la  ville 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  37 

Brunon  de  Ribaupierre,  après  être  devenu,  le  2  octobre 
1383,  bourgeois  de  Strasbourg,  avait  emprunté  à  la  ville  une 
somme  d'argent  très  forte  et  lui  avait  donné  en  gage  la  ville 
basse  de  Ribauvillé.  Vers  la  même  époque  il  emprunta  d'un 
citoyen  de  Strasbourg,  Henri  de  Mûllenheim,  6500  florins*  et 
lui  livra  en  gage  la  petite  ville  de  Guémar.  On  a  vu  plus  haut 
comment  Brunon  se  déclara  contre  la  cité,  quand  elle  eut 
été  mise  par  sa  faute  au  ban  de  l'Empire.  Il  profila  de  la 
guerre  où  la  ville  se  trouvait  impliquée  pour  se  saisir  de  la 
partie  inférieure  de  Ribauvillé  et,  le  24  août  1392,  il  reprit 
traîtreusement  Guémar  aux  Mûllenheim.  Quand  Strasbourg 
eut  été  délivré  du  ban  qui  pesait  sur  elle,  elle  chercha  à 
recouvrer  les  localités  dont  Brunon  s'élait  emparé  ou  à  se 
faire  restituer  l'argent  prêté  :  elle  mit  main  basse  sur  les 
sujets  des  Ribaupierre,  s'ils  s'aventuraient  hors  de  leur  ville; 
enfin,  le  1*'  novembre  1396,  elle  vint  assiéger  Guémar.  L'at- 
taque ne  réussit  pas;  le  fils  d'un  ammeister,  le  frère  d'un 
autre  furent  faits  prisonniers.  Le  duc  d'Autriche,  Léopold  III, 
landvogt  de  la  Haute-Alsace,  imposa  sa  médiation.  Guémar 
resta  au  seigneur  de  Ribaupierre,  qui  mourut  en  1398.  La 
petite  ville  subira,  peu  de  temps  après  (1400),  un  second 
siège  qui  lui  fut  aussi  funeste  que  le  premier  (voir  Hegel, 
p.  789). 


de  Guémar  et  ils  avaient  comme  auxiliaire  le  duc  d'Autriche  nommé 
Léopold.  Et  quand  ils  furent  déjà  depuis  huit  jours  devant  la  ville,  arriva 
en  premier  lieu  l'armée  du  duc.  Les  gens  de  Bâle  envoyèrent  aussi  vingt 
hommes  d'armes,  et,  après  qu'ils  eurent  campé  là  environ  trois  se- 
maines et  qu'on  eût  beaucoup  tiré  des  deux  côtés  avec  des  canons  et 
des  arbalètes  et  qu'on  eût  commis  grand  dégât,  le  duc  descendit  lui- 
même  jusqu'à  Bergheim,  fit  venir  devant  lui  le  seigneur  de  Ribaupierre 
et  des  délégués  de  Strasbourg,  et  il  fut  décidé  que  les  gens  de  Stras- 
bourg rentreraient  dans  leurs  foyers. 

^  D'après  les  belles  recherches  de  l'abbé  Hanauer,  le  florin  valait  à 
cette  date  9  fr.  70  c.  (valeur  intrinsèque)  ;  6500  florins  représentent 
donc  63,050  fr.  de  notre  monnaie. 


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38  REVUE  d' ALSACE 

Frôdenedce  wart  gewunnen  und  aerbrochen.  Ce  récit  est 
conforme  à  celui  qu'a  publié  Mone,  1. 1,  d'après  le  manuscrit 
844  de  Strasbourg.  Fragment  58. 

Fragment  14. 
Von  Walter  Erbe  und  wie  Wddesperg  gewunnen  wart. 

Le  fait  a  été  relaté  en  cinq  lignes  par  la  Strasaburgische 
Archivchronih  (Schnéegans,  p.  139),  et  a  été  ajouté  par  une 
main  plus  récente  au  manuscrit  C  de  Kœnigshofen  (Hegel, 
p.  801,  variantes).  Notre  récit  est  beaucoup  plus  développé. 

Do  man  zalte  MGCC[C]V  ior,  do  fing  Walther  Erbe  eins  Ritters 
sun  von  Stroszburg  und  des  eillesten  besten  Geslehtes,  der  bette 
etwas  Stôsse  und  Spenne  mit  der  stat  Stroszburg;  und  eins  mois 
do  woltent  ritter  und  knehte  von  Stroszburg  riten  zu  tage  gon 
Ebenheim  *.  Das  was  Hans  Sturms  des  lonheren  und  her  heiricbs 
von  Mûlheim  in  Branlgasse  und  her  heirich  von  Mûlheim,  dem 
man  sprichet  von  Landesperg  und  der  alte  Lûtolt  von  Mûlheim 
und  sin  sûn  ôch  ein  ritter  und  den  het  er  verhalten"  und 
fing  den  allen  LûtoU  und  her  heirich  von  Mûlheim  unwiderseites 
Dinges  und  furt  her  heirich  von  Mûlheim  uff  ein  veste  gênant 
Waldesperg  und  der  ander  Lûtolt  von  Mûlheim  der  swur 
sich  zu  antwurten,  wanne  er  sere  wunt  was.  Und  des  wurtent  die 
von  Stroszburg  gewar  und  zugent  mit  Gewall  fur  die  vesten  und 
stûrmetent  su  mit  Geschûtze  und  mit  Bûssen  und  gewunnent  su 
in  aht  tagen.  Doch  hetlent  su  sich  gewert,  die  uff  der  vesten 
worent,  die  von  Stroszburg  hettent  in  die  veste  mit  aller  Gewalt 
in  ior  und  in  tage  nit  angewunnen,  wenne  su  essen  und  trin- 
cken  genug  uf  der  vesten  (hettent)  ',  wanne  ir  worent  fier  darulTe 

^  Le  manuscrit  83  de  la  Bibliothèque  nationale  publie  le  même  récit. 
Au  début  on  trouve  :  do  batte  Walther  Erbe  eins  Ritters  sun  von  Strasz- 
burg  etwas  spenne  mit  der  statt  Straszburg  und  eins  moles  wollent 
erber  ritter  und  knehte  von  Straszburg  riten  zu  einem  tage  gon  Eben- 
heim, etc. 

>  Manuscrit  83  uff  die  bette  er  gebalten. 

'  Hettent  manque  ;  nous  Tavons  suppléé  d'après  le  manuscrit  83. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  39 

und  Walther  Erbe  keis  ^  :  -wanne  wer  er  daruff  gewesen,  es  wer 
nit  also  ergangen,  wie  es  der  besten  hûser  eis  was  das  in  dero 
gaatzen  lande  was,  und  man  nit  voile  gesagen  ban  wie  gut  es  was. 
Und  also  brochent  es  die  von  Stroszburg  in  den  grunt  abe,  wie 
wol  das  merteil  der  vesten  der  von  Rotzenhusen  was  und  noment 
was  su  daruff  fundenl  und  das  dotlent  su  Walther.  Erbe  zu  leide. 
En  Tannée  1405^  Walther  Erbe,  fils  d'un  chevalier  de  Stras- 
bourg et  qui  appartenait  à  Tune  des  meilleures  et  des  plus  nobles 
familleSy  avait  quelques  discussions  et  quelques  disputes  avec  la 
ville  de  Strasbourg.  Un  jour  des  chevaliers  de  Strasbourg  avec 
leurs  serviteurs  voulaient  se  rendre  à  Obernai  pour  s'accorder  avec 
lai.  C'étaient  Jean  Sturm,  maître  artisan,  le  seigneur  Henri  de 
MuUenheim  de  la  rue  Brûlée^  le  seigneur  Henri  de  Mullenheim 
qu'on  appelle  de  Landsberg,  le  vieux  Lûtolt  de  Mullenheim  qui 
était  aussi  chevalier.  Il  leur  dressa  une  embuscade  et  prit  le  vieux 
Lûtolt  et  Henri  de  Mûlbeim  sans  aucune  déclaration  de  guerre  et 
il  emmena  Henri  de  Mûlheim  sur  un  château  fort  nommé  Walds- 
burg:  l'autre  prisonnier,  Lûtolt  de  Mûlheim,  promit  de  donner 
caution,  car  il  était  très  gravement  blessé.  Les  habitants  de  Stras- 
bourg apprirent  la  chose  et  en  force  ils  se  rendirent  devant  le  châ- 
teau fort,  amenèrent  de  l'artillerie  et  des  canons,  et  l'emportèrent 
au  bout  de  huit  jours.  Mais  si  les  assiégés  s'étaient  défendus,  les 
gens  de  Strasbourg^  malgré  tous  leurs  efforts,  ne  se  seraient  pas 
emparés  du  château  en  an  et  jour  :  car  ils  avaient  assez  à  manger 
dans  le  château  ;  et  ils  étaient  quatre  au  château  et  Walther  Erbe 
ne  s'y  trouvait  pas.  S'il  y  avait  été,  les  choses  ne  se  seraient  pas 
passées  de  cette  manière;  car  c'était  l'un  des  meilleurs  châteaux 
qui  fussent  dans  le  pays  et  l'on  ne  peut  pas  trouver  de  mots  pour 
dire  combien  il  était  bon.  Et  ainsi  les  gens  de  Strasbourg  le  dé- 
truisirent de  fond  en  comble,  bien  que  la  plus  grande  partie  du 
château  appartînt  à  ceux  de  Rathsamhausen,  et  ils  s'emparèrent 
de  tout  ce  qu'ils  trouvèrent  dans  la  forteresse  au  détriment  de 
Walther  Erbe. 

Specklin,  dans  ses  CoUectanées,  a  raconté  la  même  histoire. 
>  Manuscrit  83  nit. 


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40  REVUE  d' ALSACE 

(Voir  l'extrait  dans  Beschreibung  von  Hohenburg  oder  dem 
Sanct'Odilienbergy  von  Silbermann,  ^^  édition  publiée  par 
Strobel,  Strasbourg,  1835,  p.  113.)  Le  château  de  Walds- 
berg  était  situé  sur  le  versant  nord  du  groupe  de  Sainte- 
Odile;  il  a  été  élevé  à  l'une  des  extrémités  du  mur  païen. 
Depuis  le  xv®  siècle,  il  est  resté  en  ruines,  sur  un  rocher 
escarpé,  d'un  abord  très  difficile.  On  appelle  aujourd'hui  ces 
ruines  cHagelscbloss».  Walther  Erbe,  dont  le  château  avait 
été  détruit,  chercha  à  obtenir  justice  des  Strasbourgeois, 
mais  sans  succès,  ce  semble.  Cf.  Strobel,  Vaterlàndische 
Geschichte  des  Elsasses,  t.  m,  p.  91.  Voir  encore  Herzog, 
Ghronicon  Alsatiœ,  das  achle  Buch,  p.  134. 

Il  faut  noter  que  Specklin  et  la  note  de  Hegel  donnent  à 
tort  la  date  dé  1406,  au  lieu  de  1405. 

Fragment  15.  —  Von  Benféld  und  Dachstein. 

L'histoire  de  la  guerre  de  Dachstein  est  racontée  ici  en 
termes  beaucoup  plus  sobres  que  dans  la  Strasjsiburgische 
Arckivchronik  (Schnéegans,  p.  141)^  que  dans  le  ms.  83  de 
Paris  (cf.  infra)  et  dans  le  ms.  de  Cologne  (Mone,  III,  519). 

Do  man  zalte  MCCCCXX  ior,  do  hatte  her  claus  Bernhart  Zorn, 
dem  man  sprichet  juncher  Ottenian  von  Richstein  und  Juncher 
hartung  von  wangen  sin  swoger  einen  span  mit  der  stat  von 
Stroszburg  von  des  vares  wegen  zu  Grofenstaden  und  ander  zu- 
gehôrde  wegen,  das  der  kûnig  Sigemunl  von  ungern  rômsch  kunig 
das  selbe  var  und  die  andre  zugehôrde  her  claus  Bernhart  Zorn 
geluhen  hat  zu  lehen,  und  es  her  claus  Bernhart  zom  der  stat 
angewan,  und  zu  Kostentz  vor  des  kuniges  hoch  geriht  uber  das 
ailes  so  ging  die  stat  zu  und  kouflte  das  var  und  die  zugehôrde 
umb  den  vorgenanten  kunig  umb  nûn  tusend  guldin.  Do  wart  her 
claus  Bernhart  Zorn  und  sin  swoger  zornig  und  sammeltent  ein 
volck  vfo\  G  pfert  und  woUent  Benfelt  erslichen  han  ufT  fritag  noch 
sant  Anthonigentag  frûge  und  widerst  eilen  do  erst  do  es  in  nit 
reht  geroten  was  aiso  su  es  hettent  angeslagen.  Do  furent  su  gon 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  41 

Dachstein  und  do  wurdent  su  in  gelossen  von  Hans  von  Mûlheiniy 
der  her  Heitzen  sun  von  Mulheim  was,  dem  das  slosz  und  die  stal 
pfandes  stunt,  von  her  lûtolt  hans  von  Mulheims  frowen  und  darus 
kriegeient  su  ufT  die  stat  und  die  stat  ufif  sie  mit  roube  und  brande 
ufif  beden  siten  untz  ufT  den  pfingest  oben. 

En  l*année  1420,  le  seigneur  Nicolas  Bemhard  Zorn,  celui  qu'on 
appelle  l'écuyer  Ottenian  de  Reichenstein,  et  Téouyer  Hartung  de 
Wangen,  son  beau-frère,  eurent  un  démêlé  avec  la  ville  de  Stras- 
bourg, à  cause  d'un  péage  à  Grafenstaden  et  d'autres  droits.  Le 
roi  Sigismond  de  Hongrie,  roi  des  Romains,  avait  loué  à  titre  de 
fief  ce  péage  et  ces  droits  au  seigneur  Nicolas  Bemhard  Zorn  et 
celui-ci  s'en  était  emparé  au  détriment  de  la  ville.  Mais  à  Con- 
stance, devant  la  haute  justice  du  roi,  la  ville  comparut  pour 
toutes  ces  affaires;  et  elle  acheta  du  susdit  roi  le  péage  et  les 
autres  droits  pour  une  somme  de  9000  florins.  Aussi  le  seigneur 
Claude  Bemhard  Zorn  et  son  beau-frère  furent- ils  furieux';  ils 
rassemblèrent  une  armée  d'environ  cent  chevaux  et  voulurent 
s'emparer  deBenfeld  le  vendredi  après  la  Saint-Antoine,  de  grand 
matin  (19  janvier).  Puis,  quand  la  chose  n'eut  pas  réussi  après 
qu'ils  eurent  attaqué  la  ville,  ils  tinrent  campagne.  Ils  allèrent 
devant  Dachstein,  où  les  laissa  entrer  Jean  de  Mûlheim,  qui  était 
fils  du  seigneur  Heitz  de  Mûlheim,  auquel  le  château  et  la  ville 
avaient  été  donnés  en  gage  par  la  femme  du  seigneur  Lûtolt  Jean 
de  Mûlheim.  De  cette  ville  ils  firent  la  guerre  à  Strasbourg  et  Stras- 
bourg, à  son  tour,  les  combattit  :  des  deux  côtés,  on  commit  force 
pillages  et  on  alluma  des  incendies,  jusqu'à  la  Pentecôte  au  soir 
(26  mai). 

^  Il  y  a  dans  le  texte  un  jeu  de  mot  sur  zorn  et  zomig  qu'il  est  im- 
possible de  rendre  en  français. 

Ch.  Pfister. 
(A  suivre,) 


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LES  COMBATS  DE  6ERSTHEIH 

(1793) 

Récit  de  II  umpigne  ei  Alsiee  da  corps  da  prince  de  Coidé 

(Suite  et  /în*.) 


Etat  des  Gentilshommes  tués  et  blessés  le  2  décembre. 
CAVALERIE. 

TUÉS. 

Officiers  supérieurs,  S«  Division  noble. 
Le  comte  de  DrueiL 


Le  Baron  d' Allonville,  maréchal  de 
camp,  aide  major  général  de  la 
cavalerie. 

Le  bailli  de  Saint  Solpice. 


Le  chevalier  d'Oville,  lieutenant 
colonel  des  chevaliers  de  la  cou- 
ronne. 


ire  Division  noble. 


du  Lys. 

Vicomte  de  Blot. 
Marescot. 


de  Briante. 
de  Chaperon. 
Chevalier  de  Juverliac. 


Chevaliers  de  la  Couronne,  2«  Division  noble. 


Baron  d'Armur. 
de  Nélaton. 
Comte  de  Kerespert. 
de  Farjonnel. 
de  Pradines. 
de  Laval  fils. 
d'Anglars  Taîné. 
de  Mellonny. 
de  Fleury. 


de  Sainte-Croix, 
de  Boulac,  alsacien, 
de  Jaille. 
de  Cette, 
de  Saint-Martin, 
de  Chaptueil. 
Konig.  C.  M. 
Voisin.  C.  M. 


1  Voy.  pages  309  et  suivantes  de  la  livraison  Juillet  —  Août  —  Sep- 
tembre 1888. 


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LES  COMBATS  DE  BER8THE1M 


43 


BLESSÉS. 


S.  A.  S' le  duc  de  Bourbon. 
d'Aigremont,  maréchal  de  camp. 
Comte  de  Mellet,  id. 
Auguste  d'Auteuil,  aide  de  camp 
du  prince. 


Charles  d*Auteuil,  id. 
Comte  de  Saint-Marsault,  id. 
Chevalier  de  FrancUeu,  Id. 


4re  Division  noble. 
M.  de  la  Morinière. 

Chevaliers  de  la  Couronne^  S^  Division  noble. 


Chevalier  d'Hoffelize,  lorrain. 

Comte  de  Chateisgnler. 

d'Henriet. 

de  Saint-Aulaire. 

de  Géronvilliers. 

de  Faiconnel. 

de  Malseigne. 

de  Boisragon. 

deChatiUon^. 

de  Longe  ville. 

Eugène  de  Sainte-Croix. 

de  Prémeaux. 

de  Charbonneau. 

Le  chev  de  Nettancourt,  lorrain. 

de  Pontpierre. 

Le  chevalier  de  Saint-Maurice. 


Ferrier. 

Comte  de  Verthamont. 

Lasnières  de  Javille, 

Chevalier  de  Verthamont. 

Vicomte  de  Laubespin. 

de  Cœlus. 

Chevalier  de  Kerespert. 

Comte  de  Nettancourt,  lorrain, 
mort  de  ses  blessures. 

Comte  de  Toustain,  id. 

de  Vigneion,  id. 

Chevalier  d'Anglars. 

Comte  d'Hoffelize,  Théobald,  lor- 
rain, depuis  pair  de  France. 

Chevalier  de  Foustain,  lorrain. 


S®  Division  noble. 


Comte  d'Astorg. 

de  la  Biche. 

de  Lichy. 

de  Miranbel. 

de  Fayard ,  mort  de  ses  blessures. 

de  Saint-Vidal. 

Duranquet. 

de  Laulanier. 

Chevalier  de  Laulanier. 

du  Vigneau. 


de  la  Ferrière. 

de  Beau  vais. 

Graner.  C.  M. 

Quirin.  C.  M. 

Gaspard  d'Hoffeliie. 

Désiré  Javel. 

de  Bonûls. 

du  Mas. 

du  Bouzet. 

Chevalier  de  Chasteigner. 


1  La  blessure  du  comte  de  Cbatillon  fut  envenimée  par  le  couteau 
qui  se  trouvait  dans  sa  poche.  Il  parvint  à  se  guérir,  et  on  le  vit,  en 
1799,  se  distinguer  en  Bretagne,  lors  du  coup  de  main  de  Nantes. 


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44 


REVUE  D  ALSACE 


INFANTERIE. 

TUÉS, 
ier  Bataillon  noble. 


d'Averton. 
de  Laubies. 
Texier. 
Narbonne-Lara. 


d'Audy  du  Breuil. 

d'Aymar. 

de  Bonneûns. 


de  Huttinel. 
La  Secherie. 
de  Pages. 
Robert. 


2^  Bataillon  noble. 


de  la  Selve. 
de  Tartonne. 
de  la  Brosse. 


BLESSÉS, 
i®*"  Bataillon  noble. 


d'Anglars. 

de  Mestre. 

Le  chevalier  de  Guilhem. 

Le  chevalier  de  Barras. 

de  Cauferer. 

de  la  Grange. 

de  Bériguel. 

de  Lesnot. 

de  Carré. 

de  Bon. 

de  Bourville. 

de  Laage. 

de  Boyer. 

Rousseau. 

de  Rocart. 

de  Weighold. 

de  Queysac. 

de  la  Chaise. 

de  Villefranche. 

Baron  de  Kuisberg. 

de  Narbonne. 

du  Teil. 

de  Gherisey,  lorrain. 


d*Angereau. 

de  Courtin. 

de  Chateauneuf. 

d'Hédouville. 

Le  chevaher  d'Ecart. 

Le  chevalier  de  la  Faire, 

Le  chevalier  de  Bonnet. 

de  Malran. 

d'Anselme. 

Baudot. 

du  Vignau. 

de  Ponteves. 

La  Brugière. 

de  Keryvert. 

de  Chamont. 

de  Lavaulx,  lorrain. 

de  Bernay. 

de  Milleville. 

du  Jong. 

Le  chevalier  de  Ravenne. 

La  Brousse. 

de  Chamouroux. 

de  Nodet. 


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LES   COMBATS  DE  BERSTHEIM  45 


de  Jan ville. 

de  Rameau. 

de  Brunville. 

du  Quarestier. 

Le  chevalier  de  la  Tour. 

de  Laignan. 

Le  Ver. 

Duchal. 

de  Blanc. 


de  Gellenoncourt,  lorrain. 

de  Seconder. 

de  Grasse. 

de  Querelles  i. 

Cl.  Durand  ^ 

de  Ratzarohausen,  Alsacien. 

Baron  de  Ferrette,      » 

Ghev.  de  Reinach,       • 

Chev.  de  Trion. 


État-major  de  VInfanterie, 
Baron  de  Dieffenthaler,  blessé. 

.Légion  de  Mirabeau. 

de  Faure,  lieutenant-colonel  de  Tinfanterie,  tué. 
de  Montzey,  blessé. 

Régiment  d'Hohenlohe. 

d*Hellimer,  Lorrain,  lieutenant-colonel  de  la  légion,  blessé, 
de  Firmas,  blessé. 


^  Le  Chevalier  de  Querelles,  chasseur  noble,  publia  en  1797  à  Cons- 
tance Les  Troubadoura  modernes  ou  Amusements  littéraires  de  l'ar" 
mée  de  Condé  (in-S^,  XVI.  902),  volume  dédié  au  Roi  et  publié  en 
collaboration  de  M.  de  Q...,  chasseur  de  la  môme  compagnie  (n»  17), 
du  Gh.  de  B.  de  L.  N.  de  Tezmonville  et  de  T.  D.,  secrétaire  de  la  So- 
ciété littéraire. 

Non  pas,  dit  Clio,  d'un  illustre  guerrier, 
Du  vainaueur  de  Berstheîm.  je  veux  à  la  mëmoire 
Transmeitre  les  hauts  faits,  la  vertu  et  la  gloire, 
Et  pour  écrire  son  histoire. .  . . 

(Apothéose  du  manteau  de  M,  de  Pelleport,  chasseur  noble, 
parti  pour  PAméri^pue  en  1795,  par  M.  de  O.) 

Le  lieutenant  réformé  Richard  de  Querelles  fut  de  la  Gonspiration  de 
Strasbourg  Hortense  de  Beauharnais,  vicomtesse  de  Querelles,  de- 
manda au  chancelier  Pasquier  la  permission  de  voir  son  cousin,  le 
prince  Louis-Napoléon,  détenu  à  la  Conciergerie  (5  septembre  1840). 

*  Le  chevalier  Durand.  Il  avait  servi  dans  Metz-Artillerie  et  était  vé- 
téran d'Amérique.  Il  avait  eu  dans  sa  batterie  le  général  Pichegru 
comme  engagé  ;  il  Tavait  toujours  protégé.  Aussi,  c*est  à  lui  qu'il  attri- 
buait un  propos  de  son  hôte  de  Haguenau,  républicain  connu  ;  il 
Eouvait  rester  sans  crainte  dans  cette  ville,  si  les  armées  de  la  Repu* 
lique  l'occupaient.  Il  ne  profita  pas  de  cet  avis,  car  il  suivit  la  retraite. 
11  avait  eu  la  main,  sauf  le  pouce,  emportée  par  un  boulet.  Lorsqu'on  le 
portait  tout  sanglant  hors  du  champ  de  bataille,  il  ne  pouvait  s'em- 
pêcher de  se  retourner  pour  voir  TefTet  de  ses  pièces. 


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46 


REVUE  D'âLSACE 


ARTILLERIE. 

de  Guyeuran,  tué. 

BLESSÉS. 

de  Foucaud.  1  Chev,  de  Ligny. 

Ghev.  de  Bonnard.  |  de  Reynauld. 

RÉCAPITULATION. 

Tués.  Bleaaëa. 

Etat-major 4  6 

Cavalerie  noble  ....  17  45 

Infanterie  noble ....  14  56 

Artillerie 1  5 

Ghevaliers  de  la  couronne.  5  1 

Hohenlohe »  2 

Mirabeau 1  1 

Total.     ...      39  tués  116  blessés. 

Un  repos  nécessaire  aurait  été  bien  dû  à  la  petite  armée 
royaliste  après  un  combat  aussi  sanglant;  mais  malgré  les 
instances  de  son  chef^  elle  ne  put  l'obtenir,  et  dès  le  lende- 
main elle  dut  être  prête  à  marcher. 

Le  3  décembre,  il  n'y  eut  cependant  que  des  attaques 
d'avanl-poste.  Le  4,  les  républicains  parurent  vouloir  mar- 
cher en  avant,  mais  les  deux  pièces  de  18,  les  deux  obusiers 
envoyés  par  Wurmser  et  les  deux  compagnies  autrichiennes 
d'Olivier  Wallis  les  tinrent  en  respect.  Les  tirailleurs  de 
Ferino  s'avancèrent  sur  Berstheim  et  une  balle  vint  frapper 
au  pied  le  comte  Charles  de  JBéthisy,  colonel  de  la  légion 
d'Hohenlohe.  L'artillerie  du  redan  dispersa  les  tirailleurs.  Le 
général  Hotze  repoussa  aussi  les  républicains  à  l'extrême 
gauche  des  lignes.  Le  5,  le  corps  condéen,  par  ordre  de 
Wurmser,  fut  encore  sur  pied.  A 10  heures,  il  rentra  au 
camp. 

Le  6,  Gouvion  Saint-Cyr  eut  le  commandement  de  la  bri- 
gade Pierre  et  il  promit  à  Pichegru  de  prendre  Berstheim  le 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHEIM  47 

9  et  non  le  8,  comme  le  voulait  le  général;  il  se  rendit  le  7 
à  Hinwersheim  et  il  disposa  ses  troupes  à  Tattaque.  Des 
déserteurs  vinrent  annoncer  au  prince  de  Condé  qu'il  serait 
attaqué,  car  on  avait  fait  une  répétition  d'attaque  de  village 
à  la  baïonnette.  La  brigade  de  Saint-Cyr  avait  été  augmentée 
d'un  bataillon  du  27®  régiment  et  de  deux  escadrons  du 
19*  régiment;  augmentation  jugée  nécessaire  par  suite  des 
pertes  éprouvées  le  2  et  parce  que  la  brigade  de  droite  ne 
devait  pas  coopérer  à  l'affaire. 

Le  8  décembre,  dés  huit  heures,  des  patrouilles  annon- 
cèrent que  les  républicains  s'avançaient  ;  ils  traversaient  la 
plaine  couverte  encore  des  cadavres  qui  n'avaient  pas  été 
enterrés.  Ils  venaient  de  Minv^ersheim  et  ils  passèrent  le  dé- 
filé qui  sépare  ce  village  de  celui  de  Huttendorf,  où  ils  ren* 
forcèrent  un  petit  détachement  des  2<)  et  3"*  hussards  récem- 
ment arrivés  et  qui  avaient  déjà  fait  le  coup  de  feu  avec  des 
patrouilles  royalistes. 

La  brigade  de  Saint-Cyr  s^avança  dans  la  plaine  qui  la 
sépare  de  la  forte  position  occupée  par  l'armée  de  Condé,  qui 
s'était  mise  en  bataille  à  9  heures.  Des  escadrons  royalistes 
vinrent  aa-devant  des  assaillants  et  les  tirailleurs  des  deux 
côtés  commencèrent  le  feu.  Les  royalistes  demandèrent  aux 
tirailleurs  républicains  si  on  leur  amenait  encore  du  canon; 
puis,  reconnaissant  des  sous-ofBciers  du  19*  cavalerie  (ex- 
Royal-Normandie),  devenus  alors  officiers  et  les  appelant  par 
leurs  noms,  ils  demandèrent  la  place  que,  disaient-ils,  ils  leur 
avaient  prise.  Ils  jugèrent  à  la  contenance  de  cette  troupe 
qu'on  ne  leur  préparait  pas  un  nouveau  trophée.  En  effet, 
les  condéens  furent  rejetés  sur  Berstheim  et  les  républicains, 
se  formant  sur  quatre  colonnes,  se  précipitèrent  sur  le  village 
que  défendaient  les  régiments  à  pied  de  Hohenlohe  et  de 
Mirabeau,  et  des  hussards  de  Salm,  sous  les  ordres  de  M.  de 
Vioménil.  Les  premières  maisons  seules  furent  occupées  et 
dans  la  retraite,  le  baron  de  Seebach,  major  de  Hohenlohe, 


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48  REVUE  d'alsace 

fut  tué.  M.  de  Gelb,  commandant  Tinfanterie  noble  formant 
la  seconde  ligne,  força  les  républicains  à  reculer.  Il  avait 
fait  marcher  sa  troupe  à  la  baïonnette.  Cette  petite  affaire 
fut  très  sanglante,  plus  de  quarante  gentils  hommes  furent 
tués  ou  blessés. 

Les  républicains^  chassés  deBerstheim,  avaient  eu  le  temps 
de  s'assurer  qu'il  y  avait  très  peu  de  troupes  autrichiennes 
mêlées  aux  royalistes.  Le  général  en  chef  Wurmser  étant 
au  milieu  de  celles-ci^  il  ne  dédaigna  pas  de  donner  quelques 
ordres.  Les  canons  qu'avaient  envoyés  les  Autrichiens  ne 
changeaient  guère  le  l'eu  de  l'arlillerie. 

A  trois  heures,  Saint'Cyr  ordonna  la  retraite,  ayant  son 
plan  pour  le  lendemain  et  sûr  de  triompher  de  la  vaillante 
noblesse  française  commandée  par  des  princes  guerriers.  La 
retraite  se  fit  sur  deux  lignes,  l'une  d'infanterie,  l'autre  de 
cavalerie  et  l'artillerie  régimentaire  en  arrière  d'elle  sur  ses 
flancs. 

Le  duc  d'Enghien,  commandant  la  cavalerie  royaliste, 
suivit  la  même  route  que  le  2;  il  se  porta  entre  Berstheim  et 
Keffendorf.  La  canonnade  fut  violente  et  une  pluie  d'obus  et 
de  boulets  couvrit  ses  hommes.  Le  prince  avait  cherché  à 
tourner  la  gauche,  mais  celle-ci;  constamment  appuyée  sur 
l'escarpement  formé  par  le  ravin  au  milieu  duquel  se  trouve 
le  hameau  de  Nieder-Altrof  et  flanquée  par  les  tirailleurs  du 
capitaine  Cazan,  répandus  le  long  de  cet  escarpement,  ne 
pût  être  entamée. 

Arrivés  près  de  village  du  Huttendorf,  les  cavaHers  roya- 
listes commencèrent  à  battre  en  retraite.  La  cavalerie  répu- 
blicaine fit  volte-face  et  accompagna  jusqu'à  portée  des 
batteries  de  Berstheim.  Elle  revint  bivouaquer  entre  Min- 
wersheim  et  Huttendorf  pour  être  plus  près  du  rendez-vous 
sur  lequel  elle  devait  se  trouver  le  lendemain. 

La  perte  des  Français  fut  de  quelques  hommes;  les  con- 
déens  eurent  à  déplorer  la  mort  de  plusieurs  gentilshommes, 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHEIM  49 

entre  autres  celles  du  général  de  Gelb  et  du  maréchal  de 
camp  de  Martignac. 

Comme  on  le  voit,  cette  affaire  du  8  fut  une  répétition 
moins  sanglante  que  celle  du  2.  Le  prince  de  Condé  avait 
encore  voulu  marcher  à  la  tête  de  son  infanterie,  mais  cette 
fois  ses  soldats  ne  le  voulurent  pas.  Ils  croisèrent  même  la 
baïonnette  devant  lui  et  un  gentilhomme  lui  dit  : 

«  Monseigneur,  des  enfants  ne  consentent  pas  deui  fois  au 
sacriûce  de  leur  père.  D'ailleurs  les  républicains  ont  déjà 
Tair  d'hésiter.  Ils  ne  continuent  pas  leur  marche,  réservez 
votre  vie  si  précieuse,  si  chère,  si  adorée,  pour  des  circon- 
stances plus  désespérées.  >  Ce  fut  le  général  de  Gelb  qui 
remplaça  le  prince,  il  fut  tué. 

Le  duc  d'Enghien  se  mit  à  la  tête  de  la  cavalerie,  dont  un 
seul  détachement  donna. 

Dans  cette  journée,  le  duc  d'Enghien,  âgé  seulement  de 
21  ans,  montra  déjà  un  coup  d'oeil  militaire  remarquable. 
Le  village  de  Keffendorf  avait  de  Tartillerie  républicaine  prête 
à  mitrailler  les  condéens  s'ils  s'avançaient  comme  le  2. 
H.  de  Klinglin,  Alsacien,  maréchal  de  camp  français  au 
service  de  l'Autriche,  détaché  à  Tétat-major  royaliste,  engagea 
le  prince  à  charger  sur  ce  village.  Mais  le  jeune  héros,  se 
méfiant  de  l'embuscade,  voulut  d'abord,  avec  quelques  offi- 
ciers, reconnaître  le  danger.  On  tira  sur  eux  et  ses  prévisions 
furent  réalisées  *. 

M.  de  MartignaC;  maréchal  de  camp,  fut  tué  d'un  coup  de 
canon,  le  soir,  après  l'action,  près  du  feu  de  bivouac  où  il 
causait.  Le  prince  de  Condé,  M.  d'Ecquevilly  et  d'autres  gen- 
tilshommes étaient  à  côté  de  lui. 

M.  de  Goy-Duvivier  fut  mortellement  blessé.  —  Pansez, 
Monsieur,  dit-il  au  chirurgien  en  lui  montrant  un  gentil- 


1  Je  dois  ce  renseignement  et  beaucoup  d'autres  à  M.  J.  Cottreau  de 
Paris  ;  qu'il  veuille  bien  recevoir  mes  bien  sincères  remercîments. 

4 


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50 


REVUE  D  ALSACE 


homme.  —  Je  ne  suis  que  légèrement  blessé,  répondit 
celui-ci.  —  Je  n'en  reviendrai  pas,  répliqua  M.  de  Goy,  c'est 
à  celui  qu'on  peut  rendre  à  la  vie  qu'il  faut  donner  des 
soins.  M.  d'Ecquevilly,  qui  commandait  la  charge,  ne  perdit 
que  deux  chevaux.  Deux  cavaliers  nobles  furent  blessés. 
L'attaque  sur  le  colonel  de  Klenau  ne  réussit  pas  non  plus. 

État  des  gentilshommes  tués  et  blessés  le  8  décembre. 

M.  de  Gelb,  lieutenant  général,  colonel  de  Tinfanterie  noble,  Alsacien, 
fut  tué  d'un  éclat  d'obus  en  conduisant  la  colonne  d'attaque,  à  l'entrée 
du  village.  Le  matin,  il  avait  communié  à  Haguenau.  Un  gentilhomme, 
annonçant  sa  mort  au  baron  de  Vioménil,  prononça  le  mot  de 
«  malheur»,  «  Lui,  malheureux,  dit  le  général,  mourir  d'un  boulet  de 
canon  à  80  ans,  après  avoir  rempli  ses  devoirs  religieux  !  n 


de  Martignac,  maréchal  de 

camp, 
de  Beauvais. 
de  la  Poterie, 
de  Montrevault. 
de  Bellet. 
de  Longchamps. 


des  Préaux, 
de  Kerdaniel. 
de  Mathereau. 
de  Saint-Maurice, 
de  Saint-Varand. 
de  Mansord. 


BLESSÉS. 


Le    marquis   de    Vauborel , 

maréchal  de  camp, 
de  Combes, 
Leigel. 
Pontirac. 
de  Juvalta. 
de  Rangousse. 

Le  chevalier  de  Goy-Duvivier. 
Le  chevalier  de  Saye. 
de  Taste-Marin. 
d'Espeyron. 
d'Esquincourt. 
de  Berenzac. 
de  Gonsidom. 
du  Peyron, 


de  Sylvain. 

de  Rangousse. 

de  la  Salle,  lorrain. 

Le  chevalier  Legroing. 

Blondin. 

de  Lesquen. 

de  Richier. 

de  Reste. 

de  Beaugendre. 

La  Horessaye. 

de  Vaudry  d'Ouince. 

de  la  Gourraye. 

de  Riobleau. 

de  Julliot. 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHEIM  51 


CAVALERIE, 

BLESSÉS. 

Le  chevalier  de  la  Brisse. 
De  Tavant. 

RÉCAPITULATION  pour  le  8. 

Infanterie 13  tués  26  blessés* 

Cavalerie —     o  2      » 


Total  ...      13  tués  28  blessés. 

Total  des  tués  et  blessés  des  deux  afTaires  :  392,  dont 
52  gentilshommes  et  officiers  tués  et  144  blessés,  plus  123 
tués  et  73  blessés  des  sous-officiers  et  soldats  des  troupes  de 
ligne. 

Comme  toujours,  l'attaque  avait  été  sans  résultat.  Le  vil- 
lage restait  au  pouvoir  des  condéens,  qui  allaient  l'évacuer 
pour  toujours  le  9. 

Ce  jour-là,  Gouvion  Saint-Cyr  réunit  sa  brigade  en  avant 
(le  Huttendorf  et  prit  toutes  ses  dispositions  pour  l'attaque 
qu'il  différa  un  moment  pour  juger  de  l'effet  d'une  tentative 
des  troupes  de  Klenau  sur  les  troupes  du  général  Frimont  ^ 
qui  formait  la  droite  du  général  Halry.  A  onze  heures,  la 
charge  des  cuirassiers  de  Klenau  fut  repoussée  et  les  dragons 
républicains  commencèrent  à  les  reconduire.  Ce  brusque 
mouvement  en  avant  impressionna  vivement  le  prince  de 
Condé  et  les  troupes  de  Saint-Cyr  qui  étaient  en  bataille  dès 
la  pointe  du  jour  2. 

^Le  général  Frimont,  né  près  de  Toul,  était  maréchal  de  camp  du 
5  décembre  1781.  U  avait  été  anobli  par  Louis  XV.  Il  mourut  à  Hars- 
kirchen  près  de  Saar-Union.  Son  cousin  le  capitaine  de  cavalerie  de 
Frimont,  né  à  Fénétrange,  depuis  feld-maréchal,  servait  dans  Tarmée 
autrichienne. 

^  On  ne  se  rend  pas  assez  compte  de  la  situation  misérable  des  sol- 
dats répubUcains,  mal  payés,  mal  nourris  et  mal  équipés.  L'amour  de 


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52  REVUE  D'ALSACE 

Le  colonel  de  Klénau,  ému  de  la  déroute  de  ses  carabiniers, 
demajida  au  prince  de  Condé  de  mettre  de  la  cavalerie  sur  la 
hauteur  la  plus  voisine  de  sa  gauche  pour  opérer  une  diver- 
sion. M.  d'Ecquevilly  s'y  rendit  avec  sa  division  et  celle  des 
chevaliers  de  la  Couronne;  mais  TafTaire  était  trop  engagée 
et  il  aurait  fallu  du  canon,  et  quand  les  deux  pièces  arrivèrent, 
il  était  trop  tard.  La  déroute  des  Autrichiens  était  complète 
et  les  villages  de  Dauendorf  et  d'Ohlungen  avaient  été  em- 
portés de  vive  force. 

La  retraite  du  corps  autrichien  à  Schweighausen  laissait 
en  Tair  la  division  condéenne.  M.  d'Ecquevilly  s*empressa  de 
rentrer  au  camp  et  de  sauver  les  deux  pièces. 

Pendant  ce  temps,  les  républicains  attaquaient  Berstheim, 
sous  la  protection  de  leur  artillerie  ;  la  joie  brillait  dans  leurs 
yeux,  mais,  ô  surprise,  le  village  est  abandonné,  on  ne  le 
dispute,  ainsi  que  les  redoutes,  que  pour  la  forme.  La  cava- 
lerie républicaine  s'élance  alors  et  gravit  au  trot  les  flancs  du 
long  plateau  que  les  royalistes  occupaient. 

Ainsi,  le  corps  de  Condé,  après  avoir  dépensé  beaucoup  de 
sang  et  d'héroïsme  pour  conserver  Berstheim,  était  obligé  de 
l'abandonner  définitivement  par  suite  de  la  défaite  des  Autri- 
chiens. 

La  cavalerie  condéenne  couvrit  la  retraite,  mais  les  hus- 
sards de  Salm  furent  culbutés  par  un  escadron  du  H®  hussards 
qui  déboucha  du  village  de  Hochstelt. 

La  petite  armée  royaliste  se  réunit  derrière  Wintershausen 
et  Batzendorf  et  se  dirigea  vers  les  redoutes  construites  au- 
dessus  de  Haguenau.  —  Trois  kilomètres  plus  loin. 

La  cavalerie,  après  avoir  couvert  la  retraite  de  l'infanterie 
et  de  Tarlillerie,  opéra  la  sienne  par  échelon  avec  beaucoup 

la  patrie  les  soutenait  et  leur  faisait  prendre  leur  sort  en  patience.  Du 
14  au  22  décembre,  le  maire  Monet,  présidant  le  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, prend  des  mesures  pour  envoyer  à  l'armée  des  souliers.  .  .  . 
Les  émigrés  n'étaient  guère  mieux  partagés. 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHEIM  53 

de  sang-firoid,  sous  un  feu  très  vif  de  canons  et  d'obusiers^ 
qui  fit  tomber  quelques  chevaux.  Les  républicains  ayant 
démasqué  18  pièces  de  canon  dès  qu'ils  avaient  vu  la  retraite 
des  divisions  condénnes  et  autrichiennes,  ce  fat  M.  de  Jobal, 
jadis  lieutenant-colonel  et  alors  simple  fourrier-major,  qui 
dirigea  cette  belle  manœuvre. 

—  Qui  vous  a  donné  le  commandement?  lui  demanda  son 
colonel,  le  comte  de  Lannans,  maréchal  de  camp. 

—  La  nécessité,  mon  général,  lui  répondit-il. 

Les  hussards  de  Salm  et  de  Mirabeau  formèrent  l'arrière- 
garde  et  se  firent  remarquer  par  leur  calme  au  milieu  d*un 
feu  très  vif. 

On  eut  à  regretter  la  perte  de  M.  de  Brachet,  officier  des 
chasseurs  de  Hohenlohe  et  de  M.  de  Verteuil,  colonel  en 
second  au  même  régiment,  plus  une  trentaine  d'hommes  de 
Mirabeau  et  de  Hohenlohe. 

M.  de  Bruslart,  volontaire  à  Mirabeau,  revint  sur  ses  pas, 
franchit  la  ligne  des  tirailleurs  et  parvint  à  se  saisir  de  M.  de 
Verteuil,  gisant  dans  un  retranchement,  la  veine  cave  coupée 
par  une  balle.  Il  le  chargea  en  travers  sur  son  cheval  et  le 
porta  à  Fambulance,  où  malheureusement  on  ne  put  sauver 
le  blessé. 

La  retraite  des  condéens  excita  la  plus  vive  admiration  du 
général  Wallis,  qui  vint  témoigner  au  prince  sa  satisfaction 
pour  un  aussi  beau  fait  d'armes. 

La  retraite  commença  sur  la  route  de  Haguenau  à  la  tuilerie 
{Ziegdhutte  [Râlberbrûck]  ban  de  Wintershausen),  en  avant 
d'un  petit  bois  où  était  la  redoute  n^  12;  la  redoute  n*  13 
était  sur  le  même  plateau  au-dessus  de  la  Moder,  en  avant  du 
petit  bois;  le  no  11  à  gauche  de  la  route  de  Haguenau  à  Bru- 
math,  près  de  la  maladrerie.  Le  no  10  n'était  pas  loin,  au- 
dessus  d'un  petit  moulin,  etc. 

Comme  le  prince  de  Condé  venait  de  quitter  Wintershausen, 
nne  famille  de  paysans  vint  se  jeter  à  ses  pieds.  L'artillerie 


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5i  REVUE  d'alsace 

républicaine  avait  brûlé  sa  maison.  Le  prince  fit  donner 
mille  francs  à  ces  panvres  gens  :  N'estil  pas  singulier,  dit-il 
à  un  colonel  hongrois  qui  se  trouvait  là,  que  je  sois  le  répa- 
rateur des  torts  de  MM.  les  républicains  et  encore  dans  quelle 
circonstance  ?  C'est  quand  nous  sommes  en  retraite  !  Vrai- 
ment c'est  bien  ici  le  cas  de  dire  que  les  battus  payent 
l'amende. 

Et  comme  on  lui  disait  que  le  chef  de  cette  famille  était  un 
des  jacobins  les  plus  enragés  du  pays  :  Eh  bien  I  reprit-il, 
cela  prouve  en  ma  faveur  d'humanité.  Cet  homme  a  plus 
compté  sur  un  Bourbon  que  sur  les  citoyens  représentants  et 
il  n'a  pas  tort.  Que  n'ai-je  assez  d'argent  pour  indemniser 
tous  ces  bons  villageois  sans  distinction  de  parti  !...  La  seule 
différence  que  je  mettrais  entre  eux,  c'est  que  je  commencerais 
par  les  royalistes. 

On  ne  peut  s'empêcher,  dit  Gouvion  Saînt-Cyr,  de  remar- 
quer à  quelles  petites  causes  tiennent  les  événements  de  la 
guerre.  Un  se  battait  avec  acharnement  depuis  quinze  jours 
sur  tous  les  points  de  l'armée,  repoussé  sur  l'un,  vainqueur 
sur  l'autre;  il  n'y  avait  jamais  de  résultats;  puis  enfin  le 
9  décembre,  pour  ainsi  dire  sans  combat,  on  en  obtient  un 
très  grand.  On  vit  une  armée  brave  et  aguerrie  quitter  tout 
à  coup  une  grande  ligne,  où  elle  avait  obtenu  des  succès,  se 
retirer  de  toutes  parts,  parce  qu'un  seul  point  de  sa  position 
avait  été  non  pas  forcé ,  mais  abandonné,  sans  qu'on  pût  en 
assigner  la  véritable  cause.  Le  poste  confié  au  prince  de  Condé 
était  d'une  grande  importance  et  pour  ainsi  dire  la  clef  de  la 
position  de  l'armée.  Il  faut  remarquer  que  c'était  le  premier 
mouvement  rétrograde  de  Wurmser  et  par  conséquent  celui 
qui  était  le  plus  difficile  à  lui  faire  exécuter. 

Avant  la  retraite,  Huttendorf,  Hochstett  et  Wallenheim 
étaient  occupés  par  les  républicains,  qui  avaient  pris  position 
en  arrière  de  Niederaltroff  et  de  Keffendorf. 
;  Dauendorf,  l'abbaye  de  Neubourg,  Uhlweiler,  Ohlungen, 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHEIM  55 

Schweighausen  étaient  au  pouvoir  des  Autrichiens.  Une 
batterie  était  au-dessus  d'Uhlweiler,  l'infanterie  autrichienne 
était  baraquée  à  côté.  La  cavalerie  autrichienne  était  en 
amont  de  Schweighausen. 

L'armée  de  Condé  se  tenait  &  Berstheim,  Batzendorf  et 
Wintershausen  ayant  le  lieutenant- colonel  des  dragons  de 
Klenau  à  sa  droite  et  le  général  Kospoth  à  sa  gauche,  dont 
la  division  s'étendait  de  Griesheiin  à  Batzendorf,  en  avant  de 
Niederschâflblsheim.  L'artillerie  était  à  l'intersection  des 
routes  de  Haguenau  à  Brumath  et  à  Mommenheim,  menaçant  le 
village  de  Uochstett,  d'où  venaient  les  tirailleurs  républicains. 

L'armée  de  Condé  occupa  donc  les  redoutes  n^'  11  13  et 
13,  sa  cavalerie  couvrant  les  intervalles.  Le  prince  s'établit 
à  Haguenau  dans  la  maison  qu'avait  habitée  son  fils,  parti 
pour  Rastatt. 

Arrivé  à  Haguenau,  le  prince  ne  songea  d'abord  qu'à  son 
armée  si  rudement  éprouvée,  il  demanda  pour  elle  quelques 
jours  de  repos  et  qu'elle  fût  envoyée  en  quartier  d'hiver  sur 
la  rive  droite  du  Rhin.  Ce  ne  fut  que  le  14  que  l'armée  roya- 
liste reçut  une  légère  satisfaction.  Un  bataillon  de  grenadiers 
hongrois  vint  relever  les  gentilshommes  dans  la  garde  des 
redoutes. 

Les  républicains  commencèrent  devant  les  redoutes  les 
mêmes  manœuvres  que  devant  Berstheim.  Dès  le  10,  les 
tirailleurs  vinrent  faire  le  coup  de  feu  avec  les  condéens.  Le 
lendemain,  ils  élevèrent  un  petit  redan  dans  le  bois  en  face  de 
la  redoute  n<^  11.  Le  service  était  fort  pénible  pour  les  roya- 
listes campés  en  plein  air  par  la  saison  la  plus  rigoureuse. 
Les  postes  autrichiens  étaient  quotidiennement  attaqués  et 
chaque  jour  l'audace  des  Français  augmentait. 

Le  15,  la  précision  du  feu  des  redoutes  fit  taire  l'artillerie 
républicaine.  Les  tirailleurs  durent  se  retirer.  Une  tentative 
sur  Marîenthal  échoua  également 

Les  jours  suivants,  ce  furent  toujours  les  mêmes  attaques, 


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56  REVUE  D' ALSACE 

auxquelles  on  ne  répondait  qu'en  se  maintenant  sur  la  mal- 
heureuse défensive  adoptée.  Enfin,  le  22  décembre,  l'opi- 
niâtreté des  républicains  eut  un  plein  succès,  le  général  Hotze 
était  forcé  à  Reichsboffen. 

Le  général  Taponnier  enleva  les  redoutes  de  Reichshoffen, 
Wœrdtet  Freschwiller,  prit  16  canons  et  500  prisonniers.  La 
prise  de  ces  trois  redoutes  faisait  une  grande  trooée  dans  la 
ligne  des  Autrichiens  et  anéantissait  leur  système  de  défense. 
Elle  fit  évanouir  leur  espoir  de  passer  l'hiver  en  France  et  les 
força  de  commencer  leur  retraite. 

Le  vieux  Wurmser  fut  accablé  en  apprenant  cette  nouvelle. 
Il  devait  s'attendre  à  ce  résultat,  car,  malgré  les  conseils  du 
duc  de  Brunsv^ick,  il  avait  persisté  à  conserver  un  mauvais 
campement  entre  le  Liebfrauenberg  et  la  Wantzenau.  Le 
résultat  obtenu  par  les  républicains  était  facile  à  prévoir. 

Leur  nombre  augmentait  tous  les  jours  et  tous  les  jours 
ils  cherchaient  à  épuiser  leurs  adversaires.  Il  fallait  à  la  fin 
qu'une  de  leurs  tentatives  réussit.  Celait  dans  l'ordre  des 
choses  et  on  ne  Tavait  pas  caché  à  Wurmser,  qui,  voyant  sa 
ligne  coupée  et  pouvant  se  trouver  entre  deux  feux,  donna 
l'ordre  de  battre  en  retraite.  Les  fameuses  redoutes,  dont  il 
était  si  fier,  ne  servirent  pas  longtemps,  comme  on  le  voit. 

A  cinq  heures  du  soir,  à  l'entrée  de  la  nuit,  toutes  les  divi- 
sions furent  prévenues  de  se  diriger  sur  Wissembourg.  Le 
corps  de  Condé  dut  gagner  le  bourg  de  Seltz.  On  commença 
dans  la  nuit  à  obéir  aux  ordres  du  général  en  chef. 

La  nuit  était  des  plus  obscures  et  rendait  encore  plus  triste 
le  spectacle  de  ces  malheureux  soldats  mal  vêtus,  suant  la 
fièvre  et  la  faim,  engagés  dans  de  mauvais  chemins  au  miUeu 
de  l'encombrement  de  l'artiller*''  et  des  équipages  ^ 

^  Dès  le  grand  matin,  Desaix  poursuivit  les  Autrichiens  et  leur  prit 
beaucoup  de  bagages.  Michaud  et  Ferino  prirent  position  à  droite  et  à 
gauche  de  Hagueuau  et  ensuite  dans  la  forêt,  balayant  tout  ce  qui  se 
trouvait  devant  eux.  Le  général  Hatry  se  mit  à  leur  hauteur. 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHEIM  57 

Le  tableau  de  la  ville  de  Hagaenau,  dit  Ecquevilly,  quand 
l'ordre  arriva,  était  déchirant.  Wurmser  avait  toujours  assuré 
les  gens  honnêtes  de  cette  ville,  qui  étaient  en  grand  nombre 
et  qui  l'avaient  consulté  sur  le  parti  qu'ils  devaient  prendre, 
qu'il  se  regardait  comme  certain  de  maintenir  sa  position  et 
que,  si  quelque  circonstance  qu'il  ne  prévoyait  pas  le  forçait 
à  les  abandonner,  il  les  préviendrait  à  temps  pour  qu'ils 
eussent  celui  de  mettre  en  sûreté  leurs  personnes  et  leurs 
effets  les  plus  précieux.  La  plupart  d'entre  eux  avaient,  en 
conséquence,  vécu  dans  une  sécurité  d'après  laquelle  ils 
n'avaient  pris  aucune  précaution,  de  manière  que  tons  les 
malheureux,  avertis  seulement  par  l'ordre  donné  à  l'armée, 
se  trouvèrent  dans  la  nécessité  d'abandonner  leurs  propriétés 
à  la  rage  des  républicains  et  ne  parvinrent  à  y  échapper  eux- 
mêmes  qu'avec  la  plus  grande  peine,  le  déblaiement  des  ma- 
gasins occupant  tous  les  chevaux  que  l'on  enlevait  de  force; 
beaucoup  de  femmes  furent  obligées  de  se  sauver  à  pied, 
et  plusieurs  d'elles,  harassées,  succombant  sous  le  poids  de 
la  fatigue  et  de  la  frayeur,  furent  secourues  pendant  la  nuit 
par  les  gentilshommes,  qui  les  prirent  en  croupe  sur  leurs 
chevaux. 

Les  fameuses  redoutes  furent  tout  de  suite  occupées  parles 
républicains  ivres  de  joie^  tandis  qu'ils  voyaient  la  terreur 
dans  les  rangs  des  Autrichiens.  Le  corps  de  Condé  dut  former 
l'arrière-garde  dans  cette  pénible  nuit. 

La  ville  de  tiaguenau  reçut  les  républicains  le  23  à  huit 
heures  du  matin.  Quelques  maisons  de  royalistes  furent  pil- 
lées et,  parmi  elles,  une  des  plus  belles  de  la  ville,  celle  du 
conseiller  du  roi.  Maréchal,  procureur  fiscal  des  eaux  et 
forêts,  chez  qui  avaient  demeivN^  tour  à  tour  le  duc  de  Bourbon 
et  son  père.  Elle^ut  complètement  dévastée  par  les  soldats. 

Ce  ne  fut  que  le  23,  à  midi,  que  le  corps  de  Condé  put 
entrer  à  Seltz. 

Après  une  alerte  causée  par  des  chasseurs  républicains  qui 


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58  REVUE  d'alsace 

furent  chargés  par  quelques  genlilshommes  cantonnés  à  Bein- 
heiro,  on  put  prendre  un  peu  de  repos  jusqu'au  lendemain  à 
une  heure  du  matin  ;  on  gagna  alors  Mothern. 

Les  équipages  et  l'artillerie  ayant  rejoint,  on  se  dirigea  le 
25,  à  deux  heures  du  matin,  vers  Neubourg,  au-dessus  de 
Lauterbourg,  pour  y  passer  le  Rhin  afin  de  se  diriger  vers  la 
ville  de  Lahr,  fixée  comme  quartier  d'hiver  où  l'on  devait 
jouir  enfin  d'un  repos  bien  mérité.  La  campagne  était  finie 
en  Alsace. 

Après  le  départ  des  émigrés,  la  Terreur  montra  dans 
cette  province,  dit  M.  L.  Spach,  son  hideux  cortège  de  dénon- 
ciateurs  et  de  satrapes  de  bas  étage.  Cinquante  mille  habi- 
tants à  l'avance  effrayés,  du  sort  qui  les  attendait  eux  et  leurs 
familles,  avaient  suivi  les  Autrichiens  et  les  condéens;  les 
terres  restaient  en  friche  pendant  que  leurs  propriétaires 
allaient  mourir  de  misère  sur  le  sol  étranger  ! 


APPENDICE. 

1. 

Berstheim  1,  par  suite  des  combats  acharnés  dont  il  fut  le 
théâtre,  fut  presque  entièrement  détruit.  Les  habitants  s'étaient 
presque  tous  sauvés.  L'église,  le  presbytère,  le  corps  de  garde 
et  l'école  furent  dévastés  et  en  1842  ils  étaient  encore  dans 
un  étal  pitoyable.  Ce  n'est  qu'à  force  de  travail  que  les  habi- 
tants purent  se  relever  de  leurs  pertes. 

Du  petit  coteau  sur  lequel  ce  village  est  bâti,  la  vue  s'étend 
agréablement  sur  un  espace  assez  étendu.  On  voit  au  milieu 

1  L'abbé  Herzog,  né  à  Soultz-les-Bains,  était  curé  en  4789.  Il  y  re- 
vint au  Concordat;  il  mourut  en  4830,  à  l'âge  de  94  ans,  après  avoir 
administré  la  paroisse  pendant  40  ans. 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHCIM  59 

d'un  nid  de  verdure,  Keflendorf,  Batzendorf,  Winlershausen, 
Hochstett,  etc.  Vers  l'ouest,  les  montagnes  bleuâtres  des 
Vosges  et  à  l'est,  à  cinq  lieues,  la  flèche  élancée  du  munster 
de  Strasbourg  et  le  Scbwarzwald.  En  1844,  Muret  visita 
Berstheim;  les  maisons  étaient  relevées;  mais  on  voyait 
encore  des  boulets  sur  les  murs  de  l'église  et  la  tradition  des 
combats  n'était  pas  éteinte.  En  se  plaçant  sur  le  chemin 
entre  Wintershausen  et  Berstheim,  on  peut  suivre  les  phases 
des  affaires  du  2  et  du  8  décembre. 

Bien  qu'il  fàt  dominé  par  Huttendorf  <,  Berstheim  est  le 
point  central  du  plateau  entre  les  rivières  de  la  Moder  et  de 
la  Zom.  Les  eaux  du  côté  de  la  charge  de  la  cavalerie  noble, 
le  2,  se  dirigent  vers  la  Moder;  un  ruisseau  prenant  sa  source 
près  du  redan  à  l'entrée  du  village,  sur  le  chemin  deWitters- 
heim,  est  un  affluent  de  la  Zorn.  Bafzendorf  est  au-dessus  de 
ce  ruisseau,  dont  la  rive  droite  en  face  de  Hochstett  était 
occupée  par  des  détachements  de  M.  de  Kospoth. 

Au  point  de  vue  historique,  Berstheim,  Wintershausen  et 
les  villages  voisins  faisaient  partie  des  Beichsdcerfer  de  la 
préfecture  impériale  de  Haguenau.  Le  premier  de  ces  villages 
a  327  habitants  et  60  maisons.  Il  est  à  9  kilomètres  sud-ouest 
de  Haguenau,  chef-lieu  du  canton.  Sous  le  rapport  religieux, 
il  est  du  diocèse  de  Strasbourg,  archiprétré  du  Haut-Hague- 
nau.  Le  landgrave  de  Hesse-Darmstadt  nommait  le  curé. 


'  La  position  d'Huttendorf  (245  m.),  occupée  par  les  républicains, 
domine  le  pays.  Berstheim  n*est  qu'à  221  mètres.  Les  hauteurs  de 
Dauendorf  et  d'Uhrweiler,  occupées  par  Elenau,  ont  238  et  239  mètres. 
Hochstett,  au-dessus  du  Sellenbach,  est  à  202  mètres  ;  les  deux  rives 
du  ruisseau  étaient  occupées  par  les  tirailleurs  autrichiens.  Les  con- 
déens  et  le  général  Kospoth  campaient  à  180  et  198  mètres.  Winters- 
hausen est  à  187  mètres.  Enfin,  les  fameuses  redoutes,  œuyre  de 
Wurmser,  et  qui  ne  servirent  à  rien,  sont  à  160,  170  et  175  mètres. 
(Carte  du  dépôt  de  la  guerre.) 


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60 


REVUE  d' ALSACE 


ARMÉE   DU   RHIN. 

Situation  de  la  division  commandée  par  le  général  Fbbiho  au  î^  décembre 

179B. 

GouviOH  Samt-Ctb,  acBudant  gënëral,  chef  de  rëtat-major. 


OhefÉ  de  bHgMle. 

Oorp&                          Bâ 

teillone. 

Eaeadrons 

.    Effectif. 

1«  batoUlon  du  27* 

— 

413 

4e 

}> 

de  Saône-et-Loire. 

— 

552 

PlBRRE. 

9« 

» 

des  Vosges 

-j- 

475 

a» 

» 

dlndre-et-Loire.  . 

— 

678 

2e 

>i 

du  13« 

— 

491 

11«  de  cavalerie.  . 
Total.  .  .  . 

— 

3 
3 

294 

2903 

2e  bataillon  de  la  MoseUe.  .  . 

— 

515 

26 

tt 

du  27» 

— 

538 

1er 

■ 

de  rindre 

— 

642 

Thévehot. 

lOe 

>i 

des  Vosges  .... 

— 

640 

1er 

II 

de  la  Haute-Saône. 

— 

696 

7« 

1» 

d'infanterielëgëre. 

— 

427 

18» 

11 

des  Vosges  .... 

— 

749 

artillerie  volante 

— 

— 

74 

18®  de  cavalerie 

— 

4 

875 

2e 

M                

— 

4 

478 

7e  de  chasseurs  achevai. 

— 

2 

134 

Total.  .  .  . 

7 

10 

5268 

Totol  génëral.  .  .  . 

12 

13 

8171 

ARMÉE   DU  RHIN. 
Situation  de  la  divition  commandée  par  le  général  Fbriko  au  8  décembre 

1793, 

Gabobiau,  ac^udant  gênerai,  chef  de  Tëtat-major. 
DoHiELOT,  adjudant  gënëral,  attache  à  la  brigade  de  gauche. 

Chefs  de  brlgmde.                           Corpe.                           Betalllons.    Eseadrons.  Effectif. 

l^bataUlon  du  27« 1             —  413 

GouvioK         2«          »            ■        1             —  538 

SAiHT-Gn,       2«          •        du  13» 1             —  491 

adjudant  gënë-    l^        »        du  105« 1             —  665 

rai,             9«         »        des  Vosges 1             —  476 

remplaçant  le     3®         >»        d'Indre-et-Loire.  .      l             —  678 

gënëral  Pierre,               artillerie  volante —             —  36 

destitué.                    11*  de  cavalerie —               1  294 

18®            « —         2_  187 

Total  (à  reporter)  ...      6               3  3777 


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LES  COMBATS  DE  BERSTHEIU 


61 


Report 

6 

3 

8777 

3«  bataillon  de  U  Moselle.  .  . 

— 

515 

1« 

}i 

de  rindre 

— 

642 

TlltfTSHOT, 

10« 

» 

des  Voggea  .... 

— 

640 

général 

iw 

» 

de  la  Haute-Saône. 

— 

696 

de  brigade. 

7© 

M 

d*infanterielégëre. 

— 

427 

15e 

» 

des  Vosges  .... 

— 

749 

artillerie  volante 

— 

— 

34 

lie  de  cavalerie 

— 

2 

187 

26 

>            

— 

4 

478 

7«  de  cbasseun  à  cheval. 

— 

2 

134 

> 

— 

2 

210 

Total  général.  ...    12 


13 


8419 


COUPLETS 

présentés  à  S.  A.  S.  Monseigneur  le  Cardinal  Louis  de 
RoHAN,  lorsque  V armée  de  Condé  vint  prendre  ses  can- 
tonnements  dans  ses  États^  au  7nois  de  mars  i796. 

Mars  récompense  notre  zèle  ; 
En  nous  rappelant  aux  combats, 
C'est  dans  une  France  nouvelle 
Que  lui-même  a  guidé  nos  pas  ; 
Rohan  règne  sur  ce  rivage, 
Tout  s'y  ressent  de  ses  bienfaits  ; 
Il  plaint  nos  maux^  il  les  partage, 
Et  comme  nous  il  est  Français. 

Doux  Printemps,  après  tant  d'alarmes 
Aux  yeux  de  nos  vaiUans  Guerriers, 
Tu  répands  ici  tous  tes  charmes  ; 
Tu  promets  de  nouveaux  lauriei*s. 
C'est  la  présence  de  leur  Maître 
Qui  donne  à  ces  lieux  tant  d'attraits  ! 
Les  fleurs  pour  nous  semblent  renaître 
Sous  un  ciel  où  règne  un  Français. 

Dans  sa  cour,  aujourd'hui  l'asile 
De  la  vertu ,  de  la  valeur  ; 
Le  plaisir  est  pur  et  tranquille. 
La  beauté  sourit  à  l'honneur^ 


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62  REVUE  D'ALSACE 

Un  ancien  preux  à  sa  devise 
Croyait  devoir  tous  ses  succès  ; 
Un  seul  des  regards  de  LOUISE  ^ 
Rendroit  invincible  un  Français. 

A  son  Roi ,  Rohan  fut  fidèle, 
Et  son  peuple  apprend,  sous  ses  lois, 
A  sentir  tout  le  prix  du  zèle 
Des  dignes  serviteurs  des  rois. 
Le  Dieu  qui  donne  la  victoire, 
Par  sa  bouche  entend  nos  souhaits. 
Et  sous  les  drapeaux  de  la  gloire 
Ses  neveux  guident  les  Français. 

Au  sang  des  Rois  leur  sang  s'allie, 
Il  en  est  plus  cher  à  nos  cœurs. 
Il  a  formé  pour  la  patrie 
Et  des  Bourbons  et  des  Vengeurs  I 
ROHAN ,  ton  nom  toujours  illustre 
Devient  la  terreur  des  forfaits 
Et  donne  encore  un  nouveau  lustre 
A  la  gloire  du  nom  Français. 


^  La  princesse  Louise-Charlotte  de  Bohan-Rochefort,  mariëe  secrëte- 
ment  plus  tard  au  duc  d'Enghien. 

Arthur  Benoit. 


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CORRESPOHDIRCES  POLITIQUES 


ET 


CHRONIQUES  PARISIENNES 

adressées  à 

Christophe  GONTZER 

Synclio  royal  cle  la.  ville  cle  Strasbourg 

(1681  —  1685) 

(SuiteK) 


—  Paris,  22  Septembre  1683.  —  ....L'on  demande  à  Cal- 
cavi,  gardien  de  la  Bibliothèque  du  Roy  et  des  médailles, 
qu'il  rende  compte  de  l'argent  qu'il  a  receu  pour  achepter 
des  médailles,  dont  on  trouve  un  grand  nombre  d'égarées,  y 
en  ayant  beaucoup  de  doubles  qui  ne  se  trouvent  plus  et  Ton 
ne  dit  point  qu'il  en  ait  beaucoup  achepté  de  nouvelles.  L'on 
ne  scait  point  aussi  ce  qu'il  a  fait  des  livres  doubles  qu'on 
met  dans  cette  bibliothèque,  qu*on  a  trouvée  en  fort  mauvais 
ordre.  M.  le  coadjuteur  de  Rouen,  qui  en  est  garde,  y  tra- 
vaille avec  soin  pour  remettre  toutes  choses  en  meilleur 
ordre. 

—  Paris,  25  Septembre  1683.  —  La  levée  du  siège  de 
Vienne  est  très-assurée,  mais  il  est  très  incertain  de  quelle 
manière  les  choses  se  sont  passées.  Les  premières  nouvelles 
publioient  que  les  InGdelles  avoient  pris  la  fuitte  dès  la  pre- 

1  Voy.  pages  262  et  suiv.  de  la  livraison  juillet-août-septembre  et 
pages  429  et  suiv.  de  la  livraison  octobre-novembre-décembre  1888. 


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64  REVUE  D' ALSACE 

miëre  charge.  Ce  combat  a  commencé  le  12  du  courant  à 
trois  heures  après -midy,  et  qu'à  sept  heures  les  janissaires 
avoient  abandonné  la  tranchée ,  voyant  que  leur  cavallerie 
avoit  pris  la  fuite  et  on  dit  que  l'on  en  avoit  fait  un  grand 
carnage,  mais  quelques  lettres  marquent  qu'il  n'y  en  a  eu 
que  six  mille  de  tués  et  que  le  reste  s'est  retiré  en  fort  bon 
ordre,  et  qu'on  n'avoit  pas  osé  les  attaquer,  les  Impériaux 
n'étant  pas  si  forts  qu'eux.  Ils  ont  laissé  12  pièces  de  leur 
grosse  artillerie,  quantité  de  petites;  toutes  les  tantes  sont 
restées  et  presque  tous  les  équipages  ;  que  le  prince  Charles 
avoit  couché  dans  les  magniGques  tantes  du  grand-vézir  pen- 
dant que  le  roy  de  Pologne  estoit  à  la  poursuitte  des  fuyards; 
que  l'on  avoit  trouvé  de  grands  trésors  dans  les  coffres-forts 
qui  étoient  dans  ces  mêmes  tantes,  mais  qu'on  n'avoit  pas 
voulu  les  ouvrir  qu'en  présence  de  l'Empereur...  L'honneur 
de  cette  action  est  deue  au  vaillant  roy  de  Pologne  qui  a  été 
très-bien  secondé  du  prince  Charles  ;  pour  le  bon  Empereur 
il  étoit  par-de  là  le  Mont  Pagnotte  (?)  avec  une  trouppe  de 
moines,  à  implorer  la  miséricorde  de  Dieu.  Il  était  temps  que 
le  secours  arrivât,  la  place  n'aurait  pu  tenir  encore  deux 
jours,  étant  ouverte  en  plusieurs  endroits,  les  InGdelles  logés 
sur  le  haut  des  bastions  et  il  ne  restoit  pas  dans  Vienne 
4000  hommes  en  état  de  se  déffendre,  y  ayant  perdu  plus  de 
22,000  hommes,  tant  par  les  armes  que  par  les  maladies.  Ce 
comte  de  Starhemberg  emporte  une  gloire  immortelle  d'avoir 
soutenu  près  de  deux  mois  cet  effroyable  siège....  L'ambassa- 
deur d'Espagne  qui  est  icy  et  la  comtesse  de  Mansfeldt  ont 
fait  faire  des  illuminations  et  feux  de  joie  pendant  trois  jours. 

...Les  huguenots  des  Sévennes  sont  devenus  sages  par 
l'exemple  de  leurs  voisins,  ils  se  sont  remis  dans  leur  devoir 
et  ont  obtenu  pardon. 

M.  de  Louvois  a  laissé  à  M.  de  Senelay  '  le  commerce  et 

^  Le  marquis  de  Seignelay,  ûls  de  Golbert. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES  65 

les  manufactures;  il  a  aussi  les  choses  qui  regardent  la  ville 
de  Paris.  Le  Roy  est  très-satisfait  de  luy  et  les  impertinents 
discours  que  la  populace  a  fait  icy  luy  auront  été  avantageux  ; 
le  Roy  ne  veut  pas  détruire  son  ouvrage. 

Le  Roy  a  la  bonté  d'instruire  luy-mème  M.  Pelletier  pour 
l'administration  des  finances,  en  ayant  des  connaissances 
au-delà  de  ce  que  Ton  peut  s'imaginer.  Il  s'est  tenu  le  23  du 
courant  un  grand  conseil  des  finances,  principalement  au 
sujet  de  la  Caisse  des  emprunts. 

....Un  gentilhomme  du  Bas-Haine,  appelant  d'une  sen- 
tance  du  Mans  pour  quantité  de  blasphémies  et  d'autres 
crimes,  a  été  condamné  aux  gallères,  à  faire  amende  hono- 
rable et  avoir  la  langue  percée. 

—  Paris,  28  Septembre  1683.  —  Les  frégates  de  l'Élec- 
teur de  Brandebourg  qui  croisaient  dans  les  mers  d'Espagne 
dans  le  dessein  de  faire  des  prises  pour  se  payer  des  sommes 
que  le  Roy  d'Espagne  luy  doibt,  ont  laissé  passer  un  des 
vaisseaux  de  la  flotte  de  la  Nouvelle-Espagne,  riche  de  trois 
millions,  croyant  que  ce  n'estoit  qu'un  vaisseau  danois. 

L'on  instruict  toujours  l'affaire  de  cette  fille  de  Cha- 

renton.  Elle  rend  toujours  des  insectes  par  la  bouche  et  aussi 
par  derrière.  On  n'a  point  encore  mis  hors  de  prison  la 
Poulain,  accusée  de  ce  maléfice. 

L'imagination  de  la  première  présidente  de  la  Cour  des 
Aydes  a  esté  si  offencée  qu'elle  a  creu  estre  empoisonnée,  par 
l'impertinence  d'un  chirurgien  qui  luy  dit  qu'elle  l'estoit,  et 
elle  prit  tant  d'orviétan  qui  l'a  tellement  échauffé  qu'elle  en 
est  véritablement  malade  depuis  ce  tetnps-là.  Elle  n'a  point 
voulu  voir  son  fils,  qui  est  au  désespoir  de  ce  fâcheux  acci- 
dent^ quoy  qu'il  soit  le  plus  innocent  des  hommes. 

—  Paris,  28  Septembre  1683.  —  ...L'alarme  est  bien 
grande  par  tout  le  pays  espagnol.  M.  de  Grana  a  fait  prendre 
les  armes  à  Bruxelles^  à  tout  le  peuple  et  mesme  aux  moines. 

5 


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66  KEVUE  D  ALSACE 

Il  a  fait  publier  des  deffences  par  tout  le  pais  d'obéir  aux 
ordres  envoies  par  les  François  de  payer  aucune  chose,  sans 
avoir  moyen  de  s*opposer  aux  maux  qui  leur  en  pouvoient 
arriver....  Chacun  se  mettant  en  devoir  d'empescher  les  exé- 
cutions militaires,  nous  continuons  (nos)  exploits....  Il  n'y  a 
pas  eu  jusque  à  présent  un  coup  de  pistolet  tiré.  Celte  expé- 
dition désole  plus  le  pais  que  trois  années  de  guerre. 

—  Paris,  ce  2  Octobre  1683.  —  On  voit  un  estât  des  biens 
de  feu  M.  Colbert,  qui  se  monte  à  28  millions.  On  dit  qu'on  a 
trouvé  dans  un  de  ses  portefeuilles  un  rôle  de  certaines  gens 
capables,  en  cas  que  l'ont  eust  besoing  d'argent,  de  fournir 
des  sommes  considérables.  Il  est  apostille  de  sa  main  et  des 
raisons  que  Ton  auroit  de  leur  demander  de  l'argent. 

Quatre  bouchers  sont  en  fuite  pour  s'estre  voulu  obstiner 
à  persuader  leurs  camerades  de  ne  plus  aller  au  marché  de 
Sçault,  mais  à  Poissy.  Il  y  a  décret  contre  eux. 

—  Paris,  le  6  Octobre  1688.  —  On  dit  que  le  S""  Ruth  a 
esté  un  peu  trop  viste  en  Languedoc  et  que  s'il  eust  creû 
M.  l'Intendant,  que  les  huguenots  eussent  accepté  l'amnistie. 
Il  y  a  eu  quelque  chocq,  où  environ  une  centaine  en  a  esté 
tué  et  12  de  pendus 

On  dit  qu'on  a  tiré  de  la  Bastille  quantité  de  prisonniers 
pour  les  renvoyer  dans  des  lieux  esloignez,  afSn  de  diminuer 
la  dépence,  dont  le  gouverneur  n'est  pas  trop  content.  On  dit 
aussi  que  M.  Le  Peletier  est  déclaré  ministre,  sa  place  au 
Conseil  en  qualité  de  contrôleur-général  des  finances  n'estant 
qu'au  bas  de  la  table,  et  lorsqu'il  rapporte,  il  a  la  tête  descou- 
verte, mais  en  qualité  de  ministre,  il  est  placé  au-dessus  du 
doyen  du  Conseil. 

—  Paris,  le  13  Octobre  1683.  —  Le  pape  fut  réveillé  la 
nuict  pour  luy  apprendre  la  levée  du  siège  de  Vienne.  Cette 
nouvelle  le  surprit  si  fort  et  luy  donna  tant  de  joie  qu'il  en 
eut  une  espèce  de  défaillance 


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CORRESPONDANCES  POUTIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES         67 

Mademoiselle  de  Vaillac  est  mariée  à  M.  Le  Ser,  conseiller 
aax  requestes  du  Palais,  qui  a  esté  obligé  de  quitter  son  nom, 
sa  charge  et  ses  inclinations.  On  l'appelle  présentement 
M.  Delser.  Il  a  achepté  les  terres  de  Montault  et  La  Hotte- 
Ste-Hernye  à  M.  de  Parabel.  Il  s'appellera  le  comte  de  Mon- 
taut.  II  confesse  avoir  receu — —  livres  de  la  demoiselle,  qui 
auroit  esté  religieuse  si  elle  avoit  eu  de  quoy  payer  sa  dot.  La 
veille  des  noces  il  luy  envoya  le  présent  dans  la  cassette, 
où  il  y  avoit  quatre  mille  louis  d'or,  des  boucles  d'oreille 
de  mille  louis  et  un  fil  de  perles  de  deux  mille  et  le  reste  à 
proportion. 

—  Paris,  46  Octobre  1683.  —  Les  mouvements  de  ceux  de 
la  Religion  aux  Sévennes  sont  apaisés;  ces  pauvres  gens  ont 
accepté  l'amnistie  ;  il  en  coustera  pourtant  la  vie  à  un  ministre 
séditieux  et  peut-être  encore  il  y  aura  quelques  temples 
razés.  On  parle  aussi  de  quelque  argent,  et  il  y  aura  des 
trouppes  en  quartier  dans  les  boutières.  Tout  cela  a  retardé 
quelques  jours  les  Estats  du  Languedoc. 

On  a  achevé  l'inventaire  des  biens  de  M.  Colbert;  il  ne  se 
trouve  point  de  si  grands  biens  que  l'on  s'estoit  immaginé. 
On  a  trouvé  un  journal  escrit  de  sa  main,  de  toutte  sa  vie,  à 
commancer  du  temps  qu'il  entra  au  service  de  M.  le  Chance* 
lier^  lors  secrétaire  d'Estat.  Il  rend  raison  de  tout  ce  qu'il  a 
amassé,  article  par  article,  et  des  moyens  dont  il  s'est  servy 
pour  faire  valoir  ce  qu'il  avoit  acquis  du  temps  du  cardinal 
Mazarin  et  des  dons  que  Sa  Majesté  luy  a  faicts. 

M.  de  Courlenveaux,  fils  de  M.  de  Louvois,  a  commencé 
de  signer  comme  secrétaire  d'Estat.  Mme  de  Senelay  est 
accouchée  d'un  filz;  il  est  nommé  Jean-Baptiste,  en  mémoire 
de  son  ayeul.  Le  Roy  va  présentement  à  la  chasse,  mesme  à 
pied  et  tire  en  volant,  ce  qui  faict  voir  qu'il  est  très-bien 
remis  de  son  bras. 

—  Paris,  20  Octobre  1683.  —  On  dit  icy  que  la  joye  est 
grande  dans  l'armée,  parce  que  les  Espagnols  ont  déclaré  la. 


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68  REVUE  d' ALSACE 

guerre;  le  soir  du  i4^oiù  de  ce  mois,  trois  de  leurs  esqua- 
droDS  de  la  garnison  d'Audenarde,  ayant  attaqué  la  garde 
avancée  du  corps  que  commande  M.  d'Augé,  qui  estoit  posté 
au  pont  d'Arle.  Cette  garde  estoit  composée  d'un  destache- 
ment  deConigsmarc  et  4e  dragons  d'Hasselt,  qu'ils  trouvèrent 
partie  endormis,  comme  gens  qui  ne  songeoient  pas  à  la 
guerre.  Ils  en  tuèrent  huict,  firent  cinq  ou  six  prisonniers,  et 
emmenèrent  14  chevaux 

Si  on  a  eu  de  la  joye  à  l'armée  de  Tenlreprise  des  Espa- 
gnols on  n'en  a  pas  moins  eu  à  la  Cour,  dans  l'espérance 
que  cela  attirera  la  guerre  que  tout  le  monde  souhaitte 

Le  Roy  a  envoyé  une  chaisne  de  500  écus  au  Signor 
Camille,  escuyer  de  Mgr  le  Nonce  et  200  louis  d'or  aux  autres 
domestiques,  qui  ont  porté  les  langes  que  le  pape  a  envoyés 
pour  Mgr  le  Duc  de  Bourgogne. 

Monsieur  de  Louvois  a  osté  à  l'abbé  Vizot  le  balancier  où 
l'on  frappe  dans  les  galleries  du  Louvre  les  jettons  et  les  mé- 
dailles, quoyqu'il  en  soit  très  capable,  parce  qu'on  le  soup- 
çonnoit  de  donner  la  retraitle  à  des  gens  qu'il  ne  devoit  pas 
souffrir  avec  luy.  On  continue  de  faire  pendre  de  faux-mon- 
noyeurs.  11  y  en  a  désja  5  ou  6  d'expédiez.  Le  chevalier  de 
Brac,  appelant  de  la  mort  où  il  avoit  esté  condamné  au 
Chastelet,  pour  quantité  de  faux  titres  qu'il  a  fabriquez,  par 
lesquels  il  faisoit  voir  que  plusieurs  terres  avoient  esté 
autrefois  du  domaine  du  Roy,  ce  qui  intimidoit  si  fort  les 
propriétaires  que  l'on  menaçoit  de  donner  ces  titres  entre  les 
mains  de  M.  Berrier,  qu'ils  donnoient  des  sommes  considé- 
rables, afin  que  l'on  jettast  les  prétendus  titres  dans  le  feu, 
en  leur  présence.  La  sentence  du  Chastelet  n'a  pas  seule- 
ment esté  confirmée  par  arrest  de  la  Cour,  mais  il  a  aussy 
esté  ordonné  qu'il  seroit  appliqué  à  la  question,  où  il  a  dit 
tant  de  choses  qu'on  a  esté  obligé  de  retarder  l'exécution. 
La  chambre  des  vacations  fut  assemblée  mardy  dernier 
jusqu'à  5  heures  du  soir,  pour  ce  sujet.  11  y  a  beaucoup  de 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES  69 

complices^  et  même  des  officiers.  C'estoit  une  compagnie 
formée  de  faussaires.  Ce  prétendu  chevalier  de  Brac^  qui 
faisoit  l'homme  de  qualité,  est  fils  d'un  greffier  d'une  petite 
ville,  sans  aucune  importance,  mais  qui  sçait  escrire  à  mer- 
veille. 

—  Paris,  23  Octobre  1683.  —  L'on  envoyé  dans  les  Sé- 
vennes  et  dans  les  quartiers  là  où  il  y  a  beaucoup  de  hugue- 
nots, un  célèbre  missionnaire,  qui  est  docleur  de  Sorbonne 

et  qui  se  nomme  Mr ^  fils  d'un  conseiller  de  la  cour; 

on  en  espère  de  grands  fruits  et  beaucoup  de  conversions 

On  a  aussy  depuis  peu  pris  plusieurs  voleurs  dont  il  en  a 
desjà  d'éxécntéz,  entre  autres  on  en  a  pris  un  habillé  en 
hermitte,  qui  dévoilement  voloit  et  assassinoit  les  passants. 

H.  d'Albertus,  maistre  des  requestes,  qui  a  près  de 

80  ans,  espouse  Mlle  de  St-Thyeris  qui  n'a  que  18  ans  ;  il  dit 
estre  capable  du  devoir  de  mariage. 

—  Paris,  le  30  Octobre  1683.  —  Sans  que  la  guerre  soit 
déclarée^  l'on  pille,  brusle,  abat  des  maisons,  enlève  des 
gardes,  fait  des  prisonniers,  prend  des  chasteaux  dans  les 
Pays-Bas  et  le  Luxembourg. 

...On  a  pendu  en  Languedoc  un  dragon  et  un  autre  homme 
pour  viol  qu'ils  avoient  fait  après  que  l'on  eust  mis  en 
déroute  ceux  de  la  religion. 

—  Paris,  3  Novembre  1683.  —  Le  Roy  a  touché  celte  feste 
de  Toussaint  plus  de  500  malades...  L'on  fait  des  calesches 
pour  le  Roy  d'une  nouvelle  invention,  avec  lesquelles  on 
peut  facilement  courrir  la  poste. 

—  Paris,  3  Novembre  1683.  —  L'Empereur  doit  déclarer 
prince  le  comte  de  Staremberg  el  le  Roy  d'Espagne  luy  doit 
donner  l'ordre  de  la  Toison.  Tous  les  gens  sçavants  luy 
doivent  estre  obligés  du  grand  soing  qu'il  avoit  pris  de  con- 

^  Le  nom  est  resté  en  blanc  dans  l'original. 


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70  REVUE  D'aLSACE 

server  la  Bibliothèque  de  l'Empereur,  une  des  plus  belles  de 
la  Chrétienté,  comme  aussi  une  trés-graade  quantité  de 
tableaux  des  meilleurs  maistres. 

—  Paris,  17  Novembre  1683.  —  On  a  exécuté  le  16*  cou- 
rant une  femme  et  son  Gis  pour  avoir  estranglé  et  tué  à  coup 
d'alaines  le  mary;  ils  ont  eu  la  main  coupée,  la  femme  a  esté 
pendue  et  le  fils  roué  tout  vif,  et  à  Rouen  on  a  pendu  le 
père,  la  mère  et  la  fille  pour  fausse  monnoie  et  le  prétendu 
gendre  s'est  sauvé,  qui  leur  avoit  enseigné  le  meslier. 

—  Paris,  20  Novembre  1683.  —  Mercredy  cy  du  courant 
jour  de  la  naissance  de  madame  la  Dauphine,  le  Roy  à  cette 
occasion  fit  une  grande  feste  à  Marly,  où  il  y  eust  grand 
appartement;  on  y  avoit  porté  en  chaise  Madame  la  Dau- 
phine.  Après  la  promenade,  il  y  eut  une  magnifique  colla- 
tion et  ensuitte  le  Roy  suivy  de  tous  les  seigneurs  et  dames 
entra  dans  les  apartemens  plains  de  toutes  sortes  de  riches 
bijous  et  d'esloffes  de  la  Chine,'  fort  rares,  à  fonds  d'or  ou 
chacun  joua  ce  qu'il  voulut.  Il  n'y  eut  que  des  gagnans,  ce 
qui  est  deu  à  la  magnificence  de  Sa  Majesté  qui  avoit  fait 
préparer  ce  divertissement  par  le  S'  Bontemps. 

On  a  changé  les  meubles  de  Tappartement  de  Madame  la 
Dauphine,  de  crainte  que  le  noir  ne  l'incommodât  pendant 
ses  couches. 

Monsieur  de  Barillon,  ambassadeur  en  Angleterre,  a  mandé 
icy  que  Sa  Majesté  Britannique  et  le  duc  d'Jork  ont  esté 
surpris  des  honnêtetés  que  l'on  a  fait  à  un  certain  docteur 
anglois  appelé  Brunet  ^  qui  est  un  homme  séditieux  et  fort 
dangereux,  qui  a  toujours  esté  opposé  au  Roy  d'Angleterre 
et  a  esté  dans  toutes  les  factions  qui  se  sont  faites  et  aussy 
tost  que  l'on  a  seu  les  belles  qualitéz  de  cet  homme,  il  a  eu 
ordre  de  sortir  de  France. 


1  II  s'agit  de  Gilbert  Barnet,  évoque  de  Rochester  et  Tun  des  plus 
dévoués  adhérents  au  parti  whig,  avant  la  Révolution  de  1688. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES         71 

On  vient  tout  présentement  d'apprendre  la  mort  de 
M.  de  Vermandois,  dont  tonte  la  Cour  et  tout  le  monde  sont 
fort  affligez. 

—  Paris,  26  Novembre  1683.  —  Le  Roy  hérite  de  4  à 
5  millions  qui  sont  dans  la  Caisse  des  emprunts,  des 
espargneSy  des  revenus  de  feu  M.  le  comte  de  Yermandois. 
On  croit  que  Sa  Majesté  laissera  le  comté  et  tous  les  meubles 
de  la  succession  à  Madame  la  princesse  de  Conty. 

On  mande  de  Languedoc  que  les  gens  de  la  Religion, 
de  Vivarets  et  des  Sévennes  y  sont  ruinés  par  les  loge- 
mens  des  dragons,  qui  en  ont  réduit  grand  nombre  au 
désespoir.  On  marque  que  trois  à  quatre  mille  ont  abjuré 
leur  religion  pour  se  tirer  de  l'oppression.  On  a  retiré  les 
dragons  de  Nismes;  on  a  voulu  espargner  celte  ville  à  cause 
du  commerce. 

—  Paris,  27  Novembre  1683.  —  Monsieur  de  Vauban  a 
trouvé  moyen  de  visiter  quelques  places  espagnolles,  entre 
autres  Luxembourg.  Un  ingénieur  de  l'Empereur  en  a 
voulu  faire  de  mesme  à  Strasbourg,  pour  examiner  Testât 
de  cette  place,  et  les  fortifications  que  Ton  y  a  faittes.  Le 
Roy  ayant  sceu  les  ordres  qu'avoit  reçeu  cet  ingénieur,  a 
envoyé  les  siens  à  M.  de  Chamilly,  qui  pour  les  exécuter, 
cet  ingénieur  estant  arrivé  déguisé  en  marchand,  l'envoya 
prier  par  un  officier  de  le  venir  trouver,  dont  ce  pauvre 
homme  demeura  extrêmement  surpris  et  espouvanté,  voulant 
s'excuser,  mais  enfin  fut  obligé  d'obeyr.  M.  de  Chamilly 
l'appela  par  son  nom,  dit  qu'il  connoissoit  bien  son  mérite 
et  savoit  le  sujet  de  son  voyage,  qu'il  vouloit  luy  oster  la 
moitié  de  la  peine  et  toutte  la  peur  qu'il  pourroit  avoir,  luy 
donna  un  plan  de  la  place  qu'il  avoit  fait  faire  expressé- 
ment pour  luy,  vouloit  qu'il  le  vérifiât  sur  les  lieux,  accom- 
pagné d'un  ayde-major  et  d'un  ingénieur,  qui  luy  firent 
voir  par  dehors  et  par  dedans  la  ville,  la  citadelle,  le  fort 


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72  REVUE  d'alsace 

de  Kiel  (sic  ^)  et  tous  les  autres  forts  et  généralement  tous 
les  ouvrages  et  fortifications  qui  ont  esté  faites»  ce  qui  ne  se 
fit  pas  en  un  seul  jour.  Il  luy  fit  aussy  voir  l'Arsenal  et 
tous  les  magasins  et  tout  Testât  de  la  place,  et  luy  en  donna 
mesme  un  mémoire.  Il  vit  aussy  toute  la  garnison  sous  les 
armes,  aux  différans  lieux  qu'elle  occupe,  le  traitla  toujours 
très-bien  et  l'a  ainsy  renvoyé  à  l'Empereur  pour  luy  rendre 
un  compte  exact  de  tout  ce  qu'il  a  veu^  qui  apparamment  ne 
plaira  pas  beaucoup  à  ce  prince 

L'on  a  envoyé  une  amnistie  en  Languedoc  et  en  Dauphiné 
pour  tous  ceux  de  la  Religion  qui  ont  en  part  aux  derniers 
mouvemens,  le  Roy  ne  voulant  plus  que  l'on  parle  de 
tout  ce  qui  s'est  passé,  pourveu  qu'ils  se  contiennent  dans 
leur  devoir.  On  accuse  M.  de  St.  Ruth  d'avoir  esté  trop 
précipité. 

Monseigneur,  Monsieur  et  Madame,  au  sortir  du  Valide- 
Grâce  furent  voir  Madame  de  La  Vallière  aux  Carmélites. 

—  Paris,  le  3  Décembre  1683.  —  On  fait  désarmer  en 
Provence  et  Languedoc  tous  les  catholiques  aussi  bien  que 
ceux  de  la  Religion,  sans  distinction. 

—  Paris,  15  Décembre  1683.  —  Monsieur  de  Strasbourg 
est  à  la  Cour;  le  Roy  l'a  très-bien  receu;  il  est  logé  dans 
l'appartement  de  feu  M.  le  comte  de  Vermandois. 

—  Paris,  18  Décembre  1683.  —  On  a  résolu  de  changer 
les  habits  des  soldats;  ils  doivent  avoir  à  l'avenir  au  lieu  de 
justeaucorps  une  veste  et  un  surtout;  ils  n'auront  plus  de 
baudriers  mais  des  ceinturons  avec  lesquels  ils  agiront  plus 
librement. 

....Par  arrest  on  pend  aujourdhuy  par  sous  les  bras  en 
Grève  un  jeune  garçon  de  dix  ans,  qui  à  l'instigation  d'une 
autre  personne,  avoit  jeté  du  poison  dans  un  pot,  qui  s'en 

1  Kehl. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES         73 

est  enfui  ;  tous  ceux  qui  en  ont  mangés  en  ont  estes  bien 
malades  et  une  femme  en  est  morte.  II  est  encore  trop 
jeune  pour  qu'on  lefacemourrir....  Madame  la  Dauphine  est 
en  travail 

—  Paris,  22  Décembre  1683.  —  Madame  la  Dauphine  qui 
avoit  commencé  à  se  trouver  mal  dès  le  Vendredy  17,  ce  qui 
avoit  continué  assez  foiblement  presque  tout  le  samedy,  les 
douleurs  ayant  augmenté  la  nuict  du  samedy  au  dimanche, 
nous  a  enGn  donné  sur  les  quatre  heures  du  matin,  au  grand 
contentement  de  tout  le  monde,  un  nouveau  prince,  que  le 
Roy  a  nommé  duc  d'Anjou.  Le  Roy  en  a  eu  autant  de  joye 
qu'à  la  naissance  de  M.  le  duc  de  Bourgogne;  tous  les  princes 
et  princesses  y  estoient  présents,  comme  de  droict  ils  y 
doivent  estre.  La  cloche  du  palais  et  celle  de  l'Hôstel-de-Ville 
en  ont  sonnez,  comme  il  se  pratique  à  la  naissance  des 
enfans  de  France.  Aussy  sera-t-il  traité  de  mesme,  mais  on 
oe  fera  point  de  feu  de  joye,  estant  dans  l'année  du  deuil  de 
la  Repe.  Madame  la  Dauphine  se  porte  aussi  bien  qu'on  le 
peut  souhaifter.  On  oublioit  de  dire  que  le  Roy  fut  toujours 
en  action  pendant  le  travail  de  Madame  la  Dauphine  et  ne 
s'en  alla  qu'entre  les 5  et  6  heures  du  matin.... 


Année  1684. 

Paris,  5  Janvier  1684.  —  Une  belle  courtisane  à 

Rome  a  suby  les  peines  ordonnées  par  les  nouvelles  ordon- 
nances contre  les  dames  qui  ont  trop  la  gorge  découverte  et 
a  esté  mise  au  carcan. 

Le  Collège  Electoral  à  la  diette  de  Ratisbonne  a  déclaré 
aux  commissaires  de  l'Empereur  et  au  Collège  des  Princes 
qu'il  voulloit  traitter  avec  la  France,  avec  laquelle  il  ne 
vouloit  nullement  entrer  en  guerre  et  l'Eslecleur  de  Brande- 
bourg a  escrit  trois  lettres,  une  à   l'Empereur,  les  deux 


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74  REVUE  d'alsace 

autres  au  Collège  Electoral  et  à  celuy  des  Princes,  par  les- 
quelles il  déclare  qu'il  employera  toutes  ses  forces  contre 
ceux  qui  voudront  troubler  la  paix  de  l'Empire  et  les  joindra 
aux  autres  puissances  qui  sont  dans  les  mesnies  sentimens. 
Présentement  le  duc  de  Saxe  est  dans  les  mesmes  desseins 
et  fera  la  mesme  déclaration.  C'est  l'ouvrage  du  comte  de 
Crécy,  plénipotentiaire  de  France  à  la  diète.  Il  y  a  mesme 
des  membres  qui  à  cette  diète  ont  proposé  de  prendre  le 
Roy  de  France  pour  pro lecteur  de  l'Empire. 

Le  Roy  a  donné  la  charge  d'intendant  de  la  maison  de 
Madame  la  Dauphine  à  Daquin,  premier  médecin.  C'est  un 
présent  de  50,000  escus. 

Carcani  est  hors  de  la  bibliothèque  du  Roy  et  son  fils 

hors  de  l'employ  qu'il  avoit  dans  les  forests  de  Normandie. 

—  Paris,  3  Janvier  1684.  —  Monsieur  de  Montai  a  esté 
jusqu'aux  portes  de  Bruxelles  ;  il  a  fait  réduire  en  cendres 
cinquante  villages....  les  ennemys  nous  ont  bruslé  sept  vil- 
lages près  de  Valentienne.  Les  pauvres  paysans  qui  sont  au 
désespoir  assomment  indifféremment  tout  ce  qui  se  trouve 
sous  leur  main...  Le  Roy  s'est  voulu  donner  un  divertisse- 
ment qu'il  y  a  longtemps  qu'il  n'avoit  esté  en  usage,  c'est  de 
faire  les  Roys.  Cela  se  fit  dans  les  appartemens  par  les  seings 
de  Bontemps,  avec  toute  la  magnificence  possible.  Il  y  avoit 
cinq  tables,  en  différens  endroits  et  la  dernière  estoit  pour 
les  seigneurs  de  la  Cour.  Mademoiselle  de  Rembure,  fille  de 

Madame  la  Dauphine,  a  esté  la  reyne  à  la  table  du  Roy 

Les  glaces  ont  bien  fait  des  désordres  dans  la  rivière  ;  il  y  a 
plus  de  trente  batteaux  fracassez. 

—  Paris,  ce  12«  Janvier  1684.  —  ....  M.  de  Strasbourg  * 
qui  a  esté  quelque  temps  à  la  cour  de  France  est  retourné 
en  diligence  trouver  l'Electeur  de  Collogne  que  l'on  dit  estre 
fort  malade Le  Roy  n'a  pas  aprouvé  la  prétention  des 

*  L'évoque  Guillaume  de  Fûrstemberg. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES  75 

evesques  d'avoir  des  fauteuils  dans  Téglise  en  présence  des 
Princes  du  sang. 

Le  premier  jour  de  l'an  les  fermiers  généraux  ont  offert 
pour  estreines  à  M.  le  Controlleur-général  150  commissions 
pour  estre  remplies  de  ceux  qu'il  luy  plairoit.  Il  les  a  bon- 
nestement  remerciés,  leur  disant  qu'ils  dévoient  y  mettre  des 
gens  de  leur  connaissance  et  dont  ils  feussent  assurez. 

Le  Roy  va  faire  faire  un  aqueduc  qui  aura  22  toises  de 
hauty  plus  beau  qu'aucun  autre  que  les  Romains  ayent 
jamais  fait,  quoyque  moins  nécessaire  ;  le  prix  en  est  fait  à 
700,000  livres. 

—  Paris,  15  Janvier  1684.  —  Partie  de  l'équipage  de 
Foscarini,  à  présent  ambassadeur  de  Venise  en  Espagne,  a 
esté  pillé  dans  Madrid,  le  peuple  croyant  que  c'estoil  celuy 
de  l'ambassadeur  de  France,  parce  qu'il  s'est  logé  dans  le 
mesme  palais  où  estoit  Taultre.  Il  n'en  a  encore  peu  avoir 
aucune  raison. 

—  Paris,  15  Janvier  1684  (autre  lettre).  —  Le  Roy  a 
trouvé  à  propos  que  Monsieur  le  Contrôleur-général  acceptât 
le  présent  que  messieurs  les  fermiers-généraux  luy  ont  voulu 
faire  au  premier  jour  de  l'an.  Il  y  a  une  femme  dans  la 
Conciergerie,  accusée  d'avoir  fait  périr  quantité  d'enfans 
trouvés,  que  l'on  portait  à  THospital-général,  dont  elle  se 
chargeoit,  et  les  portait  à  des  nourisses  à  la  campagne 
qu'elle  avoit  soin  de  payer  et  pour  retenir  l'argent,  elle  en 
faisoit  mourir  plusieurs.  Elle  devoit  avoir  la  question  pré- 
paratoire. 

Le  duc  de  Richelieu  a  eu  permission  de  vendre  sa  charge 
de  chevalier  d'honneur  de  Madame  la  Dauphine;  il  veut 
payer  ses  debles,  on  dit  que  le  marquis  d'Angeau  la  pourra 
bien  acbepter....  On  a  trouvé  plusieurs  pauvres  personnes 
mortes  dé  froid  le  matin  dans  les  rues  et  quelques  personnes 
se  sont  tuées  des  chuttes  qu'elles  ont  faittes. 


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76  REVUE  D'ALSACE 

—  Paris,  29  Janvier  1684.  —  ....  Mardy  dernier  le  Roy 
entrant  dans  son  cabinet  avec  Monsieur,  fit  appeler  Made- 
moiselle et  luy  dit  que  le  Duc  de  Savoye  la  demandait  en 
mariage  ;  mais  que  luy  et  Monsieur  n'avoient  pas  voulu  le 
conclure,  sans  savoir  son  sentiment,  quelle  seroit  heureuse 
avec  un  jeune  prince  qui  promettoit  tant  de  luy  et  qu'elle  ne 
trouveroit  pas  grande  différence  entre  la  Cour  de  France 
et  celle  de  Savoye  et  que  c'estoient  presque  les  mesmes 
maximes.  Cette  jeune  princesse  asseura  avec  quelques  larmes 
qu'elle  estoit  résolue  d*obéir  à  Sa  Majesté  et  à  Monsieur  en 
tout  ce  qu'ils  auroient  agréable  de  luy  ordonner  et  alors 
le  mariage  fut  déclaré,  et  à  soupper  elle  fut  plassée  à  la 
gauche  de  Monseigneur.  Madame  ne  s'y  trouva  pas.  Pen- 
dant tout  le  repas  elle  respendit  quantité  de  larmes.  Elle 
reçeut  toutes  les  visittes  de  la  Cour  et  Madame  mesme  Talla 
visiter.  L'ambassadeur  de  Savoye  luy  alla  rendre  ses  devoirs 
et  faire  des  compliments  de  son  maistre 

L'on  a  veriffié  et  enregistré  cette  semaine  à  la  Chambre 
des  Comptes  une  déclaration  du  Roy  par  laquelle  il  déclare 
pour  ses  enfants  natures  (sic)  Louis  Alexandre  et  Marie 
Françoise.  Cela  s'est  fait  dans  les  mêmes  formes  que  les 
autres  ;  c'est  M.  le  comte  de  Toulouse  et  M"*  de  Blois. 

—  Paris,  2  Febvrier  1684.  — ...  Le  Parlement  de  Guienne 
a  envoyé  un  commissaire  à  Xaintonge  pour  informer  des 
contreventions  faittes  par  ceux  de  la  Religion  aux  dernières 
déclarations  du  Roy  pour  ce  qui  les  regarde.  On  dit  que  sans 
l'intendant  de  Guienne  ils  vouloient  s'assembler  dans  les 
lieux  que  l'on  a  depuis  peu  destruits.  Par  arrest  du  Conseil 
donné  contre  les  secrétaires  du  Roy  qui  sont  de  la  Religion, 
le  seul  Fromont  en  est  excepté,  à  cause  des  grands  services 
qu'il  rend  journellement  à  Sa  Majesté.  Le  28  du  passé,  Tabbé 
Pelletier,  fils  de  M.  le  Contrôleur-général  a  soustenu  une 
thèse  en  Sorbonne  où  toute  la  Cour  et  toute  la  ville  se 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES         77 

trouva....  Le  froid  a  esté  si  excessif  qu'on  a  couppé  le  bras 
à  un  page  d'un  seigneur  de  la  Cour  pour  avoir  porté  un 
flambeau  de  Versailles  à  Paris. 

—  Paris,  2«  Febvrier  1684*.  —  ....L'Empereur  ne  peut 
parvenir  à  la  paix  ou  bien  à  une  trêve  avec  la  Porte,  quelques 
offres  qu'il  ait  peu  faire.  Il  a  voulu  obliger  le  cercle  de  Suabe 
de  donner  des  quartiers  d'hyver  à  ses  trouppes,  mais  il  l'a 
reffusé  et  est  résolu  si  on  vouloit  luy  contraindre  de  se 
deffendre  et  appeler  à  son  secours  les  cantons  des  Suisses 
avec  lesquels  il  a  alliance  et  si  cela  ne  luy  suffit,  d'autre 
secours  ne  luy  manquera  pas. 

—  Paris,  5  Febvrier  1684.  —  La  garnison  de  Luxembourg 
ayant  brûlé  trois  moulins,  pour  représailles  on  leur  a  bruslé 
trois  villages.  Beaucoup  de  nos  gens  ont  gelés  dans*  les 
marches  qu'on  leur  a  fait  faire,  mesme  des  officiers  à  qui 
Ton  a  coupé  des  bras  et  des  jambes.  Toutes  les  lettres  qui 
viennent  de  Flandres  ne  parlent  que  de  cela  et  des  désola- 
tions qu'on  a  faittes  dans  le  pays.  Le  Roy  dit  ces  jours  passez 
que  l'obstination  des  Espagnols  estoit  cause  de  tous  ces 
malheurs 

Le  comte  de  Roussy,  fils  du  comte  de  Roye^  s'est  fait  catho- 
lique. Un  ministre  près  d'Orléans  a  fait  un  presche  fort 
séditieux  dont  ceux  mesme  de  la  Religion  ont  estes  fort  scan- 
dalisez. On  informe  contre  ce  ministre. 

—  Paris,  9  Febvrier  1684.  —  ....  La  ville  de  Basle  est  fort 
alarmée  du  pont  qu'on  bastit  à  Hunningen.  Le  maréchal  de 
Chombert'  est  destiné  pour  aller  commander  une  armée  en 
Catalogne,  et  celui  de  Navaille  Testoit  pour  aller  en  Italie^ 
mais  Dieu  en  a  disposé  aultrement,  estant  mort  samedy  au 
soir  d'une  hairoorragie  de  sang  qui  luy  est  sortie  par  la 
bouche.  Son  mal  ne  luy  a  pas  duré  10  heures^  et  il  estoit 

^  Cette  lettre  est  d'un  autre  correspondant  que  la  précédente. 
*  Schomberg. 


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78  REVUE  D' ALSACE 

indisposé  depuis  deux  jours,  et  on  attribue  sa  mort  à  quel- 
ques remèdes  qu'un  certain  homme,  qui  se  mesloit  de  méde- 
cine, luy  faisoit  prendre  depuis  quelque  temps.  Par  son 
testament,  qui  est  fait  il  y  a  plus  de  deux  ans,  il  laisse  plus 
de  40,000  escus  aux  pauvres  et  à  ses  domestiques.  Il  avoit 
depuis  peu  fait  imprimer  en  Hollande  son  voyage  de  Candie. 

Madame  la  princesse  de  Carignan  a  supplié  le  Roy  de  luy 
donner  la  conduitte  de  madame  la  duchesse  de  Savoye  pour 
la  mener  à  Thuriii.  Le  mariage  se  fera  sans  cérémonie  pour 
éviter  les  diiTicultez  qu'un  ambassadeur  extraordinaire  pour- 
roit  apporter,  auquel  on  ne  voudroit  pas  donner  un  prince 
pour  le  conduire  à  Taudience.  La  maison  du  Roy  conduira 
la  jeune  duchesse  jusqu'au  pont  de  Beauvoisin.  C'a  esté  dans^ 
l'égHse  de  la  paroisse  de  Versailles  que  le  comte  de  Roussy  a 
fait  son  abjuration. 

—  Paris,  ce  12®  Febvrier  1684.  —  ....Le  ministre  de 
Chastillon-sur-Loing  a  esté  condamné  par  arrest  du  Parle- 
ment à  faire  amande  honorable  et  au  ban  perpétuel,  pour 
avoir  dit  dans  ses  presches  plusieurs  choses  fort  sédicieuses 
et  contre  le  respect  qu'il  doit.  Il  y  a  eu  des  voys  à  la  mort. 

Une  femme  relapse  a  esté  condamnée  par  arrest  au  bannis- 
sement, mais  comme  elle  demande  à  se  faire  catholique ,  on 
espère  que  le  Roy  luy  donnera  sa  grâce....  M.  le  Procureur- 
général  est  cause  que  l'on  ne  mangera  point  de  viande  ce 
quaresme.... 

—  Paris,  26  Febvrier  1684.  —  Le  contrat  de  mariage  de 
Mademoiselle  est  fait  et  signé,  le  Roy  luy  donna  300  mil 
escus  et  Monsieur  100  mil,  éprendre  sur  ce  que  le  Roy 
d'Angleterre  luy  doit  du  dot  de  feu  Madame.  Il  luy  donne 
encore  plusieurs  pierreries  et  il  est  venu  icy  pour  faire  faire 
toutes  les  choses  nécessaires  pour  la  princesse,  linges,  habits 
et  toillettes,  etc.  Le  tableau  du  duc  de  Savoye  est  dans  [la 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES  79 

chambre  de  la  princesse  et  on  remarque  qu'elle  le  regarde 
souvent. 

Il  ne  tiendra  pas  aux  Petits  Pères  que  nous  n'ayons  bien- 
tost  un  nouveau  saint,  c'est  le  frère  Fiacre^  qui  est  mort  le 
raercredy  des  cendres  et  il  y  a  un  religieux  de  cet  ordre  qui 
travaille  à  faire  sa  vie,  qui  sera  remplie  de  merveilles. 

—  Paris  ce  !•'  Mars  1684.  —  La  Tamise  estoit  si  forte- 
ment gelée  qu'on  s'est  avisé  par  divertissement  d'y  faire 
faire  toutes  sortes  d'exercices,  jusqu'à  imprimer  des  livres.... 

—  Paris^  SMars  1iB84.  — Monsieur  de  Louvoy  fut  vendredy 
au  collège  des  Quatre  Nations,  qui  veut  faire  exécuter  le 
testament  du  Cardinal  Mazarin  et  faire  faire  sou  mausolée,  à 
quoy  on  n'avoit  pas  pensé  depuis  sa  mort.  Il  avoit  avec  luy 
plusieurs  architectes,  visita  tous  les  lieux  et  particulièrement 
la  bibliothèque. 

—  Paris,  15  mars  1684.  —  Le  mariage  de  Mademoiselle 
est  fixé  pour  la  semaine  des  fesies  de  Pasques  ;  elle  espousera 
le  mercredy  ;  le  jeudy  se  fera  le  festin  royal,  le  vendredy,  les 
compliments  et  les  adieux,  et  le  samedy  le  départ  se  fera. 
Monsieur  la  doit  accompagner  quelques  journées,  le  Roy  fera 
toute  la  despence  jusque  au  dernier  village  de  la  frontière. 
Madame  de  Lislebonne,  surinlendante,  la  conduira...  Le  fils 
du  prince  de  Monaco  a  esté  arresté  par  ordre  du  Roy,  par  la 

supplication  qu'en  a  fait  le  père,  dans  la  citadelle  de ^ 

qui  vouloit  épouser  W^^  de  Roubais,  de  la  maison  de  Mont- 
morency, qui  a  son  nom,  sa  vertu  et  sa  beauté  en  partage. 
La  Roche-Tulon  et  deux  autres,  accusés  d'avoir  voulu  empoi- 
sonner W^  de  Beauregard  ont  eu  la  question  ordinaire  et 
extraordinaire.  Ils  sont  condamnez  à  un  banissement  de 
neuf  ans  :  ils  n'ont  rien  confessé. 

—  Paris,  18  Mars  1684 Dans  l'assemblée  des  Hauts 

1  Le  nom  est  en  blanc. 


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80  REVUE  d' ALSACE 

Alliez  à  La  Haye  on  a  dressé  un  projet  de  paix  que  l'on  a 
donné  à  l'ambassadeur  d'Angleterre,  aflin  qu'il  l'envoyé  au 
roy,  son  maistre.  Ce  projet  porte  que  le  Roy  rendra  Dixmade 
aux  Espagnols,  et  retiendra  Gourtray,  qu'il  sera  tiré  une 
ligne  pour  marquer  ce  qui  appartient  à  la  France  et  à 
l'Espagne,  depuis  la  mer  jusque  à  Namur  et  de  là  au  travers 
du  Luxembourg,  mais  de  telle  manière  que  la  ville  de  Luxem- 
bourg demeurera  aux  Espagnols  et  qu'il  y  aura  une  trêve  de 
huit  ans  et  à  Tesgard  de  l'Empire,  une  pareille  trêve  de 
huit  ans,  que  la  France  rendra  Fri bourg,  Brisac  et  le  fort  de 
KieP,  que  les  fortiGcations  de  Strasbourg  seront  rasées  ou 
que  l'on  mettra  en  séquestre  cette  ville  entre  les  mains  des 
Suisses,  et  que  l'Empereur  fera  raser  Filisbourg^,  et  le  tout 
aflin  que  le  Rhin  soit  la  borne  naturelle  entre  la  France  et 
l'Empire.  On  peut  juger  de  quelle  manière  ce  beau  projet 
serait  reçeu  ici  ;  la  perte  de  quatre  batailles  ne  nous  y 
obligeroit  pas  et  il  n'y  a  pas  d'apparence  que  le  roy  d'Angle- 
terre le  veuille  envoyer  ici....  Quand  le  Roy  l'a  sceu,  il  a  dit 
que  c'estoit  une  seconde  déclaration  de  guerre  qu'on  luy  fai- 
soit  et  qu'il  partiroit  le  10*  d'Avril. 

On  apprend...  de  Strasbourg  que  le  débordement  du  Rhein 
a  ruisné  quelques  ouvrages  du  fort  de  Kiel  et  endommagé 
les  ponts,  mais  que  l'on  travailloit  à  réparer  les  uns  et  les 
autres ,  que  plusieurs  bataillons  partiroient  d'Alsasse  pour  la 
Lorraine 

1  Kehl,  en  face  de  Strasbourg.  —  ^  Philippsbourg. 
(A  suivre.)  RoD.  Reuss. 


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MATÉRIAUX 

POUR  SERVIR  A 

L'HISTOIRE  DE  U  GUERRE  DE  TREHTE  ARS 

tirés  des  archiives  de  Colmar 

{Suite^) 


28  septembre  —  31  décembre  1646. 

Le  D""  Marc  Otto,  de  Strasbourg,  substitué  à 
J.-B.  Schneider  pour  représenter  Cohnar; 
griels  ecclésiastiques;  négociations  entre  les 
catholiques  et  les  protestants;  vaines  tenta- 
tives des  Impériaux  pour  les  faire  aboutir  in- 
dépendamment de  la  satisfaction  suédoise; 
nouveaux  éclaircissements  sur  la  constitution 
de  la  Décapole;  Colmar  réclame  en  vain  le 
maintien  de  sa  supériorité  territoriale  à  Sainte- 
Croix  ;  situation  militaire  en  Bavière. 

Schneider  avait  quitté  Osnabrûck  dès  le  23  septembre. 
Avec  l'autorisation  de  ses  commettants,  il  avait,  en  partant, 
laissé  ses  pouvoirs  au  député  de  Strasbourg,  le  D' Marc  Otto, 
qui  accepta  de  voter  à  sa  place.  Il  se  chai^ea  également  de 
poursuivre  sa  correspondance  et,  grâce  à  son  exactitude^ 
le  congé  qui  retint  pendant  quelque  temps  notre  envoyé  à 
Colmar  ne  priva  nullement  le  magistrat  des  nouvelles  qui 
l'intéressaient. 

L'accord  avec  la  France  n'aurait  guère  été  qu'un  premier 
pas  de  fait.  La  pacification  de  l'Allemagne  tenait  avant  tout  au 

1  Voy.  pages  99  et  suivantes  des  livraisons  Janvier — Février— Mars, 
p.  199  et  suiv.  d'Avril  —  Mai  —  luin,  p.  249  et  suiv.  de  Juillet, 
—  Août  —  Septembre  et  p.  409  et  suiv.  d'Octobre  —  Novembre  — 
Décembre  1888. 


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82  REVUE  D' ALSACE 

redressement  des  griefs,  qui  avaient  soulevé  les  états  pro- 
testants contre  la  maison  d'Autriche.  Les  médiateurs  avaient 
été  saisis  des  réparations  qu'ils  proposaient;  mais  quoique 
les  catholiques  en  eussent  délibéré,  ils  ne  se  pressaient  pas 
d'en  dire  leur  sentiment.  Il  leur  répugnait  de  mêler  les  Sué- 
dois à  ces  questions  d'ordre  intérieur,  dont,  à  leur  avis,  les 
puissances  étrangères  auraient  dû  s'abstenir.  Les  revendica- 
tions des  protestants  leur  semblaient  d'ailleurs  de  tout  point 
dépasser  la  mesure.  Leur  condusum  du  30  juin  s'en  était 
ressenti,  et  ils  savaient  mauvais  gré  aux  Impériaux,  qui,  pour 
le  rendre  plus  acceptable,  y  avaient  apporté  quelques  atté- 
nuations ;  ils  prétendaient  que  leur  conscience  ne  leur  per- 
mettait pas  de  ratifier  ces  concessions.  Si  on  ne  parvenait 
pas  à  s'entendre,  ils  préféraient  laisser  les  protestants  jouir  à 
titre  précaire  des  droits  qu'ils  s'étaient  arrogés,  plutôt  que 
de  les  sanctionner  par  un  traité  en  forme. 

Pour  sortir  de  cette  impasse,  les  députés  protestants  accré- 
dités à  Osnabrûck  se  réunirent,  le  mercredi  23  septembre, 
chez  leur  collègue  de  Magdebourg,  qu'ils  avaient  constitué  en 
directoire.  Ils  tombèrent  d'accord  de  remettre  les  négocia- 
tions entre  les  mains  des  Impériaux  et  des  Suédois. 

Mais  les  plénipotentiaires  impériaux  n'eurent  pas  l'air 
d'abord  de  se  soucier  de  ce  rôle.  Ils  n'auguraient  rien  de  boa 
de  négociations  pareilles,  et  soutenaient  qu'il  fallait  absolu- 
ment que  les  parties  intéressées  trouvassent  elles-mêmes  leurs 
moyens  d'accommodement,  si  elles  tenaient  réellement  au  ré- 
tablissement de  la  concorde.  Cependant  ils  finirent  par  accep- 
ter leur  proposition,  sauf  à  en  référer  au  chef  de  leur  ambas- 
sade, le  comte  de  Trautmansdorf. 

De  leur  côté  les  Suédois  firent  également  des  objections  : 
aux  termes  de  son  alliance  avec  la  France,  la  Suède  était 
tenue  de  n'entrer  dans  aucune  négociation  sans  lui  en  faire 
part;  or  y  aurait-il  avantage  à  mêler  aux  questions  religieuses 
qui  divisaient  l'Allemagne  un  gouvernement  régi  par  une 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  83 

femme,  laquelle,  en  vertu  de  Tadage  :  Fœniinœ  natura  super- 
stUwres  sunt  tnascidiSy  était  journellement  soumise  aux  in- 
flaences  ecclésiastiques,  et  dont  les  ambassadeurs  à  Munster 
étaient  plus  ou  moins  circonvenus  par  le  nonce  ? 

Les  mêmes  questions  se  traitaient  à  Munster.  Là  les  avis 
tarent  différents,  et,  sans  recourir  aux  bons  offices  de  la 
Saède,  les  protestants  décidèrent  de  soumettre  leurs  propo- 
sitions à  une  nouvelle  révision  pour  en  conférer  ensuite  avec 
les  catholiques  (Lettre  du  28  septembre  1646). 

A  Osnabrûck  cependant  les  plénipotentiaires  impériaux 
finirent  par  démasquer  leurs  batteries.  Le  dimanche  27  sep- 
tembre, ils  offrirent  aux  Suédois,  pour  leur  satisfaction^  la 
partie  antérieure  de  la  Poméranie,  avec  le  condominium  de 
Wismar,  avec  les  deux  évêchés  de  Brème  et  de  Verden.  Cette 
cession  devait  &ire  l'objet  d'un  récès  de  la  diète  de  l'Empire; 
sinon  Tempereur  engagerait  personnellement  sa  garantie  pour 
maintenir  ces  territoires  à  la  Suède.  C'était  une  offre  ferme, 
qu'ils  proposèrent  de  sceller  sur  l'heure.  Mais  les  Suédois 
ne  se  laissèrent  pas  prendre  à  ces  avances.  Ils  répondirent 
qu'à  leurs  yeux  le  rétablissement  de  la  paix  tenait  moins  aux 
dédommagements  qu'on  leur  accorderait,  qu'au  redresse- 
ment des  griefs  de  leurs  coreligionnaires.  Pour  arrivera  cette 
pacification  si  désirable,  il  fallait  commencer  par  ne  pas  se 
départir  de  la  procédure  convenue,  aux  termes  de  laquelle 
les  états  étaient  admis  à  participer  aux  négociations.  Et 
cependant  ils  ont  appris  que  le  comte  de  Trautmansdorf  avait 
formé  le  dessein  de  les  concentrer  entre  ses  mains  et  d'en 
confier  la  direction  à  l'électeur  de  Saxe,  qu'ils  ont  justement 
sujet  de  suspecter  :  l'exécution  de  ce  plan  aurait  pour  pre- 
mier effet  de  transférer  à  Munster  la  discussion  de  ces  ques- 
tions, ce  qui  ne  pouvait  convenir  en  aucune  façon  à  la  Suède. 
Les  Impériaux  protestèrent  qu'ils  n'avaient  jamais  songé  à 
se  substituer  aux  états  pour  la  direction  des  affaires  ecclésias- 
tiques. Ils  ajoutèrent  cependant  que  si  les  états  étaient  le  plus 


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84  REVUE   D' ALSACE 

compétents  pour  les  régler,  personne  n*élait  mieux  qualifié 
pour  diriger  leurs  délibérations  que  l'électeur  de  Saxe,  lequel, 
quoique  protestant,  inspirait  beaucoup  de  confiance  aux 
catholiques. 

Cet  aveu  confirmait  toutes  les  appréhensions  des  protestants. 
Us  jugèrent  qu'ils  ne  devaient  pas  se  prêter  à  cette  manœuvre 
des  Impériaux,  et  commencèrent  par  mander  la  chose  à  leurs 
collègues  à  Munster.  En  même  temps  ils  convinrent  de  sonder 
les  députés  catholiques  qui  négociaient  à  Osnabrûck,  sur  ce 
qu'ils  pensaient  de  ces  ouvertures,  et  de  coucher  par  écrit 
les  points  dont  leurs  coreligionnaires  étaient  tombés  d'accord 
et  ceux  qu'il  y  aurait  lieu  de  réviser  derechef  (Lettre  du 
!•'  octobre.) 

D'un  autre  côlé^  ils  n'avaient  pas  été  peu  surpris  d'ap- 
prendre que,  sans  être  assurés  du  consentement  des  inté- 
ressés, les  Impériaux  avaient  si  cavalièrement  disposé  de  la 
Poméranie  antérieure,  et  ils  s'en  expliquèrent  avec  les  pléni- 
potentiaires suédois.  Ceux-ci  les  rassurèrent:  ils  savaient 
fort  bien  que  l'empereur  ne  pouvait  céder  des  terres  et  des 
vassaux  de  l'Empire  sans  l'aveu  de  ceux  à  qui  ils  apparte- 
naient, et  ils  affirmèrent  que  jamais  leur  gouvernement  n'ac- 
cepterait d'agrandissement  dans  ces  conditions,  dénué  de 
toute  garantie  pour  l'acquéreur.  Tout  ce  qu'on  pouvait  inférer 
de  cette  offre,  c'est  qu'elle  tendait  à  rendre  la  Suède  moins 
vigilante  sur  le  redressement  des  griefs.  Une  fois  désinté- 
ressée, on  espérait  qu'elle  ne  prêterait  plus  le  même  appui  à 
ses  coreligionnaires. 

Pour  mieux  dérouter  les  protestants,  Trautmansdorf  inter- 
vint lui-même.  Le  samedi  3  octobre,  les  Impériaux  firent  part 
à  leurs  députés  que  le  chef  de  leur  ambassade  ignorait  encore 
l'accueil  qu'on  avait  fait  aux  contre-propositions  des  catho- 
liques. Leur  modération  pourrait  beaucoup  pour  Taplanisse- 
ment  des  difiicultés  et  pour  le  rétablissement  de  la  confiance 
réciproque  entre  les  deux  confessions.  Une  fois  que  les  pro- 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERKE  DE  TRENTE  ANS  85 

testants  se  seront  expliqués,  il  n'y  aurait  plus  qu'à  s'aboucher 
avec  leurs  députés  à  Munster,  qui  ne  demanderaient  pas 
mieux  que  d'en  finir  avec  ces  controverses.  Son  Excellence 
leur  donnait  pour  cela  jusqu'à  la  fin  du  mois;  mais  passé  ce 
délai,  elle  n'attendrait  pas  davantage  et  quitterait  Munster. 
Cette  mise  en  demeure  n'émut  guère  les  députés  :  ils  se  bor- 
nèrent à  en  prendre  acte,  non  sans  faire  remarquer  toutefois 
que  la  déclaration  en  date  du  -^  juillet ,  où  les  Impériaux 
avaient  résumé  le  condusum  du  30  juin,  que  l'on  recommandait 
comme  base  de  la  transaction  à  intervenir,  ne  leur  avait 
même  pas  encore  été  notifiée  (Lettre  du  5  octobre). 

Cependant  on  ne  laissa  pas,  le  6  octobre,  de  discuter  ces 
ouvertures.  Dans  les  dispositions  où  l'on  était,  on  y  vit  tout 
d'abord  l'intention  d'évincer  la  Suède  d'une  partie  des  négo- 
ciations où  son  action  était  le  plus  nécessaire.  Il  parut  aux 
députés  protestants  que  l'extrémité  où  la  patrie  allemande 
était  réduite,  ne  permettait  pas  de  revenir  sur  la  marche  des 
négociations,  telle  qu'elle  avait  été  convenue.  Le  mode  de 
procéder  importait  moins  que  les  dispositions  qu'on  y  appor- 
tait. L'important,  c'était  d'en  venir  au  fond  et,  sous  ce 
rapport,  les  protestants  ignoraient  encore  si  les  catholiques 
avaient  ratifié  le  quasi-engagement  du-^juillet.  On  ne  peut 
exiger  d'eux  qu'ils  reviennent  à  la  charge  avant  de  connaître 
les  sentiments  de  leurs  adversaires  sur  leurs  propositions,  ni 
qu'ils  passent  outre  à  ce  qui  avait  été  convenu  à  Lengerich. 
Du  reste  cette  partie  des  négociations  avait  été  jusque-là 
entre  les  mains  des  Suédois  comme  des  Impériaux.  Le 
redressement  des  griefs  ecclésiastiques  leur  tenait  à  cœur, 
et  s'ils  ont  vengé,  les  armes  à  la  main,  l'injure  qu'on  leur 
avait  faite  en  ne  les  appelant  pas  aux  négociations  de  Prague, 
que  n'aurait-on  pas  à  craindre  de  leur  ressentiment,  si  on 
les  excluait  actuellement  de  celles  où  ils  sont  déjà  engagés? 
Coûte  que  coûte,  il  faut  éviter  de  fournir  aux  Suédois  de 
nouveaux  prétextes  pour  continuer  les  hostilités. 


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86  REVUE  D'ALSACE 

Pour  se  confirmer  dans  leur  résolution,  les  députés  pro- 
testants firent  part  à  Oxenstirn  de  ce  qu'ils  venaient  d'arrêter 
entre  eux.  L'ambassadeur  suédois  ne  pouvait  manquer  de 
les  approuver  et  il  leur  donna  l'assurance  que  son  gouverne- 
ment n'abandonnerait  pas  leur  cause,  nonobstant  la  tiédeur 
des  Français,  qui  ne  la  soutenaient  pas  toujours  comme  il 
faudrait.  Forts  de  cette  promesse,  les  députés  décidèrent  de 
mander  ce  qui  venait  de  se  passer  à  leurs  collègues  de  Munster 
(Lettre  du  8  octobre). 

Ce  n'était  pas  là  Tunique  sujet  qui  alimentait  la  correspon- 
dance du  Dr  Otto  avec  notre  ville.  Les  vicissitudes  du  pro- 
testantisme à  Colmar  ne  pouvaient  la  laisser  indifférente  au 
terme  auquel  le  traité  de  paix  ramènerait  la  situation  réci- 
proque des  deux  cultes.  Selon  la  date  qu'il  fixerait,  l'état  de 
choses  rétabli  à  l'arrivée  des  Suédois  pouvait  être  maintenu 
ou  renversé.  L'église  des  Franciscains  dont  les  jésuites 
avaient  pris  possession,  en  1628,  pouvait  être  enlevée  dere- 
chef aux  protestants.  Il  paraissait  à  Marc  Otto  qu'en  fixant  le 
terminus  aquo  k  l'année  1624,  où  l'empereur  Ferdinand  II 
avait  commencé  à  restituer  aux  catholiques  les  établissements 
dont  ils  avaient  été  dépossédés,  Colmar  n'aurait  aucune 
réaction  à  craindre,  et  il  en  avait  même  fait  l'objet  d'un 
mémoire  longuement  médité,  où,  sans  entrer  dans  aucun 
fait  particulier,  il  suivait  pas  à  pas  les  éclaircissements  dont 
les  catholiques  avaient  accompagné  leurs  propositions  du 
30  juin  et  en  se  servant  des  propres  termes  qu'ils  avaient 
employés.  Seulement  cette  disposition  qui  fixait  un  staùu  quo, 
menaçait  de  limiter  les  droits  des  états  en  matière  de  réforme 
et  leur  interdirait  à  l'avenir  de  séculariser  les  biens  ecclé- 
siastiques, ce  qui  constituerait  une  restriction  à  leur  auto- 
nomie. Sur  cette  question  de  l'autonomie,  l'accord  se  ferait 
malaisément,  parce  que  chaque  parti  cherchait  à  l'étendre  à 
son  profit.  Cependant  Otto  se  rendait  compte  que  là  où  les 
ressortissants  protestants  n'avaient  pas  encore  eu  l'exercice 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  87 

public  de  leur  culte,  ils  ne  pourraient  pas  le  prétendre,  pas  plus 
que  de  participer  aux  fonctions  publiques.  Mais  les  nouveaux 
convertis  devaient  être  tolérés,  s'ils  se  conduisaient  paisible- 
ment, et  ne  pas  risquer  d'être  exilés  en  tant  que  protestants. 
Les  idées  de  tolérance  naissaient  ainsi  spontanément  de  ces 
discussions  sur  l'étendue  des  droits  de  la  conscience,  et, 
dans  sa  lettre  du  12  octobre,  le  jurisconsulte  Otto  arrive  à  for- 
muler cette  vérité  à  laquelle  les  théologiens  de  son  temps  ne 
nous  ont  guère  habitués,  c  qu'il  serait  inouï  que,  parmi  des 
chrétiens,  un  vassal  fût  puni,  parce  qu'il  ne  partageait  pas  la 
foi  de  son  seigneur,  comme  il  était  arrivé  jadis  parmi  les 
païens».  Cependant,  dans  une  lettre  postérieure  du  19  oc- 
tobre, il  reconnaît  que,  dans  les  provinces  dont  la  Suède 
allait  être  investie  du  chef  de  l'Empire,  cette  tolérance  pour- 
rait fort  bien  ne  pas  être  observée  à  l'égard  des  catholiques, 
en  raison  des  lois  constitutives  du  royaume  :  un  bourgmestre 
et  des  conseillers  de  Stockholm  n'avaient-ils  pas  eu  naguère 
la  tête  tranchée,  et  un  jésuite  n'avait-il  pas  été  jeté  dans  la 
mer,  parce  qu'ils  lui  avaient  permis  de  célébrer  la  messe  en 
son  particulier? 

Il  serait  trop  long  de  reproduire,  d'après  cette  correspon- 
dance, tout  ce  qui  se  disait  des  dispositions  des  deux  partis, 
sans  faire  avancer  sensiblement  les  négociations.  Salvius 
s^était  rendu  à  Munster  pour  en  conférer  avec  les  plénipo- 
tentiaires français  (Lettre  du  19  octobre).  Avant  son  départ 
d'Osnabruck  il  avait  engagé  quelques  députés  protestants  à 
le  rejoindre.  Le  D' Otto  avait  été  l'un  des  premiers  à  le  suivre 
(Lettre  du  30  octobre).  Le  comte  de  Trautmansdorf  saisit 
l'occasion  et,  dans  un  entretien  avec  les  envoyés  de  l'électeur 
de  Saxe,  il  se  plaignit  de  ce  que  l'entente  ne  se  faisait  pas 
sur  la  question  des  griefs,  faute  par  les  protestants  de  se 
prononcer  catégoriquement  sur  les  propositions  commu- 
niquées le  ^juillet  :  c  Leurs  premières  ouvertures  sont  si 
prolixes  et  elles  renferment  de  telles  nouveautés,  qu'il  n'est 


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88  REVUE  d' ALSACE 

pas  possible  d'en,  faire  la  base  de  négociations  sérieuses,  i  En 
conséquence  il  engagea  ses  interlocuteurs  à  profiter  de  la 
présence  des  envoyés  d'Osnabrttck  pour  en  finir,  afin  que,  si, 
jusqu'au  nouvel  an,  la  paix  avec  les  deux  couronnes  n'était 
pas  signée,  on  n'eût  du  moins  plus  à  s'occuper  de  difficultés 
confessionnelles. 

Comme  il  fallait  s'y  attendre,  les  Saxons  n'acceptèrent  pas 
le  reproche  que  le  plénipotentiaire  de  l'empereur  adressait  à 
leurs  coreligionnaires.  Mais  ils  n'en  firent  pas  moins  part  au 
directoire,  soit  à  Saxe-Altenbourg,  de  la  conversation  qu'ils 
venaient  d'avoir  avec  lui.  L'Allemagne  était  réduite  à  une 
telle  extrémité,  que  l'assemblée  ne  s'arrêta  pas  à  la  question 
de  forme.  Si  même  il  avait  été  décidé  que  les  griefs  ecclé- 
siastiques seraient  examinés  à  Osnabrûck^  on  s'était  per- 
suadé, sur  la  foi  de  Salvius,  que  la  Suède  ne  s'opposerait  pas 
à  la  reprise  des  négociations  à  Munster.  On  se  montra  donc 
tout  disposé  à  conférer  de  nouveau  avec  les  catholiques,  sauf 
à  s'entendre  préalablement  avec  les  plénipotentiaires  suédois 
et  avec  les  envoyés  des  électeurs  de  Saxe  et  de  Brandebourg, 
et  à  inviter  les  collègues  protestants  restés  à  Osnabrûck  à  se 
transporter  à  Munster.  On  ne  laisserait  pas  ignorer  cette 
résolution  aux  Français  ;  m^is  on  décida  que  les  conférences 
seraient  orales  et  qu'on  n'en  dresserait  pas  de  protocole. 

L'après-midi,  les  députés  se  rendirent  chez  les  deux  pléni- 
potentiaires suédois.  Ce  fut  Oxenstirn  qui  prit  la  parole; 
mais  sa  réponse  ne  fut  pas  telle  que  Salvius  l'avait  fait  prévoir. 
Il  rappela  la  peine  qu'on  avait  eue  pour  arriver  à  fixer  à 
Osnabrûck  le  siège  des  négociations  relatives  aux  griefs,  et  il 
ne  cacha  pas  que  si  l'on  revenait  sur  ce  vote,  c'était  à  l'in- 
fluence de  l'électeur  de  Saxe  qu'on  le  devrait.  Quoi  qu'il  en 
fût,  il  n'enlendait  nullement  dicter  aux  protestants  la  conduite 
à  tenir.  Mais  quant  aux  ambassadeurs  suédois,  ils  ne  s'étaient 
rendus  à  Munster  que  pour  présenter  leurs  devoirs  à  MM.  les 
Français,  et  ils  ne  pouvaient  rester  davantage.  Cependant  ils 


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HISTOIRE  DE  LA   GUERRE  DE  TRENTE   ANS  89 

ne  se  désintéressaient  pas  pour  cela  de  ces  négociations 
et  seront  prêts  à  assister  les  députés,  s'il  en  était  besoin.  On 
le  voit,  sans  désapprouver  absolument  les  nouvelles  confé- 
rences, les  Suédois  marquaient  suffisamment  le  déplaisir 
qu'ils  en  ressentaient.  Ce  n'était  pas  sur  cela  que  les  députés 
comptaient  :  ils  les  remercièrent  néanmoins  de  ne  pas  leur 
refuser  leur  concours,  en  les  priant  de  retarder  leur  départ 
jusqu'à  ce  qu'on  se  fût  entendu  avec  les  Impériaux. 

Tout  autre  fut  l'accueil  de  ces  derniers.  Ils  étaient  ravis 
de  la  communication  de  MM.  les  protestants;  ils  avaient  tou- 
jours estimé  qu'il  ne  serait  pas  possible  de  pacifier  l'Empire, 
tant  que  ce  différend  ne  serait  pas  réglé.  La  présence  des 
ambassadeurs  suédois  et  celle  de  la  majorité  des  députés  ne 
pouvaient  manquer  d'avancer  la  conclusion  de  la  paix.  Ils  ne 
doutaient  pas  du  bon  vouloir  des  catholiques  :  si  cependant 
les  deux  partis  ne  parvenaient  pas  à  s'entendre,  ils  étaient 
prêts  à  s'aboucher  avec  MM.  les  Suédois  pour  les  mettre 
d'accord.  Dans  tous  les  cas  leur  intention  n'était  pas  que  les 
envoyés  de  la  reine  Christine  fussent  privés  de  l'honneur  de 
libeller  l'instrument  de  la  paix,  et  ils  espéraient  qu'avant  de  s'en 
retourner  à  Osnabrûck,  ils  attendront  que  la  marche  de  cette 
nouvelle  négociation  fût  assurée  (Lettre  du  6  novembre). 

Le  samedi  6  novembre,  lés  députés  protestants  se  réu- 
nirent en  assemblée  pléniaire.  On  se  promit  de  ne  rien 
négliger  pour  faire  aboutir  ce  nouvel  essai  de  rapproche- 
ment, mais  aussi  de  ne  s'engager  à  rien  sans  Taveu  des 
Suédois,  dont  il  importait  extrêmement  de  ménager  la  suscep- 
tibilité à  rencontre  des  Impériaux,  qui,  eux  au  contraire,  ne 
demanderaient  pas  mieux  que  de  les  tenir  au  second  rang. 
Il  faudrait  pour  cela  faire  en  sorte  que  Salvius  au  moins  pro- 
longeât son  séjour  à  Munster.  On  convint  aussi  d'attendre  les 
propositions  des  catholiques,  et,  quand  les  commissaires 
délégués  viendraient  à  les  discuter,  de  se  tenir  à  leur  portée, 
catholiques  et  protestants,  pour  pouvoir  se  prononcer, 
séance  tenante,  sur  les  questions  qui  se  présenteraient. 


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90  REVUE  D' ALSACE 

En  levant  la  séance,  on  se  rendit  directement  chez  les 
catholiques,  qui,  le  jour  mêmey  exprimèrent  officiellement 
leur  joie  de  voir  MM.  les  protestants  dans  de  si  bonnes  dispo- 
sitions. Cependant,  ayant  déjà  fait  part  aux  Impériaux  de 
leurs  sentiments  sur  le  redressement  des  griefs,  ils  ne  se 
croyaient  pas  tenus  de  débattre  de  nouveau  ces  questions  ; 
toutefois,  par  égard  pour  leurs  collègues,  ils  se  prêteront 
volontiers  à  tous  les  compromis  compatibles  avec  leurs 
devoirs  de  conscience.  Cependant,  tout  en  s'en  tenant  à  des 
conférences  orales,  il  serait  bon  d'en  dresser  double  procès- 
verbal,  afin  de  n'avoir  pas  à  s*en  rapporter  uniquement  à  la 
mémoire  des  négociateurs.  Quant  à  leur  nombre,  ce  sera  à 
MM.  les  protestants  à  le  fixer  et,  pour  le  directoire,  on  pourra 
le  déférer  aux  envoyés  de  l'électeur  de  Saxe. 

Tout  en  prenant  acte  de  ces  déclarations,  les  protestants  y 
répondirent  point  par  point.  Sur  la  question  du  protocole,  ils 
objectèrent  que  ces  écritures  feraient  traîner  les  négociations, 
qu'on  voulait  des  deux  parts  mener  rondement  :  s'il  y  avait 
des  inconvénients  à  ne  pas  tenir  de  procès- verbaux,  les  délé- 
gués pourraient  y  suppléer  au  moyen  de  leurs  notes.  Des 
propositions  des  catholiques  ils  ne  savaient  rien  de  plus  que 
ce  que  les  Impériaux  leur  en  ont  dit  de  vive  voix  :  comme 
leurs  collègues  sont  déjà  saisis* des  moyens  des  protestants,  il 
n'y  aurait  plus  qu'à  confronter  les  deux  déclarations  et  à 
voir  les  points  sur  lesquels  il  faudra  les  mettre  d'accord.  Enfin 
ils  ne  pouvaient  accepter  l'intermédiaire  de  l'électeur  de  Saxe, 
parce  que  ce  serait  froisser  gratuitement  les  Suédois. 

De  chez  les  députés  catholiques  on  passa  chez  les  plénipo- 
tentiaires suédois.  Sur  la  nouvelle  assurance  qu'on  leur 
donna,  qu'en  s'engageant  dans  ces  conférences  on  n'avait 
d'autre  vue  que  de  leur  rendre  plus  facile  leur  tâche  de  rétablir 
la  paix  religieuse  en  Allemagne,  Oxenstirn  parut  se  radoucir. 
Il  remercia  les  délégués  de  la  confiance  qu'ils  lui  témoignaient, 
en  ajoutant  que  rien  ne  prouvait  mieux  le  bon  vouloir  des 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS         91 

protestants  que  leur  zèle  à  renouer  avec  les  catholiques.  Il 
promit  même  de  rester  encore  à  Munster,  si  ces  négocia-, 
tions  ne  duraient  pas  plus  de  huit  ou  quinze  jours  ;  mais, 
passé  ce  délais  les  intérêts  de  la  reine  de  Suède  l'obligeaient 
à  retourner  à  Osnabrûck. 

Pendant  ce  temps  d'autres  délégués  s'étaient  rendus  chez 
les  Français  :  ils  en  reçurent  le  meilleur  accueil.  Les  pléni- 
potentiaires les  engagèrent  fortement  à  en  finir  avec  ces 
négociations  pendant  que  la  fortune  de  la  guerre  était  encore 
favorable  aux  deux  couronnes,  et  ils  promirent  de  faire  de 
leur  mieux  pour  décider  au  moins  Salvius  à  rester  entre 
temps  à  Munster. 

Les  n^ociations  n'avaient  pas  encore  été  poussées  aussi 
activement.  Le  dimanche  8  novembre,  après  midi,  les  pro« 
testants  se  réunirent  derechef  en  assemblée  plénière  et  il  fut 
décidé  que,  pour  s'aboucher  avec  les  catholiques,  on  main- 
tiendrait leurs  pouvoirs  aux  précédents  délégués,  sauf  à  leur 
adjoindre  le  député  de  Wurtemberg,  en  raison  des  opéra- 
tions militaires  dans  le  cercle  de  Souabe.  La  première  confé- 
rence se  tint  le  mardi  10  novembre,  sur  la  base  des  der- 
nières propositions  protestantes.  Les  catholiques  ne  firent 
aucune  objection  contre  les  deux  premiers  articles,  ce  qui 
parut  de  bon  augure  pour  la  suite.  C'est  ainsi  que  le  ter- 
minus a  quo  fut  définitivement  fixé  au  l^r  janvier  \&iA  (Lettre 
du  10  novembre). 

Malheureusement  on  ne  fut  pas  long  à  remarquer  que  si 
les  catholiques  se  prêtaient  à  toutes  les  discussions  et 
tenaient  pour  acquises  toutes  les  concessions  de  leurs  inter- 
locuteurs, chez  eux  tout  se  passait  en  conversations.  Ils  ne 
s'engageaient  à  rien,  revenaient  sur  ce  qu'on  croyait  déjà 
convenu  et  mettaient  en  avant  leurs  coreligionnaires,  de 
l'acquiescement  desquels  ils  ne  pouvaient  pas  répondre. 
Déjà  le  11  novembre  les  protestants  exprimèrent  vertement 
leur  déplaisir  de  voir  ainsi  leurs  adversaires  se  jouer  de  leur 


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92  REVUE  d' ALSACE 

boQne  foi  :  s'ils  ne  voulaient  pas  tenir  compte  de  leurs  griefs, 
ils  devraient  du  moins  avoir  égard  à  la  patrie  qui  agonisait 
et  des  milliers  d'hommes  qui  succombaient  pendant  ces 
débats  et  prendre  à  cœur  les  responsabilités  que  ces  lenteurs 
calculées  leur  faisaient  encourir.  Ce  mode  de  procéder  était 
injurieux  pour  MM.  les  Suédois,  comme  pour  leurs  collègues 
protestants.  Que  MM.  les  catholiques  négocient  donc  comme 
on  en  était  convenu,  qu'ils  fassent  connaître  leurs  senti- 
ments et  se  prêtent  aux  ouvertures  des  protestants,  à  qui  il 
serait  impossible  de  prolonger  leur  séjour  à  Munster,  si, 
Oxenstirn  une  fois  parti,  Salvius  allait  également  quitter. 

La  tournure  que  prenaient  les  conférences  affecta  tout 
autant  les  députés,  quand  leurs  commissaires  leur  en  ren- 
dirent compte.  Cela  conGrmait  leur  précédente  appréhension, 
que  les  catholiques  ne  cherchaient  qu'à  gagner  du  temps,  afin 
de  permettre  aux  deux  couronnes  de  conclure  la  paix  avec  l'em- 
pereur, sans  plus  s'inquiéter  des  questions  religieuses,  dont 
la  solution  reviendrait  alors  de  droit  à  la  diète  de  l'Empire. 

Cependant,  comme  pour  excuser  leur  irrésolution  les  catho- 
liques avaient  allégué  leur  nombre  et  la  diversité  des  opinions 
qu'il  fallait  accorder,  les  protestants  consentirent  à  patienter 
encore;  mais  s'il  était  prouvé  que  ces  lenteurs  affectées 
n'étaient  qu'une  échappatoire,  on  s'adresserait  à  la  fois  aux 
plénipotentiaires  impériaux  et  aux  Français.  Entre-temps  on 
examinera  de  nouveau  les  points  sur  lesquels  les  deux  partis 
ne  parvenaient  pas  à  s'entendre  et  on  se  reportera  aux 
instructions  dont  les  députés  protestants  étaient  porteurs, 
pour  voir  jusqu'où  l'on  pourrait  transiger.  Si  après  cela  on 
n'arrivait  encore  à  rieo,  on  rendrait  compte  de  l'échec  tant 
aux  Suédois  qu'aux  Impériaux  et  aux  Français,  qui  auraient 
alors  à  prendre  l'affaire  en  main  (Lettre  du  13  novembre). 

De  la  présomption  que  des  négociations  directement  enga- 
gées entre  les  deux  partis  n'aboutiraient  à  rien,  les  protes- 
tants arrivèrent  bien  vite  à  la  certitude.  Les  catholiques 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  93 

avaient  encore  plus  sujet  d'en  être  persuadés,  si  bien  que  le 
D'  Krebs,  qui  représentait  le  nouvel  électeur  de  Bavière,  s'en 
ouvrit  aux  députés  de  Saxe-Altenbourg.  Il  fallut  aviser  à 
trouver  une  autre  voie  et,  pour  commencer,  les  délégués 
protestants  confrontèrent  leurs  propositions  avec  celles  des 
catholiques,  pour  en  tirer  une  troisième  rédaction  propre  à 
satisfaire  également  les  uns  et  les  autres;  puis,  le  vendredi 
13  novembre,  d'après  le  conseil  de  Saxe-Altenbourg,  on 
décida  que,  sans  renoncer  formellement  aux  pourparlers  avec 
les  catholiques,  on  prierait  Salvius  et  Trautmansdorf  de  se 
charger  eux-mêmes  des  négociations. 

L'un  et  l'autre  firent  bon  accueil  aux  députés.  Salvius  con- 
sentit à  retarder  son  départ  de  Munster,  mais  il  exigea  qu'on 
écrivit  à  la  fois  à  Oxenstirn  et  aux  envoyés  restés  à  Osnabrûck. 
Quant  à  Trautmansdorf,  qui  venait  d'être  l'objet  d'une  dé- 
marche semblable  de  la  part  des  catholiques,  il  fit  remarquer 
que  si  MM.  les  protestants  avaient  voulu  se  contenter  des 
concessions  que  les  Impériaux  leur  offraient,  le  -^  juillet, 
celte  question  des  griefs  ecclésiastiques  serait  actuellement 
vidée;  mais  puisqu'elles  ne  leur  ont  pas  convenu,  il  acceptait 
volontiers  la  mission  dont  ils  le  priaient.  Cependant  il  trouva 
à  redire  à  la  coopération  de  Salvius,  vu  que  la  couronne  de 
Suède  n'avait  à  vrai  dire  aucun  intérêt  dans  cette  affaire  et 
que  la  présence  des  états  protestants  dans  une  salle  voisine, 
prêts  à  répondre  sur  les  points  contestés,  suffirait  pour  la 
bonne  marche  des  négociations.  Tout  ce  qu'il  demandait, 
c'était  que  les  protestants  ne  soulevassent  pas  de  nouvelles 
exigences  de  nature  à  prolonger  la  guerre  civile  entre  les 
étals  et  qu'ils  tinssent  compte  de  tout  ce  qu'il  avait  fallu  de 
diplomatie  pour  obtenir  le  consentement  des  catholiques  à 
tant  d'innovations,  que  jamais  aucune  diète  de  l'Empire 
n'aurait  accordées. 

Les  délégués  remercièrent  le  chef  de  l'ambassade  impé- 
riale de  ses  dispositions  à  leur  égard;  mais  ils  insistèrent 


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94  REVUE  d'alsace 

néanmoins  pour  que,  dans  l'inlérêt  même  des  négociations, 
Salvius  n'en  Tût  pas  exclu.  Pour  renforcer  la  commission,  les 
députés  lui  adjoignirent  encore  deux  des  leurs,  le  représen- 
tant de  Saxe-Altenbourg  et  celui  de  Strasbourg,  et  ce  fut 
avec  Salvius  à  sa  tête  qu'elle  se  rendit,  le  16  novembre,  chez 
les  plénipotentiaires. 

Les  intérêts  opposés,  les  idées  préconçues  en  présence 
rendaient  Tentente  bien  difficile.  Les  protestants  réclamaient 
des  garanties  pour  les  droits  acquis  et  des  moyens  de  les 
consolider  et  de  les  étendre.  Les  catholiques  cherchaient  à 
les  restreindre  ou  à  n'en  reconnaître  que  le  moins  possible, 
et  ne  désespéraient  pas  du  rétablissement  final  de  l'unité  reli- 
gieuse. Voilà  pourquoi  ils  auraient  voulu  n'accorder  que  des 
concessions  temporaires,  limitées  dans  leur  durée,  qui  n'au- 
raient pas  engagé  l'avenir.  Dans  cette  première  séance,  ce  fut 
contre  cette  visée  secrète,  contre  cette  illusion  que  Salvius 
eut  à  lutter  d'abord.  Si  l'empereur  tenait  à  conclure  une 
paix  durable  avec  les  deux  couronnes,  il  fallait  aussi  asseoir 
la  pacification  de  l'Allemagne  sur  des  bases  que  rien  ne  pût 
ébranler*  Le  comte  de  Trautmansdorf  protesta  que,  sans 
renoncer  à  l'espoir  de  ramener  les  dissidents  dans  le  giron 
de  l'Église,  les  catholiques  ne  demanderaient  pas  mieux; 
mais  qu'il  fallait  savoir  auparavant  les  conditions  que  les 
protestants  jugeraient  nécessaires  à  la  perpétuité  de  leur 
culte  (Lettre  du  17  novembre). 

La  limite  des  concessions  réciproques  fut  bientôt  atteinte. 
Après  que  les  catholiques  eurent  consenti  notamment  à  la 
sécularisation  définitive  des  biens  ecclésiastiques  que  les 
protestants  s'étaient  appropriés  depuis  le  traité  de  Passau  et 
depuis  la  paix  de  religion,  et  à  la  restitution  de  ceux  qui 
leur  avaient  été  enlevés  depuis  1624,  les  Impériaux  notifièrent 
aux  protestants  que  leurs  instructions  ne  leur  permettaient 
pas  d'aller  au  delà  et  que,  quelles  que  fussent  les  consé- 
quences qui  en  résulteraient,  ils  s'en  remettaient  du  reste  i 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  95 

Dieu  :  somme  toute,  ils  s'en  tenaient  aux  termes  de  leur 

If 

déclaration  du -^juillet.  Salvius  jugea  dès  lors  inutile  de 
continuer  des  pourparlers  où,  sans  discuter  le  fond,  on 
pouvait  tout  au  plus  mesurer  les  divergences  qui  séparaient 
les  uns  des  autres  et,  le  18  novembre,  il  communiqua  aux 
Impériaux  une  lettre  par  laquelle  son  collègue  Oxenstirn 
protestait  contre  ces  négociations  sans  issue  et  lui  enjoignait 
de  le  rejoindre  à  Osnabrûck  (Lettre  du  !20  novembre). 

Cependant  les  Impériaux  ne  voulaient  pas  d'une  ruptm*e 
définitive:  ils  s'entendirent  avec  les  principaux  députés 
catholiques  pour  rédiger,  sous  la  date  du  20  novembre,  une 
nouvelle  déclaration  que  le  D^  Volmar  se  chargea  d'aller 
discuter  à  Osnabrûck  (Lettre  du  24  novembre).  Avant  son 
départ  les  protestants  relevèrent  encore  les  points  sur  lesquels 
on  se  rapprochait  et  ceux  sur  lesquels  on  était  encore  par* 
tagé  (Lettre  du  26  novembre). 

Dans  la  pensée  que  les  négociations  allaient  reprendre  à 
Osnabrûck,  le  D'  Marc  Olto  s'était  empressé  d'y  retourner 
avec  plusieurs  de  ses  collègues.  Malheureusement  Oxenstirn 
refusa  de  ti*aiter  avec  Volmar,  sous  prétexte  qu'il  n'était  pas 
accrédité  près  de  l'ambassade  suédoise.  C'était  à  se  demander 
si  la  paix  était  réellement  dans  les  vœux  des  puissances  qui 
en  traitaient.  Quoi  qu'il  en  fût,  si  elle  n'était  pas  signée  avant 
le  printemps,  les  Français  auraient  le  loisir  de  renouveler 
leurs  approvisionnements  et,  dans  ce  cas,  une  nouvelle  cam- 
pagne serait  inévitable  (Lettre  du  30  novembre).  Le  voyage 
de  Volmar  fut  contremandé  et  tout  ce  que  les  députés  purent 
conclure  de  ce  revirement,  c'est  que  moins  que  jamais  il 
convenait  à  la  Suède  de  scinder  le  règlement  des  questions 
religieuses  de  celui  de  sa  satisfaction*  Elle  ne  rabattait  rien 
de  ses  prétentions  et,  de  son  côté,  l'électeur  de  Brande- 
bourg, obligé  de  céder  la  Poméranie,  avait  des  exigences 
tout  aussi  démesurées  pour  le  dédommagement  auquel  il  se 
croyait  droit  (Lettre  du  3  décembre). 


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96  REVUE  d' ALSACE 

La  suite  montra  que  cette  supposition  était  fondée.  Le 
A  décembre,  les  plénipotentiaires  impériaux  réunirent  chez 
eux  les  députés  protestants  et  leur  expliquèrent  que,  d'un 
côté,  les  Suédois  ne  voulant  rien  conclure,  quant  à  leur 
satisfaction,  avant  que  les  griefs  ecclésiastiques  eussent  été 
redressés  et,  de  l'autre,  les  états  protestants  se  défendant  de 
passer  outre  sans  être  d'accord  avec  les  Suédois,  il  s'agissait 
de  savoir  si,  nonobstant  les  difficultés  que  ces  derniers  fai- 
saient, les  députés  ne  seraient  pas  disposés  à  poursuivre  et  à 
mener  à  bonne  un  les  négociations  pour  lesquelles  le 
Dr  Volmar  devait  se  rendre  à  Osnabrûck. 

Le  but  de  cette  ouverture  était  évident:  les  Impériaux 
essayaient  encore  une  fois  de  créer  une  scission  entre  les 
états  protestants  et  le  plus  zélé  de  leurs  protecteurs  étrangers. 
Mais  les  députés  ne  se  laissèrent  pas  prendre  à  ce  piège,  et, 
sans  se  refuser  à  de  nouveaux  pourparlers,  ils  déclarèrent 
néanmoins  qu'ils  ne  pourraient  souscrire  à  rien  de  définitif, 
sans  le  su  et  le  consentement  de  la  Suède  (Lettre  du  7  dé- 
cembre). Même  pour  ces  pourparlers  où  rien  ne  pouvait 
aboutir,  ils  ne  voulurent  pas  s'en  rapporter  à  eux-mêmes  et 
ils  insistèrent  auprès  des  Suédois  pour  qu'ils  se  chargeassent 
de  traiter  en  leur  nom  avec  les  Impériaux,  en  offrant  tout  au 
plus  de  leur  adjoindre  quelques-uns  des  leurs  à  titre  consul- 
tatif (Lettre  du  10  décembre).  En  persistant  à  commettre  la 
défense  de  leurs  intérêts  aux  plénipotentiaires  suédois,  les 
protestants  suivaient  l'exemple  des  catholiques  qui,  de  leur 
côté,  avaient  donné  mandat  aux    Impériaux.   Les  députés 
s'ouvrirent  de  leurs  résolutions,  le  mardi  29  décembre,  tant 
chez  les  Suédois  que  chez  les  Impériaux,  en  même  temps 
qu'ils  leur  présentaient  leurs  compliments  du  jour  de  l'an.  A 
ce  moment  les  plénipotentiaires  avaient  déjà  repris  la  discus- 
sion de  la  satisfaction  suédoise.  Le  comte  de  Trautmansdorf 
était  même  accouru  de  Munster  pour  la  diriger;  mais  ses 
collègues  déclarèrent  aux  protestants  qu'ils  avaient  jugé  inu- 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  97 

tile  de  faire  venir  des  députés  catholiques,  attendu  qu'ils  ne 
pouvaient  se  départir  de  leurs. concessions  antérieures  du 
•^juillet  (Lettre  du  31  décerat)re).  Pour  notre  ville,  Tintérél 
de  cette  correspondance  était  considérable.  II  est  naturel 
cependant  qu'elle  la  rapportât  surtout  à  ses  intérêts  immé- 
diats. Ainsi,  dans  la  question  des  griefs  ecclésiastiques,  elle 
expliqua  à  Marc  Otto,  dans  une  lettre  du  12  décembre  (Prot. 
missiv.  f^  78),  que  les  concessions  des  catholiques  ne  lui 
paraissaient  pas  suffisantes  pour  avancer  la  solution.  En  son 
particulier  elle  n'était  pas  rassurée  par  les  dispositions  qu'ils 
proposaient  d'appliquer  aux  villes  impériales  que  les  deux 
cultes  se  partageaient  et  où  la  paix  de  religion  n'avait  pas  été 
observée  à  l'égard  de  l'une  des  confessions.  Elle  trouvait  par- 
ticulièrement à  redire  au  rétablissement  des  processions 
publiques,  là  où  elles  étaient  depuis  longtemps  abolies. 

Dans  une  lettre  antérieure  du  28  octobre  (ibid.  ff«  65-67), 
elle  était  revenue  incidemment  à  la  question  de  la  satisfaction 
prétendue  par  la  France,  et,  dans  les  déductions  où  l'on 
entra,  il  est  facile  de  reconnaître  l'effet  des  dernières 
recherches  faites  dans  les  archives  de  la  Décapote  :  c  II  nous 
importe  extrêmement,  est-il  dit,  que,  dans  le  futur  traité  de 
paix,  on  n'assimile  pas  le  grand  bailliage  de  Haguenau  avec 
les  villes  qui  y  ressortissent,  aux  pays  antérieurs  de  la  rive 
gauche  et  à  la  place  de  Brisach  qui  sont  des  domaines  patri- 
moniaux de  la  maison  d*Autriche.»  Si  les  empereurs  ont 
placé  les  villes  impériales  d'Alsace  sous  la  protection  du 
grand  bailli  de  Haguenau,  c'était  pour  qu'il  les  défende 
contre  les  agressions  du  dehors;  ils  ne  lui  ont  attribué 
aucune  supériorité  sur  elles  et  il  leur  prête  serment  de  res- 
pecter leurs  droits  et  leurs  privilèges.  Telles  sont  leurs  immu- 
nités à  son  regard,  qu'il  existe  des  mandements  impériaux 
qui  autorisent  la  ville  de  Haguenau  à  prendre  en  main  la 
défense  des  vassaux  du  grand  bailliage,  c'est-à-dire  des  vil- 
lages impériaux  contre  les  exactions  du  grand  bailli  et  de 

7 


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98  REVUE  D'ALSACE 

ses  officiers.  Vis-à-vis  du  grand  bailli,  l'immédiateté  de  la 
Décapole  était  entière,  si  bien  que  jamais  les  cités  dont  elle 
se  compose  ne  lui  ont  rendu  hommage  à  titre  de  villes  enga- 
gées »  quoique  le  grand  bailliage  proprement  dit  le  fût. 
Dans  son  argumentation,  Colmar  finit  même  par  prendre  ses 
vœux  pour  une  réalité  et  en  arriva  à  soutenir  que,  depuis  la 
mort  de  l'empereur  Ferdinand  II  et  de  l'archiduc  Léopold,  la 
maison  d'Autriche  avait  laissé  périmer  ses  droits  et  en  était 
déchue,  faute  d'avoir  présenté  un  sujet  pour  recueillir  la 
succession  du  dernier  grand  bailli. 

Dans  une  lettre  du  11  novembre  (ibidem,  fF*  68-69) 
Colmar  expliqua  encore  que  le  grand  bailli  n'exerçait  sur  la 
Décapole  qu'un  droit  d'advocatie  ou  de  protection,  qui  ne 
comportait  ni  juridiction  ni  supériorité.  Mais  si  peu  impor- 
tante au  fond  que  fût  sa  suprématie,  il  n'en  serait  pas 
moins  imprudent  et  dangereux  de  la  transférer  à  une  puis- 
sance étrangère,  aujourd'hui  surtout  qu'avec  l'organisation 
nouvelle  de  l'Empire  le  colonel  du  cercle  pouvait,  en  vertu 
de  sa  charge,  remplir  vis-à-vis  des  Dix  villes  le  même  office 
que  le  grand  bailli,  bien  mieux  même  que  tous  les  princes 
qui  en  avaient  été  investis.  Voilà  pourquoi  son  représentant 
en  Westphalie  devait  tout  mettre  en  œuvre  pour  les  affran- 
chir de  cette  sujétion  surannée. 

Tout  en  s'efforçant  de  dégager  son  immédiateté  des  faits  et 
des  circonstances  qui  prêtaient  au  doute  et  pouvaient  la  rendre 
contestable  pour  ceux  qui  avaient  intérêt  à  la  nier,  Colmar 
ne  perdait  pas  de  vue  d'autres  droits  secondaires,  mais  qui 
lui  tenaient  à  cœur.  On  se  souvient  peut-être  qu'il  avait 
obtenu  du  chancelier  Oxenstirn  la  supériorité  territoriale  de 
la  villette  de  Sainte-Croix,  qui  jusque-là  avait  ressorti  aux 
pays  autrichiens,  quoique  le  domaine  utile  appartint  à 
Colmar.  C'était  la  conversion  d'un  fief  autrichien  en  terre  de 
l'Empire  et,  dans  le  principe,  la  France  n'avait  pas  fait  diffi- 
culté de  reconnaître  ce  nouvel  état  de  choses.  Notre  ville  crut 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  99 

possible  d'obtenir  la  confirmation  de  cette  faveur  et  de  la 
faire  insérer  dans  l'instrument  de  la  future  paix. 

Le  comte  Pontus-Gabriel  de  la  Gardie,  nommé  ambassa- 
deur extraordinaire  de  Suéde  à  Paris,  venait  de  passer  en 
Alsace  et  il  avait  eu  à  Colmar  un  entretien  avec  le  magistrat. 
En  même  temps  qu'on  écrivit  à  M.  Beck,  qui  avait  remplacé 
M.  de  Polbelm  comme  agent  de  la  vflle  à  Paris,  on  s'adressa 
à  M.  de  la  Gardie  pour  le  prier  d'intervenir  de  son  côté.  Le 
comte  s'entremit  volontiers  en  faveur  d'anciens  clients  de  la 
couronne  de  Suéde.  Le  cardinal  Hazarin  se  montra  d'abord 
assez  bien  disposé  et  il  demanda  un  mémoire  dont  Le  Tellier 
ferait  le  rapport  en  conseil.  Beck  entreprit  de  le  présenter 
lui-même  à  son  Éminence  et,  pendant  quinze  jours,  il  se 
rendit  régulièrement  à  son  audience.  Ce  ne  fut  que  le  15  no- 
vembre qu'il  trouva  enfin  occasion  de  parler  au  premier  mi- 
m'stre,  au  moment  où  il  allait  monter  en  voiture.  Il  lui  remit  sa 
requête,  dont  il  lui  exposa  l'objet  en  peu  de  mots.  Mazarin 
lui  répondit  qu'il  n'avait  pas  de  conseils  à  donner;  mais 
qu'il  devait  lui  faire  remarquer  que  toutes  les  donations 
faites  par  la  Suède  en  Alsace  seraient  révoquées  de  plein 
droit  et  que  ce  serait  donner  un  exemple  fâcheux,  si  l'on 
faisait  une  exception  en  faveur  de  Colmar.  Cependant  il 
voulut  savoir  les  raisons  sur  lesquelles  la  ville  se  fondait. 
Beck  répliqua  qu'il  n'y  avait  aucune  analogie  entre  la  dona- 
tion dont  elle  se  prévalait,  et  celles  qui  étaient  passibles  de 
révocation,  que  celles-ci  consistaient  en  terres,  en  villages, 
en  châteaux  enlevés  à  leurs  légitimes  possesseurs  et  con- 
cédés à  des  tiers,  tandis  que  Colmar  n'avait  reçu  que  la 
supériorité  territoriale  sur  la  seigneurie  de  Sainte-Croix,  qui 
lui  appartenait  depuis  de  longues  années,  supériorité  dont  la 
Suède  lui  avait  fait  don  comme  étant  aux  droits  de  la  maison 
d'Autriche.  Tous  ces  discours  se  tenaient  au  milieu  d'un  groupe 
de  courtisans,  qui  entouraient  Hazarin  et  son  interlocuteur. 

Sans  se  tenir  pour  battu,  Beck  se  rendit  chez  le  comte  de 


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100  REVUE  D' ALSACE 

Brienne,  qui  ne  voulut  même  pas  accepter  son  mémoire. 
«Toute  l'Alsace,  lui  déclara  ce  dernier,  aurait  dû  nous 
revenir,  y  compris  Colmar  et  les  autres  villes  impériales. 
Mais  comme  on  a  objecté  que  c'étaient  des  villes  libres,  qui 
ne  pouvaient  pas  être  distraites  de  l'Empire,  on  s'est  résigné 
à  leur  laisser  leur  indépendance.  Que  Colmar  s'en  contente 
et  ne  réclame  rien  de  plus,  de  peur  de  s'attirer  des  déboires. 
Pour  Sainte-Croix,  «nottô  serions  folSy  si  nous  faisions  cda: 
nous  en  tirerons  de  bonnes  contributions.  »  Si  péremptoire  que 
fût  cette  réponse,  Beck  ne  crut  pas  que  ce  serait  le  dernier 
mot;  il  pensa  que,  présentée  par  l'ambassadeur  suédois,  la 
demande  serait  mieux  accueillie  et,  à  sa  prière,  le  comte  de 
la  Gardie  se  chargea  d'en  parler  une  seconde  fois  au  cardinal 
Mazarin  (Lettre  du  19  novembre).  Son  Éminence  s'engagea 
au  moins  de  ne  pas  prendre  de  décision  sans  avoir  ouï  le 
rapport  de  Le  Tellier.  Elle  comprenait  sans  doute  qu'une 
ville  qui  avait  tant  fait  pour  le  service  de  son  maître  et  à 
laquelle  le  gouvernement  français  n'avait  même  pas  encore 
remboursé  toutes  ses  avances,  méritait  mieux  qu'une  (in  de 
non-recevoir  et,  le  29  novembre,  Elle  manda  au  magistrat  de 
faire  parler  de  l'affaire  aux  plcnipoteniiaires  français  en 
Westphalie  pour  avoir  leur  avis.  En  terminant  sa  lettre 
(copie  simple),  Mazarin  promit  de  faire  pour  le  contente- 
ment de  la  ville  tout  ce  qui  dépendra  de  lui  <  qui  ne  sera 
point  contraire  au  bien  des  affaires  de  Sa  Majesté». 

En  apprenant  de  quelle  manière  la  cour  avait  accueilli 
une  demande  de  si  peu  d'importance,  Colmar  comprit  qu'il 
avait  fait  fausse  route.  Le  17  décembre  (Prot.  missiv.  ff^  80-81), 
la  ville  écrivit  à  M.  Beck  qu'elle  s'adresserait  à  Munster,  où 
elle  espérait  trouver  des  juges  moins  prévenus;  mais  elle 
n'en  fit  rien  et  tout  indique  qu'elle  ne  donna  pas  d'autre 
suite  à  sa  demande. 

Toutes  ces  préoccupations  ne  faisaient  pas  perdre  de  vue 
les  opérations  militaires  dans  l'Allemagne  méridionale,  qui 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  101 

marchaient  parallèlement  avec  les  négociations  de  la  paix  de 
Westphalie  et  qui  souvent  les  primaient.  D'un  côté  Turenne, 
de  l'autre  Wrangel  combinaient  leurs  mouvements,  de  ma- 
nière à  tenir  en  échec  le  nouvel  électeur  de  Bavière»  Maxi- 
milien,  l'unique  champion  que  l'empereur  Ferdinand  pût 
encore  opposer  aux  armées  des  deux  couronnes.  L'action 
combinée  des  généraux  et  des  diplomates  finit  par  aboutir  au 
traité  de  neutralité  du  14  mars  1647.  Ce  fut  pendant  les  péri- 
péties de  leurs  doubles  manœuvres  que,  le  22  novembre  au 
soir,  Colmar  reçut  de  Bâle  la  nouvelle  que  les  alliés  allaient 
se  replier  sur  le  Rhin  et  que  leurs  troupes  prendraient  en 
partie  leurs  quartiers  d'hiver  sur  la  rive  gauche.  Cela  confir- 
mait les  nouvelles,  dont  la  gazette  s'était  rendue  l'écho,  qu'un 
armistice  avait  été  conclu  et  que  les  Français  allaient  occuper 
de  nouveau  l'Alsace.  Avant  de  prendre  l'alarme,  la  ville  voulut 
savoir  au  juste  ce  qui  en  était  et,  le  jour  même,  elle  écrivit 
au  nouveau  résident  de  Suède  à  Benfeld,  Georges  Snoilski, 
que  la  reine  Christine  avait  accrédité  auprès  de  nos  magis- 
trats par  une  lettre  du  13  juin  1646.  Cet  agent  répondit  deux 
jours  après,  qu'on  avait  en  effet  entendu  parler,  depuis  huit 
jours,  d'une  marche  en  arrière  des  deux  armées  qui  opéraient 
en  Bavière  et  qui  devaient  s'être  repliées  dans  l'Algau  :  des 
lettres  de  Bâle  avaient  même  annoncé  que  quelques  détache- 
ments français  s'étaient  déjà  montrés  à  Ehingen  sur  le  Da- 
nube ;  mais  d'après  les  dernières  nouvelles  que  le  courrier 
ordinaire  venait  d'apporter  seulement  le  mardi  24,  à  midi, 
quand  on  aurait  dû  les  recevoir  la  veille  au  soir,  les  deux 
armées  étaient  encore  postées  sur  le  Lech,  près  de  Kauf* 
beuren  :  TAlsace  n'avait  donc  rien  à  craindre  d'un  mouve- 
ment rétrograde  qui  clorait  la  campagne. 

X.   MOSSMANN. 


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LA 

DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT 

LEGENDE  FRANC-COMTOISE 


Nous  sommes  en  Tan  de  grâce  1785.  Le  jour  où  com- 
mencent les  événements  que  nous  allons  raconter  se  trouvait 
être  le  13  mai  et  tombait  justement,  un  vendredi.  Or,  si 
nous  en  croyons  un  bien  vieil  adage  de  nos  ancêtres  —  et 
l'on  sait  que  les  proverbes  sont  la  sagesse  des  nations  —  il 
en  résulte  que  le  nombre  13  est  néfaste  par  sa  nature  et 
qu'il  en  est  de  même  du  vendredi.  Donc,  lorsque  ces  deux 
circonstances  se  trouvent  réunies  dans  un  seul  et  même  jour, 
on  est  d'ores  et  déjà  certain  qu'il  ne  peut  alors  rien  y  arriver 
que  de  très  malheureux. 

La  nature  cependant,  loin  de  s'être  mise  en  deuil,  semblait, 
au  contraire,  avoir  étalé  ce  jour-là  ses  plus  belles  parures, 
car  on  était  dans  le  mois  des  fleurs,  et  c'était  une  belle  et 
chaude  journée  que  celle  du  13  mai  1785.  Du  reste,  on 
aurait  pu  voir  en  rase  campagne  de  nombreux  cultivateurs 
qui,  mettant  à  profit  le  beau  temps,  s'occupaient  activement 
de  leurs  travaux  agricoles.  Ce  qu'ils  redoutaient  le  plus,  ce 
n'était  pas  la  mauvaise  renommée  du  jour,  mais  bien  les 
rayons  d'un  soleil  brûlant  dont  l'ardeur  n'était  tempérée  par 
aucun  nuage. 

Ce  même  jour,  vers  6  heures  du  soir,  on  aurait  pu  aperce- 
voir, sur  les  hauteurs  de  Passavant  et  près  des  ruines  de 


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LA  DAME  BLANXHE  DE  PASSAVANT  103 

Tancien  château  fort,  situé  entre  Champagney  et  Plancher- 
Bas»  une  grande  et  belle  jeune  fille  de  18  à  19  ans,  occupée 
à  faire  paître  un  petit  troupeau,  composé  d'une  dizaine  de 
brebis  aux  toisons  longues  et  grossières  et  de  cinq  ou  six 
chèvres  capricieuses  dont  Tembonpoint  n'était  pas  la  qualité 
dominante.  Cette  bergère  avait  pour  compagnon  un  grand 
chien  au  regard  intelligent  et  au  pelage  fauve,  moitié  chien 
de  garde  et  moitié  chien  de  berger,  qui  marchait  constam- 
ment sur  ses  talons  tout  en  paraissant  épier  ses  volontés  et 
attendre  ses  ordres. 

Bien  que  le  soleil  fût  alors  à  son  déclin,  on  éprouvait 
encore  le  besoin  d'éviter  ses  rayons  ardents  ;  aussi  Geneviève 
—  c'était  le  nom  de  la  jeune  fille  —  n'hésita-t-elle  pas  à 
franchir,  par  une  de  ses  nombreuses  brèches,  le  mur  d'en- 
ceinte de  l'ancien  castel,  et  à  venir  y  chercher  de  l'ombrage 
derrière  un  pan  de  mur  à  moitié  écroulé. 

Il  fallait  cependant,  à  cette  époque,  une  certaine  audace 
pour  oser  pénétrer  bénévolement  parmi  ces  ruines  de  sinistre 
renommée,  car  c'était  un  lieu  hanté.  Les  paysans,  serfs  ou 
manants,  des  villages  voisins  racontaient,  dans  leurs  longues 
soirées  d'hiver,  sur  ce  château  d'étranges  choses  aperçues, 
disaient-ils,  de  loin,  par  eux,  au  milieu  des  ténèbres  pro- 
fondes des  nuits  les  plus  obscures. 

L'un  affirmait  avoir  vu,  mais  de  ses  yeux  vu,  une  vive 
lumière  se  promenant  seule  circulairement  autour  des  murs 
d'enceinte.  Cette  lueur,  après  en  avoir  fait  lentement  trois 
fois  le  tour,  disparaissait  au  milieu  d'une  explosion  soudaine, 
eu  laissant  derrière  elle,  avec  une  traînée  lumineuse,  une 
forte  odeur  de  soufre,  ce  qui  évidemment  indiquait  une 
origine  infernale.  Un  autre  affirmait  qu'il  avait  aperçu,  bien 
distinctement,  au  sommet  des  murailles  crevassées  et  lézardées 
de  la  grande  tour,  un  long  fantôme  blanc,  affectant  tout 
d'abord  la  forme  d'une  femme  de  taille  ordinaire.  Mais  si 
on  le  considérait  pendant  un  certain  temps,  d'une  manière 


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104  REVUE  D'ALSACE 

attentive,  on  ne  tardait  pas  à  le  voir  s'étendre,  d'une  fagon 
indéfinie,  jusqu'à  atteindre  de  sa  tête  les  nuages  dans  lesquels 
il  disparaissait,  en  jetant  de  vives  lueurs  phosphorescentes 
qui  éclairaient,  d'une  clarté  étrange,  toute  la  contrée  environ- 
nante. 

11  y  en  avait  qui  disaient  avoir  entendu,  en  passant  sur  le 
chemin  qui  contournait  la  butte  du  château,  ce  qu'ils  ne  fai- 
saient jamais  sans  se  signer,  des  bruits  sinistres,  des  voix 
qui  n'avaient  rien  d'humain,  des  cris  plus  ou  moins  étouffés, 
des  pleurs,  des  jurements  et  des  imprécations  diaboliques, 
voire  même  des  cliquetis  de  chaînes.  Plusieurs  affirmaient, 
de  la  manière  la  plus  complète,  avoir  ouï,  à  leur  grand  scan- 
dale, des  chants  infernaux,  des  refrains  bachiques  et  d'orgie, 
avec  des  intonations  surhumaines  et,  enfin,  pour  tout  dire, 
puisque  c'est  notre  tâche,  on  racontait,  mais  cela  se  disait 
dans  le  tuyau  de  l'oreille,  que  des  gens  haut  placés  dans  le 
pays  et  dont  le  témoignage  faisait  foi,  y  avaient  distingué  le 
roi  des  enfers,  messire  Satanas  lui-même,  coiffé  de  deux  im- 
menses cornes  et  porteur  de  son  pied  fourchu.  Pour  ne 
laisser  aucun  doute  à  cet  égard,  ils  en  avaient,  dès  le  lende- 
main, reconnu  la  trace,  siYacile  à  constater,  dans  les  sentiers 
qui  descendent  du  château. 

On  parlait  encore  dans  la  contrée,  mais  plus  vaguement, 
d'immenses  trésors  enfouis  dans  les  souterrains  du  château, 
d'une  dame  blanche  qui  apparaissait  à  certaines  époques 
fixes  et  de  mille  autres  faits  plus  ou  moins  étranges,  mais 
que  personne  n'osait  révoquer  en  doute. 

C'était  généralement  vers  Tépoque  de  la  Toussaint  que  les 
apparitions  étaient  les  plus  fréquentes.  Tout  le  monde,  bour- 
geois et  manants,  s'accordait  â  dire  que  les  âmes  des  anciens 
seigneurs  de  Passavant  venaient  se  réunir  à  ce  moment,  dans 
les  lieux  jadis  habités  par  eux,  pour  y  danser,  en  compagnie 
de  farfadets  et  de  gnomes,  sortis  eux  aussi  de  leurs  tombeaux, 
des  sarabandes  effrénées  et  des  rondes  infernales. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  105 

Les  incrédules  pouvaient,  disail-on,  s'en  convaincre,  en 
y  allant,  s'ils  Tosaient,  entre  onze  heures  et  minuit,  dans  la 
nuit  du  l^**  au  3  novembre,  jour  des  Morts.  On  sait,  en  effet, 
qu'à  ce  moment  tous  les  morts  ont  le  droit  de  sortir  de  leurs 
étroites  et  sombres  demeures  pour  venir  se  mêler  pendant 
quelques  instants  au  monde  des  vivants. 

Mais  personne  n'aurait  été  assez  osé  pour  entreprendre 
une  pareille  aventure,  car  malheur,  trois  fois  malheur  au 
mortel  trop  curieux  qui  aurait  cherché  à  pénétrer  les  secrets 
de  l'autre  monde!  S'il  n'avait  pas  été  étranglé  sur  l'heure 
par  Satan  ou  l'un  de  ses  suppôts,  on  lui  aurait  tout  au  moins 
et  sans  rémission  tordu  le  cou.  Sa  tête  serait  restée  tournée 
sens  devant  derrière  et,  séchant  sur  pied,  il  serait  mort 
infailliblement  au  bout  de  l'an  et  jour.  Les  anciens  du  pays 
disaient  en  avoir  vu,  dans  leur  jeunesse,  de  nombreux 
exemples,  et  personne  ne  mettait  leur  parole  en  doute. 

Aussi  tout  passant,  bourgeois  ou  manant,  dès  qu'il  appro- 
chait de  la  butte  du  château  maudit,  ou  même  dès  qu'il 
apercevait  le  sommet  penché  de  sa  grande  tour,  faisait-il 
dévotement  et  benoîtement  le  signe  de  la  croix  et  recom- 
mandait-il intérieurement  son  âme,  soit  à  la  belle  Notre- 
Dame-du-Haut,  près  de  Ronchamp^  dont  on  voyait  la  cha- 
pelle, soit  à  saint  Pancrace  ou  à  saint  Laurent,  tous  les  deux 
martyrs  et  protecteurs,  l'un  de  Champagney  et  l'autre  de 
Plancher-Bas. 

Ceci,  bien  entendu,  n'avait  lieu  que  de  jour.  De  nuit,  mais 
seulement  jusqu'à  9  heures  du  soir,  il  fallait  un  cas  de 
force  majeure  et  des  hommes  d'un  courage  à  toute  épreuve 
pour  se  hasarder  sur  le  chemin  qui  contournait  la  butte  mau- 
dite. Mais  depuis  ce  moment  jusqu'au  lendemain  au  jour, 
on  n'aurait  pas  trouvé  de  chrétien,  à  dix  lieues  à  la  ronde, 
assez  hardi  pour  entreprendre  une  pareille  aventure. 

Malgré  la  sinistre  réputation  dont  jouissaient  ces  ruines, 
Geneviève,  habituée  dès  son  enfance  à  venir  faire  paître  son 


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106  REVUE  D'ALSACE 

ti'oupeau  au  milieu  des  maigres  et  chétives  broussailles  qui 
entouraient  le  château  de  Passavant,  y  entra,  sans  aucune 
émotion.  JSlle  alla  s'asseoir  sur  une  petite  éminence  formée 
de  débris  de  murs  écroulés  et  ombragés  par  ceux  qui,  encore 
debout,  avaient  bravé  les  injures  du  temps  et  des  hommes. 
De  là  elle  pouvait  surveiller  son  petit  troupeau  que  son  chien 
vigilant,  couché  à  ses  pieds,  se  chargeait,  lorsqu'il  y  avait 
lieu,  de  mettre  à  la  raison. 

Rassurée  entièrement  sur  ce  point,  la  jeune  fille  se  laissa 
aller  à  une  profonde  rêverie.  On  prétendait,  du  reste,  à 
Champagney,  où  elle  était  née,  qu'elle  avait  les  plus  grandes 
dispositions  à  cet  égard  et  que  cela  lui  venait  de  naissance. 
On  racontait  même  à  ce  propos  que  sa  mère,  après  dix  ans 
de  mariage,  affligée  de  n'avoir  pas  d'enfant,  s'était  rendue  à 
la  chapelle  de  Notre-Dame-du-Haut,  sanctuaire  vénéré  depuis 
de  longues  années  dans  la  contrée,  et  que  là  elle  avait  adressé 
à  la  Vierge  mère  une  ardente  prière,  en  lui  demandant  de 
lui  accorder  une  fille.  On  ajoutait  qu'elle  avait  fait  des  vœux 
et  des  promesses  si  sérieuses  à  la  madone  que  celle-ci,  émue, 
les  avait  prises  en  considération  et  qu'elle  les  avait  exaucés. 
De  là,  la  naissance  de  notre  jeune  bergère. 

Mais  ce  qui  était  certain,  c'est  que  chaque  année,  à  la 
même  date,  cette  femme  faisait,  avec  sa  fille  unique  Geneviève, 
un  voyage  à  la  sainte  chapelle,  sans  doute  en  souvenir  de  la 
faveur  qu'elle  y  avait  reçue. 

Quoi  qu'il  en  fût  à  cet  égard,  à  l'époque  dont  nous  parlons, 
notre  bergère  passait  pour  la  plus  belle  fille  de  Champagney, 
comme  aussi  pour  la  plus  sage.  Son  pasteur  se  plaisait  à  la 
citer  comme  modèle  aux  autres  jeunes  QUes  de  sa  paroisse. 

Depuis  quelque  temps  déjà  le  soleil  avait  disparu  à  Tho- 
rizon,  et  la  nuit  s'approchait  à  grands  pas,  sans  que  la  jeune 
bergère .  y  apportât  la  moindre  attention,  car  pendant  ce 
temps-là  sa  rêverie  s'était  peu  à  peu  transformée  en  une 
douce  somnolence.  Son  troupeau  s'était  instinctivement  et  à 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  107 

l'heure  habituelle  groupé  à  quelques  pas  d'elle,  et  son  chien, 
qui  ne  la  quittait  pas  de  vue,  avait  déjà  donné  quelques  signes 
d'inquiétude.  II  trouvait,  sans  doute,  qu'il  était  grand  temps 
de  regagner  le  logis. 

Ud  certain  temps  se  passa  ainsi  et  la  nuit  était  venue,  lors- 
que Geneviève  fut  réveillée  brusquement  par  un  bruit  sourd 
qu'elle  ne  pouvait  déGnir  et  qui  lui  paraissait  sortir  de  l'in- 
térieur même  du  massif  sur  lequel  elle  était  assise.  Tout 
d'abord,  elle  n'y  attacha  pas  une  grande  importance,  peut- 
être  était-ce  quelque  animal  attardé  qui,  en  se  glissant  dans 
son  étroite  demeure,  y  avait  déplacé  une  pierre  qui,  en 
tombant,  avait  causé  ce  bruit.  Mais,  tirée  par  ce  fait  même 
de  la  torpeur  dans  laquelle  elle  avait  été  plongée  et  voyant  la 
nuit  venue,  elle  se  levait  pour  se  mettre  en  route  et  regagner 
son  logis,  lorsque  tout  à  coup  elle  aperçut  une  forme  blanche 
qui  se  dressait  devant  elle. 

Effrayée  par  cette  apparition  si  brusque,  toutes  les  légendes 
plus  ou  moins  terrifiantes  que  la  jeune  fille  avait  entendu 
narrer  pendant  les  soirées  d'hiver  lui  revinrent  subitement 
à  la  mémoire;  c'est  pourquoi  elle  se  hâta  de  faire  le  signe  de 
la  croix  afin  de  renvoyer  au  plus  vite  ce  fantôme  d'où  il 
sortait,  et  en  même  temps  elle  recommanda  son  âme  à  Dieu. 

Cela  fait,  elle  sentit  ses  jambes  se  dérober  sous  elle  et  elle 
se  laissa  retomber  à  la  place  même  qu'elle  venait  de  quitter. 

Voulant  s'assurer  si  elle  n'avait  pas  été  le  jouet  d'une  illu- 
sion, Geneviève  se  hasarda  à  ouvrir  les  yeux,  mais  elle  put 
se  convaincre  qu'elle  ne  s'était  pas  trompée^  une  forme 
blanche,  dont  les  yeux  brillaient  du  plus  vif  éclat  dans 
l'obscurité,  était  bien  devant  elle,  la  tenant  sous  son  regard 
ardent  dont  elle  pouvait  à  grande  peine  supporter  la  vue.  La 
jeune  bergère  referma  alors  les  yeux  et  se  cacha  la  figure 
entre  ses  mains. 

A  ce  moment  même,  son  chien,  qui,  lorsqu'elle  $'était 
levée,  avait  été  passer  l'inspection  du  petit  troupeau,  revenait 


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108  REVITE  D'ALSACE 

près  d'elle;  mais  apercevant  à  son  lour  la  yision,  il  s'assit 
brusquement  et  se  mit  à  hurler  à  la  mort.  A  la  première 
audition  de  ces  accents  épouvantés  et  désespérés,  brebis  et 
chèvres,  prises  de  frayeur,  disparurent  dans  un  clin  d'œil. 
Le  silence  ne  fut  plus  troublé  que  par  les  lentes  et  sonores 
vibrations  de  la  vieille  horloge  de  Ghampagney  qui  sonnait 
neuf  heures. 

Après  quelques  instants  d'une  horrible  anxiété,  notre 
jeune  bergère,  soupçonnant  qu'on  avait  seulement  voulu 
l'épouvanter,  se  décida  à  ouvrir  les  yeux,  afin  de  chercher, 
si  faire  se  pouvait,  à  reconnaître  les  traits  de  l'étrange  per- 
sonnage qu'elle  avait  devant  les  yeux.  Elle  put  constater  cette 
fois  qu'elle  avait  affaire  à  une  femme  de  grande  taille,  à  l'air 
grave  et  imposant,  d'un  âge  mur,  mais  qui  avait  dû  être 
d'une  grande  beauté.  Elle  était  complètement  vêtue  de  blanc 
et  loin  d'avoir  une  apparence  infernale,  elle  semblait  respirer 
la  douceur  et  la  bonté.  Son  regard  était,  du  reste,  si  doux  et 
si  suppliant  que  la  jeune  fille,  en  eût-elle  eu  la  force,  n'aurait 
plus  eu  la  volonté  de  s'enfuir. 

La  voyant  un  peu  remise  de  sa  frayeur  première  et  amenée 
au  point  où  elle  l'attendait,  le  fantôme  fit  un  pas  en  avant  et 
d'une  voix  où  il  semblait  avoir  mis  toute  son  âme,  il  lui  dit  : 
c  Jeune  enfant,  je  vous  connais,  vous  n'avez  rien  à  craindre 
de  moi,  au  contraire,  je  suis  venue  à  vous  pour  faire  votre 
fortune  et  votre  bonheur.  » 

Après  une  courte  pause,  et  sans  attendre  de  réponse,  elle 
continua:  cJe  suis  bien  celle  que  l'on  nomme  la  Dame 
blanche  de  Passavant.  Vous  avez  dû  entendre  parler  de  moi 
sans  y  croire;  maintenant  que  vous  aurez  vu,  vous  croirez. 
Je  suis  venue  ce  soir  vous  demander  le  plus  grand  ser- 
vice que  l'on  peut  attendre  d'un  chrétien.  Mais  je  dois, 
avant  tout,  vous  expliquer  ma  situation  et  ce  que  j'attends  de 
vous.  Veuillez,  je  vous  prie,  m'écouter  attentivement  et  bien 
fixer  dans  votre  mémoire  ce  que  j'ai  à  vous  raconter. 


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LÀ  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  109 

€  Je  suis  cette  Berthilde  dont  on  a  tant  parlé.  J'ai  été  la 
femme  du  dernier  souverain  de  la  seigneurie  de  Passavant» 
où  nous  sommes  actuellement.  Il  y  a  donc  plus  de  mille  ans 
que  j'ai  quitté  cette  terre  de  malheur  et  d'iniquité.  Nous 
étions  parmi  les  plus  puissants  de  la  Burgundie  et  nous  habi- 
tions, mon  mari  et  moi»  alternativement  nos  châteaux  forts 
de  Chalonvillars  et  de  Passavant.  Celui-ci,  à  cause  de  sa 
proximité  des  montagnes,  était  notre  demeure  d'été.  Nous 
vivions  on  ne  peut  plus  heureux,  avec  nos  quatre  fils,  qui 
étaient  le  gage  d'une  longue  postérité,  lorsque  Verfaire,  mon 
mari^  homme  d'un  caractère  brusque  et  emporté,  osa  s'atta* 
quer  à  saint  Desle,  homme  de  Dieu  et  fondateur  de  l'abbaye 
de  Lure. 

cCet  éminent  personnage  avait,  à  la  vérité,  un  peu  empiété 
sur  nos  droits,  mais  c'était  pour  le  bien  de  la  religion  et  le 
salut  des  âmes.  Verfaire,  qui  ne  pouvait  souffrir  que  l'on 
touchât  à  ses  privilèges,  en  tira  une  atroce  vengeance,  à  la 
suite  de  laquelle  le  saint  homme  appela  sur  nous  la  malédic- 
tion du  ciel.  Dieu  nous  punit  alors  par  la  perte  presque 
subite  de  nos  trois  aines,  emportés  peu  de  temps  après  par 
un  mal  inconnu,  et  contre  lequel  la  science  des  médecins 
fut  impuissante. 

«S'humiliantsous  la  main  qui  le  frappait,  Verfaire  fit  sa 
paix  avec  saint  Desle,  en  lui  cédant  notre  domaine  de  Lure, 
sur  lequel  il  s'était  établi.  Mais  la  colère  divine  n'était  pas 
encore  satisfaite,  le  malheur  continua  à  nous  poursuivre.  A 
quelque  temps  de  là,  mon  mari,  faisant  une  partie  de  chasse 
dans  les  grands  bois  de  Frahier,  y  fut  blessé  mortellement 
par  un  énorme  sanglier. 

c  A  la  suite  de  ce  dernier  événement,  je  concentrai  toute 
mon  affection  sur  le  dernier  des  miens,  sur  mon  Rudolph 
bien-aimé,  et  je  n'eus  plus  qu'une  ambition,  c'était  de  le 
laisser,  à  ma  mort,  un  des  plus  riches  et  des  plus  puissants 
seigneurs  de  la  Burgundie.  C'est  pour  arriver  à  ce  but  que 


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410  REVUE  D'aLSACE 

j'ai  pressuré  mes  vassaux.  Sans  avoir  égard  à  leurs  plaintes, 
ni  à  leur  misère,  je  leur  ai,  par  tous  les  moyens  possibles, 
extorqué  des  sommes  énormes  en  or  et  en  argent  que  j'ai 
ajoutées  à  nos  trésors  de  famille.  J'en  ai  rempli  trois  grands 
coffres,  un  d'or  et  de  pierres  précieuses  et  deux  autres 
d'argent,  que  j'ai  fait  descendre  dans  un  caveau  voûté,  qui, 
à  une  grande  profondeur,  se  trouve  encore  sous  nos  pieds. 
Moi  seul  en  connaissais  l'existence,  car  j'avais  eu  grand  soin 
de  faire  disparaître  tous  ceux  qui  m'avaient  aidée  dans  cetle 
entreprise  et  les  clefs  de  ce  souterrain  ne  me  quittaient 
jamais.  Depuis  cette  époque  ces  trésors  sont  encore  à  leur 
place,  mais  Dieu,  qui  est  juste,  m'a  cruellement  punie  de 
mes  méfaits  dans  ce  monde-ci  et  dans  l'autre. 

«Un  jour,  on  me  rapporta  sanglant  et  sans  vie  mon  dernier 
Gis,  mon  bien-aimé  Rudolph,  pour  lequel  j'avais  entassé 
toutes  ces  richesses.  11  avait  été  assassiné,  dans  les  forêts  de 
Granges,  par  des  serfs  révoltés  contre  mes  exigences.  Aucun 
coup  ne  pouvait  m'être  aussi  sensible  ;  c'était  toute  ma  vie, 
tout  mon  bonlieur  et  mon  orgueil.  C'était  le  dernier  de  ma 
noble  race  et  il  n'avait  pas  encore  20  ans!  J'étais  donc  mau- 
dite. Désespérée,  doutant  de  tout,  de  la  justice  de  Dieu 
même,  j'ai  osé  me  révolter  contre  les  décrets  de  la  divine 
providence  et  contre  la  main  qui  me  frappait. 

<  Revenue  avec  le  temps  à  des  sentiments  meilleurs,  je  me 
jetai  alors  dans  les  bras  de  la  religion  et  de  ses  ministres, 
dont  je  devins  l'esclave.  Je  cédai  même,  pour  mieux  marquer 
mon  repentir,  au  vénérable  abbé  de  Lure,  successeur  de 
saint  Desle,  tous  mes  droits  sur  la  seigneurie  de  Passavant 
et  sur  les  villages  qui  en  dépendaient,  mais  à  une  condition, 
c'est  qu'il  répondrait  du  salut  de  mon  âme  et  de  la  béatitude 
de  tous  les  miens,  dont  il  devenait  l'unique  héritier.  Il  fut, 
en  outre,  convenu  que  chaque  jour,  tant  que  l'abbaye  exis- 
terait, on  célébrerait  à  notre  intention  trois  messes,  une  pour 
le  repos  de  mon  âme,  une  pour  celle  de  mon  mari  et  la  der- 


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LÀ  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  111 

nière  pour  mes  fils,  qui  tous  m'avaient  précédée  dans  la 
tombe. 

c  Quant  à  moi,  cédant  à  une  dernière  et  fatale  passion 
pour  les  biens  de  la  terre,  je  n'ai  jamais  confié  à  personne, 
pas  même  à  mon  confesseur,  l'existence  de  ces  trésors.  Je 
pensais  que  j'aurais  toujours  le  temps,  à  mon  heure  der- 
nière, de  lui  en  révéler  la  présence,  mais  le  Seigneur  ne  me 
l'a  pas  permis.  J'ai  été  enlevée  subitement  de  ce  monde  et 
tous  ces  trésors,  amassés  avec  tant  de  soin,  gisent  là  ignorés 
et  inutiles. 

«Mais  la  justice  divine  ne  permet  pas  que  les  biens  que  la 
Providence  a  mis  à  la  disposition  de  tous  soient  accaparés  et 
cachés  par  quelques-uns  au  détriment  des  autres.  Pour 
obtenir  une  rémission  pleine  et  entière  de  cette  faute,  il  faut 
préalablement  qu'ils  soient  rendus  à  la  lumière  et  remis  en 
circulation.  C'est  pourquoi,  cette  condition  n'ayant  encore 
pu  être  accomplie,  le  seigneur  m'a  tenu  rigueur  jusqu'à  ce 
jour. 

c  Cependant,  prenant  en  considération  les  prières  qui  lui 
sont  adressées  chaque  jour  en  ma  faveur  depuis  plus  de 
mille  ans  et  surtout  eu  égard  aux  conditions  arrêtées,  de  mon 
vivant,  avec  son  serviteur,  l'abbé  de  Lure,  Dieu  a  bien  voulu, 
dans  sa  bonté,  me  ménager  un  moyen  bien  faible,  il  est  vrai, 
mais  possible  néanmoins,  d'obtenir  l'entrée  du  royaume  des 
cieux.  Il  m'a  donc  été  promis,  en  son  nom,  par  saint  Desie, 
mon  protecteur,  que  le  jour  où  ces  trésors  maudits  seraient 
remis  en  des  mains  chrétiennes,  la  porte  du  ciel  me  serait 
toute  grande  ouverte. 

c  Et  pour  me  faciliter  ma  tâche,  il  a  été  convenu  que  tous 
les  cent  et  un  ans,  je  serais  renvoyée  sur  la  terre,  pendant 
huit  jours,  et  que  durant  ce  temps-là  j'aurais  toute  liberté 
pour  chercher  le  messager  de  ma  délivrance,  avec  pouvoir 
de  lui  indiquer  le  lieu  où  se  trouvent  enfouis  ces  trésors 
et  en  le  guidant  dans  sa  tentative. 


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H2  REVUE  D' ALSACE 

c  Toutefois,  à  cette  faveur  est  attachée  une  condition  bien 
difficile  à  remplir,  il  faut  que  cette  entreprise  soit  tentée  par 
une  jeune  fille  exempte  de  toute  souillure  et  en  état  de  grâce. 
De  plus,  celte  opération  doit  avoir  lieu  entre  onze  heures  et 
minuit  d'un  jour  indiqué  qui,  pour  cette  fois,  tombe  dans  la 
nuit  de  vendredi  à  samedi  prochains.  Le  temps  de  l'épreuve 
est  si  rapproché  que  je  suis  forcée  de  mettre  tout  mon  espoir 
et  toute  ma  confiance  en  vous.  Je  sais  que  vous  remplissez 
toutes  les  conditions  exigées,  car,  n'étant  plus  de  ce  monde, 
j'ai  la  faculté  de  pouvoir  lire  dans  les  cœurs  et  d'en  découvrir 
les  plus  secrètes  pensées.  Je  sens  aussi  que  vous  n'êtes  pas 
insensible  à  mon  malheur  et  je  crois  que  vous  ferez  tout  ce 
qui  vous  sera  possible  pour  m'être  utile.  En  échange,  je 
vous  fais  mon  héritière  et  je  vous  lègue  des  trésors  qui 
feraient  l'orgueil  des  plus  grands  rois  de  la  terre,  i 

Ici  Geneviève  l'arrêta  en  lui  disant:  «Gardez  vos  richesses, 
madame,jen'en  veux  pas,  pauvre  je  suis,  pauvre  jeveux  rester.  > 

Mais  la  Dame  blanche,  sans  se  déconcerter,  reprit  :  €  En 
refusant  mes  offres,  ma  fille,  vous  allez  contre  la  volonté  de 
Dieu  même,  qui  m'a  permis  de  choisir  parmi  les  mortels  une 
personne  secourable.  C'est  lui  qui,  en  quelque  sorte,  dirige 
mon  choix  et  il  est  tombé  sur  vous.  Les  desseins  du  Seigneur 
sont  insondables;  et  vous  ne  pouvez  pas  lui  désobéir  sous 
peine  de  manquer  grandement  à  vos  devoirs,  et  je  suis  con- 
vaincue que  vous  ne  voulez  pas  le  faire.  Vous  n'avez  pas  le 
droit  de  refuser  les  richesses  que  je  veux  mettre  en  votre 
possession,  car  lors  même  que  vous  les  mépriseriez  pour 
vous-même,  vous  ne  pouvez  pas  les  refuser  pour  votre  mère  et 
surtout  pour  les  pauvres  et  les  nécessiteux  de  la  contrée, 
dont  vous  serez  la  providence.  11  faut  que  ces  trésors,  mal 
acquis,  fassent  autant  de  bien  et  d'heureux  qu'ils  ont  autre- 
fois fait  de  malheureux.  Et  c'est  vous  qui  serez  chargée  de 
les  distribuer;  quelle  belle  et  noble  lâche! » 
Voyant  alors  faiblir  la  résistance  de  notre  jeune  bergère. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  113 

la  Dame  blanche  continua  en  ces  termes:  cCependant^  ma 
fille,  je  ne  voudrais,  dans  aucun  cas,  vous  tromper,  car  si  la 
récompense  est  magnifique,  l'épreuve  semble,  en  elle*méme, 
au  premier  abord,  assez  difficile.  C'est  à  Salan  que  revient, 
par  la  volonté  divine,  la  mission  de  veiller  sur  les  trésors 
enfouis  dans  le  sein  de  la  terre,  et  il  s'en  acquitte  à  merveille. 
Donc,  dans  le  cas  présent,  sur  chacun  des  coffres  renrermés 
dans  le  caveau  qui  se  trouve  sous  nos  pieds,  il  y  a  un  suppôt 
de  Tenfer  qui  est  chargé  de  le  garder*  Ces  démons  doivent 
veiller  nuit  et  jour  sur  le  dépôt  qui  leur  est  confié  et  dont  ils 
ont  à  rendre  un  compte  rigoureux.  C'est  un  poste  de  faveur 
qui  est  vivement  sollicité,  car  pendant  leurs  fonctions  leurs 
souffrances  sont  suspendues.  Ils  affectent  des  formes  plus  ou 
moins  étranges  et  tiennent  entre  leurs  griffes  les  clefs  de  ces 
coffres.  Pour  en  devenir  propriétaire,  il  ne  s'agit  que  de 
s'en  emparer. 

fCes  monstres,  quelque  redoutables  qu'ils  puissent  paraître, 
ne  présentent  en  réalité  aucun  danger  pour  vous,  au  con- 
traine  votre  contact  au  moment  décisif  leur  serait  plus  dou- 
loureux que  celui  d'un  fer  rougi  au  feu  sur  une  créature 
humaine.  Ils  ne  pourront  alors  qu'employer  toutes  leurs 
ruses  et  tous  leurs  artifices  —  et  Dieu  seul  sait  tout  ce  que 
les  suppôts  de  Satan  peuvent  en  avoir  —  pour  vous  épou- 
vanter. Mais  dès  que  vous  avancerez  la  main,  ils  reculeront 
et  aussitôt  que  vous  aurez  saisi  une  clef,  le  gardien  infernal 
disparaîtra  en  vous  laissant  en  possession  des  trésors  qu'il 
avait  pour  mission  de  surveiller. 

€  Du  reste,  vous  ne  serez  pas  seule  à  ce  moment  difficile, 
je  serai  là  pour  vous  guider  et  vous  soutenir,  et  si  j'en  crois 
mes  pressentiments,  nous  serons,  avec  l'aide  du  Seigneur, 
vainqueurs  de  Lucifer  et  de  toutes  ses  légions.  Les  portes  du 
ciel  me  seront  alors  ouvertes  et  je  pourrai  quitter  le  purga- 
toire pour  aller  rejoindre  les  miens,  après  lesquels  je  soupire 
depuis  si  longtemps. 


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114  REVUE  D' ALSACE 

c  Je  suis  donc  à  peu  près  certaine  que  vous  me  viendrez  en 
aide  dans  ma  détresse  et  que  vous  accepterez  mes  proposi- 
tions, seulement  il  faut  que  je  sois  fixée  sous  peu.  Je  viendrai 
dans  deux  jours,  c'est-à-dire  dimanche  soir,  chercher  une 
réponse.  Nous  nous  rencontrerons  ici  à  la  même  heure. 
Souvenez-vous  qu'après  Dieu,  c'est  en  vous  seule  que  je  mets 
mon  espoir  et  tout  me  dit  qu'il  ne  sera  pas  trompé.  > 

La  peur,  d'abord  effroyable  de  Geneviève,  avait  diminué 
peu  à  peu  et  elle  s'était  ensuite  graduellement  transformée 
en  une  tendre  pitié  pour  une  si  grande  infortune. 

Elle  put  donc  répondre  à  son  interlocutrice  que  pour  elle, 
avec  l'aide  de  Dieu,  elle  était  bien  décidée  à  lui  venir  en 
aide,  mais  qu'avant  de  prendre  une  décision  quelconque, 
elle  devait  préalablement  consulter  sa  mère  et  le  directeur 
de  sa  conscience,  sans  lesquels  elle  ne  pouvait  s'engager  à 
rien.  Néanmoins  elle  promit  de  venir,  dans  toutes  les  condi- 
tions possibles,  donner  une  réponse  à  l'heure  et  au  lieu  dits. 
Sur  cette  assurance,  la  Dame  blanche  disparut,  comme  elle 
était  venue,  sans  laisser  aucune  trace. 

Geneviève,  après  s'être  recueillie  un  instant  et  avoir  ré- 
fléchi sur  les  événements  si  étranges  qui  venaient  de  se 
passer,  se  mit  en  devoir  de  rentrer  dans  le  monde  des 
vivants  en  rejoignant  son  troupeau,  que  son  chien  était  par- 
venu à  rassembler  au  pied  de  la  butte  du  château.  A  la  vue 
de  sa  maîtresse,  il  poussa  un  hurlement  prolongé  et  il  hésita 
pendant  quelques  instants  à  se  rapprocher  d'elle.  La  soirée 
était  déjà  bien  avancée  lorsqu'elle  rentra  au  logis  et  là  elle 
eut  encore  à  essuyer  les  observations  de  sa  mère  sur  sa 
venue  si  tardive;  mais  sans  rien  lui  répondre,  de  peur  de 
trahir  son  secret,  elle  gagna  son  lit,  où  elle  passa  la  nuit  sans 
dormir. 

Le  lendemain,  dès  le  matin,  elle  alla,  après  avoir  entendu 
la  messe,  trouver  son  confesseur,  auquel  elle  raconta  de  point 
en  point  toute  son  étrange  aventure. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  115 

Celui-ci  ût  d'abord  la  sourde  oreille  et  traita  sa  pénitente 
de  visionnaire  et  de  lunatique.  Mais  devant  les  affirmations 
réitérées  de  la  jeune  fille  et  surtout  à  l'audition  du  récit  des 
incidents  de  son  entretien  avec  la  Dame  blanche,  où  il  ren- 
contrait des  faits  légendaires  qui  ne  pouvaient  avoir  été 
connus  de  Geneviève,  il  se  laissa  enfin  convaincre.  Du  reste, 
faisant  appel  à  ses  souvenirs,  il  reconnut  que  ce  qui  lui  était 
raconté  était  bien  conforme  à  la  tradition  antique  du  pays» 
sans  être  contraire  aux  croyances  de  l'Église  catholique. 
C'est  pourquoi  il  demanda  à  réfléchir  et  il  dit  à  la  jeune  fille 
de  venir  le  lendemain  avec  sa  mère,  à  la  même  heure,  et 
qu'alors  il  leur  donnerait  une  réponse. 

Nos  deux  femmes  furent  fidèles  au  rendez-vous  donné.  La 
mère,  sollicitée  par  l'appât  d'une  grande  fortune,  était  toule 
gagnée  à  l'avance.  Quant  au  pasteur,  il  était  rayonnant.  Il 
avait,  en  effet,  réfléchi  et  longuement  sur  les  événements 
bizarres  qui  lui  avaient  été  racontés.  Non  seulement  la  possi- 
bilité des  faits  énoncés  par  la  jeune  fille  lui  paraissait  pro- 
bable, mais  bien  encore  il  les  considérait  comme  possibles 
et  même  certains.  Du  reste,  que  risquait-il  à  laisser  tenter 
l'aventure?  Rien. 

En  cas  d'insuccès,  comme  le  plus  grand  secret  serait  gardé 
à  cet  égard,  personne  ne  pourrait  se  moquer  de  sa  crédulité, 
et  cela  seul  était  à  craindre  ;  mais  aussi  si  le  succès  couron- 
nait l'œuvre,  outre  les  avantages  pécuniaires  qu'il  y  voyait 
et  qui,  certes  n'étaient  pas  à  dédaigner,  quelle  plus  belle 
réponse  pouvait-on  faire  aux  incrédules  et  aux  esprits  forts 
qui  sous  le  nom  de  philosophes  faisaient  alors  tant  de  mal  à 
la  religion?  Quelle  belle  victoire  à  remporter  sur  les  impies 
et  les  athées  que  de  pouvoir  leur  dire  comme  le  Christ  à 
saint  Thomas  :  «Venez,  voyez  et  vous  croirez  ensuite.  > 
Serait-il  possible  après  coup  de  nier,  comme  on  le  faisait 
alors,  rimmortalité  de  l'âme,  l'existence  du  paradis,  du  pur- 
gatoire et  de  l'enfer,  lorsque  par  le  moyen  du  premier  on 


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116  REVUE  D'ALSACE 

aurait  vaincu  les  deux  autres.  Une  personne  morte  depuis 
plu  s  de  mille  ans  allait  apparaître  pour  rendre  un  témoignage 
éclatant  à  la  vérité  et  aux  dogmes  de  TÉglise  catholique.  Elle 
allait  prendre  par  la  main  une  mortelle  pour  la  conduire  à 
la  lutte  et  à  la  victoire  contre  Satan  et  ses  suppôts.  Pourrait- 
on  nier  Texistence  de  ce  dernier  et  son  rôle  dans  le  monde? 
C'était  Dieu  même  qui  allait  combattre  ici  pour  sa  cause,  en 
confondant  les  incrédules,  et  c'était  lui,  humble  ministre  de 
ses  autels,  qu'il  avait  choisi  pour  manifester  sa  puissance,  car 
si  dans  cette  entreprise  la  richesse  devait  être  le  lot  de  la 
jeune  fille,  il  était  bien  entendu  que  tout  l'honneur  de  la  vic- 
toire serait  pour  lui. 

Dans  ces  conditions,  il  était  facile  de  s'entendre;  il  fut 
donc  décidé  à  l'unanimité  que  l'entreprise  aurait  lieu  et  que 
l'on  prendrait  toutes  les  précautions  possibles  pour  la  faire 
réussir.  Le  plus  grand  secret  devait  être  gardé  de  part  et 
d'autre,  et  une  réponse  affirmative  donnée  le  soir  même 
par  la  jeune  fille  à  la  Dame  blanche,  ce  qui  eut  lieu,  en 
effet. 

Enfin  le  grand  jour  est  arrivé  !  Dès  le  matin,  Geneviève  se 
prépara  à  son  aventureuse  entreprise  en  allant  dévotement 
entendre  la  sainte  messe  et  y  communier.  Son  directeur  lut 
remit  alors  un  chapelet  et  un  scapulaire  bénits  à  Notre- 
Dame-des-Ermites,  en  Suisse,  où  ils  avaient  touché  l'image 
vénérée  de  la  Vierge.  Munie  de  ces  objets  sacrés,  elle  pouvait 
défier  Satan  et  toutes  ses  légions.  Toute  la  journée  fut  passée 
par  elle  en  prière  et  en  exercices  de  piété  et  sur  le  soir  elle 
vint  prendre  les  dernières  instructions  de  son  pasteur,  qui 
l'encouragea  de  son  mieux.  Il  lui  recommanda  de  se  confier 
à  la  garde  du  Seigneur  et  de  se  mettre  sous  la  protection  de 
la  sainte  Vierge  et  de  saint  Laurent,  martyr  et  patron  de  la 
paroisse.  De  son  côté,  ajouta-t-il,  il  allait  se  rendre  à  l'église 
et  y  brûler  un  cierge  devant  chacun  de  ces  puissants  pro- 
tecteurs et  il  lui  promit  d'adresser,  pendant  toute  la  nuit. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  117 

d'ardentes  prières  à  rÉternel  pour  la  réussite  de  sa  grande 
entreprise. 

Pleine  de  cette  foi  qui,  dit-on,  peut  transporter  les  roon- 
tagnes»  la  jeune  fille,  forte  et  courageuse,  quitta  la  maison 
paternelle,  vers  les  dix  heures  du  soir,  et  se  dirigea  rapide- 
ment vers  les  ruines  de  l'antique  manoir. 

La  nuit  était  sombre  et  le  vent  du  sud-ouest  soufflait  avec 
fureur.  La  lune,  à  son  déclin,  était  noyée  dans  de  nombreux 
nuages  gris  cendré;  elle  ne  projetait  plus  qu'une  lumière 
vague  et  incertaine  qui  donnait  aux  choses  les  plus  ordi- 
naires un  aspect  fantastique.  La  nature  tout  entière  semblait 
être  en  deuil,  et  tout  était  d'accord  pour  porter  dans  l'âme 
une  certaine  tristesse.  Dans  le  lointain,  on  n'entendait  plus 
que  les  aboiements  virulents  et  répétés  des  chiens  de  ferme 
et  les  houhoulements  bruyants  et  prolongés  des  hiboux, 
chats-huants  et  autres  oiseaux  nocturnes. 

Néanmoins  et  malgré  tous  ces  présages  de  mauvais  augure, 
auxquels  elle  n'accordait,  du  reste,  aucune  attention,  Gene- 
viève continuait  sa  marche  et  avançait  rapidement  vers  son 
but.  Absorbée  en  elle-même^  et  pleine  de  la  grandeur  de  la 
mission  qu'elle  allait  accomplir,  elle  semblait  ne  plus  appar- 
tenir à  ce  bas  monde.  Cependant,  arrivée  à  l'entrée  du 
sentier  qui  conduit  aux  ruines,  elle  fut  obligée  de  ralentir 
sa  marche.  Elle  entendit  alors,  dans  les  buissons  voisins, 
un  certain  bruit  qui  l'inquiéta,  mais  elle  en  comprit  bien 
vite  la  cause,  en  voyant  arriver  son  chien,  qui  avait  rompu 
son  attache  pour  venir  la  rejoindre. 

Arrivée  sur  le  plateau  où  les  grands  pans  de  mur  à  demi 
écroulés  paraissaient  lui  tendre  les  bras,  notre  jeune  ber- 
gère eut  un  moment  d'hésitation,  bien  permis  en  pareille 
circonstance.  Cependant  elle  se  remit  bien  vite  de  son  émo- 
tion et,  décidée  à  aller  jusqu'au  bout,  elle  pénétra  hardiment 
dans  l'enceinte  du  château.  Son  chien,  qui  jusque-là  l'avait 
suivie  pas  à  paS|  s'arrêta  brusquement,  dès  qu'il  la  vit  dispa- 


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118  BEVUE  d' ALSACE 

raitre  dans  rornbre,  et  se  mit  à  pousser  un  hurlement  pro- 
longé. 

A  peine  avait-il  cessé  qu'une  pierre  arrachée  du  sommet 
de  la  grande  tour  vint  rouler  aux  pieds  de  Geneviève  et  en 
même  temps  elle  entendit,  avec  effroi,  un  bruit  sinistCe 
planer  au-dessus  de  sa  tête;  c'était  un  hibou  qui,  effrayé  par 
le  cri  du  chien,  venait  de  quitter,  un  peu  brusquement,  le 
lieu  qu'il  avait  choisi  pour  y  passer  la  nuit.  Impressionnée 
par  cet  événement,  la  jeune  bergère  s'arrêta  brusquement, 
ne  sachant  si  elle  devait  avancer  ou  reculer. 

C'est  à  ce  moment  qu'elle  s'aperçut  qu'elle  n'était  plus 
seule  :  la  Dame  blanche  venait,  en  effet,  de  faire  son  apparition, 
qui  avait  été  calculée  de  manière  à  couper  la  retraite  à  Gène* 
viève,  au  cas  qu'elle  eût  eu  l'intention  de  s'enfuir.  Effrayée 
par  cette  manœuvre,  et  voulant  éviter  autant  que  possible 
le  contact  de  ce  fantôme  d'une  blancheur  éblouissante, 
elle  recula  instinctivement  jusqu'à  ce  qu'elle  rencontra  un 
pan  de  mur  auquel  elle  s'appuya. 

A  cette  vue,  la  Dame  blanche  tressaillit,  elle  crut  qu'elle 
allait  échouer  au  port;  mais  comprenant  qu'il  n'y  avait  pas 
un  seul  instant  à  perdre,  elle  prit  sa  voix  la  plus  caressante 
et  lui  dit:  «Rassurez-vous,  mon  enfant,  le  moment  pro- 
pice est  venu.  Ne  craignez  rien,  Dieu  est  avec  nous  et  il 
combat  pour  nous,  la  victoire  nous  appartient.  Votre  pré- 
sence ici  m'est  un  sûr  garant  de  votre  courage.  Dans  une 
heure,  vous  serez  la  plus  riche  héritière  de  la  contrée.  A 
l'œuvre  donc  !  Suivez-moi,  et  allons  ensemble  combattre  le 
bon  combat  pour  Dieu  contre  Satan  et  sa  troupe  infernale. 
En  avant  donc  et  chargeons  contre  l'enfer  !  > 

A  ce  moment  même,  on  entendit  dans  le  lointain  une 
vibration  métallique  :  c'était  la  vieille  horloge  de  Cham- 
pagney  qui  commençait  à  sonner  lentement  onze  heures 
du  soir. 

Chaque  coup  de  marteau  retentissait  douloureusement  au 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  119 

food  du  cœur  de  Geneviève  qui,  au  dernier  moment,  se 
repentait  amèrement  de  s'être  engagée  dans  cette  sombre  et 
périlleuse  aventure.  A  peine  le  bruit  avait^il  cessé  que  l'on 
entendit  au  loin  le  cri  d'un  hibou  effrayé,  auquel  il  fut 
répondu  par  un  hurlement  du  chien  de  la  bergère. 

Mais  au  même  moment,  la  Dame  blanche  lui  ût  com- 
prendre d'un  geste  que  le  moment  était  venu  et  qu'il  fallait 
partir  et,  en  même  temps,  elle  s'avança  vers  un  pan  de  mur 
debout  à  quelque  distance  devant  elle.  La  jeune  fille,  obéis- 
sant à  l'étrange  fascination  qui  était  exercée  sur  elle,  se  mit 
à  marcher  automatiquement  sur  les  pas  de  son  étrange 
compagne.  Arrivée  en  face  d'un  mur  qui  semblait  vouloir  lui 
barrer  le  passage^  celle-ci  y  appuya  la  main  et  l'on  entendit 
aussitôt  un  bruit  métallique,  provenant  d'un  ressort  qu'elle 
avait  fait  jouer,  et  une  certaine  portion  de  la  muraille  s'étant 
déplacée,  on  aperçut  une  ouverture  étroite,  il  est  vrai,  mais 
su£Ssante  pour  donner  passage  à  une  seule  personne. 

L'ex-châtelaine,  qui  était  familière  avec  celte  entrée, 
commença  à  descendre  les  premières  marches  d'un  escalier 
tournant.  Elle  s'arrêta  au  bout  de  quelques  secondes,  et 
tira  d'une  petite  cavité  une  lanterne  qu'elle  alluma  rapide- 
ment. Geneviève  put  alors  se  guider,  elle  en  profita  pour 
venir,  à  pas  lents,  rejoindre  son  guide.  Elle  fut  cependant 
forcée  de  s'arrêter,  car  un  air  méphytique  venait  de  la 
saisir  à  la  gorge  et,  de  plus,  les  marches  de  pierres  de 
l'escalier  étaient  rendues  très  glissantes  par  l'humidité. 

Encouragée  par  sa  compagne,  sur  laquelle  ces  inconvé- 
nients n'avaient  aucune  prise,  la  jeune  fille  se  mit  à 
descendre,  mais  lentement,  les  degrés;  souvent,  pour  ne 
pas  rouler  jusqu'au  bas,  elle  était  forcée  de  s'appuyer  au 
mur.  Du  reste,  elle  avait  le  front  comme  serré  dans  un  étau 
et  ses  tempes  battaient  vivement,  le  cœur  lui  défaillait,  de 
telle  sorte  qu'elle  croyait  à  chaque  instant  s'évanouir. 

On  finit  cependant  par  descendre  de  cette  manière  une 


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120  REYUE  D'ilLSACE 

centaine  de  marches  et  Ton  arriva  à  une  première  porte  qui 
fermait  complètement  ]e  passage;  mais  elle  fut  bientôt 
ouverte  au  moyen  d'un  trousseau  de  clefs  que  portait  à  la 
main,  la  Dame  blanche. 

Derrière  cette  porte  se  trouvait  un  autre  escalier  plus 
étroit  et  plus  rapide  encore,  peut-être,  mais  toujours  taillé 
en  spirales  dans  le  roc.  Plus  on  s'enfonçait  dans  l'in- 
térieur de  la  terre,  moins  l'air  était  respirable  pour  la 
jeune  fille,  que  l'on  eût  prise  pour  une  blanche  statue  de 
cire.  Sentant  ses  jambes  se  dérober  sous  elle,  elle  voulait 
s'arrêter  pour  se  reposer  un  instant;  mais  son  guide,  qui  la 
devançait  toujours,  lui  jeta  des  regards  si  suppliants  qu'elle 
se  remit  en  marche  et  la  descente  continua. 

Après  avoir  franchi  encore  une  centaine  de  degrés,  on 
arriva  à  une  deuxième  porte  garnie  de  lames  de  bronze  et 
munie  d'un  système  de  serrures  assez  compliqué,  ce  qui 
prit  un  certain  temps  pour  l'ouvrir.  C'est  à  grande  peine 
qu'elle  se  décida  à  rouler  sur  ses  gonds  rouilles. 

Une  ouverture  béante  se  montra  derrière  cette  porte 
donnant  accès  a  un  troisième  escalier  tellement  étroit 
qu'une  personne  seule  avait  quelque  peine  à  y  passer.  On 
ne  put,  du  reste,  s'y  engager  immédiatement,  car  l'air  qui 
s'en  échappait  faillit  éteindre  la  lampe  qui  éclairait  la  marche. 
Aussi,  malgré  son  impatience,  Tex-châtelaine  crut  prudent, 
pour  ne  pas  compromettre  le  succès  de  son  entreprise,  de 
donner  quelque  répit  à  sa  compagne. 

Dès  que  ce  fut  possible,  on  continua  à  s'enfoncer  dans 
l'intérieur  du  rocher  ;  mais  on  voyait  les  forces  de  la  jeune 
fille  décroître  à  vue  d'œil,  et  il  était  évident  que  si  l'on 
n'arrivait  pas  bientôt  au  caveau,  le  succès  de  l'entreprise, 
était  bien  hasardé.  C'est  ce  que  comprit  parfaitement  la 
Dame  blanche,  car  elle  descendit  rapidement  un  certain 
nombre  de  degrés  et  annonça  à  sa  compagne  qu'elle  aperce- 
vait la  dernière  porte. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  121 

Il  en  élail  temps,  car  au  même  instant  sa  lanterne 
s'éteignait  par  suite  de  la  raréfaction  de  Tair,  et  Geneviève, 
à  demi-aspbyxiée,  roulait  sur  les  marches  glissantes  de 
l'escalier.  Surprise,  mais  non  déconcertée,  par  ces  deux  acci- 
dents, l'ex-châtelaine,  comprenant  que  le  salut  était  dans  le 
caveau,  se  précipita  sur  la  porte  pour  Touvrir. 

Saisissant  vivement  son  trousseau  de  clefs,  elle  chercha,  à 
tâtons,  celle  qui  lui  parut  le  mieux  convenir  à  la  serrure. 
Après  plusieurs  essais  inutiles,  elle  finit  par  en  trouver  une 
qui  parut  s'y  adapter.  Elle  s'efforça,  mais  en  vain^  de  faire 
jouer  le  pêne,  celui-ci  résistait.  Supposant  qu'il  était 
rouillé,  elle  voulut  donner  une  impulsion  plus  vive.  Dans 
ce  mouvement  mal  calculé,  elle  brisa  l'anneau  qui  retenait 
ses  clefs  et  celles-ci  s'éparpillèrent  en  tombant  sur  les  der- 
nières marches  de  l'escalier. 

Épuisée,  haletante,  elle  fut  un  instant  déconcertée  par  cet 
accident.  Mais  bientôt,  reprenant  courage,  elle  essaya  une 
seconde  fois,  en  pure  perle,  d'ouvrir  la  porte  avec  la 
clef  qu'elle  avait  adaptée  à  la  serrure;  elle  la  retira  alors  et 
constata  avec  douleur  qu'elle  s'était  trompée  dans  l'obscurité. 
Elle  se  mit  alors  à  la  recherche  des  clefs  éparpillées  et  elle 
finit  par  en  réunir  un  certain  nombre.  En  les  comptant, 
elle  vit  qu'il  ne  lui  en  manquait  qu'une;  après  les  avoir 
essayées  successivement,  elle  reconnut  que  celle-là  valait 
mieux  que  toutes  les  autres,  car  c'était  la  clef  du  caveau. 

Elle  recommença  ses  recherches  ;  mais  ce  fut  en  vain,  elle 
ne  trouva  rien.  Folle  de  douleur,  elle  s'élança  contre  cette 
porte  qui  formait  le  dernier  obstacle  à  sa  délivrance,  et 
essaya  de  l'ébranler.  Vains  efforts!  Elle  ne  fit  que  s'y 
meurtrir  les  mains.  Au  même  moment,  il  lui  sembla 
entendre  des  ricanements  partir  de  l'intérieur  du  caveau. 

Désespérée  par  ce  contretemps ,  elle  fut  près  de  s'avouer 
vaincue  ;  alors  elle  se  jeta,  plutôt  qu'elle  ne  s'assit,  sur 
l'escalier  et  laissa  ses  bras  tomber  h  ses  côtés.  Tout  à  coup 


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122  REVUE  D' ALSACE 

elle  sentit  un  contact  plus  froid  que  celui  de  la  pierre  et  elle 
voulut  se  rendre  compte  de  ce  que  ce  pouvait  être.  0  bon- 
heur! c'était  la  clef  qu'elle  avait  tant  et  si  vainement  cherchée. 

Elle  se  releva  vivement  et  se  hâta  d'essayer  d'ouvrir  la 
porte  qui,  cette  fois,  céda  sous  ses  efforts,  et  bientôt  l'escalier, 
si  obscur  avant  coup,  fut  inondé  d'air  et  de  lumière. 

Remontant  alors  jusqu'au  point  où  Geneviève  gisait  inani- 
mée, elle  la  saisit  dans  ses  bras  et  l'emporta  en  courant 
jusque  dans  le  caveau.  Là  elle  la  déposa  sur  un  banc,  où  l'air 
et  ses  soins  la  firent  promptement  revenir  à  elle. 

Dès  que  la  jeune  fille  put  ouvrir  les  yeux,  un  étrange  spec- 
tacle vint  s'offrir  à  sa  vue.  Contre  une  des  faces  de  ce  réduit 
étaient  rangés  trois  grands  coffres  de  chêne  sculptés  et 
scellés  en  partie  dans  le  mur.  Sur  chacun  d'eux  se  trouvait, 
comme  l'avait  annoncé  la  Dame  blanche,  un  étrange  animal 
dont  les  lueurs  phosphorescentes  jetaient  un  jour  lugubre 
dans  ce  lieu.  Tous  les  trois  avaient  quelque  chose  de  la 
forme  d'un  serpent  ailé,  d'une  taille  monstrueuse.  On  n'aper- 
cevait d'eux  que  leurs  têtes  menaçantes  et  leurs  pattes  puis- 
santes armées  de  griffes  effilées.  Tout  le  reste  de  leurs  corps 
était  enroulé  en  larges  spirales  et  comme  replié  sur  lui-même. 
Leurs  immenses  queues,  lorsqu'ils  les  balançaient  ou  les 
projetaient  en  avant  au-dessus  de  leurs  têtes,  semblaient 
lancer  un  dard  enflammé. 

Cependant  et  malgré  cette  ressemblance  générale  dans 
leurs  formes,  chacun  de  ces  monstres  avait  sa  physionomie 
particulière.  Ils  différaient  surtout  par  la  forme  de  la  tête. 

Celle  du  premier  présentait  une  certaine  analogie  avec 
celle  d'un  énorme  serpent,  mais  elle  était  surmontée  par 
une  puissante  crête,  d*un  rouge  cramoisi,  d'où  semblaient 
sortir  des  rayons  lumineux.  Ses  yeux,  d'un  ton  verdâtre, 
paraissaient  lancer  des  éclairs  et  ses  griffes  puissantes  étaient 
de  force  et  de  taille  à  étrangler  l'imprudent  qui  aurait  été 
assez  osé  pour  venir  se  mettre  à  leur  portée. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  123 

La  figure  du  deuxième  avait  plus  de  rapport  avec  celle 
d'un  chat  monstreux  ou  plutôt  d'un  jeune  tigre.  Ses  mouve- 
ments étaient  brusques  et  saccadés.  Ses  yeux  rouges  bril- 
laient d'un  éclat  infernal  et  une  sorte  de  rictus  continuel 
contractait  ses  lèvres  puissantes  qui  laissaient  à  découvert 
deux  rangées  de  dents  affamées.  Son  œil  féroce  semblait 
toujours  chercher  quelque  part  une  proie  à  dévorer. 

Enfin  celle  du  troisième  ressemblait,  par  certains  points, 
à  celle  d'un  lion,  dont  ce  monstre  avait  la  crinière  et  les 
longues  moustaches,  sur  lesquelles  il  passait,  de  temps  à 
autre,  une  de  ses  énormes  griffes,  d'un  air  de  satisfaction.  A 
chaque  contact,  il  paraissait  en  sortir  des  flammes  bleuâtres. 
Ce  dernier  se  trouvait  dans  l'angle  le  plus  éloigné  de  la  porte. 
C'était  le  gardien  de  l'or  et  des  bijoux. 

A  chaque  mouvement  un  peu  brusque  de  ces  monstrueux 
animaux,  une  pluie  d'étincelles  phosphorescentes  en  sortaient 
et  se  répandaient  au  loin.  En  même  temps  une  odeur  nau- 
séabonde, qu'on  ne  pouvait  trop  définir,  s'exhalait  dans  le 
caveau  et  montait  au  cerveau,  qu'il  étreignait  avec  force. 
Repliés  sur  eux-mêmes,  ces  monstres  semblaient  parfaite- 
ment sûrs  d'eux-mêmes  et  paraissaient  se  rire  des  attaques 
prochaines  dont  ils  allaient  être  l'objet.  En  agitant  leurs 
queues  énormes  et  en  secouant  vivement  les  ailerons  qu'ils 
portaient  de  chaque  côté  de  leurs  corps,  ils  disparaissaient 
entièrement  au  milieu  des  milliers  d'étincelles  qu'ils  faisaient 
jaillir. 

Entre  leurs  griffes  énormes,  on  apercevait  les  clefs  des 
coffres  qu'ils  gardaient.  Elles  paraissaient  aussi  rouges  que 
si  elles  avaient  été  chauffées  à  un  violent  feu  de  forge.  Cha- 
cun d'eux  portait  ses  pattes  repliées  sous  son  corps  immonde 
et  sa  vaste  gueule,  qui  rendait  un  air  empesté,  se  portait  en 
avant  pour  couvrir  et  protéger  les  trésors  commis  à  leur 
garde. 

Geneviève,  remise  au  physique  et  au  moral  des  rudes 


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124  REVUE  D'ALSACE 

secousses  qu'elle  avait  éprouvées  et  encouragée  par  sa 
compagne,  s'arma  de  courage  et  de  résolution,  et  s'avançant 
résolument  vers  le  dragon  le  plus  rapproché,  elle  avançait 
déjà  la  main  pour  se  saisir  de  la  clef.  Mais,  à  ce  moment,  le 
monstre  Gt  de  tels  efforts  pour  se  défendre,  et  battit  si  vive- 
ment des  ailes  qu'elle  disparut  sous  une  pluie  d'étincelles. 
La  jeune  bergère  prit  peur  alors  et  recula  vivemegt  vers  le 
fond  du  caveau. 

Ramenée  à  la  charge  par  l'ex-châtelaine  et,  sur  son  avis» 
elle  changea  cette  fois  de  tactique.  Saisissant  de  la  main 
gauche  son  scapulaire  et  son  chapelet  bénits,  elle  les  pré- 
senta au  monstre,  qui  recula  épouvanté,  en  abandonnant  la 
clef  confiée  à  sa  garde  depuis  si  longtemps  et  dont  la  jeune 
fille  s'empara  à  l'instant  même.  Il  disparait  subitement,  mais 
en  laissant  derrière  lui  une  forte  odeur  de  soufre. 

—  Et  d'un  !  dit  la  Dame  blanche. 

Enhardie  par  ce  premier  succès,  la  jeune  bergère  se  dirige, 
sans  hésitation,  vers  le  deuxième  coffre  gardé  par  le  dragon 
à  face  de  tigre.  Celui-ci,  effrayé  par  la  défaite  et  la  fuite  de 
son  voisin,  parait  disposé  à  prendre  le  même  chemin.  A  la 
vue  des  objets  bénits,  il  recule  et  fait  tous  ses  efforts  pour 
éviter  leur  contact  odieux.  11  se  couvre  alors  d'une  telle 
quantité  d'étincelles  multicolores  que  son  adversaire  en  est 
un  instant  déconcerté.  Geneviève  revient  pourtant  vivement 
à  la  charge  et  pousse  le  monstre  dans  ses  derniers  retranche- 
ments. Celui-ci  cherche  à  se  lever  pour  mettre  la  clef  con- 
voitée hors  d'atteinte;  mais  dans  ce  mouvement  désordonné, 
il  se  frappe  si  rudement  la  tête  contre  le  sommet  de  la  voûte 
du  caveau  qu'il  la  laisse  échapper.  Elle  est  aussitôt  saisie 
par  la  jeune  fille  et  le  suppôt  de  Satan  disparait  à  son  tour, 
mais  en  exhalant  une  odeur  tellement  insupportable  que, 
pour  ne  pas  être  asphyxiée,  elle  fut  forcée  de  reculer  de 
quelques  pas. 

—  Et  de  deux  I  dit  la  Dame  blanche. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  125 

Excitée  et  soutenue  par  cette  dernière,  Geneviève,  ûère  de 
ses  deux  premières  victoires,  se  porte  courageusement  en 
avant,  bien  décidée  à  en  finir  au  plus  vite.  Sa  main  gauche, 
toujours  armée  des  objets  sacrés,  est  projetée  en  avant^  elle 
s'approche  du  dragon  à  figure  de  lion,  qu'elle  va  bientôt 
toucher.  A  cette  brusque  et  franche  attaque,  celui*ci  com- 
prend que  tout  est  perdu  et  il  recule  brusquement  jusqu'à 
l'antre  extrémité  de  son  coffre  en  laissant  à  découvert  la  clef 
du  trésor.  Déjà  la  jeune  fille  victorieuse  avançait  la  main 
pour  la  saisir,  lorsque  tout  à  coup  un  rire  satanique  se  fit 
entendre  et  une  voix  infernale  s'écrie  :  c  Arrête,  jeune  témé- 
raire !  tu  as  voulu,  mais  en  vain,  lutter  avec  Satan,  tu  es 
vaincue  !  Tu  arrives  trop  tard  maintenant,  le  temps  d'épreuve 
est  passé  !  La  douzième  heure  est  sonnée  ! 

A  ces  mots,  qui  retentissent  bruyamment  sous  la  voûte, 
Geneviève  s'arrête  glacée  d'épouvante  et  de  terreur.  En 
même  temps  elle  entend  un  cri  déchirant  poussé  par  la 
Dame  blanche,  qui  disparait  en  s'écriant  :  c  Me  voici  encore 
condamnée  pour  cent  et  un  ans  !  >; 

La  jeune  fille,  brisée  par  tant  d'émotions  diverses,  chan- 
celle alors,  tombe  lourdement  sur  le  sol  et  s'évanouit 

Le  lendemain,  dès  l'aube  du  jour,  sa  mère  qui,  toute  la 
nuit,  avait  attendu  son  retour  avec  la  plus  vive  impatience, 
ne  la  voyant  pas  revenir,  alla  frapper  à  la  porte  de  son 
pasteur,  qui,  de  son  côté,  était  plongé  dans  une  mortelle 
inquiétude.  Ils  se  demandèrent  l'un  l'autre  des  nouvelles  de 
l'aventureuse  expédition  de  la  nuit  et  ils  durent  s'avouer 
qu'elle  avait  été  malheureuse,  puisque  Geneviève  n'avait  pas 
reparu.  Pour  en  avoir  des  nouvelles,  ils  durent  se  diriger  vers 
les  ruines  du  vieux  château. 

La  ils  trouvèrent  la  jeune  fille  évanouie  ou  plutôt  plongée 
dans  un  sommeil  cataleptique,  à  l'endroit  même  où,  pour  la 
première  fois,  elle  avait  aperçu  la  Dame  blanche.  Son  chien 
fidèle  était  couché  à  ses  pieds.  A  leur  vue,  il  se  leva  et,  tout 


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126  REVUE  d'alsace 

en  témoignaat  quelque  contentement  de  leur  venue,  il  les 
salua  par  des  cris  lugubres. 

Leurs  soins  empressés  parvinrent  bientôt  à  ramener  la 
jeune  bergère  à  la  vie.  Elle  parut  alors  s'éveiller  d'un  long  et 
pénible  sommeil.  Ayant  rassemblé  ses  esprits ,  elle  leur 
raconta,  séance  tenante,  les  faits  tels  qu'ils  s'étaient  déroulés 
dans  cette  nuit  fatale  et  la  part  qu'elle  y  avait  prise.  A  l'appui 
de  sa  narration,  elle  leur  montra  les  deux  clefs  qu'elle  avait 
eu  tant  de  peine  à  conquérir  et  qu'elle  tenait  encore  dans  sa 
main  crispée 


Un  an  et  un  jour  après  les  événements  que  nous  venons 
de  raconter,  c'est-à-dire  le  22  mai  1786,  les  cloches  de 
Cbampagney  éveillèrent  de  bonne  heure  les  bourgeois  et 
manants  de  ce  bourg,  en  sonnant  un  glas  funèbre.  C'était 
Geneviève  qui  venait  de  quitter  cette  vallée  de  larmes  pour 
entrer  dans  un  monde  meilleur. 

Depuis  la  nuit  terrible  qu'elle  avait  passée  au  milieu  des 
ruines  du  château  de  Passavant,  en  compagnie  de  la  Dame 
blanche,  la  santé  de  la  jeune  fille  avait  été  en  s'altérant  de 
jour  en  jour.  Dès  ce  moment,  le  sourire  avait  complètement 
disparu  de  ses  lèvres  et  jamais  on  ne  l'avait  vue  retourner 
près  de  la  butte  maudite.  A  l'été,  avait  succédé  l'hiver  et 
alors  on  vit  journellement  diminuer  ses  forces.  Bientôt  elle 
fut  obligée  de  s'aliter  et  on  put  remarquer  que  la  vie  se 
retirait  d'elle,  sans  secousse  ni  douleur,  exactement  comme 
une  lampe  qui  s'éteint  faute  d'huile. 

Mais  on  était  encore  bien  loin  de  prévoir  une  fin  pro- 
chaine, lorsque  arriva  la  journée  du  21  mai.  Nul  ne  pensait 
que  Geneviève  savait  exactement  le  jour  où  l'on  était,  ni 
qu'elle  eût  conservé  si  fixement  l'idée  de  son  aventureuse 
entreprise  à  Passavant  ;  aussi  sa  mère  fut  bien  étonnée  lors- 
qu'elle lui  dit  :  €  C'est  aujourd'hui  l'an  et  jour  !  >  Peu  après. 


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LA  DAME  BLANCHE  DE  PASSAVANT  127 

elle  parut  s'endormir  et  Ton  était  ea  droit  de  s'attendre  que 
tout  se  passerait  comme  de  coutume.  Mais,  vers  onze  heures 
du  soir,  son  sommeil  fut  agité  et  elle  s'éveilla  en  sursaut  en 
portant  ses  bras  en  avant  comme  pour  repousser  une  appari- 
tion. Bientôt  ses  yeux  brillèrent  d'un  éclat  fébrile  et  elle 
s'écria,  en  donnant  des  marques  de  la  plus  vive  terreur  : 
c  Je  la  vois  !  je  la  vois  !  Elle  vient  me  chercher,  pour  me 
conduire  au  château,  la  Dame  blanche;  je  ne  veux  plus  y 
aller,  défendez-moi  !  au  secours  !  au  secours  !  » 

On  parvint  cependant  à  la  calmer  un  peu  et  elle  entra 
même  dans  une  espèce  de  somnolence;  mais  au  premier 
coup  de  minuit,  elle  se  souleva  brusquement  et,  d'un  air 
rayonnant,  elle  s'écria  :  «  J'ai  cette  fois  la  troisième  clef, 
victoire  !  victoire  !  »  Cela  dit,  elle  laissa  retomber  sa  tète  sur 
l'oreiller  :  elle  était  morte. 

X.  POLY. 


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ENUMERATION 

des 

Droits  utiles  que  possédait  sur  la  commune  de  Saint-Dizier 
(Haut-Rhin)  Mademoiselle  Louise -Jeanne  DUREFORT  DE 
DURAS,  Héritière  du  duc  de  MAZARIN. 

(1T41) 


Je  trouve  ce  renseignement  dans  le  procès-verbal  de  re- 
connaissance dressé,  le  3  novembre  1741,  par  le  grand-bailli 
Noblal,  à  la  requête  de  Pallalieu  de  Beauregard»  tuteur  oné- 
raire  de  Mademoiselle  Durefort  de  Duras,  dont  les  excentri- 
cités avaient  sérieusement  compromis  la  fortune  seigneuriale. 
Le  Bailly  et  le  tuteur  procédaient  donc  à  ce  que  nous  appelle- 
rions aujourd'hui  inventaire  de  la  fortune  active  de  ladite 
dame,  afin  de  remédier  aux  désordres  de  son  administration 
et  d'éteindre  les  deltes  contractées,  surtout  envers  les  Bâlois 
dont  Tabbé  Larue  avait  été  le  négociateur. 

Ce  document  n'est  pas  dépourvu  d'intérêt  pour  l'histoire 
de  la  (grande-mairie)  de  la  seigneurie  de  Delle.  C'est  pour- 
quoi je  demande  en  sa  faveur  l'hospitalité  de  la  Bevt^ 
d'Alsace. 

Ce  recensement  ou  nouvelle  constatation  fut  fait  avec  le 
concours  des  principaux  habitants  du  mont  et  du  val  de 
Saint-Dizier,  au  nombre  de  22,  dont  les  noms  sont  inscrits 
dans  le  préambule  du  procès-verbal  de  reconnaissance  ^  Je 

1  Pierre  Michelot,  juré;  Thiébaud  Verne,  Jean- Jacques  Verne,  Ni- 
colas Verne,  Claude  Villaumié,  Jean-Pierre  Verne,  Jean-Claude  Verne, 
Jean  Talion,  Georges  Stolz,  Vaubert  Macabre,  Jean-Pierre  Talion. 
François  Prenez,  Jean  Moinat,  Géant  Talion,  Maurice  Maître,  Joseph 


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DROITS  FÉODAUX  129 

fais  grâce  aa  lecteur  de  ce  préambule,  pour  arriver  directe- 
ment à  l'énumératioa  des  droits  féodaux  reconnus  par  le 
bailli  et  les  principaux  habitants. 

P.  J.  Tallon. 

II  a  été  reconnu  : 

«Que  ledit  lieu  de  Saint-Dizier  est  composé  de  Saint-Dizier 
le  Haut  et  le  val  Saint-Dizier  ne  composant  qu'une  seule  et 
même  communauté  ayant  un  ûnage  commun  jouissant  en- 
semble de  tous  les  émoluments  communaux  sans  aucune 
distinction  des  résidens  au  Haut-Saint-Dizier  ou  au  Val. 

«Qu'à  Saint-Dizier  le  Haut  est  une  Église  paroissiale 
pour  lesdits  lieux  ensemble  pour  le  village  de  Lebetain  et 
(Villars  le  sec)  et  mère  Église  de  la  paroisse  de  Croix,  village 
voisin,  que  M.  l'abbé  de  Mourbach  et  de  Lure  est  patron  et 
collateur  desdites  deux  églises,  où  néanmoins  M^e  de  Duras 
en  sa  qualité  de  dame  de  Délie  a  tous  droits  honorifiques 
immédiatement  après  le  patron,  comme  d'avoir  un  banc  dans 
le  chœur  de  ladite  église^  ou  la  place  la  plus  convenable 
pour  elle  ses  successeurs  seigneurs  de  Delle,  leurs  officiers 
et  gens  de  justice  ;  d'aller  les  premiers  à  l'offrande  et  rece- 
voir le  pain  béni  avant  tous  autres  à  l'exception  du  Patron, 
la  préséence  ez  processions,  et  cérémonies  publiques,  de  tout 
Quoy  le  maire  de  la  seigneurie  jouit  à  l'absence  des  autres 
officiers  et  qu'en  cas  que  le  seigneur  se  trouverait  en  per- 
sonne dans  ladite  église,  le  sieur  curé  est  tenu  de  lui  pré- 
senter le  goupillon  comme  l'encens  ez  jours  de  cérémonie  et 
en  cas  de  mort  dudit  seigneur,  l'on  doit  sonner  pendant 
quarante  jours  dans  ladite  paroisse  et  le  seigneur  a  le  droit 

Fatamariat,  Jacques  Michelat,  Pierre  YUlaumié,  Maurice  Riche,  Claude 
Pemez,  Nicolas  Michelat  le  vieux,  «  tous  bourgeois  et  vassaux  compo* 
«  sant  la  majeure  partie  de  la  communauté  du  Mont  et  du  Val  de  Saint- 
«  Dizier.  ensemble  le  sieur  Claude  Demoignat,  prétre-curé  dudit  lieu.  » 

9 


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130  REVUE  D' ALSACE 

dit  mettre  des  ceintures  funèbres  sur  le  contour  et  au  dehors 
écussonnées  de  ses  armes. 

€  Que  dans  ladite  égljse  sont  les  reliques  de  Saint-Dizier 
qui  attirent  une  infinité  de  péllerins,  surtout  les  personnes 
qui  sont  attaquées  de  folie  et  fureur  qui  très  souvent  y 
trouvent  du  soulagement  et  reviennent  dans  leur  bon  sens 
après  avoir  fait  les  cérémonies  usitées. 

cQue  le  jour  de  la  dédicace  de  l'église  qui  tombe  le 
dimanche  après  Texaltation  de  Sainte-Croix  y  il  se  tient  une 
foire  où  la  seigneurie  a  droit  de  vente  sur  tout  ce  que  l'on 
expose  en  vente  à  raison  de  4  deniers  sur  chaque  sorte  et 
espèce  de  denrées  et  marchandises,  ou  la  valeur  d'ycelles,  le 
produit  duquel  droit  se  partage  moitié  entre  la  seigneurie  de 
Délie  et  celle  de  Morvillars  comme  provenant  de  la  confisca- 
tion des  seigneurs  de  Pierrefontaine  en  laquelle  ceux  de 
Morvillars  ont  toujours  participé  pour  moitié. 

c(  Que  le  lendemain  de  ladite  dédicace  ou  tel  autre  jour 
plus  prochain  et  non  festé  on  doit  célébrer  dans  ladite  église 
^  un  anniversaire  fondé  par  les  anciens  seigneurs  de  Delle  et 
trois  grandes  messes  Tune  de  sancto  spiritu  l'autre  de  beata 
virgine  et  la  troisième  de  defunctis  et  six  messes  basses  de 
requiem  pendant  la  célébration  des  trois  grandes»  toutes  les- 
quelles messes  doivent  être  précédées  d'un  nocturne  de 
l'office  des  morts.  Le  tout  pour  le  repos  des  âmes  des 
seigneurs  de  Delle  défunts ,  de  tout  quoi  ledit  sieur  curé 
est  tenu  d'avertir  les  officiers  de  la  seigneurie  pour  qu'ils 
assistent  audit  service  et  doit  leur  donner  à  dîner  convenable- 
ment et  leur  mettre  sous  l'assiette  à  chacun  un  sol  monnoy 
de  Ferrette;  pour  rétributions  desquels  services  et  autres 
frais,  le  sieur  Curé  jouit  de  certains  héritages  situés  au  ban 
de  FescJie  qui  seront  reconnus  ci-après,  dont  il  tire  annuelle- 
ment 36  paires  de  quartes  blé  et  avoine,  mesure  de  Delle. 

«  Qu'il  appartient  à  madite  mademoiselle  les  anciennes 
dixmes  novales  par  moitié,  ainsy  qu'elles  seront  déclarées 


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DROITS  FÉODAUX  131 

cy-après,  sans  que  pour  raison  d'ycelles  elle  soit  tenue  de 
contribuer  en  aucune  façon  aux  bâtimens  réparations  et 
entretiens  des  églises  ornemens  vaissaux  sacrés  pensions 
congrues  et  maison  curialle  qui  sont  à  la  charge  des  Gros 
déciniateurs. 

€  Que  tous  les  vassaux  résidans  audit  Saint-Dizier  et  le 
val  sont  jurtsdidMes  de  ladite  seigneurie  en  l'auditoire  de 
Délie  et  qu'il  appartient  toute  justice  sans  part  d'autrui,  tous 
droits  honnorifiques  et  aux  officiers  de  ladite  seigneurie  toute 
police  indistinctement  sur  tout  le  ban  et  iinage  de  même 
que  toutes  amandes  grosses  ou  petites  et  pour  quelles  causes 
et  délits  elles  puissent  être  édictées,  même  les  chatois  n'ap- 
partenant  à  la  communauté  que  les  simples  gagealles,  toutes 
Épaves,  corvées,  droit  d'Ëminage  et  autres,  généralement 
quelconque  énoncées  et  reconnues  en  notre  dit  procès-verbal 
du  18  aoust  dernier  appartenant  à  ladite  seigneurie.  Qu'au 
sieur  fiailly  appartient  le  droit  de  permettre  les  danses  et 
jeux  publics,  d*audiencer  les  comptes  de  communauté  et 
de  Fabrique,  permettre  de  vendre  vin  et  tuer  viandes  de 
boucherie  et  que  nul  ne  peut  recevoir  des  étrangers  dans  sa 
maison  sans  l'en  avertir  dans  les  24  heures,  ni  la  com- 
munauté recevoir  aucuns  bourgeois  ni  habitans  sans  la  per- 
mission dudit  Bailly  ez  mains  duquel  ils  doivent  prêter 
serment,  le  tout  à  peine  de  10  livres  bâlois  d'amende  et  de 
plus  grande  si  il  y  échet. 

cQu'à  M^e  de  Duras  appartient  le  droit  de  chasse  à 
l'exclusion  de  tous  autres  sur  tout  le  ban  et  iinage  dudit 
Saint-Dizier  de  même  que  sur  ceux  de  Croix,  Villars-le-sec  et 
Lebetaîn  dépendans  de  ladite  Mairie,  le  droit  d'un  florin 
d'héritance  payable  par  les  forains  et  étrangers  qui  viendraient 
recueillir  des  successions  dans  ladite  mairie  pour  le  tout  ou 
pour  partie. 

cLe  droit  de  cours  d'eau  n'étant  loisible  à  personne 
d'édiGer  aucune  usine  sans  sa  permission.  Le  droit  de  faire 


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132  REVUE  D'ALSACE 

tirer  des  mines  de  fer  et  tous  autres  métaux  à  Texclusion  de 
toutes  autres  personnes. 

€  Que  les  carrières  de  pierres  de  tailles  lui  appartiennent 
sans  préjudice  à  celles  dont  la  communauté  jouit. 

€  Qu'il  est  due  à  la  seigneurie  par  tous  ceux  qui  sèment 
des  terres  tant  au  dit  Saint-Dizier  que  dans  toute  la  mairie 
soit  vassaux  ou  étrangers  une  gerbe  de  grain  de  Vespèce  qu'il 
sème  appelée  la  gerbe  au  chien  ^  pour  raison  de  laquelle  les 
bourgeois  et  habitants  de  ladite  mairie  prétendent  être 
exemps  de  payer  tous  droit  de  géolage  lorsqu'ils  sont 
constitués  prisonniers  ez  prisons  de  Délie  de  laquelle  gerbe 
sont  exems  les  francs  de  Bocourt^. 

«  Qu'il  est  pareillement  due  à  la  seigneurie  le  droit  d'um&- 
géU  de  tous  les  vins  qui  se  vendent  en  détail  dans  la  mairie  à 
raison  de  deux  pots  par  mesure  et  au  prix  que  le  vin  se  vend 
par  ceux  qui  le  débitent. 

€  Que  tous  bourgeois  et  habitans  doivent  livrer  annuelle- 
ment au  receveur  ou  fermier  à  Délie  à  la  Saint-Martin 
d'hyver  chacuns  deux  poules  de  même  que  les  femmes 
veuves  tenans  labourage  et  celles  qui  ne  labourent  point 
n'en  livrent  qu'une. 

«  Que  la  communauté  doit  conjointement  avec  tous  les 
autres  de  la  mairie  a  chacuns  jour  et  fête  de  Pentecoste  cinq 

1  On  appelait  gerbe  aux  chiens  une  gerbe  d'épautre  (on  ne  semait  pas 
de  blé)  que  les  collecteurs  venaient  chercher  à  domicile;  mais  le  paysan 
avait  le  droit  de  jeter  cette  gerbe  du  perchi  (plafond  de  la  grange)  sur 
le  grenier  à  foin  et  de  là  sur  Taire  de  la  grange,  de  manière  à  l'égrener 
tant  qu'il  pouvait.  Le  collecteur  avait  ce  qui  restait  de  grains  dans  «  la 
gerbe  aux  chiens.  » 

*  Estevenin  et  Guenin,  dits  Grangiers,  sujets  de  TÂutriche  antérieure, 
habitant  la  partie  Est  du  village  de  Beaucourt  qui  appartenait  à  la  fa- 
miUe  autrichienne.  Estevenin  et  Guenin  étaient,  eux  et  leurs  descen- 
dants ,  affranchis  dès  1324.  En  1741  les  familles  Ghoquard  et  Pernot 
étaient  les  descendants  des  Grangiera  en  faveur  desquels  la  Dame  de 
Délie,  MU«  de  Durefort-Duras ,  devait  confirmer  l'exemption  à  laquelle 
il  est  fait  allusion  sous  le  vocable  de  a  francs  de  Bocourt». 


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DROITS  FÉODAUX  433 

livres  8  sols  8  deniers  bâiois  pour  bouvins  et  par  toutes 
lesdites  communautés  11  livres  bâloise  pour  taille  de  mars 
et  pareille  somme  pour  celles  d'automne  faisant  toutes  les- 
dites sommes  celles  de  27  livres  8  sols  8  deniers  bâiois  à 
répartir  par  les  communautés  sur  toute  la  mairie. 

c  Que  la  seigneurie  a  droit  de  créer  un  maire  audit  Saint-- 
Dizier. 

c  Qu'il  lui  appartient  sur  le  finage  un  pré,  appelé  le  pré 
de  la  mairie,  une  forêt  dite  les  Genèvres^^  une  autre  appelé  la 
forêt  au  Prévost,  un  moulin  banal  granges  et  héritages  y 
annexés  lesquels  fonds  seront  déclarés  et  déconfrontés 
ci-après  à  l'article  des  fonds. 

cDe  toutes  lesquelles  déclarations  reconnaissances  et 
avons  donné  acte  aud  M.  Gérardez  au  nom  qu'il  agit  et 
ont  lesdits  comparans  ayant  l'usage  des  lettres ,  signés  avec 
nous  après  nous  avoir  présenté  pour  experts,  indicateurs, 
les  personnes  de  Joseph  Fatomariat,  Jean  Moinat,  Jean- 
Claude  Villaumié,  Jean  Talion,  Pierre  Riche  auxquels  avons 
fait  prêter  le  serment  en  tel  cas  requis. 

c  Et  avant  de  signer,  les  comparants  nous  ont  requis  de 
vouloir  ordonner  qu'il  sera  mis  des  poids  et  balance  aux 
moulins  bannaux  de  la  seigneurie  moyennant  quoi  ils  se 
soumettent  volontier  à  la  bannalité,  ce  que  nous  avons 
ordonné  estre  fait  pour  la  satisfaction  des  bannaux  > . 

(Suivent  les  signatures  et  la  formule  exécutoire.) 


'  La  forêt  des  Genevrayes  a  336  arpents  à  raison  de  100  perches  l'ar- 
pent. Il  y  a  83  bornes  hautes  et  apparentes,  taillées  et  blasonnées  aux 
armes  de  Mazarin,  exceptés  les  n»*  44,  49,  55,  59  et  60  qui  sont  aux 
armes  d'Autriche  et  de  Montbéliard  avec  les  initiales  des  communes 
riveraines.  Cette  forêt  appartient  aujourd'hui  à  M.  Paul  Japy. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE 


I. 

jMtn-Danlel  Schœpflin.  —  Étude  biographique,  par  Charles 
Pfister,  professeur  à  la  faculté  des  lettres  de  Nancy.  —  Imprimerie 
de  Berger- Levrault  et  G'«.  —  Paris ,  rue  des  Beaux-Ârts ,  5.  1888 , 
in-8«  de  135  pages. 

Cette  étude  est  un  tirage  à  part  des  Annales  de  VEst.  Elle 
est  la  plus  complète  des  biographies  de  Schœpflin.  On  sent, 
à  la  lecture  de  ce  travail,  que  l'écrivain  est  un  admirateur 
éclairé  de  la  noble  figure  qui,  pendant  un  demi-siècle,  a 
occupé  une  place  magistrale  dans  Tancienne  Université  fran- 
çaise de  Strasbourg,  et  qui,  de  nos  jours  surtout,  domine  de 
toute  sa  hauteur  les  lettres  alsaciennes  ;  on  sent  que,  respec- 
tueux disciple  de  Técole  du  pays  natal,  l'auteur  n'a  voulu 
aborder  le  sujet  qu'après  l'avoir  étudié  avec  ardeur  et  s'être 
entouré  de  tous  les  éléments  se  rattachant  à  l'origine,  aux 
études,  à  la  vie  privée,  à  la  vie  publique  et  aux  travaux  du 
Maître. 

On  est  agréablement  entraîné  par  le  biographe  à  faire 
connaissance  plus  intime  avec  son  sujet  et  à  percevoû*  une 
idée  exacte  de  ce  que  furent,  au  temps  de  Schœpflin  et 
avant  lui,  les  conditions  de  la  vie  matérielle,  de  la  vie  morale 
et  intellectuelle  au  centre  universitaire,  rayonnant  dans 
toutes  les  directions,  n'excluant  aucune  nationalité,  aucune 
langue^  aucune  confession,  les  accueillant  toutes  avec  une 
égale  tolérance,  une  égale  douceur,  une  égale  cordialité  et 
se  créant  dans  toute  l'Europe  de  puissantes  relations  dont 
l'Université  même  et  la  ville  de  Strasbourg  devaient  retirer 
de  précieux  avantages. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  135 

Abordant  ensuite  Texamen  des  travaux  de  Schœpflin, 
H.  Pfister  en  donne  la  synthèse,  les  apprécie,  les  soumet  à 
la  critique  de  la  science  moderne,  les  dégage  du  milieu 
moral  et  politique  dans  lequel  ils  ont  dû  se  produire  et  la 
figure  du  savant  professeur  n'en  sort  que  plus  glorieuse, 
plus  grande  et  plus  respectable  au  milieu  du  désintéresse- 
ment et  du  saint  patriotisme  d'une  vie  bien  remplie,  consa- 
crée tout  entière  à  la  science,  à  l'amour  de  l'Alsace  et  de  la 
France. 

Pour  qui  aime  l'une  et  l'autre,  pour  qui  aime  nos  livres, 
l'étude  critique  dont  vient  de  nous  doter  le  brillant  profes- 
seur de  la  faculté  des  lettres  de  Nancy,  a  droit  au  premier 
rang  de  nos  biographies  alsaciennes. 


II. 


Un  conventionnel  en  mission,  Bernard  de  Saintes,  et  la  réu- 
nion de  la  principauté  de  Montbéliard  à  la  France,  d'après 
des  documents  originaux  et  inédits,  par  Armand  Lods.  —  Paris, 
librairie  Fischbacher,  société  anonyme,  33,  rue  de  Seine,  1888,  1  vol. 
in-8o,  titre  rouge  et  noir,  de  301  pages,  avec  portrait  gravé  et  fac- 
similé  d'une  lettre  du  conventionnel.  —  Prix  :  6  fr. 

Ce  volume  a  le  mérite  d'un  recueil  documentaire  et  le 
démérite  d'être  marqué,  c^  et  là,  de  l'estampille  commune 
aux  passions  politiques  de  nos  jours.  Comparé  aux  terro- 
ristes de  haute  lice,  le  héros  de  M.  Lods  n'est  qu'une  figure 
relativement  vulgaire  dans  le  groupe  des  farouches  conven- 
tionnels envoyés  en  mission  dans  les  provinces  et  près  des 
armées.  11  y  a  bien  dans  ses  états  de  service  deux  ou  trois 
opérations  au  baume  d'acier,  mais  qu'est-ce  que  cela  en 
comparaison  des  fusillades  de  Lyon,  des  noyades  de  Nantes, 
des  prouesses  défroquées  du  Bas-Rhin,  etc.?  Pioche-fer 
Bernard  s'est  conduit  comme  un   petit  saint  Jean  dans  la 


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13&  REVUE  d'aLSAGE 

bonne  ville  princière  de  Monlbéliard,  el  les  Héricourtois  avec 
les  Belfortains  comme  des  braves  en  prenant  d*assaut  la 
vieille  résidence  princière  dont  le  conventionnel  devait  opérer 
la  liquidation  mobilière,  avec  l'aide  de  Naudet  et  de  Dreyfus. 
Il  fit  bien  incarcérer  un  honnête  citoyen  de  celte  ville,  maïs, 
touché  des  remontrances  de  celui-ci,  son  bon  cœur  lui  fit 
ouvrir  les  portes  de  la  prison  quelques  jours  après  el  dès  ce 
moment  le  prisonnier  et  le  conventionnel  devinrent  une  paire 
d'amis.  Le  €  couteau  nationalt  ne  fonctionna  point  à  Hont- 
béliard  ni  dans  les  environs  et  M.  Lods  prouve,  au  moyen  de 
documents,  aussi  prolixes  que  nombreux,  que  le  pays  sortit 
de  répreuve  révolutionnaire  moyennant  la  contribution  iné- 
vitable, la  dépossession  du  Prince  et  la  dispersion  de  ses 
richesses  mobilières  entre  les  mains  des  brocanteurs. 

Grâce  à  M.  Â.  Lods,  Pioche-fer  Bernard  apparaît  à  la  géné- 
ration actuelle  moins  farouche  que  son  prénom  terroriste 
semble  l'indiquer.  Aussi  M.  Lods  ne  le  maltraite-t-il  qu'avec 
modération  et  lui  tient-il  grand  compte  d'avoir  c  conquis  à 
la  France»  l'ancienne  principauté  de  Montbéliard,  alors  que 
déjà  la  petite  République  de  Mandeure  —  probablement  en 
souvenir  de  ses  origines  gallo-romaines  —  avait  déjà  pris 
les  devants.  Il  y  aurait  bien  quelques  réserves  à  présenter  au 
sujet  de  cette  prétention  du  «Jacobin»  Pioche-fer;  mais 
M.  Lods  ne  lui  conteste  pas  cet  honneur,  au  contraire.  Fai- 
sons comme  lui,  et  laissons  aux  Vésuliens,  aux  Bisontins  et 
aux  Dijonnais  le  soin  d'aulner^  après  la  chute  de  Robespierre, 
la  moralité  et  l'humanité  du  conventionnel.  Les  Vésuliens 
prennent  l'initiative  de  Tattaque  :  ils  arrivent;  la  bouche  enfa- 
rinée, à  Montbéliard  pour  recueillir,  au  sein  de  la  société 
populaire,  les  griefs  de  cette  ville  contre  le  terroriste.  Au 
lieu  de  dégénérer  en  tumulte  passionné,  la  séance  est  calme 
et  l'on  se  borne  à  donner  aux  questions  posées  par  les  Vésu- 
liens une  réponse  laconique  et  précise  qui  les  renvoie  bre- 
douilles à  Vesoul,  ce  qui  n'empêche  ni  ceux-ci  ni  les  Dijon- 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  137 

nais  de  rédiger  contre  Pioche-fer  de  longues,  de  passionnées 
et  byperboliquement  ampoulées  dénonciations  demandant  la 
guillotine  pour  le  missionnaire  que  la  plupart  des  dénoncia- 
teurs avaient  adulé  dans  les  moments  suraigas  de  la  Révo- 
lution. 

C'est  dans  la  lecture  des  pièces  justificatives,  remplissant 
les  deux  tiers  du  volume,  qu'il  faut  chercher  si,  dans  son 
travail  personnel,  l'auteur  est  demeuré  impartial,  s'il  a  ou 
non  subi  l'influence  des  passions  politiques  de  notre  temps. 

Quoi  qu'il  en  soit,  comme  publication  documentaire,  son 
travail  a  des  droits  à  l'attention  des  historiographes  de  la 
grande  époque. 


m. 

Précis  de  l'histoire  de  l'Église  d'occident  pendant  le  moyen  âge, 
par  Charles  Schmidt,  professeur  émérite  à  la  faculté  de  théologie  de 
Strasbourg.  Paris,  librairie  Fischbacher,  société  anonyme,  33,  rue  de 
Seine,  1885, 1  vol.  in-8»  de  XI-452  pages.  —  Prix  :  42  fr. 

Écrit  en  vue  de  faciliter  Tétude  de  l'histoire  pendant  le 
moyen  âge,  ce  manuel  est  d'un  grand  secours  non  seulement 
pour  les  étudiants,  mais  encore  pour  les  médiévistes  en 
général.  Il  ne  s'agit  pas  que  de  l'histoire  de  l'Église,  comme 
le  titre  l'indique  trop  exclusivement,  mais  aussi  de  l'histoire 
politique  pendant  les  premiers  et  les  derniers  siècles  de  ce 
moyen  âge.  Il  ne  pouvait  en  être  autrement  par  la  raison  que 
les  chefs  en  qui  TÉglise  était  incarnée  ont  toujours  voulu 
maintenir  la  question  temporelle  étroitement  soudée  à  la 
question  spirituelle.  Le  précis  ne  va  pas  au  delà  du  xvi''  siècle. 
Il  comprend  quatre  grandes  divisions  constituant  chacune 
une  période  historique  ainsi  définie  : 

Première  période:  771  à  1294.  De  Charlemagne  à  Gré- 
goire VII. 


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138  REVUE  D' ALSACE 

Deuxième  période:  1073  à  1294-  De  Grégoire  VII  à  Boni- 
face  VIII. 

Troisième  période  :  1294  à  1409.  De  Boniface  VIII  au  con- 
cile de  Pise. 

Quatrième  période  :  1409  à  1507.  Du  concile  de  Pise  à  la 
Réforme. 

C'est  dans  ce  cadre  que  sont  groupés  des  aperçus  précis  et 
instructifs  :  sur  les  évolutions  religieuses  et  politiques  chez 
les  nations  de  l'Europe  occidentale;  sur  la  situation  de 
l'Église  d'Occident  après  sa  séparation  de  l'Église  d'Orient; 
sur  le  mode  d'élection  des  évèques  de  Rome  d'après  les 
anciens  canons;  sur  la  constitution  de  l'Église  franque  par 
Charlemagne;  sur  la  situation  de  l'autorité  spirituelle  au 
regard  de  l'autorité  temporelle  ;  sur  les  avantages  territoriaux 
dont  la  papauté  fut  gratifiée;  sur  les  fausses  décrétales  attri- 
buées à  Constantin  ;  sur  les  empiétements  de  la  papauté  sous 
les  faibles  successeurs  de  Charlemagne  ;  sur  la  doctrine  de 
suprématie  ouvertement  professée  par  les  papes;  sur  la  résis- 
tance ouverte  opposée  à  cette  doctrine  par  les  empereurs,  les 
roiSy  les  évêques  et  les  seigneurs  séculiers;  sur  les  conflits 
armés  qui  en  résultèrent  pendant  des  siècles  dans  tous  les 
États  de  l'Europe  et  dont  la  guerre  des  investitures  fut  la 
phase  caractéristique;  sur  les  conciles,  les  papes  et  les  anti- 
papes ;  sur  les  richesses  et  les  vices  du  monde  religieux  ;  sur 
les  tentatives  particulières  de  la  Réformation,  dont  les  apôtres 
furent  les  victimes;  sur  les  corporations  monastiques  de 
tous  les  ordres  mêlées  aux  luttes  sanglantes  et  contribuant 
pour  leur  part  à  hâter  l'avènement  d'une  ère  nouvelle;  sur  la 
constitution  des  églises  nationales  et  leur  indépendance  ;  sur 
le  mouvement  des  idées,  l'enseignement,  la  théologie,  la 
scolastique  et  enfm  le  réveil  classique  destiné  à  apprendre 
aux  fils  du  moyen  âge  que  le  recours  aux  leçons  de  l'anti- 
quité offrait  les  moyens  de  marcher  d'une  allure  plus 
assurée  dans  les  voies  de  la  civilisation. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  139 

Le  profane  et  Thomine  d'étude  qui  aborderont  sans  pré- 
venUon  la  lecture  de  ce  livre  sauront  gré  à  la  Revue  cC Alsace 
de  le  signaler  spécialement  à  leur  attention. 


IV. 

Thnnn-  and  Glocken'weihe  der  Neuen-Kirche  bu  Strassbnrg. 

15.  Juli  1888.  —  Zur  Thurm-^  und  Glockenweihe  ^  etc.  —  20  et  14 
pages. 

Ces  deux  opuscules,  publiés  en  1888  chez  Heitz  et  Mûndel, 
concernent  l'inauguration  de  la  tour  du  Temple-Neuf  et  de 
ses  cloches.  Le  premier  renferme  un  aperçu  historique  de  la 
reconstruction  du  Temple,  incendié  par  le  bombardement, 
avec  toutes  les  richesses  réunies  dans  l'ancien  chœur  affecté 
à  la  bibliothèque  publique  de  la  ville.  Celte  publication  de 
circonstance  renferme  nécessairement  les  sermons,  discours 
et  chants  congratulatoires  usités  en  pareille  occasion.  Le 
second  opuscule  appartient  au  genre  poétique.  Il  prête  aux 
tours  de  chacune  des  nombreuses  églises  de  la  métropole,  et 
à  l'adresse  de  celle  du  nouveau  Temple-Neuf,  un  salut  de 
bien  venue,  approprié  aux  sentiments  particuliers  des 
anciennes.  Dans  notre  bibliographie  locale,  ces  plaquettes 
ont  leur  place  parmi  les  minuscules  se  rarttachant  à  l'histoire 
reUgieuse  en  Alsace. 

De  l'ancienne  construction,  il  ne  nous  reste,  hélas  !  que  le 
souvenir,  la  pierre  de  fondation  retrouvée  dans  les  déblais 
et  posée  le  26  juin  1254  par  l'évéque  Henri  de  Staleck,  puis 
un  débris  de  l'ancienne  marmite  au  brouet  des  Zurichois. 

V. 

Bulletin  de  la  Société  philomathique  vcagienne,  13*  année, 
1878-88.  —  Saint-Dié,  imprimerie  L.  Humbert,  1888.  1  vol.  in-8'»  de 
386  pages  et  11  planches. 

Les  années  se  suivent  et  se  ressemblent  de  mieux  en  mieux 
au  sein  de  cette  société.  Outre  le  coup  de  cloche  sonné  par 


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140  REVUE  D'ALSACE 

M.  Henri  Bardy  au  sujet  de  l'abandon  des  sources  minérales 
de  Saint-Diéy  et  dont  nous  avons  dit  un  mot  dans  la  Revue^ 
page  218  de  Tannée  1888,  nous  trouvons  de  remarquables 
études  dans  le  volume  qui  vient  de  paraître.  M.  Gaston  Save 
lui  en  a  fourni  trois  qui  sont  de  celles  que  l'imagination  et 
les  étincelles  de  plume  n'improvisent  pas,  mais  que  le  travail 
sérieux,  le  savoir  et  la  réflexion  seuls  peuvent  produire. 
M.  le  chanoine  Hingre,  qui  pense,  avec  raison,  que  la  vie 
populaire  a  autant  de  droit  que  la  vie  princière  à  l'attention 
des  savants  et  des  lettrés  et  M.  Arthur  Benoit,  qui  ne  sub- 
ordonne pas  ses  recherches  aux  allures  pédantesques,  ont, 
de  leur  côté,  fourni  au  Bulletin  des  travaux  de  réelle  valeur. 

Le  contingent  de  M.  Save  se  compose  :  1^  de  la  relation 
d'un  procès  de  sorcellerie  que  l'on  ne  saurait  lire  sans  être 
cruellement  édifié  sur  les  aberrations  de  l'esprit  public  quand 
il  est  dominé  par  de  fausses  idées  religieuses  et  par  l'intérêt 
temporel;  2o  d'une  série  de  notes  descriptives  de  monuments 
gallo-romains  des  environs  de  Saint-Dié,  avec  huit  planches 
représentant  ces  monuments;  3^  d'une  étude  bien  intéres- 
sante sur  le  costume  rustique  des  Vosges  et  la  dénomination 
patoise  des  différentes  parties  du  vêtement.  Les  deux  der- 
nières études  soulèvent  des  questions  historiques  qui  seront 
l'objet  de  deux  notes  communes  à  l'Alsace  et  aux  Vosges. 

La  part  de  M.  l'abbé  Hingre  n'est  ni  la  moins  importante 
ni  la  moins  neuve  des  travaux  de  laphilomathique;  elle  con- 
siste dans  le  recueil  des  cris  et  cJiants  traditionnels  des  pâtres 
(dits  vachers)  de  la  Bresse.  C'est  un  domaine  sur  lequel  on 
ne  saurait  trop  l'encourager  à  nous  faire  connaître  le  résultat 
de  ses  recherches  et  de  ses  observations.  On  lui  doit  déjà 
une  grammaire  étonnamment  compétente  de  l'idiome  de  cette 
localité  et  quelques  pages  de  sa  littérature.  Aujourd'hui  ce 
sont  les  cris  et  les  chants,  avec  notations  musicales,  qu'il  ne 
dédaigne  pas  d'offrir  à  la  curiosité  des  membres  de  la  société 
et  à  celle  des  philologues.  Tous  lui  en  seront  reconnaissants 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  141 

et  nous  sommes  de  ce  nombre.  Nous  pensons  qu'une  besogne 
qui  est  encore  presque  tout  entière  à  faire  doit  être  entre- 
prise, non  par  le  quart,  le  tiers,  le  milieu  ou  la  fin,  mais 
par  le  commencement;  et  s'il  était  permis  de  conjuguer  le 
roman  ou  patois  belfortain  en  signe  d'applaudissement,  nous 
hietUcherions  le  ioû-ioû!I  vosgien  en  l'honneur  de  M.  Hingre, 
en  le  faisant  suivre,  sans  passeport,  du  iôhéï  amical  de 
l'Alsace. 

A  M.  Arth.  Benoit  le  soin  d'ajouter  d'intéressantes  parti- 
cularités à  ce  que  M.  d'Avezac  et  M.  Ch.  Schmidt  surtout 
nous  ont  appris  concernant  la  première  imprimerie  de  Saint- 
Dié  et  les  premiers  livres  qui  en  sont  sortis.  La  description 
des  premiers  opuscules  qui  parurent  d'abord  à  Saint-Dié, 
puis  de  ceux  qui  parurent  à  Strasbourg,  avec  le  matériel 
vosgien  après  l'éclipsé  de  l'imprimerie  cbapitrale  et  enfin  de 
ceux  qui  sortirent  dès  1625  des  nouvelles  presses  de  Saint- 
Dié  forment  ensemble  un  complément  précieux  pour  l'histoire 
de  l'imprimerie  dans  les  Vosges. 

Notons  encore  que  M.  l'abbé  Ch.  Chapelier  et  H.  P.  de 
BoureuUe  ont  aussi  contribué  à  donner  de  l'intérêt  au 
Bulletin  de  la  Philamathiqtée  vosgienne,  le  premier,  par  ses 
notes  archéologiques  sur  les  ruines  du  château  de  Mathieu 
de  LfOrraine  et  la  vie  de  ce  triste  personnage;  le  second,  par 
un  aperçu  sur  la  démonologie  de  dom  Cal  met,  les  vampires 
et  les  opinions  qu'à  tort  on  lui  attribuait. 


VI. 

Bnltetin  de  la  Société  des  sciences  historiques  et  naturelles 
de  rTonne.  —  38*  volume^  8«  de  la  3«  série.  Paris,  6.  Masson,  20, 
bouleTard  Saint-Germain,  1884,  in-8»  de  340  +  49  +  LXIX  pages, 
ayec  trois  gravures  hors  texte.  22  dans  le  texte  et  une  carte. 

Tardivement  nous  arrive  ce  bulletin  auquel  sont  dûs, 
d'ancienne  date,  de  la  part  de  la  Revue,  un  accueil  empressé 


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142  REVUE  d' ALSACE 

et  de  bien  sympathiques  souvenirs.  Âmbroise  Challe»  qui 
fut  Tun  des  fondateurs  de  la  Société  des  sciences  historiques  et 
natureiles  de  V Yonne,  fut  aussi  l'un  de  ceux  qui  s'intéres- 
sèrent le  plus  vivement  au  réveil  de  la  Revt^  d'Alsace  apvès 
nos  désastres  de  1870.  Outre  le  dévouement  dont  il  était 
animé  pour  les  travaux  de  l'esprit  en  général  et  pour  ceux  de 
chaque  province  en  particulier,  Ghalle  se  rattachait  à  l'Al- 
sace par  les  souvenirs  de  1814  et  de  1815.  Né  le  13  juin  1799, 
il  avait  alors  15  ans;  il  déserta,  à  l'insu  de  sa  famille,  la 
classe  de  rhétorique  du  collège  d'Auxerre  pour  s'enrôler  dans 
l'armée  de  Lecourbe  au  poste  avancé  de  la  défense  des  fron- 
tières d'Est  contre  les  Alliés.  Son  premier  contact  avec 
l'ennemi  eut  lieu  à  l'avancée  de  Belfort,  aux  environs  de 
Chèvremont,  dans  l'espace  occupé  aujourd'hui  par  les  forts 
de  Bessoncourt  et  de  Vézelois.  Challe  en  fait  le  récit  avec 
une  précision  topographique  et  ortographique  irréprochable 
dans  sa  biographie  militaire  du  général  Lecourbe.  Le  jeune 
volontaire  avait  été  plus  loin  que  Belfort  à  la  rencontre  de 
l'ennemi,  car  c'est  de  Colmar,  le  14  mai  1815,  qu'il  écrit  à 
son  père  pour  lui  demander  pardon  d'avoir  abandonné 
spontanément  la  réthorique  pour  prendre  part  au  dernier 
effort  de  la  patrie  contre  l'envahissement  qui  devait  lui 
ramener  les  Bourbons.  Challe  est  mort  le  28  février  1883, 
âgé  par  conséquent  de  près  de  84  ans.  C'est  la  biographie 
que  lui  consacre  son  digne  successeur  à  la  présidence  de  la 
Société,  M.  Max.  Quantin,  qui  nous  fournit  l'occasion  de 
revendiquer,  à  notre  tour,  le  droit  d'apporter  notre  tribut  à 
la  mémoire  du  jeune  patriote  accouru  à  la  défense  de  l'Alsace 
et  particulièrement  de  Belfort  dans  un  des  moments  les  plus 
périlleux  de  son  histoire  militaire. 

A  la  suite  de  cette  biographie,  M.  Quantin  fournit  une 
notice  sur  une  nouvelle  édition  de  la  chronique  de  Saint- 
Marien  d'Auxerre^  insérée  dans  le  tome  xxvi  (1882)  des 
Manumenta  Germaniœ  historica,  par  M.  0.  Holder-Egger,  de 


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BULLETIN  bibliographique;  143 

Berlin  et  M.  le  professeur  Alfred  Schone.  Il  établit  qae  Fau- 
teur de  cette  chronique  n'est  pas  Robert  de  Saint-Marien; 
comme  le  prétend  Holder-Eg^er  dans  lesdits  MonutnentUy 
mais  un  moine  de  Prémontré,  nommé  Robert  et  mort  au 
commencement  du  xiii^  siècle. 

Une  promenade  aux  établissements  industriels  et  artis- 
tiques d'Âuxerre,  le  catalogue  du  musée  lapidaire  de  la  ville, 
un  travail  étendu  sur  des  questions  d'histoire  et  de  géogra- 
phie anciennes  soulevées  par  les  commentaires  de  Jules 
César  se  rattachant  au  département  de  l'Yonne  et  ses  environs, 
puis  un  compte  rendu  concernant  la  géologie  au  congrès 
scientifique  de  Rouen,  donnent  au  Bulletin  le  cachet  sérieux 
de  la  vie  intellectuelle  encouragée  par  la  société  au  chef-lieu 
du  département. 

VIL 

Rimes  de  Hongrie,  par  Georges  Danzas.  —  Rouen,  imprimerie  de 
Espérance  Gagniard,  1888  ;  in-8o  de  22  pages. 

Écarté  de  la  terre  natale  par  la  rigueur  des  temps  et 
garder  au  fond  du  cœur  des  regrets  qui  ne  s'éteindront  pas; 
demander  aux  choses  contemporaines  un  adoucissement 
qu'elles  ne  peuvent  donner  ;  se  replier  vers  le  passé  de 
famille  pour  y  chercher  un  soulagement  réconfortant,  voilà 
un  acte  de  piété  commun  à  beaucoup  de  nos  compatriotes, 
et  qui  se  manifeste  avec  une  grande  discrétion  chez  ceux  qui 
pensent  et  savent  souffrir  sans  bruit.  Allons  un  moment  avec 
M.  Georges  Danzas  dans  le  voisinage  des  Kalmouks,  où  il 
retrouvera  [après  quatre  ou  cinq  générations?]  sa  patrie  et 
sa  famille  aux  pieds  des  Karpathes. 

Gagner  les  sommets  du  mont  Tatra^  dans  un  ciel  sans 
nuages,  embrasser  d'un  coup  d'œil  une  vaste  étendue  du 
pays  et  s'écrier  :  <  sol  magyar  soit  bénit  »  cela  soulage  une 
âme  en  deuil  du  pays  où  les  beaux  jours  ont  disparu. 


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144  REVUE  d'alsace 

Revenir  au  village,  un  jour  de  fête,  y  trouver  le  Tsigane 
avec  son  violon  pour  faire  danser  la  csardas,  entraînante 
comme  une  marche  hongroise,  animée  comme  l'ouragan  et 
qui  se  prolongera,  alternée  de  chants,  jusqu'au  moment  où 
la  corne  du  slovàk^  veilleur  de  nuit,  aura  prévenu  les  dan- 
seurs que  d'aurore  blanchit  les  sommets»,  voilà  une  scène 
qui  rajeunit  et  adoucit  les  souvenirs. 

Écouter,  une  autre  fois,  la  délicieuse  voix  d'une  fillette, 
modulant  un  récit  populaire,  suivi  d'un  gai  refrain;  puis, 
dans  de  nouvelles  courses,  demander  aux  fleurs  des  champs, 
aux  senteurs  de  la  verdure,  aux  beautés  du  vallon,  aux 
oiseaux  des  bois,  des  rimes  et  des  strophes  à  foison  que  l'on 
mettra  un  moment  en  musique  et  auxquelles  c  le  vent  four- 
nira la  réplique,  les  merles  l'accompagnement!,  voilà  de 
quoi  s'oublier  soi-même,  pendant  bien  des  jours,  en  retrem- 
pant l'être  moral  dans  les  sources  bienfaisantes  delà  création. 

Mais,  ainsi  que  toute  chose  en  ce  monde,  les  meilleures 
sensations  ont  une  fin,  et  bientôt  il  faudra,  par  un  chaud 
matin  de  Tarrière-saison,  se  conGer  aux  ailes  de  la  vapeur, 
jeter  un  dernier  regard  sur  la  belle  plaine  Puesta  et  regagner 
la  chère  Normandie,  d'où  partira  l'écho  du  pèlerinage  au 
pays  des  ancêtres; 

Car  c'est  bien  une  loi  de  l'existence  humaine, 
Que  les  chers  souvenirs  dont  Tâme  est  pleine. 
Dès  l'instant  des  adieux,  se  changent  en  regrets. 

Fréd.  Kurtz. 


Btrubourg,  typ.  Q.  Fiachbach  —  il4. 


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LES 

MANUSCRITS  ALLEMANDS 


DR   LA 


BIBLIOTHÈQUE  NATIONALE 

RELATIFS  A  L'HISTOIRE  D'ALSACE 

(SuiteK) 


Nicolas  Zorn,  dit  de  Reichenstein,  était  le  vi«  de  ce  nom.  Il 
était  fils  de  Nicolas  IV,  stettmeistre  en  1349  et  en  1353,  et  il 
fut  l'auteur  de  la  ligne  de  Bulach  (Lehr,  L'Alsace  noble, 
p.  245).  Il  épousa  Walpurge,  fille  d'Erhard  de  Wangen, 
sœur  de  Uarlung.  —  Le  péage  sur  TIll  à  Grafenstaden,  avec 
le  village  même  de  Grafenstaden  et  les  deux  localités  d'Illkirch 
et  dlllwickersheim,  étaient  la  propriété  directe  de  TEmpire. 
Cette  propriété  avait  été  engagée  par  les  rois  des  Romains  à 
divers  seigneurs,  lorsque  le  12  janvier  1369  Charles  IV,  pour 
récompenser  les  services  du  chevalier  de  Strasbourg,  Jean 
Erb,  Tautorisa  à  la  dégager  :  les  biens  lui  devaient  appartenir, 
à  lui  et  à  ses  héritiers,  jusqu'à  ce  que  l'empire  leur  eût  rem- 
boursé les  sommes  dépensées.  (Schœpflin,  AlscUica  diplama- 
tica,  II,  255.)  Mais  Jean  Erb  ne  réussit  pas  tout  à  fait  dans 
son  opération:  il  ne  dégagea  qu^une  partie  de  ces  droits; 
aussi,  le  24  août  1370,  Charles  IV  promit  de  lui  rembourser, 

ï  Voy.  pages  15  et  suiv.  de  la  livraison  janvier  — février— mars  1889. 

10 


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146  REVUE  d'alsace 

outre  les  débours,  cent  marcs  d'argenl  (Schœpflin,  zbid., 
p.  263)  ;  la  promesse  fut  confirmée  le  3  juillet  iSTi  (SchœpQin, 
ibid.y  p.  266).  Malgré  ces  engagements  envers  la  famille  de 
Jean  Erb,  Tun  des  successeurs  de  Charles  IV,  le  roi  des 
Romains  Sigismond,  livra,  sans  bourse  délier,  le  péage  et  les 
trois  villages,  en  l'année  1415,  à  Nicolas  Zorn  de  Reichen- 
stein;  la  ville  de  Strasbourg  protesta;  elle  se  rendit  au 
tribunal  du  roi  à  Constance;  et,  enfin,  par  un  acte  daté  de 
Strasbourg  le  19  juin  1418  (Schœpflin,  ibid.,  p.  329),  Sigis- 
mond  cassa  les  cessions  antérieures;  et,  pour  une  somme  de 
9000  florins  du  Rhin  (78,490  fr.  en  monnaie  actuelle,  le 
florin  ayant  alors  une  valeur  intrinsèque  de  8,61),  il  engagea 
tous  ses  droits  à  la  ville  de  Strasbourg.  La  famille  des  Zorn 
protesta  à  son  tour  avec  énergie.  En  ce  momeni,  la  ville  de 
Strasbourg  était  engagée  dans  une  lutte  très  vive  avec  les  nobles 
dont  elle  voulait  secouer  le  joug;  irrités  d'une  série  de  me- 
sures fort  justes  en  soi,mais  peut-être  imprudentes,  les  nobles 
avaient  quitté  Strasbourg  et  déclaré  la  guerre  à  la  cité.  La 
famille  Zorn  qui,  outre  les  griefs  généraux,  avait  contre  la 
ville  les  griefs  particuliers  dont  il  vient  d'être  question,  se  mit 
à  la  tête  du  mouvement.  Elle  tenta  d'abord  de  surprendre 
Benfeld,  que  depuis  quatorze  ans  l'évêque  avait  livré  à  la 
ville  ;  après  cet  échec,  les  nobles  cherchèrent  une  autre  base 
d'opération.  Précisément,  la  femme  de  Ludolf  Jean  de  Mûl- 
lenheim  venait  de  donner  en  gage  la  ville  et  le  château  de 
Dachstein  —  au  canton  de  Molsheim  —  à  un  de  ses  parents, 
Jean  de  Mûllenheim,  dit  de  Landsberg,  le  fils  de  Henri  II®  de 
nom,  mort  en  1412.  Jean  ouvrit  aux  nobles  le  château;  et 
ceux-ci  ravagèrent  aussitôt  tous  les  environs.  Les  Strasbour- 
geois  de  leur  côté  firent  aux  confédérés  beaucoup  de  torts. 
Une  guerre  d'escarmouches  s'engagea  dès  lors  ;  mais  le  mar- 
grave Bernliard  de  Baden  imposa  sa  médiation  au  mois  de 
mai;  et^  pris  pour  arbitre,  il  se  déclara  contre  les  Zorn  pour 
la  ville,  qui  resta  maîtresse  du  péage  de  Grafenstaden. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  147 

Wie  hohenzoulere  gehrochen  wart.  1422.  —  Le  récit  a  été 
publié  par  Schséegans,  l.  L,  p.  127.  Les  leçons  de  notre  man. 
sont  bien  meilleures.  Le  Strasbourgeois  qui  fut  tué  devant  Uohen- 
zolem  s'appelle  ici  Behtolt  Mansse,  non  Behtolt  Schônmans. 

Ein  reise  uffden  marggrofen  und  fur  Mulle^berg.  1424.  — ■ 
Schneegans,  p.  148  et  Mone,  t.  I,  p.  255,  d'après  un  ancien  man. 
de  Strasbourg,  n®  859. 

Wie  Ramstein  in  awohen  gehrochen  vjart,  von  des  grofen 
wegen  von  fiirstemberg,  1420.  —  Notre  récit  est  le  même  que 
celui  de  l'ancien  man.  de  Strasbourg  844,  Mone,  t.  I,  fragm.  59, 
p.  275.  Il  a  été  abrégé  dans  la  Strasshiirgische  Ârchiv-Chronikt 
Schnéegans,  p.  149.  On  donne  à  tort  en  cet  endroit  la  date  de 
1425. 

Fragment  16.  —  Die  rivbrucke  wart  getounnen.  i4f2S. 

Do  man  zalte  MCCCCXXVIIII  ior  uff  mendag  fruge,  do  wart  die 
rinbrucke  gewunnen  vor  unser  frowentag  der  hundre  *  von  jun- 
cher  Ludewig  von  Liehtenberg  und  dem  von  Bitsche  siner  swester 
Sun  wider  Got  und  wider  reht  unbewarnter  ir  eren.  Doch  behiel- 
tent  su  die  brucke  nit  ein  stunde.  Die  von  Stroszburg  iltent  mit 
schifTen  ufT  dem  wasser  hinzu  mit  bûssen  und  mit  anderm  ge- 
schûtze  und  tribent  su  mit  gewalt  abe  der  brucken  dass  su  wichen 
mustent^  wanne  ir  Anslag  in  nit  reht  geroten  also  su  es  hettent 


£n  Tannée  1428,  le  lundi  avant  la  Nativité  de  Notre-Dame 
(6  septembre)  le  pont  du  Rhin  fut  emporté  par  Fécuyer  Louis  de 
Liehtenberg  et  le  seigneur  de  Bitsche,  fils  de  sa  sœur^  contre  Dieu 
et  contre  tout  droit^  au  détriment  de  leur  honneur.  Mais  ils  ne 
gardèrent  pas  le  pont  plus  d'une  heure.  Les  gens  de  Strasbourg 
accoururent  à  la  hâte  avec  leurs  vaisseaux  sur  l'eau,  apportant  de 
Tartillerie  et  des  canons  ;  et  ils  les  forcèrent  à  se  retirer  et  à 
quitter  le  pont  :  leur  attaque  ne  réussit  point  comme  elle  avait 
commencé. 

1  C'est  la  dernière  fête  de  Notre-Dame  dans  Tannée  :  la  Nativité  ,  qui 
se  célèbre  le  8  septembre. 


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148  REVUE  D'ALSACE 

Le  même  événement  est  raconté  en  termes  différents  dans 
la  chronique  de  Strasbourg  publiée  par  Schnéegans,  p.  144, 
et  dans  Mone,  t.  I,  p.  256.  Mone  au  t.  Il,  p.  139,  a  publié 
du  même  fait  un  récit  plus  détaillé,  d'après  un  manuscrit  de 
Strasbourg  :  il  a  intitulé  la  chronique  contenue  dans  ce 
codex  :  Strassburger  JahrgescJiichten.  Depuis  longtemps  la 
ville  de  Strasbourg  était  en  hostilités  avec  le  margrave  de 
Bade;  elle  avait  pour  alliés  dans  cetle  guerre  le  landvogt  et 
d'autres  cités  alsaciennes.  En  14128,  ces  puissances  confé- 
dérées marchèrent  contre  le  château  de  Mûhiberg,  au  pays 
de  Bade,  et  s'en  emparèrent.  Le  margrave  Bernhard  voulut 
se  venger  de  Strasbourg;  il  s'allia  à  l'évêque  Guillaume  de 
Diest,  au  comte  palatin  Etienne,  au  sire  de  Lichtenberg 
Louis  IV,  qui  mourut  en  1434,  au  comte  de  Bilche,  neveu  du 
précédent.  Louis,  qui  vivait  d'ordinaire  en  bonne  intelligence 
avec  la  ville,  s'approcha  du  pont  du  Rhin,  le  6  septembre; 
on  le  laissa  passer  sans  défiance;  mais  aussitôt  ses  cavaliers 
se  jetèrent  sur  les  gardiens  et  s'emparèrent  du  pont.  Noire 
texte  nous  apprend  comment  les  Strasbourgeois,  accouiiis 
par  eau  (probablement  par  le  Rhin  tortu),  reconquirent  cette 
importante  position.  La  guerre  se  poursuivit  des  deux  côtés  : 
le  margrave  de  Bade  essaya  en  vain  de  prendre  le  village 
d'Oberkirch,  qui  avait  été  donné  en  gage  par  l'évêque  aux 
Strasbourgeois;  ceux-ci  conquirent  Rhinau  sur  leur  prélat, 
brûlèrent,  sur  la  rive  droite  du  Rhin,  Linx  et  le  clocher  de 
Bischofsheim,  propriétés  du  sire  de  Lichtenberg.  Les  deux 
factions  rivalisèrent  de  cruautés.  Enfin  on  fut  las  de  toutes 
ces  horreurs;  le  23  mars  1429,  Louis  de  Lichtenberg  signa 
un  traité  séparé  avec  la  ville;  Tévêque  juillaume  et  le  mar- 
grave de  Bade,  à  leur  tour,  s'accordèrent  avec  la  cité  à  Spire, 
au  mois  de  mai,  sous  la  médiation  de  l'archevêque  de 
Mayence. 

Von  Schowenburg.  1432.  —  Cf.  Schnéegans,  L  L  150. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  149 

Fragment  17.  —  Rinfelden  die  hurg  wart  gewunnm. 

Do  man  zalte  MCCCCXLV  ior,  do  wart  rinfelden  die  burg 
gewunnen  und  zerbrochen  von  den  Switzern  und  von  den  von 
Basil. 

Fragment  18.  —  Rinfdden  die  stat  wart  gewunnen. 

Do  man  zalte  MGCGCXLVIII  ior,  uff  mitwuch  vor  sanct  Simon 
und  Judastagy  do  wart  Rinfelden  die  stat  gewunnen  und  erslichen 
von  Hans  von  Rechberg  von  des  hertzogen  wegen  von  Oesterrich. 

En  l'année  1445,  le  château  de  Rheinfelden  fut  pris  et  détruit 
par  les  Suisses  et  les  gens  de  Bàle. 

En  Tannée  1448,  le  mercredi  avant  la  Saint-Simon  et  Saint- 
Jude  (8  mai),  la  ville  de  Rhinfelden  fut  prise  et  saccagée  par  Jean 
de  Rechberg,  à  cause  du  duc  d'Autriche. 

Ces  deux  événements  sont  simplement  mentionnés;  dans  la 
chronique  publiée  par  Schnéegans  (p.  172  et  174),  dans 
celle  de  Mone  (l.  III,  p.  526  et  542),  dans  le  manuscrit  83  de 
la  bibliothèque  nationale,  ils  sont  racontés  longuement. 
Irrités  de  Tappui  prêté  par  le  duc  d'Autriche  aux  Armagnacs, 
les  Suisses  entrèrent  en  guerre  avec  lui  et  ses  alliés;  le 
17  août  1445,  ils  vinrent  mettre  le  siège  devant  le  château 
de  Rheinfelden,  situé  dans  une  ile  au  milieu  du  Rhin  et  que 
Guillaume  de  Grûnenberg  détenait  au  nom  du  duc.  Au  bout 
de  quatre  mois  de  siège,  la  garnison  se  rendit  (14  septembre) 
et  le  château  fut  rasé  au  sol.  Les  habitants  de  la  ville  avaient 
fait  cause  commune  avec  les  assiégeants,  car  ils  avaient  eu 
beaucoup  à  souffrir  de  la  part  de  leur  seigneur.  Guillaume 
de  Griinenberg  jura  de  se  venger.  En  1448,  aidé  du  chevalier 
Jean  de  Rechberg,  il  s'empara  par  traîtrise  de  la  ville  de 
Rheinfelden,  en  massacra  les  habitants  et  leur  enleva  leurs 
biens;  le  duc  d'Autriche  donna  la  ville  à  Guillaume,  pour  le 
dédommager  de  la  perte  de  son  château.  Ces  événements 
avaient  ruiné  Rheinfelden.  Gomme  il  est  dit  dans  la  chro- 


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150  REVUE  D'ALSACE 

nique  de  Mone:  «Le  riche  devint  pauvre  et  Rheinfelden  n 
fut  plus  jamais  ce  qu'elle  avait  été.  > 

Der  erste  Zug  fur  Wasselnheim.  —  Der  ander  Zug  fur 
Wasseînheim,  —  Der  dirte  Zug  fur  Wasselnheim.  1448.  —  Ce 
long  récit  est  à  peu  près  conforme  à  celui  du  manuscrit  de  Co- 
logne, publié  par  Mone,  III,  p.  539-542.  Le  récit  de  la  chronique 
de  Strasbourg,  Schnéegans,  p.  177  et  sq.,  présente  d'assez  nom- 
breuses variantes.  Une  partie  du  récit  seulement  est  dans  Mone  I, 
p.  275. 

Fragment  20.  —  Dos  fiche  wart  genumen  in  der  wantzenawe, 
1447.  —  Le  récit  du  manuscrit  est  notablement  différent  de 
celui  de  Mone  III,  539  et  de  Schnéegans,  177. 

Do  man  zalte  MCCCCXLVII  ior,  an  sundag  vor  sanct  Michils- 
tage,  do  nam  Wilhelm  von  Vinstingen  und  sin  bruder  her  Johan 
von  Vinstingen  das  fiehe  in  der  Wantzenowe  und  uff  dem  sôrae, 
uff  die  hohe  stiffl  zu  Stroszburg,  uff  etlich  ansproche  die  er  meinde 
an  die  stifït  zu  habende.  Und  also  noment  su  ein  grosse  sume 
fiehes  und  tribent  das  enweg  und  do  reit  Walther  von  Tan  fur 
den  Kochersperg  und  rette  zu  dem  fout^  das  er  der  stat  soit  sagen, 
was  fiehes  der  stat  oder  der  burger  were,  das  wolt  man  in  ailes 
wider  geben.  Aber  dis  geschach  nit^  wanne  die  stat  santé  ir  burger 
gon  Diemeringen  dem  fiehe  noch;  men  wolt  in  aber  nût  geben 
und  spottet  ir  darzu.  Do  dis  nu  geschach  und  die  stat  und  die  stifït 
sach  wie  der  bischoff  ûbil  wolte  und  siner  eren  vergessen  bat,  und 
wider  su  sin  wolte  und  es  mit  den  fîgende  bette,  do  verbundent 
sich  die  stifït  und  die  stat  zusamene  zehen  ior,  dem  bischofe  zu 
leide  und  sinen  helffern.  Item  die  ansproche  die  Schan  von  Vin- 
stingen batte  an  die  stifït  was  also.  Der  von  Busenach  wart  erwelt 
zu  einem  bischofe  und  ouch  er  Johans  von  Ohssenstein.  Do  rette 
Gerhart  Schôp  mit  her  Johan  von  Vinstingen,  das  er  solte  dem 
von  Ohssenstein  helffen,  das  er  by  dem  bistum  blibe.  Darumbe 
wolt  er  im  ein  sum  geltis  geben.  Nu  ist  er  nit  bischoff  bliben  und 
bat  ouch  nie  kein  pfert  durch  sinen  willen  gesattilt,  und  wolt 
doch  das  gelt  haben  unverdient.  Das  doch  der  tumprobest  geme 
mit  im  furkeme  an  gelegen  enden,  so  sleht  er  im  ailes  reht  abe 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  151 

und  wolt  also  sinen  hoben  mut  mit  der  stat  und  der  stiflt  ailes 
unwiderseit  und  in  das  ir  nemen.  Item  die  stat  und  sliiït  wider- 
seiten  ime  in  der  hundersten  wuchen  der  messen.  Item  darnoch 
zoch  die  stat  us  ufT  her  Johan  von  Vinstingen  uiî  zistag  noch  sant 
Ulricbestag  und  herscheten  ein  tag  und  ein  naht  und  brantent  fier 
dôrffer^  aber  das  vibe  battent  su  ailes  enweg  geflôbet.  Das  kunde 
in  nit  werden,  su  battent  das  ir  fier  milen  weges  bûnder  sicb 
geflôbet. 

Der  Krieg  war  verrihtet, 

Hie  nocb  also  der  Krieg  lange  bette  gewert  und  grosser  scbade 
was  gescbeben  mit  robe  und  mit  brande  zu  beden  siten,  do  warp 
der  lantfout  umb  die  stat  und  oucb  umb  er  Joban  von  Vinstingen 
umb  einen  frûntlichen  tag  dar  in  zu  reden.  Also  wart  der  tag  gon 
Hagenowe  geleit  uff  mendag  vor  sant  Jocopstag  do  man  zalte 
M  CCGG  XLVIIl  ior  und  wart  der  krieg  also  verribtet  :  wer  do 
hatte  verlorn,  der  bette  verlorn  und  solte  kein  parte  der  andern 
Dût  nocb  geben.  Es  solte  glicb  uff  sin  und  die  gevangen  zu  beden 
siten  lidig  gelossen  one  scbatzunge. 

En  l'année  1447,  le  dimancbe  avant  la  Saint-Micbel  (24  sep- 
tembre), Guillaume  de  Fénétrange  et  son  frère,  le  seigneur  Jean 
de  Fénétrange,  s'emparèrent  du  bétail  à  la  Wantzenau  et  sur  le 
sôme* ,  au  détriment  du  baut  chapitre  de  Strasbourg,  par  suite  de 
certaines  revendications  qu'ils  prétendaient  exercer  sur  ledit  cha- 
pitre. Et  ainsi  ils  s'emparèrent  d'une  grande  quantité  de  bétail  et 
le  poussèrent  devant  eux.  A  ce  moment,  Waltber  von  Tbann  alla  à 
cheval  au  Kocbersberg  et  parla  au  bailli,  pour  qu'il  prévînt  la 
ville  ;  tout  le  bétail  qui  appartiendrait  à  la  ville  ou  aux  bourgeois, 
il  promit  de  le  rendre  fidèlement.  Mais  la  chose  n'eut  pas  lieu, 
encore  que  la  ville  eût  envoyé  des  bourgeois  à  Diemeringen",  pour 
chercher  les  bêtes  ;  on  refusa  de  les  leur  rendre  et,  par-dessus  le 
marché,  on  se  moqua  d'eux.  Lorsque  ces  faits  arrivèrent  et  que  la 

^Le  texte  de  Mone  porte  :  uff  dem  Somen.  Nous  ne  savons  pas  ce 
qu'il  faut  entendre  par  ce  mot  ;  probablement  c'est  le  nom  d'un  pâtu- 
rage près  de  Wantzenau. 

*  Canton  de  Dnilingen ,  arrondissement  de  Saverne. 


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152  REVUE  d'alsace 

ville  et  le  chapitre  s'aperçurent  des  mauvaises  dispositions  de 
Tévêque  ;  quand  ils  virent  qu'il  avait  oublié  l'honneur,  qu'il  était 
contre  eux  et  qu'il  prenait  le  parti  de  leurs  ennemis,  ils  s'allièrent 
.  à  leur  tour,  pour  une  période  de  dix  ans,  contre  l'évêque  et  ses 
auxiliaires.  Les  prétentions  que  Jean  de  Fénétrange  avait  contre 
le  chapitre  étaient  les  suivantes.  On  avait  élu  à  la  fois  comme 
évêques  le  seigneur  de  Bussnang  et  le  seigneur  Jean  d'Ochsenstein . 
Dans  ces  circonstances,  Gerhart  Schœp  entra  en  pourparlers  avec 
Jean  de  Fénétrange  pour  qu'il  aidât  le  seigneur  d'Ochsenstein  à 
rester  maître  de  l'évèché  :  celui  d'Ochsenstein  promit  à  Jean  une 
somme  d'argent  pour  prix  de  son  concours.  Mais  voici  qu'il  ne  put 
rester  évoque  et  bien  que  Jean  ne  lui  eût  pas  sellé  un  cheval,  il 
prétendit  néanmoins  à  l'argent,  sans  l'avoir  gagné.  Le  prévôt  du 
chapitre  serait  volontiers  entré  en  accommodement  avec  lui  ;  mais  il 
repoussa  toute  avance  ;  et  il  exerça  scéravage  contre  la  ville  et  le 
chapitre,  sans  déclaration  de  guerre,  et  il  voulut  leur  prendre 
leurs  biens.  Mais  la  ville  et  le  chapitre  lui  firent  la  guerre  dans  les 
dernières  semaines  delà  foire  (après  la  Saint-Jean  1448).  Plus  tard, 
la  ville  fit  une  expédition  contre  Jean  de  Fénétrange  le  mardi 
après  la  Saint-Ulrich  (9  juillet  1448),  et  ils  restèrent  les  maîtres 
un  jour  et  une  nuit  et  ils  brûlèrent  quatre  villages;  mais  les 
ennemis  avaient  mis  tout  le  bétail  en  sûreté;  les  Strasbourgeois 
ne  purent  le  reprendre;  car  Jean  de  Fénétrange  l'avait  fait 
emmener,  à  quatre  milles  derrière  soi. 

La  gxiei^e  fui  accordée. 

Après  que  la  guerre  eut  duré  longtemps  et  que  grand  dommage 
eut  été  fait  des  deux  côtés  par  suite  de  pilleries  et  d'incendies,  le 
landvogt  pria  la  ville  et  aussi  le  seigneur  Jean  de  Fénétrange  de 
fixer  un  jour  et  un  lieu,  pour  y  traiter  do  la  paix.  On  désigna 
Haguenan  et  le  lundi  avant  la  Saint-Jacques  (22  juillet),  en  l'année 
1448.  A  cette  diète,  la  guerre  fut  accordée.  Celui  qui  avait  perdu 
avait  perdu  et  aucun  parti  ne  devait  rien  restituer  à  l'autre.  Les 
hostilités  devaient  cesser  immédiatement  et  des  deux  côtés  les 
prisonniers  devaient  être  rendus  sans  rançon. 

A  la  mort  de  Tévêquc  Guillaume  de  Diesi  en  1439,  les 


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MANUSCRITS   ALLEMANDS  153 

voix  de  la  plupart  des  chanoines  tombèrent  sur  Conrad  de 
Bussnang,  descendant  d'une  très  noble  famille  de  Thurgovie. 
Cependant  quelques  chanoines  mécontents,  soutenus  par 
les  nobles,  voulurent  imposer  comme  prélat  au  diocèse 
le  seigneur  Jean  d'Ochsenstein,  prévôt  du  chapitre.  Les  deux 
compétiteurs  furent  consacrés  le  même  jour  et  presque  au 
même  moment  dans  la  cathédrale  ;  mais  Conrad  de  Bussnang 
abdiqua  en  faveur  du  comte  palatin  Robert,  qui  resta  défi- 
nitivement maître  de  la  place.  Pendant  ces  querelles,  Jean 
d'Ochsenstein  avait  promis  une  certaine  somme  à  Jean  de 
Fénétrange,  pour  que  celui-ci  soutint  sa  cause;  le  comte  de 
Fénétrange  ne  fil  rien,  réclama  néanmoins  la  somme  et  rendit 
le  chapitre  responsable  du  payement.  Il  attira  en  Alsace  les 
Armagnacs;  puis,  profitant  d'une  occasion  favorable,  il  enleva, 
le  34  septembre  1447,  le  bétail  du  haut  chapitre  et  celui  de 
la  ville  de  Strasbourg  à  la  Wantzenau,  au  canton  de  Brumath. 
Il  avait  pour  complice  dans  ce  bel  exploit  Walther  de  Thann, 
qui  détenait  en  fief  de  l'empereur  la  ville  de  Wasselonne.  En 
vain  ce  dernier  promit  au  bailli,  Rudolphe  Lumbhart,  de 
restituer  le  bétail  qui  appartenait  à  la  cité;  sa  promesse  ne 
fut  pas  exécutée  et,  dès  lors,  la  ville  et  le  chapitre  qui,  au 
demeurant,  soupçonnaient  l'évoque  Robert  de  Bavière  d'être 
d'accord  avec  leurs  ennemis,  firent  une  alliance  de  10  années. 
La  ville  attaqua  d'abord  Wasselonne:  elle  y  fit  plusieurs 
expéditions  qui  ont  été  racontées  dans  notre  manuscrit  au 
chapitre  précédent.  Elles  amenèrent,  le  29  juin  1448,  la  prise 
de  la  ville  ^  Puis  le  9  juillet,  la  ville  déclara  la  guerre  à  Jean 


^  C'est  à  cette  prise  de  Wasselonne  que  fait  allusion  notre  texte  :  c  Item 
die  stat  und  stiffl  widerseiten  ime  in  der  hundersten  wuchen  der 
messen.  »  La  foire  de  Strasbourg  avait  alors  lieu  quinze  jours  avant  la 
Saint- Jean  {vor  singiten)  et  quinze  jours  après.  Cf.  Strassburgische 
Archivchronik .  p.  440.  Or  les  habitants  de  Strasbourg  firent  leur  troi- 
sième expédition  contre  Wasselonne  le  26  juin  et  le  29  ils  prirent  la 
ville. 


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154  REVUE  d'alsace 

de  Fénétrange  et  marcha  contre  lui  :  elle  lui  brûla  quatre 
villages  et  commit  dans  son  pays  bien  des  dégâts;  le  landvogt, 
qui  était  alors  le  comte  palatin  Louis,  invita  les  deux  parties 
à  se  réconcilier;  il  leur  fixa  jour  à  Haguenau  le  22  juillet: 
Jean  de  Fénétrange  renonça  à  toutes  ses  prétentions  sur  le 
seigneur  d'Ochsenstein  et  le  chapitre;  chaque  parti  gardait 
ce  qu'il  avait  acquis.  Tous  ces  faits  ont  été  racontés  d'après 
Specklin  par  Strobel,  t.  III,  p.  224-229. 

Fragment  21.  —  Von  denersten  Gecken. 

Do  man  zalle  MCCCCXXXIX  ior,  uff  den  nehsten  dunrslag 
noch  sant  Mathistag,  in  der  vasten,  do  kam  ùber  zabern  steige  in 
eilsas  ein  unzelich  grosz  volck,  die  nante  man  die  armen  gecken*, 
und  aiso  su  ûber  die  steige  koment  her  in  dis  lant,  do  erschussent 
su  wer  in  werden  môhte  an  der  ersten,  und  floch  iedermann  in  die 
stetle  mit  libe  und  mit  gule  wer  anders  môhte  entrinnen.  Sus 
ranlent  su  in  dem  lande  wider  und  fur.  Item  an  dem  nehsten 
sundage  noch  der  grossen  vastnaht,  in  dem  morgen  imbis,  do 
koment  su  fur  Stroszburg  und  verslugent  sich  hûnder  die  Kart- 
hùseler  und  sus  in  die  glamen  das  ir  nieman  enwuste.  Sus  ranlent 
vil  nacketer  buben  do  und  liessent  sich  sehen.  Do  liefTent  wol  sehs 
hunderl  gesellen  us  Stroszburg  von  etlichen  burgern  und  burgers 
knehten  und  lantlùten  die  in  der  stat  logent  und  woltent  das  volck 
sehen,  und  liefTent  also  one  harnesch  hin  us.   Als  su  koment  [zu] 

^  Le  manuscrit  83,  fol.  386,  a  suivi  le  môme  récit,  mais  Ta  interpolé. 
Nous  donnons  les  principales  interpolations.  Die  nante  man  die  armen 
gecken  und  worent  by  in  herr  Tchan  von  Vinstingen  und  andere 
lûtschen  die  in  Anwysunge  gobent  berusz  zu  zyehende  und  worent  ir 
by  zwolff  tusend  pferde  und  legertent  die  ersle  naht  in  den  dôrffern 
unvern  von  Zabern  und  zugent  am  andern  tag  darnach  furbasz  in  die 
dôrffere  unvern  von  Straszburg,  und  also  su  ûber  die  steige...,  etc.  On 
les  appelait  les  Armagnacs,  et  il  y  avait  avec  eux  Jean  de  Fénétrange  et 
d'autres  seigneurs  allemands  qui  les  avait  invités  à  sortir  de  leur  pays, 
et  ils  étaient  au  nombre  de  12,000  cavaliers  et  la  première  nuit  ils 
logèrent  dans  les  villages  près  de  Saverne  ;  le  lendemain  ils  se  diri- 
gèrent dans  les  villages  aux  environs  de  Strasbourg. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  155 

sanct  Gailen,  do  rantent  die  her  fur  die  hûnder  den  karthûselern 
logent  und  sich  in  die  glamen  verslagen  hettent,  und  do  die 
Gesetlen  us  der  stat  koment,  do  hortent  su  das  des  bôsen  voickes 
so  vil  do  was.  Do  wollent  su  wider  in  die  stat  wichen,  do  rante 
das  b6sen  voickes  so  vil  an  su  und  rantent  von  einander.  Do  wur- 
dent  erslagen  von  burgern  und  das  merteil  von  burgers  knehten 
und  lant  lûten,  das  ir  zusammen  was  ufTxLvni  man;  die  ûberigen 
koment  wider  in  die  stat.  Item  man  sol  ôch  wissen  heltent  su  dem 
houbetman  gevolget,  das  was  juncher  RudolIT  Barpfennig,  so 
werent  su  sicher  mit  gewerter  hant  one  allen  schaden  in  die  slat 
kumen.  Dar  nach  am  andern  tage  und  am  dirten  tage  zoch  das 
bôse  voick  das  lant  uff  enweg*. 

Les  premiers  Armagnacs. 

En  l'année  1439,  le  jeudi  qui  suivit  la  Saint'Mathias  (26  février) 
pendant  le  carême,  il  arriva  par  le  col  de  Saverne  une  grande  et 
innombrable  bande  qu'on  appelait  les  Armagnacs  (armengecken), 
et  lorsqu'ils  eurent  passé  par  le  col  dans  notre  pays,  ils  fusillèrent 
tous  ceux  qu'ils  rencontraient  les  premiers,  et  chacun,  parmi  ceux 
qui  purent  s'échapper,  s'enfuit  dans  les  villes  avec  corps  et  bien. 
Ainsi  ils  coururent  çà  et  là  dans  la  contrée.  Le  second  dimanche 
de  carême  (31  mars),  pendant  le  repas  du  matin,  ils  arrivèrent 
devant  Strasbourg,  se  cachèrent  derrière  la  Chartreuse  et  dans  le 
klammen,  de  façon  à  ce  que  personne  ne  les  vit.  Puis  un  certain 
nombre  d'entre  eux  désarmés  battirent  la  campagne  et  se  lais- 
sèrent voir.  Alors  environ  600  compagnons,  soit  des  bourgeois, 
soit  des  domestiques,  soit  des  campagnards  qui  s'étaient  retirés 
dans  la  ville,  sortirent  de  Strasbourg  et  voulurent  voir  ces  soldats  : 
ils  quittèrent  la  ville  sans  armes.  Lorsqu'ils  furent  arrivés  à  Saint- 
Gall,  ceux  qui  s'étaient  mis  derrière  la  Chartreuse  et  s'étaient 

*  Le  manuscrit  83  jgoute  :  und  worent  also  by  viertzehen  tagen  in 
tûtschen  landen  one  aile  ervorderunge  und  bewarunge,  und  volbrohten 
vil  boszheit  und  mordes  mit  totslegen,  klenrissen,  rouben  und  brennen... 
et  ils  furent  ainsi  pendant  quinze  jours  dans  les  pays  allemands ,  sans 
garder  nul  ménagement,  commettant  beaucoup  de  méchanceté  et  de 
meurtres,  mettant  à  mort,  emprisonnant,  dérobant,  brûlant. 


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156  REVUE  d'alsace 

cachés  dans  le  klammen  sortirent  de  leur  embuscade;  et  quand  les 
compagnons  arrivèrent  hors  de  la  ville,  ils  s'aperçurent  à  quel 
nombre  d'ennemis  ils  avaient  affaire.  Alors  ils  voulurent  rentrer 
dans  la  ville  :  mais  ce  méchant  peuple  leur  courut  après  et  ils  se 
dispersèrent.  Alors  furent  tués  quarante-huit  hommes  parmi  les 
bourgeois,  mais  surtout  parmi  leurs  serviteurs  et  les  campagnards. 
Les  autres  rentrèrent  dans  la  ville.  On  doit  aussi  savoir  que  — 
s'ils  avaient  obéi  à  leur  capitaine  —  c'était  alors  l'écuyer  Rudolf 
Barpfennig  —  ils  se  seraient  armés  et  seraient  rentrés  en  ville 
sans  dommage.  Après  cela,  le  jour  suivant  et  le  troisième  jour,  le 
méchant  peuple  quitta  les  environs  de  Strasbourg,  en  remontant 
le  pays. 

On  connaissait  déjà  un  certain  nombre  de  récits  sur 
l'invasion  des  Armagnacs  en  1439.  Herzog,  Elsàsser  ChroniTc^ 
IL  Theil,  p.  103,  en  avait  composé  un  d'après  le  témoignage 
d'un  contemporain  qui  assista  à  ces  événements.  On  con- 
sultera  aussi  avec  fruit  le  fragment  publié  par  Schilter^  dans 
ses  observations  sur  Kœnigshofen,  p.  1000;  la  narration  de 
Maternus  Berler,  Code  historiqtie  de  la  ville  de  Strasbourg^ 
p.  54;  enfin  la  continuation  de  Kœnigshofen,  éditée  par 
Mone,  t.  III,  p.  522.  Si  notre  fragment  n'ajoute  pas  grand' 
chose  à  nos  connaissances,  il  présente  du  moins  des  variantes 
intéressantes.  Parmi  les  récits  modernes  on  lira  avec  plaisir 
ceux  de  Slrobel,  Vaterlàndiscke  GeschicUe  des  ElsasseSj 
t.  III,  188;  de  Tuetey,  Les  écorcheurs  sous  Charles  VII^  p.  99; 
enfin  la  dissertation  de  Witte,  Die  armen  gecîcen  oder  scJdnder 
und  ihr  EinfaU  ins  Elsass  im  Jakre  1439,  Slrassburg,  1883. 
Notre  récit  confirme  ceux  qui  ont  été  publiés  antérieurement 
sur  le  nombre  des  écorcheurs,  sur  la  date  de  leur  arrivée, 
sur  le  rôle  de  Jean  de  Fénétrange,  enfin  sur  le  combat  de 
Strasbourg.  La  chartreuse  derrière  laquelle  se  cachèrent  les 
Armagnacs  était  située  au  nord-ouest  de  Strasbourg,  sur  la  route 
d'EckboIsheim  ;  le  Matnmen  était  le  nom  d'un  chemin  creux 
situé  près  de  celte  route,  derrière  la  chapelle  de  Saint-GalL 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  157 

Fragment  22.  —  Von  den  anderen  Gecken. 

Do  man  zalte  MCCCCXLIIIl  ior  in  dem  ougeste  do  zoch  Ludewig 
der  telfGn,  kunig  karlen  sun,  von  franckenrich  in  dûtsche  Jant  wol 
mit  fûnffzig  tusent  Mannen  zu  rosse  und  zu  fusz.  Und  koment  zu 
dem  ersten  gon  Mumpilgarte,  do  wurdent  su  in  gelossen  mit 
gutem  vvillen  und  zugent  in  ôberlant  und  woltent  an  die  Switzer 
sin.  Do  su  koment  gon  Seckingen  und  gon  Louffenberg  und  gon 
Walshut,  do  wurdent  su  ingelossen  mit  gutem  willen  und 
nmhtent  in  zu  naht  Fuszwasser  und  sattent  in  ir  silberin  geschirre 
fur  und  leitent  su  an  ir  bette.  Also  wurdent  su  zu  rote  des  nahtes 
das  su  nil  an  die  Switzer  woltent.  Des  morgens  fruge  stiessent 
die  frômden  die  heimschen  us  und  noment  in  was  su  hettent, 
und  zugent  ochdai'us  und  zugent  wider  herabe  gon  Basil  und 
logent  ûber  naht  in  den  dôrifern  obenwendig  Basil  und  do  umb. 
Also  koment  der  switzer  wol  xv^  an  mitwuch  frûge  an  sant  bartho- 
lomeuslag  des  vorgenanten  jores  und  erslugent  der  gecken  vil  und 
zugent  fur  abe  her  und  woltent  gon  basil.  Do  su  koment  an  den 
bûrsich  und  ûber  das  wasser  koment,  do  kam  des  bôsen  voickes 
also  vil  an  su  und  slugent  sich  mit  einander  by  den  guten  lûten, 
und  was  des  bôsen  voickes  so  vil,  wanne  ein  huffe  mûde  wart, 
so  kam  ein  ander  huffe  der  geruget  was.  Do  koment  die  switzer 
zu  den  guten  lûten  in  das  hus  und  wertent  sicli  von  prime  untz 
vesper,  und  wurdent  die  switzer^  erslagen,  das  ir  gar  wenig  der 
von  kam  und  wurdent  der  gecken  gar  vil  erslagen  und  enweg 
gctragen  und  gefûrt  in  ein  clein  slôsselin  und  verbrant,  das  man 
Dit  solte  wissen  das  ir  so  vil  erslagen  wer.  Ouch  sol  man  wissen 
das  vil  dûlschen  under  den  gecken  was  in  diser  slaht  von  etlichen 
herren  in  disen  Landen  und  sunderlich  her  burckart  Munch  der 
wart  geworffen  mit  eime  steinc  das  er  slarp^  der  doch  des  bôsen 
voickes  ein  fùrer  was,  und  werent  die  dûtschen  nit  gewesen ,  die 
switzer  werent  on  aile  schaden  vor  allen  walhen  wol  gon  Basil 
kumen.  Do  das  zerging,  do  zugent  die  dûlschen  Herren  von  in  ; 
do  woltent  su  ouch  nit  me  nohe  by  den  Swilzern  sin  und  zugent 
das  lant  her  abe  gon  Endeszheim  in  der  bertzogen  slosz  von  Oester- 
rich  und  noment  den  armen  lûten  was  su  ^lettent  und  stiessent  sfi 
us,  wip  und  kind.  Ouch  wurdent  su  ingelossen  zu  Altkirch  und  zu 


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158  REVUE   D'ALSACE 

Wallwilere,  und  zu  erlisheim  und  zu  eigelsheim,  und  zu  dem 
heilgen  crûtz  und  tanbach^  und  zugent  das  lant  her  abe,  und 
gewunnent  Marckoltzbeim  mit  trowen  und  sant  Pûlte.  Item  ufl 
den  nebsten  tag  nocb  unser  frowentag  der  bûnder,  koment  su  gon 
Ërstbeim  und  logent  darinne  mit  sehsz  tusent  mannen  uffder 
illen  und  roubetent  was  in  werden  môbte  und  floch  iederman  in 
die  stelte  wer  do  môbte.  Docb  fmgent  su  vil  lûtes  und  scbetzetent 
die  umb  gelt;  wer  das  nit  bette  zu  geben,  der  mûste  rosz^  isen^ 
oder  ducb  oder  was  er  bette.  Der  das  nit  enbet  zu  geben,  dem 
snittent  su  die  kele  abe  oder  hingent  in  an  einen  boni  oder  mar- 
tiltent  in  das  er  starp.  Item  uff  samstag  vor  sant  Matheustag  etc... 

Notre  récit  est  ensuite  assez  conforme  à  celui  qu'a  publié 
Mone,  t.  m,  p.  527-529.  Au  §  29  de  Mone,  il  faut  lire  Gugen- 
heim  au  lieu  de  Ingenheim.  La  dernière  phrase  de  notre  ma- 
nuscrit est  :  Item  man  sol  wissen  fur  wor,  wer  den  gesellen, 
die  dis  ding  dottent^  also  not  gewesen  nach  den  lûten,  also 
nach  dem  gule,  su  bettent  vil  me  erslagen  denne  su  erslugent. 
Es  was  kein  reisig  man  hie  hy,  es  worent  aïs  arm  knehte, 
also  vor  ist  geseit. 

Les  seconds  Armagnacs. 

En  Tannée  1444,  le  daupbin  Louis,  fils  du  roi  Cbarles,  alla  de 
France  dans  les  pays  allemands  ;  il  avait  bien  avec  lui  50,000 
hommes  à  pied  et  à  cheval.  Us  arrivèrent  d'abord  à  Montbéliard, 
où  on  les  laissa  entrer  volontiers.  Puis  ils  remontèrent  le  pays  et 
voulurent  marcher  contre  les  Suisses.  Ils  arrivèrent  ainsi  à  Seckin- 
gen,  Laulîenbourg  et  Waldshut  ;  là  encore,  les  habitants  les  lais- 
sèrent entrer  de  bon  gré  ;  ils  leur  préparèrent  pendant  la  nuit  des 
bains  de  pied,  les  servirent  dans  de  la  vaisselle  d'argent  et  les  con- 
duisirent jusqu'à  leur  lit.  Pendant  la  nuit,  les  soldats  délibérèrent 
qu'ils  ne  voulaient  pas  marcher  contre  les  Suisses.  Le  matin  de 
bonne  heure,  les  étrangers  chassèrent  les  indigènes,  leur  prirent 
tout  ce  qu'ils  avaient,  sortirent  à  leur  tour  de  la  ville  et  redescen- 
dirent vers  Bâle  et  les  environs.  Alors  les  Suisses,  bien  au  nombre 
de  1500,  arrivèrent  le  mercredi  matin  de  bonne  heure,  le  jour  de  la 
Saint*Barthélemy  de  l'année  précitée  (26  août);  ils  exterminèrent 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  159 

un  grand  nombre  d'Armagnacs^  poursuivirent  leur  chemin  et  vou- 
lurent aller  à  Bâle.  Après  qu'ils  furent  arrivés  à  la  Birse  et  qu'ils 
eurent  franchi  Teau,  une  quantité  innombrable  de  ces  méchants  sol- 
dats arrivèrent  à  eux  et  ils  se  battirent  près  de  la  maladrerie  et  il  y 
avait  tant  d'hommes  de  ce  méchant  peuple  que,  lorsqu'une  bande 
était  fatiguée,  accourait  aussitôt  une  seconde  bande  qui  venait  de 
se  reposer.  Alors  les  Suisses  entrèrent  dans  la  maladrerie  et  ils  se 
défendirent  de  six  heures  du  matin  jusqu'à  vêpres  et  les  Suisses 
furent  exterminés  au  point  que  bien  peu  d'entre  eux  en  échap- 
pèrent. Un  nombre  fort  considérable  d'Armagnacs  périt  ;  on  em- 
portait leurs  cadavres  du  champ  de  bataille  et  on  les  conduisait 
dans  un  petit  château  où  on  les  brûlait^  pour  qu'on  ne  pût  pas 
savoir  combien  d'entre  eux  avaient  péri.  On  doit  aussi  savoir  que 
dans  cette  bataille  il  y  avait  dans  le  rang  des  Armagnacs  beaucoup 
d'Allemands,  parmi  les  seigneurs  de  ces  pays  et  particulièrement 
le  seigneur  Burckard  Mûnch,  qui  fut  frappé  d'une  pierre  et  en 
mourut.  Il  était  devenu  l'un  des  conducteurs  de  la  méchante 
bande,  et,  si  les  Allemands  n'avaient  pas  été,  les  Suisses  auraient 
pu  parvenir  sans  dommage  à  Bâle^  devant  tous  ces  Welsches. 
Après  ces  événements,  les  seigneurs  allemands  les  quittèrent;  et 
eux  ne  voulurent  pas  non  plus  rester  dans  le  voisinage  des  Suisses  ; 
ils  descendirent  le  pays  jusqu'à  Ensisheim^  au  château  du  duc 
d'Autriche,  prenant  aux  pauvres  gens  tout  ce  qu'ils  avaient^  les 
expulsant,  eux,  leurs  femmes  et  leurs  enfants.  Ou  les  laissa  péné- 
trer à  Altkirch,  à  Watwiler,  à  Herlisheim,  à  Éguisheim,  à  Sainte- 
Croix,  à  Dambach^  ils  descendirent  ainsi  la  région,  prirent  Mar- 
kolsheim  avec  menaces  ainsi  que  Saint-Hippolyte.  Item,  le  jour 
après  la  fête  de  Notre-Dame  (9  septembre),  ils  arrivèrent  à  Erstein 
et  ils  campèrent  là  sur  l'Ill,  avec  6000  hommes,  et  ils  prirent  tout 
ce  qu'ils  pouvaient  et  chacun  qui  le  pouvait  s'enfuit  dans  les  villes. 
Ils  s'emparèrent  de  beaucoup  de  personnes  et  les  rançonnèrent 
pour  de  l'argent  ;  celui  qui  ne  pouvait  donner  la  somme  exigée, 
devait  livrer  un  cheval^  du  fer,  de  la  toile  ou  ce  qu'il  avait.  A  celui 
qui  ne  pouvait  donner  ces  objets,  ils  coupaient  la  gorge;  ou  bien 
ils  le  pendaient  à  un  arbre  ou  le  torturaient  jusqu'à  ce  qu'il 
mourût. . . 


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160  REVUE  d'ALSACE 

Noire  chronique  n'a  pas  parlé  des  molifs  qui  ont  poussé 
le  dauphin  Louis  à  venir  du  côté  de  TÂlsace:  ces  motifs  ont 
été  racontés  longuement  dans  d'autres  continuations  de 
Kœnigshofen  (Strasjsiburgische  Archiv-Ckronik  dans  le  Gode 
historique  de  la  ville  de  Strasbourg^  p.  153;  manuscrit  de 
Cologne  dans  Mone,  III,  522  et  suiv.  ;  manuscrit  allemand  83 
de  la  bibliothèque  nationale).  Dans  tous  ces  écrits  on  lit 
l'histoire  de  la  guerre  que  firent  les  Suisses  à  Zurich,  alors 
allié  du  roi  des  Romains  Frédéric  III;  on  y  apprend  comment 
en  juin  1444  les  confédérés  vinrent  mettre  le  siège  devant 
cette  ville;  comment,  au  mois  d'août,  ils  bloquèrent  en  outre, 
entre  Seckingen  et  Lieslal,  le  château  de  Farnsburg  que 
défendait  un  chevalier  de  l'empire,  Jean  de  Rechberg.  Fré- 
déric, ne  pouvant  secourir  ses  alliés,  s'adressa  au  dauphin  et 
les  Armagnacs  vinrent  dans  nos  régions.  Notre  texte,  comme 
celui  de  Mone,  fixe  leur  chiffre  à  50,000  hommes;  Tuetey 
{Les  écorcheurs  sous  Charles  VII,  1. 1,  p.  150)  avait  admis  le 
chiffre  de  30,000,  qui  est  sans  doute  trop  bas.  Noire  docu- 
ment nous  donne  ensuite  des  renseignements  tout  à  fait 
nouveaux  sur  la  manière  dont  s'engagea  la  bataille  de  Saint- 
Jacques.  Le  18  août  1444,  Louis  était  entré  dans  Montbéliard  ; 
ses  bandes  n'y  demeurèrent  pas  longtemps  :  elles  marchèrent 
lout  de  suite  en  avant  pour  délivrer  Zurich  et  Farnsburg; 
elles  furent  reçues  en  alliées  dans  les  villes  de  Seckingen, 
Lauffenburg  et  Waldshut;  mais  là  elles  se  mutinèrent  tout 
d'un  coup  et  tournèrent  le  dos  aux  Suisses.  Celte  retraite 
enhardit  ceux-ci  à  leur  courir  sus  :  ils  marchèrent  en  avant, 
culbutèrent  à  Pratteln  le  corps  que  commandait  Antoine  de 
Chabannes  et  le  forcèrent  à  se  replier  sur  Muttens;  puis  ils 
franchirent  la  Birse  et  là  se  heurtèrent  au  gros  de  l'armée 
des  écorcheurs.  Notre  chronique  prétend  que  1500  Suisses 
prirent  part  à  la  bataille.  Peut-être,  pour  exaller  leur 
héroïsme,  a-t-elle  diminué  leur  nombre.  Tuetey  s'est  arrêté 
au  chiffre  de  2000.    Notre  texte  rapporte  seulement  que 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  161 

fiurckhart  Mûncb  périt  d'un  coup  de  pierre;  11  ne  nous  le 
montre  pas,  comme  la  légende,  se  promenant  en  triomphateur 
au  milieu  des  mourants,  criant  à  ses  victimes  :  cNous  nous 
baignons  aujourd'hui  dans  des  roses.»  Ensuite,  le  fragment 
indique  bien  pourquoi  le  dauphin,  abandonné  du  reste  des 
seigneurs  allemands,  se  détourne  de  la  Suisse,  dont  les  habi- 
tants se  sont  montrés  si  héroïques,  et  se  rejette  sur  l'Alsace. 
Sur  cette  invasion  même  de  TAIsace,  il  ne  nous  apprend  rien 
de  nouveau. 

Après  ces  longs  fragments,  le  manuscrit  82  se  termine  par 
les  paragraphes  suivants  : 

Fragment  23.  —  GetviUer  die  stat  wart  gewunnen.  1448. 

Do  man  zalte  M  CCCC  XL VIII  ior,  ulT  sanct  Martinstag,  do 
gewan  der  appet  von  Murbach  Gehwiler  das  stetlclin  by  naht 
ungewarnter  eren.  Die  doch  zu  sinem  closter  i;ehortent  unver- 
schult  und  trengete  su  von  ir  friheit  und  ait  harkumen  mit  gewalt. 

En  l'année  1448,  à  la  Saint-Martin  (H  novembre),  Tabbé  de 
Mûrbach  conquit,  pendant  la  nuit,  la  petite  ville  de  Guebwiller, 
au  mépris  de  son  honneur.  Ces  gens,  qui  dépendaient  de  son 
abbaye,  étaient  innocents  et  il  les  priva  de  leur  ancienne  liberté  et 
de  leurs  anciennes  coutumes  avec  violence. 

Le  même  fait  est  raconté  dans  la  continuation  de  Kœnigs- 
hofen,  chez  Mone^  t.  III,  p.  543,  fragment  65,  en  termes  un 
peu  plus  développés.  L'abbé  de  Murbach  était  à  ce  moment 
Barthélémy  d'Andlau.  Après  s'être  emparé  de  la  ville,  il 
réunit  le  conseil  et  le  somma  de  renoncer  à  ses  antiques  pri- 
vilèges. Mais  les  bourgeois  refusèrent  de  faire  aucun  change- 
ment à  leur  constitution.  La  cause  fut  portée  devant  la 
Régence  d'Ensisheim.  Celle-ci  donna  raison  à  l'abbé:  de 
nouveaux  membres  nobles,  tous  dévoués  au  monastère,  furent 
ajoutés  au  conseil  communal;  tous  les  membres  de  ce 
conseil,  ainsi  que  les  chefs  des  corporations,  devaient  être 
nommés  désormais  par  le  prince-abbé  :  il  fut  interdit  de  pré- 


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162  REVUE  d'alsace 

senter  à  Tabbé-seigneur  des  réclamations  collectives.  La 
perte  de  ses  libertés  fut  fatale  à  Guebwiller;  comme  le  dit  la 
chronique  de  Mone,  c  jamais  la  ville  ne  devint  plus  aussi 
prospère  qu'elle  Tétait  le  jour  où  la  conquit  ce  méchant 
homme.  >  Cf.  X.  Mossmann,  Mmhach  et  GudmiUer^  Colmar, 
1866,  p.  71,72. 

Fragment  24.  —  LUUeThurg  die  stat  war  getvunnen.  1443. 

Do  man  zalte  MGCGGXLIII  ior,  uff  dunrstag  noch  sant  Martins- 
tag,  do  wart  Lutzilburg  die  stat  gewunnen  und  wart  verroten  von 
den  die  in  der  stat  des  rotes  woren  und  wart  dem  hertzogen  von 
Burgin  ingeben. 

En  Tannée  1443,  le  jeudi  après  la  Saint-Martin  (14  novembre), 
la  ville  de  Luxembourg  fut  prise  et  elle  fut  trahie  par  ceux  de  la 
ville  (jui  étaient  du  conseil  et  elle  fut  livrée  au  duc  de  Bourgogne. 

La  duchesse  douairière  de  Luxembourg,  Elisabeth,  avait 
cédé  tous  ses  droits  à  Philippe-le-Bon,  duc  de  Bourgogne  : 
celui-ci  sut  les  faire  valoir.  La  ville  fut  prise  d'assaut  par  ses 
troupes  et  réunie  à  son  empire.  Cf.  de  Baraute,  Histoire  des 
ducs  de  Bourgogne,  1825,  L  VII,  p.  149. 

Lutzilstein  wart  gewunnen  von  dem  PfaUzgrofen,  1452.  — 
Cf.  Mone,  t.  I,  fragment  62  de  Tancien  manuscrit  de  Strasbourg, 
n«844. 

Fragment  25.  —  Der  strit  vor  Jente. 

Do  man  zalte  MCGGCLIII  ior,  do  streit  der  Hertzoge  von  Bur- 
gine  mit  der  stat  von  .Tente  und  wurdent  der  von  Jenge  erslagen 
und  ertrucket  xxii  tusend  man,  und  do  der  strit  also  geschach^  und 
die  von  Jente  dernider  gelogent,  und  erslagen  wurdent,  do  ergobent 
su  sich  erst  an  den  hertzogen  von  Burgin  und  man  sol  wissen 
werent  su  nit  geflohen  und  werent  by  einander  bhben,  das  in  nût 
gescheen  wer,  wanne  ir  was  me  und  worent  stercker  im  felde 
dan  der  Hertzoge  von  Burgine  mit  sime  Volcke. 

En  Tannée  1453,  le  duc  de  Bourgogne  combattit  contre  la  ville 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  d63 

de  Gand  et  les  gens  de  Gand  furent  battus  et  perdirent  22,000 
hommes;  et,  comme  le  combat  avait  ainsi  tourné,  comme  ceux  de 
Gand  étaient  vaincus  et  accablés,  ils  se  livrèrent  au  duc  de  Bour- 
gogne. L'on  doit  savoir  que,  s'ils  n'avaient  pas  pris  la  fuite  et  s'ils 
étaient  restés  ensemble,  la  chose  ne  leur  serait  pas  arrivée,  car  ils 
étaient  plus  nombreux  et  plus  forts  dans  le  combat  que  le  duc  de 
Bourgogne  avec  ses  troupes. 

11  s'agit  ici  de  la  bataille  du  Gavre,  où  45,000  Gantois  (non 
pas  2î2,000,  comme  dit  notre  texte)  se  heurtèrent  contre  les 
troupes  de  Philippe-le-Bon,  le  22  juillet  1453.  Un  chariot  de 
poudre  prit  feu  dans  le  camp  des  Gantois  et  cette  explosion 
détermina  leur  fuite.  H  ne  resta  plus,  après  cette  déroute, 
aux  habitants  de  la  ville  qu'à  se  rendre  à  merci  au  duc. 

Fragment  26.  —  Constantinopel  die  grosse  stcU  tvar 
hingeben. 

Do  man  zalte  MCGCCLIII  ior,  umb  sanct  Martinstag,  do  wart 
die  grosse  stat  Constantinopel  gewunnen  und  hingeben  mit  ver- 
reterige  den  Turcken. 

En  Tannée  1453,  vers  la  Saint-Martin,  la  grande  ville  de  Con- 
stantinople  fut  prise  par  les  Turcs  et  livrée  à  eux  par  trahison. 

Il  y  a  ici  une  erreur  sur  la  date  du  jour  .  Constanlinople 
fut  conquise  le  29  mai  1453;  peut-être  celle  nouvelle  ne 
parvint-elle  à  Strasbourg  qu'au  début  de  novembre.  Peut-être 
aussi  faut-il  lire  sanct  Maximstag. 

Fragment  27.  —  Nidecke  wart  gewunnen. 

Do  man  zalte  MGCGCLIIII  ior,  uff  aller  heilgentag,  do  wart  das 
slosz  gross  Nidecke  gewunnen  von  juncher  Ludewig  von  Liehten- 
berg  und  gewan  es  on  aile  Gezug  von  juncher  Andres  Wirich, 
was  juncker  Ludewiges  figent  und  hat  uff  in  angegriffen,  der  was 
ôch  uff  dem  slosse  und  wer  sin  frowe  nit  gewesen,  die  was  ouch 
uff  dem  slosse  und  ging  grosz  kindes,  und  bat  fur  in,  also  warel 


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164  REVUE  d' ALSACE 

die  frowe  geeret  von  juncher  Ludewig  von  Liehtenberg  und  wer 
das  nit  gewesen,  so  mûsle  juncher  Andres  Wirich  darumb  gestor- 
beu  sin. 

En  Tannée  1454,  à  la  Toussaint  (l®""  novembre),  le  château  de 
Grand-Nideck  fut  pris  par  récuyer  Louis  de  Lichtenberg  et  il  s'en 
empara,  sans  aucun  matériel  de  guerre,  sur  Técuyer  André 
Wirich.  Celui-ci  était  l'ennemi  de  l'écuyer  Louis  et  l'avait  attaqué. 
Wirich  se  trouvait  au  château  ainsi  que  sa  femme  qui  était  alors 
enceinte  et  qui  alla  prier  pour  lui.  Louis  de  Lichtenberg  respecta 
la  femme  et,  sans  elle,  l'écuyer  André  Wirich  aurait  été  mis  à 
mort  pour  ses  méfaits. 

Il  s'agit  ici  de  Louis  V  de  Lichtenberg^  qui  mourut  en 
1471  ;  le  château  de  Nideck  était  situé  au  fond  de  la  vallée  de 
Hasiach.  Ristelhueber-Baquol  {L'Alsace  ancienfie  et  moderne^ 
art.  Oberhasiach)  place  à  tort  ce  fait  en  1449.  Le  château  de 
Nideck  fut  détruit  probablement  peu  après;  mais  nous 
ignorons  l'époque  exacte  de  cette  destruction. 

Fragment  28.  —  Boh  Kunigsperg  das  Shs  wart  gewunneih 

Do  man  zalte  MGCGCLIITI  ior,  do  wart  hoh  kunigsperg  das 
sloss  gewunnen  von  den  von  Golmar,  wanne  ir  fîgende  dar  uff 
enthalten  worent  und  su  darabe  geschediget  wurden. 

En  l'année  1454,  le  château  de  Hohkônigsbourg  fut  pris  par  les 
habitants  de  Golmar,  parce  qu'on  y  avait  donné  asile  à  leurs  enne» 
mis  et  qu'ils  avaient  éprouvé  des  dommages  de  la  part  des  gens 
descendus  du  château. 

Depuis  la  fin  du  xiv°  Siècle,  le  château  de  Hohkônigsbouiç 
relevait  des  évêques  de  Strasbourg;  il  devint  bientôt  le  siège 
d'une  bande  de  brigands  qui  dévastaient  les  environs  et 
détroussaient  les  voyageurs.  En  l'année  1454,  ces  singuliers 
châtelains,  d'accord  avec  Walther  de  Dhan,  Amman  de  Mar- 
kolsheim  tombèrent  sur  une  noce  composée  d'environ  cent 
personnes  et  qui  se  rendait  de  Fribourg  en  Brisgau  à  Colmar  ; 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  165 

ils  retinrent  les  personnages  les  plus  riches  prisonniers  dans 
les  cachots  de  la  forteresse.  La  ville  de  Colmar,  dont  quel- 
ques habitants  avaient  été  victimes  de  cette  agression,  s'émut; 
d'accord  avec  Strasbourg  et  Schlestadt^  elle  assiégea  le  châ- 
teau; les  brigands  durent  capituler  et  Hohkônigsbourg  fut 
vendu;  mais  ses  nouveaux  possesseurs  imitèrent  l'exemple 
des  anciens:  en  1462,  toute  l'Alsace,  villes  et  seigneurs, 
assiégèrent  derechef  le  château,  qui  fut  détruit  et  qui  fut 
placé  sous  la  suzeraineté  du  duc  Sigismond  d'Autriche.  Cf. 
sur  ces  événements  la  petite  brochure  :  Die  Hohkônigdnirg 
im  Elsass.  Strassburg,  Schullz,  1878,  p.  7  -9. 

Fragment  29.  —  Eine  Eeise  fur  Mutzig. 

Do  man  zalte  MCCCGLIIII  ior  uff  sant  chorcheientag  do  wart 
Mutzich  gewunnen  oder  gestolen  von  hertzoge  Steffan  von  Peigern, 
unsers  herren  von  Stroszburg  vater  und  juncher  Schoffart  von 
Linyngen  und  dem  grofen  von  Sarvverde  und  dem  Bischôfe  von 
Mentze  und  gewunnent  es  juncher  Wirich  an  und  wusste  er  doch 
nul  mit  in  zu  schafTende  zu  han  und  der  bischoff  von  Stroszburg 
lech  in  bûssen  und  bulfer,  dass  su  das  Slosz  ouch  soltent  gewinnen, 
wanne  su  nit  me  danne*  das  stettehn  inné  battent.  Also  zoch  die 
slat  von  Stroszburg  und  juncher  Ludewig  von  Liehtenberg  us  am 
sundag  frûge  und  wider  seiten  allen  den  in  dem  stettelin  worent^ 
und  also  su  gewar  wurdent  das  die  Stat  us  zoch^  do  fluhent  su 
schemmelicher  us  dem  stettelin  wie  vil  der  herren  darinne  was 
und  was  in  also  not  zu  fliehen,  das  su  abe  dischc  fluhent  und 
gesottens  und  gebrotens  liessent  ston.  Und  das  kam  den  von 
Stroszburg  gar  eben;  da  su  dohin  koment,  do  fundent  su  die  kost 
bereit  und  es  v^ante  kurtz  man  hette  su  darinne  ergriffen.  Also 
&nd  man  ein  grosse  und  drige  cleine  busse  die  worent  des  Bi- 
scbofes  von  Stroszburg  gewesen.  Die  furtent  die  von  Stroszburg 
mit  in  wider  heim  uff  mendag  darnach. 

En  Tannée  1454,  à  la  Sainte-Géorgie  (15  février),  Mutzig  fut 
*  Le  manuscrit  porte  wanne. 


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166  REVUE   d' ALSACE 

pris  OU  plutôt  volé  par  le  comte  de  Bavière  Etienne,  père  de  notre 
seigneur  de  Strasbourg,  par  Schoffart  de  Linange,  le  comte  de 
Saarwerden  et  l'évêque  de  Mayence.  Ils  conquirent  la  ville  sur 
récuyer  Wirich,  qui  ne  sut  pas  avoir  affaire  à  eux.  L'évêque  de 
Strasbourg  leur  prêta  ensuite  des  canons  et  de  la  poudre,  pour 
qu'ils  s'emparassent  du  château  ;  car  ils  n'avaient  pris  que  la  petite 
ville.  Le  dimanche  suivant,  de  bonne  heure,  la  ville  de  Strasbourg 
et  l'écuyer  Louis  de  Lichtenberg  sortirent  des  murs  et  marchèrent 
contre  tous  ceux  qui  étaient  dans  Mutzig  et  quand  les  seigneurs 
apprirent  que  la  ville  faisait  une  expédition,  ils  se  sauvèrent 
honteusement,  bien  qu'ils  fussent  très  nombreux,  et  ils  éprouvaient 
un  tel  besoin  de  se  sauver  qu'ils  s'enfuirent  de  table  et  y  lais- 
sèrent leurs  fricassées  et  leurs  rôtis.  Les  gens  de  Strasbourg  trou- 
vèrent la  chose  à  point  :  à  leur  arrivée,  leur  repas  était  préparé  et 
peu  s'en  fallut  que  les  seigneurs  ne  fussent  pris.  L'on  trouva  un 
grand  canon  et  trois  petits,  qui  avaient  appartenu  à  l'évêque  de 
Strasbourg  :  les  gens  de  Strasbourg  les  ramenèrent  avec  eux  le 
lundi  suivant. 

Le  récit  du  même  événement  a  été  ajouté  au  manuscrit 
de  Cologne  que  Mono  a  publié  l.  III.  p.  545,  fragment  73; 
mais  il  est  fait  en  termes  différents.  Les  dates  ne  sont  pas 
identiques;  le  fragment  de  Mone  donne  le  mardi  après  la 
Sainte-Agathe,  soit  le  12  février;  ici  nous  trouvons  la  date 
du  vendredi  15. 

Le  château  el  la  ville  de  Mutzig  avaient  été  donnés  en 
gage  par  l'évêque  de  Strasbourg  au  seigneur  Wirich  de 
Hohenbourg.  L'évêque  Robert  de  Bavière  et  quelques 
seigneurs  formèrent  le  projet  de  les  reprendre.  Parmi  eux 
étaient  le  père  de  Robert,  Etienne  de  Bavière,  Schoffart  ou 
Geoffroi  de  Linange,  fils  d'Enrich  VI,  de  la  ligne  de  Linange- 
Ilartenbourg,  et  le  comte  Jacques  de  Saarwerden.  Ils  réus- 
sirent dans  leur  dessein;  mais  Wirich  s'adressa  à  la  ville  de 
Strasbourg,  dont  il  était  citoyen;  la  ville  lui  donna  des 
secours  et  le  dimanche  suivant  ses  troupes,  commandées  par 
Louis  de  Lichtenberg,  reprirent  la  cité.  Le  même  fait  est 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  167 

raconté  dans  Sirobel,  III,  «178,  d'après  un  manuscrit  ayant 
appartenu  au  pasteur  Brunner.  Strobel  place  la  prise  de 
Hutzig  au  6  février. 

Fragment  30.  —  Eine  Reise  fur  liergbietenheini. 

Do  man  zalte  MCCCCLV  ior  ufF  rnitwuch  nehst  nach  aller  hei- 
ligentag,  do  zoch  die  stat  von  Slroszburg  gon  Bergbietenhcim  und 
gewunnent  das  stettelin  und  fingent  wol  sehs  reisiger  Gesellen 
darinne.  Aber  su  wurdent  wider  lidig  in  der  Rahtung  also  man 
geriht  wart  mit  juncher  Ânthennien  von  Hohenstein.  Man  seite 
ouch  die  armen  Lùte  wider  lidig  ires  eides,  wanne  su  der  stat 
gesworn  battent  do  man  es  ihm  wider  gap. 

En  l'année  1455,  le  mercredi  après  la  Toussaint  (5  novembre), 
la  ville  de  Strasbourg  fit  une  expédition  sur  Bergbietenheim,  elle 
conquit  la  petite  ville  et  fît  prisonniers  environ  six  cavaliers.  Mais 
elle  les  relâcba,  après  que  la  cause  entre  elle  et  l'écuyer  Antoine 
de  Hohenstein  eut  été  jugée.  On  délivra  aussi  les  pauvres  gens  du 
serment  qu'ils  avaient  prêté  à  la  ville,  lorsqu'on  rendit  Berg- 
bietenheim à  l'écuyer. 

Le  même  fak  a  été  raconté  par  Strobel,  III,  379,  d'après 
Specklin.  Bergbietenheim  est  situé  au  canton  de  Wasselonne. 
Antoine  de  Hohenstein  avait  à  plusieurs  reprises  attaqué  des 
bourgeois  de  Strasbourg:  voilà  pourquoi  la  ville  marcha 
contre  Bergbietenheim. 

Das  fiche  wart  gewunnen.  1455.  —  Ce  paragraphe  est  iden- 
tique à  celui  publié  par  Mone,  t.  I,  p.  276,  fragment  63,  d'après 
le  manuscrit  de  Strasbourg,  844. 

Der  Kurtnig  von  Zipern  kam  gon  Stroszhurg.  1363.  —  C'est 
le  même  texte  qu'a  publié  Scbilter,  dans  son  édition  de  Kœnigs- 
hqfen,  p.  366,  et  qui  diffère  beaucoup  de  celui  de  Hegel,  p.  858. 

Der  Kunig  von  Dennenmarg  kam  gon  Stroszhurg,  Cf.  Scbil- 
ter, p.  367. 

Yon  Herr  Cuntz  Muller  dem  ammeister.  1393.  —  Le  passage 
est  le  même  que  dans  l'édition  de  Hegel,  p.  785. 


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168  REVUE  d'alsace 

Der  stette  huch  uff  der  pfaltzen  wart  gemaht  von  zwôlff 
wisen  mannen,  —  Schiller,  p.  366,  avait  publié  ce  texte.  Notre 
manuscrit  donne  à  tort  ]a  date  de  1422  au  lieu  de  1322. 

Fragment  31 .  —  Die  Orgde  in  sant  Cathrinen  capclle  die 
deine  wart  gemaht. 

In  dem  iore  do  man  zalte  noch  Gottis  geburt  MCCCCLI  ior,  do 
wart  die  clein  orgel  in  sant  Kathrinen  cappelle  gemaht  zu  dem 
munster  zu  Strosburg  und  gab  dieselbe  orgil  an  das  werck  ber 
Dietrich  von  Ertpfert,  ein  priester  des  werckes  zu  dem  munster, 
ein  orçeler  als  er  starp,  und  koste  die  orgele  in  aile  we^e  uff  hun- 
dert  guldin. 

Le  petit  orgue  dans  la  cJiapeUe  Sainte-Catherine  fut  fait. 

En  l'année  de  Tlncarnation  1451,  le  petit  orgue  de  la  chapelle 
Sainte-Catherine  fut  fait,  dans  la  cathédrale  de  Strasbourg,  et 
fut  exécuté  par  Dietrich  d'Erfurt,  prêtre  de  l'œuvre  Notre-Dame, 
et,  au  moment  de  sa  mort  organiste,  et  l'orgue  coûta  en  tout  cent 
florins. 

Ce  fait  était  déjà  connu  :  il  est  cité  par  Schad  et  Grandi- 
dier  à  l'année  1400  (Cf.  Kraus,  Kunst  und  AUerthum  in 
Elsass-Lothringen  t.  I,  p.  386),  mais  notre  chronique  donne 
formellement  la  date  de  1451  et  c'est  celle  que  nous  adop- 
tons. L'orgue  de  Dietrich  d'Erfurt  est  resté  jusqu'au  xviii*' 
siècle  dans  la  chapelle  Sainte-Catherine,  au  bas-côté  sud  de 
la  caihédrale.  De  1425  à  1465,  la  valeur  intrinsèque  du  florin 
était  de  7  fr.  35  c.  L'orgue  coûta  donc  735  francs. 

Telle  est  l'analyse  Adèle  de  notre  manuscrit.  Le  fait  le  plus 
récent  dont  il  y  soit  question  est  l'incendie  de  1459.  C'est 
donc  après  cetle  date  qu'il  a  été  copié.  D'autre  part,  le  qua- 
trième chapitre  s'arrêle  brusquement,  après  avoir  raconté 
l'entrée  de  Tévêque  Robert  de  Bavière  à  Strasbourg,  en  1440. 
Le  manuscrit  844  de  Strasbourg,  qui  a  relaté  le  même  événe- 
ment en  termes  identiques,  continuait  le  récit  et  le  poussait 
jusqu'à  la  mort  de  ce  prélat  en  1478.  Il  semble  bien  que  notre 
copiste  ne  connaissait  pas  encore  cette  mort  et  que,  par  con- 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  109 

séquent,  il  a  écrit  avant  1478.  Ainsi,  la  date  de  notre  livre 
est  entre  1459et1478,et  sans  doute  plus  rapprochée  de  1459 
que  de  1478.  Le  copiste  a  eu  sous  les  yeux  un  manuscrit  de 
la  classe  A  de  Kœnigshofen.  Mais  où  a-l-il  puisé  pour  les 
continuations?  Il  est  très  difficile  de  le  dire;  probablement 
un  peu  partout.  Pour  les  grands  faits,  des  récits  détachés 
devaient  circuler  de  main  en  main.  Les  petits  étaient  ajoutés 
en  marge  ou  sur  les  blancs  laissés  dans  les  manuscrits  de 
Kœnigshofen:  après  avoir  copié  un  manuscrit  A,  notre 
écrivain  a,  je  suppose,  réuni  d'autres  manuscrits;  sur 
l'un  il  a  pris  telle  indication,  sur  l'autre  telle  autre.  Puis 
il  a  changé  parfois  la  première  narration,  et,  pour  les  évé- 
nements dontlui*méme  a  été  témoin,  il  y  a  ajouté  du  sien. 
Le  compilateur  est,  à  coup  sûr,  un  Strasbourgeois.  Il  insiste 
sur  les  faits  qui  ont  eu  cette  ville  pour  théâtre  ou  sur  les 
expéditions  des  Strasbourgeois  au  dehors.  Puis  il  indique 
brièvement  les  faits  qui  se  sont  déroulés  dans  les  pays  voi- 
sins. A  cette  époque,  les  deux  États  avec  lesquels  l'Alsace 
avait  le  plus  de  rapports,  étaient  la  Suisse  et  le  duché  de 
Bourgogne  avec  ses  annexes  de  Flandre.  Tout  ce  qui  se  pas- 
sait dans  ces  régions  avait  un  contre-coup  dans  la  nôtre;  et 
voilà  pourquoi  dans  nos  chroniques  alsaciennes  les  historiens 
de  la  Suisse  ou  de  la  Flandre  trouveraient  beaucoup  à 
glaner.  La  chronique  du  manuscrit  82  ne  fait  pas  exception  : 
elle  nous  a  transportés  à  Rheinfelden  aussi  bien  qu'à  Gand. 

Le  second  des  manuscrits  de  Kœnigshofen  que  possède  la 
bibliothèque  nationale  a  été  acheté  en  juin  1845  à  la  vente 
Roibin.  Il  portait  autrefois  le  n^  3171  du  supplément  français 
et  aujourd'hui  il  est  coté  n""  99  du  fonds  allemand.  Il  est  de 
moyen  format,  comprend  229  feuilles  qu'a  numérotées  une 
main  récente;  il  est  écrit  sur  une  seule  colonne;  les  titres 
sont  en  rubrique;  la  première  lettre  de  chaque  paragraphe 
devait  aussi  être  peinte  en  rouge;  mais  ce  travail  n'a  été 


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170  REVUE  d'aLSACE 

exéciUé  que  pour  le  début.  Gomme  nous  le  verrons  plus 
loin,  le  manuscrit  a  été  écrit  en  147â. 

Le  manuscrit  99  commence  ex  abrupto^  sans  aucun  titre, 
par  la  préface  de  Kœnigshofen.  La  copie  est  défectueuse;  le 
scribe  était  pressé  et  il  laisse  volontiers  de  côté  des  phrases 
du  texte  original.  Le  premier  chapitre^  qui  s'étend  sur  48 
feuillets^  a  pour  nous  peu  d'intérêt,  puisqu'il  rpule  sur  l'his- 
toire ancienne  jusqu'à  la  mort  d'Alexandre.  Le  second  cha- 
pitre (fol.  48-102)  est  très  incomplet;  le  dernier  empereur 
qui  y  est  cité  est  Charles  III  le  Gros,  et  le  dernier  paragraphe 
a  pour  rubrique  :  Keysers  Karles  frowe  sant  Richart  kam 
gan  Andelo  in  dos  Gloster.  (Schilter,  p.  105-106.)  Le  copiste, 
avec  raison,  n'a  pas  compté  Jules  César  parmi  les  empereurs; 
mais,  à  grand  tort,  il  a  oublié  quelques  princes  en  route, 
par  exemple  Nerva  :  si  bien  que  sa  numération  est  tout  à  fait 
différente  de  celle  des  autres  manuscrits  de  Kœnigshofen. 
Au  folio  112,  il  passe  immédiatement  du  second  au  cinquième 
chapitre.  Il  raconte  successivement  les  légendes  relatives  aux 
origines  de  Strasbourg,  les  trois  agrandissements  de  la  ville; 
il  énumère  les  couvents,  les  incendies,  les  persécutions  des 
Juifs,  les  épidémies,  les  orages,  et  les  années  de  disette  ou 
d'abondance.  Dans  cette  dernière  partie  qui,  dans  les  autres 
manuscrits  de  Kœnigshofen^  a  été  rejetée  à  la  fin,  on  pour- 
rait relever  quelques  détails  inédits. 

Fragment  1. 

Do  man  zalt  nach  Gottes  Geburt  tusend  CCXXXIII^  do  gab  man 
ein  fyertel  weissen  umb  m  sol.  Ô.,  das  fyrtel  korne  umb  ii  sol.  8. 
und  ein  fyertel  gersl  umb  xiiii  S.  und  ein  fyrtel  habern  umb  x  8. 

Do  man  zalt  nach  Gottes  Geburt  tusend  CCLXIUI  ior,  do  gab 
man  ein  vierttel  weissen  umb  mi  sol.  B,  und  ein  fyrtel  korne  umb 
III  sol.  S.,  und  ein  fyrtel  habern  ouch  umb  un  sol.  S. 

En  Tannée  de  Tlncarnation  1233,  on  vendît  le  rézal  de  fro- 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  171 

ment  3  schellings,  le  rézal  d'orge  2  schellings,  le  rézai  de  seigle 
14  pfennigs  et  le  rézal  d'avoine  10  pfennigs. 

En  Tannée  de  l'Incarnation  1264,  on  vendit  le  rézal  de  froment 
4  schellings,  le  rézal  d'orge  3  schellings  et  le  rézal  d'avoine 
aussi  4  schellings. 

D'après  les  recherches  de  M.  l'abbé  Hanauer,  qu'il  faut 
toujours  citer  en  ces  matières,  la  valeur  intrinsèque  du  d. 
élail  au  xiii*  siècle  de  0,129<:.  Un  schelling  valait  donc  0,129 
X  12  =  1,548.  En  1233,  les  prix  respectifs  du  froment,  de 
l'orge,  du  seigle,  de  l'avoine  auraient  été  de  4,65;  3,20; 
1,80;  1,30.  En  1264,  le  froment  et  l'avoine  auraient  coûté, 
d'une  façon  tout  à  fait  exceptionnelle,  le  même  prix  6,20  ; 
l'orge  aurait  valu,  la  même  année,  4,65.  Le  viertd  ou  rézal 
était  un  peu  plus  grand  qu'un  hectolitre;  le  rézal  pour 
l'avoine  n'était  pas  identique  au  rézal  pour  le  blé.  Il  était 
plus  fort.  Nous  ne  savons  pas  où  notre  manuscrit  a  puisé  ces 
renseignements;  il  n'est  pas  impossible  qu'il  y  ait  des  er- 
reurs de  date  ou  de  chiffre. 

Après  rénumération  de  ces  désastres,  on  trouve  les  cha- 
pitres : 

Der  Btett  huch  wart  uff  der  pfaltzen  gemacht  von  zwôljf 
ivysen  manen  von  Stroszhurg.  —  Schiller,  p.  366. 
Der  Konig  von  Zyppern  kam  gon  Stroszhurg.  —  Ib.,  ib. 

Von  den  ameistern  zu  Stroszhurg  und  ouch  etwas  das  h\j 
innen  geschehen  ist.  Ce  dernier  passage  est  inédit;  nous  le 
publions  ici,  en  avertissant  toutefois  que  le  même  fait  est  raconté 
très  brièvement  dans  Mono  III,  p.  512,  d'après  le  manuscrit  de 
Donaueschingen. 

Fragment  2. 

In  dem  jor  do  man  zalt  nage  gottes  geburt  tusend  CGC  XC  IX 
jor,  do  wartt  zû  Stroszburg  ameister  her  Rûlman  Barpfennig  der 
jung.  Do  kam  meister  und  rott  fur,  das  fûnff  gessellen  werend 


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172  REVUE  d' ALSACE 

dye  zusameii  hettent  gesworen  einen  brieff  zu  haltten,  den  sy 
selber  gedecht  hetlen  ;  das  doch  nieman  iun  soit,  dan  nieman  sol 
sich  verbinden  zu  Stroszburg  zû  dem  andern  one  irieister  und 
rots  willen  und  wissen,  und  derselbe  Brieff  ward  vor  dem  rott 
gelesen  und  stund  der  also  —  ein  teyl  —  ich  hye  beschriben  als  wil 
dye  vorgenanten  fûnfî  gesellen  solUtent  einander  hellffe  wo  einer 
wiste  das  der  ander  einer  frouwen  oder  jungfrouwen  holtt  wer,  so 
soUte  er  im  helffen  wo  er  kunde  oder  mochtte,  sy  wer  joch  wer 
sy  wer  oder  wye  nohe  sy  im  zugehortte  uszgenomen  eins  eliche 
wib  oder  sin  mutter  oder  sin  swester  und  siù  kinde  und  anders 
nieman  sol  usz  genomen  sin.  Item  stund  ouch  in  dem  selben 
Brieff  wer  es  das  einer  ùtt  hortte  von  dem  andern  sagen,  das 
sinem  gesellen  an  sine  ère  rûrtte  oder  im  ubel  kara,  das  er  das 
verantwurten  sollte  und  dasselbe  ouch  sinem  gesellen  fur  bringen 
und  im  ouch  beholffen  sin.  Item  es  stunde  ouch  in  dem  selben 
brieffe  das  sy  nit  me  in  ir  gesellschafiTt  soltent  lassen  dan  ufiT 
XX  manne  und  ouch  so  vil  von  frouwen  und  ouch  niemans  in  dye 
geselschafft  lossen  er  were  dan  vopens  gènes  imd  wan  sye  an 
XX  kemen,  so  solltent  sy  einen  kunig  und  ein  kunegin  under  inen 
setzen.  Item  ouch  stund  es  in  demselben  brieff  wer  es  das  zwen 
umb  ein  frouw  wurben,  so  solltent  funff  daruber  gesetzt  werden, 
und  welechem  dyeselben  funff  erkantent  der  do  dan  wichen  soltt, 
der  sollt  dan  abston  und  soit  wichen  und  soit  den  andern  unge- 
hinder  lan  und  soltt  im  ouch  darzû  helffen  gegen  der  frouwen  und 
jungfrouwen  wen  so  er  beste  mochtte. 

Do  nu  diser  bryeff  also  gelessen  ward,  do  wurden  ir  vier  zu  rede 
gesetztt  und  woren  dièse  Luwecklin  von  Mulheym,  Hans  Rudolf 
von  £ndigen,  Grosz  Burckgroffe,  aile  edel  knechtt,  und  Hans 
Blumlin  ein  burger  der  funffle  was  dot.  Do  disse  nu  also  zu  rede 
worden  gesatztt,  do  veranttwurtent  sy  sich  das  sy  es  in  keinem 
argen  hatten  geton  und  ouch  nit  darumb  das  sy  do  mit  dèr  statt 
fryheitt  krencken  woltent.  Nach  vil  rede,  do  verurtelte  in  der 
rott  das  sy  sweren  solltent  das  sye  es  nit  in  der  mosz  geton  hetten 
wider  den  artickel  als  in  dem  stattbryeff  statt  den  man  aile  jor 
vor  dem  Munster  lysett  und  desz  dotten  sy  und  mûst  ir  j^licher 
dem  rottefûnffzig  pfunt  stroszburger  pfennig  geben  etc.. 

En  Tannée  de  Tlncarnation  1399,  Rulmaun  Barpfennîg  le  jeune 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  173 

étail  ammeistre  à  Strasbourg.  A  cette  époque,  rammeistre  et  le 
conseil  apprirent  que  cinq  jeunes  gens  avaient  juré  d'observer  un 
pacte  qu'eux-mêmes  avaient  rédigé.  Mais  la  chose  était  défendue; 
car  personne  à  Strasbourg  ne  doit  s'engager  à  un  autre^  sans  la 
volonté  de  Tammeistre  et  du  conseil  ou  sans  qu'ils  en  soient 
informés.  Et  Ton  lut  ce  pacte  devant  le  conseil  et  il  était  conçu  en 
ces  termes  (j'en  copie  ici  une  partie).  Les  cinq  compagnons  en 
question  devaient  s'entr'aider  ;  dès  que  l'un  d'eux  savait  que  son 
compagnon  était  amoureux  d'une  femme  ou  d'une  jeune  fille,  il 
devait  l'aider  de  toutes  ses  forces  et  de  tous  ses  moyens,  quelle 
qu'elle  fût  et  quel  que  fût  le  degré  de  parenté  qui  le  liât  à  elle,  à 
l'exception  toutefois  de  sa  femme  légitime,  sa  mëre^  sa  sœur  ou  sa 
fille  ;  mais  aucune  autre  femme  n'était  exceptée.  Item,  il  y  avait 
dans  ce  pacte  que,  si  l'un  d'entre  eux  entendait  tenir  de  l'autre  un 
propos  qui  touchât  à  son  honneur  ou  qui  pût  lui  faire  tort,  il  devait 
se  porter  garant  pour  son  compagnon,  l'en  informer  et  l'aider  dans 
celte  affaire.  Item,  on  y  lisait  qu'on  ne  pourrait  recevoir  dans  la 
société  plus  de  vingt  hommes  et  autant  de  femmes,  qu'on  ne  pour- 
rait y  laisser  entrer  que  ceux  qui  étaient  à  même  de  porter  les 
armes;  une  fois  que  la  société  compterait  vingt  membres,  elle 
devait  se  choisir  un  roi  et  une  reine.  Item,  on  y  lisait  que  si 
deux  compagnons  désiraient  la  même  femme,  cinq  d'entre  eux 
devaient  être  pris  pour  arbitres;  celui-là  même  qui,  au  jugement 
de  ces  cinq,  devait  se  désister,  était  tenu  de  le  faire,  il  ne  devait 
susciter  aucun  obstacle  à  l'autre;  bien  plus  il  le  devait  aider, 
contre  la  femme  ou  la  jeune  fille,  du  mieux  qu'il  pouvait. 

Lorsque  donc  ce  pacte  fut  lu,  quatre  d'entre  eux  furent  accusés  : 
c'était  Luwecklin  de  Mûllenheim,  Jean-Rodolphe  d'Ëndingen, 
Gross  Burggraf,  tous  nobles  écuyers.  Le  cinquième,  Jean  Blum- 
lein,  bourgeois,  était  mort.  Quand  ils  eurent  été  accusés,  ils  se 
justifièrent,  en  disant  qu'ils  ne  l'avaient  pas  fait  dans  une  mau- 
vaise intention  et  qu'ils  ne  voulaient,  en  aucune  manière ,  porter 
atteinte  aux  libertés  de  la  ville.  Après  bien  des  discours,  le  conseil 
leur  fit  jurer  qu'ils  n'avaient  point  agi  contre  l'article  de  la  consti- 
tution de  la  ville  qu'on  lit  chaque  année  devant  la  cathédrale  :  ils 
le  jurèrent  et  chacun  d'eux  dut  payer  au  conseil  cinquante  livres 
en  monnaie  de  Strasbourg. 


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174  REVUE  d'alsace 

Nous  n'avons  aucun  autre  renseignement  sur  cetle  curieuse 
association.  L'ammeistreRùlman  ouRûlin  Barprennig  appar- 
tenait à  la  tribu  du  Miroir.  C'était  un  citoyen  très  estimé  qui 
remplit  cette  chargea  différentes  reprises,  en  1399,  1405, 
1409, 1416,  1419  et  1426.  L'amende  à  laquelle  furent  con- 
damnés les  quatre  associés  est  assez  considérable.  A  la  fin 
du  xiv*^  siècle,  le  schilling  avait  une  valeur  intrinsèque  de 
0,765.  (Hanauer,  Études  économiques  sur  V Alsace,  1. 1,  p.  375.) 
La  livre  valait  donc  0,775  x  20=  14,50  et  50  livres  donnent 
725  francs. 

Après  ce  long  développement,  notre  manuscrit  revient  tout 
d'un  coup  en  arrière  et  nous  y  trouvons  le  chapitre  quatre  de 
Kœnigshofen  sur  les  évoques  de  Strasbourg.  Le  début  du 
chapitre  est  assez  semblable  à  celui  de  l'édition  Schilter; 
mais,  tout  d'un  coup,  sous  l'épiscopat  de  Henri  de  Veringen 
(1202),  des  additions  assez  importantes  se  rencontrent  dans 
notre  codex.  Comme  dans  le  manuscrit  Barlholdi,  aujourd'hui 
à  la  bibliothèque  de  Colmar,  on  y  lit  le  récit  du  supplice 
infligé  en  1212  à  quatre-vingts  hérétiques  de  Strasbourg  et 
l'histoire  de  la  croisade  d'enfants,  qui  eut  lieu  la  même  année. 
Comme  Mone  a  publié  ces  textes  (t.  III,  p.  486-487),  nous 
n'insistons  pas.  Le  récit  est  de  nouveau  semblable  à  celui 
qu'a  publié  Schilter;  mais,  à  la  fin  du  chapitre,  on  voit  un 
changement  curieux;  Kœnigshofen,  dans  le  texte  C,  avait  fort 
malmené  l'évêque  Frédéric  de  Blankenheim  ;  ici,  au  contraire, 
nous  lisons  son  apologie.  C'est  le  même  texte  que  celui  du 
manuscrit  de  Donaueschingen  (Mone  III,  p.  505).  Il  se  ter- 
mine par  ces  mots  :  «  Dis  was  der  groste  Kryeg,  den  die  von 
Stroszburg  je  gehalten,  wan  mencklich  was  ir  feit.  Dise  kro- 
nicke  erwindett  hye.  » 

Le  chapitre  iv  étant  terminé,  nous  reprenons  la  suite  du 
5°  chapitre.  Le  manuscrit  raconte  les  changements  de  la  con- 
stitution de  Strasbourg  et  les  expéditions  faites  par  la  ville, 
dans  le  môme  ordre  que  Schiller  (p.  313-323).  Ce  récit  est 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  175 

ensuite  interrompu  ;  puis,  tout  à  coup,  nous  nous  trouvons 
au  milieu  de  la  narration  des  guerres  entre  les  villes  de 
Souabe  d'une  part,  les  ducs  de  Wurtemberg  et  de  Bavière 
d'autre  part,  au  chapitre:  Der  schwebshen  stette  ûbermut 
(Scbilter,  p.  348),  et  le  récit  est  conforme  à  celui  de  Schiller 
jusqu'à  la  page  360.  Puis  nous  trouvons  : 

Fragment  3.  —  Ein  reysse  gen  Lienberg. 

Do  man  zalt  nach  gottes  Geburtt  tusent  CGC  XC  VIIII  jor^  do 
zogte  biscbofî  Wilhelm  von  Diesthe  mit  des  riches  lantwogt  gênant 
Dyeterich  zur  witlen  mûllen  und  dye  stroszent[burger]  usz  fur 
Lienberg  dye  burg  und  woltent  sye  gesturmett  haben  und  do  sy 
darkomen,  do  duchte  sye  wie  sye  dye  burg  nicht  gesturmen 
mochtent  und  verbrantent  den  vorhofT  und  logen  nit  me  dan  ûber 
nacht,  do  des  morgens  brochen  sy  uff  und  verbranten  ettwe  manig 
dorff  und  zugen  wider  heym. 

En  Tannée  de  l'Incarnation  1399,  Tévêque  Guillaume  de  Diest 
avec  le  landvogt  de  l'Empire,  nommé  Dietrich  zur  xvitten  mûlleyi 
et  les  Strasboui^eois,  fît  une  expédition  contre  le  château  de  Lem- 
berg  ;  ils  voulurent  s'en  emparer  par  force  ;  mais,  quand  ils  furent 
arrivés,  ils  s'aperçurent  qu'ils  ne  réussiraient  pas  à  le  prendre  et 
ils  brûlèrent  les  ouvrages  extérieurs  et  ils  ne  campèrent,  en  cet  en- 
droit, pas  plus  d'une  nuit.  Le  lendemain  matin,  ils  se  retirèrent, 
brûlèrent  maint  village  et  rentrèrent  à  Strasbourg. 

Ce  fragment  est  assez  analogue  à  celui  qu'a  publié  Mone 
d'après  le  manuscrit  de  Donaueschingen,  t.  III,  p.  512.  Il  en 
est  de  même  du  suivant.  Si  nous  le  donnons  ici,  c'est  pour 
qu'on  remarque  bien  la  singulière  composition  de  ces  chro- 
niques, qui  ajoutent  à  Kœnigshofen  des  passages  pris  par- 
lout,  sans  qu'il  soit  possible  d'en  découvrir  l'origine  première. 
Au  demeurant,  ces  faits  sont  très  peu  connus  :  il  n'en  est  pas 
question  dans  Slrobel.  Lemberg  est  situé  aujourd'hui  au 
canton  de  Bitche,  arrondissement  de  Sarreguemiues.  Dietrich 
jsur  tvitten  mullen  était  en  réalité  unterlandvogt. 


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176  REVUE  d' ALSACE 

Fragment  4.  —  Mn  reysse  uff  die  heren  von  Bitsche. 

Darnach  an  des  heilgen  crùtztag,  zu  herbste  des  vorgenanten 
jores,  do  zugent  dye  vorgenanten  heren  und  dye  von  Stroszburç 
aber  usz  uff  dye  heren  von  Bitsche  in  dem  weslirich  und  Ic^en 
fier  nacht  in  der  selben  herren  lant'und  verbrantent  und  verherg- 
tent  was  inen  oder  iren  hellfern  zugehôrte  und  dotten  wast  grossen 
schaden,  wan  dye  dôrffer  woren  vol  kornes,  haberns  und  aller 
hande  frucht.  Item  sye  verbrantent  ouch  lxxii  gûtter  dorffer  on 
ander  grosse  schûren  in  den  welden. 

Une  expédition  contre  les  seigneurs  de  Bitche. 

Ensuite,  le  jour  de  la  Sainte-Croix  (14  sept.),  pendant  l'automne 
de  Tannée  précitée,  ces  mêmes  seigneurs  et  les  gens  de  Strasbourg 
firent  une  seconde  expédition  contre  les  seigneurs  de  Bilche  dans 
le  westrich  et  campèrent  quatre  nuits  dans  leur  pays,  brûlant  et 
saccageant  tout  ce  qui  leur  appartenait,  à  eux  et  à  leurs  alliés,  et 
causant  de  grands  dommages,  car,  à  ce  moment,  les  villages 
étaient  remplis  de  blé,  d'avoine  et  d'autres  fruits.  Us  brûlèrent  de 
la  styrie  72  biens  et  villages,  sans  compter  de  vastes  granges  dans  la 
campagne. 

Le  westrich  était  le  nom  donné  par  les  Alsaciens  à  tous  les 
pays  de  FOuesl,  mais  d'une  façon  particulière  à  la  Lorraine. 

Après  ces  fragments,  nous  trouvons  :  Ein  reysse  fiir  Gefnery 
(voir  plus  haut,  p.  36,  noie  1);  Eingrosser  strytt  stoisten  den 
cristen  und  den  heyden  genanù  die  Turckel  àls  man  kunig 
Sigmuyit  von  Ungam  eu  Jiélffe  wolte  Jconieii;  c'est  le  récit  de  la 
croisade  de  Nicopolis,  à  peu  près  tel  qu'il  est  publié  dans  Mone, 
t.  m,  p.  511,  d'après  le  manuscrit  de  Donauescbingen.  Le  récit 
est  suivi  de  l'énuraéralion  des  tremblements  de  terre,  des 
grands  vents  et  autre  intempéries  ;  le  texte  est  à  peu  près  celui 
de  Schiller,  seulement  les  dates  sont  embrouillées.  Notre  ma- 
nuscrit raconte  ensuite  les  guerres  de  la  France  et  de  l'An- 
gleterre (Schilter,  p.  323-325);  les  expéditions  contre  les 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  177 

Suisses  (ici  le  manuscrit  reproduit  plutôt  le  texte  deC.  Hegel, 
821-832);  les  autres  expéditions  de  Strasbourg  (Schilter, 
327-348).  La  narration  est  interrompue  au  milieu  de  la  lutte 
des  villes  de  Souabe  contre  le  duc  de  Wurtemberg,  après  le 
chapitre  :  Ein  Anbse  wart  hye  getan;  un  renvoi  indique  qu'il 
faut  chercher  la  suite  plus  haut  :  nous  l'avons  déjà  signalée. 
Le  manuscrit  se  termine  par  le  paragraphe  suivant,  qui 
nous  donne  quelque  éclaircissement  sur  la  date  de  sa  compo- 
sition. 

Fragment  5. 

Es  ist  zu  wissen  das  in  dem  jor  do  man  zalt  nach  gottes  geburtt 
tiisend  GGGG  L  VIII  jor,  min  gnediger  ber  der  raargroff  Bernhartt 
voQ  Baden  ist  usz  geritten,  an  mendag  nach  dor  pfingst  wochen  in 
das  lantt  gon  Genowund  bat  sine  sachen  wol  usz  gerichtt  und  was 
an  der  heinfartt  wider  herusz  bizin  das  herzogthum  zu  orlientz.  Do 
ward  der  obgenant  her  kranck  selb  vierd,  de  ouch  aile  tôt  mit 
im  blyben.  Mit  namen  juncker  kunratt  von  Schellenberg  starp  ufT 
den  zinstag  vor  sanct  Margrettentag  im  tag  und  lilt  gensylt  der 
statt  Âst  ein  tag  reyse»  und  Heinrichne  Schulteiss  starb  an  mitt- 
woch  darnach  in  der  nacht  gegen  tag  und  lytt  hye  disett  der  sLalt 
Ast  uff  ein  halb  mille,  und  myn  gnediger  hère  obgenannt  starb  ulT 
sant  Margreden  tag  zu  nacht  zwistent  zwelfTcn  und  eym  in  der 
roitnachtt  und  litt  in  der  statt  Munckalier  in  der  Herschaflft  von 
Sophie;  Gunrat  Schlegel  uff  sant  Maria  Magdelena  obent  und  lyett 
hye  dysett  sant  Bernhardsberg  by  eym  castell  heist  visitzect.  Gott 
der  Hère  wollen  inen  allen  barmherzig  sin. 

Disz  Bûch  hatt  hye  ein  ende.  Gott  der  allmechtig  uns  allen  sine 
grundlosse  barmherzikeit  sende.  Amen. 

Und  ist  usz  geschriben  an  zinstag  nachtt  nach  sacift  Mathistag  in 
der  fasten  anno  LXXII.  Amen. 

On  fait  savoir  que  dans  Tannée  de  l'Incarnation  1458,  mon  gra- 
cieux seigneur  le  margrave  Bernhard  de  Bade  est  parti,  le  lundi 
après  la  semaine  de  la  Pentecôte  (29  mai),  contre  Gênes  et  qu'il  y 
arrangea  bien  ses  affaires.  Il  revint  jusqu'au  duché  d'Orléans; 
mais  là  il  tomba  malade,  lui  le  quatrième^  et  les  trois  autres  mou- 

12 


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178  REVUE  D'ALSACE 

rurent  avec  lui.  Nommément  l'écuyer  Conrad  de  Schellenberg 
mourut  le  mardi  avant  la  Sainte -Marguerite  (18  juillet)  et  il  souf- 
frit en  deçà  de  la  ville  d'Asli,  à  une  journée  de  voyage.  Et  Henri 
Schultheis  mourut  le  mercredi  suivant  dans  la  nuit,  vers  le  jour 
(19  juillet),  et  celui-ci  souffrit  au  delà  de  la  ville  d'Asti,  à  un 
demi-mille.  Et  mon  gracieux  seigneur  susnommé  mourut  le  jour 
même  de  la  Sainte-Marçuerite  (20  juillet),  dans  la  nuit  entre 
minuit  et  une  heure,  et  il  souffrit  dans  la  ville  de  Moncalieri,  en 
Savoie;  Conrad  Schlegel  mourut  le  jour  de  la  Sainte -Marie -Made- 
leine (22  juillet)  vers  le  soir  et  il  souffrit  au  delà  du  mont  Saint- 
Bernard  vers  le  soir,  dans  un  château  nommé  Wisigot.  Que  le 
Seigneur  leur  fasse  à  tous  miséricorde. 

Ce  livre  se  termine  ici.  Que  le  Dieu  tout-puissant  nous  envoie  à 
tous  sa  miséricorde  sans  bornes. 

Et  il  a  été  terminé  le  mardi,  dans  la  nuit  après  la  Saint-Mathias 
en  Carême  (25  février)  l'année  1472.  Amen. 

Le  margrave  Bernhard  dont  il  est  question  ici  était  fils  du 
margrave  Jacques  (1431-1453).  Il  régna  dans  les  étals  de 
Bade  avec  son  frère  aîné  Charles  et  son  cadet  Georges  : 
Georges  entra  bientôt  dans  les  ordres,  laissant  le  pouvoir  à 
ses  deux  frères.  (Schœpflin,  Historia  Zaringo-Badensis^  t.  II, 
p.  154  et  ss.)  En  1458,  le  doge  de  Gènes,  Louis  Frègose,  sur 
le  point  de  succomber  contre  la  faction  des  Adorni,  avait 
persuadé  à  ses  compatriotes  de  se  soumettre  de  nouveau  au 
roi  de  France.  L'affaire  fut  conclue  :  Charles  VII  envoya  à 
Gênes  le  duc  de  Lorraine,  Jean,  fils  du  roi  René  :  celui-ci 
pénétra  à  Gênes  et  reçut  au  nom  du  roi  de  France  le  serment 
de  fidélité  des  habitants.  Bernhard,  sembie-t-il,  raccom- 
pagna dans  celte  expédition.  A  son  retour,  il  mourut  au 
comté  d'Asti  qui  appartenait  au  duc  d'Orléans,  depuis  le  ma- 
riage de  Valentine  Visconti  avec  le  frère  de  Charles  VI,  d'où 
l'expression  hereogthum  £su  Orlienùjs  employée  dans  notre 
texte.  Bernhard  laissa  une  grande  réputation  de  piété. 

Par  ce  fragment,  nous  voyons  que  notre  manuscrit  a  été 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  179 

copié  en  1472,  trente-deux  ans  après  la  découverte  de  l'im- 
primerie. Le  copiste  appartenait  au  duché  de  Bade,  et  c'est 
lui  qui,  selon  toute  probabilité,  a  rédigé  le  dernier  passage 
que  nous  avons  publié.  Son  manuscrit  n'a,  du  reste,  pas 
grande  valeur.  Le  scribe  était  pressé,  il  a  souvent  laissé  de 
côté  des  paragraphes  importants;  il  a  oublié  tout  le  troisième 
chapitre  sur  les  papes;  dans  les  paragraphes  qu'il  a  trans- 
crits il  a  sauté  parfois  des  phrases,  pour  aller  plus  vite  en 
besogne.  En  outre,  il  n'a  pas  suivi  dans  sa  copie  l'ordre 
même  de  la  chronique.  Il  a  commencé  par  transcrire  le  texte 
de  Kœnigshofen;  puis  il  a  eu  hâte  d'arriver  à  des  parties  qui 
l'intéressaient  davantage;  il  a  laissé  quelques  feuillets  en 
blanc  et  a  sauté  aux  temps  plus  modernes.  Puis  il  est  revenu 
en  arrière,  pour  transcrire  les  passages  négligés  ;  mais  voilà 
que  les  feuillets  blancs  ne  lui  ont  pas  sulB  :  il  a  donc  laissé 
tout  à  fait  de  côté  partie  de  ce  qu'il  avait  omis  tout  d'abord 
ou  bien  il  en  a  rejeté  la  copie  à  la  fin  du  tome  :  si  bien  que 
le  manuscrit  présente  un  fouillis  très  grand.  A  quelle  classe 
appartenait  le  œdex  dont  il  s'est  servi  pour  sa  copie?  Il  est 
difficile  de  le  dire.  Il  rappelle  beaucoup  le  manuscrit  Bar- 
tholdi  deColmar;  mais  il  ne  contient  pas  toutes  les  additions 
de  ce  manuscrit.  Les  continuations  sont  à  peu  près  celles  du 
manuscrit  de  Donaueschingen  ;  il  n'est  pas  impossible  que 
notre  copiste  y  ait  pris  le  récit  de  la  croisade  de  Nicopolis  et 
l'éloge  de  l'évêque  Frédéric  de  Blankenheim;  mais  quelques 
passages  ont  été  développés  singulièrement  par  lui^  tel  celui 
qui  concerne  l'association  formée  à  Strasbourg  en  1399. 

Si  le  manuscrit  99  n'a  pas  une  importance  considérable,  le 
manuscrit  83  nous  fournira  beaucoup  de  fragments  inédits. 
Nous  l'examinerons  dans  un  prochain  article. 

(A  suivre.)  Ch.  Pfister. 


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SOUVENIRS  D'ALSACE' 

i78e~i84e 


L 

Jusqu'au  siècle  dernier  et  même  jusqu'au  commencement 
de  ce  siècle,  les  Hausbucher,  livres  domestiques,  n'étaient 
pas  rares  dans  les  familles  bourgeoises,  grandes  et  petites, 
de  l'Alsace.  C'était  une  habitude  patriarcale  de  consigner 
dans  ce  livre  tout  ce  qui  intéressait  la  famille  et  d'en  trans- 
mettre, par  ce  moyen,  le  souvenir  à  la  descendance  ;  c'était, 
en  quelque  sorte,  l'état  civil  domestique  auquel  on  avait  par- 
fois utilement  recours  sans  sortir  de  chez  soi  ;  c'était  l'his- 
toire du  foyer,  la  consécration  du  lien  du  sang,  qui  se  trans- 
mettait de  père  en  fils,  de  génération  en  génération,  jusqu'au 
dernier  représentant^  ou  bien  jusqu'à  ce  que  des  circon- 
stances majeures  aient  prescrit  les  droits  de  la  tradition. 
Souvent  aussi  ces  livres  tenaient  compte  de  faits  locaux  no- 
tables et  de  fails  sociaux  intéressant  la  vie  collective  du  pays. 
En  l'absence  de  gazettes,  la  bourgeoisie  écrivait  son  journal 
pour  l'usage  particulier  de  la  famille,  mais  qui  finissait  tou- 
jours par  acquérir  une  publicité,  plus  ou  moins  étendue, 
par  la  voie  orale  et  l'intermédiaire  de  parents,  de  voisins, 
d'amis  ou  de  connaissances  étrangers  à  la  localité.  Du  bour- 
geois à  l'ouvrier,  de  l'ouvrier  au  mendiant,  la  pensée  faisait 
lentement  son  chemin  et  donnait  ses  fruits. 

^  Souvenirs  d'Alsace,  Correspondance  des  demoiselles  de  Berckheini 
et  de  leurs  amis,  précédée  d*un  extrait  du  journal  de  M"«  Octavie  de 
Berckheim  et  d'une  préface  de  M.  Ph.  Godet;  illustrée  de  quatre  por- 
traits. Neufchatel,  Delachaux  et  Niestlé,  éditeurs.  —  Paris,  P.  Mon- 
nerat,  libraire,  48,  rue  de  Lille,  1889.  2  tomes,  petit  in-8»  de  xix-325  et 
347  pages. 


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SOUVENIRS  d'alsace  481 

Dans  le  monde  privilégié ,  la  chronique  évoluait  de  ia 
même  façon  que  dans  les  classes  inférieures.  Mais  l'évolution 
visant  un  intérêt  de  caste,  le  Hausbuch  devint  Arcfnves  de 
famille.  Ces  archives  ont  fourni  beaucoup  de  renseignements 
aux  historiens  et  aux  biographes ,  tandis  que  le  Hausbuch 
bourgeois  passait  inaperçu  ou  dédaigné.  On  finit  cependant 
par  lui  accorder  une  certaine  attention  et  quelquefois  une 
valeur  historique  égale  au  crédit  dont  nos  anciens  chroni- 
queurs sont  en  jouissance.  C'est  ainsi  qu'insensiblement  il 
a  été  élevé  à  la  hauteur  d'un  document  très  utile  à  l'histoire 
démocratique  de  la  province.  Beaucoup  de  ces  livres  sont 
encore  ignorés  et  iront,  comme  tant  d'autres  objets  mécon- 
nus, se  perdre  en  des  mains  profanes  à  la  suite  de  liquida- 
tions successorales.  Il  fut  un- temps  où  des  amis,  soucieux 
de  la  tradition,  veillaient,  avec  une  émulation  jalouse,  au 
sauvetage  de  ces  documents  et  en  faisaient  bénéficier  leurs 
compatriotes.  Mais  la  grande  liquidation  qui  a  suivi  les  der- 
niers événements  politiques  a  profondément  troublé  la  vie 
alsacienne,  en  tuant  les  uns,  ruinant  les  autres  et  en  dispersant 
au  loin  le  grand  nombre.  Aussi,  n'est-ce  plus  qu'à  de  longs 
intervalles  que  surgissent,  çà  et  là,  quelques  échos  de  la  vie 
passée.  Si  des  rigueurs  d'un  autre  âge  ont  pour  un  instant  la 
vertu  de  produire  un  résultat  appréciable  à  la  surface,  il  n'en 
demeurera  pas  moins  éternellement  vrai  qu'elles  donneront, 
au  fond,  des  résultats  contraires,  parce  qu'elles  révoltent  la 
conscience.  Les  individus  disparaissent,  la  pensée  survit. 

Est-ce  à  un  sentiment  de  ce  genre  que  l'on  est  redevable 
de  l'impression  des  Souvenirs  d'Alsace  par  la  typographie 
suisse?  On  serait  tenté  de  le  croire;  venus  de  voisins  neu- 
tralisés politiquement,  ils  n'en  seront  que  plus  favorable- 
ment accueillis  par  tous. 

Ces  mémoires  procèdent  des  deux  sources  auxquelles  il  est 
fait  allusion  plus  haut  :  le  Hausbuch  ou  livre  domestique  et 
les  archives  de  famille.  Ils  sont  presque  exclusivement  du 


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482  REVUE  D'ALSACE 

genre  féminin.  On  a,  sans  doute,  voulu  leur  conserver  ce 
caractère,  car  il  n'est  pas  douteux  que  les  archives  ne  soient 
abondamment  fournies  de  documents  et  de  souvenirs  concer- 
nant le  sexe  fort  de  la  famille.  Les  mentions  qui  sont  faites 
de  lui  dans  le  cours  des  deux  volumes  sont  d'une  sobriété 
telle  qu'il  passe,  pour  ainsi  dire,  inaperçu  et  que  l'esprit  du 
lecteur  se  trouve  souvent  en  face  de  lacunes  qu'il  ne  peut 
combler.  Il  semble  que  l'éditeur  a  eu  surtout  en  vue  de  mettre 
en  relief  la  vitalité  du  sentiment  familial  chez  le  sexe  féminin, 
la  solidité  de  sa  foi  religieuse,  sa  philosophie  et  ses  qualités 
épistolaires.  D'ailleurs,  il  faut  convenir  que  ces  dames  avaient 
des  droits  à  de  pareils  égards. 

II. 

Une  paisible  maison  de  campagne,  Schoppenwihr,  à  trois 
kilomètres  au  nord  de  Colmar,  est  le  berceau  de  notre  Batis- 
buch  et  le  premier  point  de  départ  de  l'édifiante  correspondance 
qui  en  est  la  suite.  Schoppenwihr  appartenait  en  1789  à  M.  de 
Bergheim,  qui  avait  épousé  W^^  Louise-Sophie  de  GlaubiLz. 
Trois  autres  sœurs  de  M^^"^  Louise-Sophie  avaient  épousé  : 
l'une  M.  de  Bergheim-Lœrrach,  l'autre  M.  Jean  de  Dietrich, 
et  la  troisième  M.  de  Mûllenheim.  La  mère  de  ces  dames 
était  une  Landsberg.  M.  de  Bergheim-Schoppenwihr  possé- 
(lait  en  outre  le  domaine  de  Jebsheim,  qualifié  le  bocage  dans 
la  correspondance.  Du  mariage  de  M.  de  Bergheim  avec 
M"®  de  Glaubilz  étaient  issus  sept  enfants,  dont  trois  garçons 
et  quatre  filles. 

A.  Sigismond,  qui  fit,  dans  la  cavalerie,  les  campagnes  de 
la  République,  du  Consulat  et  de  l'Empire,  parvint  au  grade 
de  général  de  division,  épousa  M^e  Bartholdi  et  mourut  à 
Paris  le  28  décembre  1819. 

B.  Fritz,  qui  servit  dans  un  régiment  de  carabiniers  et  au 
sujet  duquel  les  lettres  ne  fournissent  pas  de  renseigne- 
ments, sinon  qu'il  laissa  deux  fils,  dont  l'un  s'appelait  Sigis- 


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SOUVENIRS  d'alsace  183 

iDond,  comme  son  oncle,  et  parvint  également  au  grade  de 
général*. 

G.  Gustave,  le  cadet  des  fils,  fit  aussi  partie  de  Tarmée, 
arriva  au  grade  de  capitaine  de  cavalerie  et  fut  tué  à  la  ba- 
taille de  la  Moscowa. 

D.  Octavie  était  l'aînée,  parait-il,  des  quatre  demoiselles. 
C'est  elle  qui  a  écrit  le  livre  domestique,  dont  le  dernier 
fragment  mis  au  jour  est  daté  de  Stotzheim,  le  24  décembre 
4795.  En  janvier  1798,  elle  épousa  le  baron  Frilz  de  Stein, 
grand  propriétaire  foncier,  résidant  à  Nordheim,  Saxe-Mei- 
ningen.  Frilz  de  Stein  était  le  frère  de  M°**  de  Waldner, 

E.  Henriette  fut  recherchée  par  un  jeune  Dauphinois  dont 
l'éducation  avait  été  confiée  au  poète  Pfeffel,  qui  avait  fondé 
à  Colmar  un  pensionnat,  qualifié  plus  tard  éccie  milUaireK 
Ce  jeune  homme  s'appelait  Augustin  Périer  ;  il  était  le  frère  aîné 
de  Casimir  Périer  qui  fut  ministre  dans  les  premières  années 
du  règne  de  Louis-Philippe.  Le  mariage  d'Augustin  Périer 
eul  lieu  en  juin  (25  ou  26)  1798. 

F.  Amélie  était  déjà  mariée  quand  ses  sœurs  épousèrent 
Fritz  de  Stein  et  Augustin  Périer.  Le  journal  ne  fournit  au- 
cune indication  concernant  ce  mariage  ;  mais  une  lettre  de 
xMii<i  Henriette  permet  d'en  indiquer  la  date.  Il  eut  lieu  en 
juin  (avant  le  12)  1797.  Amélie  avait  épousé  Fritz  de  Die- 
irich,  l'un  des  maîtres  des  forges  du  Jsegerthal  et  fils  aîné  de 
Philippe-Frédéric  de  Dietrich,  maire  de  Strasbourg,  dont  le 
salon  fut,  comme  on  sait,  le  berceau  de  la  Marseillaise. 

G.  Fanny  était  la  dernière  arrivée  des  Bergheim-Schoppen- 
wihr.  Vivement  sollicitée,  en  1800,  par  ses  sœurs  de  donner 
son  assentiment  aux  fiançailles  avec  le  mari  qu'on  lui  dcs- 

^  Des  informations  complémentaires,  dues  à  l'obligeance  de  M.  A.  de 
Dietrich,  nous  apprennent  que  Fritz  de  Bergheim  avait  épousé  Augusta 
de  Stumm  et  que  Faîne  de  ses  fils  s'appelait  Christian. 

*  Voy.  au  sujet  de  l'organisation  de  cette  école,  Bévue  cV Alsace, 
année  1859,  p.  210. 


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484  REVUE  D'ALSACE 

tinait,  Fanny  ajourna  au  printemps  suivant  la  réponse  dési- 
rée. Mais  la  jeune  fille  ne  vit  pas  les  premières  feuilles  de 
ce  printemps;  elle  mourut  au  mois  de  février  1801.  Une 
lettre  de  M«ie  Henriette  Périer,  pleurant  la  mort  de  sa  sœur, 
à  laquelle  elle  était  particulièrement  attachée,  laisse  entre- 
voir que  le  mari  destiné  à  Fanny  n'était  autre  que  Scipion 
Perler,  le  frère  d'Augustin  et  de  Casimir,  t  Scipion  la  perd 
deux  foisy  dit  la  lettre  d'Henriette,  remarque  qui  s'explique 
par  le  choix  de  Fritz  de  Landsberg,  préféré  par  la  famille 
pour  le  futur  mari  de  Fanny.  Scipion  épousa  plus  tard  Louise 
de  Dielrich,  cousine  des  dames  de  Bergheîm-Schoppenwihr. 

Du  côté  paternel,  celles-ci  avaient  des  tantes,  à  Ribeauvillé 
M™°  de  Béer. 

Dans  le  voisinage,  à  Schlestadt,  elles  avaient  une  amie 
intime,  Annette  de  Rathsamhausen,  devenue  M"®  de  Gérando. 

Près  de  Strasbourg,  à  Stotzheim,  elles  en  avaient  une  autre, 
Marie  d'Oberkirch,  devenue  M™®  de  Monlbrison. 

Puis,  dans  un  voisinage  plus  rapproché,  la  famille  de 
Waldncr,  dont  le  chef,  dit  une  lettre,  c  n'était  bien  que  là 
où  il  n'était  pas»,  et  les  de  Golbéry,  dans  leur  château  de 
Kientzheim,  et  enfin,  au  premier  rang  des  vrais  intimes, 
Pfeffel  et  son  intéressante  famille,  sa  fille  Frédérique  tout 
particulièrement,  qui,  dans  la  bonne  et  la  mauvaise  fortune, 
ne  cessa  pas  d'être  la  fidèle  compagne  de  ses  amies,  tandis 
qu'au  milieu  de  la  famille  de  Dielrich,  du  Bas-Rhin,  M^^*Seitz 
occupait  à  peu  près  la  même  place.  Les  assez  nombreuses 
lettres  de  Bique  (Frédérique)  publiées  dans  les  Souvenirs  en 
sont  une  partie  remarquable,  alors  que,  dans  ces  mêmes 
Souvenirs,  Fallas  (M"*"  Seilz)  apparaît  comme  amie  digne  de 
beaucoup  d'attentions.  On  sent  que  BMisaire  (Pfeffel)  vit  tout 
entier  dans  sa  bonne  et  vertueuse  Frédérique.  Ida  (Oclavie), 
Églantine  (Henriette)  et  Fanny  de  Bergheim  en  sont  les  bien 
tendres  et  affectueuses  amies.  On  peut  en  dire  autant  de  le 
Laurier  (Augustin  Périer),  qui  apprit  à  connaître  la  famille  de 


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SOUVENIRS  d'alsace  185 

Bergbeim-Scboppenwihr  pendant  son  séjour  à  Técole  dePfeffel. 
Sommairement  renseigné  sur  les  principales  personnes 
mises  en  scène  d'une  manière  souvent  confuse  par  l'édi- 
teur des  Souvenirs  d* Alsace,  essayons  d'y  glaner  quelques- 
uns  des  éléments  historiques  qui,  d'après  la  préface  de 
M.  Philippe  Godet,  ont  motivé  la  publication. 

^SchoppenwihTy  2S  octobre  1789.  J'ai  eu  aujourd'hui  dix-huit 
ans,  9  écrit  M'^«  Octavie  en  commençant  un  des  paragraphes  de 
son  journal.  Elle  était  donc  née  le  22  octobre  1771.  Après  une 
invocation  à  l'Être  suprême  —  c'est  son  expression  —  elle  continue 
ainsi  :  c Je  ne  suis  plus  une  enfant,  je  dois  commencer  à  réfléchir; 
aussi  depuis  quelque  temps  je  m'applique  à  cela.  Je  pense  à  tout 
ce  que  j'entends,  et  réfléchis  si  c'est  juste.  Mais  cette  attention  me 
fait  quelquefois  tomber  dans  un  défaut  dont  il  faut  cependant  bien 
que  je  me  garde,,  si  je  veux  posséder  la  charité  chrétienne  à  un 
haut  degré  de  perfection,  comme  je  le  désire  ;  car  c'est  bien  laid 
de  voir  les  défauts  de  son  prochain.  Ce  qui  me  désole,  c'est  qu'ils 
ne  m'échappent  point,  et  j'ai  quelquefois  la  cruauté  de  les  faire 
remarquer  à  d'autres;  j'avoue  même  que  cela  m'amuse  un  peu. 
Je  fais  bien  volontiers  le  sacrifice  de  ce  malin  plaisir  pour  me  cor- 
riger de  ce  défaut  et  j'aime  mieux,  quoi  qu'il  m'en  coûte,  paraître 
sotie  que  spirituelle  et  médisante.  :» 

Voilà  l'entrée  en  matière  et  l'on  juge,  par  cet  extrait,  du 
sentiment  moral  qui  sera  le  guide  de  la  jeune  fille  dans  le 
cours  de  sa  vie  et  de  ses  relations. 

Abstraction  faite  de  deux  extraits  qui  suivent  concernant  la 
visite  d'une  dame  auteur,  M°*"  de  Laroche,  de  Francfort,  puis 
un  incendie  qui  causa  quelque  dégât  à  Schoppenwihr,  nous 
arrivons  à  une  question  qui,  pour  être  séculaire,  n'en  est 
pas  moins  aujourd'hui  encore  d'une  actualité  brûlante.  Voici 
l'opinion  de  M"®  Octavie  de  Bergheim  à  ce  sujet  : 

€  Car  je  suis  bien  persuadée  que  si  les  femmes  ne  peuvent 

parvenir  à  la  vigueur  corporelle  des  hommes ,  au  moins  peuvent- 
elles  aspirer  au  développement  de  leur  intelligence.  Si,  dès  leur 
jeunesse,  leur  éducation  est  la  même  que  celle  du  sexe  masculin, 
elles  surpassent  souvent  ce  dernier  par  l'élévation  de  leurs  senti- 
ments, par  la  délicatesse  de  leur  conception,  leur  éloquence  et  leur 


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186  REVUE  d'alsace 

solidité.  Pourquoi  donc  s'imaginer  que  les  femmes  sont  unique- 
ment faites  pour  les  soins  du  ménage  et  qu'elles  doivent  renoncer  à 
toutes  les  études  instructives,  agréables  et  élevées,  qui,  si  elles  ne 
s'y  adonnent  pas  outre  mesure,  ne  peuvent  que  leur  être  utiles, 
même  dans  leur  ménage  et  surtout  en  société  pour  diriger  leur 
conduite,  l'éducation  de  leurs  enfants  et  dans  plus  d'une  circon- 
stance de  leur  vie.  » 

Après  avoir  pourvu  aux  soins  domestiques,  on  lisait  a 
Schoppenwihr  des  livres  moraux  et  instructifs,  puis,  pour  se 
distraire,  on  y  faisait  de  la  musique,  quelques  promenades 
au  delà  du  Katzwangenlrucli;  on  allait  même  jusqu'à  la  Kilb 
d'Ingersheim  pour  y  dépenser  la  cagnotte  des  amendes  aux- 
quelles on  avait  été  condamné  pour  infraction  au  code  con- 
venu. On  y  avait  même  organisé  une  société  d'émulation  dont 
Bélisaire,  de  bon  Pfeflel»,  faisait  naturellement  partie.  Mais 
ce  n'élait  pas  une  société  de  paresseuses  et  de  poseuses,  car 
chaque  membre  recevait  un  sujet  à  traiter  dans  l'intervalle 
des  séances  ou  des  réunions,  qui  avaient  lieu  dans  la  maison 
ou  hôtel  de  Colmar,  pour  prendre  connaissance  du  travail  de 
chacune  des  académiciennes  et  y  être  couronnées  toutes  au 
rang  qui  leur  appartenait.  Plus  souvent  qu'à  son  tour  Pfeffel 
emportait  la  première  palme. 

Mais,  en  1792,  l'atmosphère  politique  n'était  pas  favo- 
rable à  une  vie  paisible  et  bien  ordonnée.  Le  journal  de 
M"*"  Octavie  nous  laisse  entrevoir  que  l'angoisse  avait  envahi 
le  domaine  et  ses  habitants.  Le  4  mai  on  est  décidé  à  aller 
s'établir  à  Riquewihr,  où  l'on  ne  demeura  pas  longtemps,  si 
toutefois  on  y  alla,  car  le  31  août,  nous  retrouvons  Octavie  à 
Bêle,  où  elle  embrasse  son  père  qu'elle  avait  quitté  à  Schop- 
penwihr le  16  juillet  précédent. 

Plusieurs  pages  du  journal  font  défaut  après  la  mention  de 
la  présence  à  Bâle  de  M.  de  Bergheim  père.  H  est  probable 
qu'elles  se  rattachaient  aux  actes  du  Directoire,  qui  fit  fermer 
les  églises  de  Colmar  autres  que  Saint-Martin,  dispersa  les 


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SOUVENIRS  D' ALSACE  187 

religieux  et  religieuses  des  couvents,  fit  sortir  le  mobilier, 
prohiba  les  processions  traditionnelles  au  nombre  de  huit 
dans  l'année,  convertit  les  couvents  en  casernes,  hôpitaux  et 
prisons,  commença  à  faire  vendre  le  mobilier  et  les  biens 
des  absents  déclarés  émigrés,  fit  diriger  vers  Langres  les 
suspects  détenus  au  Collège,  etc.,  etc. 

H.  de  Bergheim  n'avait  pas  émigré;  mais,  dès  le  mois  de 
juillet,  il  avait  sans  doute  pourvu  h  la  sécurité  et  à  la  tran- 
quillité relative  des  siens  en  laissant  partir  sa  femme  et  ses 
filles  pour  gagner  la  ville  de  Bâle,  où  M"*""  de  Bergheim  avait 
des  parents,  la  famille  du  chancelier  Ochs,  dont  M.  de  Die- 
trich,  le  malheureux  maire  de  Strasbourg,  avait  épousé  la 
sœur.  Ce  n'était  pas  pour  émigrer  qu'il  arriva  lui-même  à 
Bâle,  inopinément  peut-être,  mais  pour  revenir  tous,  et  pré- 
cipitamment, à  Schoppenwihr.  Le  journal  de  H^e  Octavie  ne 
dit  ni  le  mois  ni  la  date  de  l'arrivée  de  son  père  ;  mais  il  en 
dit  assez  pour  expliquer  et  caractériser  le  but  de  cette  visite  : 

«Je  ne  reviens  pas  encore  de  mon  étonnement,  je  crois  rêver 
quand  je  me  revois  ici  (Schoppenwihr),  dans  ce  séjour  de  ma  plus 
tendre  enfance!  Ce  départ  si  prompt,  si  inopiné,  a  bouleversé  tout 
mon  cœur.  Le  mardi  à  9heures,  nous  ignorions  encore  complètement 
notre  destinée  et  à  iO  heures  il  était  arrêté  que  nous  partirions  le 
lendemain.  II  y  a  aujourd'hui  huit  jours  que  nous  quittâmes  Bâle 
en  lui  donnant  mille  regrets.  Il  y  a  des  lacunes  dans  mon  journal^ 
j'ai  dû  par  prudence  détruire  plusieurs  feuillets.  Je  veux  essayer 
de  retracer  ici  les  caractères  de  ceux  que  je  retrouverai  toujours 
avec  plaisir  dans  mon  souvenir,  i» 

A  la  lecture  de  cette  résolution  Ton  s'attend  à  la  révélation 
des  causes  du  retour  à  Schoppenwihr.  Il  n'en  est  rien.  Il 
s'agit  simplement  d'un  témoignage  de  bonne  aifeclion  pour 
les  personnes  que  l'on  a  fréquentées  à  Bâle  :  les  Geissen- 
dôrffer,  le  ministre  Ridel,  les  Vondermùhl,  Bourcardt,  Sar- 
rasin, Frey-Ochs,  les  Bàrenfels,  M"®  de  Monijoie,  dont  le  frère 
Gustave  était  <r  républicain  et  aide  de  camp  de  Dumouriez.  » 


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188  REVUE  d' ALSACE 

Mais  nous  voici  au  nouvel  an  1793.  M* ^'^  Oclavie  célèbre  en 
ces  lermes  le  réveillon  : 

«Le  temps  s'écoule  comme  l'onde  rapide.  Quelles  pensées  ne 
remplissent  pas  mon  âme  à  chaque  nouvelle  année  !  Je  crois  pres- 
sentir de  nouveaux  malheurs  !  Si  telle  est  notre  destinée,  puissé-je 
au  moins  retrouver,  plus  tard,  dans  le  récit  que  j'en  aurai  tracé, 
l'empreinte  d'un  caractère  qui  sut  les  supporter  avec  courage!» 

Aux  pronostics  du  jour  de  Tan  succède,  dans  le  journal  de 
la  jeune  fille,  une  douloureuse  invocation  aux  sentiments 
paci&ques  et  généreux  de  la  nation. 

«Coulez,  coulez,  ô  larmes  délicieuses!  vous  soulagez  mon 
cœur.  » 

C'est  par  celle  sublime  prière  qu'elle  commence,  le  16  jan- 
vier, un  des  paragraphes  les  plus  émus  de  son  diaire.  Elle 
pleurait,  parce  qu'on  était  à  la  veille  du  21  janvier,  journée 
du  sacrifice  suprême  qui  devait  entraîner  fatalement  sa 
patrie  dans  la  voie  des  violences  de  toute  sorte. 

«  Que  nulle  tache  ne  te  souille,  ô  ma  patrie,  nation  aimable  et 
chère,  sois  généreuse!  Les  Français  pourraient- ils  rester  cruels? 
Habiteraient-ils  la  plus  belle  terre  pour  la  faire  rougir?  Le  soleil 
éclairerait- il  de  ses  plus  doux  rayons  des  assassins?  Ah!  quand 
donc  l'humanité  séchera-t-elie  les  larmes  que  font  couler  la  dis- 
corde, l'égoïsme,  la  vengeance  et  toutes  les  haines  pour  menacer 
l'innocent,  toute  sa  famille,  toutes  les  victimes  d'une  erreur  qui 
fait  toujours  des  progrès  et  entraîne  le  bonheur  des  Français  dans 
ses  dédales. 

«Tous  les  éblouis,  les  entraînés  par  de  nobles  motifs,  les 
femmes,  les  enfants,  les  militaires  intrépides  et  les  pauvres  natio- 
naux marchent  à  la  mort  et  ne  se  plaignent  pas. 

«La  guerre  va  se  rallumer  plus  fort  que  jamais.  La  France, 
jalouse  de  sa  gloire,  fière  de  sa  Révolution,  trop  avancée  pour 
reculer,  soutiendra  l'assaut  de  toutes  les  nations! Elle  se  con- 
sumera, mais,  je  le  crois,  ne  sera  pas  vaincue.  » 

Voilà,  sans  aucune  atténuation  possible,  les  sentiments 
professés  à  Schoppenwihr  dans  les  moments  les  plus  péril- 


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SOUVENIRS  d'alsace  189 

leux  de  la  Révolution,  au  sein  d*une  famille  de  ci-devants  de 
vieille  souche,  car  la  mère  de  H°^  de  Bergbeim,  née  de 
Glaubilz,  était,  par  sa  mère,  issue  des  Landsberg,  dont  les 
plus  anciens  titres  que  nous  pouvons  consulter  font  mention 
9u  xiii^  siècle,  et  ceux  des  de  Bergheim  au  xiv*.  Il  est  vrai 
qu'une  goutte  de  sang  plébéien  circulait  dans  les  veines  de 
cette  honorable  famille,  par  le  Didier=Dietrich  de  Saint- 
Nicolas  des  Vosges  S  dont  les  descendants,  d'ailleurs,  furent 
aussi  anoblis. 

Pour  se  fortifier  contre  les  tristesses  du  moment  et  de 
l'avenir,  c'est  dans  la  philosophie  que  la  jeune  fille  veut 
retremper  les  forces  de  sa  belle  et  pieuse  intelligence. 

c  L'analyse  de  nos  pensées  et  de  nos  actions  est  sans  doute  le 
chemin  qui  nous  conduit  à  la  sagesse  et  nous  donne  cette  assu- 
rance de  jugement  qui  ne  fait  jamais  un  faux  pas.  Elle  nous 
apprend  à  démêler  le  vrai  du  faux,  à  scruter  les  doutes,  à  nous 
faire  connaître  les  hommes  et  ce  nous-mêmes  que  nous  avons  tant 
de  peine  et  d'intérêt  à  approfondir.  Il  y  a  longtemps  que  je  m'étu- 
die moi-même,  et  je  ne  me  connais  que  très  imparfaitement.  Il 
faut  cependant  que  je  me  connaisse  pour  mettre  en  pratique  les 
principes  qui  doivent  régler  ma  vie 9 

En  mars  4793  : 

cLes  dispositions  de  mon  âme  influent  singulièrement  mon 
physique.  L'incertitude  dans  laquelle  nous  jettent  les  événements, 
les  craintes,  les  espérances  et  les  fortes  émotions  qui  se  succèdent 
mettent  ma  santé  dans  un  état  que  je  ne  sais  définir.  Mais  est-il 
possible  de  rester  insensible  au  destin  de  tant  de  milliers 
d'hommes,  nos  compatriotes.  j> 

Quelle  était  la  cause  de  l'état  moral  et  physique  dans 
lequel  la  jeune  fille  se  trouvait?  C'était  évidemment  l'exé- 
cution  de  la  loi  du  24  février  ordonnant  une  levée  de 
300,000  hommes  pour  la  défense  des  frontières  que  la  coali- 

1  Voy.  Revue  d'Alsace,  années  1856  et  1857,  pages  481,  529  et  74, 
-145;  193.  Louis  Spach, 


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190  REVUE  d' ALSACE 

lion  se  préparait  à  franchir  avec  le  prince  de  Condé  et  les 
émigrés  en  lête.  Le  département  du  Haut-Rhin  devait  fournir 
3311  hommes  et  pour  sa  part  le  district  de  Colmar,  dont 
Schoppenwihr  faisait  partie,  devait  en  livrer  1500.  C'est  le 
22  mars  que  commença  cette  levée  de  défenseurs  de  la  patrie 
en  danger  et  c'est,  sans  aucun  doute,  à  cette  opération  et  à 
ses  suites  que  le  journal  fait  allusion.  Mais  la  verdure  s'an- 
nonce et  voici  comment  M^^^  Octavie  salue,  le  24  avril,  son 
retour. 

«  La  nature  renaît  :  ô  comme  sa  beauté,  ses  bienfaits  et  sa  douce 
influence  pénètrent  mon  âme  et  la  remplissent  de  reconnaissance 
envers  son  divin  Créateur.  Grand  Dieu,  agrée  le  faible  hommage 
d'une  de  tes  créatures  qui  te  doit  son  existence,  qui  ne  serait  rien 
sans  ta  volonté,  mais  qui  sent  que  par  Toi  elle  est  quelque  chose  et 
aspire  à  atteindre  le  but.  Sublimes  aperçus,  élevez  mon  âme  à  la 
hauteur  de  sa  destination,  fortifiez-la  contre  les  revers  !» 

Cette  âme  sensible  et  délicate  avait  en  effet  besoin  d'être 
soutenue  par  une  force  surnaturelle  pour  ne  pas  faiblir  en 
face  des  terrifiants  événements  dont  elle  allait  être  témoin. 
Au  mois  d'août,  elle  a  passé  trois  semaines  à  Strasbourg 
chez  ses  parents,  â  cvu  et  entendu  bien  des  choses  affli- 
geantes». Elle  n'en  dit  pas  davantage,  mais  elle  ajoute  que  : 
€  tout  le  monde  souflre  dans  ce  temps  de  crises  et  que  tout 
le  monde  semble  aimer  à  souffrir».  Enfin  elle  constate  que 
les  de  Bergheim  ont  revu  la  famille  de  Landsberg  après  des 
années  de  séparation  causée  par  c  l'opinion  pubUque  qui  les 
avait  discrédités  auprès  d'elle». 

«Je  fus  bien  aise,  écrit-elle,  de  voir  que,  si  Tesprit  de  parti 
égare,  le  cœur  sensible  et  juste  ramène.  » 

Elle  ignorait,  dans  sa  douce  candeur  en  politique,  que, 
dans  les  moments  périlleux,  ceux  qui  sont  ou  se  croient  plus 
exposés,  se  rapprochent  volontiers  de  ceux  qui  peuvent  les 
protéger.  Touchée  de  ce  rapprochement,  inattendu  peut-être, 
elle  le  fait  suivre  de  l'aveu  suivant  : 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  191 

«  J'ai  le  regret  de  n'avoir  pas  toujours  conserve  la  même  ma- 
nière de  voir  dans  nos  secousses  et  catastrophes  politiques.  Mais  les 
choses  ont  tellement  changé  de  nature.  On  peut  dire  aujourd'hui 
que  la  liberté  est  devenue  un  dur  esclavage La  féro- 
cité domine  tous  les  sentiments,  d 

Cet  esclavage  était  en  effet  bien  dur  pour  une  âme  aussi 
délicate,  mais  elle  le  subit  avec  honneur  en  lui  sacrifiant 
seulement  ce  que  la  prudence  commandait  de  ne  pas  refuser. 
Le  13  septembre,  elle  continue  ainsi: 

«Depuis  longtemps  je  souffre  plus  que  je  ne  peux  le  dire.  Le 
fléau  de  la  guerre  dévaste  de  fertiles  contrées.  Il  arrache  du  sein 

des  familles  les  fils,  les  frères,  les  maris,  les  pères  1 

Journellement  je  vois  des  scènes  déchirantes.  Nos  frontières  sont 
entourées  d'Autrichiens,  de  Prussiens  et  d'émigrés  ;  déjà  une  par- 
tie du  terrain  qui  est  au  delà  de  Wissembourg  se  trouve  en  leur 
pouvoir.  Déjà  les  lignes  ont  été  attaquées  et  le  sang  de  milliers 
d'hommes  va  arroser  cette  terre  infortunée.   Les  Français  sont 

serrés  de  près  et  emploient  les  derniers  moyens 

La  première  classe  de  16  à  30  ans  marche.  Auguste  Pfeffel,  ami 
de  mes  frères,  a  seize  ans;  il  part  avec  le  second  des  Tréset 
(Réset?)  obligé  de  prendre  part  à  une  action  qu'il  réprouve .... 

Nos  pauvres  domestiques  ont  aussi  été  appelés  et  forcés 

de  partir De  notre  côté  nous  sommes 

très  occupées,  nous  passons  nos  journées  à  des  ouvrages  qui  nous 
paraissent  pénibles.  Cependant  il  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'il  est 
bon  d'être  mis  en  demeure  de  tout  apprendre  et  de  le  faire  par  soi- 
même,  pour  tout  savoir Une  des  règles  sévères 

que  je  tiens  à  me  prescrire  :  c'est  de  ne  jamais  paraître  ce  que  je 
ne  voudrais  pas  être  ;  de  non  seulement  bien  agir,  mais  encore 
d'en  porter  les  apparences.  La  réputation  n'est-elle  pas  l'écrin  le 
plus  précieux  de  notre  sexe.  » 

Les  circonstances  dans  lesquelles  ces  lignes  sont  écrites 
étaient  graves  et  sévères.  On  sent  que  M*'""  Octavie  sut,  elle 
aussi,  s'élever  à  la  hauteur  des  circonstances.  —  Le  18  sep- 
tembre elle  s'était  rendue  à  Colmar  avec  sa  mère  pour  orga- 
niser le  déménagement  de  Schoppenwihr.  L'hôtel  de  M.  de 
Bergheim  était,  si  nous  avons  bonne  mémoire,  dans  la  rue 


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192  REVUE  D'ALSACE 

des  Blés  et  contigu  à  TÉcole  railiiaire;  il  avail  de  plus  — 
mais  toujours  d'après  des  souvenirs  que  nous  ne  sommes 
plus  en  mesure  de  contrôler  —  une  issue  sur  la  place  et  par 
la  rue  du  Canard.  Bien  des  nouvelles  douteuses,  écrit 
M"«  Octavie,  ont  été  confirmées.  Le  15,  Vieux-Brisach  est 
incendié  par  les  boulets  rouges  du  fort  Mortier;  le  16,  le 
passage  du  Rhin  à  Huningue  par  des  grenadiers  de  Tou- 
raine»  est  repoussé  et  fil  y  eut  un  grand  nombre  de  morts 
par  suite  du  naufrage  de  deux  bateaux  au  milieu  du  Rhin», 
puis,  faisant  sans  doute  allusion  aux  premiers  conlacts  des 
armées  républicaines  avec  le  corps  royaliste  des  émigrés, 
elle  s'écrie  : 

<(  Les  Français  font  couler  le  sang  français  !  Guerre  mille  fois 
horrible  où  des  frères  deviennent  des  Gains I  Citoyens  I  où  donc  est 
votre  amour  ! 

«  7  octobre.  Nous  avons  quitté  Schoppenwihr  ;    qu'il   m'en  a 

coûté  !  Y  reviendrons-nous? Il  n'y  a 

qu'un  bien  qui  puisse  être  précieux  à  mes  yeux,  car  j'en  suis  l'ar- 
bitre :  c'est  un  cœur  à  toute  épreuve,  grand  sans  hauteur,  flexible 
sans  bassesse,  fort  sans  dureté,  sensible  sans  faiblesse,  prudent 
sans  ridicule,  franc  sans  inconséquence,  calme  sans  indifférence. 
—  i3  octobre.  Ma  mère  et  mes  frères  nous  ont  rejoints  à  Golmar. 

Nous  avons  fait  des  visites,  quel  tourment  I Fin 

octobre.  Le  16  et  le  17,  on  disait  que  nombre  de  personnes  étaient 
chassées  de  Strasbourg  et  cette  ville  mise  en  état  de  siège.  Nous 
apprenons  par  deux  fugitifs  que  les  de  Bergheim  (de  Lôrrach)  et 
de  Mullenheim  allaient  s'établir  à  Ribeauvillé  et  que  grand'maraan 
viendrait  chez  nous.  Le  lendemain  nous  eûmes  le  plaisir  de  l'em- 
brasser. Les  Gunzer  et  les  Lœwenhaupt  (de  Strasbourg)  vinrent 
aussi  (à  Colmar).  2> 

La  terreur  sévissait  dans  le  Bas-Rhin,  Strasbourg  était  à 
l'état  de  fournaise  surchauffée  par  la  présence  de  l'ennemi 
sur  ses  frontières.  Il  est  naturel  que  M^®  de  GlaubitZ;  née  de 
Landsberg,  s'éloignât  de  ce  milieu  et  se  réfugiât  chez  sa  fille, 
M°»®  de  Bergheim-Schoppenwihr,  que  ses  autres  filles, 
Mmes  (le  Bergheim-Lôrrach  et  de  Mullenheim,  vinssent  aussi 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  193 

se  fixer  à  proximité  de  leur  mère  et  de  leur  sœur.  D'ailleurs 
le  Haut*Rhin  n'était  pas,  comme  le  Bas-Rhin,  arrivé  au 
paroxysme  du  délire  révolutionnaire,  par  la  raison  qu'il 
manquait  de  meneurs  aussi  outrés  que  ceux  du  Bas-Rhin. 
La  question  du  clergé  constitutionnel  et  du  clergé  réfractaire 
était  aussi  la  principale  cause  de  discorde,  mais  il  manquait 
de  ces  théologiens  allemands  qui,  après  avoir  prêché  d'une 
très  docte  façon  la  doctrine  de  l'église  orthodoxe,  la  foulèrent 
aux  pieds  pour  se  livrer  aux  excès  qui  ensanglantèrent  le 
département.  Colmar  avait  bien  reçu  aussi  la  hideuse  ma- 
chine envoyée  de  Paris  en  1792,  mais  il  n'en  fit  usage  que  le 
14  août  179;3  pour  décapiter  un  assassin  de  Fortschwihr  qui 
avait  égorgé  un  garde  champêtre.  Relativement  il  y  avait 
dans  le  Haut-Rhin,  en  ces  temps  de  transformation,  beau- 
coup plus  de  sécurité  personnelle  que  dans  le  Bas-Rhin.  11 
avait  bien  fallu  donner  à  la  loi  des  suspects  certaines  salis- 
factions  en  arrêtant,  pour  un  moment,  les  Atthalin^  Dubois, 
Simon,  Queffemme,  Loyson,  Rencker,  Villard,  Baccara, 
Richard,  Cambeforl,  Boillot,  Krauss  et  quelques  autres,  mais 
cetle  rigueur  fut  toujours  de  courte  durée  et  l'on  vit  même 
plusieurs  de  ces  suspects  ne  pas  larder  à  rentrer  en  grâce 
en  acceptant  dans  le  nouvel  ordre  de  choses  les  fonctions  les 
plus  infimes  que  l'on  voulût  bien  leur  confier,  comme,  par 
exemple,  celles  de  gardes  champêtres  exercées  par  des 
avocats  et  des  procureurs  de  l'ancien  conseil  souverain  de  l'Al- 
sace. La  situation  n'était  donc  pas  aussi  menaçante  à  Colmar 
et  ses  environs  que  dans  le  Bas-Rhin  ;  ainsi  s'explique  l'ar- 
rivée à  Colmar  de  M"*®  de  Glaubitz,  pour  se  rapprocher 
de  trois  de  ses  filles;  en  laissant  la  quatrième,  M"^®  Jean 
de  Dietrich,  avec  son  mari,  maître  des  forges  du  Jaegerthal, 
voisines  des  champs  de  bataille  où  les  armées  républi- 
caines devaient  rencontrer  les  royalistes  français  et  la 
coalition  étrangère. 
D'ailleurs  M.  de  Bergheim-Schoppenwihr  était  resté  au 


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m^^f^^'^\ 


194 


REVUE  D'ALSACE 


pays  et,  sans  être  un  militant,  il  passait,  à  juste  titre,  pour 
ne  pas  voir  d'un  mauvais  œil  de  raisonnables  et  nécessaires 
modifications  dans  le  régime  qui  avait  précédé  1789.  On  le 
voit  par  l'éducation  donnée  à  ses  enfants,  car,  il  faut  bien 
le  reconnaître  maintenant,  les  sentiments  exprimés  par 
M"^  Octavie  dans  son  journal  ne  sont  que  le  reflet  des  senti- 
ments de  toute  la  famille.  Cela  est  si  évident  que,  comme 
elle  le  dit  elle-même,  le  canon  du  fort  Mortier  bombardant 
Vieux-Brisacb  la  surprit  au  moment  où  elle  donnait  à  ses 
sœurs  lecture  du  chapitre  de  son  journal  concernant  son 
voyage  à  Strasbourg  et  son  retour  à  Schoppenwihr,  en  pas- 
sant par  Stotzheira  pour  visiter  la  famille  d'Oberkirch. 

L'arrivée  de  Hérault  de  Séchelles  à  Colmar  est  annoncée. 
Voici  comment  le  Hausbuch  nous  l'apprend  : 

«5  novembre  il 93.  Hier  les  Gunzer  et  les  Lœwenhaupt  pas- 
sèrent la  soirée  avec  nous.  Après  le  souper,  nous  combinions  les 
arrangements  pour  le  voyage  à  Ribeauvillé,  lorsque  la  porte  s'ou- 
vrit et  nous  vîmes  paraître  Metzger  et  Simon,  qui  nous  annon- 
cèrent gaiement  notre  arrestation,  si  tant  est  que  cela  pût  être  gai. 
Hérault  est  encore  à  Belfort,  mais  en  attendant  son  arrivée,  il  faut 
mettre  en  arrestation  dans  leurs  demeures  tous  les  ci-devants  et 
tous  les  corps  administratifs  aux  arrêts  dans  l'intérieur  de  la  ville. 
Il  y  a  toute  une  pancarte  des  noms  de  tous  ces  lépreux  et  le  nôtre 
brille  en  tête,  de  tout  son  éclat.  Nous  fîmes  bonne  contenance 
devant  les  exécuteurs  de  ces  ordres.  Mais  après  leur  sortie,  maman 
et  grand'maman  fondirent  en  larmes,  et  nous  aussi  naturellement. 
Ce  n'était  pas  précisément  l'inquiétude  sur  notre  situation  qui  nous 

arrachait  ces  larmes,  mais  l'injustice  de  la  tyrannie 

6  novembre  il 93.  On  cherchait  ma  tante  et  un  de  ses  enfants 
arrivés  en  ville  depuis  peu.  Ils  furent  mis  en  arrestation  chez 

grand'maman  et  ne  purent  rentrer  dans  leur  logis 

i5  novembre  il93.    Le  représentant  Hérault   arriva 

avec  deux  jours  de  retard.  On  lui  présenta  une  pétition  pour  notre 
élargissement.  On  nous  garantit  notre  liberté  avant  qu'où  ait  eu  le 
moindre  espoir  pour  les  autres.  Pourquoi  faire  des  différences?» 

Pourquoi?  On  va  essayer  de  vous  le  dire,  aimable  éga- 
litaire! 


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SOUVENIRS  d'alsace  195 

Parmi  ]esci'devantSy  les  patricieDs  elles  simples  bourgeois 
de  Coimar  se  trouvaient  un  assez  grand  nombre  de  chefs  de 
famille  dont  les  fils  avaient  passé  à  l'étranger  avec  des  prêtres 
et  des  officiers  français  déserteurs,  réputés  à  bon  droit  de  re- 
cruter dans  la  ville  et  la  campagne  de  jeunes  hommes  pour 
Tarmée  royaliste,  marchant  contre  sa  patrie  à  la  tète  des  Autri- 
chiens et  des  Prussiens.  En  sévissant  contre  les  parents  de  ces 
jeunes  gens,  Hérault  de  Séchelles  agissait  au  nom  de  la 
France  en  cas  de  légitime  défense.  A  Coimar,  les  patriotes  à 
rebours  étaient  assez  nombreux.  Nous  n'y  comptons  pas 
moins  de  quinze  officiers  et  soldats  déserteurs  et  dix  prêtres 
recruteurs,  tous  de  bonnes  familles  de  la  ville.  En  faisant 
enfermer  successivement^  au  collège  vacant,  les  parents  des 
recruteurs  et  des  recrutés,  les  représentants  du  peuple  et 
l'autorité  locale  usaient  des  lois  de  la  guerre,  ne  relevant  que 
de  la  force  et  des  droits  humanitaires. 

Lorsque  Hérault  de  Séchelles  arriva  à  Coimar,  la  «  pan- 
carte sur  laquelle  de  Bergheim-Schoppenwihr  brillait  en 
tête»  avec  les  de  Bergeret,  de  Boisgauthier,  Delort,  de 
Truchsess,  de  Salomon,  Poujol,  de  Lasablière,  de  Boug, 
Deroc,  Hafner,  Custre,  Ostermeyer,  etc.^  etc.,  fut  une  des 
dernières  qui  pourvurent  l'ancien  collège  des  Jésuites  des 
otages  successivement  évacués  sur  Belfort,  Langres  ou 
Besançon.  Or  M.  de  Bergheim-Schoppenwihr  ne  se  trouvait 
dans  le  cas  d'aucun  de  ces  otages.  Aucun  des  siens  n'avait 
émigré.  Ses  fils  arrivaient  à  l'âge  où  ils  devraient  aussi 
prendre  les  armes,  mais  pour  combatlro  l'étranger,  non  se 
joindre  à  lui  et  envahir  la  patrie  comme  les  fils  et  les  parents 
des  otages.  De  plus  M"*®  de  Bergheim-Lôrrach  quittait  l'Alle- 
magne pour  revenir  au  pays  natal  menacé.  Voilà  pourquoi, 
sans  faire  entorse  à  l'égalité,  on  laissa  M.  de  Bergheim- 
Schoppenwihr,  ainsi  que  toute  sa  famille,  en  pleine  liberté. 

Nous  allons  voir  la  famille  Bergheim-Schoppenwihr  sou- 
mise à  une  épreuve  plus  dure  peut-être  que  les  arrêts  infligés 


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196  REVUE   d' ALSACE 

par  le  représentant  du  peuple  en  mission,  et  M"®  Oclavie 
personnellement  menacée  d'en  être  la  suprême  héroïne  pour 
le  chef-lieu  du  département.  Il  fallait  qu'elle  fût  bien  belle, 
cette  demoiselle  de  21  ans,  h  la  fin  de  1793,  pour  que  Tau- 
torilé  locale  jelât  son  dévolu  sur  elle  pour  représenter  la 
déesse  Baison  à  la  première  fêle  de  l'Être  suprême.  Des 
amis  sérieux  parvinrent  à  faire  écarter  ce  choix,  mais  à  la 
condition  qu'elle  tiendrait  un  rôle  de  comparse.  On  a  gardé 
à  Colmar  le  souvenir  de  la  dame  qui  fut  la  déesse,  mais  non 
celui  des  quatre  divinités  subalternes  qui  l'entouraient. 
M^*°  Oclavie  fut  l'une  de  celles-ci,  son  Haushuck  nous  l'ap- 
prend comme  suit; 

<kiO  décembre  il9S^.  —  Depuis  le  28  ou  le  29  novembre,  je 
crois,  la  Fête  de  la  Raison  occupait  toutes  les  raisons.  L'appareil, 
la  signification  et  le  fond  de  la  chose  amusaient,  intéressaient  ou 
affligeaient  tantôt  les  uns,  tantôt  les  autres.  Et,  en  effet,  que  de 
nouveautés,  que  de  renversements  inouïs.  11  n'y  a  plus  d'années 
comme  les  anciennes,  plus  de  mois  comme  autrefois,  plus  de  se- 
maines, plus  de  dimanches;  des  franciades,  des  décades  et  des 
décadis  :  oui,  plus  de  dimanches  I 

«Pour  en  revenir  à  la  fête,  elle  m'inquiète  passablement.  Il  était 
question  d'une  Liberté  ou  d'une  Raison,  et  l'on  parlait  de  me 

prendre  pour  la  représenter  I J'en  avais  une  crainte  horrible. 

Il  y  a  tant  de  choses  auxquelles  on  tient  quand  môme 

«  Pendant  cinq  ou  six  jours,  les  demoiselles  de  la  ville  s'assem- 
blèrent à  la  Maison  de  Ville  ^  pour  faire  des  guirlandes,  dans  la 
matinée  et  l'après-midi.  C'était  intéressant.  Il  y  avait  de  la  décence 
et  de  la  bonne  volonté  ;  c'est-à-dire  que  celles  qui  ne  s'en  sou- 
ciaient pas,  mettaient  de  la  grâce  dans  ce  qu'elles  faisaient  et  celles 
qui  triomphaient,  de  la  retenue. 

«  Enûh^  c'est  le  6  décembre  que  fut  célébrée  cette  Fête  de  la 

*  11  y  a  ici  une  erreur  de  date  évidente  :  c'est  1794  qu'il  faut  lire.  Le 
décret  de  la  Convention,  à  la  suite  du  rapport  de  Maximilien  Robes- 
pierre, instituant  les  fêtes  nationales,  est  du  18  floréal  an  II,  c'est-à- 
dire  du  7  mai  1794.  Citons,  à  titre  de  curiosité  oubliée,  Tart.  !««•  du 
décret  :  «  Le  peuple  français  reconnaît  Texislence  de  l'Être  suprême  et 
l'immortalité  de  l'âme.  » 


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SOUVENIRS  d' ALSACE  197 

Raison.  Le  4,  on  avait  vidé  le  collège  et  toutes  les  maisons  d'arres- 
tation pour  transférer  les  malheureux  prisonniers  à  Langres. 

c  Une  montagne  s'élevait  dans  le  chœur  de  la  ci>devant  cathé- 
drale. Elle  était  garnie  de  tapis^  de  branches  de  sapin  qui  prêtaient 
assez  à  l'illusion.  Un  feu  sacré  brûlait  au  sommet.  Belle  allégorie  ! 
Quatre  groupes  devaient  figurer  à  sa  base.  Mars  entouré  de  guer- 
riers ;  Peltier,  de  jeunes  gens  des  deux  sexes;  Voltaire,  d'hommes 
de  talent  et  de  génie;  Rousseau,  de  mères  et  d'enfants.  Mais  ils 
ne  furent  pas  exécutés.  En  place  se  trouvaient  des  colonnes  aux- 
quelles on  avait  suspendu,  en  festons,  les  guirlandes,  ouvrage  de 
nos  mains.  Il  ne  valait  pas  la  peine  de  s'en  être  tant  donné,  car 
elles  étaient  mal  placées  et  de  peu  d'effet. 

«  En  un  mot,  tous  les  arrangements  étaient  mal  pris,  depuis  le 
principe  jusqu'aux  moindres  détails.  On  retrouvait  ici  ce  que  l'on 
voit  en  tout,  aucune  combinaison,  aucune  préméditation,  mais 
simplement  le  caprice  d'un  moment.  Le  peuple  est  considéré 
comme  des  marionnettes  qu'on  fait  danser  à  sa  fantaisie  :  dès 
qu'elles  vous  ennuient,  on  les  jette  dans  les  coulisses  ou  bien  on 
les  laisse  suspendues  à  leurs  fils.  Pauvres  poupées!  en  attendant 
un  nouveau  loisir,  elles  sont  ballottées...  Et  c'est  notre  histoire! 9 

Plus  que  jamais  m*est  avis  que  M"*  Oclavie  n'a  pas,  seule, 
composé  ce  qui  précède.  Mais  continuons,  la  relation  est 
intéressante. 

c  Dès  le  matin  du  6,  les  demoiselles  s'habillèrent  en  blanc  et 
mirent  des  guirlandes  dans  leurs  cheveux.  Elles  s'assemblèrent 
à  la  grande  tribune  et  attendirent  là,  de  neuf  à  onze  heures.  Enfin 
le  signal  fut  donné  et  le  cortège  se  mit  en  marche  à  peu  près  deux 
à  deux.  Mais  quelle  ne  fut  pas  notre  humiliation,  lorsque,  au  lieu 
d'entrer,  on  nous  fit  passer  outre  et  faire  une  tournée  en  ville, 
pour  aller  prendre  le  représentant.  Cela  me  froissa,  je  m'aperçus 
que  d'autres  partageaient  ce  sentiment  avec  moi  ;  je  fis  alors  la 
motion  de  ralentir  le  pas,  elle  eut  plein  succès.  Arrivées  à  la  rue 
des  Juifs,  le  représentant  s'avançait  déjà,  conduit  par  l'avant-garde 
des  empressés.  Nous  passâmes,  il  suivit  avec  le  reste  et  ainsi  nous 
nous  acheminâmes  vers  le  Temple  au  chant  des  hymnes  du  groupe 
des  administrateurs  et  des  sans- culottes,  qui  pourtant  portaient 
leur  costume. 

«  Maman  et  presque  toutes  les  dames  de  notre  connaissance  et 


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•198  REVUE  D'ALSACE 

un  certain  nombre  de  messieurs  se  tenaient  près  des  orgues,  sous 
prétexte  de  faire  partie  de  la  musique.  Comme  il  ne  fallait  pas 
avoir  l'air  de  se  distinguer,  mes  sœurs  et  moi  nous  restâmes  dans 
la  masse  du  cortège.  Je  tins  mon  coin,  pour  le  salut  de  la  famille  : 
je  le  payai  assez  cher.  Les  dalles  sur  lesquelles  nous  nous  sommes 
tenues  debout  tout  le  temps,  étaient  excessivement  froides.  Une 
cohue  de  femmes  grossières  nous  enveloppaient...  Je  souffrais  de 
la  tête  aux  pieds^  sans  en  excepter  les  oreilles,  qui  eurent  leur 
belle  pénitence.  En  vérité,  j'étais  mal  à  mon  aise.  Des  discours, 
puis  des  discours.  Alcibiade  en  tint  un,  énoncé  et  déclamé  avec 
grâce,  de  grands  mots,  de  belles  phrases,  mais  rien  de  neuf,  rien 
qui  étonne  ou  qui  touche,  pas  d'à-propos,  rien  d'auguste  et  de 
solennel  :  tout  était  froid. 

«Nous  ne  rentrâmes  qu'à  trois  heures.  Bientôt  il  fut  question 
de  se  rendre  au  bal.  Je  n'y  tenais  pas  et  j'y  trouvais  du  ridicule  de 
toutes  manières.  Mais  la  crainte  de  me  singulariser,  et  peut-être  un 
peu  de  curiosité,  me  portèrent  à  y  aller.  Il  fallait  au  moins  se  pré- 
senter à  la  grande  tribune  :  heureusement  il  y  avait  tant  de  monde, 
qu'il  était  de  toute  impossibilité  d'entrer,  bon  prétexte  pour  se 
retirer.  Nous  nous  dirigeâmes  donc  vers  Leib,  le  cafetier,  qui  a  une 
très  belle  salle.  Je  fus  toute  surprise  d'y  trouver  les  apprêts  d'un 
ci-devant  bal  comme  il  faut.  Je  dansai  et  m'oubliai  presque.  Cepen- 
dant une  voix  intérieure  venait  troubler  ce  charme.  Je  sentais  la 
présence  du  passé,  la  gravité  du  présent  et  l'obscurité  de  l'avenir. 
Mais  j'aime  la  danse.  Après  une  contredanse  et  une  allemande,  la 
foule  augmenta  à  un  tel  point  qu'il  devint  séant  de  s'en  aller; 
nos  parents  se  retirèrent  avec  nous.  » 

Voilà  une  page  bien  saisissante  des  annales  révolution- 
naires de  Colmar.  Elle  nous  fait  assister  à  la  cérémonie  dans 
toutes  ses  phases  et  savourer  les  particularités  caractéris- 
tiques de  cette  audacieuse  tentative  de  reformation  des  cultes. 
—  Pour  le  Colmarien  curieux,  la  relation  laisse  cependant 
subsister  quelques  lacunes  :  elle  ne  dit  pas  où  était  la  grande 
salle  dans  laquelle  les  guirlandes  ont  été  tressées  ;  elle  ne 
dit  pas  non  plus  où  était  la  grande  tribune  où  il  fallait  au 
moins  se  montrer  pour  danser  ou  seulement  voir  danser; 
elle  ne  nomme  pas  de  représentant»  au-devant  duquel  les 


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SOUVENIRS  d'alsace  199 

jeunes  filles  durent  aller,  après  avoir  passé  devant  la  porte 
du  temple  dans  lequel  on  ne  les  laissa  d'abord  pas  entrer; 
elle  est  muette  sur  le  nom  des  personnages  officiels  qui 
entouraient  le  conventionnel  officiant;  on  aimerait  de  plus  à 
savoir  quel  éiaïi  cet  Alcibiade  au  discours  élégamment  débité, 
mais  seulement  pompeux,  sonore  et  froid? 

Le  champ  des  conjectures  est  ouvert  sur  ces  différents 
points.  On  ne  s'éloignerait  pas  beaucoup  de  la  vérité  en 
disant  que  la  grande  salle  était  celle  qui  existe  encore  à 
Tancienne  douane  ou  Kaufltaus;  que  le  conventionnel  était 
Hérault  de  Séchelles  en  mission;  que,  pour  se  rendre  au 
temple,  il  partit  des  Six  montagnes  noires,  hôtel  en  renom  à 
cette  époque;  qu'il  devait  être  escorté  par  les  membres  de 
l'assemblée  du  département  au  nombre  de  trente-six,  de  ceux 
du  Directoire  au  nombre  de  douze  et  de  ceux  des  directoires 
de  districts,  également  au  nombre  de  douze  par  district,  de 
la  municipalité  de  Colmar  et  des  fonctionnaires  du  chef-lieu  ; 
que  la  grande  tribune  ou  estrade  était  établie  sur  la  place  de 
la  rive  gauche  du  canal  ou  au  nord  de  l'église;  que  les  jeunes 
filles  arrivèrent  au  bas  de  la  rue  des  Juifs,  la  remontèrent  en 
tête  du  cortège  jusqu'à  la  rue  des  Serruriers  pour  revenir 
par  cette  rue  au  temple  d'où  elles  étaient  parties,  et  enfin, 
que  VAlctbiade  au  discours  pompeux  n'était  autre  que  le 
conventionnel,  à  moins  que  ce  ne  fût  M.  de  Bergheim  père, 
désigné  sous  le  nom  d'Aristide  dans  le  Hmisbuch  et  peut-être 
sous  celui  d'Alcibiade  pour  la  circonstance. 

On  n'était  certes  pas  révolutionnaire  au  sens  violent  du 
mot  dans  la  famille  de  Bergheim-Schoppenwihr,  mais  on  n'y 
était  pas  non  plus  réactionnaire  dans  le  sens  inintelligent  e 
provocateur.  On  comprenait  que  dans  la  vie  des  nations  il 
est  des  moments  où  la  résistance  aveugle  amène  des  maux 
que  Ton  aurait  peut-être  évités  en  maintenant  un  équilibre 
rationnel  entre  deux  courants  contraires.  Il  fallait  que  M.  de 
Bergheim-Schoppcnwihr  fût  solidement  en  possession  de 


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200  REVUE   d' ALSACE 

lui-même  pour  conserver  cet  équilibre  et  y  faire  conformer 
l'esprit  et  la  conduite  de  ses  enfants,  car,  à  quoi  bon  le  dis- 
simuler, si  sa  fille  tint  la  plume  pour  écrire  son  journal, 
l'inspiration  régulatrice  du  père  et  probablement  aussi  de  la 
mère  ne  fit  pas  défaut,  t  Le  peuple  est  composé  de  marion- 
nettes que  l'on  fait  danser  à  sa  fanloisie...  pauvres  poupées!... 
Elles  sont  ballottées...  et  c'est  noire  histoire!»  Cette  vérité 
est  essentiellement  du  genre  masculin.  La  jeune  fille  lui  a 
donné  accès  sur  ses  tablettes. 

«  3i  décembre  il9S,  —  Nous  sommes  à  la  fin  de  c^tte  année 
orageuse  que  je  prévoyais  telle  dès  le  commencement.  Un  enchaî- 
nement de  maux  se  sont  suivis,  qui  seront  peut-être  les  sources 
d'un  bonheur  qu'on  ne  peut  encore  prévoir. 

c:Les  nouvelles  politiques  nous  annoncent:  la  reprise  de  nos 
lignes^  la  délivrance  de  Landau  et  de  Toulon,  l'anéantissement  de 
la  Vendée,  des  rigueurs,  des  exécutions  et  nos  progrès  sur  le  ter- 
ritoire étranger.  Que  d'événements  imprévus  et  inouïs  amène  la 
guerre!  0  mon  Dieu,  etc.,  etc..  Avenir,  tu  ne  souris  pas,  l'expé- 
rience, ce  sombre  nuage,  te  voile  et  autorise  mes  craintes...  Mais 
quel  est  ce  rayon  lumineux  qui  perce  à  travers  les  ténèbres?  Qui 
ne  reconnaîtrait  pas  l'Espérance,  cette  fille  du  ciel,  qui  nous  invite 
à  la  joie  et  nous  permet  de  sourire. . .  » 

Une  discrète  allusion  aux  massacres  de  septembre,  voilà 
tout  ce  que  l'on  rencontre  dans  le  Hatcsbuch  concernant  les 
événements  des  derniers  mois  de  1793,  avec  une  non  moins 
discrète  mention  des  succès  des  armées  républicaines  en 
Vendée  et  dans  le  Palaiinat,  puis  l'espérance,  «cette  fille  du 
cieU  qui  ne  tiendra  la  promesse  évoquée  que  le  9  ther- 
midor 1794.  Jusque-là  et  même  jusqu'à  sa  fin  le  Eaiishucl) 
ou  du  moins  les  fragments  que  l'on  en  a  publiés  demeurent 
étrangers  à  la  vie  politique.  De  fugitives  allusions  ne  solli- 
citent aucuns  éclaircissements.  Après  un  séjour  plus  ou  moins 
long  chez  leurs  tantes  à  Ribeauvillé,  la  famille  revint  à 
Schoppenwihr  le  13  prairial  1794  (1«' juin),  où  M"''  Octavie 
écrit: 


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SOUVENIRS   I)  ALSACE.  201 

c  Depuis  cinq  jours  je  suis  dans  ces  lieux  chéris^  où  j'ai  passé 
la  plus  belle  partie  de  ma  vie.  0  Schoppenwihr  !  Mon  esprit  se 
perd  dans  Timmensité  des  souvenirs.  !> 

A  cette  seule  citation,  on  saisit  la  note  qui  régnera  désor- 
mais dans  le  cours  de  la  chronique,  marquant  la  maladie  de 
sa  Louise  —  sa  cousine,  M"®  de  Dietrich,  qui  deviendra  plus 
tard  M"*  Scipion  Périer.  —  Pleurant  la  mort  d'Auguste,  fils 
de  Pfeffel,  appréciant  ensuite  tendrement  Tamitié  de  ce  der- 
nier pour  la  famille  de  Schoppenwihr,  relatant  Tépitaphe  qu'il 
lui  dicta  et  que  le  lecteur  cueillera  avec  plaisir  en  passant  : 

c  Lorsque  je  descendrai  dans  la  nuit  du  tombeau 
«J'ose  attendre  de  vous,  vertueuse  Octavie, 
«Mon  éloge  funèbre;  il  sera  court,  mais  beau. 
«  Vous  direz  :  Je  fus  son  amie.  » 

«  4  thermidor  {2S  juillet  ilOV),  —  Je  ne  peux  dire  ce  que 
j'éprouve  de  pénible;  mon  âme  est  accablée.  Je  n'ai  même  plus  la 
douce  consolation  de  noter  mes  sentiments  dans  ce  recueil  ;  je  n'en 
ai  plus  le  courage  à  cause  du  terrorisme  croissant.  » 

Cette  allusion  aux  choses  du  jour  prouve  que,  dans  la 
famille  de  Bergheim-Schoppenwihr,  on  suivait  de  prés  les 
événements.  La  conspiration  Robespierre,  Saint-Just,  Cou- 
thon,  Lebas,  Dumas,  Henriot,  Boulanger,  Lavalette,  Dufrère 
et  d'Aubigny  menaçait  de  s'emparer  du  pouvoir  en  dispersant 
la  Convention  dont  Robespierre,  Saint-Just  et  Couthon  étaient 
membres.  On  sait  que  cinq  jours  plus  tard,  le  9  thermidor, 
27  juillet,  la  Convention  fit  arrêter  les  conspirateurs  et  que 
les  sections  municipales  sur  lesquelles  ceux-ci  s'appuyaient 
se  montrèrent  résolues  à  protéger  énergiquement  la  Con- 
vention*. Aussi,  le  14  thermidor  (1*^'  août).  M"®  Octavie 
reprend  sa  plume  et  écrit  : 

c  II  y  a  eu  des  événements,  ces  jours  derniers,  qui  électrisèrent 
notre  atmosphère  terrestre  :  la  chute  de  Robespierre  et  de  Juste 

^  Fritz  de  Bergheim-Schoppenwihr  joua  un  rôle  marquant  dans  cette 
occasion.  Un  tableau  conservé  par  Albert  de  Dietrich  en  consacre  le 
souvenir. 


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202  REVUE  D' ALSACE 

Goulhon  (sic).  Nous  y  gagnons  une  tranquillité  qui  était  bien 
menacée  et  j'ose  enfin  espérer  la  liberté  de  ma  pauvre  Louise. ...  * 
enfin  je  respire,  je  verrai  des  heureux,  j'ose  me  le  promettre.  Clé- 
mence, douceur,  humanité,  vous  êtes  à  l'ordre  du  jour  !  Oh!  qu^il 
en  soit  ainsi.  y> 

Puis  le  18  vendémiaire  (9  septembre),  embrassant  sa  tante 
Caroline  —  M*"®  Mathieu  Faviers  —  et  enfin,  célébrant  en 
famille  avec  M"*»  d'Oberkirch  et  sa  fille  Marie,  qui  devint 
plus  tard  M°^^  de  Montbrison,  les  beautés  et  les  délices  du 
Ban-de-la-Roche,  au  village  de  Rolhau,  où  Ton  s'était  rendu 
pour  y  passer  rarrière-saison.  Il  va  sans  dire  que  M^^«  Octavie 
consacre  un  long  chapitre  à  cet  endroit  vraiment  charmant 
pour  qui  l'a  fréquenté  dans  la  belle  saison;  mais  c'est  sur- 
tout le  fond  du  ban,  Fouday  d'abord,  puis  Waldersbach, 
dans  le  voisinage  de  Rathsamhausen-zum-Stein,  ancien  repaire 
de  nobles  brigands,  qui  intéressait  W^^  Octavie  à  cause  de  la 
mission  vraiment  apostolique  et  civilisatrice  qu'y  remplissait 
le  pasteur  Oberlin.  Elle  voulut  assister  à  l'un  de  ces  clubs, 
substitués  à  l'office  religieux  suspect,  sinon  prohibé,  pendant 
la  Terreur.  Elle  en  revint  aussi  édifiée  que  si  l'on  n'eut 
entendu  dans  le  temple,  comme  précédemment,  que  le  can- 
tique, le  sermon  et  la  prière.  Elle  voulut  enfin  visiter  la 
bien  modeste  maison  couverte  en  chaume  affectée  comme 
presbytère  à  Oberlin,  à  Waldersbach,  au  pied  de  la  roche  et 
presque  la  dernière  du  vallon  que  son  amour  de  l'humanité 
et  ses  soins  devaient  transformer.  La  description  qu'elle  en 
donne  est  moins  colorée  que  celles  dues  à  d'autres  plumes 
plus  récentes,  mais  elle  respire  une  émotion  plus  vraie  parce 
qu'elle  est  plus  discrète,  plus  contenue. 

Un  charmant  épisode  de  cette  visite  est  à  noter. 

a  A  six  heures,  la  cloche  nous  invita  au  réveil.  Nous  ne  voulions 
pas  perdre  un  seul  des  instants  qui  nous  restaient  à  passer  dans 
cette  intéressante  famille^  nous  nous  sommes  habillées  à  la  hâte. 

1  Celle-ci  avait  partagé  la  séquestration  de  son  vieux  père,  M.  Jean 
de  Dietrich. 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  203 

En  descendant,  nous  avons  trouvé  tout  le  monde  sur  pied.  Oberlin 
et  son  fiis  étaient  au  bûcher  depuis  longtemps  à  fendre  du  bois  et 
gagner  de  cette  manière  leur  déjeuner.  Nous  y  sommes  tous  allés 
les  rejoindre  et  chacun  de  nous  a  scié  une  bûche.  Vers  sept  heures 
environ,  nous  avons  rejoint  le  reste  de  la  famille,  on  se  souhaita 
bon  jour  et  beau  jour,  la  journée  était  superbe.  Ensuite  on  prit 
place  autour  de  la  table,  sur  laquelle  fumait  une  bonne  soupe  aux 
pommes  de  terre  dans  de  grandes  jattes.  Le  café  réservé  n'était 
pas  oublié  ;  Comélie  et  Pallas  (M"«*  Seitz)  en  ont  pris.  Oberlin  a 
bu  de  son  thé,  composé  de  plus  de  quatre-vingts  herbes,  herbori- 
sées  par  lui  dans  la  montagne.  Il  en  a  une  grande  provision  pour 
tous  ceux  qui  désirent  en  faire  usage...» 

Un  paragraphe  de  deux  pages,  daté  de  Slotzheim,  i  nivôse 
an  III  (24  décembre  1795),  termine  le  journal  ou  seulement 
les  fragments  du  journal  de  W^^  Octavie.  Ce  paragraphe  ne 
contient  que   sept  lignes  concernant  la  situation  politique. 

Elles  sont  ainsi  conçues  : 

c.Au  commencement  de  1794  et  à  mesure  que  nous  avan- 
cions, je  croyais  que  mes  peines  iraient  toujours  en  croissant,  que 
la  tyrannie  et  le  glaive  exterminateur  frapperaient  les  objets  de  ma 
plus  tendre  affection.  Un  moment  a  suffi  pour  faire  renaître  l'es- 
pérance, briser  les  fers  et  les  chaînes.  Le  bonheur  revient  pour  les 
opprimés.  » 

Absence  totale  d'informations  pour  Tannée  1796,  et  Ton 
arrive  à  l'année  1797,  qui  commence  une  nouvelle  période 
de  la  vie  de  famille  de  Bergheim-Schoppenwihr.  Pendant 
quelques  années  encore  la  maison  de  campagne  restera  la 
ruche  d'où  est  sorti  l'essaim  qui  va  se  disperser  au  nord,  au 
sud  et  à  Touest  pour  donner  naissance  à  de  nouvelles  familles 
dont  parlera  la  correspondance.  La  ruche  est  toujours  là, 
élégamment  entretenue  par  un  parent  dont  il  sera  question 
eu  temps  et  lieu.  Mais  elle  est  veuve  des  abeilles  qui  en 
faisaient  autrefois  le  charme  et  les  délices. 

(il  suivre.)  J.  Liblin. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE 


Correspondance  du  Général  HUGO 

GomnAandant  supérieur 

avec  le 

Ghénéral    de    Uivision    à.    JMCetz 
1814^1815 


C'est  avec  raison  que  sur  la  lorabe  du  général  Léopold 
Hugo^  au  cimetière  du  Père -Lachaise,  on  lit  cette  phrase  signi- 
ficative :  cPar  lui  Thionville  resta  française.»  Chargé  en 
1814  et  1815  du  commandement  supérieur  de  cette  place 
forte,  dont  les  forlicalions  avaient  été  fort  négligées  sous 
Tempire,  le  général  fit  renaître  la  confiance  dans  l'âme  des 
soldats  et  des  habitants;  il  conserva  intacte  la  forteresse  et, 
en  1814,  il  la  rendit  à  son  successeur  dans  un  meilleur  état 
qu'il  ne  l'avait  reçue. 

En  1815,  son  séjour  dans  la  place  fut  du  mois  d'avril  au 
mois  de  novembre  et,  dans  ce  long  espace  de  temps,  rien  ne 
vint  briser  la  sérénité  de  son  âme. 

Quoique  le  général  Hugo  n'eût  obtenu  que  le  grade  de 
général  de  brigade,  il  n'en  est  pas  moins  une  personnalité  à 
étudier.  En  Espagne,  il  obtint  des  succès  qui  prouvent  qu'il 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  205 

avait  le  g^énie  militaire.  Sa  défense  de  Thionville  est  hors 
d*éloge;  il  s'y  montra  bon  administrateur,  homme  politique 
et  brave  guerrier. 

Retraité,  il  s'occupa  de  littérature,  et  il  écrivit  des  Mé- 
moires qui  eurent  beaucoup  de  succès.  L'anecdote  y  abonde 
et  sert  de  diversion  à  la  sécheresse  des  événements  mili- 
taires. 

Mais  malgré  ses  hautes  qualités  et  ses  talents,  le  général 
Hugo  serait  bien  oublié  de  nos  jours,  sauf  en  Lorraine,  si 
son  fils  n'eût  pas  obtenu  la  plus  haute  fortune  littéraire  du 
siècle.  Des  recherches  incessantes  sur  sa  famille  ont  amené 
les  curieux  à  s'occuper  du  père,  et  le  nom  du  général  est  de 
nouveau  sorti  de  l'oubli  grâce  à  son  fils  Victor  Hugo.... 

On  ne  sera  donc  pas  étonné  si,  à  propos  de  la  correspon- 
dance officielle  que  le  commandant  supérieur  envoya  de 
Thionville  en  1814-  et  1845  à  son  supérieur  hiérarchique,  le 
général  de  division  commandant  à  Metz,  je  suis  sorti  com- 
plètement de  mon  sujet,  le  €  Blocus  de  Thionville»,  pour 
m'occuper  spécialement  du  général,  à  partir  de  sa  naissance 
à  Nancy  jusqu'à  sa  mort  à  Paris  en  1828. 

J'ai  pensé  que  l'on  serait  bien  aise  de  connaître  un  peu  ce 
modeste  guerrier  auquel  son  fils,  par  son  génie,  a  donné 
une  part  de  l'immortalité.  Car  si  l'un  peut  dire  :  ma  noblesse 
date  de  Naples,  de  Madrid  et  de  Thionville,  l'autre  a  le  droit 
de  dire  :  la  mienne  remonte  aux  Odes,  à  Hernani,  à  Notre- 
Berne  de  Farts  *  1 

Le  brave  général  est  d'origine  toute  plébéienne;  il  naquit 
à  Nancy,  rue  des  Maréchaux,  paroisse  Saint-Epvre,  le  15  no- 
vembre 1773,  de  Joseph  Hugo,  maître  menuisier,  et  de 
Jeanne-Marguerite  Michaud,  sa  femme.  —  Joseph  Hugo  était 
né  le  24  octobre  1727  à  Domvallier,  canton  de  Mirecourt, 

1  Gaston  Save,  Les  Hugo  de  Spitzemberg  et  Victor  Hugo  (Bulletin  de 
la  Société  philomathique  vosgienne,  Saint-Dié  1886). 


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206  REVUE  D'ALSACE 

département  des  Vosges,  de  Jean-Philippe  Hugo  et  de  Cathe- 
rine Grandmaire  '. 

Après  avoir  étudié  quelques  années  au  collège  de  Nancy, 
il  s'engagea  le  16  septembre  1788  au  régiment  de  Beauvoisis, 
puis  il  passa  au  régiment  du  Roi,  alors  en  garnison  à  Nancy, 
où  il  reçut  son  certificat  de  congé  le  3  octobre  1790,  après 
les  troubles  qui  ensanglantèrent  la  ville. 

Le  23  avril  1791,  il  se  rengagea  au  17®  d'infanterie  et  en 
1792,  il  est  fourrier  à  Tarmée  du  Rhin.  Adjudant-major  le 
21  mai  1794  au  8®  bataillon  du  Bas-Rhin,  il  partit  pour  la 
Vendée  où  il  resta  trois  ans.  II  y  fut  blessé  plusieurs  fois.  A 
la  fin,  il  est  attaché  au  conseil  de  guerre  à  Nantes. 

C'est  dans  cette  ville  qu'il  devint  amoureux  de  M"'  Tré- 
buchet,  qu'il  épousa  à  Paris  le  20  Brumaire  an  VI. 

En  1796;  il  passe  au  camp  de  Grenelle  à  la  20«  demi- 
brigade,  et  est  nommé  rapporteur  au  1"^  conseil  de  guerre  * 
jusqu'au  19  juillet  1799;  puis  il  va  à  Courbevoie  et  à  Melz 
comme  adjoint  à  l'adjudant-général  de  la  4«  division  militaire. 

Le  17  Floréal  an  VU  (1799),  le  général  Hugo  est  à  Nancy, 
où  son  vieux  père  vient  de  mourir,  rue  des  Maréchaux, 
n°  81 3. 

cVous  serez  étonné,  mon  cher  frère,  écrit-il  à  son  beau- 
frère  de  me  savoir  ici.  Chargé  d'une  mission  particulière, 
au  moment  où  je  venais  de  perdre  un  père  aussi  chéri  de  sa 
famille  qu'estimé  des  bons  citoyens,  je  n'ai  pas  perdu  un 

^Biographie  lorraine j  par  Michel.  Nancy  1829.  Tous  ces  Hugo  de 
Domvallier,  de  Baudricourt,  etc.,  ont  une  origine  commune;  ils  des- 
cendent tous  de  Claude  Hugo  dit  le  Hollandais,  cité  dans  une  délibéra- 
tion de  THôtel-de-Ville  de  Mirecourt  du  20  août  1631  (Gaston  Save, 
Bulletin  de  la  Société  philomathique  vosgienne,  Saint-Dié  1886). 

Le  parrain  du  général  fut  son  cousin,  Joseph  Béchet,  avocat  à  la  cour, 
et  sa  marraine,  Elisabeth-Marthe  Béchet. 

*  Il  demeurait  à  THôtel-de-ViOe,  puis  à  l'École  militaire. 

3 Le  catalogue  Laraoureux  (Paris,  1855)  cite  une  lettre  de  lui  à  la 
municipalité  de  Nancy  du  17  vendémiaire  an  VIII. 


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BLOCUS  DE  TUIONVILLE  207 

moment  et  pour  apporter,  s'il  était  possible,  des  consolations 
à  ma  bonne  mère,  et  pour  remplir  le  but  de  ma  mission.  Ma 
chère  Sophie  et  mon  Abel  ont  été  du  voyage;  ils  sont,  avec 
moi,  au  sein  d'une  famille  qui  les  chérit.  » 

Pour  lui,  il  se  rend  à  Worms  ^ 

Au  coraniencement  de  Tan  VUI  (1800),  Léopold  Hugo 
retourne  à  Nancy  comme  capitaine-rapporteur  du  1*'  conseil 
de  guerre  de  l'armée  du  Rhin.  Dans  une  de  ses  lettres^ 
adressées  à  son  beau-frère  Trébuchet  à  Nantes,  il  fait  une 
pittoresque  description  des  Vosges:  cEn  arrivant  ici,  écrit-il 
le  19  germinal,  j'y  ai  retrouvé  mon  épouse  bien  portante, 
mon  Abel  bien  gai,  babillant  à  faire  rire  et  surtout  ne  pleu- 
rant pas.  Vous  me  direz  :  c  Qu'êtes- vous  allé  faire  dans  les 
Vosges?»  —  Je  vais  vous  le  dire.  Chargé  de  Tinslruclion 
d'une  procédure  très  volumineuse  contie  des  assassins,  j'ai 
eu  besoin  de  me  rendre  sur  les  lieux,  d'y  visiter  leurs  repaires, 
d'y  entendre  les  témoins,  de  donner  à  la  procédure  le  déve- 
loppement nécessaire.  J'ai,  je  vous  l'avoue,  parcouru  un 
pays  unique  en  son  genre,  qui  forme  la  suite  des  Alpes 
appelées  Vosges.  Le  sommet  des  monts  y  est  couvert  de 
neiges,  de  glaces  mêlées  à  des  sapins  toujours  verts,  ce  qui 
offre  un  coup  d'œil  étonnant.  Des  rocs  aigus  et  détachés  qui, 
dépouillés  de  terre,  s'élancent  par  degrés  et  quelques-uns 
jusqu'aux  nues,  surmontent  beaucoup  de  collines,  dont  les 
vallées  sont  remplies  de  tourbes  recouvertes  d'herbes  aroma- 
tiques. Si  elles  offrent  des  pâturages  délicieux,  elles  offrent 
aussi  des  dangers,  surtout  après  les  pluies  qui  détrempent 
cette  tourbe,  la  rendent  aussi  molle  que  les  marais  et  exposent 
les  hommes  et  les  chevaux  à  se  noyer,  sans  espoir  d'être 
secourus.  Le  paysage  y  est  brillant  *.  > 

Peu  de  temps  après  avoir  écrit  celte  lettre,  Léopold  Hugo 

^  La  brochure  de  M.  Louis  Bellon,  avocat.  {Figaro ,  22  juillet  1885.) 
211  a  cette  écriture  de  forme  penchée  que  reproduira  par  la  suite 
celle  de  Victor  Hugo. 


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208  lŒVUE  D*ALSACE 

est  envoyé  à  Tarméeda  Rhin,  que  commandait  Tillustre 
Moreau.  A  la  paix,  il  se  trouve  à  Lunéville,  où  il  réside  pen- 
dant les  conférences  et  il  y  fait  la  connaissance  de  Joseph 
Bonaparte,  le  plénipotentiaire  français,  qui  le  prit  en  amitié. 
Il  était  chef  de  bataillon  du  20  juin  1800  et  il  commandait  la 
place  sous  les  ordres  du  général  Bellavène  *.  Il  fut  envoyé 
ensuite  avec  la  même  position  à  Clèves. 

Au  moment  de  s'embarquer  pour  l'expédition  de  Saint- 
Domingue  un  conflit  éclata  entre  lui  et  son  chef  de  brigade  à 
Marseille.  L'affaire  fut  portée  sous  les  yeux  du  premier  consul , 
qui  donna  tort  au  commandant  Hugo  et  l'envoya  en  punition 
à  Porto-Ferrajo  (lie  d'Elbe).  Napoléon  se  souvint  toujours  de 
cette  décision  et  plus  lard  le  général,  ayant  eu  deux  fois  l'oc- 
casion de  se  présenter  devant  lui  en  Espagne,  il  lui  fit  un 
accueil  glacial  dont  Hugo  fut  si  frappé  qu'il  écrivit  plus  tard 
dans  ses  Mémoires  :  «  L'empereur  Napoléon  ne  m'aimait  pas.  » 

En  1805,  sortant  de  l'Ile  d'Elbe,  il  est  à  Gênes,  puis  fut 
envoyé  à  la  conquête  du  royaume  de  Naples  en  1806.  11 
passa  au  service  du  roi  Joseph,  qui  l'avait  connu  h  Lunéville. 
Il  réussit  à  s'emparer  du  fameux  partisan  Fra  Diavolo.  Major 
le  30  novembre  1806*,  puis  colonel  de  Royal-Corse,  le 
28  février  1808,  il  suivit  le  roi  Joseph  à  Madrid.  Au  mois  de 
juillet  de  la  même  année  il  se  distingua  dans  tous  les  combats 
que  les  valeureuses  bandes  espagnoles  livraient  à  l'armée 
hispano-française. 

Majordome  du  palais  en  janvier  1809,  maréchal  de  camp 
le  20  août  suivant,  gouverneur  de  Guadalanara  et  chef  d'étal- 
major  du  maréchal  Jourdan  en  1810,  il  fut  gouverneur  de 
Madrid  en  1812. 

1  «  Ruiné  en  partie  par  le  congrès  qui  ne  m'a  valu  que  de  brillantes 
lettres,  je  suis  venu  m'achever  dans  la  20«  »  (demi-brigade),  écrit-il  à 
son  beau-frère  le  2  messidor  an  XI  (1803)  de  Tile  d'Elbe,  où  il  avait  été 
envoyé  en  disgrâce. 

^  Maréchal-des-logis  du  palais  à  Naples. 


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BLOCUS  DE   THIONVILLE  209 

Il  sauva  le  roi  Joseph  à  la  déroute  de  Vittoria  et  devint  son 
premier  aide  de  camp. 

Chevalier  de  l'empire  en  1809. 

Il  fut  déclaré  donataire  dans  le  royaume  d'Espagne  et 
comte  de  Cogalludo,  Cifuendès  et  Siguenza  ^  en  1810;  ses 
armes  furent  c  écartelé  :  au  1^  d'azur  à  l'épée  en  pal  d'ar- 
genty  la  pointe  en  bas,  montée  d'or  et  accompagnée  en  chef 
de  trois  étoiles  mal  ordonnées  d'argent;  au  ^^  de  gueules  au 
pont  de  trois  arches  d'argent  maçonné  de  sable,  soutenu 
d'une  rivière  d'argent  et  brochant  sur  une  forêt  de  même; 
au  3**  de  gueules  à  la  couronne  murale  à  quatre  créneaux 
d'argent;  au  4**  d'azur  au  cheval  libre  cabré  d'or.  » 

il  avait  été  fait  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  le  14  juin 
1804.  La  Restauration  le  créa  officier  de  Tordre.  En  Espagne, 
il  était  commandeur  de  l'ordre  royal  d'Espagne  depuis  1809*. 

Rentré  en  France  le  \o  septembre  1813  avec  l'armée 
d'Espagne,  le  général  se  rendit  à  Metz  où  se  trouvait  le  gé- 
néral Belliard,  commandant  en  chef,  qui  l'estimait  beau- 
coup. Le  9  janvier,  ce  brave  général  lui  fit  avoir  un  ordre  du 
maréchal,  duc  de  Valmy,  lui  ordonnant  de  se  rendre  de  suite 
à  Thionville,  afin  d'en  prendre  le  commandement  supérieur. 
Ce  fut  la  commission  écrite  du  vieux  guerrier  qui  lui  servit 
de  lettre  de  commandement. 

Le  lendemain  le  général  se  rendit  à  son  poste  et  examina 
incognito  tous  les  moyens  de  défense  ;  puis  il  se  présenta  au 
général  Decous  et  lui  remit  ses  ordres  que  le  général  con- 
naissait déjà. 

Dans  le  cours  des  années  1814  et  1815,  la  place  forte  de 


1  Noms  de  ses  victoires  en  Espagne.  EUes  sont  racontées  par  son  fils 
Abel  dans  la  France  militaire.  Il  fut  comte  espagnol, 

*  La  France  militaire,  Paris  1837  (IV,  295)  raconte  tout  au  long  sa 
belle  conduite  en  Espagne  et  le  tome  111  de  ses  Mémoires  les  efforts  qu'il 
fit  pour  sauver  Thonneur  français  après  la  défaite  de  Vittoria. 

14 


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210  REVUE  D'ALSACE 

Thionville  n'éprouva  que  des  blocus,  ditThistorien  Teissier  ^ 
mais  en  même  temps  toutes  les  anxiétés  résultant  de  la  pré- 
sence des  alliés;  on  pouvait  chaque  jour  s'attendre  à  un  siège 
dans  les  régies,  soit  à  un  bombardement  sérieux.  En  1815, 
le  bruit  des  batteries  qui  foudroyaient  Longwy,  quoique  cette 
ville  eut  arboré  depuis  longtemps  le  pavillon  du  roi,  retentis- 
sait sur  les  bords  de  la  Moselle;  Longwy  défendait  héroïque- 
ment son  drapeau  ;  Thionville  attendait  la  même  occasion  de 
se  signaler  ;  le  petit  fort  de  Rodemack  savait  aussi  dans  le 
même  temps  faire  respecter  ses  murailles. 

Quatre  dépêches  du  mois  de  janvier  1814  et  63  lettres  ou 
rapports  du  2  août  au  12  novembre  1815  forment  la  collection 
que  l'on  voyait  chez  feu  M.  Dufresne,  ancien  conseiller  de 
préfecture  à  Metz.  Je  les  donne  ici  avec  quelques  autres 
émanant  des  commandants  provisoires  de  Thionville. 

Les  dépêches  du  général  sont  adressées  en  1814  au  géné- 
ral comte  Roger  de  Belloguet  et  en  1815  au  général  Leger- 
Belair  à  Metz.  Inutile  de  faire  observer  que  toute  cette  cor- 
respondance est  complètement  inédite. 


1814. 

La  première  apparition  des  alliés  eut  lieu  le  11  janvier 
1814  par  la  route  de  Sierck. 

Le  15,  à  deux  heures  du  matin,  Thionville  reçut  des  obus 
qui  ne  mirent  le  feu  nulle  part.  Les  pièces  étaient  placées 
en  arrière  et  au-dessus  du  village  de  Haute-Yutz,  village  que 
le  général  Hugo  Qt  brûler  et  raser  en  1815  comme  étant  dans 
le  rayon  de  la  place.  Avant  le  jour,  les  ennemis  avaient  quitté 
leur  position  et  la  place  ne  répondit  pas  au  feu.  Ce  fut  la 
seule  affaire  que  la  ville  eut  dans  l'une  ou  l'autre  invasion. 

1  Histoire  de  Thionville,  1828. 


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BLOCUS  DE  THJONVILLE  211 

EMPIRE        (Aigle)        FRANÇAIS. 

«  A  Thionville,  le  3  janvier  i8i4. 

€Le  major  du  96^  régiment  d'infanterie  de  ligne  à  Monsieur  le 
général  de  division  baron  de  Roget. 

cMon  général; 

c  J'ai  rhonneur  de  vous  rendre  compte  que  je  viens  de 
faire  arrêter  le  nommé  Guillaume,  Jean-Baptiste,  père  d'un 
conscrit  du  régiment  de  Wally,  département  de  la  Meuse. 
Cet  homme  a  été  arrêté  avec  son  iils  (1)  et  le  nommé  Gérard, 
son  parent,  de  même  conscrit  du  régiment,  munis  de  leurs 
effets  et  cherchant  à  déserter.  Malgré  toutes  les  précautions 
que  j'ai  pu  prendre  pour  empêcher  aux  soldats  de  sortir  de 
la  ville,  la  désertion  s'est  considérablement  accrue  dans  le 
régiment  depuis  quelques  jours,  particulièrement  dans  les 
soldats  du  département  de  Sambre-et-Meuse ,  qui  passent 
par  les  remparts,  où  il  y  a  plusieurs  passages  praticables; 
ceux  de  la  Meuse,  qui  se  trouvent  peu  éloignés,  sont  géné- 
ralement conduits  par  les  pères  et  mères  qui  viennent  les 
chercher  et  les  ramènent  avec  eux  en  les  déguisant.  Hier 
soir,  19  sont  désertés,  3  ont  été  arrêtés  par  la  garde  en  fran- 
chissant les  remparts  ;  je  vais  les  faire  mettre  en  jugement 
pour  lâcher  d'en  faire  un  exemple.  Je  vous  prie  de  me  don- 
ner vos  ordres  au  sujet  du  paysan  arrêté.  J'ai  l'honneur  de 
vous  faire  observer  que  ces  hommes  reçoivent  fréquemment 
des  certificats  des  maires  de  leurs  communes  qui  constatent 
qu'ils  ont  des  besoins  chez  eux  ;  ce  qui  les  excite  encore  à  la 
désertion  (2). 

a  Je  vous  réitère,  mon  général,  la  demande  que  j'ai  eu 
rhonneur  de  vous  faire  pour  faire  partir  100  hommes  pour 
le  2*  bataillon,  vu  qu'ils  sont  prêts  depuis  longtemps  et  que 
la  désertion  provient  en  partie  d'eux. 

€  J'ai  l'honneur...  Ch'  Hubert.  > 


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212  REVUE  d' ALSACE 

Le  départ  de  100  hommes  que  je  demande  esl  ulile  en  ce 
moment,  vu  qu'il  ne  reste  plus  de  logement  pour  les  conscrits 
que  j'attends  et  que  la  ville  se  trouve  encombrée  par  la  garde 
impériale  (3). 

RÉPONSES. 

(1)  Mettre  le  soldat  en  jugement  et  dénoncer  le  père  au 
procureur  impérial.  ^ 

(2)  Prendre  des  mesures  pour  empêcher,  mettre  des  sen- 
tinelles. 

(3)  Loger  chez  rbabitant,  ici  il  y  en  a  10  par  maison. 

«  A  ThionviUe,  du  3  janvier  1814. 
a:  Le  même  au  même. 

«Mon  général, 

«C'est  par  erreur  que  je  vous  ai  adressé  l'état  que  vous  me 
renvoyez,  il  est  demandé  par  un  ordre  du  27,  signé  de  S.  Exe. 
le  duc  de  Valmy  et  pour  copie  conforme  le  général  baron  de 
Richter.  Comme  la  lettre  ne  m'est  arrivée  que  deux  jours 
après  celle  du  29,  j'ai  présumé  que  c'était  de  celui-là  dont 
vous  me  parliez,  ayant  fait  partir  l'autre  par  une  ordonnance 
à  cheval,  le  30^  à  2  heures  après  midi.  Ce  même  ordonnance 
était  porteur  d'une  lettre  de  moi,  contenant  l'organisation  du 
6°  bataillon  et  dont  vous  m'aviez  chargé. 

c  Je  reçois  à  Tinstant  par  le  général  Decous  que  l'ennemi 
a  passé  le  Rhin  au-dessus  de  Coblentz  et  s'est  porté  sur 
Trêves.  Le  préfet,  ainsi  qu'une  partie  des  habitants,  se  sont 
retirés  sur  Luxembourg,  où  la  générale  a  été  battue.  Cette 
après-dîner  je  fais  renforcer  mes  postes  et  prends  toutes  les 
mesures  nécessaires  pour  pouvoir  repousser  les  partis  qui 
pourront  se  présenter.  En  attendant  vos  ordres,  que  je  vous 
prie  de  vouloir  bien  me  transmettre  le  plus  tôt  possible. 


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BLOCUS    DE  THIONVILLE  2i3 

«Je  vous  rappelle,  mon  général,  que  nous  avons  ici  1000 
Espagnols  qu'il  serait  urgent  de  nous  débarrasser,  si  cela 
est  réel. 

tt  J'ai  l'honneur...  D 

Après  ces  deux  lettres  du  chevalier  lluhert< ,  voici  les 
quatre  de  cette  époque  écrites  par  le  général  Hugo  que 
M.  Dufrêne  avait  collectionnées.  Elles  datent  du  commen- 
cement de  l'investissement  de  la  place. 


«  N»  3.  «Thionville,  le  11  janvier  1814. 

c  Mon  général, 

4  II  m'a  été  remis  par  le  major  chevalier  Hubert  deux  lettres 
que  vous  adressiez  à  M.  le  commandant  de  cette  place,  dans 
laquelle  je  suis  arrivé  hier  soir  de  bonne  heure. 

(Je  porte  cette  nuit  sur  différents  villages  placés  dans  un 
rayon  de  deux  lieues  sur  la  rive  gauche  de  la  Moselle,  un 
détachement  pour  faire  rentrer  des  subsistances,  et  m'ame- 
ner  ici  en  prison  les  maires  des  communes  qui  n'ayant  pas 
obéi  aux  réquisitions,  mettraient  encore  de  l'inertie  dans 
l'exécution  des  ordres  de  la  commission  d'approvisionnement 
que  j'ai  fait  nommer  aujourd'hui  et  dont  la  composition  me 
parait  bonne.  Je  ne  porte  rien  sur  la  rive  droite,  parce  qu'il 
y  avait  cette  nuit  à  Metzerwiese  un  détachement  ennemi  de 
plusieurs  cents  chevaux  qui  a  établi  ses  avant-postes  jusqu'à 
Stukange.  Il  a  vers  midi  envoyé  quelques  tirailleurs  vers  les 
glacis  du  fort  pour  en  attirer  des  nôtres  dans  quelques  embus- 
cades, projet  qui  ne  lui  a  pas  réussi.  On  disait  également  que 

^  Le  chevalier  Hubert  fit  le  siège  avec  le  général  et  adhéra  avec  lui 
aux  actes  du  gouvernement  provisoire. 


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214  REVUE  D'ALSACE 

ce  parti  répandait  le  bruit  que  8000  hommes  d'infanterie  le 
suivaient;  mais  on  n'avait  aucune  certitude  sur  la  marche 
de  ce  corps.  Ces  raisons  et  des  ordres  de  tenir  la  garde  prête 
à  marcher  ont  déterminé  M.  le  général  Decous  à  ne  rien  com- 
promettre sur  la  rive  droite ,  vos  ordres  et  ces  renseigne- 
ments au  moins  fondés  quant  à  l'existence  de  500  chevaux  à 
Bouzonville  m'ont  fait  retenir  ici  300  hommes  du  14^  de 
ligne  qui  devaient  se  rendre  à  Vorms  par  Sarrelouis. 

€  Je  m'occupe  à  monter  mon  espionnage  et  j'aurai  l'hon- 
neur de  vous  faire  part  de  tout  ce  qu'il  me  procurera. 

«La  garde  nationale  a  effectué  l'organisation  de  deux  com- 
pagnies. J'espère  en  augmenter  le  nombre  et  adjoindre  à  l'ar- 
tillerie impériale  tout  ce  qui  aura  des  connaissances  dans  ce 
service.  Vos  intentions  seront  donc  remplies  à  cet  égard. 

c  Vos  lettres  pour  Luxembourg  sont  parties  sous  l'escorte 
d'un  détachement  qui  retournait  sur  cette  place. 

«Je  vous  prie  de  demander  à  M.  le  général  comte  Béliard 
copie  de  mon  chiffre,  afin  de  pouvoir  parfois  masquer  beau- 
coup de  choses  intéressantes  que  je  pourrais  avoir  à  vous 
communiquer. 

c  Agréez^  mon  général^  l'assurance  de  ma  haute  et  respec- 
tueuse considération. 

«Le  général  commandant  la  place  de  ThionviUe^ 
«  Le  C^^  Hugo.  > 

c  P.  S.  J'apprends  à  l'instant  que  des  forces  immenses 
dont  le  nombre  ne  m'est  pas  connu  marchent  pour  aller 
prendre  position  entre  Vallières  et  Metz.  » 


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BLOCUS  DE   THIONVILLE  215 

IL 

«Place  de  Thionville- 

«  Rapport  du  12  au  iS  janvier  i814. 

cLe  grand  nombre  de  malades  qui  existe  dans  l'hôpital 
militaire  exige  une  évacuation  prompte,  nous  tâcherons  d'en 
opérer  une  au  retour  des  voituriers  qui  ont  porté  des  grains 
à  Luxembourg  et  qui  doivent  retourner  à  Metz. 

c  Un  affidé  expédié  hier  matin  a  parcouru  différents  points 
de  la  rive  droite  de  la  Moselle  ;  il  a  vu  des  vedettes  avant 
9  heures  du  matin  à  l'entrée  de  Stuckange.  Il  a  appris  et  rap- 
porté que  l'ennemi  avait  des  partis  de  30  à  40  chevaux  dans 
ce  village  et  dans  ceux  de  Volstroff,  Rénange  et  Guénange. 

cUn  émigré  qui  sert  dans  les  hussards  prussiens  de  la 
Mort  qui  fournissent  ces  détachements  a  dit  à  un  de  ses  parents 
que  l'ennemi  avait  jeté  un  corps  de  20,000  chevaux  sur  la 
rive  gauche  du  Rhin  et  que  c'était  ce  corps  qui  inondait  le 
pays  depuis  Saverne  jusqu'à  Luxembourg.  Il  n'a  point  parlé 
d'infanterie  et  il  n'en  a  été  vu  nulle  part.  L'objet  de  ce  corps, 
a-t-il  ajouté,  est  d'empêcher  l'approvisionnement  des  places. 

«Des  rapports  arrivés  à  3  heures  après  midi  de  la  com- 
mune de  Manom  annoncent  qu'à  10  heures  du  matin  le  déta- 
chement ennemi  qui  était  à  Guénange  s'est  retiré.  Des  avis 
subséquents  annoncent  également  la  retraite  des  autres;  à 
l'heure  désignée,  il  n'y  avait  plus  rien  à  Metzerwiese.  Les 
partisans  ennemis  qui  ont  séjourné  chez  le  maire  de  Gué- 
nange ont  rapporté  qu'il  leur  était  défendu  de  piller  sous 
peine  de  mort. 

c  Deux  bûcherons  de  Manom  ont  trouvé  dans  les  bois  de 
la  commune  3  mousquetons  neufs  avec  leurs  bayonnettes, 
6  gibernes  et  4  ceinturons  de  cuirassiers.  Je  vais  faire  dépo- 
ser ces  objets  dans  les  magasins  d'artillerie.  Il  est  probable 


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216  REVUE  d'alsace 

que  quelques  lâches  déserteurs  en  avaient  fait  le  dépôt  tout 
récemment,  car  ces  objets  n'ont  pas  souffert  des  injures 
du  temps. 

cLe  11,  il  y  avait  8  à  900  hommes  campés  dans  les  jardins 
de  Luttange.  Il  est  probable  qu'ils  auront  suivi  le  mouvement 
de  retraite  des  autres. 

«  Si  la  rivière  réussit  à  prendre  entièrement,  il  y  aurait  un 
moyen  d'empêcher  les  parties  de  passer  sur  la  rive  droite, 
d'en  inquiéter  les  villages  et  d'interrompre  mes  communica- 
tions avec  Metz.  Ce  serait  de  fermer  chaque  fois  les  écluses 
de  cette  ville  pendant  six  heures  et  de  les  ouvrir  pendant  18. 
L'abaissement  des  eaux  laissant  dès  lors  les  glaces  sans  point 
d'appui,  elles  s'affaisseront  nécessairement  pour  en  gagner 
un  et  se  briseront  sur  les  rives.  Les  eaux  venant  ensuite  à 
couler  avec  plus  d'abondance  pendant  les  18  heures,  passe- 
raient en  partie  sur  les  glaces  déjà  brisées,  y  formeraient  une 
croûte  superficielle  et  très  perfide  pour  quiconque  oserait  s'y 
risquer.  Cette  espèce  de  débâcle  faite  avec  précaution  pour 
ne  pas  causer  d'accidents  sur  le  pont  couvert  de  Thionville, 
produiraient  assurément  le  meilleur  effet;  mais,  comme  je  le 
dis,  il  faudrait  que  cela  se  fit  avec  prudence,  parce  que  les 
piles  de  ce  pont  sont  rongées  à  leur  base.  » 


III. 

«  Thionville,  le  U  janvier  1814. 
«Mon  général, 

«J'ai  reçu  par  l'officier  de  gendarmerie  votre  réponse  à 
ma  lettre  pressante  d'hier.  Mes  300  hommes  ne  sont  pas  en- 
core rentrés  de  Luxembourg.  Je  pense  qu'ils  arriveront  ce 
soir  et  qu'ils  n'ont  rien  éprouvé  de  fâcheux.  Il  est  arrivé  celte 
nuit  un  bataillon  du  25«  léger  de  240  hommes. 


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BLOCUS   DE  THIONVILLE  217 

cil  y  a  entre  les  mains  du  sous-préfet  une  assez  grande 
quantité  de  capotes  qui  sont  destinées  à  la  garde  nationale. 
J'en  ferai  prêter  au  96^  régiment. 

c  J'espère  que  tant  que  la  rivière  chariera,  nos  communica- 
tions resteront  libres  :  quant  à  notre  correspondance,  je  ne 
négligerai  rien  pour  l'assurer. 

«Je  vais,  selon  votre  autorisation,  distribuer  les  vivres  de 
campagne  aux  troupes  nouvellement  arrivées,  qui  sont  sur  le 
pied  de  guerre:  elles  sont  fort  arriérées  pour  la  solde  et  n'ont 
pas  le  sou.  Je  maintiendrai  le  96*  avec  les  vivres  de  paix,  il 
s'en  accommode. 

«Vous  aurez  vu  par  mes  rapports  que  j'ai  déjà  quelques 
affidés  ou  espions,  ils  commencent  à  avoir  de  la  peine  à  pas- 
ser; je  vous  enverrai  mon  chiffre  par  le  bataillon  de  la  garde 
qui  doit  rejoindre  à  Metz. 

«J'aurai  soin  de  vous  tenir  au  courant  de  ce  que  j'appren- 
drai par  le  rapport  journalier  que  je  voijs  adresserai  chaque 
jour  dans  la  forme  de  ceux  des  12  et  13. 

«Agréez...» 

IV. 

«  Thionville,  le  18  janvier  1814. 

€  Mon  général, 

«J'ai  seulement  reçu  hier  par  la  poste  votre  lettre  du  15 
relative  à  MM.  Medoc  et  Saint-Charles.  Ce  dernier  est  parti 
depuis  une  dizaine  de  jours  pour  se  rendre  à  Chaumont. 
Toutes  les  personnes  de  considération  que  j'ai  consultées 
s'accordent  à  donner  les  meilleurs  témoignages  en  faveur  de 
M.  Medoc.  Elles  lui  trouvent  des  talents,  de  la  moralité,  et 
beaucoup  d'intelligence.  C'est  un  jeune  homme  fort  et  bien 
constitué. 

«Agréez...  Hugo.» 


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218  REVUE  D'ALSACE 

Les  officiers  qui  secondèrent  le  général  Hugo  dans  ce  pre- 
mier blocus  de  Thionville  furent  le  major  Hubert  du  96% 
G.  Hulot,  commandant  rarlillerie^  J.  Faydi,  commandant  la 
coborte,  Prudhomme,  capitaine  du  génie,  Courtois,  comman- 
dant le  14®  de  ligne,  Gaudard,  capitaine  commandant  le  fort; 
le  lieutenant  de  gendarmerie,  Boissier;  le  sous-inspecteur 
aux  revues,  Viroux;  le  sous-préfet  de  Prum,  de  la  Salle, 
chef  de  Tétat-major  et  le  sous-préfet  Rollé,  commissaire  des 
guerres. 

Ce  ne  fut  que  le  29  avril  que  l'état  de  siège  fut  levé  par 
ordre  du  maréchal  duc  de  Vaimy. 

La  restauration  du  pouvoir  royal  fut  proclamée  le  10  avril 
à  Metz  et  le  14  à  Thionville.  Ce  fut  ce  jour-là  que  le  com- 
mandant supérieur  reçut  et  notifia  les  actes  du  gouverne- 
ment provisoire. 

Deux  mois  après,  un  fils  de  France,  le  duc  de  Berry,  visi- 
tait Thionville. 

Le  général  quitta  Thionville  le  18  septembre,  fort  regretté 
des  habitants.  Le  général  de  Curto  avait  été  nommé  le  12  de 
ce  mois  sans  qu'on  Tait  prévenu. 

Voici  une  dépêche  de  ce  général  : 

cLe  maréchal  de  camp  baron  de  Curto^,  commandant  l'ar- 
rondissement de  Thionville,  adresse  à  Monsieur  le  chef  d'état 
major  de  la  3®  division  militaire  les  rapports  des  corps  sous 
ses  ordres  qui  indiquent  ce  que  sont  devenus  les  anciens 
aigles,  drapeaux  et  étendards. 

€  Thionville,  le  15  octobre  1814. 

«  Baron  de  Curto.  > 

Malgré  sa  belle  conduite  à  Thionville,  le  général  fut  mis 
en  non-activité,  ainsi  que  tous  les  officiers  de  la  garnison. 


'  Jean-Théodore  baron  de  Curto ,  né  à  xMontpellier  le  25  mai  1770 , 
retraité  le  17  mars  1825. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  219 

C'est  le  préfet  de  la  Moselle,  le  comte  de  Vaublanc,  qui  fut 
cause  de  cette  injustice  ^. 

Le  roi  cependant  le  fit  chevalier  de  Tordre  de  Saint-Louis 
le  27  novembre  1814  et  le  reconnut  le  21  de  ce  mois  dans 
son  grade  de  général  de  brigade  français  à  la  date  du  1 1  sep- 
tembre 1813.  Jusqu'alors  il  n'était  que  simple  colonel  en 
France. 

1815. 

Dès  le  retour  de  Napoléon  aux  Tuileries,  le  général  Hugo, 
demandé  par  tous  les  habitants  de  Thionville ,  se  rendit  à 
Paris  chez  le  prince  d'Eckmûhl,  ministre  de  la  guerre,  qui  lui 
annonça  sa  nomination  comme  gouverneur  de  la  place  qu'il 
avait  si  bien  défendue  en  1814.  Il  remplaçait  le  général  baron 
de  Curto,  que  les  soldats  avaient  chassé  comme  royaliste. 

La  mise  en  état  de  défense  fut  un  des  premiers  objets  de 
l'attention  du  général  ;  il  ne  cessa  d'y  veiller. 

Sa  garnison  était  nombreuse;  mais  à  partir  de  la  fin  de 
juin,  la  désertion  y  fit  des  trouées  immenses,  surtout  lorsque 
la  paix  fut  proclamée. 

La  garnison  était  formée  par  le  1^^  4*  et  6®  bataillons  de 
la  garde  nationale  de  la  Meurthe,  les  3%  4%  5®  et  12«  de  la 
Moselle,  la  T""  compagnie  d'artillerie  de  la  Moselle,  la  8®  de  la 
Meurthe^  une  quarantaine  de  canonniers  du  5^  régiment  et 
enfin  par  près  de  600  douaniers,  hommes  probes  et  hon- 
nêtes, qui  furent  l'âme  de  la  défense.  En  tout  176  officiers 
et  près  de  6000  hommes. 

Deux  petits  fortins  dépendaient  de  Thionville,  Rodemack 
et  Sierck.  fis  se  défendirent  courageusement  et  l'ennemi  n'y 
pénétra  point.  Le  25  juin  1815,  la  diligence  de  Luxembourg 

^  Le  18  avril  il  avait  écrit  au  général  comte  de  Damas,  gouverneur  de 
la  province  à  Nancy,  qu'il  avait  reconnu  avec  sa  garnison  le  pouvoir 
royal  le  14  de  ce  mois,  après  98  jours  de  blocus. 


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220  REVUE  D* ALSACE 

à  Thîonville  reçut  Tordre  de  ne  plus  revenir,  et  le  même 
jour  la  place  fut  sommée  de  se  rendre  par  le  général  Czer- 
nitchef,  commandant  Tavant-garde  russe.  La  gendarmerie 
rentra  alors  dans  l'enceinte,  dont  commença  le  blocus.  Il  ne 
s'y  fit  rien  de  saillant,  mais  il  fallait  veiller  avec  soin  à  ce 
que  l'ennemi  n'entrât  pas  par  surprise.  C'est  ce  qui  fut  tou- 
jours l'objet  des  soins  les  plus  attentifs  du  général  comman- 
dant. 

Le  19  juillet,  le  colonel  Clergel,  directeur  des  douanes,  les 
chefs  de  bataillon  de  la  garde  nationale  mobile  de  la  Moselle 
et  de  la  Meurthe,  Malye  et  Boulan,  partirent  pour  Paris  pour 
déposer  l'acte  de  soumission  aux  pieds  du  roi.  Le  conseil  gé- 
néral de  la  commune  envoya  aussi  une  députation  au  nom 
des  habitants. 

Le  22,  le  drapeau  royal  fut  arboré  et  la  cocarde  changée. 
Le  lendemain,  les  forts  de  Sierck  et  de  Rodemack  arborèrent 
le  drapeau  blanc. 

Malgré  ces  signes  de  fidélité,  la  place  fut  toujours  étroite- 
ment bloquée  et  rien  ne  fut  changé  dans  son  investissement. 
Le  décret  de  licenciement  des  gardes  nationaux  fut  apporté 
le  31  juillet  et  causa  beaucoup  de  désertions. 


L 


«  Monsieur  le  chef  d'état-major, 

<(  L'état  de  siège  existant  toujours  à  Thionville,  les  res- 
sources pour  la  solde  y  étant  presque  nulles,  on  ne  peut  tirer 
que  des  magasins  de  siège  les  moyens  d'alimenter  les  troupes 
de  la  garnison,  on  ne  peut  dés  lors  se  dispenser  de  toucher  à 
ces  magasins,  tant  que  cet  état  ne  changera  pas,  mais  aus- 
sitôt qu'il  changera,  les  approvisionnements  qui  s'y  trouve- 
ront encore  seront  maintenus  et  on  n'en  disposera  plus  sans 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  221 

une  autorisation  spéciale  du  ministre.  Je  pense  par  cette 
conduite  entrer  parraitement  dans  les  intentions  de  S.  E. 

€  Quant  à  Tordre  de  ne  point  compléter  ce  qui  manque, 
il  sera  dès  aujourd'hui  religieusement  rempli ,  à  moins  que 
des  évenemens  qu'on  ne  peut  prévoir  avec  des  voisins  comme 
les  Prussiens  ne  me  portent  à  passer  par  dessus  toutes  les 
considérations  pour  la  défense  de  la  forteresse. 

c  Agréez  l'assurance  de  ma  parfaite  considération. 

€  Le  marédial  de  camp,  commandant  supérieur,  HuGO. 
«Thionville,  le  2  août  1815.  » 


II. 


c  Rapport  du  2  au  3  août. 

c  Le  3  à  midi  il  est  arrivé  du  gros  canon  de  Luxembourg 
devant  Rodemack  et  on  l'a  placé  en  batterie  derrière  des 
épaulements.  On  tire  en  ce  moment-ci  du  côté  de  Rodemack  ; 
est-ce  contre  la  place  ou  pour  l'anniversaire  du  roi  de  Prusse? 
C'est  ce  que  nous  ne  savons  pas  encore.  Le  général  prussien 
dit  chaque  jour  qu'il  veut  avoir  à  tout  prix  ce  fort  pour  pou- 
voir ensuite  agir  contre  les  places  du  département  de  la 
Moselle. 

€  Chaque  jour  les  vexations  des  Prussiens  se  renouvellent  ; 
ils  tuent  les  paysans,  violent  les  filles  et  pillent  dans  les  cam- 
pagnes. 

«Il  est  déserté  plus  de  300  hommes  cette  nuit;  plusieurs 
ont  été  grièvement  blessés  par  les  postes,  d'autres  se  sont 
noyés  (en  chiffres).  Pour  cesser  d'arrêter  la  désertion  J'ai  fait 
accorder  quelques  permissions  par  compagnie. 

<  Sierck  est  tranquille. 

<[  Le  maréchal  de  camp  commandant  supérieur,  n 


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222  REVUE  D' ALSACE 


m. 


2®  Arrondissement  militaire. 

PLACE  DE  THIONVILLE. 


€  Bapport  du  4  au  5  août  1815, 

fkÉvénemens.  —  Toujours  de  la  désertion,  principalement 
dans  les  postes. 

li Nouvelles.  —  Les  troupes  prussiennes,  selon  tous  les 
rapports,  sont  rentrées  dans  le  duché  de  Luxembourg;  elles 
ont  relâché  les  otages  qu'elles  avaient  enlevées  à  Cattenom. 

c  Le  maréchal  de  camp  commandant  supérieur.  » 

IV. 

€  Rapport  du  5  au  6  août. 

«  Événemens.  —  Plusieurs  patrouilles  prussiennes  ont  paru 
sur  notre  territoire  et  ont  enlevé  à  Roussy  deux  employés  des 
douanes  et  le  cheval  sellé  d'un  gendarme;  j'ai  réclamé  ces 
hommes  et  ce  cheval.  Les  gardes  nationales  du  i^  de  la 
Meurthe  refusent  le  service  et  ce  n'est  qu'avec  beaucoup  de 
fermeté  qu'on  peut  encore  en  tirer  parti.  Malgré  toutes  les 
permissions  accordées  pour  aller  faire  la  moisson ,  la  déser- 
tion continue.  » 


€  Rapport  du  6  au  7  août. 

<  Plusieurs  villages  de  notre  frontière  sont  de  nouveau  oc- 
cupés par  les  Prussiens  ;  les  troupes  de  cette  nation  ont  ce 
malin  poussé  des  patrouilles  jusqu'à  Hettange  ;  elles  répandent 
qu'elles  vont  de  nouveau  agir  contre  Rodemack. 

€  Le  général  Horn  est  à  Virton. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  223 

c  La  désertion  continue. 

c  Je  n'ai  pas  encore  reçu  l'ordre  de  licencier  les  bataillons 
d'élite.  Beaucoup  d'individus  désireraient  continuer  à  servir 
le  roi  ;  que  puis-je  en  faire  lorsque  les  ordres  de  licencie- 
ment me  parviendront? 

c  Je  n'ai  pas  encore  reçu  de  réponse  à  la  demande  que  j'ai 
faite  au  général  prussien  de  la  remise  des  deux  préposés  des 
douanes  arrêtés  à  Roussy. 

€  Les  forts  de  Sierck  et  de  Rodemack  vont  se  trouver  par 
la  désertion  et  le  licenciement  réduits  au  seul  détachement 
des  préposés  des  douanes.  Si  les  préposés  peuvent  être  réta- 
blis sur  la  ligne,  il  ne  restera  plus  personne  ni  dans  l'un  ni 
dans  l'autre  pour  garder  l'artillerie  et  les  approvisionnements 
(en  chiffres). 

c  On  assure  que  plusieurs  corps  d'armée  prussiens  pénè- 
trent encore  en  France  pour  se  porter  sur  Paris. 

€  On  a  entendu  hier  le  canon  dans* la  direction  de  Sedan.» 


VL 


f  Rapport  du  7  au  8  août. 

«  Événemens.  —  xl  opepdAaz  pef  fpxxp  opbgte  opgi  nagde 
cg'  Iguqz  yajpz  zl  bg  x'  Iddpfpd  op  upgzpe  aggtutpde  naz  spze 
o'ixxpd  uspk  pgi  azf  otf  Igi  eldope  zlfLazlgi  cgtxezlhalpzf  bxge 
dtpz  1  qltdp  oize  xl  bxlup  pf  opnl  gz  halzoaz  op  fage  xpe  bacfp 
pfop  Sagfpe  xpe  ulepdzpe. 

€  Xpe  saglztpde  cgpxpe  Y  pybpuspzf  op  ep  dpflmxtd  sgd  xl 
xtyp  gazs  epgxe  xp  epdhhup  Ihpu  xl  zldop  zlftup  epopz  fltdp. 

cTous  mes  environs  sont  remplis  de  Russes. 

c  Nouvelles.  —  Le  bruit  se  répand  que  Mézières  a  été  pris 
hier  par  les  Prussiens,  que  les  Prussiens  vont  maintenant  se 
porter  sur  Longwy  et  que  de  Longwy  ils  viendront  ici.  C'est 


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224  REVUE  d' ALSACE 

un  colonel  de  celte  nation  qui  a  donné  à  Cattenorn  celte  nou- 
velle pour  certaine. 

<  La  désertion  est  telle  depuis  deux  jours  qu'aucun  moyen 
n'a  pu  l'arrêter.  » 


VIL 


i  Rapport  du  9  au  10  août. 

€  Aujourd'hui  soir,  10,  le  licenciement  sera  complètement 
opéré  ;  les  gardes  nationales  restées  cesseront  de  toucher  les 
vivres  et  la  solde,  leurs  conseils  d'administration  resteront 
seuls  en  activité  jusqu'à  l'entier  établissement  des  comptes. 

«Les  fournitures  de  casernement,  l'armement  et  le  peu 
d'effets  d'équipement  reçus  sont  rentrés  dans  les  magasins  et 
les  arsenaux,  non  sans  quelque  déficit  causé  par  la  désertion. 

c  ng  glic  uagxpd  xl  qpzeusp  olze  ype  yacepe  pf  uj  nazep 
dhpdle  xpe  pigi  ugeogl  upcyp  ulzp  gze  eldz  teaz  lupk  gadfp 
gadfp  buga  nilpz  opqpzodp  xl  bxlup. 

«  On  assure  que  les  Prussiens  se  sont  entièrement  retirés 
devant  Longwy  et  qu'ils  seront  remplacés  par  des  Russes 
dans  le  voisinage  de  celle  forteresse.  Les  Prussiens  quittent 
également  les  villages  français  de  ma  frontière. 

«  Service.  —  Il  se  fait  parfaitement.  La  garde  nationale  sé- 
dentaire y  met  beaucoup  de  zèle.  » 


VIIL 

c  Rapport  du  10  au  U  août  1815. 

c  Nous  avons  entendu  une  cinquantaine  de  coups  de  canon 
de  gros  calibre  dans  la  direction  de  Longwy. 

c  M.  le  général  russe,  qui  est  à  Hayange,  a  dit  hier  devant 


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DLOCUS  DE   TIIIONVILLE  225 

MM.  Pruneau  et  Hyppeurl,  de  Hellange,  qu'il  avait  ordre  de 
s'établir  provisoirement  jusqu'au  i^^  mars  prochain  dans 
l'arrondissement  qu'il  occupe. 

€  Le  licenciement  des  bataillons  d'élite  et  des  deux  compa- 
gnies d'artillerie  a  été  complètement  effectué  hier,  les  conseils 
d'administration  et  les  comptables  restent  seuls  ici  pour  régler 
avec  l'inspecteur  aux  revues.  H  a  été  distribué  à  chaque 
homme  présent  un  congé  constatant  sa  conduite  et  ses  ser- 
vices. » 


IX. 


<  Rapport  du  12  au  18  août. 

<  Êvénemens,  —  Aucun. 

€  Esprit  des  habitants.  —  Bon. 

€  Subsistances.  —  Le  service  courant  a  commencé  les  dis- 
tributions ce  matin  dans  Thionville  seulement.  Ce  service 
n'ayant  pas  d'c,voine,  j'ai  autorisé  le  commissaire  à  lui  en 
verser  112,000  livres  sur  les  450,000  de  l'approvisionnement 
de  réserve. 

€  Apprcvisionnernent  de  siège.  —  Il  n'y  sera  plus  touché  à 
dater  d'aujourd'hui,  à  moins  d'un  ordre  ministériel.  Pendant 
qu'on  y  a  pris  la  viande,  on  n'a  fait  fournir  la  ration  qu'a  six 
onces,  celle  du  lard  n'a  été  fourni  qu'à  trois.  » 

{A  suivre.)  Arth.  Benoit. 


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ÉTATS  GÉNÉRAUX  DE  L'ALSACE 


Le  mémoire  dont  nous  donnons  ici  la  copie  a  été  rédigé 
par  Chrétien-Frédéric  Pfeffel,  neveu  du  célèbre  poète  alsacien, 
sur  la  demande  de  M.  de  Montyon,  et  se  trouve  conservé  en 
original  dans  les  Archives  de  l'administration  générale  de  Tas- 
sistance  publique  à  Paris. 

Le  baron  de  Montyon,  surtout  connu  par  le  legs  considé- 
rable qu'il  Gt  aux  pauvres  de  Paris  et  par  la  fondation  des 
prix  de  vertu  qui  portent  son  nom,  fut  un  administrateur 
éminent;  conseiller  d'État  au  moment  de  la  convocation  des 
Etats  généraux,  il  fut  vraisemblablement  chargé  d'en  prépa- 
rer la  réunion;  en  étudiant  la  formation  des  divers  États  pro- 
vinciaux de  la  France.  Sans  doute  peu  familiarisé  avec  les 
choses  d'Alsace,  il  s'adressa,  pour  ce  qui  concernait  cette 
province,  au  frère  du  poète  Pfeffel,  jurisconsulte  et  publiciste 
réputé,  qui  fit  rédiger  le  mémoire  en  question  par  son  fils, 
alors  employé  dans  les  bureaux  des  affaires  étrangères  à 

Versailles. 

Léon  Briele, 

ancien  archiviste  du  Haut-Rhin*. 


Versailles,  le  2  novembre  1788. 
Monsieur, 

Je  comptais  avoir  l'honneur  hier  de  vous  remettre  moi  même  le 
mémoire  cy  joint  ;  mais  j'appris  que  vous  ne  vous  étiez  point  rendu  à 
VersaiUes,  et  j'en  fus  d'autant  plus  fâché  qu'en  vous  présentant  cette 
pièce,  je  m'étais  proposé  de  réclamer  votre  indulgence  en  faveur  du 
rédacteur,  qui  est  mon  fils.  J'aurais  bien  désiré  que  les  auteurs  et  les 
collections  d'actes  publics  qu'il  a  été  à  même  de  compulser  luy  eussent 
fourni  plus  de  notions  pragmatiques;  mais  nos  princes  d'Allemagne 
sont  encore  fort  attachés  aux  secrets  de  leur  administration  intérieure, 
et  ils  ne  permettent  qu'avec  peine  qu'on  les  communique  aui  étrangers. 

'  Voy.  au  sujet  de  l'auteur  de  ce  mëmoire  Bévue  d^Alsace,  annëe  1859, 
p.  210. 


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ÉTATS  GÉNÉRAUX  DE  L* ALSACE  227 

J'en  serais  d'autant  plus  charmé,  si  les  détails  que  le  mémoire  cy  joint 
renferme  peuvent  satisfaire  votre  curiosité. 

Recevez,  Monsieur,  avec  votre  bonté  ordinaire,  les  assurances  du  plus 
respectueux  dévouement  avec  lequel  j'ai  l'honneur  d'être  votre  très 
humble  et  très  obéissant  serviteur 

Pfeffel. 

L'Alsace  n'a  jamais  été  une  province,  dans  le  sens  reçu 
dans  la  jurisprudence.  C'était  un  pays  partagé  entre  plusieurs 
souverains  qui  se  réunissaient  par  des  confédérations  pour 
leur  conservation  commune;  et  ce  n'est  que  sous  ce  rapport 
qu'on  les  appelait  Les  États  d'Alsace.  Ils  ne  dépendaient  d'ail- 
leurs de  l'empereur  et  de  l'Empire  que  comme  les  autres 
souverains  du  corps  germanique. 

La  plus  grande  partie  de  la  Haute-Alsace  appartenait  en 
propre  à  la  maison  d'Autriche,  sous  le  nom  de  Landgraviat 
de  la  Haute-Alsace.  Quelques  princes  ecclésiastiques  et  sécu- 
liers possédaient  le  reste. 

La  Basse-Alsace  comptait  plusieurs  princes,  tant  ecclésias* 
tiques  que  séculiers.  On  y  voyait  paraître  le  grand-préfet  de 
la  préfecture  de  llaguenau ,  office  de  l'Empire  possédé  par 
la  maison  d'Autriche,  à  laquelle  il  donnait  le  droit  de  pro- 
tection sur  dix  villes  impériales  répandues  dans  les  deux 
Landgravials  d'Alsace.  On  y  trouvait  d'ailleurs  un  corps  de 
noblesse  immédiate  et  la  ville  de  Strasbourg. 

Tous  ces  pays  furent  cédés  à  la  France  par  la  paix  de 
Munster,  avec  celle  différence  toutefois  qu'elle  acquit  le 
domaine  suprême  de  l'Empire  et  la  souveraineté  sur  tout  ce 
qu'avait  possédé  la  maison  d'Autriche,  et  qu'il  fut  stipulé, 
relativement  au  reste,  que  les  anciens  États  immédiats  de 
l'Alsace  conserveraient  leur  supériorité  territoriale  sous  le 
supremium  dominium  de  la  France,  comme  ils  en  avaient  joui 
jusqu'alors  sous  celui  de  l'Empereur  et  de  l'Empire. 

Le  Roy  a  concédé  l'ancien  domaine  de  la  maison  d'Au- 
triche à  la  maison  de  Mazarin,  représentée  aujourd'huy  par  le 


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228  nEVUE  D'ALSACE 

duc  de  Valentinois,  et  la  maison  de  Ghoiseul  possède  présen- 
tement la  préfecture  de  Haguenau. 

Quand  les  États  de  la  Haute-Alsace  s'assemblaient,  Tarchi- 
duc  d'Autriche  les  présidait  en  sa  qualité  de  landgrave  de  la 
Haute-Alsace,  el  Tévêque  de  Strasbourg  présidait  ceux  de  la 
Basse-Alsace,  comme  ayant  acquis,  vers  le  milieu  du  xiv'^ 
siècle,  le  titre  et  les  droits  de  landgrave  de  la  Basse-Alsace. 

11  y  aurait  de  très  grands  inconvénients  à  régler  la  repré- 
sentation de  l'Alsace  aux  États  généraux  sur  cet  ancien  état 
de  choses. 

4°  Il  faudrait  en  exclure  tout  le  clergé,  toute  la  noblesse 
et  tout  le  tiers-état  dépendants  des  anciennes  souverainetés 
de  cette  province,  parce  que  tous  ces  citoyens  médiats  n'ont 
jamaig  comparu'dans  les  assemblées  des  confédérés  d'Alsace, 
et  que  leur  qualité  de  médiats  les  excluait  de  la  Diète  de 
PEmpire  et  de  l'Assemblée  des  cercles. 

2®  11  faudrait  en  exclure  un  grand  nombre  de  seigneurs 
immédiats,  qui,  pour  n'avoir  pas  été  immatriculés  au  Direc- 
toire de  la  noblesse  immédiate,  n'ont  jamais  été  appelés,  ni 
individuellement,  ni  par  députés,  aux  assemblées  des  confé- 
dérés d'Alsace. 

3®  Il  pourrait  être  dangereux  de  rétablir  dans  une  province 
frontière  un  régime  que  le  gouvernement  n'est  parvenu  à 
détruire  qu'après  cent  ans  de  peines  et  de  négociations. 

4°  Les  traités  de  paix  qui  forment  la  base  de  la  constitu- 
tion de  l'Alsace  n'ont  ni  maintenu  ni  confirmé  un  état  ana- 
logue à  l'ancien  système  des  confédérés  d'Alsace. 

5°  Plusieurs  princes  et  souverains  de  l'Allemagne  possé- 
dant en  Alsace  des  territoires  considérables,  qui,  suivant  une 
estimation  modérée,  composent  près  de  la  cinquième  partie 
de  la  province,  il  ne  serait  pas  possible  d'exclure  les  repré- 
sentants de  ces  princes  de  l'assemblée  des  États  d'Alsace.  Il 
serait  contraire  à  toutes  les  maximes  du  droit  public  que 
des  princes  étrangers,  qui  ne  contribuent  pas  aux  charges 


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ÉTATS  GÉNÉRAUX  DE  l'aLSACE  229 

publiques,  à  raison  des  revenus  qu'ils  (irent  de  TAlsace,  par- 
ticipassent à  la  représentation  de  celte  province. 

Le  moyen  le  plus  simple  de  donner  une  forme  légale  à 
cette  représentation  parait  être  de  prendre  pour  base  la  dis- 
tribution de  l'Alsace  en  six  districts  et  d'en  accoupler  tou- 
jours deux  pour  former  trois  espèces  de  grands  bailliages. 

Il  n'y  a  en  Alsace  ni  sénéchaussées  ni  bailliages  royaux  : 
la  seule  justice  royale  qui  s'y  trouve,  c'est  le  Conseil  supé- 
rieur d'Alsace.  11  n'est  donc  pas  possible  d'appliquer  à  l'Al- 
sace des  formes  usitées  dans  les  autres  provinces  du  royaume. 

Il  s'ensuit  que  les  assemblées  des  districts  ne  peuvent  être 
présidées  ni  par  des  baillifs  d'épée,  ni  par  des  sénéchaux. 
Peut-être  pourrait-on  leur  substituer  les  chevaliers  d'honneur 
d'épée  qui  sont  attachés  au  Conseil  supérieur  de  la  province 
et  les  faire  assister  par  les  maires  ou  prévôts  royaux  de  quel- 
ques villes  royales. 

Comme  tous  les  ordres  de  citoyens  doivent  être  représen- 
tés, il  semble  que  l'on  ne  saurait  refuser  une  représentation 
aux  grands  propriétaires  privilégiés  qui  se  trouvent  a  la  tête 
de  la  noblesse;  qu'il  est  juste  d'en  donner  aussi  une  parti- 
culière à  l'ancienne  noblesse  immédiate,  de  manière  toutefois 
que  la  noblesse  ordinaire  conserve  au  moins  un  nombre  égal 
de  représentants. 

Comme  les  nobles  immédiats  sont  répandus  dans  tous  les 
districts,  la  chose  ne  parait  pas  susceptible  de  difOculté. 

Il  en  est  de  même  du  premier  Ordre,  de  l'Ordre  du  clergé, 
qui  compte  dans  son  corps  nombre  d'anciens  États  de  TEm- 
pire  auxquels  on  pourrait  accorder  un  ou  deux  représen- 
tants, à  raison  de  l'immensité  de  leurs  possessions  et  des  pri- 
vilèges dont  ils  jouissent. 

Le  tiers-état  doit  être  naturellement  représenté  par  des 
représentants  choisis  dans  les  trois  districts  accouplés.  Mais 
il  restera  toujours  une  grande  difficulté  par  rapport  à  la  repré- 
sentation de  la  ville  de  Strasbourg,  qui  forme  une  espèce 


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230  REVUE  d' ALSACE 

d'État  à  part,  au  milieu  de  TAlsace,  et  des  dix  villes  de  la 
préfecture  de  Haguenau. 

II  serait  difficile  de  refuser  à  ces  villes  des  représentants, 
alors  qu'on  en  accorde  aux  bonnes  villes  du  royaume,  d'autant 
plus  que  les  droits  qu'elles  ont  conservés  sous  la  domination 
française  les  mettent  beaucoup  au-dessus  de  ces  dernières. 

Deux  députés  pour  la  ville  de  Strasbourg  et  deux  pour  les 
dix  villes  rempliraient  ces  vues. 

Les  protestants  de  la  Confession  d'Âugsbourg  jouissent  en 
Alsace  d'une  existence  légale  fondée  sur  des  traités  de  paix, 
il  parait  non  seulement  impossible  de  les  exclure  de  la  re- 
présentation, mais  aussi  nécessaire  de  leur  attribuer  un  cer- 
tain nombre  de  places  de  représentants. 

Comme  ils  ne  forment  que  le  tiers  des  habitants  de  l'Al- 
sace, il  est  certain  que  la  majorité  des  catholiques  les  exclu- 
rait de  fait  de  toutes  les  places  de  représentants  qui  seraient 
accordées  à  l'Alsace. 

Comme  ils  partagent  toutes  les  charges  municipales  de  la 
ville  de  Strasbourg,  ainsi  que  celles  des  quatre  villes  princi- 
pales de  la  préfecture,  il  semble  que  l'on  pourrait  tirer  de 
celte  religion  la  moitié  des  représentants  de  ces  onze  villes. 

Dans  la  noblesse  privilégiée  immédiate,  il  parait  juste  de 
partager  entre  les  deux  religions  la  représentation  de  ce  corps 
privilégié,  comme  le  sont  les  places  du  Directoire. 

Enfm  on  pourrait  tirer  des  protestants  un  tiers  des  repré- 
sentants de  la  noblesse  ordinaire. 

Dans  le  Tiers-état,  les  deux  districts  combinés  de  Belfort  et 
de  Huningue,  n'étant  peuplés  que  de  catholiques,  ne  sauraient 
être  représentés  que  par  des  catholiques,  mais  les  quatre 
autres  districts  étant  à  peu  près  mi-partie,  on  pourrait  aussi 
partager  entre  les  deux  religions  la  représentation  de  ces 
districts. 

L'ordre  du  clergé  ne  serait  composé,  comme  de  raison, 
que  de  représentants  catholiques. 


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CORRESPOHDAHCES  POLITIQUES 

ET 

CHRONIQUES  PARISIENNES 

adressées  à 

Christophe  GONTZER 

Syndic  royal  de  la  ville  de  Strasbourg 

(1681  —  1685) 


—  Paris  ce  25®  Mars  4684.  —  ....On  a  nouvelle  que 
rirapératrice  est  grosse.  La  dietle  de  Ralisbonne  est  pré- 
sentement Tort  inutile  et  on  y  craint  que  le  Roy  n'en  retire 
ses  nainistres,  puisque  Ton  n'y  fait  aucunes  choses  ny  pour 

la  paix,  ny  pour  la  trêve Les  baschas  de  Candie,  de  la 

Morée,  etc.,  ont  fait  exposer  l'estendard  de  Mahomet  pour 
exciter  tous  les  bons  musulmans  d'aller  à  la  guerre  en  Hon- 
grie, pour  faire  la  guerre  aux  chrestiens  ;  cet  estendard  leur 
est  aussy  considérable  qu'esloient  autrefois  parmy  nous  les 
croisades 

—  Paris,  29  mars  1684.  —  ....Quoyque  le  pape  soit 
mieux,  on  n'espère  pas  qu'il  puisse  aller  fort  loing.  M.  l'am- 
bassadeur de  France  ne  va  plus  chez  la  reyne  de  Suède  ^  11 

'  Voy.  pages  262  et  suiv.  de  la  livraison  juillet-août-septembre, 
pages  429  et  suiv.,  de  la  livraison  octobre-novembre-décembre  1888,  et 
pages  63  et  suiv.,  de  la  livraison  janvier-février-raars  1889. 

2  II  s'agit  de  la  reine  Christine,  la  fille  du  grand  Gustave- Adolphe,  qui 
scandalisait  alors  la  haute  société  romaine  par  ses  excentricités  et  se 
intempérances  de  langage. 


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232  REVUE  D'ALSACE 

a  defTendu  la  mesme  chose  à  tous  les  Français  :  c'esl  là  tout 
ce  qu'on  peut  faire  à  une  princesse  qui  a  tenus  des  discours 
indignes  d'elle  et  de  la  Majesté  Royale.  Si  elle  estoit  encore 

sur  le  trône,  on  en  tireroit  satisfaction  par  les  armes Le 

mariage  de  Mademoiselle  est  remis  au  lundy  de  la  Quasi- 
modo,  parce  que  la  dispence  n'est  pas  venue  de  Rome.  Il  y  a 
encore  beaucoup  de  choses  à  régler,  à  cause  des  nouveaux 
honneurs  que  prétend  le  duc  de  Savoye.  Mr.  l'archevesque 
par  un  mandement  avoit  ordonné  que  l'on  ostast  la  croix 
qui  est  au  bout  du  Cours^  le  bailly  royal  de  Chaillot  s'est 
avisé  de  le  deffendre  ;  par  une  lettre  de  petit  cachet  on  l'a 
envoyé  promener  à  Issoudun....  Dans  peu  de  jours  on  saura 
avec  certitude  si  Madame  la  Dauphine  est  grosse.  Baptiste 
passera  assurément  en  Angleterre  avec  tout  l'Opéra.  Le  Roy 
le  veut  et  fera  tous  les  frais  jusque  à  la  mer,  et  le  Roy 
d'Angleterre  luy  donnera  cinquante  mil  escus  sans  les  proGls 
qu'il  pourra  faire. 

—  Paris,  i^  Avril  1684.  —  La  santé  du  pape  est  toujours 
fort  langoureuse,  ce  qui  a  obligé  le  Père  Recanaty,  son 
prédicateur,  de  luy  remontrer  l'obligation  dans  laquelle  il 
estoit  de  faire  une  promotion  de  cardinaux,  veu  le  Grand 
nombre  de  chapeaux  vaquants,  afBn  de  remplir  le  Sacré 
Collège  de  sujets  de  mérite  qui  par  leur  vertu  et  capacité 
peussent  servir  TÉglise. 

Les  Estats-Généraux  ont  beaucoup  d'inquiétude   de 

l'armement  de  M.  de  Collogne  et  de  la  ligue  de  Soest.  Ils  ont 
fait  demander  à  ces  princes  le  sujet  de  l'armement,  à  quoy 
ils  ont  respondu  que  lorsqu'ils  sauraient  les  raisons  qu'ont 
les  Estais-Généraux  de  lever  des  trouppes,  qu'ils  responde- 
ronl  à  cette  demande.  On  tient  que  les  trouppes  de  l'Eslec- 
teur  de  Collogne  se  montent  à  plus  de  20  mil  hommes,  sans 
compter  les  5000  hommes  (|ue  luy  mène  le  marquis  de 
Remty 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       233 

Oodenarde  est  presque  réduit  en  cendres.  On  commença  à 
tirer  le  SI®  du  passé  à  i  heures  du  soir  ;  on  mit  seulement 
cette  journée  le  feu  au  chasteau,  qui  fut  entièrement  brusié 
aussy  bien  qu'un  beau  couvent  de  religieux  avec  quelques 
maisons,  mais  les  22  et  23  furent  efiroiables,  le  feu  estant 
en  plus  de  vingt  endroits  à  la  fois  ;  tout  fut  bouleversé  et  Ton 
entendoit  de  nos  batteries  les  cris  de  ce  misérable  peuple  et 
les  plaintes  des  mourants.  Il  y  a  plus  de  vingt  de  nos  soldats 
tués  à  ces  batteries. 

Les  receveurs-généraux  ont  financé  une  somme  de 

500  mil  livres  dans  les  coffres  du  Roy,  au  moyen  de  quoy  on 
leur  donne  pouvoir  de  vendre  leurs  charges  à  qui  ils  voudront 
et  pour  tel  prix  qu'ils  pourront  en  retirer....  On  croit  que  le 
Roy  acheptera  les  manuscrits  de  feu  M.  le  Chancelier  Séguier 
auparavant  que  cette  Bibliothèque  soit  mise  en  vente,  à  quoy 
ses  héritiers  sont  résolus. 

—  Paris,  ce  5®  Avril  1084.  —  Mademoiselle  ne  viendra 
plus  à  Paris  ;  elle  ne  l'a  pas  quitté  sans  larmes.  Le  mariage 
se  fera  lundy  ;  à  la  sortie  de  l'esglise,  elle  montera  en  carosse 
pour  aller  dîner  à  Ghilly.  Monsieur  l'accompagnera  jusque  là. 
Le  duc  de  Savoye  n'a  jamais  voulu  consentir  qu'elle  donnast 
la  main  à  Madame,  non  pas  mesme  à  Madame  la  Dauphine, 
mais  seulement  à  Monsieur  parce  qu'il  est  père.  Le  Roy  a 
donné  2000  escus  de  pension  à  la  comtesse  de  Fiesque. 

—  Paris,  ce  8  Avril  1684.  —  Une  personne  employée  dans 
une  commission  de  grande  importance  dans  une  province 
du  royaume,  estant  devenu  amoureux  d'une  dame  qui  s'en 
trouvait  fort  importunée,  en  avertit  son  mary  qui  le  fist 
prier  de  ne  plus  aller  chez  luy,  mais  se  prévalant  de  son 
authorité  ne  cessa  point  ses  visittes  importunes,  qui  enfin 
ont  cessez  par  quantité  de  coups  de  bâton  que  ce  mary, 
homme  de  guerre,  distribua  à  l'homme  de  robe,  et  en  est 
encore  venu  faire  icy  ses  plaintes  à  M.  le  Chancellier,  ce  qui 


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234  REVUE  D* ALSACE 

luy  a  esté  un  grand  divertissement  et  au  Roy  roesme  à  qui  on 
Ta  dit 

—  Paris,  ce  15^  Avril  1684.  —  Le  duc  de  Bavière  s'est 
plaint  à  l'envoyé  extraordinaire  du  Roy,  qui  est  auprès  de 
luy,  du  bruict  qui  couroit  en  France,  qu'il  assembloit  ses 
trouppes  pour  les  envoyer  sur  le  Rhin,  pour  s'opposer  aux 
desseins  du  Roy.  Il  Ta  asseuré  qu'il  n'auroit  jamais  eu  cette 
pensée,  mais  bien  de  donner  secours  à  l'Empereur  contre  le 
Turc. 

I^e  Cercle  de  Franconie,  n'envoyera  cette  campagne  que 
quatre  régiments  à  l'Empereur,  retenant  le  reste  de  ses 
trouppes  pour  sa  propre  deffence....  Le  chevallier  de  Châtil- 
Ion  part  aujourd'huy  en  poste  pour  aller  donner  avis  au  duc 
de  Savoye  du  départ  de  la  princesse  son  espouse...  Ils  ne 
font  tous  deux  que  trente-un  ans....  Le  Roy  a  envoyé  dans 
un  couvent  M^e  de  Tonnerre.  L'on  a  déffendu  de  la  part  du 
Roy  à  la  comtesse  d'OIone  et  à  la  marquise  de  Royan,  belles- 
sœurs,  de  ne  donner  plus  à  jouer  chez  elles.  Un  capitaine 
du  régiment  de  Caultx  estant  mal  satisfait  du  lieutenant- 
coUonnel,  qui  l'avoit  fait  casser,  s'eslant  rencontrez  à  Lion, 
se  battirent  dans  leur  chambre,  la  porte  fermée.  Le  lieute- 
nant fut  tué  de  18  coups  d'espée  et  le  capitaine  de  14. 

—  Paris,  ce  22©  Avril  1684.  —  Le  Roy  est  aujourd'huy 
parly  pour  Valenciennes,  ainsy  qu'on  a  toujours  dit....  Sa 
Majesté  ira  à  Mouchy,  où  il  séjournera.  La  plupart  des  ambas- 
sadeurs et  envoyés  des  princes  suivent  la  cour.  Dans  la 
dernière  audiance  qu'a  eu  le  nonce  il  a  beaucoup  pressé  le 
Roy  pour  obtenir  un  délay.  Sa  Majesté  luy  a  respondu 
qu'elle  ne  luy  diroit  autre  chose  que  ce  qu'elle  luy  avoit 
desjà  dit  15  fois,  mais  elle  adjousia  que  s'il  y  avoit  une 
goutte  de  sang  répandu  au  moindre  de  ses  sujets,  qu'il  ne 
feroit  point  la  paix  qu'il  n'eust  mis  les  Espagnols  à  la  raison. 
L'ambassadeur  de  Hollande  a  aussy  eu  audiance  et  a  proposé 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       235 

au  Roy  des  conditions  de  trêve  presque  semblables  à  celles 
des  Hauts-Âlliez,  h  quoy  Sa  Majesté  a  respondu  qu'il  y  avoit 
lieu  de  s'estonner  qu'on  ait  osé  les  luy  proposer,  que  c'est 
une  seconde  déclaration  de  guerre,  que  le  roy  d'Angleterre 
a  reffusé  de  s'en  mesler,  trouvant  ces  conditions  fort  imper* 
tinentes,  que  son  ambassadeur  prés  des  Estats-généraux  n'a 
eu  garde  de  s'en  charger,  que  son  voyage  estoit  résolu  et 
que  la  dépence  de  tout  ce  qui  le  devoit  suivre  estoit  faite,  et 
qu'il  pariiroit  saraedy.  Sa  Majesté  congédia  cet  ambassadeur, 
qui  se  retira  fort  confus  et  déconcerté. 

Le  sieur  Le  Noir,  théologal  deSéez,  qui  depuis  si  longtemps 
est  à  la  Bastille  pour  des  libelles  injurieux,  est  renvoyé  au 
Chastelet  pour  y  faire  et  parfaire  son  procez....  L'on  a  donné 
13  mil  escus  à  Mr.  Bignon  pour  sa  charge  de  bibliothéquaire 
du  Roy,  outre  les  40,000  qu'on  a  donné  à  l'abbé  Colbert; 
ces  charges  sont  pour  un  des  fils  de  M.  de  Louvoy...  L'on 
dit  qu'on  fera  une  recherche  à  la  Marine  pour  tout  ce  qui  a 
esté  mal  pris  ;  on  y  a  descouvert  beaucoup  d'abus. 

La  Sale,  qui  a  fait  de  grandes  découvertes  dans  la  marine, 
avec  beaucoup  de  peine  et  de  despense,  s'en  relourne  dans 
le  pays  qu'il  a  descouvert,  par  une  grande  rivière  qui  est 
proche  le  golfe  de  Mexique,  près  de  Panuco;  il  y  va  avec 
trois  petits  vaisseaux  du  Roy,  commandez  par  le  capitaine 
Beaulieu. 

Un  homme  de  la  première  qualité  de  la  cour,  ayant  fait 
maltraiter  son  tailleur,  qui  ne  luy  pouvoit  plus  faire  de  crédit, 
et  estant  allé  chez  luy  prendre  ses  papiers  de  compte,  la 
plainte  en  a  esté  portée  au  Roy  par  le  lieutenant  criminel.  Sa 
Majesté  a  dit  qu'elle  voulloit  qu'on  fist  justice.  Le  plus  court 
pour  ce  seigneur  a  esté  de  trouver  dans  la  bourse  de  ses 
amis  de  quoy  satisfaire  le  tailleur. 

—  Paris  26«  d'Avril  1684.  —  ...Le  pape  n'a  fait  aucunes 
fonctions  la  semaine  sainte;  le  jour  de  Pasques  il  voulut  dire 


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236  REVUE  D'ALSACE 

la  messe  à  son  particulier,  mais  allant  à  Tautel,  il  lui  prit 
une  faiblesse...  On  a  eu  crainte  d'une  sédition  à  Rome, 
parce  que  le  Pape  a  fait  un  nouvel  impost  sur  le  bétail;  les 
bouchers  ne  voulurent  point  tuer  de  viande  b  Pasques,  mais 
le  préfet  y  donna  ordre  avec  beaucoup  de  diligence,  faisant 
prendre  et  payer  tout  le  bestail  qui  se  trouvait  aux  environs 
de  Rome... 

...Les  nouveaux  alliez  font  de  nouveaux  projets  de  trêve 
mais  le  second  n'a  pas  esté  mieux  receu  que  le  premier. 
L'ambassadeur  des  Estais-Généraux  receut  ordre  de  le  pré- 
senter au  Roy  avec  une  carie  où  la  division  suivant  le  projet 
estoit  marquée.  Sa  Majesté  luy  dit  qu'il  scavoit  tout  ce  qu'il 
avoit  à  luy  dire  et  ne  voulut  voir  ni  la  carte  ni  l'escrit,  et  le 
congédia.  Le  jour  du  départ  du  Roy,  Sa  Majesté  disna  dans 
le  carosse  au  Bourguet^  ou  il  ayda  luy-mesme  à  mettre  la 
table  qui  est  faille  pour  cela  et  mangea  avec  les  cinq  per- 
sonnes qui  esloient  avec  luy;  Madame  la  Dauphine  et  Madame 
la  princesse  de  Conty  avoient  beaucoup  de  pierreries  sur  elles. 
Monseigneur  en  avoit  aussy  beaucoup  sur  son  justaucorps. 
Sa  Majesté  dit  à  quelques  evesques  qui  se  trouvèrent  là, 
qu'il  alloit  voir  son  diocèse  et  qu'il  leur  conseilloit  d'en  faire 
aulant  et  qu'il  leur  alloit  donner  des  sujets  de  chanter  des 
Te  Deum . . . 

La  Chambre  de  l'Arsenal  pour  l'affaire  de  Belisani  doit 
commencer  jeudy  27©;  elle  est  composée  de  Mrs.  de  la 
Reynie,  et  Ribère,  conseillers  d'Estat,  de  Mrs.  Amelot,  de 
Chaillou,  Feydeau,  Feydeau  de  Brou,  du  Crail,  Grail  de  Bour- 
nouveauy  et  de  BéruUes,  maislres  des  requestes  et  du  prési- 
dent Hourlier.  M.  de  Selve  est  procureur-général  de  la  com- 
mission. 

Une  déclaration  du  Roy...  fait  deffence  aux  escoliers  de 
droit  de  porter  d'espées  ny  de  cravates,  sur  peine,  pour  la 
première  fois,  de  la  perle  d'une  année  de  leurs  estudes  et 
pour  la  seconde  d'estre  chassés  de  l'Université...  Il  y  a  quel- 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET   CUilONIQUES  PARISIENNES        237 

ques  clames  et  seigneurs  qui  ne  sont  pas  partis  avec  la  cour, 
qui  vont  tous  les  jours  pour  la  joindre.  Mme  de  Montespan 
est  de  ce  nombre .  • . 

—  Paris,  ce  29®  Avril  1684.  —  ...Le  Pape  avoit  dessein 
de  faire  une  petite  armée  contre  les  infidèles  ;  elle  avoit  été 
composée  de  ses  gallères,  de  celles  de  Mallhe,  du  Grand  Duc 
et  de  quelques  unes  de  Gênes;  il  espéroit  aussy  obtenir  quel- 
ques escadres  de  Naples,  mais  les  commissaires  qui  sont  allez 
voir  ces  gallères,  les  ont  trouvées  toutes  ruinées  et  ne  valant 
pas  le  radoub.  L'on  n'a  osé  luy  en  faire  le  rapport  de  peur 
de  le  chagriner...  Le  Noir  fit  jeudy  l'amende  honorable 
devant  Nostre-Dame  en  chemise,  la  torche  au  poing  et  la 
corde  au  col.  Les  escrits  furent  bruslés  par  la  main  du  bureau 
(sic)  puis  fut  mis  dans  un  carosse  et  mené  à  la  Bastille  où 
apparemment  il  finira  ses  jours,  n'estant  pas  en  estai  de 
servir  dans  les  gallères,  où  il  a  esté  condemné  à  perpé- 
tuité . . . 

—  Paris,  ce  3*  May  1684.  —  On  ne  craint  plus  en  Italie 
la  guerre  au  Milanois  et  les  trouppes  de  cet  estât  commen- 
cent à  déserter,  faute  de  paye . . .  Les  bandits  du  royaume  de 
Naples  font  si  grand  mespris  des  Espagnols  qu'un  de  leurs 
chefs,  ayant  perdu  son  chien,  l'échangea  contre  trois  Espa- 
gnols, qu'ils  tenoient  prisonniers ...  La  ville  de  Luxembourg 
fut  investie  le  27"^  du  passé;  l'armée  du  maréchal  de  Créquy 
y  arriva  le  28.  et  prit  ses  quartiers,  mais  on  ne  commencera 
l'attaque  que  le  7.  de  ce  mois.  En  attendant,  on  prépare 
toutes  choses.  11  n'y  a  dans  la  place  que  -^  hommes  de  pied, 
500  chevaux  et  300  hommes  de  milice,  qui  manquent  de 
beaucoup  de  choses.  L'armée  du  maréchal  de  Créquy  est 
composée  de  40  bataillons.  11  y  a  peu  de  cavallerie . . .  tous 
les  paysans  de  Champagne  courent  pour  aller  travailler  à  ce 
siège,  dont  la  prise  les  met  en  seureté  pour  jamais.  11  est  sorty 
de  la  seule  citadelle  de  Mets  40  pièces  de  batterie,  30  mor- 


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238  REVUE  d'alsace 

tiers,  20,000  boulets,    6000   bombes,    quantitez   de   car- 
casses, 15  mil  grenades,  5000  hallebardes,  30  mil  pics  et 

bêches,  etc L'on  a  fait  3000  eschelles  dans  la  Vauge,  que 

l'on  a  mis  dans  les  bateaux,  ...  et  il  y  a  plus  de  5000  char- 
rettes et  chariots  des  trois  Esveschez ...  Le  Roy  a  fait  toutte 
la  dépence  de  Tentreprise  du  Sr  de  la  Sale,  qui  s'en  va  faire 
un  nouvel  establissement  sur  la  rivière  de  Mississipi,  qui 
tombe  dans  le  golphe  de  Mexique  près  de  Panuco.  Sa  Majesté 
luy  entretient  200  hommes  de  guerre,  dont  les  officiers  sont 
en  la  disposition  du  Sr  de  la  Sale,  200  hommes  de  travail, 
auxquels  se  joignent  plusieurs  volontaires.  La  colonie  sera  de 
plus  de  600  à  700  hommes.  Le  Roy  luy  a  aussi  donné  un 
vaisseau  de  15  pièces  de  canon,  12  autres  pièces  de  canon 
pour  mettre  dans  son  fort^  120  milliers  de  pouldre  et  quan- 
tité d'autres  choses  nécessaires  pour  cet  establissement  et  on 
croit  mesme  que  les  3  vaisseaux  qui  y  vont,  seront  suivis  de 
quelques  autres  que  Sa  Majesté  y  envoyera.  On  tesmoigne 
beaucoup  de  chaleur  pour  que  cette  colonie  puisse  réussir... 
On  a  depuis  peu  jugé  au  Parlement  une  damoiselle  de  16  ans 
conveincue  d'avoir  empoisonné  son  vieil  mary.  Le  premier 
juge  l'avoit  condamnée  à  eslre  brullée  vive,  après  avoir  eu  le 
poing  couppé.  Par  arrest,  elle  est  renvoyée  sur  les  lieux  où 
elle  aura  le  poing  coupé  et  la  teste  aussi;  puis  jettée  dans  le 
feu.  Ce  mary  luy  avoit  fait  de  grands  dons. 

—  Paris,  ce  17  May  1684.  —  Les  bandies  du  royaume  de 
Naples  font  de  grands  désordres  dans  ce  royaume,  sans  que 
le  vice-roy  y  puisse  apporter  ordre.  Un  de  ces  bandies  qui 
se  fait  appeler  de  Montorio  a  enlevé  touttes  les  munitions  de 
guerre  que  le  vice-roy  envoyait  pour  luy  faire  la  guerre... 
Les  Espagnols  et  le  prince  d'Orange  avoient  chargez  le 
prince  de  Waldeck  de  demander  au  duc  de  Bavière  du 
secours  du  Luxembourg,  auquel  il  a  respondu  qu'il  trouve 
les  conditions  que  le  Roy  propose  pour  la  paix  ou  pour  la 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       239 

Irêve  si  raisonnables  qu'il  n'a  garde  d'avoir  dessein  d'agir 
contre  luy  et  à  raesme  temps  a  escrit  à  Sa  Majesté  pour  luy 
rendre  raison  de  sa  conduitte  et  Tasseurer  qu'il  fera  en  toutte 
occasion  tout  ce  qu'il  pourra  pour  tascher  de  mériter  l'hon- 
neur de  son  amitié.  Madame  la  Dauphine  a  esté  transportée 

de  joye  de  cette  nouvelle Le  Roy  alla  reconnaistre  le  13nie 

du  courant  le  chemin  par  où  l'armée  devoit  marcher.  Il 
passa  un  pont  qui  rompit  incontinant  après,  où  quelques 
gardes  du  corps  qui  suivoient  le  Roy,  tombèrent  dans  l'eau. 
Il  arrive  tous  les  jours  des  seigneurs  anglois  qui  après  avoir 

saluez  le  Roy,  vont  au  siège  de  Luxembourg Le  prince 

de  Commercy  qui  estoit  à  Valencienne  avec  sa  compagnie, 
l'a  quittée  sans  congé  pour  aller  au  siège  de  Luxembourg. 
Le  Roy  a  envoyé  ordre  de  Tarresler  et  de  l'envoyer  pour 

4  mois  dans  la  citadelle  de  Mets Le  siège  de  Luxembourg 

s'avance  extrêmement l'on  est  desjà  arrivé  à  la  palissade 

de  la  contrescarpe.  Mr.  le  prince  de  Conty  a  monté  la  garde 
le  second  jour  à  la  teste  du  régiment,  comme  auroit  fait  un 

autre  colonel Le  gouverneur  craint  de  mettre  du  monde 

dans  les  dehors  parceque  la  pluspart  sautent  par-dessus  les 
palissades  et  désertent.  Le  comte  de  Lauzun  a  eu  une  contu- 
sion à  l'espaule Madame  la  Princesse  Palatine  est  bien 

malade;  le  quinquinna  l'a  sauvée. 

—  Paris,  ce  20  May  1684.  —  Le  siège  de  Luxembourg 

conlinue  avec  rigueur On  sait  par  des  rendus  que  le 

major  de  la  place  a  esté  tué  d'une  bombe  et  que  le  prince  de 
Chimay  estoit  légèrement  blessé  à  une  jambe.  La  plus  grande 
force  de  la  place  sont  400  déserteurs  françois;  Vauban  leur 
veut  faire  dire  par  une  trompe  parlante,  que  s'ils  se  veulent 
rendre,  le  Roy  leur  fera  grâce;  mais  que  s'ils  demeurent 
contre  son  service,  ils  seront  tous  pendus.  11  n'y  a  dans 
l'hospital  que  130  blessez  et  80  malades.  Nous  avons  5  batte- 
ries devant  la  Ville,  de  15,  de  7,  de  7,  de  4  et  de  5,  outre  15 


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240  REVUE  d'alsace 

mortiers  qui  tirent  sans  cesse Le  Roy  a  mandé  à  Fevesque 

de  Tournay  d'aller  à  Tlsle  *  et  de  prendre  ses  mesures  pour 
annoncer   au   maréchal   d'Humières   la  mort   de   son  fils 

unique Le  maréchal  de  la  Feuillade  a  paru  devant  le 

Roy,  la  pique  à  la  main,  à  la  teste  des  guardes.  Des  incen- 
diaires espagnols ,  déguisez  en  femmes,  ont  mis  le  feu  à 
Mets,  où  il  y  a  eu  plus  de  200  maisons  bruslées.  On  les  a 
pris  et  ont  avouez  que  Grana  leur  avoit  donné  ordre  d'en 

faire  autant  à  Verdun,  à  Thionville  et  ailleurs La  belle 

galerie  du  marquis  d'Antoine  remplie  d'excellents  tableaux 
originaux,  est  presque  toute  bruslée,  ce  qui  est  une  perte 
fort  considérable. 

—  Paris,  24  May  1684.  —  L'on  envoyra  à  la  cour  le 

plustost  qu'on  pourra  les  ambassadeurs  d'Alger;  on  les  doit 
parfumer  pour  diminuer  la  quarentainc  et  l'on  envoyé  de  la 

cour  Bussière,  ordinaire  du  Roy,  pour  les  conduire Le 

siège  de  Luxembourg  s'avance  mais  ce  n'est  pas  sans  grande 

difficulté;  nous  y  perdrons  du  monde Mr.  le  prince  de 

Gonty,  comme  collonel,  a  encore  monté  la  guarde,  accom- 
pagné de  Mr.  le  prince  de  la  Roche-sur-Yon  :  cela  est  beau  à 
nos  princes,  mais  devroit-on  les  laisser  faire,  car  enfin  ce  sont 

des  princes  du  sang? Lorsque  le  Roy  a  esté  au  camp, 

il  en  a  usé  comme  un  général  d'armée  et  a  fait  manger  à  sa 
table  selon  sa  coustume  et  a  trouvé  bon  que  l'on  bût  à  sa 
santé  et  a  mesme  fait  raison 

—  Paris,  le  27  May  1084*.  —  Je  ne  scay  pas,  monsieur, 
comment  mon  paquet  du  17  de  ce  mois  peut  avoir  manqué 
de  vous  estre  rendu  dans  son  temps,  ayant  esté  porté  avec 
d'autres  lettres,  ainsi  qu'on  me  l'a  assuré,  non  au  jeu  de 
Metz  mais  à  la  grande  poste  mesme.  On  assure  que  la  flotte 
attaque  Gênes.  S'ils  ne  donnent  Savone  au  Roy,  ils  pourront 

1  Lille,  en  Flandres. 

'^  Celte  lettre  est  un  autographe  du  résident  Beck. 


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CORUEïàPONDANCES   POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       241 

eslre  malUaitez.  On  n'a  pas  encore  de  nouvelles  que  les 
Hollandois  ayent  respondu  au  mémoire  de  M.  le  comle 
d'ÂvauXy  quoyqu'il  y  ait  desja  huicl  jours  que  le  terme  est 

passé Je  me  recommande  à  l'honneur  de  vos  bonnes 

grâces  et  suis  tout  à  vous,  monsieur.  B. 

—  Paris,  ce  31®  May  1G84.  —  L'armée  navalle  de  France 
est  arrivée  devant  Gènes  le  l?®'"*"  du  courant;  suivant  la 
coustume  six  nobles  sont  venus  saluer  les  généraux  et  ont 
offert  quantité  de  régales  que  M.  de  Seigneley  a  fort  honneste- 
ment  reffusé  et  en  mesme  temps  leur  a  déclaré  les  raisons 
qui  avoient  oblige  le  Roy  d'envoyer  une  armée  devant  leur 
ville,  affin  de  les  chastier  de  toutes  les  offenses  que  la  Répu- 
blique avoit  osé  entreprendre  contre  Sa  Majesté;  que  s'ils 
vouloient  éviter  les  maux  qu'ils  avoient  mérités,  il  falloit 
qu'ils  envoyassent  une  grande  et  fameuse  ambassade  pour 
demander  pardon  au  Roy,  qu'ils  eussent  à  luy  remettre  inces- 
samment les  4  gallères  qu'ils  avoient  depuis  peu  fait  faire 
contre  sa  volonté,  avec  la  chiorme,  en  Testât  qu'elles  sont, 
qu'on  les  rembourçeroil  du  prix  qu'elles  avoient  cousté, 
qu'ils  eussent  à  donner  le  port  de  Savone  pour  mettre  les 
bureaux  de  sel  de  France,  pour  les  envoyer  à  Casai  et  ailleurs, 
et  enfin  qu'ils  eussent  à  quitter  et  à  renoncer  pour  jamais  à 
l'alliance  et  la  protection  d'Espagne,  pour  prendre  unique- 
ment celle  de  Sa  Majesté.  Ces  seigneurs  surpris  et  fort  estonnez 
de  ces  demandes,  ont  demandé  du  temps  pour  en  faire  le 
rapport  au  Sénat,  et  six  jours  pour  qu'il  eust  à  en  délibérer. 
Mr  de  Seigneley  qui  avoit  le  pouvoir  le  plus  ample  qu'on  ait 
donné,  ne  leur  donna  que  cinq  heures,  et  ce  temps  expiré, 
voyant  qu'on  ne  luy  rendoit  point  de  response,  l'armée  s'ap- 
procha, qui  fut  saluée  de  tout  le  canon  de  la  ville  et  du 
môle,  sans  quelle  en  ait  reçu  aucun  dommage.  II  n'en  a  pas 
esté  de  mesme  de  nos  bombes,  qu'on  leur  jetta  tout  le  reste 
du  jour,  le  17.  18.  et  19«°*®.  Jusques  au  soir  que  le  second 

16 


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242  HEVUE  D'ALSACE 

courrier  a  esté  depesché,  on  avoil  desja  envoyé  dans  celte 
superbe  ville  plus  de  8000  bombes  qui  avoienl  eu  les  funestes 
succès  qu'on  en  pouvoit  attendre,  le  feu  ayant  pris  en  plu- 
sieurs endroits  et  quantité  de  palais  estant  desja  fort  endom- 
magez; on  entendit  des  cris  effroyables  et  on  dit  que  tous 
les  habitants  abandonnoient  la  ville....  Mr  de  Seignelay  a 
mandé  à  Marseille  qu'on  luy  envoyé  incessamment  les 
10  gallères  qui  restent  et  qu'on  luy  envoyé  aussy  5  ou  6000 

bombes La  princesse  Anne,  femme  du  prince  George 

deDanemarck,  est  accouchée  d'une  fille  morte.  Ouast^,  cet 
infâme  apostat,  et  qui  a  fait  tant  périr  d'honnesles  gens  a  esté 

mis  en  prison  pour  crime  de  scandàlum  magnum Nous 

approchons  de  la  fin  du  siège  de  Luxembourg...»  Plusieurs 
princes  et  seigneurs  allemans  sont  venus  voir  ce  fameux 
siège  et  Mr  Bielke  est  venu  de  Suède  en  poste....  Le  feu 
s'est  mis  par  plus  de  2000  grenades  dans  la  place,  ce  qui 

leur  a  fait  un  grand  désordre On  dit  que  Madame  la  Dau- 

phine  est  grosse.  Madame  la  duchesse  de  Richelieu  mourut 
samedy,  âgée  de  69  ans;  elle  est  enterré  en  Sorbonne.... 

(P.  S.  de  Beck)  On  vient  de  dire  que  les  gens  du  Roy  ont 
forcé  et  pris  la  demy-Iune  l'espée  à  la  main,  qu'il  y  est 
demeuré  beaucoup  de  monde  et  qu'on  s'est  attaché  à  l'ou- 
vrage de  corne  ^. 

—  Paris,  ce  S""  Juin  1684.  —  ...Ce  que  l'on  avoit  adjousté 
de  Gênes  ne  s'est  pas  trouvé  véritable,  mais  voylà  ce  qu'il  y 
a  de  vray.  Nous  avons  fait  une  dessenle,  le  24»  du  passé, 
dans  les  deux  fauxbourgs  de  cette  ville,  une  vraye  et  une 
fauce  attaque,  celle-là  dans  le  faubourg  de  Bavai,  commandée 
par  le  chevallier  d'Anfreville,  à  la  teste  de  800  hommes.  La 

*  Lo  trop  fameux  dénonciateur  Titus  Oales ,  qui  fit  condamner  tant 
de  catholiques  anglais  par  ses  dénonciations  mensongères,  en  1678  et 
1679. 

2  A  Luxembourg  ou  à  Gènes  ? 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES   ET  CHRONIQUES   PARISIENNES       243 

(lessente  fut  trouvée  impralicable  et  on  fut  contraint  de  se 
retirer;   néantmoins  La  Motte,  capitaine  de  vaisseaU;  avoit 
grimpé  contre  le  bord  escarpé,  mais  n'estant  pas  soutenu,  il 
se  jetta  dans  une  maison  avec  sa  petite  trouppe  de  quinze  ou 
seize  gardes  marines,  où  il  fut  fait  prisonnier  de  guerre. 
L'autre  attaque  commandée  par  le  duc  de  Mortemart,  général 
des  gallères^  à  la  teste  de  2800  hommes,  tirés  des  vaisseaux 
et  gallères,  et  estant  accompagnée  du  chevallier  de  Tourville 
à  la  droicte,  et  du  chevallier  de  Léry  à  la  gauche,  se  rendit 
raaislre  du  fauxbourg  de  San -Pedro -de-Arena,  où  il  y  a  eu 
un   très-grand    nombre   de    beaux  et   superbes  bâtiments 
bruslés  et  de  riches  magazins.  Il  estoit  deffendu  par  1000 
Espagnols  naturels  et  par  500  Suisses.  Ceux-cy  se  deffendirent 
vigoureusement,  mais  pour  les  Espagnols  ils  se  réservèrent 
à  une  meilleure  occasion  et  se  retirèrent  dans  la  ville.  On  a 
mis  tout  à  feu  dans  les  fauxbourgs  et  on  n'a  espargné  ny 
palais  ny  magazins,  et  tout  y  a  esté  dans  la  dernière  désola- 
tion, mais  un  vent  s'estant  eslevé,  toutes  nos  troupes  craignant 
qu'il  ne  changeast,  se  rembarquèrent.  Nous  n'avons  au  plus 
perdu  que  120  hommes  tant  tues,  blessés  que  prisonniers, 
mais  on  regrette  fort  le  chevallier  de  Léry,  qui  a  esté  tué, 
l'action  estant  presque  finie.  On  a  sceu  par  deux  vaisseaux 
anglois  qui  estoient  engagés  dans  le  port  de  Gènes,  à  qui 
l'on  a  permis  de  se  retirer,  après  avoir  eslé  fouillés,  que  dès 
les  premières  bombes  le  palais  du  Doge  a  esté  presque  loul 
renverse,  que  l'on  avoit  désjà  bruslé  partie  des  magasins  qui 
sont  sur  le  port,  où  il  y  avoit  de  grandes  richesses,  que  la 
belle  église  de  l'Annonciade  estoit  abattue,  qu'il  y  avoit  plus 
de  quatorze  cents  maisons  tombées,  que  le  feu  estoit  en 
quantité  d'endroits,  que  le  menu  peuple  auquel  s'estoit  joint 
les  bandits,  pillaient  tous  les  palais  des  nobles  et  les  mar- 
chands. Le  palais  du   prince  d'Oria  (sic)  est  presque  tout 
renversé.  Il  estoit  particulièrement  recommandé  et  le  bruit 
s'est  répandu  que  de  rage  le  peuple  avoit  couppé  la  gorge  à 


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244  REVUE  D'ALSACE 

tous  les  François  qui  se  sont  trouvés  dans  cetle  ville.  L'on 
continue  d'y  jelter  des  bombes  jour  et  nuict,  et  Ton  ne 
cessera  point  qu'on  ne  les  ait  desli  uils  ou  mis  a  la  raison.... 
...La  charge  de  dame  d'honneur  de  Madame  la  Dauphine, 
vaquante  par  la  mort  de  la  duchesse  de  Richelieu,  a  esté 
donnée  à  la  duchesse  de  Créquy.  Le  Roy  et  Madame  la  Dau- 
phine  l'avoienl  offerte  avec  beaucoup  d'empressement  à 
Madame  de  Mainlenon;  elle  ne  l'a  jamais  voulu  accepter,  par 
modestie...  Mme  de  Louvois  ayant  demandé  la  cure  de 
Meudon  à  Mr  de  Paris  et  un  moment  après  Mme  la  Chan- 
cellière  en  ayant  fait  autant,  il  s'en  excusa,  mais  il  donna 
une  autre  cure  qui  valoit  mieux,  sans  faire  dire  à  Mme  la 
Chancellière  qu'il  avoit  accordée  celle  de  Meudon  à  Mme  de 
Louvois. 

—  Paris,  le  8  Juillet  (1684).  —  ....L'empereur  et  plusieurs 
autres  princes  d'Allemagne  sont  fort  chagrins  de  ce  qui  se 
passe  à  Trêves,  où  on  continue  toujours  les  démolitions  et 
d'où  le  maréchal  de  Créquy  ne  partira  point,  tandis  qu'il  y  aura 

quelque  chose  à  faire L'on  est  fort  satisfait  à  la  cour  et 

à  Paris  de  la  harangue  que  l'ambassadeur  d'Alger  a  fait  au 
Roy,  laquelle  est  tout  au  long  dans  la  gazette.  On  luy  fait 
voir,  et  à  tous  les  Turcs  de  sa  compagnie,  tout  ce  qu'il  y  a 
de  plus  beau  dans  Paris,  dont  ils  sont  fort  souvent  surpris. 
Ils  doivent  faire  un  présent  au  Roy  de  six  beaux  chevaux^ 
mais  ils  ne  sont  point  encore  arrivés  à  Toulon.  La  Princesse 
Palatine,  mérc  de  Mme  la  duchesse  d'Anguien  et  de  la 
duchesse  d'Hanovre,  mourut  jeudy  à  trois  heures  du  matin, 

après  une  fort  longue  maladie Le  Roy  et  Monseigneur 

font  souvent  de  grandes  régales  aux  dames  de  la  cour....  La 
duchesse  de  Mechlbourg^  a  eu  permission  de  voir  le  prince, 
son  mary,  qui  s'est  enfin  résolu  de  la  voir;  elle  dîne  souvent 
avec  luy  au  château  de  Vincenne;  elle  travaille  à  son  élar- 

1  Mecklenbourg. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       245 

gissemenl.  Mr  le  prévost  des  marchands  a  proposé  à  la 
Maison  de  Ville  de  fonder  à  perpétuité  un  pancgirique  à  la 
louange  du  Roy  et  Ton  doit  choisir  une  personne  de  l'Uni- 
versité pour  cet  effet L'on  a  trouvé  une  invention  fort 

utile  pour  le  public,  d'escrire  des  caraclères  autour  des  rnon- 
noyes  d'or  et  d'argent,  ce  qui  se  fera  sans  reffondre  les 
espèces  et  sera  un  moien  pour  erapescher  les  faux  mon- 
noyeurs. 

—  Paris,  ce  15  Juillet  1684.  —  11  y  a  quelques  troupes 
destinées  pour  les  isles  de  l'Amérique....  Les  Srs  La  Sale  et 
Beaujeu  sont  aussy  partis  de  La  Rochelle,  il  y  a  quelque 
temps,  pour  aller  dans  les  Canadas;  le  premier  doit  découvrir 
une  grande  entreprise  du  costé  du  midy  de  ce  pais-là,  dont 
on  espère  de  très  grands  avantages.  On  continue  à  faire  voir 
à  l'ambassadeur  d'Alger,  et  a  sa  suitle,  les  plus  belles  choses 
(le  Paris.  Ils  furent  fort  surpris  à  la  Comédie  italienne  et  à 
rOpéra,  mais  ce  qui  les  a  le  plus  touché,  c'est  l'Hostel  des 
Invalides...  Cet  ambassadeur  asouhaitté  de  voir  Mme  de  Gou- 
ville,  sœur  du  chevallier  de  Tourville,  pour  lequel  ils  ont 
une  très  grande  estime. 

Le  marquis  dePompadour,  lieutenant  du  Roy  de  Périgord, 
un  des  plus  riches  seigneurs  du  royaume,  est  mort.  Il  a  fait 
son  testament,  par  lequel  il  a  deshérité  son  fils,  qui  estoit 
mort  avant  luy;  cela  causera  un  grand  procès  parce  que  la 
veuve  du  fils  se  trouve  grosse.  Le  Roy  a  fait  venir  de  Rome 
une  grande  quantité  de  tableaux  et  de  statues,  entre  autres 
quatre  tableaux  de  l'Albane,  qui  luy  ont  cousté  22,000  escus.. .. 
Un  prédicateur  a  presché  ce  quaresme  avec  tant  de  fruit 
dans  une  province,  que  le  peuple  a  quitté  entièrement 
l'ivrognerie;  cela  a  causé  la  ruyne  des  sous-fermiers  des 
aydes  qui  ont  fait  bancroute. 

—  Paris,  ce  19  Juillet  1684.  —  L'on  a  chassé  de  Stockholm 
un  moinne  français  qui  se  vonloil  mesler  de  faire  de  la  con- 


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246  REVUE  d'alsace 

troverse....  L'on  a  Irouvé  une  nouvelle  invention  de  mor- 
tiers pour  jeller  les  bombes  bien  plus  loing  qu'on  n'avoit 

encore  fait Mr  de  Louvoy  veut  faire  travailler  au  grand 

dessein  du  Louvre;  touttes  choses  s'apprestent  pour  ce  sujet. 
On  dit  qu'il  faudra  abattre  1700  maisons.  En  vertu  d'un 
arresl  du  conseil,  le  présidial  de  Nismes  a  jugé  en  dernier 
ressort  le  trois  de  ce  mois  le  procès  que  Ton  faisoit  aux  mi- 
nistres des  Sévennes;  neuf  qui  estoient  présents  ont  esté 
bannis  et  trois  absens  condamnez  a  estre  rompus  et  pendus 
et  sept  ou  huit  temples  abaftus.... 

—  Paris,  ce  22  Juillet  1684.  —  L'appréhension  que  la 
maison  d'Autriche  a  que  la  reyne  de  Portugal  prenne  une 
double  alliance,  fait  qu'on  luy  propose  en  mariage  la  fille 
ainée  de  l'Empereur,  archiduchesse,  avec  l'espérance  de 
succéder  à  toutes  les  couronnes  d'Espagne,  en  cas  que  le  Roy 
Catholique  n'ayt  point  d'enfans,  à  quoy  il  y  a  bien  de  l'ap- 
parence, car  ils  ne  comptent  pour  rien  le  droit  que  Mon- 
seigneur le  Dauphin  y  a,  luy  qui  en  est  le  seul  et  légitime 
héritier,  et  qui  auroit  la  puissance  et  les  moyens  de  le  faire 
valoir.  Pour  l'Infante,  ils  la  veulent  honorer  de  l'alliance 
d'un  cadet  de  la  maison  de  Neubourg,  qui  peut  prétendre  à 
la  première  couronne  de  la  chrestienté.  Les  Portugais  appré- 
hendent fort  cette  alliance,  parce  que  à  la  fin  leurs  roys 
deviendroient  Castilliens....  L'ambassadeur  de  l'Empereur 
qui  estoit  allé  à  Moscou  s'en  est  revenu,  sans  rien  faire  avec 
ces  barbares,  qui  craignent  la  guerre  contre  les  Turcs  et 
sont  fort  divisez  entre  eux.  11  est  arrivé  icy  un  courrier  de 
M.  deCrécy,  de  Ratisbonne,  du  12  du  courant,  qui  rapporte 
que  l'Empereur  a  accepté  la  paix  aux  conditions  proposées 
par  la  France,  et  qu'il  s'est  fait  fort  de  la  faire  accepter  à 
l'Espagne.....  Tous  les  peuples  de  France  sont  bien  las  de 
la  guerre;  il  y  auroit  une  révolte  générale  s'il  falloit  recom- 
mencer    Le   chevalier  Thomas   Armstrong,   qui   est  le 


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CORRESPONDANCES  POUTIQUES  ET  CHRONIQUES   PARISIENNES       247 

dernier  exécuté  à  Londres,  avoit  eu  deux  Tois  sa  grâce  du 
roy.  Il  est  certain  qu'il  avoit  suivy  plus  de  dix  ans  ce  prince 

pour  l'assassiner,  ce  que  ce  roy  n'ignoroit  pas L'on 

compte  présentement  prez  de  quatorze  mille  ouvriers  à  Ver- 
sailles, prez  de  6000  chevaux,  3000  tombereaux  et  un  grand 
nombre  de  bourriques,  adjoustant  à  cela  les  dix  bataillons 
qui  y  arrivent.  Voilà  de  quoy  faire  en  peu  de  temps  de  grands 
ouvrages,  de  quoy  aplanir  et  élever  des  montagnes.  La 
dépense  se  monte  à  200  millions  par  semaine^;  l'on  a  bâty 
des  halles  pour  loger  tout  ce  grand  peuple,  un  hospital  pour 
les  malades,  des  fours  pour  cuire  le  pain,  et  des  cabarets  où 
l'on  taxe  le  prix  des  choses  et  l'on  donnera  le  pain  d'ammu- 
nition  aux  soldats.  L'on  a  fait  un  fond  de  4  millions  par  an 
pour  les  bâstiments  du  Louvre.  Le  régiment  des  gardes  ne 
vient  point  ;  on  l'envoyé  en  quartier  à  Beauvais.  On  ne  veut 
pas  qu'ils  travaillent  à  Versailles.  Il  n'y  a  soldat  qui  ne  coûte 
plus  de  vingt  escus  à  son  capitaine  et  cependant  quands  ils 

sont  icy,  ils  sont  crocheleurs  et  portent  des  chaises Le 

Roy  veut  que  Ton  achève  le  bastiment  de  Saint-Sulpice  et 
pour  cela  Sa  Majesté  a  trouvé  à  propos  que  l'on  lève  une 
taxe  sur  les  maisons  de  la  paroisse,  pareille  à  celle  des  boues 
et  lanternes,  ce  qui  sera  continué  jusqu'à  ce  que  le  bâtiment 
soit  achevé. 

—  Paris,  ce  26  Juillet  1684.  —  Les  galères  d'Espagne 
sont  toujours  dans  le  port  de  Gènes.  Les  Espagnols  en  sont 
les  maistres  et  agissent  à  l'Espagnolle.  Ils  gardent  toujours 
les  principaux  postes.  La  République  a  emprunté  deux  mil- 
lions d'escus  à  gr\)s  intérest.  Elle  vouloit  lever  des  troupes, 
mais  le  comte  de  Melgar  l'a  empesché,  sous  prétexte  de  luy 
donner  toutes  les  troupes  qui  sont  dans  les  garnisons  du 
Milanois  et  que  cela  suffit  pour  les  deiïendre Mr.  de  Lou- 

^  Il  faut  supposer  que  le  nouvelliste  s'est  trompé,  en  ajoutant  un ,  ou 
peut-être  même  deux  zéros  de  trop  à  son  chiffre. 


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248  REVUE  d' ALSACE 

voy  doit  aller  à  Luxembourg  pour  y  visiter  la  place  et  les 

travaux  qu'on  y  fait On  en  a  chassé  les  cordelîers  qui 

estoient  demeurez  Espagnols.  Ils  n'ont  rien  emporté  de  la 
maison  que  leurs  corps,  aussy  on  ne  leur  a  donné  qu'une 
heure  pour  en  sortir;  les  meubles  et  les  ornements  de  celte 
maison  serviront  à  des  religieux  françois  qu'on  met  à  leur 

place Les  Algériens  sont  près  de  partir.  Il  s'est  trouvé 

une  grande  difficulté  à  leur  égard,  un  esclave  de  leur  nation 
dans  nos  galères  s'estant  marié,  aussy  à  une  esclave,  de  sa 
nation;  ils  ont  eu  deux  filles  dont  l'une  s'est  fait  chrestienne. 
Ils  ont  leur  liberté,  mais  on  ne  veut  pas  permettre  qu'ils 
emmènent  la  chrestienne.  On  se  sert  de  la  mesme  raison 
dont  ils  se  servent  lorsqu'ils  ne  veulent  pas  laisser  aller  les 
esclaves  qui  se  sont  fait  renégats. 

—  Paris,  ce  29  Juillet  1684-.  —  L'on  apprend  par  Toulon 
que  les  galères  d'Espagne  sont  parties  du  port  de  Gênes  ou 
elles  ont  laissé  les  huit  de  la  République  pour  la  deffendre, 

et  avoient  pris  la  routte  de  Sardaigne Sur  la  plainte  qu'a 

fait  Mr  d'Avaux  aux  Estats  de  Hollande,  contre  certains  escrits 
qu'on  débitte  touttes  les  semaines,  qu'on  appelle  des  lar- 
dons, remplis  d'une  bile  enragée  contre  la  France,  ils  en  ont 
deffendu  l'impression  et  ordonné  que  l'on  feroit  perquisition 
des  autheurs,  pour  les  punir.  On  sçait  par  quel  ordre  on  les 
fait,  ce  qui  est  fort  indigne  du  rang  qu'ils  tiennent  dans  le 

monde  et  qui  est  une  fort  lâche  vengeance Les  Algériens 

sont  partis;  ils  se  sont  embarqués  sur  la  Seine  pour  aller  à 
Ausserre  et  de  Châlons  à  Lyon.  Ils  sont  fort  satisfaits  des 
traittements  qu'ils  ont  reçu  icy.  La  Bussière,  ordinaire  de 
chez  le  Roy,  les  conduit  jusqu'à  Toulon  où  ils  recevront  leurs 
présents,  de  peur  qu'ils  ne  les  vendent  comme  les  Maro- 
quins; ce  sont  des  monstres,  pendules,  pistolets  et  fusils  et 
autres  raretez,  une  tente  de  tapisserie  de  fleurs  de  lys,  car 
leur  religion  ne  leur  permet  pas  d'avoir  des  tableaux  ny  des 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       249 

personnages.  lis  onl  fait  icy  quantité  d'empletles.  Ils  seront 
(leffrayez  jusqu'à  Alger. 

—  Paris,  ce  2®  Aoust  1684.  —  Le  Roy  de  Portugal  tes- 
moigne  un  grand  esloignement  pour  un  second  mariage.  Il  a 
protesté  aux  députez  des  Estais  qui  Iiiy  en  ont  fait  de  grandes 
remontrances,  que  si  on  l'en  pressoit  d'avantage  qu'il  se 
feroit  prestre  et  mesme  qu'il  s'enfermeroit  dans  un  cou- 
vent  Fje  duc  de  Mequelbourg  sortit  hier  du  bois  de  Vin- 

cennes.  L'on  a  osié  d'auprès  Madame  la  Dauphine  deux  folles 
dont  les  fauccs  plaisanleries  pouvoient  estre  de  conséquence, 
l'une  ayant  tué  une  petite  chienne  que  la  princesse  aymoit  et 
l'autre  ayant  été  assez  hardie  qiie  de  la  menasser  de  la 

main L'on  doit  casser  douze  mil  Suisses;  l'on  doit  aussi 

oster  du  régiment  des  gardes  tous  les  estrangers  et  ceux  de 
la  Religion. 

—  Paris,  ce  2<»  Aoust  1685.  —  Il  y  a  eu  un  combat 

fort  considérable  dans  la  Méditerranée  d'un  seul  vaisseau  de 

soixante  canons  et  de  4  à  500  hommes,  commandé  par  Ber- 

ling  (?)  contre  toutes  les  galères  d'Espagne  et  de  Gênes.  Il 

servoit  d'escorte  à  quelques  flûtes  qui  alloient  à  Civilaveche* 

charger  des  marbres  pour  le  Roy  et  principalement  la  slatue 

du  Roy,  faite  par  le  chevalier  Bernin.  Il  rencontra  vers  le  cap 

de  Corse  37  galères.  Comme  il  faisoit  peu  de  vent,  douze 

furent  détachées  sous  le  commendement  de  Cenlurione.  Il 

essuya  le  feu  de  leurs  courciers,  puis  il  répondit  de  ses  deux 

bordées  et  de  tout  le  feu  de  sa  mousqueterie,  et  les  trailta  de 

telle  manière  qu'elles  furent  contraintes  de  se  retirer.  Douze 

autres,  qui  succédèrent  à  celles-cy,  receurent  un  mesme 

traitlement.  Le  vent  s'estant  un  peu  rafraichy,  le  reste  de  la 

flotte  venant  à  luy,  il  les  laissa  en  fort  mauvais  ordre,  après 

un  combat  de  10  heures,  il  s'en  alla  et  fut  dans  le  port  de 

^  Givita-Vecchia. 


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250  REVUE  D^ÀLSACE 

Ligourne^  se  radouber,  son  vaisseau  estant  percé  de  trente 
coups  à  l'eau  et  n'a  perdu  que  trenle  hommes.  Le  Roy  a  eu 

beaucoup  de  joye  d'apprendre  cette  belle  action L'on 

poursuit  les  quatre  ministres  de  la  Rochelle,  accusez  d'avoir 
reçu  un  relaps^  mais  comme  la  chose  n'est  pas  bien  vérifiée, 
ils  croyent  estre  renvoyés  absous  et  que  le  temple  de  la  ville 
ne  sera  point  rasé.  L'on  ne  parle  point  de  ce  misérable  qui 
fut  exécuté  la  sepmaine  passée;  ce  seroit  un  crime  de  parler 
de  ces  exécrations  que  le  feu  ne  pouvoit  assez  expier.  Il 
n'avait  pas  encore  vingt-quatre  ans,  il  est  pourtant  mort  fort 

repentant Après  que  les  bataillons  sont  venus  à  Versailles, 

Ton  compte  plus  de  vingt-quatre  mille  ouvriers,  mais  Ton 
commence  à  se  plaindre  dans  le  voisinage  de  quelques 
voleurs  et  de  quelques  meurtres,  à  quoy  on  doit  donner  bon 
ordre.... 

—  Paris,  ce  5  Aoust  1684.  — Mr  de  Courtenvaut* 

partit  mardy  pour  aller  visiter  Maubeuge  et  autres  places  de 
Flandres  et  Mr  de  Louvois  à  trois  heures  du  matin  alla  cou- 
cher à  Louvoy  et  de  là,  selon  sa  diligence  ordinaire,  à 
Luxembourg,  où  Vauban,  qui  estoit  allé  à  Strasbourg,  le  doit 
joindre. 

Il  y  eut  mercredy  à  Versailles  une  grande  fcste  avec  les 
illuminations;  on  se  pourmena  sur  le  canal  et  le  repas  fut 
servy  dans  le  jardin.  Dans  la  salle  du  bal  il  y  eut  cinquante 
dames  à  la  table  du  Roy. 

L'on  a  supprimé  un  certain  droit  estably  depuis  quelques 
années  sur  le  vin,  appelé  le  tro2)  bu.  L'on  a  dessein  de  sup- 
primer plusieurs  autres  impôts  qui  sont  trop  à  la  charge  du 
peuple,  que  l'on  veut  soulager  autant  que  l'on  pourra.  Depuis 
quelques  jours  on  a  verif&é  une  déclaration  du  Roy  au  Par- 
lement et  à  la  Chambre  des  Comptes,  d'une  création  de  1S00 

1  Livoume. 

*  Le  fils  de  Louvois. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       251 

livres  de  renie  sur  la  Maison  de  Ville,  au  denier  dix-huit; 
l'on  dit  que  ces  deniers  sont  destinez  pour  achepter  plusieurs 
maisons  qu'il  faut  abbattre  pour  bâtir  le  Louvre  et  pour  la 
place  qui  sera  devant. 

L'on  a  proposé  à  la  Sorbonne,  de  la  part  du  Roy,  que  les 
fils  des  ducs  et  pairs  n'estudiassent  que  deux  ans.  Cela  a 
passé  à  l'esgard  des  abbés  de  Luxembourg  et  de  Quasbin^  et 
la  faculté  a  député  auprès  de  Mr  de  Paris  pour  le  supplier  de 
remontrer  au  Roy  que  ces  personnes,  destinées  pour  les 
dignitez  de  l'Eglise,  doivent  estudier  plus  que  les  autres 

—  Paris,  le  9  Aoust  1684.  —  Le  grand  ouvrage  de  la 
trêve  n'est  point  encore  conclu  dans  l'Empire.  L'Empereur 
veut  des  conditions  qu'on  ne  peut  escouter  icy  et  Ton  mande 
de  Ratisbonne  que  les  trois  collèges  Font  acceptée  le  26.  du 
passé,  sans  aucun  changement,  et  que  ce  décret  a  esté  notifTié 
le  S7.  au  comte  de  Crécy,  plénipotanliaire  de  France,  mais 
que  les  Estais  de  l'Empire  désiroient  qu'il  se  fit  ensuite  une 
assemblée  pour  régler  les  limites  des  frontières  et  pour  ter- 
miner les  griefs  de  plusieurs  Estais,  et  que  quelques  mem- 
bres de  l'Empire  avoient  prolesté  contre  cette  délibération, 
mais  comme  toutles  ces  manières  et  ces  longueurs  alle- 
mandes ne  plaisent  point  icy,  le  comte  de  Crécy  a  déclaré  que 
si  dans  le  18.  du  courant,  l'Empire  n'acceploit  pas  la  trêve, 
ainsy  qu'il  avoit  esté  conclu  à  La  Haye,  les  armes  de  France 
entreroient  dans  les  terres  de  l'Empire  et  suivroient  les 
ordres  qui  leur  avoient  été  donnés.  En  effet  tout  se  prépare 
pour  cela  et  toutles  nos  troupes  s'approchent  de  tous  costez 
du  Rhin.  Il  n'y  a  que  ce  moyen  pour  faire  parler  françois  les 
Âllemans 

Jeudy  Madame  la  Dauphine  se  trouva  mal.  Elle  est  restée 
au  lit  depuis  vendredy.  On  appréhende  avec  beaucoup  de 
raison  que  ce  ne  soit  une  fausse  couche,  causée  par  une 

1  Coislin. 


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252  REVUE  d' ALSACE 

grande  plénitude.  Elle  fut  saignée  dimanche  du  pied^  à  deux 
heures  du  matin.  Ce  fâcheux  accident  a  empesché  tous  les 
diverlissements  que  l'on  devoit  prendre  à  Marly. 

11  y  a  trois  ou  quatre  jours  qu'il  est  arrivé  un  fascheux 
accident  dans  la  rue  Taranne,  un  abbé  de  qualité  donnant  la 
main  à  une  dame  et  passant  par  devant  la  maison  de  l'am- 
bassadeur de  Hollande,  les  domestiques  insolens  dirent  des 
sottises  à  Tabbé  et  à  la  dame,  qui  estoient  suivis  de  deux 
mousquetaires,  dont  Tun  estoit  le  frère  de  Tabbé,  qui  me- 
nassèrent  ces  insolens,  mais  le  suisse,  encore  plus  imper- 
tinent que  tous  les  autres,  donna  de  coups  de  bâton  à  ces 
mousquetaires.  Peu  accoutusmés  à  un  pareil  Iraittement,  ils 
mirent  l'espée  à  la  main,  et  sans  faire  réflexion  que  c'estoit 
la  maison  d'un  ambassadeur,  poursuivirent  cette  canaille 
jusque  dans  la  cour^  où  ils  blessèrent  le  suisse  qui  avoit 
l'espée  à  la  main,  et  qui  en  est  mort  le  lendemain  malin. 
L'ambassadeur  en  fut  le  lendemain  en  faire  ses  plaintes  au 
Roy,  qui  avoit  aussy  esté  averly  comme  la  chose  s'esloit 
passée. 

Il  y  a  quelque  temps  qu'un  page  de  Madame  ayant  donné 
dans  le  Palais  Royal  des  coups  de  bastons  au  marquis  de 
Sforcc,  par  l'accomodement,  le  page,  dans  le  même  lieu,  a 
reçu  deux  soufflets  à  genoux  du  marquis  et  deux  coups  de 
baston. 

—  Paris,  ce  19  Aousl  1684.  —  La  marche  du  mareschal 
de  Schomberg  vers  le  Rhin  avec  une  puissante  armée  a  peut- 
estre  autant  contribué  à  faire  consentir  l'Empereur  que 
toutes  les  autres  raisons  qu'on  lui  auroit  pu  alléguer.  Ce  ma- 
reschal devoit  entrer  le  19  dans  les  terres  de  l'Empire,  si  le 
comte  de  Crécy  ne  luy  avoit  fait  sçavoir  que  la  trêve  estoit 

acceptée  et  signée L'afl'aire  du  duc  de  Mequelbourg  est 

accomodée;  les  ordres  ont  esté  donnez  pour  le  faire  sortir 
du  bois  de  Vincennes;  on  ne  sçait  pas  encore  les  conditions 


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CORRESPONDANCES   POLITIQUES   ET  CHRONIQUES   PARISIENNES      253 

du  traitlé.  La  dernière  des  sœurs  de  feu  Mme  de  Fontange 
a  pris  le  voyie  à  Chelle^  où  sa  sœur  est  abbesse.  Le  Roy  a 
donné  vingt-quatre  mil  livres  pour  sa  dot.  Mr  le  Procureur 
général  a  demandé  dispance  pour  que  son  fils  aagé  de  seize 
ans  put  estudier  au  droict.  Le  Roy  lui  a  accordé,  et  de  plus 
luy  a  donné  200  mil  livres.  Voilà  les  médailles  et  tableaux 
qu'il  avoit  donnés  au  Roy  bien  payés. 

—  Paris,  ce  19®  Aoust  4684-.  —  On  mande  de  Thou- 

louze  que  Mr  d'Aguesseau  a  suspendu  pour  un  temps  les 
jugements  contre  ceux  de  la  Religion  pour  aller  visitler  au 

port  de  Cette  le  Canal  Royal La  maladie  que  le  cardinal 

Albici,  âgé  de  90  ans,  avoit,  esloit  qu'il  ne  pou  voit  dormir. 
Les  médecins  résolurent  de  luy  donner  une  opiate  qui  le  fît 
dormir  soixante  heures  de  suite,  sans  le  pouvoir  éveiller  et 
on  le  croyoit  mort  jusques  à  ce  qu'un  vomissement  le  prit  et 
le  réveilla,  qui  luy  fit  jetter  une  grande  quantité  de  bile; 
après  quoy  il  s'est  fort  bien  porté  et  mange,  boit  et  dort  à 
son  ordinaire  et  a  loué  une  maison  hors  de  Rome  pour 
neuf  ans 

—  Paris,  ce  23®  Aoust  1684.  —  On  ne  doit  plus  être 
inquiet  en  Italie  des  armes  de  la  France  après  la  déclaration 
que  Sa  Majesté  a  faille,  qu'elle  ne  prétendoit  point  faire 
aucunes  conquestes  sur  la  république  de  Gènes,  et  qu'elle 
acceptoit  la  médiation  du  Pape  pour  la  satisfaction  qui  luy 
sera  faite;  qui  sera  asseurément  très  grande,  et  peut-être 
mesme  que  le  Doge  viendra  ici  en  personne  avec  nombre  de 
sénateurs  demander  pardon  au  Roy.  Mais  si  par  malheur 
pour  cette  république  elle  ne  vouloit  pas  pleinement  satis- 
faire le  Roy,  il  s'est  réservé  la  liberté  de  faire  encore  bom- 
barder cette  ville  et  d'envoyer  une  armée  de   terre  pour 

ruisner  tout  leur  pays Le  mauvais  temps  avoit  contraint 

La  Sale  et  Beaujeu  de  relascher  à  l'isle  d'Oye,  aux  costes  de 
Poitou.  On  disoit  qu'ils  s'estoient  embarqués  pour  le  Canada, 


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254  REVUE  D'ALSACE 

mais  on  sait  présentement  que  le  dessein  de  celte  entreprise 
est  d'aller  au  golfe  de  Mexique  et  d'aller  gaigner  Tembou- 
chure  de  la  rivière  de  Messicipi,  ou  sont  les  pays  que  La  Sale 
a  découvert,  dont  on  a  donné  des  relations  fort  avantageuses. 
Il  est  arrivé  trois  vaisseaux  de  Sénéga*  à  La  Rochelle,  de 
pouldre  d'or,  de  morfil,  de  cire,  et  autres  bonnes  marchan- 
dises. Ces  retours  là  vallent  bien  mieux  que  ceux  qui  revien* 
nent  des  Indes  Orientales,  car  pour  de  bon  argent  en  espèces 
qu'on  y  porte.  Ton  n'en  rapporte  que  des  toiles  peintes,  ce 
qui  a  ruiné  les  Iraffics  de  Lyon  et  de  Tours. 

Par  ces  vaisseaux  venus  d'Orient  l'on  apprend  de  grandes 
convenions  que  font  les  missionnaires  françois  dans  le 
royaume  de  Siam,  plus  par  les  miracles  que  par  les  raisonne- 
ments. Leroy  de  cet  empire  fait  grand  estime  des  François 
et  de  la  religion  chrestienne,  qu'il  préfère  à  toutles  les  autres 

nations  qui  sont  dans  ses  estats Il  se  fait  aujourd'hui 

une  feste  à  Marly.  Le  Roy  y  donne  une  loterie  aux  dames  dont 
fous  les  billets  sont  noirs.  11  y  a  pour  quarante  mil  cscus 
d'étoifes,  sans  les  autres  bijoux  que  le  Roy  y  a  fait  mettre. 
Le  pur  bazard  décidera  du  bonheur  des  dames.  C'est  Mme 
de  Maintenon  qui  a  la  conduitle  de  la  feste. 

—  Paris,  le  6©  Septembre  1684.  —  .....Le  comte  de  Mel- 
gar^  publie  qu'il  a  des  ordres  de  souslenir  la  république  de 
Gênes  de  toute  sa  puissance,  ce  qui  a  fait  dire  au  nonce  que 
les  François  avoient  rosty  les  Génois  et  que  les  Espagnols  les 
mangeoienl.  Le  Pape  refforme  autant  qu'il  peut  toutes  les 
dépenses  qu'il  croit  inutiles  à  Rome,  sans  considérer  que  le 
luxe  dans  un  estât  est  ce  qui  fait  subsister  le  petit  peuple.  11 
veut  faire  diminuer  les  nombres  des  estaffiers  et  des  autres 
domestiques,  ce  qui  va  mettre  bien  des  gens  dans  la  der- 
nière nécessité  et  les  obliger  de  se  faire  bandits Le  ma- 

1  Sénégal  ? 

^  Gouverneur  du  Milanais  espagnol. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES      255 

léchai  (le  Schomberg  est  loujours  à  Strasbourg  d'où  appa- 
ramment  il  ne  partira  pas  que  les  ratifications  n'ayeni  esté 

échangées  à  Ratisbonne L'on  ne  dira  rien  icy  de  la 

manière  que  le  Roy  a  fait  tirer  sa  lotlerie,  le  Mercure  galant 
en  publiera  tout  le  détail.  Bien  des  dames  qui  estoient  à 
Versailles  furent  fort  surprises  à  leur  réveil  que  cela  s'csloii 

fait  un  peu  avant  le  souper  du  Roy L'on  doit  dans  peu 

de  jours  apporter  le  corps  du  cardinal  Mazarin  aux  Quatre- 
Nations. 

—  Paris,  ce  9«  Sept.  1684.  —  On  veriffia  jeudy  au 

Parlement  trois  déclarations  du  Roy,  la  première  pour  la 
réunion  des  deux  Châtelets,  la  seconde  qui  concerne  ceux 
de  la  Religion;  outre  les  articles  dont  on  a  desjà  parlé,  il  y 
en  a  un  qui  défend  qu'on  les  prenne  pour  arbitres,  experts, 
prudhommes^  ny  qu'ils  puissent  êlre  nommez  d'office,  pour 
quelque  raison  que  ce  puisse  estre.  Par  la  dernière  de  ces 
déclarations  le  Roy  fait  deffence  à  toutes  les  communaulez 

religieuses  de  bâtir  sans  permission  au-dessus  de  mil  escus 

On  dit  que  l'on  a  nouvelle  de  l'ambassadeur  de  Siam,  que  l'on 
croit  perdu,  et  le  Roy  a  envoyé  ordre  à  La  Bussiere  d'aller  au 
devant  de  luy.  11  est  arrivé  en  Angleterre  ;  on  dit  que  cet 
ambassadeur  s'estoit  sauvé,  lui  cinquième,  du  nauffrage 
qu'avoit  fait  le  vaisseau  nommé  le  Soleil  d'Orient  qui  Tame- 

noit  en  France On  a  aussy  nouvelle  que  les  Tartares,  qui 

sont  les  maistres  de  la  Chine,  ont  achevez  de  conquérir  les 
provinces  méridionales  de  ce  grand  empire;  tout  leur  est 
soumis,  à  la  réserve  de  l'isle  de  Formose. 

—  Paris,  ce  16^  Septembre  1684.  —  Mr  de  Schomberg  est 
venu  de  Strasbourg  quelques  jours  plustost  qu'on  ne  souhail- 
tait;  cela  a  faict  un  méchant  effet  sur  les  ennemis Mr  Vail- 
lant, grand  médaillisle,  va  par  ordre  du  Roy  en  Angleterre, 
y  acbepter  des  livres  et  des  médailles.  Les  Estats  de  Langue- 
doc sont  retardez  à  cause  des  couches  de  la  duchesse  de 
Noailles. 


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256  REVUE  D'ALSACE 

—  Paris,  ce  23®  Septembre  1684.  —  Le  Roy  qui  parlil 
jeudy,  avoil  dans  son  carosse  Monseigneur,  Madame  la  Dau- 
phine,  Mademoiselle  d'Orléans,  madame  la  princesse  de 
Conty,  la  duchesse  d'Ârpajon,  la  maréchalle  de  Rochefort  el 
madame  de  Maintenon;  il  y  avoit  d'autres  carosses  du  corps 
pour  les  duchesses  et  autres  dames  qui  sont  du  voyage;  qui 
ne  sont  pas  en  fort  grand  nombre  cette  fois.  La  cour  alla 
coucher  à  Chartres,  vendredy  à  Loury,  samedy  à  Cléi7  et 
dimanche  elle  arrivera  à  Chambord.  La  fièvre  tierce  continue 
avec  assez  de  violence  à  Monsieur  ;  le  quinquina  ne  s'est  pas 
trouvé  propre  à  son  tempérament.  Elle  luy  a  causé  jeudy  un 
fort  grand  redoublement.  Les  médecins  ont  trouvé  moyen 
d'esloigner  cette  bonne  femme  qui  avec  sa  drogue  avoit  oslé 
la  Gèvre  à  Monsieur.  On  dit  que  le  Roy  a  donné  cinq  cents 
escus  de  pension  à  cette  bonne  femme  pour  elle  et  pour  son 
fils,  sa  vie  durant.  Le  Conseil  ne  suit  points  et  mesme  il  n'ira 
point  à  Fontainebleau. 

—  Paris,  ce  7^  Octobre  1684.  —  Toutes  nos  trouppes 
sortent  du  pays  espagnol,  qui  est  dans  la  plus  grande  misère 
du  monde.  Il  va  4000  chevaux  en  Guienne;  non  obstant  la 
réforme  que  Ton  va  faire,  celles-cy  ont  reccu  ordre  de  tenir 
leur  compagnie  completlc,  de  45  maistres  chacune.  La  caisse 
des  emprunts  est  entièrement  acquittée ;  il  y  a  présente- 
ment au  Trésor  Royal  ou  aux  parties  casuelles,  quinze  mil- 
lions effectifs,  outre  le  quartier  d'Octobre  h  recevoir.  Le  duc 
de  Saint-Aignan  continue  la  recherche  des  trésors  cachez  ou 
recelez  du  maréchal  d'Encre*,  mort  il  y  a  67  ans. 

^  Goncino  Goncini,  maréchal  d'Ancre,  assassiné  en  1617. 
{A  suivre.)  RoD.  Reuss. 


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COMPTE  RENDU  HISTORIQUE 

DES 

TROUBLES  SURYEHUS  A  STRASBOURG 

en  Tan  1789 

Rédigé  par  Gottfried  HARTHHANN-LIGHTENFELDER 

Traduit  par  0.  Reiber 


Pour  remédier  à  la  triste  situation  des  finances  de  la 
France  et  mettre  fm  à  différents  abus  qui  s'étaient  peu  à  peu 
glissés  dans  le  gouvernement,  le  roi  résolut  de  convoquer  les 
États  généraux  et  permit  à  la  nation  d'exprimer  ses  doléances 
et  ses  vœux  par  la  bouche  de  ses  députés  et  de  travailler 
ensuite,  avec  ces  derniers,  à  l'abolition  desdils  abus  et  à  l'or- 
ganisation d'un  nouveau  système  gouvernemental. 

Conformément  au  règlement  spécial  du  roi  pour  la  ville 
de  Strasbourg  et  au  règlement  rédigé  par  les  autorités  locales, 
U26  représentants  furent  élus,  les  18,  19,  20  et  21  mars  1789, 
par  la  totalité  des  habitants,  bourgeois  ou  non,  sans  dis- 
tinction. 

Ces  126  représentants  nommèrent  32  commissaires  qui 
rédigèrent  le  cahier  des  doléances  de  la  ville  de  Strasbourg. 

Le  8  avril,  les  représentants  nommèrent  M.  l'ammeister 
de  Turckheim  et  M.  le  syndic  Schwendt  députés  de  la  ville 
de  Strasbourg  aux  Étals  généraux.  En  outre,  un  comité  choisi 
parmi  les  représentants^  puis  un  second,  choisi  parmi  les 
membres  du  Magistrat  durent^  en  commun,  prendre  les 


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258  REVUE  D'ALSACE 

mesures  nécessaires  pour  remédier  aux  maux  signalés  par  les 
doléances  particulières  de  la  ville.  Le  comité  sorti  du  sein 
du  Magistrat  différa  de  semaine  en  semaine  la  publication 
des  mesures  qu'il  avait  décidé  de  prendre  pour  donner  salis- 
faction  aux  doléances  de  la  bourgeoisie.  L'irritation  qui 
régnait  déjà  dans  les  esprils  à  la  suite  de  la  conduite  arro- 
gante et  des  procédés  injustes  de  quelques  membres  du  Ma- 
gistrat et  en  particulier  des  messieurs  du  Conseil  des  XV, 
n'en  fut  qu'augmentée.  Il  en  résulta  les  désordres  qui  sur- 
vinrent le  dimanche  19  juillet,  vers  10  heures  du  soir.  Envi- 
ron 60  jeunes  gens  de  bonnes  familles  bourgeoises  et  environ 
autant  de  robustes  garçons  bouchers,  palefreniers  et  autres 
gens  de  cette  espèce  se  réunirent  sur  la  place  d'Armes.  Ils 
étaient  tous  munis  de  cannes  et  de  solides  gourdins.  Ils  com- 
mencèrent par  arracher  les  volets  des  fenêtres  et  des  soupi- 
raux des  caves,  démolirent  quelques-unes  des  échoppes  qui 
se  trouvaient  près  des  Arcades;  le  bois  fut  réuni  sur  la  place 
d'Armes  et  ils  allumèrent  un  feu  de  joie.  Puis,  passant  der- 
rière les  Petites-Arcades  ils  se  dirigèrent  par  la  Grand'rue, 
vers  la  rue  du  Bouclier.  En  route  ils  enfoncèrent  les  vitres  à 
coups  de  canne  ou  de  pierres;  ils  frappaient  aux  portes  et  à 
chaque  maison  demandaient  qu'on  sortit  une  lumière.  Quand 
on  leur  obéissait  de  suite,  la  maison  était  épargnée  et  ces  mes- 
sieurs se  retiraient  aussi  tranquillement  que  possible,  se  diri- 
geant vers  le  lieu  du  rendez-vous,  la  demeure  de  M.  Tammeisler 
Lenz,  dans  la  rue  du  Bouclier.  Là  ils  brisèrent  toutes  les  vilres, 
sans  en  excepter  une  seule,  et  enfoncèrent  la  porte  d'entrée. 
Leur  intention  était  de  s'emparer  de  la  personne  de  M.  Lenz, 
pour  le  promener  par  la  ville  revêtu  de  sa  robe  de  juge,  les  - 
pieds  chaussés  de  sabots,  puis  de  le  tuer  ensuite.  Au  moment, 
toutefois,  où  la  porte  venait  de  céder,  survint  M.  le  baron  de 
Klinglin  avec  un  détachement  de  cavalerie.  Il  parla  très 
amicalement  aux  meneurs ^de  la  bande:  «Messieurs,  leur 
dit-il,  je  crois  que  cela  suffit,   rentrez  chez  vous  auprès  de 


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ÏHOUBLES   A   STRASBOURG    KN    1789  t25i) 

VOS  iemmes  et  maîtresses,  qui  (Joivenl  être  en  mal  de  vous.i 
Ces  paroles  les  enlevèrent  lous,  un  seul  excepté,  qui,  saisis- 
sant sans  se  déconcerter  la  bride  du  cheval  de  M.  de  Kling- 
lin,  s'écria  :  cMon  commandant,  encore  une  pierre,  je  vous 
en  prie»,  et  il  lança,  plein  de  satisfaction,  un  projectile  dans 
une  fenêtre. 

La  bande  se  sépara  et  la  nuit  se  passa  tranquillemenl. 

Nota.  Les  soldats  de  la  garnison,  comme  aussi  leurs  chefs, 
avaient  précédemment  engagé  déjà  à  diverses  reprises  les 
bourgeois  à  faire  ce  qu'ils  voulaient,  disant  qu'ils  s'étaient 
donné  le  mot  de  ne  pas  tirer  sur  les  bourgeois,  qui  étaient 
leurs  frères  et  leurs  amis. 

Lundi,  le  20  juillet,  les  habitants  passèrent  une  partie  de 
la  matinée  à  suivre  les  réparations  de  la  maison  Lenz,  tandis 
que  les  vitriers  suaient  sang  et  eau  pour  remplacer  les 
carreaux  enfoncés.  Tout  se  passa  tranquillement  jusqu'à 
10  heures.  Le  Conseil  et  les  XXI  tenant  leur  séance  habi- 
tuelle en  ce  moment,  une  foule  de  bourgeois  en  habits  de 
travail  se  réunirent  à  l'Hôtel-de-Ville  et  réclamèrent  violem- 
ment une  solution  à  leurs  griefs.  Ils  voulurent  pénétrer  dans 
la  salle  du  Conseil,  mais  le  président,  M.  le  baron  de  Dietrich, 
commissaire  du  roi,  et  plusieurs  conseillers,  qui  tous  leur 
promirent  satisfaction,  les  en  empêchèrent.  Leur  colère 
toutefois  n'était  pas  tombée,  et  ils  menacèrent  d'arracher  les 
perruques  des  conseillers  si  on  ne  donnait  pas  sur-le-champ 
suite  à  leur  demande.  M.  Tavocat  général  Fischer  leur  pro- 
mit alors  qu'à  5  heures  du  soir  tout  serait  arrangé,  ce  qui 
finit  par  les  calmer. 

La  populace  cependant  qui  s'était  amassée  devant  l'Hôtel- 
de-Ville  ne  cessa  d'injurier  les  personnes  qui  en  sortaient. 
Des  pierres  furent  même  lancées  contre  quelques-unes. 
Les  membres  du  Magistrat  cherchèrent  à  changer  leurs 
habits  noirs  contre  des  habits  de  couleur.  De  cette  façon  ils 
purent  heureusement  s'échapper  de  l'Hôtel-de-Ville.  La  po- 


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260  IlEVUE  D* ALSACE 

pulace,  ne  pouvant  plus  se  venger  sur  la  personne  des  mem- 
bres du  magistrat,  se  vengea  sur  rédifice  et  cassa  les  vitres 
à  coups  de  pierres*  Cela  dura  une  heure,  jusqu'à  l'arrivée 
d'un  détachement  de  cavalerie. 

Le  Magistrat  et  les  représentants  se  réunirent  au  Miroir 
pour  délibérer.  Finalement  le  Magistrat  demanda  un  répit  de 
24  heures.  Les  représentants  répondirent  que  pour  leur  part 
ils  accordaient  volontiers  un  mois  entier,  à  condition  toute- 
fois que  ce  répit  fût  demandé  au  peuple  même  (pendant  ce 
temps,  celui-ci,  armé  de  pierres,  s'était  rassemblé  devant  le 
Miroir). 

A  cette  réponse,  le  Magistrat  perdit  tout  courage  et  accorda 
tout  ce  qu'on  demandait;  le  calme  se  fit  de  nouveau. 

Mardi,  le  21  juillet,  vers  midi,  la  décision  du  Magistrat  fut 
affichée  publiquement,  en  même  temps  que  l'annonce  d'une 
diminution  sur  la  taxe  de  la  viande.  La  ville  renonçait  en 
faveur  des  bouchers  à  percevoir  l'octroi,  et  il  en  résulta  de 
suite  que  le  prix  de  la  viande  diminua  de  6  pfennig.  Cette 
réduction  ne  suffit  pas  à  la  population.  Quelques  jeunes  gens 
malveillants  répandirent  le  bruit  que  le  Magistrat  avait  retiré 
tout  ce  qu'il  avait  accordé  la  veille,  et  des  bandes  se  for- 
mèrent pour  faire  l'assaut  de  riIôtel-de-Ville,  dont  les  portes 
furent  fermées.  Les  bourgeois  et  leurs  représentants  deman- 
dèrent à  M.  de  Klinglin  et  au  commandant,  M.  de  Rocham- 
beau,  la  permission  de  prendre  les  armes;  ils  demandèrent 
en  outre  que  les  armes  de  l'arsenal  leur  fussent  livrées,  mais 
ils  furent  éconduits,  sous  prétexte  que  Strasbourg  était  ville 
frontière  et  non  forteresse.  —  Dans  l'après-midi,  vers 
4  heures,  une  foule  innombrable  se  trouvait  massée  aux 
abords  de  l'Hôtel-de-Ville,  qui  était  entouré  par  100  ou 
450  hommes  d'infanterie  et  de  cavalerie,  sous  la  conduite 
de  M.  de  Klinglin  et  de  M.  de  Rochambeau.  Alors  la  populace 
la  plus  vile,  des  gens  qui  n'étaient  pas  citoyens,  qui  vivaient 
de  mendicité  ou  de  métiers  honteux,  et  quelques  vils  bour- 


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TROUBLES  A   STRASBOURG  EN   1789  261 

geoiSy  en  un  mot  un  ramassis  de  gueux,  déguenillés»  com- 
mencèrent à  briser  toutes  les  fenêtres  restées  entières  avec 
des  pierres,  des  bâtons^  des  navets,  des  pommes  de  terre  et 
d'autres  légumes  qu'ils  prenaient  de  force  sur  les  étalages  des 
maraîchers.  Les  soldats  refoulèrent  les  curieux,  afin  qu'au- 
cun d'eux  ne  fût  blessé  par  les  pierres  et  les  éclats  de  verre 
qui  tombaient.  Un  bourgeois  qui  avait  frappé  un  des  agita- 
teurs d'un  coup  de  parapluie  à  la  tête,  pour  le  faire  cesser 
de  lancer  des  pierres,  fut  indignement  rossé  et  maltraité 
d'une  pitoyable  façon.  Ces  scènes  durèrent  un  bon  quart 
d'heure,  après  quoi  quelques-uns  de  ces  coquins  apportèrent 
une  longue  échelle  et  la  dressèrent  sur  le  devant  de  l'Hôtel- 
de-Ville,  du  côté  du  marché. 

Il  se  passa  quelques  minutes  avant  qu'un  compagnon  char- 
pentier, s'apercevant  que  quelques  hommes  avaient  déjà 
pénétré  à  l'intérieur  par  derrière,  se  hasarda  à  entrer.  11  se 
passa  de  nouveau  quelques  minutes,  puis  environ  50  hommes 
se  précipitèrent  sur  l'échelle.  La  troupe  s'écarta  encore^  et 
les  tableS;  les  chaises,  les  bancs,  les  caisses,  les  armoires,  les 
poêles,  avec  toutes  les  écritures  qui  tombaient  sous  la  main 
des  envahisseurs,  furent  précipités  dans  les  rues.  Les  char- 
pentiers enfonçaient  avec  leurs  haches  les  coffres  en  fer  où 
étaient  conservés  les  fonds  déposés  et  jetaient  des  sacs  pleins 
d'argent  dans  la  rue,  où  chacun  prenait  ce  qu'il  pouvait.  Les 
coffres  furent  aussi  précipités  par  les  fenêtres;  quand  ils 
étaient  trop  grands^  on  abattait  les  montants  des  fenêtres.  Le 
toit  fut  escaladé,  les  lucarnes  et  cheminées  furent  démolies  par 
la  populace  aveugle  de  fureur  et  qui  ne  s'arrêta  que  lorsque 
plus  un  clou,  plus  une  feuille  de  papier,  plus  une  sonnette  ne 
fut  visible  dans  toute  l'enceinte  du  bâtiment.  Ils  poussèrent  la 
férocité  jusqu'à  déchirer  tous  les  papiers,  forcèrent  les  portes 
des  caves,  mirent  en  pièces  les  tonneaux  contenant  les  vins  les 
plus  fins;  de  sorte  qu'ils  marchèrent  dans  le  vin  jusqu'aux 
genoux  et  s'enivrèrent  comme  des  brutes. 


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262  REVUE  D'ALSACE 

Finalement  le  régiment  de  Darmstadl  arriva,  conduit  par 
le  prince,  qui  le  fit  marcher  en  avant,  en  arrière,  à  droile 
et  à  gauche.  Comme,  d'ailleurs,  il  ne  restait  plus  rien  à 
démolir  de  tout  l'édifice  que  les  murs,  les  émeuliers  se  reti- 
rèrent. Les  uns  parcoururent  les  rues  de  la  ville,  brandis- 
sant des  débris  de  toute  sorte;  d'autres  tombaient  ici  et  là, 
rendant  le  vin  qu'ils  avaient  bu;  d'autres  allèrent  au  Herren- 
slall  et  s'emparèrent  des  carrosses  de  la  ville;  ils  en  mirent 
une  en  pièces  au  pont  Saint-Thomas  et  en  jetèrent  les  débris 
à  l'eau  ;  les  deux  autres  furent  amenés  à  la  place  d'Armes, 
où  ils  furent  brisés  en  mille  morceaux.  Pendant  ce  temps, 
une  autre  bande  encore  pilla  la  maison  de  M.  Moog,  du  Con- 
seil des  XV,  et  jetèrent  dans  la  rue  tout  ce  qu'ils  y  trou- 
vaient. Quelques  membres  du  Magistrat  qui  avaient  mis  leur 
mobilier  en  sûreté  eurent  leurs  portes  et  fenêtres  enfoncées. 
On  emporta  en  outre  tout  ce  qu'on  pouvait,  papiers  et  autres 
débris  de  rHôtel-de-ViUe. 

Le  soir,  vers  11  heures,  les  soldats  reçurent  l'ordre  de 
donner  la  chasse  aux  émeutiers  et  de  les  faire  prisonniers. 
Personne  n'osait  se  coucher  ;  on  craignait  que  la  ville  ne  fût 
incendiée.  La  troupe  a  dû  passer  toute  la  nuit  sur  pied  sur 
la  place  d'Armes. 

C'est  ainsi  que  se  termina  celte  nuit  terrible  et  cette  nuit 
encore  plus  remplie  d'angoisses.  Tous  les  papiers  ont  été 
détruits.  Une  partie  de  la  salle  des  contrats  de  la  chancel- 
lerie et  la  voûte  de  la  salle  des  Treize,  où  était  conservée 
la  plus  grande  partie  des  documents  et  des  statuts  de  la  ville, 
ont  été  épargnées.  La  salle  des  aumônes  elle-même  a  été  lit- 
téralement pillée. 

Le  mercredi  22  juillet,  au  matin,  les  bourgeois  furent 
enfin  autorisés  à  s'armer.  On  leur  donna  des  fusils  et  des 
sabres  de  l'arsenal.  Enfin,  en  peu  de  temps  près  de  1200 
bourgeois  furent  sous  les  armes.  Comme  signe  de  ralliemeni 
ils  portaient  au  bras  gauche  un   brassard  blanc  avec  un 


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TROUBLES  A   STRASBOURG  EN   1789  263 

,nœud.  Réunis  aux  soldats,  ils  lirent  des  patrouilles  à  tra- 
vers toute  la  ville  y  recherchant  les  émeutiers,  qui  furent 
presque  tous  arrêtés  et  conduits  à  la  cBaletenstub».  Là  on  les 
interrogea  sommairenrtent  pour  tacher  de  leur  Taire  nommer 
leurs  complices,  puis  ils  furent  tous  jetés  en  prison.  Leur 
nombre  s^élevait  à  près  de  400. 

Celui  qui  avait  volé  la  statue  en  bois  représentant  la  Jus- 
tifie, qui  faisait  face,  dans  la  grande  salle  du  Conseil,  à  la 
statue  de  la  Sagesse,  dut  la  ramener  lui-même  à  la  Baleten- 
slube  sur  une  charrette. 

Jeudi,  le  23  juillet,  le  Magistrat,  qui  siégeait  à  la  Baleten- 
slube,  commença  à  juger  les  prisonniers.  Le  même  jour,  à 
Il  heures  du  matin,  celui  qui  avait  le  premier  gravi  l'échelle, 
un  jeune  charpentier  originaire  de  Mayence,  qui  n'habitait 
Strasbourg  que  depuis  quelques  semaines,  fut  pendu  sur  la 
place  d*Armes,  gardée  par  de  nombreuses  troupes  formées  de 
soldats  et  de  gardes  civiques. 

Lundi,  37  juillet,  dut  avoir  lieu  rexécution  d'un  maître 
tonnelier,  du  nom  de  Gambs,  bourgeois  de  Strasbourg,  qui 
avait  été  un  des  chefs  des  émeutiers.  La  sentence  lui  avait 
été  lue  dans  la  matinée,  après  10  heures,  dans  la  prison,  et 
le  bâton  avait  été  brisé  au-dessus  de  sa  tête. 

Dans  l'après-midi,  une  foule  énorme  encombra  les  rues, 
tandis  qu'on  procédait  aux  préparatifs  de  l'exécution.  Les 
bourgeois  se  mirent  à  murmurer.  Ils  ne  voulaient  pas  per- 
mettre qu'un  des  leurs  fut  mis  à  mort  pour  avoir  pris  part  à 
une  révolte  permise  et  en  quelque  sorle  provoquée,  comme 
on  disait  alors.  Deux  partis  surgirent  :  les  uns  déclaraient  le 
jugement  conforme  u  la  justice,  les  autres,  que  le  tribunal 
avait  tort  et  était  injuste.  Les  premiers  se  préparèrent  à  faire 
bonne  garde  autour  du  condamné  pour  Tescorler  à  l'écha- 
faud.  Les  autres  occupèrent  les  rues  dans  le  but  de  le  déli- 
vrer de  vive  foice.  Au  nombre  de  ces  derniers  étaient  les 


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264  REVUE  d'alsace 

bourgeois  qui  appartenaient  à  la  même  corporation  que  lui. 
Ils  se  réunirent  au  poêle  des  Tonneliers  et  se  préparèrent  à 
des  scènes  sanglantes.  Pour  éviter  toute  effusion  de  sang,  le 
Magistrat  se  réunit  et  décida  que  l'exécution  serait  ajournée, 
que  l'acte  d'accusation  serait  envoyé  à  l'assemblée  royale 
et  qu'il  se  conformerait  u  sa  décision.  Là-dessus  tout  se 
calma. 

Le  Magistrat  continua  à  tenir  des  séances  quotidiennes 
pour  instruire  les  procès  des  prisonniers.  Les  uns  Turent 
envoyés  aux  galères,  d'autres  en  prison,  mais  les  uns  et  les 
autres  y  furent  immédiatement  conduits. 

Pendant  ce  temps,  M.  Tavocat  général  Fischer,  qu'on  sur- 
nomma le  Necker  de  Strasbourg,  réunissait  une  corporation 
après  l'autre  et  leur  rendait  compte  des  abus  qu'on  avait 
supprimés  jusqu'alors  et  des  délibérations  qui  avaient  eu 
lieu  sur  leurs  doléances. 

Ces  réunions  donnèrent  lieu  à  des  incidents  assez  vifs. 
Certaines  corporations,  en  effet,  qui  avaient  obtenu  ce 
qu'elles  réclamaient  dans  leurs  cahiers  de  doléances,  au  lieu 
de  se  montrer  satisfaites,  voulurent  que  tout  fût  encore 
changé.  Toutefois  on  n'en  vint  pas  aux  mains;  mais  on  passa 
plusieurs  jours,  entre  la  crainte  et  l'espérance,  à  faire  d'in- 
nmbrables  projets. 

Mercredi  et  jeudi,  les  5  et  6  août,  on  se  fût  cru,  à  Stras- 
bourg, en  plein  carnaval.  Toute  distinction  de  rang  avait 
disparu;  tous  les  citoyens  devaient  être  égaux  et  amis.  On 
n'avait  qu'à  ouvrir  la  bouche  pour  que  les  pigeons  rôtis  et 
les  vins  et  liqueurs  les  plus  délicieux  pussent  y  tomber. 
Voici  ce  qui  s'était  passé  : 

Le  5  août,  les  bourgeois  firent  une  distribution  d'argent  à 
tous  les  soldats  de  la  garnison,  qui  se  composait  de  6  régi- 
ments, en  reconnaissance  des  services  rendus.  Chaque 
simple  soldat  reçut  20  pfennig,  chaque  caporal  30,  chaque 


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TROUBLES  A   STRASBOURG  EN  1789  265 

sergent  40  pour  se  régaler  à  la  santé  des  bourgeois.  Les  auto- 
rités militaires  consignèrent  alors  toute  la  garnison  ;  mais 
permirent  toutefois  à  chaque  régiment  de  faire  à  la  caserne 
même  Tusage  qu'il  voudrait  de  ce  présent.  Cette  mesure 
irriia  les  régiments  français.  Ils  résolurent  de  se  procurer  de 
vive  force  la  permission  de  dépenser  cet  argent  en  dehors 
de  la  caserne.  Pour  prévenir  un  éclat,  on  la  leur  accorda. 

Une  centaine  de  soldats  se  rendirent  à  la  brasserie  du 
Cygne,  dans  la  Grand'rue.  Ils  y  burent  assez  tranquillement. 
Tout  à  coup  quelques-uns  d'entre  eux  eurent  Tidée  d'aller 
délivrer  leurs  camarades  qui  avaient  été  emprisonnés  à  l'oc- 
casion du  pillage  de  l'Hôtel 'de-Ville^  afm  qu'ils  pussent 
prendre  part  à  la  gaité  générale.  Ils  se  dirigèrent  par  groupes 
à  la  prison  militaire  et  réclamèrent  leur  mise  en  liberté. 
Celle-ci  leur  ayant  été  refusée,  une  partie  d'enire  eux  cou- 
rurent à  leurs  casernes  pour  chercher  des  armes.  En  route 
ils  rencontrèrent  M.  le  baron  de  Klinglin  qui  leur  promit  de 
faire  mettre  en  liberté  leurs  camarades  et  les  accompagna  à 
la  prison.  Mais  pendant  ce  temps,  ceux  qui  étaient  restés 
avaient  brisé  les  carreaux  de  la  prison  des  officiers,  gravi  les 
murs,  ouvert  les  portes  et  délivré  tous  les  soldats  captifs. 

On  retourna  au  Cygne.  La  patronne  de  l'établissement, 
incapable  de  leur  tenir  tête,  dut  abandonner  à  leur  merci 
tout  ce  qui  s'y  trouvait.  Les  colonels  des  régiments  lui  pro- 
mirent de  l'indemniser. 

Alors  se  passèrent  les  scènes  les  plus  comiques.  Les  sol- 
dats portèrent  dans  la  rue  des  cruches,  des  pots,  des  baquets 
et  toute  sorte  de  vaisselle,  remplis  de  bière,  et,  en  outre,  du 
fromage,  des  saucisses  et  du  pain  et  en  oiïrirent  à  tous  les 
passants,  sans  distinction,  même  à  leurs  colonels  et  à  leurs 
officiers,  criant  :  «  Vive  la  Nation  !  Vive  la  Bourgeoisie  I  » 
Tout  le  monde  était  forcé  d'accepter.  Il  éiaît  amusant  de  voir 
tantôt  un  jeune  doucereux  ou  un  mignon  petit  abbé  obligé 
d'enfoncer  sa  tête  bien  frisée  dans  un  grand  vase  rempli  de 


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266  .  REVUE  d'alsace 

bièrc^  tantôt  une  beauté  revèche  embrassée  par  des  soldats 
ivres  et  retenue  par  eux  jusqu'à  ce  qu'elle  eût  mangé  et  bu. 
Ici  c'était  un  convoi  funèbre  qu'on  arrêtait,  et  tout  le  cor- 
tège, du  prêtre  au  cocher,  qu'on  forçait  de  boire  dans  des 
canettes  ou  des  pots  à  la  Nation  et  à  la  Bourgeoisie.  Là  c'était 
un  Juif  qu'on  voyait  manger  une  saucisse  en  tremblant. 

Cela  dura  toute  la  nuit.  Aucun  soldat  ne  rentra.  Ils 
déclarèrent  aux  bourgeois  qu*ils  ne  causeraient  pas  d'autres 
désordres  et  ne  feraient  de  mal  à  personne.  Leur  seul  désir, 
disaient-ils,  était  que  les  bourgeois  qui  leur  avaient  donné 
de  l'argent  et  les  avaient  invités  à  s'amuser,  prissent  eux- 
mêmes  part  à  leurs  réjouissances.  Ils  ajoutaient  qu'ils 
demanderaient  compte  à  leurs  chefs  des  sommes  destinées  à 
leur  entretien;  car,  prétendaient-ils,  de  tout  temps  les 
bourgeois  avaient  été  Irompés  par  le  Magistral,  et  eux,  soldats, 
par  leurs  chefs.  Ils  se  répandirent  également  en  invectives 
contre  les  régiments  allemands,  déclarant  qu'il  ne  s'y  trou- 
vait pas  un  homme  d'honneur,  puisqu'ils  s'étaient  laissé 
contraindre  à  rester  dans  leurs  casernes. 

Le  lendemain  matin  les  Français  se  rendirent  aux  quar- 
tiers des  deux  régiments  allemands,  dont  les  hommes  se 
joignirent  à  eux.  Le  tumulte,  alors,  augmenta  encore.  U  ne 
restait  plus  de  bière  à  la  brasserie  du  Cygne.  Les  soldats 
alors  allèrent  de  brasserie  en  brasserie,  conduisant  des  ton- 
neaux sur  des  charrettes  par  toute  la  ville,  portant  des 
cruches,  des  cuveaux,  des  arrosoirs,  voire  même  des  cha- 
peaux remplis  de  bière.  Ils  avaient  arboré  sur  leurs  coiffures 
des  feuilles  de  châtaigniers  que  leurs  chefs  eux-mêmes 
leur  avaient  données.  On  ne  pouvait  s'empêcher  de  rire 
en  voyant  les  contorsions  avec  lesquelles  ils  offraient  à  tout 
venant  à  boire  et  à  manger. 

Devant  les  jeunes  filles  ils  tombaient  à  genoux  et  leur 
demandaient  si  elles  étaient  pour  la  Nation.  Répondaient-elles 
oui,  tous  criaient:  €  Vive  la  Nation!   Nous  sommes  tous 


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TROUHLES  A  STRASBOURG  EN  1789  267 

frères  et  sœurs  »;  ils  leur  oiïraient  de  la  bière  et  vidaient  leurs 
verres  ou  leurs  vases  en  poussant  des  cris  de  joie.  Quand  au 
contraire  une  jeune  fille  leur  résistait,  ne  répondait  pas  ou 
refusait  de  boire,  on  lui  disait  mille  sottises,  on  la  houspil- 
lait, agaçait,  et,  finalement,  elle  était  forcée  de  faire  comme 
les  autres. 

Dans  l'après-midi,  vers  deux  heures,  les  soldats  se  ren- 
dirent aux  prisons  et  délivrèrent  tous  les  prisonniers.  Ils  ne 
commirent  pas  de  violences,  les  clefs  leur  ayant  été  remises 
spontanément  ;  puis  ils  se  dirigèrent  vers  le  c  Raspelhaus  ;> 
et  délivrèrent  toutes  les  femmes  qui  s'y  trouvaient.  Les  filles 
de  joie  tombèrent  aux  pieds  des  soldats,  les  appelèrent  leurs 
sauveurs,  s'écriant  à  qui  mieux  mieux  que  Dieu  avait  enfin 
exaucé  les  prières  du  Raspelhaus.  Les  soldats  les  relevèrent, 
leur  témoignant  tous  leurs  égards,  et  se  chargèrent  de  leurs 
paquets.  Celles  qui  étaient  revêtues  des  habits  de  la  prison 
étaient  déshabillées  en  pleine  rue  et  revêtues  d'habits  bour- 
geois pris  à  celles  qui  en  avaient  en  double.  On  les  invita  à 
boire  et  à  manger.  Par-ci,  par-là,  un  soldat  s'enfuyait  au 
grand  galop  avec  la  Dulcinée  qu'il  avait  conquise.  Les  uns 
accompagnèrent  leur  conquête  hors  ville,  d'autres  dans  des 
maisons  particulières,  d'autres  enfin,  Dieu  sait  où. 

Les  soldats  commencèrent  alors  à  se  conduire  comme 
des  insensés.  La  bière  ne  leur  suffisant  pas,  ils  prirent 
d'assaut  toutes  les  brasseries,  tous  les  débits  de  boissons  et 
les  cafés,  pillèrent  les  boulangeries  et  les  charcuteries,  s'em- 
parèrent de  toutes  les  victuailles  qui  leur  tombèrent  sous 
la  main  et  les  distribuèrent  ou  les  vendirent  à  vil  prix. 
Ils  parcoururent  la  ville  avec  des  vases  remplis  de  vin,  de 
bière,  de  liqueur  et  de  café  mélangés  dont  ils  forçaient  tous 
ceux  qu'ils  rencontraient  à  boire,  ou  les  en  aspergeaient. 
On  dit  même  que  quelques-uns  volèrent  de  la  vaisselle  d'ar- 
gent et  d'autres  objets  précieux.  Dans  les  établissements 
publics,  il  ne  restait  presque  rien  à  boire  ou  à  manger,  dans 


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268  REVUE  D'ALSACE 

les  salles  et  devant  les  portes  on  marchait  dans  des  mares 
de  vin  ou  d'autres  liqueurs,  et,  dans  les  rues,  une  odeur 
fétide  choquait  les  narines,  délicates. 

Le  lendemain  matin,  vers  5  heures,  le  sentiment  de  Thon- 
neur  commençant  à  s'éveiller  chez  certains  soldats,  ceux  qui 
n'étaient  pas  ivres  ou  qui  avaient  du  moins  encore  leurs 
esprits  se  réunirent  en  une  troupe  composée  d'hommes  de 
tous  les  régiments.  Ils  se  laissèrent  commander  par  les 
colonels  et  les  officiers  survenus  à  leur  tour  et  se  mirent  à 
la  recherche  de  leurs  camarades  égarés,  qu'ils  ramenèrent  à 
leurs  casernes.  Vers  midi  tout  était  de  nouveau  tranquille. 

Samedi,  le  8  août,  le  régiment  de  Hesse-Darmstadt  dut 
quitter  la  ville  de  grand  matin  avec  armes  et  bagages.  Les 
régiments  français  prétendaient  que  les  hommes  de  ce  régi- 
ment avaient  été  les  seuls  auteurs  des  désordres  et  les 
seuls  qui  avaient  volé.  Le  régiment  se  rendit  au  lieu  dit 
cMetzger-Au>  et  y  campa  jusqu'au  lundi  17  août,  date  à 
laquelle  il  rentra  en  ville  enseignes  déployées  et  musique  en 
tête.  Cet  exil  ne  fut  pas  pénible  pour  le  régiment.  Le  cam- 
pement des  soldats  de  Darmstadt  devint  le  lieu  de  rendez- 
vous  des  Strasbourgeois,  qui  s'y  rendaient  tous  les  jours  on 
grand  nombre.  Les  officiers  et  les  simples  soldats  passèrent 
des  après-midi  entières  à  danser  ou  à  banqueter  avec  des 
dames  de  la  plus  haute  société. 

Lundis  le  10  août,  les  300  échevins  et  tous  les  autres 
membres  du  Magistrat  remirent,  après  un  vote  préalable, 
leur  démission  à  M.  le  baron  de  Dietrich,  commissaire  du  roi. 

Jeudi  et  vendredi,  les  13  et  14  août,  et  les  jours  suivants, 
après  de  longues  et  pénibles  intrigues,  300  échevins  furent 
élus  qui,  à  leur  tour,  élurent  le  nouveau  Magistrat,  au 
scrutin  {per  scrutinium),  comme  le  prescrivait  le  cahier  des 
doléances. 

Jeudi,  le  20  août,  de  4  à  6  heures  du  soir,  la  garnison, 
réunie  sur  la  place  d'Armes,  prêta  solennellement,  régiment 


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TROUBLES  A  STRASBOURG  EN  1789  269 

après  régiment,  en  présence  du  Magistrat  et  de  la  généralité 
le  serment  d'obéissance  à  la  nation,  au  roi,  aux  lois  et  à  la 
discipline  militaire. 

Lundi,  le  31  août,  les  bourgeois  visitèrent  toutes  les 
maisons  de  la  ville,  inscrivant  exactement  les  noms  et  qua- 
lités de  tous  les  habitants.  Tous  ceux  qui  parurent  suspects 
furent  conduits  devant  M.  FAmmeister  ou  devant  le  comité 
des  300  échevins.  Les  uns  furent  remis  en  liberté^  d'autres 
furent  condamnés  à  la  prison,  d'autres  enfin  furent  expulsés 
de  la  ville. 

Le  nouveau  Magistrat  et  les  300  échevins  tinrent  ensuite 
de  nombreuses  séances  au  «Miroir»,  où  ils  délibérèrent 
longuement  au  sujet  du  nouvel  édifice  de  la  Constitution.  Ils 
nommèrent  aux  fonctions  d'inspecteur  des  bâtiments,  ponfs 

et  fontaines  publiques Un  tailleur,  à  celles  de  taxateur  de 

la  viande  et  du  pain  un  marchand  de  vins,  ancien  cafetier, 

à  celles  de  censeurs  des  livres,  entre  autres un  maçon  et 

un  pêcheur. 

Les  300  échevins  élurent  un  avocat  général  et  réclamèrent 
le  droit  de  nommer  tous  les  officiers  municipaux. 

En  général,  ils  cherchèrent  à  démontrer  de  toutes  les 
façons  que  l'auteur  d'un  écrit  qui  avait  été  affiché  en  diffé- 
rents endroits  de  la  ville,  en  allemand  et  en  français,  avait 
fait  preuve  d'une  grande  connaissance  des  choses  et  des 
hommes  quand  il  disait  que  de  marché  aux  bœufs,  qui 
se  tenait  précédemment  à  l'tcOurs  noir»,  dans  la  rue  du 
Dauphin,  avait  été  transféré  au  c Miroir»  et  que  de  300 
bœufs  on  avait  choisi  pour  l'usage  public  les  plus  maigres, 
les  plus  bêtes  et  les  plus  malades.  » 


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LES 

CONTES  DE  VEILLÉES  POPULAIRES 

(Suite*) 

L'Ondine  virgioale  do  Rhin  et  la  Tara  de  rAmazoDe 

Quel  rapport  peul-il  y  avoir  entre  la  poésie  populaire  du 
bassin  du  Rhin  el  la  poésie  populaire  du  bassin  de  l'Ama- 
zone? Telle  est  la  question  qu'au  premier  coup  d'œil,  jelé  sur 
le  titre  de  cette  note,  le  lecteur  ne  manquera  pas  de  formu- 
ler. Deux  conlrées  placées  aux  antipodes  l'une  de  Taulre, 
Tune  au  climat  torride,  l'autre  au  climat  tempéré,  ignorées 
l'une  de  l'autre  jusque  dans  la  première  moitié  du  xvi^  siècle, 
habitées  par  des  populations  de  races,  de  mœurs  et  de  lan- 
gues différentes,  l'une  demeurée  à  l'état  voisin  de  l'anthro- 
pophagie, l'aulre  bénéficiaire  des  civilisations  du  vieux 
monde,  mais  toutes  deux  livrées,  simullanémenl  et  presque 
de  la  même  façon,  à  un  courant  d'idées  cultivées  avec  amour 
par  la  poésie  ou  la  tradition  populaire,  voilà  l'étonnant  phé- 
nomène mis  en  évidence  par  les  faits,  le  problème  à  résoudre 
par  la  science  moderne^  notamment  par  les  Folk-Loristes 
dont  il  émane.  M.  de  Sanla-Anna  Nery  essaie  d'en  donner  la 
solution  à  propos  de  ses  bien  curieuses  éludes  sur  les  tradi- 
tions populaires  de  son  pays  natal*. 

De  même  que  la  Tara^  de  l'Amazone,  aux  cheveux  d'or  et 
à  la  voix  enchanteresse,  la  vierge  aux  cheveux  d'or  et  à  la 

*  Voy.  Octobre— Novembre— Décembre  1888,  pages  450-459. 

^  Folk'Lore  Brésilien.  Paris,  Perrin  et  C''«,  quai  des  Grands-Augus» 
tins,  35,  1889. 

3  Yara  est  un  nom  indigène.  Il  signifie  datne  de  Veau,  II  est  composé 
des  mots  t/,  eau  et  ara^  dame.  —  Nery,  p.  95. 


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CONTES  DE  VEILLÉES  POPULAIRES  271 

voix  enchanteresse  du  Rhin^  séduit,  par  sa  beauté  el  ses 
chants  langoureux,  le  batelier  rhénan  el  Tenlraîne  avec  elle 
au  fond  des  eaux  du  fleuve,  d'où  il  ne  reviendra  plus  que  dans 
la  nuit  avec  les  Ondines,  laissant  sur  les  sables  de  la  rive  les 
traces  de  leurs  ébats  nocturnes. 

Henri  Heine  voit  TOndine  virginale  sur  le  sommet  de  la 
montagne  qui  encaisse  le  Rhin,  éclairée  par  la  douce  lumière 
du  soleil  couchant  :  c'est  le  moment  qu'elle  choisit  pour  se 
montrer  aux  bateliers  germains.  La  syrène  Yara^  au  con- 
traire, ne  quitte  pas  Tonde  d'où  viennent  ses  chants  pour 
atlirer  le  baigneur  sur  la  rive,  lui  apparaître  dans  son  irré- 
sistible beauté,  le  saisir  dans  ses  embrassements  et  dispa- 
raître avec  lui  au  fond  de  l'amazone. 

Voilà  le  mylhe  qui  a  fourni  à  M.  de  Sanla-Anna  Nery 
d'abord  le  motif  de  belles  pages,  élégamment  dramatisées^ 
et  ensuite  le  sujet  d'un  rapprochement  entre  l'Ondine  in- 
dienne et  rOndine  rhénane.  Beaucoup  d'autres  traditions  de 
son  curieux  livre  sont  l'objet  de  semblables  rapprochemenls 
avec  les  traditions  recueillies  en  Europe  depuis  quelques 
années.  Ces  ressemblances  n'ont  donc  pas  échappé  à  l'auteur 
ni  à  ses  confrères  brésiliens,  dont  quelques-uns  ont  conclu 
(jue  la  Yara  est  une  importation  rhénane  parmi  les  popula- 
tions cuivrées  ou  indiennes  de  la  vallée  de  l'Amazone.  Si  l'on 
admet  cette  opinion  pour  le  cas  de  la  Yara,  il  faudra  l'ad- 
mettre aussi  pour  la  plupart  des  autres  cas,  où  la  ressem- 
blance avec  les  traditions  du  vieux  monde  est  aussi  incon- 
testable qu'entre  la  syrène  du  Rhin  el  la  syrène  de  l'Amazone. 
Or  M.  de  Santa-Anna  Nery  repousse  cette  conclusion  et  il 
formule  la  sienne;  de  sorte  que  le  Folk-Lore  français  se 
trouve,  si  nous  comptons  bien,  en  présence  de  cinq  solutions 
plus  ou  moins  différentes  l'une  de  l'autre. 

^Ibidem,  p.  265. 

2  Version  de  Para.  p.  95  à  149.  —  Version  de  Manâos,  p.  150  à  152. 
Indien  civilisé. 


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272  REVUE  d' ALSACE 

I.  Celle  de  l'école  mythique  des  frères  Grimm,  Max  Muller, 
Angelo  de  Gubcrnalis,  Auguste  Stœber,  Gaidoz,  Sébillol, 
comte  de  Puymaigre,  Roland  et  autres,  admettant  Timporla- 
tion  de  TOrient  en  Occident,  d'une  mythologie  oubliée,  mais 
dont  les  traditions  populaires  de  TOccidenl  ont  conservé  les 
traces  reconnaissables. 

II.  Une  branche  du  Folk-Lore  anglais,  représentée  par 
M.  André  Lang,  professe  que,  dans  la  nuit  des  temps,  l'hu- 
manité pensait,  croyait  et  s'exprimait  uniformément  et  que 
les  mythes,  etc.,  recueillis  chez  les  peuplades  sauvages  de 
nos  jours,  sont  les  débris  de  celte  uniformité,  dont  l'enfance, 
chez  les  nations  civilisées,  reproduit  quelquefois,  incon- 
sciemment, des  prototypes. 

m.  Les  compatriotes  de  M.  Santa-Anna  Nery ,  dont 
M.  Sylvio  Roméro  c  résume  avec  sagacité  les  recherches», 
s'évertuent  à  chercher  sur  les  bords  du  Rhin  l'origine  des 
traditions  populaires  de  l'Empire  du  Brésil. 

IV.  Contrairement  à  celte  opinion,  M.  de  Santa-Anna  iNery 
dit  que  d'humanité  possède,  pour  ainsi  dire,  un  fond  com- 
mun où  chacun,  sous  quelque  latitude  que  ce  soit,  puise  à 
pleines  mains;  que  tous  les  peuples  rêvent  de  la  même  ma- 
nière et  donnent  à  leurs  rêves  à  peu  près  la  même  forme  et 
une  expression  sensiblement  semblable.» 

V.  M.  Emmanuel  Cosquin  n'Iiésile  pas  à  déclarer  que  les 
solutions  mythologiques  se  meuvent  dans  les  régions  bru- 
meuses. C'est  à  l'ancienne  civilisation  de  l'Inde  que  remonte 
l'origine  des  contes  merveilleux;  c'est  à  ses  relations  com- 
merciales hors  de  l'Inde,  dans  toutes  les  directions,  notam- 
ment avec  l'Asie  centrale  et  l'Europe,  qu'il  faut  attribuer  la 
propagation  de  ces  contes.  C'est  donc  à  l'histoire  proprement 
dite  qu'il  faut  s'en  tenir,  non  à  une  mythographie  visant  à 
reconstituer  une  mythologie  oubliée  et  à  faire  la  lumière  sur 
les  idées  de  Vhumanité  primitive. 


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CONTES  DE  VEILLÉES  POPULAIRES  273 

Que  conclure  des  propositions  qui  précèdent,  sinon  qu'entre 
les  éléments  de  l'ensemble  il  y  a  parenté  à  des  degrés  divers? 

Quoi  qu'eu  dise  M.  E.  Cosquiu,  Técolc  mythique,  première 
venue  dans  le  concert  Folk-Loriste,  a  sa  raison  d'être,  ne 
fût-ce  que  pour  l'interprétation  des  mythes  importés  en 
Europe,  et  ailleurs,  par  les  Boudhistes  de  la  Bactriane.  Le 
rôle  joué  par  les  bêtes  dans  les  contes  et  les  traditions  popu- 
laires est  en  rapport  avec  les  idées  de  la  mélempsychose, 
professées  par  les  disciples  du  Boudha.  Il  n'y  aurait  donc  à 
éliminer  que  d'ambition»  de  répandre,  par  la  seule  voie 
mythique,  la  lumière  sur  les  idées  de  l'humanité  primitive. 

Doit-on  tenir  compte  de  la  thèse  anglaise,  proposée  par 
M.  André  Lang,  et  faisant,  somme  toute,  dériver  de  l'état  sau- 
vage les  traditions  populaires?  Cette  thèse  ne  rencontrera 
que  peu  de  défenseurs. 

Il  y  a  lieu  d'écarter  également  l'opinion  de  quelques  Folk- 
Loristes  brésiliens  qui  croient  l'empire  de  Don  Pedro  Alcan- 
tara  tributaire  de  la  poésie  populaire  des  bords  du  Rhin. 

Quant  au  fond  commun  dans  lequel  l'imagination  de  tous 
les  peuples  puiserait  à  pleines  mains  et  exprimerait  ses  rêves 
de  la  même  façon,  c'est  là  une  remarque  qui  peut  avoir 
quelque  fondement.  Mais  eu  égard  à  ce  que  l'on  sait  des  mi- 
grations de  l'Inde,  dans  toutes  les  directions,  il  parait  plus 
naturel  d'admettre  que  le  Brésil  a  été  touché  par  les  mêmes 
moyens  que  l'Europe  occidentale. 

En  résumé,  la  méthode  historique,  défendue  par  M.  E.  Cos- 
quin,  conserve  sa  valeur  et  est  susceptible  d'acquérir  de 
nouvelles  forces  dans  une  étude  plus  approfondie  de  la 
question. 

{A  suivre.)  J.  Liblin. 


18 


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LES 

PWNCIPES  DE  1789  ET  L'ALSACE 

Poésies  allenundes  de  divers  Poètes  alsaeieis 

Traduction    françetise    die    Cliarles    B£HDKLiL.É 


TH.  C.  PFEFFEL 


Épilre  à  H.  le  comle  de  Bruhl,  à  Dresde 

1789 

Non!  ce  n'est  pas  un  vain  mensonge 
De  notre  imagination. 
Ce  qui  me  semblait  presqu'un  songe 
Est  bien  réel.  La  nation 
A  rompu  ces  vieilles  entraves 
Qu'avec  des  mines  de  Brutus 
Nous  reprochèrent  tant  d'esclaves. 
Les  Gaulois,  brisant  les  abus, 
Ont  mérité  par  leur  vaillance 
Le  plus  beau  nom,  celui  de  Francs, 
Qu'on  ait  vu  chez  la  descendance 
D'Adam  ;  que  pourtant  leurs  tyrans 
Couvrirent  d'une  rouille  antique. 
Béni  soit-il,  ce  jour  heureux 
Que  dans  mon  esprit  fatidique 
J'ai  tant  appelé  de  mes  vœux. 
Je  l'aime  mieux  que  la  lumière 
Du  soleil;  et  jadis  pourtant, 
Ami,  nous  ne  l'espérions  guère, 
A  cette  époque,  où  commandant 


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KPITRES   DE   PFEFFEL  275 

Tes  mille  Germains  (ce  peuple  aime 

Prêter  ses  bras  aux  conquérants) 

En  Corse  tu  t'en  fus  toi-même 

Pour  enchaîner  de  braves  gens. 

C'était  Ion  devoir  militaire  : 

(Ainsi  disent  les  Prussiens.) 

Mais  sous  peu  Ton  pourrait  t'en  faire 

Un  crime.  Pourtant  des  liens 

Que  tu  leur  portas,  aucun  Corse 

Ne  t'a  maudit,  mais  bien  le  nom 

De  ce  ministre  qui,  par  force, 

Les  soumit  au  joug  d'un  Bourbon. 

Qu'il  repose  en  paix,  comme  tant  d'au  lies 

Dont  jadis  la  Muse  a  vanté 

La  gloire  et  l'immortalité  ! 

F^es  Corses  à  Corté,  les  nôtres 

A  Paris,  qu'ils  partagent  tous 

Ce  trésor  reconquis  pour  nous. 

Oai  !  ami  !  Cette  Babylone, 

Tombeau  de  la  moralité, 

Paris  maintenant  est  le  trône 

De  la  vaillante  Liberté  I 

Et  ce  bon  peuple  de  la  France 

Connu  par  sa  frivolité, 

Lui  qui  n'aimait  que  chants  et  danse. 

Il  a  détruit  le  sombre  fort 

Où  bien  trop  souvent  l'innocence 

Dut  demeurer,  ô  triste  sort! 

Pour  avoir  bravé  quelque  prêtre, 

La  concubine  encor  peut-être 

De  quelque  grand,  jusqu'à  la  morti 

Les  femmes  de  Paris,  si  vaines 

Jadis,  consacrent,  en  Romaines, 

Et  leurs  bijoux  et  leurs  enfants 

A  leur  pays,  versant  des  larmes 


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276  REVUE   D'ALSACE 

.  Sur  ceux  d'entre  eux  qui  sous  les  armes 
Sont  tombés  en  soldats  vaillants. 
Le  peuple  brisant  ses  entraves, 
Hélas!  il  n'immola  pas  rien 
Que  des  coupables.  Les  esclaves 
En  train  de  rompre  le  lien 
Qui  les  enchaîne,  n'ont  que  faire 
De  la  balance  de  Thémis 
En  satisfaisant  leur  colère  ! 
Et  plus  d'un  brigand  avait  rois 
Pour  piller,  tuer,  les  insignes 
Des  soldats  de  la  liberté  ; 
L'on  a  châtié  ces  indignes. 
Le  peuple,  dans  son  équité, 
De  son  glaive  a  puni  leurs  crimes, 
Vengeant  les  mânes  des  victimes. 
Pour  protéger  des  droits  sacrés. 
Voyez!  cent  mille  patriotes, 
Chanoines,  marchands,  pairs,  hilotes. 
S'unissent  tous  en  rangs  serrés  : 
Ils  vont  combattre  les  despotes, 
Ils  vont  disperser  les  brigands  ! 
Ami  !  pour  la  philosophie 
Quels  spectacles  seraient  plus  grands 
Que  de  voir  notre  monarchie 
Dans  sa  régénération. 
Si  grande  que  soit  sa  détresse 
Je  dis  pourtant  que,  si  l'on  cesse 
D'en  répandre,  l'effusion 
Du  sang  est  de  beaucoup  moins  grande 
Que  dans  les  guerres  n'en  demande 
L'esprit  de  domination. 
Et  quel  trésor  serait  plus  digne 
De  tout  le  sang  qu'il  a  coûté 
Que  ce  viril  et  noble  insigne  : 


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ÉPITRES  DE  PFEFFEL  277 

Le  chapeau  de  ]a  Liberté? 

De  TEIbe  quitte  le  rivage  ; 

Arrive  chez  nous  et  partage 

Avec  nous  ce  bonheur  nouveau  : 

Tu  te  plaisais  dans  ma  patrie 

Même  avant  qu'un  si  beau  joyau 

Ne  la  parât,  coulant  ta  vie 

Parmi  nous.  Maintenant  le  roi 

Chez  nous  obéit  à  la  loi, 

M'élanl  plus  maître  que  pour  faire 

Le  bien  ;  et  comme  la  lumière 

Règne  partout^  plus  nul  trompeur 

Ne  nous  enlèvera  le  cœur 

De  celui  que  nous  aimions  comme 

Un  bon  monarque,  un  honnête  homme. 

Dans  ses  pays,  si  grands  et  beaux, 

Tous  sont  citoyens,  tous  égaux, 

Et  nos  lois,  elles  seront  faites 

Par  paysans  et  par  barons, 

Assis  sur  les  mêmes  banquettes 

En  vrais  Lycurgues  ou  Solons. 

Les  prêtres  par  la  violence 

Ne  pourront  plus  nous  convertir. 

Comme  nous  ils  devront  fournir 

Leur  part  d'impôts.  La  conscience 

Est  libre  :  Chaque  opinion. 

Et  fut-elle  même  hérétique. 

Au  conseil  de  la  Nation 

Peut  se  produire.  En  juge  inique 

Nul  magistrat  plus  ne  trafique 

De  sa  si  noble  fonction, 

Et  n'opprime  plus  l'innocence 

Par  son  injuste  violence, 

Mais  rend  impartialement, 

Sans  intérêts,  son  jugement. 


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278  REVUE  D'ALSACE 

L'orgueil  fondé  sur  les  ancêtres 

Ne  couvrira  plus  de  dédain 

Le  vrai  mérite,  ni  les  prêtres 

Ne  lui  fermeront  le  chemin 

Par  les  verrous  de  leurs  églises, 

Et  les  dignités  sont  promises. 

Comme  il  est  de  justice,  aux  gens 

Qui  montrent  le  plus  de  talents. 

Plus  de  corvée  et  plus  de  plainte  : 

Le  laboureur  pourra  sans  crainte 

Sur  ses  champs  tuer  le  gibier 

Dévastateur,  et  ne  payer 

Que  ce  qu'il  consent  par  ses  votes 

Sans  que  des  recors  odieux 

Ne  s'imposent  chez  lui  comme  hôtes, 

Ne  louchent  même  à  ses  cheveux. 

Plus  à  payer  de  redevance 

Au  chapelain  pour  les  naissances. 

Les  mariages,  les  trépas  ; 

Et  les  soldats  ne  viendront  pas 

Par  forme  de  plaisanterie 

À  ses  yeux  avaler  son  pain 

Ni  se  régaler  de  son  vin  ; 

Mais,  mieux  payés  par  la  Patrie 

Ils  dépendront  entièrement 

De  rÉlat,  prêtant  le  serment 

De  la  fidélité  civique 

Pas  au  roi,  comme  chef  unique, 

Mais  encore  à  la  Nation  : 

C'est  là  ce  qu'a  déjà  pu  faire 

Notre  peuple,  en  possession 

Depuis  si  peu  de  la  lumière 

Si  belle  de  la  Liberté. 

Un  plus  grand  plan  est  arrêté. 

L'on  peut  y  trouver  bien  des  choses 


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ÉPITRE  DE   PFEFFEL  279 

A  blâmer,  mais  pourtant  il  n'est 
Pas  digne  des  améres  gloses 
Que  mainte  épaisse  plume  émet  : 
Car  la  lumière  produit  Tombre 
Et  dans  les  révolutions 
Où  mainte  forte  digue  sombre, 
On  voit  aussi  les  nations 
De  leur  trop  nouvelle  puissance 
Abuser  par  la  violence. 
Assez  qu'à  plusieurs  millions 
Vienne  enfin  luire  l'espérance 
De  meilleurs  jours:  car  maintenant 
Nous  avons  tous  une  patrie 
Qui  des  citoyens  est  chérie, 
Mais  de  l'amour  le  plus  ardent  : 
Et  comme  pour  elle  on  redoute 
La  honte  de  la  banqueroute, 
Chacun  lui  donne  librement 
Ses  dons.  Satrapes  et  dynastes 
Sentent  leur  pouvoir  s'affaisser, 
Voyant  qu'avec  les  basses  castes 
Ils  ne  pourront  plus  s'amuser 
Comme  un  quilleur  lançant  sa  boule  ! 
Au  temps  jadis  l'or,  la  splendeur 
Des  titres,  l'égoïste  hauteur 
En  France  maintenaient  la  foule. 
Maintenant  sous  la  blouse^  comme 
Sous  l'habit,  chacun  voit  un  homme. 
Un  frère  !  Ah  !  qu'à  ton  noble  cœur 
Elle  aurait  plu,  la  belle  scène 
Qui  me  fit  pleurer  de  bonheur. 
Aux  bords  de  l'orgueilleuse  Seine 
Vint,  avec  son  bâton  noueux. 
Un  homme,  pauvre,  chauve  et  vieux 
De  cent  vingt  ans,  courbé  par  l'âge 


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280  REVUE  D'ALSACE 

Moins  que  par  son  long  esclavage, 

Etant  né  dans  le  Mont-Jura. 

Ce  vieil  affranchi  pénétra, 

Renopii  de  respect,  dans  la  salle 

Auguste  où  nos  amphyctions 

Font  dans  nos  institutions 

Une  réforme  générale. 

Comme  le  vieillard  Siméon 

Dans  son  bonheur  il  les  salue, 

Muet  !  La  vénération 

Ravit  nos  pères  à  sa  vue  : 

Tous  sont  debout  !  Tous  oublieux 

Des  titres,  blasons  des  aïeux, 

Rangs  princiers,  crosse  épiscopale, 

Oui  !  tous  tendent  respectueux 

Par  impulsion  générale 

Leurs  mains  au  vénérable  vieux, 

En  lui  donnant  le  nécessaire 

Et  plus,  pour  passer  sur  la  terre 

Au  moins  ses  derniers  jours  heureux  ^ 

Salut,  ô  ma  noble  patrie. 

Qu'on  juge,  malgré  l'ironie. 

De  plus  d'un  Timon  irrité, 

Si  digne  de  la  Liberté. 

Oh  I  garde-le  toujours  ce  gage 

Sacré,  cet  anneau  réputé 

Mis  à  ton  doigt  par  Dieu  !  Sois  sage  ! 

Que  le  désaccord  envieux. 

L'inconstance  ou  le  luxe  extrême 

Du  monde,  ce  vainqueur  suprême. 

Ne  te  le  prennent.  L'union, 

La  paix  soient  ton  ambition  ! 

Sur  ton  héroïsme  intrépide 

Comme  sur  une  pyramide 

1  n  mourut  en  janvier  1790. 


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ÉPITRE  DE  PFEFFEL  281 


Ta  gloire  pour  rélernité 

Se  fondera.  Mais  excité 

Par  ses  sauveurs,  si  quelqu'orage 

Écrasait  leur  sublime  ouvrage, 

Sous  ses  débris,  tout  le  premier, 

Moi  je  me  laisserais  broyer  ! 


Les  trois  États 

A  Monsieur  le  Conseiller  Petersen,  à  Darmstadt 
1790 

Du  cher  pays  de  Penn  la  Liberté 
Vient  visiter  le  beau  pays  de  France. 
Elle  voit  un  rustaud,  respirant  Tindigence, 
A  genoux,  haletant.  A  sa  droite  est  planté, 
Gros,  gras,  un  archevêque,  et  de  l'autre  côté. 
Bardé  de  fer,  un  duc  dont  l'insolent  panache 
Symbolise  l'orgueil  et  la  sotte  fierté  ; 
Et  les  deux,  le  dévot  ainsi  que  le  bravache. 
Écrasent  le  rustaud  de  leur  poids.  Sa  douleur 
Excite  la  pitié  de  la  déesse 
Qui  dit  enfin  :  c  Allons  !  un  peu  de  cœur! 
c  Debout  sans  crainte  ni  faiblesse, 
c  II  faut  braver  ces  orgueilleux 
«  Et  briser  enfin  toute  entrave  !  > 
Il  fait  ainsi,  près  d'eux  se  pose  en  brave, 
Est  aussi  grand  et  même  plus  grand  qu'eux  ! 

*  *  * 
Un  beau  spectacle,  amis  !  Pourvu  que  la  prudence 

Et  la  justice  animent  son  bras  fort  : 
Qu'importe  sans  cela  si  le  sceptre  ou  la  lance, 
La  crosse  ou  le  fléau  gouvernent  notre  sort? 


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282 


REVUE  D  ALSACE 


L'Homme  libre 

G]:ia.n8oii  populaire 

1790 


Qui  donc  est  libre?  Qui? 

Le  citoyen  qui  vole 

Ses  lois,  sans  qu'un  despote 

Ne  le  fasse  obéir 

Rien  qu'à  son  bon  plaisir  ! 

Qui  donc  est  libre  ?  Qui  ? 
L'homme  probe  et  sévère 
Qui  ne  veut  jamais  faire 
Ce  que  la  loi  défend 
Est  libre,  fort  et  grand  ! 

Qui  donc  est  libre?  Qui? 
Celui  qui  pour  nul  maître, 
Nul  moqueur  et  nul  prêtre, 
N'importe  qui  ou  quoi 
Ne  renonce  à  sa  foi  ! 

Qui  donc  est  libre?  Qui? 
Ceux  dont  la  tolérance 
Respecte  la  croyance 
D'autrui,  dans  le  prochain 
Voyant  un  être  humain  ! 

Qui  donc  est  libre?  Qui? 
Ceux  qui,  malgré  naissance, 
Débilité,  puissance. 
Richesse  ou  pauvreté 
Croient  à  l'Égalité  ! 


Qui  donc  est  libre?  Qui? 
L'homme  qui  prend  un  mince 
Souci  des  dons  d'un  prince, 
Qui  fait  son  plus  grand  bien 
Du  nom  de  citoyen  ! 

Qui  donc  est  libre?  Qui? 
Ceux  dont  la  conscience 
Méprise  l'inconstance, 
Les  applaudissements 
Des  petits  et  des  grands  ! 

Qui  donc  est  libre?  Qui? 
Ceux  qui  dans  leur  conduite 
Persistent,  leur  mérite 
Resta-t-il  incompris 
Dans  leur  ingrat  pays  ! 

Qui  donc  est  libre?  Qui? 
Ceux  qui...  la  tyrannie 
Leur  prenant  biens  et  vie... 
Conservent  les  moyens 
De  rester  citoyens  ! 

Qui  donc  est  libre?  Qui? 
Ceux,  à  l'heure  dernière, 
Fixant  leur  vie  entière 
Et  le  seuil  de  la  mort 
D'un  regard  calme  et  fort. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE 


I. 

Golmar^de  1814  à  1871;  récit  d'un  vieitx  Colmarieriy  par  Rodolphe 
K^PPEUN.  —  Paris,  Ch.  Schlseber,  257,  rue  Saint-Honoré,  avec  pré- 
face de  Jean  Macé. 

Jean-Macé,  Rodolphe  Kaeppelin.— Est-il  un  Alsacien  ayant 
vécu  dans  le  Haut-Rbin  de  1850  à  1870  qui  ait  connu  pen- 
dant ces  SO  années  deux  hommes  plus  dignes  de  l'estime  de 
tous,  deux  meilleurs  citoyens  ? 

Tous  deux  hommes  d'enseignement  d'abord,  l'un  au  pen- 
sionnat fameux  de  Beblenheim,  l'autre  au  collège  de  Colmar, 
celui-ci  resté  dans  une  sphère  plus  modeste  et  plus  calme, 
celui-là  porté  par  les  circonstances  dans  les  régions  plus 
hautes,  mais  souvent  troublées,  de  la  politique  et  devenu 
sénateur.  Kaeppelin  a  fait  le  livre  dont  je  veux  dire  un  mot 
aux  lecteurs  de  la  Revue  d'Alsace^  et  Macé  a  présenté  ce  livre 
au  public. 

Dans  un  élégant  volume  de  300  pages^  M.  Kaeppelin  a  re- 
tracé l'histoire  des  événements  -•  grands  et  petits  —  dont 
il  a  été  le  témoin  pendant  une  longue  suite  d'années  et  aux- 
quels il  a  été  plus  ou  moins  activement  mêlé.  Les  faits  poli- 
tiques trouvent  en  lui  un  juge  toujours  impartial,  d'une  haute 
et  imperturbable  raison.  —  Kaeppelin  est  un  de  ces  républi- 
cains comme  la  France  n'en  possède  pas  assez.  —  Quant 
aux  faits  locaux  appartenant  à  l'histoire  colmarienne,  c'est 
avec  une  tendre  émotion  et  comme  avec  une  filiale  piété  qu'il 
s'en  est  fait  le  narrateur. 

Les  Colmariens  restés  sur  la  terre  alsacienne,  ceux  qu'un 
douloureux  exode  a  dispersés  aux  quatre  vents  du  ciel,  éprou- 
veront, j'en  suis  convaincu,  un  véritable  plaisir  à  lire  cette 
nouvelle  chronique  colmarienne. 


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284  REVUE  d'alsace 

Combien,  parmi  ces  derniers  surtout,  seront  reconnais- 
sants à  leur  ancien  professeur  de  leur  avoir  donné  cette  joie 
de  revoir  pendant  une  heure  la  chère  patrie  absente;  les 
vieux  plus  encore  s'abandonneront  pendant  celte  lecture  au 
charme  inexprimable  des  souvenirs  d'enfance. 

Et  vous,  KaBppelin,  tel  qu'un  de  ces  chênes  du  Niederwald 
ou  de  la  Harth,  sous  lesquels  vous  vous  reposiez  jadis  pen- 
dant vos  parties  de  chasse,  continuez  de  braver  les  outrages 
du  temps,  gardez  pendant  de  longues  années  encore  ce  corps 
robuste,  ce  cœur  ardent,  cet  esprit  sain  dont  la  nature  vous 
a  doué. 

Que,  dans  votre  retraite  de  Clamart  —  angtdtis  ridenSy  — 

où  vous  vivez  entouré  de  l'affection  de  vos  enfants  et  de  vos 

pelils-enfants,  de  celle  si  tendre  et  si  dévouée  de  votre  chère 

femme,  ce  livre  ne  soit  pas  le  dernier  fruit  d'une  veine  que 

quatre-vingts  ans  n'ont  pas  encore  épuisée. 

L.  Brièle. 


II. 

F.  J.  DB  SANTA-ANNA  NKRT.  FoUc-Lore  Brésilien.  Poésie 
populaire.  —  Contes  et  Légendes.  —  Fables  et  mythes.  —  Poésie, 
musique,  danses  et  croyances  des  Indiens,  accompagnés  de  douze 
morceaux  de  musique.  —  Préface  du  Prince,  Roland  Bonaparte.  — 
Paris,  librairie  académiqpie  Didier  Perrin  et  G'«,  35,  quai  des  Grands- 
Augustins,  1889,  pet.  8»  de  xn-272  pages.  —  Prix  3,50  fr. 

L'auteur  de  l'intéressant  volume  que  nous  voulons  signaler 
est  Brésilien  et  a  recueilli  lui-même  au  pays  la  plupart  des 
contes,  légendes,  fables,  mythes  et  croyances  qu'il  enregistre 
et  qui  ont  cours  parmi  les  populations  indienne,  portugaise 
et  africaine  de  l'empire.  Ces  documents  populaires  sont  mar- 
qués aux  coins  de  leurs  origines  particulières,  cuivrée  ou 
indienne,  blanche  ou  portugaise,  noire  ou  africaine.  Depuis 
la  colonisation  par  les  Portugais,  dès  la  première  moitié  du 
xvie  siècle  jusqu'à  nos  jours,  il  s'est  naturellement  opéré  un 


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BULLETIN   U113LI0GHÂPHIQUE  285 

amalgame  des  trois  éléments,  mais  la  fusion  n'est  pas  encore 
assez  avancée  et  ne  le  sera  peut-être  jamais,  pour  faire  entiè- 
rement disparaître  de  la  tradition  populaire  le  cachet  dis- 
tinctif  des  trois  races  en  présence.  C'est  dans  les  dialectes 
de  ces  trois  cléments  qu'ont  été  recueillies  les  matières  de  la 
publication  intitulée  :  le  Folk-Lorc  brésilien. 

En  prenant  le  soin  d'exprimer  en  français  les  traditions 
hybrides  du  Brésil,  M.  de  Sanla-Anna  Nery  a  voulu  rendre  et 
a  rendu  en  effet  un  service  précieux  à  ses  confrères  du  Folk- 
Lore  français. 

C'est  au  moyen  de  travaux  de  ce  genre  que  l'on  parviendra 
à  démontrer  aux  sceptiques  de  toute  espèce  que,  dans  l'étude 
des  traditions  et  de  la  poésie  populaires^  dédaignée  jusque 
dans  les  derniers  temps,  il  y  a  autre  chose  qu'une  vaine  dis- 
traction, un  puéril  amusement.  Cette  étude  aboutira,  au 
conti*aire,  à  répandre  la  lumière  sur  des  points  obscurs  de 
l'histoire  des  nations. 

Il  y  a  dans  ce  charmant  ouvrage  la  notation  musicale  de 
douze  chants  populaires,  dont  une  ronde  enfantine,  une  ber- 
ceuse, etc.,  des  airs  sans  paroles  et  un  chant  indien  inédit. 
Cela  se  recommande  à  l'attention  de  M.  le  chanoine  Ilingre, 
qui  nous  a  donné  un  timide  travail  du  même  genre  dans  le 
dernier  bulletin  de  la  Pkilomatkique  de  Saint-Dié. 


III. 


Le  divorce  de  Napoléon,  par  Henri  Welschinger.  ^  Paris, 
librairie  Pion,  E.  Pion,  Nourrit  et  G'*,  éditeurs,  rue  Garancière,  10.  — 
1  vol.  p.  in-8o  de  XVI-^31  pages,  1889. 

C'est  une  question  de  droit  canonique  que  l'auteur  a  voulu 
traiter  dans  cette  étude,  à  l'occasion  du  récent  divorce  entre 
le  roi  Milan  et  la  reine  Nathalie.  11  n'a  pas  craint  de  reprendre 
en  sous-œuvre  ce  qui  a  été  écrit  relativement  au  divorce  de 


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286  iiEvuK  d'alsace 

Napoléon  el  d'établir,  au  moyen  de  pièces  inédites  dont 
M.  Thiers  a  eu  connaissance,  mais  dont  il  n'a  pas  suffisam- 
ment tenu  compte,  que  le  mariage  religieux  de  l'Empereur 
avec  Joséphine  Taelicr-de  Lapagerie  n'a  pu  être  valablement 
annulé  par  Tofficialilé  et  le  métropolitain  de  Paris.  La  sen- 
tence du  métropolite  de  Belgrade,  dans  la  cause  entre  le  roi 
el  la  reine  de  Serbie,  serait  entachée  du  même  vice  que  celle 
du  métropolitain  français  à  rencontre  de  Napoléon  el  de 
Joséphine.  Dans  les  deux  cas,  rautorité  religieuse  a  obéi  aux 
volontés  de  la  couronne  et  au  mépris  du  pouvoir  spirituel 
garanti  par  les  canons  de  l'Église. 

Le  consentement  à  la  dissolution  du  lien  religieux  imposé 
à  l'impératrice  Joséphine  était  sans  valeur,  par  la  raison  qu'au 
fond  de  sa  conscience  elle  n'a,  comme  la  reine  Nathalie, 
cessé  de  protester  contre  la  séparation  que  l'on  exigeait. 

Dans  le  fait  il  y  a,  comme  l'écrit  M.  Welscliinger,  une  cer- 
taine ressemblance  entre  les  deux  causes  qu'il  met  en  paral- 
lèle. Mais  on  se  demande  si  la  doctrine  orthodoxe  appliquée 
au  cas  de  Napoléon,  est  également  applicable  au  cas  de 
Milan  qui  relève  de  l'Église  hétérodoxe  ou  schismalique? 
Dans  l'affirmalive,  il  faudrait  admettre  qu'à  l'époque  du  di- 
vorce entre  le  patriarche  d'Orient  et  l'évêque  de  Rome  — 
d'après  les  anciens  canons  il  n'était  pas  encore  pape  -*-  sont 
demeurés  ou  se  sont,  plus  tard,  mis  d'accord  sur  la  doctrine 
sacramentaire  du  mariage  dans  les  deux  Églises  d'Orient  et 
d'Occident.  Confiné  sur  ce  terrain,  le  sujet  n'est  ni  plus  ni 
moins  que  réternelle  question  de  la  suprématie  spirituelle 
sur  le»  temporel,  invoquée  à  propos  des  deux  divorces 
modernes  voulus  par  deux  léies  couronnées.  Et  parce  que 
l'un  aura  consommé  l'action  d'une  façon  solennelle,  l'autre 
d'une  façon  bourgeoise,  est-ce  le  cas  de  leur  appliquer  l'a- 
dage :  Quod  licet  Jovi,  non  licet  Bovi?  En  morale  laïque,  le 
fait  est  le  même,  et  si  nous  en  croyons  l'antiquité,  ce  n'est 
pas  la  première  fois  que  Jupiter  se  serait  fait  animal  pour 


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? 


BULLETIN  BlBLIOGHAPHIQUli  287 

satisfaire  ses  fanlaisies.  Le  Jupiler  français ,  il  est  vrai,  a 
terminé  héroïquement  son  odyssée  à  Sainte-Hélène^  tandis  que 
l'animal  serbe  se  dispose,  dit-on,  à  se  faire  moine  pour  arri- 
ver au  palriarchat. 

Au  point  de  vue  simplement  historique,  le  travail  de 
M.  Welschinger  est  très  utile  et  très  intéressant.  Avec  le 
secours  de  pièces  justificatives,  sainement  appréciées,  il 
répand  une  vive  lumière  sur  des  faits  laissés  dans  l'ombre 
par  les  historiens  pour  ne  point  amoindrir  la  figure  du  prin- 
cipal acteur,  l'empereur  Napoléon  I®^ 

Le  jugement  sévèue  que  Tauteur  fait  peser  sur  les  complices, 
les  agents  et  les  courtisans  des  deux  souverains  est  aussi  juste 
'que  le  sont  les  déductions  philosophiques  à  déduire  des  faits 
en  faveur  de  l'émancipation  des  peuples. 

IV. 

La  terre  du  fk^id,  par  M.  le  De  Muston,  membre  de  la  Société 
d'anthropologie  de  Paris,  lauréat  de  la  Société  nationale  française  d'en- 
couragement au  bien,  etc.,  etc.  —  Montbéliard,  imprimerie  de  Victor 
Barbier,  1888.  —  1  vol.  in-8«  de  212  pages  et  XXVIII  planches. 

Ce  titre,  La  terre  du  froidy  refoule  instinctivement  la  sen- 
sation géographique  vers  La  terre  de  feu,  qui  est  l'opposé.  En 
fait,  c'est  bien  de  cela  qu'il  s'agit,  c'est-à-dire,  suivant  la 
théorie  de  Jean  Reynaud,  de  la  transmission  au  pôle  boréal 
des  glaces  du  pôle  austral  et  de  la  transmission  au  pôle  austral 
du  feu  ou  des  chaleurs  du  pôle  boréal.  Les  parties  intermé- 
diaires de  la  planète  subiront  naturellement  des  modifications 
de  température  adéquates  aux  degrés  de  longitude  et  de  lati- 
tude qui  leur  sont  propres. 

Quelles  sont  les  causes  du  phénomène  énoncé?  —  L'incli- 
naison du  plan  de  l'équateur  sur  le  plan  de  l'orbite;  puis, 
l'excentricité  même  de  l'orbite  qui  change  alternativement  la 
dislance  de  chacun  des  pôles  entre  le  soleil,  placé  au  foyer 


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288  REVUE  d'alsace 

de  l'ellipse  parcourue  ;  d'où  la  variation  séculaire  des  saisons. 

Combien  de  siècles  doivent  s'écouler  pour  que  l'évolution 
soit  accomplie?  —  tVers  le  dixième  ou  onzième  siècle  de 
noire  ère,  les  navigateurs  Scandinaves  trouvent  la  mer  libre 
sur  la  côte  orientale  du  Groenland;  ils  y  fondent  des  colonies 
qui  prospèrent  et  demeurent  en  relations  suivies  avec  l'Eu- 
rope. Vers  le  quatorzième  siècle,  la  mer  se  ferme;  les  com- 
munications s'interrompent,  parce  que  le  glacier  polaire 
austral  reprend  possession  d*un  terrain  qu'il  n'avait  aban- 
donné que  pour  quelques  siècles  et  le  pays  se  dépeuple.  Dans 
une  centaine  de  siècles  le  climat  de  Stockholm  descendra  à 
Paris,  celui  de  Paris  sur  le  littoral  de  la  Méditerranée  et  les 
cultures  qui  forment  aujourd'hui  la  prospérité  des  latitudes 
moyennes  suivront  le  même  refoulement.  » 

Voilà  les  prévisions  scientifiques  placées  par  M.  Muston 
dans^les  premières  pages  de  son  livre,  dont  la  suite  ne  traite 
généralement  que  des  formations  quaternaires  de  la  région 
de  l'Est,  comparées  aux  formations  de  même  nature  étudiées 
sur  divers  points  du  globe.  Dans  le  cours  de  sa  revue  com- 
parée, M.  Muston  fait  connaître  la  faune  de  la  région  aux 
temps  glaciaires.  Les  preuves  recueillies  dans  toutes  les  sta- 
tions visitées»  les  phénomènes  atmosphériques  auxquels  celles- 
ci  furent  soumises  aboutissent  à  la  confirmation  des  saisom 
séculaires  de  Jean  Reynaud.  Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  suivre 
l'auteur  dans  les  chemins  et  les  sentiers  qu'il  a  parcourus 
pour  mettre  d'accord  avec  la  théorie  les  faits  observés. 

Ce  qui  est  certain,  c'est  que  M.  Muston  aimait  passionnément 
son  pays  de  Montbéliard,  les  Alpes,  le  Jura  et  les  Vosges^  aux- 
quels il  a  consacré  les  tendresses  de  son  âme  et  les  travaux 
désintéressés  de  sa  noble  intelligence.  La  Revue  d'Alsace^  dont, 
en  toute  circonstance,  il  a  été  l'ami  bien  fidèle,  se  fait  un 
devoir,  à  propos  de  sa  dernière  œuvre,  de  consacrer. à  sa 
mémoire  un  tribut  de  regrets  qui  n'a  rien  de  banal. 

Fréd.  Kurtz. 


Struboortf,  typ.  U.  Fi«chl>ach  —  1568. 


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SOUVENIRS  D'ALSACE 

178e— 184e 

(SuUeK) 


m. 

Après  la  tourmente  révolutionnaire  que  Ton  a  franchie 
assez  heureusement  à  Schoppenwihr,  survient  la  période 
relativement  calme  du  consulat,  la  période  favorable  au 
développement  de  la  famille.  Les  demoiselles  sont  arrivées  à 
l'âge  où  Ton  doit  songer  à  leur  établissement  et  les  fils  à 
celui  où  ils  doivent  commencer  leur  carrière,  celle  des 
armes»  dans  laquelle  Taîné,  Sigismond,  avait  déjà  débuté, 
tandis  que  Fritz  et  Gustave  achevaient  leurs  études.  Les 
années  1797-1798  seront  elimatériques. 

En  juin  1797,  M*^**  Amélie  devient  l'épouse  de  Fritz  de 
Dietrich,  comme  cela  a  déjà  été  dit,  et  va  habiter  tantôt 
Strasbourg,  tantôt  les  forges  du  Jaegerthal,  avec  son  mari. 

En  janvier  1798,  Octavie  devient  la  femme  de  Fritz  de 
Stein,  chambellan  de  l'Électeur  de  Saxe-Meiningen,  et  va 
habiter  Nordheim,  où  elle  fera  figure,  avec  le  baron  son 
mari,  à  la  cour  de  l'Électeur.  Par  ce  mariage,  la  famille  de 
Bergheim-Schoppenwihr  devient  alliée  à  celle  de  M.  Waldner 
de  Freundstein,  propriétaire  du  château  d'Ollv^iller,  où  elle 
réside,  M"*'  de  Waldner  étant  la  sœur  du  baron  Fritz  de 
Stein. 

En  juîp  de  la  même  année  1798,  'ii}^^  Henriette  devient  la 
femme  d'Augustin  Périer  de  Grenoble  et  va  habiter  avec  son 

*  Voy.  pages  180  et  suiv,  de  la  livraison  avril — mai — ^!juin  1889. 

19 


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290  REVUE  D'ALSACE 

mari  tantôt  cette  ville,  tantôt  Vézille^  dans  le  voisinage  où 
M.  Périer  possédait  d'importants  établissements  industriels 
et  où  il  devint  propriétaire  du  château  que  M™*  Henriette 
habitera  avec  sa  nouvelle  famille. 

Il  ne  reste  plus  à  Schoppenwihr  que  W^  Fanny  avec  son 
père  et  sa  mère,  car  Fritz  et  Gustave  suivent  de  près  leur 
frère  Sigismond  dans  les  armées  du  consulat  et  de  TEmpire. 

Désormais  c'est  W^^  Fanny  qui  tiendra  la  plume  pour 
continuer  le  Hausbuch  épistolaire  de  Schoppenwihr.  Elle 
s'en  servira  d'une  façon  plus  brillante  encore  que  ses  aînées , 
car  la  part  qu'elle  prend  au  bonheur  de  tous  répand  sur  ses 
lettres  un  parfum  de  tendresse  si  vrai,  si  exempt  de  toute 
autre  pensée  qu'on  ne  saurait  les  parcourir  sans  éprouver  de 
chaudes  sympathies  pour  ce  caractère. 

Une  réponse  qu'elle  fait  à  sa  sœur  Amélie  (M"'*'  Fritz  de 
Dietrich)  et  une  lettre  de  sa  sœur  Henriette  (M"**  Augustin 
Périer)  laissent  deviner  qu'elle  aussi  aurait  pu,  une  ou  deux 
années  après  1798;  unir  son  sort  à  la  vie  de  l'un  ou  l'autre 
des  deux  prétendants  qui  sollicitaient  sa  main.  Soit  pressen- 
timent ou  toute  autre  cause  qui  n'est  pas  à  rechercher,  elle 
ajourna,  avec  résolution,  son  consentement  et  mourut  en 
1801  après  une  maladie  qui  en  trois  jours  l'entraîna  au 
champ  de  repos  d'Ostheim,  dont  Schoppenwihr  dépend. 

Aussi  fut-elle  chérie  de  tous  les  siens  et  regrettée  au  point 
que  dans  chacune  des  nouvelles  familles,  Dietrich,  Stein  et 
Périer,  le  prénom  de  Fanny  fut  donné  à  Tune  de  leurs  filles 
pour  faire  revivre  celle  que  l'on  avait  perdue. 

C'était  du  reste  une  habitude  dans  la  plupart  des  familles 
alsaciennes  de  transmettre  à  la  descendance  les  prénoms 
adoptés  par  les  ancêtres.  Dans  les  familles  de  Bergheim- 
Schoppenwihr  et  de  Dietrich  on  était  fidèle  à  la  tradition,  au 
point  que  souvent  le  lecteur  perd  le  fil  généalogique  et  com- 
met des  confusions  que  les  rares  notes  au  bas  des  pages  ne 
permettent  pas  toujours  d'éviter. 


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SOUVENIRS  d'alsace  291 

C'est  à  partir  du  mariage  des  trois  sœurs  que  la  correspon- 
dance révèle  les  trésors  de  tendresse,  d'altachemenl  et  de 
savoir  accumulés  par  la  vie  de  famille  à  Schoppenwihr  et  à 
Colmar,  par  la  foi  éclairée,  l'éducation,  l'étude  incessante, 
les  distractions  honnêtes  et  les  soins  domestiques.  Aussi 
est-ce  avec  une  véritable  jouissance  que  l'on  prend  commu- 
nication des  fragments  épistolaires  concernant  les  relations 
de  ces  dames  entre  elles  et  avec  leurs  amies.  Les  lettres  de 
M"°  Fanny  surtout  ont  une  saveur  exquise,  soit  qu'elle  les 
écrive  de  Schoppenwihr  ou  de  Strasbourg  pendant  les  visites 
qu'elle  faisait  à  sa  sœur  Amélie,  M^Q^  Fritz  de  Dietrich. 

A  cette  occasion,  il  faut  signaler  une  erreur  au  profit  de 
Colmar  dans  la  préface  des  Souvenirs.  Colmar,  qui,  en 
maintes  occasions,  se  mit  en  frais  pour  recevoir  et  héberger 
des  empereurs,  des  rois  et  des  princes,  n'a  pas  eu,  que  nous 
sachions,  la  bonne  ou  mauvaise  fortune  de  recevoir  Bona- 
parte, général,  consul  ou  empereur.  Si  M^^^  Fanny  et  sa  sœur 
Amélie  ont  eu  l'avantage  de  déjeuner  avec  lui,  comme  le  dit 
une  lettre  de  M"'  Fanny,  cela  eut  lieu  à  Strasbourg,  à  l'hôtel 
de  la  Maison-Bouge^  non  à  Colmar,  qui  en  fait  d'hôtels  en 
renom  n^avait  à  cette  époque  que  l'hôtel  des  Six-Montagnes- 
Noires,  à  l'entrée  de  la  KrtUenau.  Ce  qui  a  induit  en  erreur 
c'est  vraisemblablen^nt  la  présentation  au  général  Bona- 
parte, par  M.  Fritz  de  Dietrich,  de  W^''*  Caroline  et  Frédé- 
rique  Pfeffel,  filles  du  poète  colmarien;  ces  demoiselles 
avaient  accompagné  Fanny  à  Strasbourg  chez  leur  amie, 
M™«  Fritz  de  Dietrich. 

Il  faut  croire  que  celle-ci  avait  de  puissantes  vertus 
attractives,  car  elle  ne  cesse  d'être  le  centre  vers  lequel  con- 
vergent les  relations  que  l'on  fait  connaître  ;  on  devine  même 
quelle  en  était  la  principale  cheville  ouvrière,  bien  que  dans 
les  lettres  éditées  il  s'en  trouve  à  peine  deux  ou  trois  des 
siennes.  C'est  à  elle  que  M"^  Fanny,  M"»®  Octavie  de  Stein, 
]»«•  Henriette  Périer,  M"«  Frédérique  Pfeffel,  W^  de  Mont- 


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292  REVUE  D'ALSACE 

brison  (Marie  d'Oberkirch),  M"®  de  Gérando  (Annette  de 
Rathsamhausen)  écrivent  ou  répondent  fréquemment  en  la 
chargeant  de  communiquer  leurs  épilres  aux  membres  de  la 
famille  et  aux  amies  qu'elles  peuvent  intéresser.  Strasbourg 
et  le  Jsegerthal  étaient  ainsi  devenus  le  point  de  ralliement 
de  l'aimable  société,  dont  Schoppenwihr  et  Colmar  étaient  ie 
berceau.  Gela  ne  veut  pas  dire  que  Schoppenwihr  était  aban- 
donnéy  bien  au  contraire:  c'est  là  que  Ton  revenait  aussi 
souvent  que  possible,  c'est  là  que  Ton  se  donnait  rendez- 
vous  pour  y  vivre  réunis  pendant  les  derniers  mois  de  la  belle 
saison  avec  les  enfants  des  nouvelles  familles,  c'est  même  là 
que  quelques-uns  virent  le  jour  au  berceau  de  leurs  mères, 
c'est  là  que  l'un  d'eux,  Adolphe  Périer,  mourut  et  fut  enterré 
à  Ostheim  près  de  sa  tante  Fanny,  c'est  là  que,  de  temps  à 
autre,  fils,  filles,  amis  venaient  passer  des  journées,  des 
semaines,  des  mois  pour  s'y  reposer  physiquement,  morale- 
ment et  aussi  pour  ne  pas  laisser  dans  la  solitude  des 
parents,  des  amis,  c'est  là  enfin  que  revenaient  les  lettres 
échangées  entre  frères,  sœurs  et  amis  dispersés,  de  sorte  que, 
à  Schoppenwihr,  on  savait  jusqu'aux  moindres  détails  la  vie, 
les  joies  et  les  peines  de  tous. 

La  somme  des  joies  fut  grande  au  sein  de  cette  famille  et 
de  ses  alliés.  Les  dames  surtout  en  furent  la  source  et  les 
causes;  elles  en  avaient  la  conscience.  «Notre  devoir,  écri- 
vait l'une  d'elles,  est  d'être  les  conseillères  et  les  soutiens.» 
Elles  remplirent  fidèlement  ce  devoir  et  si  elles  en  devaient 
partager  les  satisfactions,  elles  devaient  aussi  prendre  la  plus 
grande  part  aux  amertumes  inévitables  de  la  vie,  car  rien 
n'est  éternel  dans  ce  monde,  et  plus  on  s'est  élevé  dans  la 
région  des  grandeurs  relatives,  plus  vivement  l'on  est  touché 
par  les  diverses  infortunes  que  l'on  ne  peut  éviter.  Ils  sont 
nombreux  ceux  qui  dans  le  cours  de  l'existence  s'enivrent 
des  succès,  ils  sont  rares  ceux  qui  ont  assez  de  philosophie 
pour  faire  bonne  contenance  aux  revers.  Chez  les  dames  de 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  293 

Bergheim-Schoppenwibr  leur  philosophie  religieuse  était 
assez  robuste  pour  les  préserver  de  toute  défaillance  et 
faire  accepter  noblement  les  afflictions  que  la  vie  leur  réser- 
vait. 11  faut  lire  leurs  lettres  de  condoléance  et  de  consolation 
quand  un  malheur  ou  une  souffrance  les  visitait.  Toutes 
accourent  pour  prendre  part  à  la  douleur,  pleurer,  consoler 
et  soutenir  celui  ou  celle  <|ui  était  le  plus  directement 
atteint,  pour  les  rattacher  aux  bienfaits  de  la  vie  par  tous  les 
liens  physiques  et  moraux  que  les  plus  dures  épreuves  ne 
peuvent  absolument  anéantir, 

La  fm  du  dernier  siècle  avait  été  une  rude  école  pour  ces 
dames  et  le  commencement  du  siècle  où  elles  entraient  en 
ménage  ne  'devait  pas  leur  rendre  la  vie  moins  tourmentée 
par  les  événements.  La  position  d'Octavie  surtout  était  déli- 
cate :  en  épousant  le  Saxon  Stein  elle  devait  naturellement 
être  attachée  à  sa  nouvelle  nationalité;  d'un  autre  côté  sa 
famille  essentiellement  française,  comme  elle-même  d'ail- 
leurs, restait  dans  le  camp  opposé  et  ses  trois  frères,  qui 
avaient  embrassé  la  carrière  des  armes,  pouvaient,  d'un  jour  à 
l'autre,  se  trouver  en  face  de  son  mari,  obligé,  par  sa  posi- 
tion, d'être  aussi  un  homme  de  guerre  pour  défendre  sa 
patrie.  C'est  à  une  leçon  classique  qu'elle  fait  un  emprunt 
pour  peindre  sa  situation  dans  une  lettre  qu'elle  écrit  à  sa 
mère  le  31  mai  1800. 

«  Rome,  8i  tu  te  plains  que  c'est  là  te  trahir^ 
Fais-moi  des  ennemis  que  je  puisse  haïr. 
Quand  de  nos  murs  je  vois  leur  armée  et  la  nôtre, 
Mes  trois  frères  dans  Fune  et  mon  mari  dans  l'autre, 
Puis-je  faire  des  vœux  et  sans  impiété 
Importuner  le  ciel  pour  ta  félicité  ?  » 

On  conçoit  aisément  que,  dans  leurs  positions,  des  femmes 
aussi  instruites  que  les  dames  de  Bergheim-Schoppenwihr  et 
Içurs  amies  ne  devaient  pas  rester  indifférentes  aux  choses 
politiques  et  qu'au  contraire  leur  esprit  devait  être  constam- 


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294  REVUE  d'alsace 

ment  en  éveil  au  moindre  symptôme  de  conflit.  C'est  princi- 
palement dans  les  moments  criiiques  des  guerres  du  premier 
empire  que  la  correspondance  devint  active  entre  Schoppen- 
wihr,  Nordheim,  Strasbourg,  Grenoble  et  Paris,  où  ces 
dames  se  trouvaient  tantôt  réunies,  tantôt  isolées.  Toutes  ces 
lettres  sont  empreintes  d'une  diplomatie  précautionnée  qui 
devait  les  préserver  de  sévices  dans  le  cas  où  elles  tombe- 
raient dans  les  mains  de  Tennemi  ou  dans  des  mains  étran- 
gères. Tandis  que  la  France  et  TÂllemagne  se  portaient  de 
rudes  coups  sur  les  champs  de  bataille,  la  France  et  TAlle- 
magne  étaient  en  correspondance  active  et  fraternelle  dans 
notre  pelit  monde  alsacien  ;  on  se  renseignait  réciproquement 
non  seulement  sur  les  faits  accomplis,  mais  encore  sur  les 
faits  à  venir  plus  ou  moins  probables.  Germandrée  ou  Marie 
d'Oberkîrch  (M"»»  de  Montbrison),  Immortelle  ou  Annette  de 
Ralbsamhausen  (M»»®  de  Gérando),  Bique  ou  Frédérique 
Pfeffel  n'ont  jamais  cessé  d'être  de  la  partie  et  d'apporter 
leur  contingent  aux  négociations  privées  pour  la  paix  en 
Taveur  de  l'humanité,  non  à  la  façon  de  M'"'^  de  Krudner, 
mais  à  la  façon  de  bonnes  mères  de  famille,  préoccupées, 
sans  doute,  du  salut  des  leurs,  mais  aussi  du  salut  des  vic- 
times populaires  à  quelque  nationalité  qu'elles  apparlinssent. 
En  181â,  M°>6  Octavie  de  Stein  eut,  elle  aussi,  l'honneur  de 
s'asseoir  à  la  table  du  Tsar  avec  son  état-major,  d'y  repré- 
senter avantageusement  la  France,  de  plaider  sa  cause  en 
même  temps  que  celle  de  ses  frères^  celle  de  Sigismond  par- 
ticulièrement, que  l'on  croyait  prisonnier  de  la  sainte 
alliance,  d'intéresser  à  son  sort  l'empereur  lui-même  ainsi 
que  les  officiers  supérieurs  russes  qui  l'avaient  connu  soit  à 
Paris,  soit  sur  les  champs  de  bataille  et  notamment  à  l'en- 
trevue de  Tilsitt.  Il  va  de  soi  qu'en  Alsace,  à  Paris  et  à  Gre- 
noble on  était  averti  sans  retard  et  que  l'on  avisait  aux 
moyens  de  se  ménager  des  protections  en  cas  de  défaite  et 
d'invasion.  C'est  ainsi  que  le  général  Sigismond,  qui  d'ail- 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  295 

leurs  se  recommandait  assez  par  lui-même,  fut  institué  gou- 
verneur de  la  Haute-Alsace  pendant  la  première  occupation. 
Ce  fait  seul  rendit  des  services  non  seulement  à  la  famille  de 
Bergheim-Schoppenwihr,  mais  encore  au- pays,  qui  aurait  été 
plus  maltraité  qu'il  le  fut  si  la  présence  d'un  général  fran- 
çais, connu  de  l'ennemi,  n'avait  pas  été  une  constante  sauve- 
garde contre  les  excès  d'une  soldatesque  victorieuse.  On  dût 
le  reconnaître  à  la  seconde  invasion  et  c'est  M°^^  de  Berg- 
heim-Schoppenwibr  qui  va  le  démontrer  dans  une  lettre 
qu'elle  écrivit  de  Colmar,  le  15  août  1815,  à  sa  fille, 
M"»*  Octavie  de  Stein. 

J'ai  tardé  à  vous  écrire  parce  que  j'espérais  d'un  jour  à  l'autre 
vous  annoncer  un  changement  avantageux  dans  notre  position. 
Malheureusement  les  maux  augmentent,  on  n'en  voit  plus  la 
fin 

Nous  avons  été,  samedi,  voir  vos  frères  à  Schlestadt^  ils  se 
portent  très  bien,  tant  au  moral  qu'au  physique  ;  le  général  qui 
commande  le  blocus  est  un  excellent  homme Il  a  eu  la  com- 
plaisance de  nous  accompagner  jusqu'aux  avant-postes  français  et 
avait  lait  prévenir  Sigismond 

Nous  avons  été  hier  à  Schoppenwihr Nous  y  avons 

été  déjà  plusieurs  fois.  Que  les  Allemands  ne  parlent  plus  de  la 
conduite  des  Français  dans  leur  pays.  S'ils  s'y  étaient  conduits 
comme  eux  chez  nous^  ils  n'auraient  certainement  pas  pu  y  rester 
longtemps,  car  d'ici  à  Noël  personne  n'aura  plus  rien,  ni  pour 
eux  ni  pour  nous.  Le  comte  de  Hochberg  était  logé  à  la  préfecture, 
ses  fourgons  sont  partis  avant-hier;  il  a  fait  emporter  ce  qui  y 
était,  même  ce  que  des  particuliers  avaient  prêté.  Il  y  avait  entre 
autres  une  belle  pendule  que  tous  les  généraux  bavarois  ont 
laissée  à  sa  place  et  que  ces  voleurs  de  Badois  '  ont  prise.  Il  a  eu 

*  Il  faut  croire  que  les  Badois  se  conduisirent  en  effet  comme  de 
vrais  piUards  dans  le  Haut-Rhin  où  ils  se  gobergèrent  plantureuse- 
ment;  ce  qui  dicta  à  l'esprit  populaire  le  caractéristique  dicton:  Zurûck 
nach  Kestenholtz  !  qui,  de  notre  temps,  est  encore  monnaie  courante 
dans  les  villages  des  anciens  arrondissements  de  Golmar  et  de  Schle- 
stadt.  On  raconte  qu'à  l'évacuation  des  Badois,  un  étapier  rubicond 
était  préposé  à  chaque  tête  de  pont  avec  une  balance  sur  laquelle 


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296  REVUE  D'ALSACE 

la  même  conduite  Tannée  dernière  au  blocus  de  Strasbiourg;  on 
me  l'avait  dit,  je  n'avais  pas  voulu  le  croire^  mais  je  n'en  doute 
plus  à  présent.  Les  Bavarois  se  sont  conduits  comme  des  anges  en 
comparaison  des  hordes  actuelles;  aussi  les  cite-t-on  souvent, 
mais  cela  ne  les  pique  (les  Badois)  pas  d'honneur Imaginez- 
vous  que  la  petite  ville  de  Niederbronn  est  taxée  à  deux  cent  mille 

francs On  croit,  en  vérité,  être  abandonné  de  la  Providence. 

Heureux  ceux  qui  n'ont  pas  survécu  à  tant  de  maux 

Il  semble  que  M*»®  de  Bergheim-Schoppenv^rihr  n'entre- 
voyait pas  que  la  fin  de  la  guerre  fût  prochaine  quand  elle 
écrivit  cette  lettre  à  sa  fille  à  Nordheim.  M""*  de  Montbrison, 
qui  se  trouvait  dans  son  domaine  à  Oberkirch,  était  d'un 
avis  contraire,  car  elle  écrivait  le  17   du   même  mois  à 
Mq>®  Amélie  de  Dietrich  que  son  mari  avait  été  bien  accueilli, 
qu'il  avait  eu  une  audience  du  roi  (Louis  XVIII)  et  que  la 
paix  allait  être  définitivement  conclue  sans  que  TAlsace  servit 
de  rançon.  Avant  le  lever  du  nouveau  soleil,  le  recteur  de 
l'Académie  de  Strasbourg  s'était  ainsi  placé  au  premier  rang 
de  ses  adorateurs,  et  sa  femme,  Marie  d'Oberkirch,  ne  devait 
que  suivre  son  exemple.  D'ailleurs,  il  convient  de  recon- 
naître qu'après  les  désastres  de  la  campagne  de  Russie  et 
l'épuisement  des  forces  vitales  de  la  nation  française,  l'opi- 
nion de  la  très  grande  majorité  du  pays  réclamait  la  paix  à 
tout  prix.  Dans  le  monde  féminin  du  cercle  de  Bergheim- 
Schoppenwihr  le  même  courant  emportait  les  esprits. 

En  était-il  de  même  chez  le  sexe  fort?  On  ne  saurait  l'af- 
firmer. La  France  avait  subi  de  trop  gi*ands  revers,  de 
trop  grandes  humiliations  pour  que  les  compagnons  du  grand 
capitaine  acceptassent,  autrement  que  contraints  et  forcés, 
un  souverain  imposé  par  l'étranger.  Pendant  les  cent  jours 
Sigismond  et  Fritz  avaient  pris  couleur  et  c'est  avec  une 

chaque  soldat  devait  se  placer,  sans  armes,  pour  vérifier  s'il  pesait  ou 
non  120  kilos.  Toutes  les  fois  que  ce  poids  n'était  pas  atteint,  l'étapier 
renvoyait  le  soldat  à  Ghâtenois,  près  de  Schlestadt,  pour  achever  de  s'y 
engraisser.  Zurûck  nach  Kestenholtz. 


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SOUVENIRS  d'alsage.  297 

résignation  péniblement  contenue  qu'ils  assistaient  anx  pre- 
miers actes  d'une  Restauration  acclamée  par  les  uns,  ré* 
prouvée  mais  subie  par  les  vaincus.  Une  lettre  de  M°>®  Octavie 
de  Stein  nous  apprend  qu'au  rapport  des  officiers  saxons 
qu'il  avait  dû  présenter  à  sa  mère  avant  leur  départ,  son 
frèrC;  le  général  Sigismond,  était  accablé  de  tristesse,  tandis 
qu'une  autre  lettre  de  Grenoble  nous  montre  H<^®  Henriette 
Périer  entraînée  au  courant  contraire  :  le  lys  et  le  drapeau 
blanc  des  Bourbons  sont  salués  à  Grenoble  comme  la 
rédemption.  Cependant  elle  n'était  pas  aussi  rassurée  sur 
l'avenir  du  nouveau  régime  qu'elle  s'efforçait  de  le  paraître, 
car  elle  signale  en  même  temps  le  mécontentement  des  vieux 
partis  et  les  dangers  au  devant  desquels  courraient  les  ultra^ 
royalistes  en  poussant  le  roi  aux  rigueurs  exagérées  contre 
ces  partis.  Dans  sa  réponse,  où  la  satisfaction  et  la  crainte 
ont  une  part  égale,  M«»«  Octavie  de  Stein  entrevoit  un  rayon 
lumineux  pour  le  salut  et  la  tranquillité  de  la  France  dans  le 
duc  d'Orléans  et  sa  famille.  La  Française-Saxonne  prévoyait 
ainsi  l'avenir  à  quinze  années  de  dislance  et  se  rapprochait, 
pour  le  moment,  plus  que  ses  sœurs  et  ses  amies,  des  idées 
libérales  dont  leurs  jeunes  années  avaient  été  nourries  au 
seiu  de  la  famille. 

En  fait,  le  parti  de  la  résistance  ou  libéral  se  constituait, 
dans  le  Haut-Rhin  et  ailleurs,  dès  le  premier  jour  du  réta- 
blissement de  la  monarchie  et  Sigismond  de  Bergheim  en 
était  un  des  membres  marquants.  Aux  élections  du  22  août 
1815  il  est  élu  député  du  Haut-Rhin  avec  Voyer-d'Argenson 
et  Marandet,  secrétaire  d'ambassade,  de  Serre,  premier  pré- 
sident de  la  cour  royale,  Moll  d'Eschentzwiller  et  Willig,  juge 
de  paix  à  Wintzenheim.  La  députation  du  département  se 
trouvait  ainsi  composée  de  trois  ultra-royalistes  et  de  trois 
royalistes  forcés,  dont  l'un  d'eux  au  moins  aurait  prochai- 
nement fait  parler  de  lui  d'une  façon  peu  favorable  à  la 
royauté  imposée.  Il  est  indubitable  que  si  le  général   de 


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298  REVUE  d'alsace 

Bergheim  eût  vécu  une  ou  deux  années  de  plus^  sou  nom 
aurait  été  associé  à  ceux  de  Lafayette  et  de  Voyer-d'Ârgenson 
dans  la  tentative  connue  sous  le  nom  de  Conspiration  de  Bel- 
fort.  Le  Carbonarisme  avait  déjà  fait  son  entrée  en  France 
quand  le  général  mourut*  C'est  évidemment  à  cela  que 
Mine  Henriette  Périer  faisait  allusion  dans  une  lettre  qu'elle 
écrivait  du  château  de  Vizille  le  25  juin  1815  à  sa  sœur» 
M"*^  Amélie  de  Dietrich.  Sa  formule  est  une  délicate  super- 
cherie littéraire  que  M°*®  Amélie  pouvait  transmettre  à  leur 
frère  Sigismond  sans  risquer  de  lui  déplaire.  Elle  mérite 
d'être  reproduite. 

A  propos^  il  y  a  longtemps  que  je  suis  chargée  d!une  commis- 
sion pour  toi.  Tu  dois  te  souvenir  d'une  certaine  jeune  personne 
que  nous  avons  connue  autrefois  sous  le  nom  ôiÉglantine.  Je  l'ai 
vue  assez  souvent  ces  temps  passés.  Elle  m'a  paru  assez  préoc- 
cupée du  sort  de  ses  frères,  qui^  comme  tu  le  penses»  jouent  aussi 
un  rôle  dans  cette  grande  querelle. 

Elle  aurait  au  moins  désiré  qu'ils  ne  se  fissent  remarquer  en 
rien,  et  voilà  qu'elle  apprend  que  l'un  d'eux  est  à  la  tète  d'une 
fédération.  Elle  pense  que  ce  rôle  ne  lui  convient  pas,  qu'il  devrait 
se  borner  à  garder  le  sien.  Il  est  inutile  de  revenir  sur  ce  qui  est 
fait  et  elle  ne  désire  pas  qu'on  parle  de  cela  à  ce  frère,  mais  qu'on 
lui  fa^e  envisager  combien  il  est  prudent  de  ne  pas  adopter  une 
couleur  prononcée  dans  des  temps  comme  ceux-ci 

Eglantine  te  prie  de  lui  insinuer  ces  vérités ,  s'il  est  possible. 
Elle  ne  s'étonne  et  ne  se  scandalise  de  rien,  mais  comme  elle  est 
un  peu  sceptique  et  qu'elle  ne  voit  pas  clairement  où  est  le  bien,  il 
lui  semble  que  s'abstenir  serait  le  mieux.  En  quoi  nous  sommes 
tombés  d'accord  avec  elle,  c'est  qu'il  est  bien  singulier  que  pour 
un  seul  homme  il  faille  en  sacrifier  tant  et  que  ce  génie  a  terrible* 
ment  emprunté  au  génie  de  mal 

L'admonition  était  verte»  sans  doute,  mais  pas  dépourvue 
d'un  grand  sens  politique.  Elle  prouve  une  fois  de  plus  que 
les  Carbonari  complotaient  en  faveur  de  Bonaparte,  prison* 
nier  à  Sainte-Hélène,  ou  de  son  fils,  le  duc  de  Reichstadt, 
retiré  en  Autriche  avec  sa  mère;  et  que  si,  plus  tard,  ce  parti 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  299 

fui  qualifié  de  parti  libéral^  son  œuvre  de  démolition  de  la 
royauté  «de  droit  divin»  ne  pouvait  profiter  qu'au  rétablisse- 
ment du  régime  républicain  ou  de  la  monarchie  constitution- 
nelle au  profit  du  fils  de  Philippe  Égalité,  planche  de  salut 
entrevue,  à  travers  les  nuages  du  temps,  par  la  sœur  du 
iieutenant-général  Sigismond  de  Bergheim,  M""^  Octavie  de 
Stein. 

Peut-on  dire  que  M™^  Périer  conforma  toujours  son  alti- 
tude politique  à  la  prudence  qu'elle  recommandait  à  son 
frère  Sigismond  ?  Dans  ses  jeunes  années,  à  Schoppenwihr, 
on  lui  avait  donné  comme  parrain  putatif  le  conventionnel 
Fabre  d'Églantine.  Or  Églantinei^M'"'^  Henriette  Périer  se 
livre  à  un  entraînement  prononcé  en  faveur  du  comte  d'Ar- 
tois, qui  fait  une  visite  à  Grenoble  en  1815.  Monsieur  —  qui 
sera  plus  tard  Charles  X  —  est  charmant,  gracieux  et  répond 
avec  attendrissement  aux  manifestations  d'attachement  dont  il 
est  Fobjet  et  qui  arrachent  à  son  mutisme  ces  délicieuses 
paroles  :  «Oui,  certes,  bons  et  aimables  Français  ! 

a  Où  peut-on  être  mieux  qu'au  sein  de  sa  famille  ?  d. 

M'"''  de  Montbrison  (Marie  d'Oberkirch)  elle  aussi  est  bonne 
physionomiste  dans  une  circonstance  pareille  :  elle  dit  que 
l'extérieur  du  duc  d'Angouléme  (firére  de  M.  d'Artois)  n'est 
pas  agréable,  qu'il  a  toujours  l'air  de  mauvaise  humeur,  mais 
qu'il  gagne  à  être  connu.  Quand  l'heure  aura  sonné,  ces 
dames  modifieront  modérément  leurs  appréciations. 


IV. 

Sous  la  Restauration,  nos  Alsaciennes  eurent,  comme  tout 
le  monde^  une  existence  moins  agitée  qu'aux  temps  de  la 
Révolution  et  de  l'Empire.  Indépendamment  des  angoisses 
résultant  des  événements,  elles  avaient  été  affligées  par  la 
mort  de  plusieurs  parents  ;  en  1797^  au  mois  de  novembre^ 


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300  REVUE  d'alsace 

elles  enterraient  M"^  de  Waldner,  bèlle-sœur  de  M*»*»  Oclavie 
de  Slein;  en  février  1801,  M"«  Fanny  de  Bergheira-Schop- 
penwihr;  en  juin  1803,  M.  deStein,  beau-père  de  M™<^  Octavie* 
En  février  1808,  M.  Fritz  de  Dietrich,  fils  aîné  du  malheureux 
maire  de  Strasbourg,  mari  d'Amélie  de  Bergheim-Schoppen- 
wihr  et  maître  des  forges  du  Jaegerthal,  près  de  Nieder- 
bronn;  en  mars  de  la  même  année  1806,  la  veuve  du  maire, 
née  Ochs,  de  Bâle,  mère  de  Fritz,  maître  de  forges  et  belle- 
mère  d'Amélie  de  Bergheim-Schoppenwihr;  en  mai  1809, 
leur  ami  Amédée-Conrad  PfeffeH;  en  janvier  1812,  M.  de 
Bergheim-Schoppenwihr  père  et  enfin  en  1813,  Gustave  de 
Bergheim-Schoppenwihr,  le  plus  jeune  des  trois  fils.  Ces 
morts  successives  avaient  nécessairement  occasionné  de 
grands  changements  dans  la  vie  de  l'ancienne  maison  de 
campagne  ;  M''^''  de  Bergheim  s'y  trouvait  seule  et  la  mort  de 
son  gendre,  Fritz  de  Dietrich,  laissait  à  la  charge  de  sa 
femme  la  gérance  des  usines  du  Bas-Rhin  ;  d'un  autre  côté, 
les  fils  étaient  à  leurs  postes  dans  l'armée  et  les  filles, 
Octavie  et  Henriette,  avec  leurs  maris  en  Saxe  et  dans  le 
Dauphiné.  Schoppenwihr  n'était  pour  ainsi  dire  plus  qu'une 
expression  géographique,  à  la  garde  de  M"^  de  Bergheim, 
née  de  Glaubitz.  Mais  la  maison  de  campagne  est  trop  pleine 
de  souvenirs  pour  qu'elle  soit  abandonnée,  pour  que  l'on 
n'y  revienne  pas  aussi  souvent  que  possible  dans  les  temps 
de  paix  et  de  tranquillité  relative  que  la  Restauration  inau- 
gurait. 

On  y  revenait  donc  fréquemment,  mais  outre  que  Stras- 
bourg, Grenoble  et  Nordheim  se  partageaient  les  attractions 

^  Tous  nos  aatears  alsaciens  donnent  à  Pfeffel  les  pronoms  de  Théo- 
phile^Conrad,  Nous  devons  à  Famitié  de  M.  Henri  Berger,  manufactu- 
rier à  Montbéiiard,  un  renseignement  exact  à  cet  égard.  C'est  sous  les 
prénoms  de  Amédée-Conrad  que  Pfeffel  figure  dans  Pacte  de  mariage 
de  sa  fille  Caroline-Louise,  le  10  décembre  1806,  avec  M.  Charles-Louis 
Berger,  décédé  à  Montbéiiard  le  14  février  1811.  Théophile  était  peut- 
être  la  grècisation  d'Amédée. 


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SOUVENIRS  d' ALSACE  301 

et  le  devoir  de  chacun,  un  autre  point  supplémentaire  ne 
tarda  pas  à  exiger  sa  part,  la  part  du  lion,  dans  le  partage. 
M™*  Amélie  de  Dietrich,  qui  avait  plusieurs  fois  habité  la 
grande  ville  avec  son  mari  défunt,  avait  à  y  soigner  Tintérét 
des  forges  dont  elle  avait  la  gérance;  le  lieutenant-général, 
son  frère,  devait  en  quelque  sorte  en  faire  sa  résidence  pour 
représenter  Colmar,  qui  l'avait  élu  son  député;  Augustin 
Périer,  filateur  à  Grenoble,  devait  aussi  y  passer  une  grande 
partie  de  son  temps  pour  donner  ses  soins  au  placement  des 
produits  de  son  industrie  et  utiliser  les  services  de  son 
frère,  Casimir,  qui  y  était  établi  banquier,  de  sorte  que,  par 
la  force  des  choses,  Paris  devait  devenir  le  centre  principal 
de  la  famille^  Strasbourg,  le  Ja&gerthal  et  Vizille  les  lieux 
de  production,  Schoppenwihr  rester  le  berceau  un  peu 
désert,  le  château  du  Jaegerthal,  celui  de  Vizille  et  celui  de 
Nordheim  les  résidences  princières  et  temporaires  des 
anciens,  des  jeunes  et  des  amis.  D'ailleurs,  Augustin  Périer, 
homme  marquant  du  Dauphiné,  songeait  sérieusement  à 
devenir  son  représentant  à  la  Chambre  des  députés  et  à  habi- 
tuer l'un  au  moins  de  ses  61s,  Adolphe,  qui  y  prenait  goût, 
à  la  direction  des  fabriques  de  Vizille.  Scipion  Périer,  occupé 
d'affaires  de  banque,  y  était  déjà  avec  sa  femme,  Louise  de 
Dielrich,  cousine  des  dames  de  Bergbeim,  et  M'"''  de  Mont- 
brison,  Marie  d'Oberkirch,  sous  prétexte  de  raison  de  santé 
pour  son  mari,  venait  aussi  s'y  fixer,  pour  avoir  «la  liberté 
de  vivre  à  son  gré»,  de  se  rapprocher  d'anciennes  connais- 
sances, d'en  cultiver  de  nouvelles,  de  demander  «aux  courses 
à  pied  dans  les  •environs  un  exercice  réconfortant  et  agréable» 
et  enfin  des  distractions  instructives  aux  richesses  artistiques 
de  la  capitale.  Elle  recommandait  à  ses  amies  de  parler  dans 
ce  sens  de  son  départ,  car  elle  ne  quittait  pas  Strasbourg,  ni 
l'Alsace,  puisqu'elle  y  conservait  son  domaine  d'Oberkirch, 
près  d'Obernai.  M'°''  de  Gérando,  Annette  de  Rathsamhausen, 
y  était  aussi  revenue  avec  son  mari.  Il  est  naturel  qu'en  raison 


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302  REVxiE  d'alsagb 

de  ces  circonstances  VL""^  Henriette  Périer^  elle  aussi,  n^ait 
pas  hésité  à  abandonner,  pour  un  temps  plus  ou  moins  long, 
son  château  de  Vizille  et  à  se  contenter  d'un  plus  modeste 
appartement  à  Paris,  dans  l'étroite  rue  des  Petits-Champs. 
Avec  elle  et  sa  fidèle  Frédérique  Pfeflel  allait  se  constituer  le 
le  cercle  de  nos  Alsaciennes,  de  nos  femmes  de  cœur,  de 
savoir  et  d'esprit  dont  Scboppenwihr  et  Colmar  avaient  été  la 
principale  école.  Des  considérations  d'avenir  avaient  dû, 
sans  doute,  entrer  pour  quelque  chose  dans  la  détermination 
de  prendre  pied  dans  la  capitale,  tout  en  conservant  leurs 
opulents  domaines  de  la  province.  Ces  dames  étaient,  en 
effet,  dotées  d'une  nombreuse  progéniture  qui  avait  grandi 
et  qui  ne  pouvait  que  bénéficier  à  être  produite  sur  un 
théâtre  moins  restreint  que  celui  des  lieux  de  naissances. 
U  convient  de  la  présenter  au  lecteur  pour  faciliter  Tintelli- 
gence  des  fragments  épistolaires  que  l'on  a  édités  à  leur 
intention. 

jfme  pri^g  de  Dietrich,  née  Amélie  de  Bergheîm -Scboppen- 
wihr, avait  deux  fils,  Eugène  et  Albert,  et  deux  filles, 
Amélie  et  Camille. 

Mme  prit2  de  Sleîn,  née  Octavie  de  Bergheim-Schoppen- 
wibr,  était  entourée  de  huit  enfants,  dont  deux  fils  et  six 
filles:  Charles  et  Sigismond;  Octavie,  Fanny,  Henriette, 
Frida,  Amélie  et  Adélaïde. 

^mo  Augustin  Périer,  née  Henriette  de  Bergheim-Schoppen- 
wihr;  avait  deux  fils  et  trois  filles:  Adolphe  et  Eugène; 
Fanny,  Octavie  et  Amélie* 

tà"^^  Sigismond  de  Bergheim;  née  Louise  Bartholdi,  avait 
un  fils  :  Gustave  de  Bergheim -Scboppenwihr. 

M"*®  Scipion  Périer,  née  Louise  de  Dietrich,  cousine  des 
dames  de  Bergheim,  avait  trois  enfants,  dont  les  noms  de 
deux  seulement  nous  sont  connus  :  Edouard  et  Cécile* 

M'"^  de  Sahune,  Amélie  de  Dietrich,  soeur  de  Louise  de 


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SOUVENIRS  d'alsace  303 

Dielrichy  avait  aussi  plusieurs  enfants,  dont  les  noms  de 
deux  seulement  nous  sont  révélés  :  Ernest  et  Amélie. 

L'amie  de  ces  dames,  }i^^  de  Monibrison,  née  Marie 
d'Oberkirch,  était  également  bien  partagée.  Après  avoir 
perdu,  en  1813,  une  ûlle,  Ernestine,  il  lui  restait  trois  fils  et 
deux  filles  :  Alphonse,  Fernand  et  Armand  ;  Léonce  et  Isaure. 

Enfin  une  autre  amie,  également  fixée  à  Paris,  M"®  de 
Gérando,  Annette  de  Ralhsamhausen,  avait  deux  fils  ;  Gus- 
tave et  Camille. 

On  comprend  qu'escortées  de  la  nouvelle  génération,  ces 
dames  allaient  être  en  mesure  de  constituer  à  Paris  une 
colonie  assez  puissante  pour  conquérir  un  certain  rang  dans 
la  restauration  sociale  que  le  nouveau  régime  voulait  inau- 
gurer. Il  y  avait  en  effet  dans  cette  colonie  les  éléments  avec 
lesquels  on  devait  compter  :  vieille  noblesse,  finance,  indus-^ 
trie,  idées  nouvelles  modérées,  liberté  spirituelle  mise  en 
pratique,  car  les  diverses  confessions  s'y  coudoient  sans 
aucun  froissement,  se  rencontrant  toutes  sur  la  croyance  ou 
Tespoir  d'une  vie  meilleure  après  la  mort  ^. 

Les  premières  nouvelles  de  la  vie  à  Paris  envoyées  à  la 
province  ne  pouvaient  être  que  très  satisfaisantes.  D'abord, 
c'est  Marie  d'Oberkirch  (M°^^  de  Montbrison)  qui  donne  à 

^  Deux  faits  particuliers  donnent  une  idée  de  cet  esprit  de  tolérance. 
Augustin  Périer  veillait  lui-même  à  Tinstruction  religieuse^^tholique 
de  ses  enfants,  nés  d'une  mère  protestante^  mais  plutôt  zwinglienne  ou 
calviniste  que  luthérienne.  Dans  la  famille  de  Glaubitz  dont  M»*  de 
Bergbeim-Schoppenwihr  était  issue,  Tesprit  de  tolérance  n'était  pas 
moins  accentué.  M««  Fritz  de  Dietrich  (Amélie  de  Bergheim)  s'infor- 
mant  du  prochain  mariage  de  son  cousin,  M.  GaUus  de  Glaubitz,  avec 
M^i«  de  Meltz,  est  renseignée  par  M<n«  de  Montbrison.  «  La  jeune  per- 
sonne est  grande  et  jolie Ses  parents  sont  de  la  religion  anglicane, 

mais  eUe  a  été  élevée  en  France  dans  des  pensionnats  catholiques  et 
Glaubitz  m'a  dit  qu'elle  y  a  pris  l'idée  qu'on  faisait  difficilement  son 
salut  dans  une  autre  religion  ;  elle  est  donc  disposée  à  profiter  de  la 
religion  catholique.  Son  père  ne  s'y  oppose  pas  et  cela  paraît  faire  plaisir 
à  son  mari.  » 


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304  REVUE  D'ALSACE 

Amélie  de  Bergheim  {ili^^  Fritz  de  Dietrich)  une  idée  des 
ennuis  et  des  fatigues  de  son  installation  au  boulevard  des 
Capucines,  le  31  octobre  1817;  puis  des  informations  ami- 
cales sur  les  personnes  qu'elle  a  déjh  visitées  :  M"^^  Scipion 
Périer,  M"n«  de  Gérando,  M"*  Gauthier  de  Passy,  M.  Cuvier, 
au  Jardin  des  plantes»  M^»^^  Rapp  (née  de  Rothberg  de  Rhein- 
weiler),  t  heureuse  de  son  extrême  opulence,  fort  occupée 
<]es  enfants  de  son  mari  et  des  siens».  Mais  elle  ajoute  que 
cson  mari  conserve  encore  tant  de  bustes,  de  portraits  de 
son  ancien  patron,  que  cela  embarrasse  un  peu  ceux  qui 
voudraient  aller  la  voir.» 

Au  moment  ou  M"*  de  Monlbrison  écrivait  cela  à  M™*  de 
Dietrich,  le  général  Rapp,  rallié  depuis  longtemps  au  régime 
nouveau,  venait  de  présider  le  collège  électoral  du  Haut- 
.Rhin,  où  le  lieutenant  général  Sigismond  de  Bergheim  n'avait 
pas  été  réélu  député  comme  en  1815,  bien  que  Rapp  «  eût 
parlé  en  sa  faveur,  ce  que  l'on  ne  croira  pas  dans  la  rue  de 
Aichelieu»,  écrit-il  à  son  ami  Paira^  Il  ne  faut  d'ailleurs  pas 
se  dissimuler  qu'en  cette  occasion  Rapp  donnait  le  dernier 
coup  de  main  à  sa  propre  candidature  à  la  pairie  dans  la 
nouvelle  fournée  très  prochaine,  et  qu'en  même  temps  il  édi- 
fiait, par  l'intermédiaire  de  Paira,  son  majorât  de  400  mille 
livres  de  rentes  sur  la  dette  publique.  Il  n'est  pas  non  plus 
hors  de  propos  de  remarquer  que  M°"*  Rapp,  visitée  par 
M""*  de  Montbrison,  succédait  à  la  légendaire  duchesse  de 
Dantzig  tçàtela  coupe  l^  avec  laquelle  Rapp  avait  divorcé 
dans  le  temps  où  Napoléon  I®'  divorçait  avec  l'impératrice 
Joséphine. 

Quelque  temps  après  son  échec  électoral ,  le  lieutenant 
général  Sigismond  quittait  de  nouveau  Schoppenwihr  et  Col- 
mar  pour  revenir  à  Paris.  Sa  sœur,  M"«  Henriette  Périer,  Va 
nous  en  donner  des  nouvelles  dans  la  lettre  qu'elle  écrit  le 

1  Voy.  Revue  d* Alsace,  année  1883,  p.  5,^  489,  331.  Lettres  iné- 
dites. La  famille  Bartholdi  habitait  cette  nie. 


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SOUVENIRS  d'alsace  305 

12  décembre  1817  à  sa  sœur  Oclavie,  M>ne  Fritz  de  Stein  à 
Nordheini. 

Je  suis  triste  de  ne  pas  encore  t*avoir  écrit  depuis  mon  instal- 
lation à  Paris.  Pai  retrouvé  ici  des  Alsaciens,  des  Dauphinois,  mes 
belles-sœurs  et  mes  amies,  car  ma  richesse  en  ce  genre  est 
grande.  Sigismond  et  sa  femme  sont  arrivés  à  Paris.  Il  est  au 
mieux  avec  elle  et  s'y  est  fort  attaché;  ils  habitent  tout  près  de 
leurs  parents,  où  ils  vont  dîner  tous  les  jours.  L'autre  jour  ils  ont 
dîné  chez  le  duc  d'Orléans,  où  ils  sont  très  bien  accueillis.  Et  moi, 
telle  que  tu  me  vois,  j'ai  fait  de  la  musique  avec  Mademoiselle 
d'Orléans.  Elle  m*a  même  embrassée  en  partant.  Le  duc  se  trou- 
vait là  à  mon  arrivée,  c'est  un  bel  homme.  Tout  ce  qui  les  entoure 
les  idolâtre. 

Abstraction  faite  d'un  soupçon  de  fatuité  bien  excusable, 
cette  lettre  dit  clairement  que  les  sympathies  politiques  de  la 
famille  étaient  pour  la  branche  cadette»  non  pour  la  branche 
aînée  des  Bourbons.  C'était  pour  soutenir  celle-ci  que 
Rapp  avait  été  choisi  comme  président  du  collège  électoral 
du  Haut-Rhin  à  l'élection  du  20  septembre  1817.  La  candida- 
ture de  Sigismond  de  Bergheim  avait  échoué  devant  celle  de 
M.  de  Serre,  défendue  par  Rapp,  tandis  que  le  même  collège 
faisait  triompher,  au  grand  dépit  de  Rapp,  celle  de  Bignon 
(de  l'Eure),  ami  de  Voyer-d'Argenson  et  chef  suprême  de  la 
Charbonnerie  en  France.  Ainsi  s'expliquent  les  relations  avec 
la  maison  d'Orléans  dont  Henriette  de  Bergheim-Schoppen- 
wihr  (M°^®  Augustin  Périer)  donne  un  aperçu  dans  la  lettre  à 
sa  sœur,  M"*®  la  baronne  Octavie  de  Stein.  M™*  Henriette 
était  d'ailleurs  femme  du  monde,  très  bonne  et  délicate  musi- 
cienne. Dans  ses  jeunes  années,  elle  était  à  Colmar  et  à 
Schoppenwihr  une  véritable  virtuose,  non  seulement  au  rap- 
port de  ses  professeurs  de  harpe  et  de  piano,  mais  des  grands 
artistes  de  passage  et  de  toute  la  société  colmarienne.  Après 
1830  on  a,  à  maintes  reprises,  entendu  deux  professeurs 
réputés  bons  artistes,  Schmidt  et  Vonesch,  qu'elle  mettait  en 
réquisition,  faire  l'éloge  de  son  talent,  alors  que  depuis  plus 


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906  REVUE  D*ALSÀCG 

(le  trente  ans  elle  était  à  Grenoble.  Une  lettre  de  M"*^  de 
Gérando  constate  que  dans  cette  ville  VL^^  Henriette  a  reçu 
son  clavecin  d'Brard,  qu'elle  a  joué  dans  un  concert  public 
«avec  un  succès  prodigieux»,  que  dans  une  soirée  chez 
U^^  de  Staël  elle  a  eu  également  «  un  grand  succès  ;  que 
U^^  de  Staël  est  enchantée  d'elle^deson  aisance,  de  sa  grâce, 
et  que  les  hommes  l'ont  déclarée  la  plus  jolie  femme  d'une 
assemblée  où  étaient  pourtant  M°^  Récamier,  Visconti, 
d'Aiguillon,  Luchesini,  etc.  »  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que 
M"'*  Henriette  ait  aussi  fait  la  conquête  de  la  sœur  du  duc 
d'Orléans,  conquête  qui  devait,  douze  années  après,  lui 
valoir  ses  entrées  affectueuses  aux  Tuileries. 

Si  absorbées  qu'elles  soient  par  les  exigences  de  la  vie 
dans  la  grande  ville,  ces  dames  ne  négligent  pas  les  absentes, 
et  c'est  fréquemment  Marie  d'Oberkirch  (M"»»  de  Montbri- 
son)  qui  donne  des  nouvelles  de  Paris  à  M"**  Fritz  de  Dietrich 
et  lui  en  demande  de  l'Alsace.  Le  1^  février  1818  elle  veut 
savoir  comment  l'hiver  se  passe  à  Strasbourg,  si  elle  voit 
souvent  la  famille  de  Beyers,  M"*®  Franck,  M""®  de  Sahune,  si 
ses  enfants  ont  dansé,  si  enûn  le  temps  s'écoule  agréable- 
ment?  A  Paris,  c'est  toujours  le  talent  de  Henriette  Périer  et 
son  entrain  qui  font  les  frais  d'agréables  réunions  des  familles 
Scipion  Périer,  de  Montbrison,  Bartholdi,  de  Gérando, 
Mathieu  Faviers  et  invitent  les  jeunes  à  la  danse.  —  Un  mois 
plus  tard,  c'est  la  nouvelle  du  très  prochain  mariage  d'Amé- 
lie, fille  de  M"*  Fritz  de  Dietrich,  avec  Guillaume  de  Turck- 
heim,  fils  du  banquier  et  maire  de  Strasbourg,  qui  comble 
de  joie  la  colonie  et  fait  pleuvoir  chez  l'heureuse  mère  de  la 
fiancée  les  félicitations.  Trutenhausen,  dans  le  voisinage 
d'Oberkirch,  au  pied  de  Hohenbourg,  ou  Sainte-Odile,  devien- 
dra la  résidence  du  jeune  ménage. 

A  partir  de  1819,  l'hôtel  de  Colmar  et  Schoppenwihr  ne 
seront  plus  habités  que  temporairement,  car  M^^^de  Bei^gheim 
se  rapproche  de  sa  fille,  M"^*  Fritz  de  Dietrich,  devenue  plus 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  907 

que  jamais  le  point  de  ralliement  de  la  famille.  Le  tbon  ami 
Pfeffel»  était  mort  depuis  dix  ans.  Deux  de  ses  filles,  Peggy 
et  Caroline,  étaient  mariées,  la  première  avec  M.  Ehrmann, 
la  seconde  avec  M.  Charles-Louis  Berger,  de  Montbéliard, 
chez  qui  M"*  Pfeffel  (Marguerite-Cléophé  Divoux)  avait  fini 
par  se  retirer,  de  sorte  que  de  ce  côté  il  ne  restait  plus  que^ 
Frédérique,  laquelle  était  vivement  réclamée  par  M"^*  Hen- 
riette Périer  pour  tenir  auprès  d'elle  la  place  de  Tamie  et  la 
seconder  dans  l'éducation  de  ses  enfants.  D'un  autre  côté, 
M.  de  Bergheim-Schoppenwihr  était  mort  depuis  huit  ans; 
son  fils  Sigîsmond,  après  son  échec,  était  revenu  à  Paris 
dans  la  famille  de  sa  femme.  Éloignée  de  ses  enfants^  M™<* 
de  Bergheim,  mère,  devait  désormais  se  rapprocher  de  sa 
fille  Amélie,  M*"^  Fritz  de  Dietrich,  et  passer  la  plus  grande 
partie  de  l'année  à  Strasbourg.  Les  beaux  jours  de  Colmar- 
Schoppenwihr  étaient  dans  leur  déclin. 

A  Paris  la  vie  s'écoulait  rapidement  entre  les  devoirs  et 
les  préoccupations  politiques  sans  cesse  renaissantes  et  aux- 
quelles notre  petit  monde  ne  pouvait  se  soustraire.  Dans  une 
lettre  du  5  juillet  1818  à  M°>«  Fritz  de  Dietrich,  M"«  Frédé- 
rique Pfeffel  fait  allusion  à  «la  fameuse  conspiration  qui  fait 
parler  tout  Paris.  Quatre  personnes  ont  été  arrêtées,  mises 
au  secret,  interrogées,  puis  relâchées».  Augustin  (Périer) 

est  à  Grenoble très  actif  pour  le  bien  de  son  pays 

11  parait  reprendre  quelque  espoir  pour  la  vente  de  Beau- 
caire.  Ceux  qui  prétendent  être  au  courant  de  la  fameuse 
conspiration  disent  que  Donadien  devait  être  fait  comman- 
dant de  Paris 

On  ne  voit  pas  facilement  l'intérêt  que  ces  remarques 
peuvent  avoir  pour  M"®  Fritz  de  Dietrich.  Cette  lettre  de  vingt 
lignes  est  purement  incohérente,  ou  bien  elle  a  un  sens  poli- 
tique précis  et  dans  ce  cas  facile  à  dégager.  La  foire  de 
Beaucaire  était  alors  la  Bourse  où  nos  manufacturiers  se 
rencontraient  avec  leur  clientèle,  la  Bourse  où  se  Élisaient 


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308  HEVUE  d' ALSACE 

(les  marchés  considérables  pour  alimenter  les  magasins  de 
Paris  et  de  la  province.  C'est  là  que  l'opposition  ou  les  libé- 
raux recrutaient  discrètement,  parmi  leurs  clients,  les  agents 
distributeurs  des  écrits  politiques  de  l'opposition,  répandus 
non  moins  discrètement  dans  le  public.  Tous  les  grands 
magasins  d'étoffes  se  trouvaient  ainsi  engagés  dans  l'opposi- 
tion et  faisaient  une  propagande  dont  la  source  et  les 
moyens  d'action  échappaient  à  l'œil  de  la  haute  police.  La 
vente  h  la  foire  de  fieaucaire  donna,  dans  le  langage  de  la 
charbonnerie,  son  nom  de  vente  à  chaque  magasin  enrôlé. 
Ce  fut,  jusqu'en  1830,  une  sorte  de  maçonnerie  opposée  à 
l'ancienne,  encore  peuplée  de  descendants  de  seigneurs 
laïques  ei  ecclésiastiques,  dont  tous  les  ateliers  de  la  province 
relevaient  de  l'Orient  de  l'Univers  sous  le  bon  plaisir  de 
S.  A.  S.  Louis  de  Bourbon,  prince  du  sang,  comte  de  Cler- 
mont;  ayant  pour  devise  :  Durât  cum  sanguine  virti48  avorum 
et  pour  enseigne  à  l'entrée  du  temple  :  Arceatur  profanum 
tndgus^.  Au  lieu  de  loges^  la  charbonnerie  eut  ses  ventes,  dont 
Bignon  (de  l'Eure),  député  du  Haut-Rhin,  était  le  chef 
suprême,  à  la  vente  de  Paris. 

C'est  évidemment  à  cela  que  le  petit  mot  de  M^^^  Frédé- 
rique  Pfeffel  à  son  amie,  M""*  Fritz  de  Dietrich,  fait  allusion; 
car  elle  dit  que  M.  Augustin  Périer  est  «une  des  fortes  têtes 
du  conseil  »,  qu'il  dépense  son  activité  pour  le  bien  de  son 
pays,  qu'il  a  quelque  espoir  pour  la  vente  de  Beaucaire,  que 
la  nomination  du  général  Donadieu  au  commandement  de 
Paris  est  à  craindre,  ce  qui  n'empêcha  point  les  libéraux  de 
chansonner  ce  fougueux  royaliste  d'une  façon  frondeuse  et 
peu  propre  : 


1  Le  chapitre  de  l'atelier  de  Strasbourg,  sous  le  titre  de  loge  de 
Saint-^ean,  se  composait  à  la  Révolution  des:  Barons  dé  Berstett, 
d'Oberkirch  et  de  Johan;  Poirot,  secrétaire. 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  309 

Donadieu  se  donne  au  diable 

Nom  de  D. .  •  I 
Pour  trouver  le  grand  coupable. 
Bref^  il  n'y  a  plus  de  factieux. 

Nom  de  D. . .  ! 
Que  de,  etc.,  etc. 

Cependant,  quelque  temps  après,  le  procureur  général 
Séguier  fut  déféré  à  la  cour  des  Pairs;  mais  celle-ci  n'admit 
pas  l'instance.  L'assassinat  du  maréchal  Ney,  prince  de  la 
Moskova,  après  le  désastre  de  Waterloo,  suffisait  à  sa  gloire» 

Où  M*"^  de  Sabune  (Louise  de  Dietrich)  trouvera-t-elle  sa 
cousine,  M"*®  Fritz  de  Dietrich,  le  95  septembre  1818,  pour 
lui  rendre  compte  de  son  agréable  voyage  au  pays  de  sod 
mari  ?  Ce  n'est  pas  à  Strasbourg,  ni  au  Jaegerthal,  mais  à 
Schoppenwihr,  auprès  de  sa  mère,  M"®  de  Bergheim.  M"»®  de 
Sahune  a  vu  les  Conrad  à  Bourg.  Elle  a  visité  l'église 
gothique  de  Brou,  où  elle  a  admiré  les  monuments  de  Mar- 
guerite de  Valois,  de  Philibert-le-Beau  et  de  Marie  d'Au- 
triche; elle  s'est  arrêtée  à  Lyon,  puis  est  allée  chez  son  beau- 
père  à  Saint- Vallier  avec  son  mari  et  ses  trois  enfants.  La 
ville  est  affreuse  ;  il  est  peu  de  rues  dans  lesquelles  la  calèche 
puisse  passer.  La  malpropreté  est  pire  qu'à  Grenoble,  pavé 
horrible,  pas  de  réverbère  ;  par  contre  le  pays  est  délicieux, 
un  ciel  toujours  pur,  une  culture  inconnue  en  Alsace^  des 
mûriers  dont  la  verdure  contraste  avec  celle  des  oliviers  qui 

couvrent  les  champs Du  mont  Ventoux  on  découvre  des 

paysages  d'une  telle  richesse  qu'ils  fourniraient  des  milliers  de 

tableaux «Mon  beau-père  ne  cesse  de  parler  de  grande  et 

belle  Amélie,  si  admirablement  proportionnée.  Tu  lui  dois 
un  mot  de  souvenir  et  à  moi,  mon  ange,  un  petit  brin  de  ten- 
dresse en  retour  de  celle  que  j'aurai  pour  loi  jusqu'à  la 
mort».  —  M"'^  Fritz  de  Dietrich  était,  paratt-il,  une  bien  belle 
femme,  car  ce  n'est  pas  seulement  le  beau-père  de  M"^^  de 
Sabune,  mais  d'autres  encore. qui  font  allusion  à  sa  beauté.; 


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310  REVUE  D'ALSACE 

en  tous  cas  elle  avait  une  beauté  morale  qui  commandait  la 
vive  affection  de  tous  les  siens  et  de  tous  ses  amis.  Elle  reve- 
nait souvent  au  berceau  de  Colmar-Schoppenwibr  assister  sa 
mère  dans  sa  vieillesse  en  attendant  que  celle-ci  vînt  finir  ses 
jours  auprès  d'elle  à  Strasbourg. 

Mais  voici  l'année  1819  qui  donnera  ses  joies  et  ses  peines. 
Le  4  février,  M"^  Frédéric  Pfeffel,  répondant  à  Oclavie, 
Kme  pj.ît2  de  Stein,  l'informe  que  dans  six  mois  on  quittera 
Paris  pour  retourner  au  château  de  Vizille,  mais  qu'il  n'est 
pas  douteux  que  Henriette  y  reviendra  si  son  mari  Augustin 
est  élu  député.  Puis  c'est  Marie  d'Oberkirch  (M*»®  de  Mont- 
brison)  qui,  entre  autres  sujets  de  correspondance  intime, 
parle,  à  M°*®  Fritz  de  Dietrich,  de  la  nouvelle  fournée  de 
pairs  dont  Rapp  est  du  nombre.  «Il  serait  comique,  dit-elle, 
d'assister  à  la  réception  des  nouveaux  et  de  voir  la  mine  que 
feront  ce  jour- là  les  anciens.»  La  malignité  publique  appelle 
les  nouveaux  des  experts,  des  pervers  (ex-pairs— pairs-verts)  ; 
cela  déconsidère  l'institution;  mais  si  elle  dure  encore  six 
mois,  les  droits  des  nouveaux  vaudront  ceux  des  anciens. 
Elle  devait  durer  plus  longtemps  et  nous  voici  arrivé  au 
31  décembre  qui  clôt  l'année  bien  douloureusement  pour 
la  famille  de  Bergheim-Scboppenv^ihr.  M"»'  Henriette  Périer 
se  trouvait  encore  dans  le  Dauphiné  avec  sa  Tamille  et  c'est  à 
Marie  d'Oberkirch  (M°^  de  Montbrison),  demeurée  à  Paris, 
qu'est  réservé  le  chagrin  d'annoncer  à  la  famille  la  mort  du 
lieutenant-général  Sigismond.  C'est  à  M°*^  Fritz  de  Dietricti 
qu'elle  écrit  d'abord  une  longue  lettre  concernant  la  maladie, 
la  mort  de  Sigismond,  l'affliction  de  sa  femme  et  la  déso- 
lation des  parents  de  celle-ci.  Elle  lui  laisse  le  soin  d'en 
informer  sa  mère  et  de  lui  dire  combien  cette  moi*t  inat- 
tendue lui  a  déchiré  le  cœur.  Les  moyens  de  communication 
n'étaient  pas  ce  qu'ils  sont  aujourd'hui,  car  ce  n'est  que  le 
7  janvier  1820  que  la  sœur  du  lieutenant-général^  M"®  Hen- 
riette Périer,  fut  instruite  de  l'événement.  On  devine  le  oon- 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  311 

cert  de  regrets  et  de  consolations  qui  suivirent  et  dont  la 
mère  et  la  sœur  Amélie  du  défunt  furent  le  centre  affligé. 
H"^  Octavie  de  Stein  insiste  auprès  de  sa  mère  pour  qu'elle 
vienne  se  consoler  à  Nordheim  auprès  d'elle  et  au  milieu  de 
ses  huit  petits -enfants.  M"*®  de  Bergheim  ne  peut,  à  cause  de 
«son  grand  âge»,  répondre  à  celte  soUicitalion,  mais  elle 
offre  à  sa  fille  600  francs  pour  frais  de  voyage  avec  ses 
enfants  de  Nordheim  à  Strasbourg  et  à  Schoppenwihr.  Ce 
projet  fut  réalisé  et  Ton  arrive  à  la  fin  de  Tannée,  qui  fournil 
à  M">^  de  Bergheim  Toccasion  d'écrire  de  nouveau  à  sa  fille 
Octavie,  M"'"'  Fritz  de  Stein,  une  lettre  attristée  par  la  mort 
de  Sigisroond  et  l'état  de  sa  propre  santé  : 

L'année  finit,  écrit-elle  de  Strasbourg  le  23  décembre,  non  les 
douleurs,  les  regrets  et  les  maux  qui  sont  la  suite  d'une  telle 
perte.  Oh  !  mes  chers  et  bons  enfants,  vous  êtes  tous  compris  dans 
mes  vœux,  mes  prières  au  ciel  pour  votre  conservation,  votre 
bonheur  et  votre  prospérité;  que  vos  enfants  vous  récompensent 
de  ce  que  vous  avez  fait  pour  votre  mère. 

Celte  suprême  bénédiction  maternelle  permet  de  croire  que 
H'"<'  de  Bergheim  avait  le  pressentiment  de  sa  fin  prochaine. 
A  partir  de  ce  moment  sa  fille  Amélie,  M'"<'  Fritz  de  Dietrich, 
n'eut  pour  devoir  qu'à  soigner  sa  mère  et  à  préparer  ses 
sœurs  et  ses  amies  à  la  triste  nouvelle,  qui  devenait  de  jour 
en  jour  plus  imminente.  Le  9  février  1821,  Henriette, 
){DiG  ^ug^  Périer,  partie  de  Grenoble,  arrivait  encore  à  temps 
à  Strasbourg  pour  être  reconnue  de  sa  mère  et  assister  sa 
sœur  Amélie  dans  le  pénible  accomplissement  du  dernier 
devoir  filial.  Le  14,  M°»«  de  Bergheim-Schoppenwihr  avait 
vécu. 

Le  13  avril,  M"*^  Henriette  était  encore  à  Strasbourg.  C'est 
de  là  qu'elle  annonce  à  sa  sœur  Octavie  de  Stein  une  nou- 
velle perte,  la  mort  de  Scipion  Périer,  le  mari  de  leur  cou- 
sine,  Louise  de  Dietrich,  qui,  pour  s^e  consoler,  se  rattache 
aux  idées  religieuses.  Enfin,  revenue  à  Paris,  c'est  de  là 


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312  HEVUE  d'àlsace 

qu'elle  doit  assombrir  encore  la  situation  en  informant  les 
absentes  de  la  mort,  «dans  les  bras  de  sa  femme  et  de 
ses  amis,  de  leur  excellent  Camille  Jordan»,  t Nous  avons 
passé;  dit-elle  encore,  dans  notre  dernier  voyage  par  le 
pauvre  Schoppenwibr,  Colmar  et  Kientzbeim  pour  venir  à 

Paris J'ai  été  à  Ostbeim  visiter  deux  tombes  cbéries 

(celle  de  sa  sœur  Fanny  et  de  son  premier  fils,  Adolpbe).  Je 
reste  pénétrée  de  mille  sensations  douloureuses;  être,  et 
n'être  plus,  voilà  la  vie  !  »  Cette  dernière  plainte  d'une  âme 
ulcérée  présage  bêlas  !  de  procbaines  et  encore  plus  cruelles 
épreuves.  Le  !28  janvier  1824,  le  fils  unique  de  feu  son  frère 
Sigismond  et  de  Louise  Bartholdi,  est  moissonné  par  le  croup. 
Puis  de  ses  trois  filles,  Octavie,  Fanny  et  Amélie,  pleines  d'ave- 
nir et  de  santé,  il  ne  lui  en  restera  tantôt  plus  une  seule^ 
Octavie  meurt  en  septembre  1824;  Fanny,  qui  venait 
d'épouser  M.  Charles  de  Rémusat  et  dont  les  noces  célébrées 
au  château  de  Vizille  en  grande  pompe,  avec  le  concours  de 
Casimir  Périer,  le  futur  ministre  et  oncle  de  la  mariéCi 
meurt  le  10  octobre  1826,  sans  enfant,  après  quinze  mois  de 
mariage  et  enfin,  Amélie,  encore  célibataire,  suit  dans  la 
tombe  sa  sœur  en  septembre  1827.  Dans  l'intervalle  on  avait 
eu  également  la  douleur  de  perdre,  le  16  juillet  1824,  la 
bonne  et  tendre  amie  Annette  de  Rathsamhausen,  M""^  de 
Géraodo,  qui  avait  succombé  à  une  affection  morbide  con- 
tractée en  donnant  ses  soins  à  une  malade  infectée  d'un  mal 
contagieux.  —  Ces  morts,  si  rapprochées  les  unes  des 
autres,  avaient  naturellement  répandu  un  sentiment  de  tris* 
tesse  dans  toute  la  colonie,  mais  c'est  surtout  W^^  Henriette 
Périer  qui  était  atteinte  jusque  dans  ses  entrailles;  aussi 
est-ce  elle  qui,  dans  les  condoléances  échangées,  pousse  les 
gémissements  les  plus  perçants  et  donne  libre  cours  à  l'ex- 
pression de  ses  douleurs,  au  risque,  dit-elle,  de  scandaliser 
ses  sœurs  et  ses  amies.  Au  moment  où  elle  prévoyait  la  mort 
pi*ochaine  de  sa  dernière  fille  (Amélie),  elle  écrivait,   de 


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SOUVENIRS  D^ALSAGE  313 

Hyères  le  !•'  novembre  1826,  à  ses  sœurs,  M»n«t  Fritz  de 
Dietrich  et  Fritz  de  Stein,  la  lettre  désespérée  dont  voici 
quelques  extraits  : 

CTest  trop!  mes  amies,  c'est  trop!  Le  désespoir  est  au  fond  de 
mon  cœur.  Ce  renversement  de  bonheur  (la  mort  de  sa  fille 
Fanny,  M<n«  de  Rémusat)  est  irréparable  et  frappe  de  terreur  et  de 

désolation  ! Le  malheur  veut  nous  écraser^  tout  n'est  pas  fini, 

Je  suis  sans  résignation^  sans  espérance;  il  est  un  degré  d'infor- 
tune qui  repousse  toute  consolation,  et  je  ne  prends  la  plume  que 
pour  désoler  mes  amis  et  scandaliser  peut-être  les  âmes  reli- 
gieuses. Cet  état  ne  durera  pas,  mes  bien  aimées  sœurs,  je  ne  vous 
affligerai  pas  toujours  à  ce  point, 

Le  jeune  ménage  si  assorti le  bonheur  une  fois  trouvé  sur 

la  terre Les  démons  ont  été  jaloux  de  ce  bonheur,  et  peut- 
être  sont-ils  les  plus  forts.  Que  savons-nous?  Rien!  Tout  est 
mystère  dans  ce  monde  incompréhensible 

Mon  cœur  aurait  grand  besoin  de  revoir  mes  bonnes  sœurs.  Je 
vous  reverrai,  je  ne  sais  quand,  mais  je  ne  veux  pas  que  ma  bonne 
Amélie  (M"«  Fritz  de  Dietrich)  fasse  deux  cents  lieues  pour  venir 
me  voir.  Sa  famille  a  besoin  d'elle,  les  voyages  sont  fatigants,  sur- 
tout quand  on  les  fait  la  douleur  dans  l'âme. 

Quelques  mois  plus  tard,  en  avril  ou  mai  1827,  la  pauvre 
désespérée  partait  revoir  Colmar,  Schoppenwihr,  Strasbourg 
et  Nordheim,  où  Lili  Bartboldi,  sa  belle-sœur,  mariée 
en  secondes  noces  avec  le  comte  de  Boubers,  devait  la 
rejoindre,  puis,  après  avoir  retrempé  son  âme  dans 
les  eaux  vives  de  la  famille  Bergheim-Schoppenwibr, 
revenir  dans  son  Dauphiné  pour  enterrer  sa  dernière 
fille  (Amélie)  et  assister  au  triomphe  de  son  mari,  Au- 
gustin Périer,  élu  député  dans  plusieurs  collèges  électo* 
raux  de  son  département,  en  même  temps  que  M.  de 
Turckbeim  dans  le  Bas-Rhin. 

Dans  cet  intervalle  de  tristesse  un  autre  événement  déso- 
lant était  venu  frapper  la  famille  Augustin    Périer;  Tin- 


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s314  .     REYUE  D'AL8ÀGe 

cendie»  par  un  ouragan  violent,  des  ateliers  industriels  et 
du  château  de  Vizille^  M"'^  Henriette,  ses  deux  filles  et 
M"*  Frédéric  Pfeffel  étaient  heureusement  à  Nice,  avec 
M.  de  Rémusat,  et  échappèrent  ainsi  à  la  terrible  émotion 
de  l'incendie  qui  détruisit,  outre  le  château  et  les  fabriques, 
soixante-sept  maisons  de  l'endroit.  Répondant  à  une  lettre 
de  sa  belle-sœur  Amélie,  M""®  Fritz  de  Dietrich,  M.  Augustin 
Périer  la  remercie  de  l'intérêt  qu'elle  lui  témoigne  en  cette 
occasion  et  lui  donne  un  aperçu  du  désastre  et  de  son  inten- 
tion de  tout  réparer. 

Le  pays  tout  entier,  dit-il,  a  paru  charmé  de  la  résolution  que 
j*ai  prise  de  restaurer  le  château  en  conservant  le  caractère  de  sa 
vieille  architecture.  Nous  avons  vu  disparaître  le  salon  doré  et 
d'autres  restes  d'antiquités,  mais  ta  statue  équestre  de  Les- 
diguières,  notre  dernier  connétable  de  France,  n'a  point  souffert 
des  flammes  qui  l'ont  entourée  de  tous  côtés.  Je  rétablirai  dans 
une  nouvelle  galerie  le  tableau  qui  le  représente,  celui  de 
Henri  IV,  qui  fut  son  frère  d'armes,  et  j'y  joindrai  celui  de  Bayard 
et  des  hommes  illustres  de  l'ancien  Dauphiné  et  je  n'oublierai  pas 
ces  hommes  nouveaux  qui,  dans  le  siècle  dernier,  furent  l'hon- 
neur et  la  gloire  de  notre  pays  et  proclamèrent  à  Vizille  même  les 
principes  de  véritable  liberté  qui,  après  trente-cinq  ans,  sont  invo- 
qués en  France  et  dans  le  monde  entier  comme  le  seul  moyen 
d'amener  dans  les  temps  modernes  la  stabilité  du  pouvoir  et  de 
satisfaire  les  besoins  actuels  de  la  civilisation. 

La  phrase  est  un  peu  longue,  mais  elle  renferme  tant  de 
choses!  Elle  prouve,  dans  tous  les  cas,  que  Le  Laurier, 
l'ancien  élève  de  Pfeffel,  n'était  point  sorti  de  l'école  militaire 
de  Golmar,  imbu  des  idées  du  siècle  passé.  Il  devait  d'ail- 
leurs avoir  prochainement  l'occasion  de  le  dire  aux  oreilles 
d'une  assemblée  rétrograde  qui,  au  centenaire  de  1889,  a 
encore  de  menaçants  héritiers  dans  les  corps  délibérants. 

Dans  ses  villégiatures  à  Nice,  à  Hyéres  pour  la  santé  de  sa 
fille  Amélie,  M°»«  Henriette  Périer  avait  eu  l'occasion  de  fré- 

^  En  octobre  1925. 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  3i5 

quenter  une  société  de  choix,  entre  autres  M.  de  Talleyrand, 
son  plus  proche  Toisîn,  et  de  faire  avec  lui  une  partie  de 
whist  chaque  soir.  Dans  une  fugue  à  Chambéry,  elle  avait 
revu  la  &mille  d'Orléans,  en  visite  chez  le  roi  de  Sardaigne, 
dont  la  femme  était  sœur  de  M»''  la  duchesse,  qui,  dans  un 
prochain  avenir,  devait  être  reine  de  France;  elle  y  avait  vu, 
dans  un  bal  public,  au  théâtre  de  Chambéry,  les  enfants  de 
.cell&-ci,  les  ducs  d'Orléans,  de  Joinville,  d'Âumale,  etc.,  se 
livrer,  sous  les  yeux  de  la  cour  et  de  leurs  parents,  aux 
divertissements  du  jeune  âge.  Revenue  à  Vizille,  pour  y 
enterrer  bientôt  ses  deux  filles,  Fanny  et  Amélie,  la  mère 
désolée  écrit,  le  7  septembre  1827,  à  sa  sœur  Octavie  de 
Stein  qu'elle  ne  veut  pas  se  séparer  de  son  mari  Augustin, 
qu'elle  l'accompagnera  à  son  poste  de  député,  que  «les 
événements  politiques  leur  offrent  une  utile  distraction  et 
qu'il  est  impossible  de  n'y  pas  prendre  une  forte  part».  Pour 
commencer,  son  fils  aine,  Adolphe,  épouse,  le  9  janvier  1838, 
M"®  Nathalie  Lafayette,  petite-fille  du  général,  et  demeure 
chargé  des  usines  industrielles  de  Vizille,  qui  comprenaient 
la  filature  de  coton,  le  tissage  elles  toiles  peintes.  Son  frère, 
Eugène,  qui  achevait  ses  éludes  à  Genève,  se  destinait  à  la 
carrière  diplomatique.  La  situation  offrait  ainsi  un  champ 
encore  assez  étendu  sur  lequel  les  brillantes  qualités  de  la 
Colmarienne-Schoppenwihr,  de  YÊ^nôine  des  temps  passés, 
pourraient,  avec  le  concours  de  Le  Laurier  y  son  mari,  être 
utiles  aux  leurs  et  à  la  cause  des  idées  qu'ils  professaient. 

Revenue  à  Paris  en  septembre  ou  octobre  1827,  M"*«  Hen- 
riette Périer  y  retrouva  Marie  d'Oberkirch  (M"**  de  Mont- 
brison),  dont  la  santé  lui  causa  de  grandes  inquiétudes. 
Malgré  les  soins  qui  lui  furent  prodigués  par  M""""  Henriette, 
de  concert  avec  H.  de  Montbrison  et  Louise  de  Dietrich 
.(M™*^  Scipîon  Périer),  Marie  d'Oberkirch  succomba  fin 
février  ou  commencement  de  mars  1828.  C'était  un  grand 
vide  pour  le  cercle  alsacien,  dont  elle  avait  toujours  été 


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316  REVUE  d'âlsage;  . 

Tâme  la  plus  active  et  la  plus  affectionnée.  Grand  fut  le  cha* 
grin  de  M""^  Henriette.  Mais»  éprouvée  par  les  coups  qui 
avaient  frappé  ce  qu'elle  avait  de  plus  cher  au  monde,  c'est 
elle  qui  se  chaire  d'annoncer  à  ses  sœurs  de  Strasbourg  et 
de  Nordheim  la  triste  nouvelle.  Pour  détourner  son  esprit 
des  tristesses  de  la  mort,  elle  avait  heureusement  un  jeune 
ménage  vivant  sur  lequel  se  concentraient  ses  affections 
maternelles,  son  Adolphe  Périer  et  sa  Nathalie  Lafayette. 
Elle  avait  enfin  cela  de  commun  avec  sa  sœur  Amélie, 
TA}^^  Fritz  de  Dietrich,  dont  la  fille  Amélie  avait  épousé  Guil- 
laume de  Turckheim  et  était  déjà  mère  d'une  fille  et  d'un 
garçon.  Tandis  que  ceux-ci  venaient  de  passer  quelque 
temps  chez  leur  mère  au  Jaegerthal,  M°^®  Henriette  retour- 
nait, au  mois  de  juin,  avec  son  fils  Adolphe  et  sa  femme 
Nathah'e,  à  Vizille  et  s'installaient  «dans  leur  maisonnette  en 
attendant  que  le  château  incendié  fut  habitable»,  et  c'est  là 
que  M^^®  Frédérique  Pfeffel  venait  les  rejoindre  pour  la  belle 
saison  de  1828;  c'est  là  aussi  que  M""®  Henriette  apprii,  non 
sans  regret,  que  son  gendre,  M.  de  Rémusat,  allait  se  rema- 
rier avec  une  petite-fille  de  Lafayette,  cousine  de  Nathalie,  sa 
bru;  c'est  là  enfin  que  cette  dernière  donna,  en  janvier  1829, 
à  sa  belle-mère,  M"^"^  Henriette  Périer,  une  petite  fille  i 
laquelle,  selon  la  tradition  de  famille,  on  donna  le  nom 
d'Octavie.  Quant  à  Augustin,  il  était  demeuré  à  Paris,  à  son 
poste  de  député,  en  attendant  la  prorogation  de  la  Chambre 
jusqu'en  septembre  1829. 

Pendant  cet  interrègne,  le  général  Lafayette  vint  à  Gre- 
noble visiter  sa  petite-fille  Nathalie  et  la  famille  Périer,  à 
laquelle  elle  appartenait  désormais.  Cette  réunion  de  famille 
est  presque  un  événement  ;  la  foule  a  été  au  devant  de  lui,  il 
y  a  eu  cinquante  cavaliers,  une  file  de  plus  de  soixante  voi- 
tures, une  population  immense Il  est  arrivé  le  16  août. 

«Demain  nous  partons  pour  Vizille,  Henriette  et  moi,  de  bon 
matin Le  général  arrivera  pour  le  diner  avec  les  siens 


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SOUVENIRS  D* ALSACE  317 

et  la  famille».  C'est  M"*"  Frédérique  Pfeffel  qui  donne,  le 
18  août;  cet  avis  à  M""^  Octavie  de  Stein  à  Nordheim.  Le 
4  septembre  suivant,  c'est  M"'^  Henriette  qui  parle  encore  de 
cette  visite  à  ses  sœurs,  M'»''^  de  Dietrich  et  de  Stein.  «Nous 
avons  beaucoup  parlé  du  maire  de  Dietrich,  leur  écrit-elle, 
qui  était  l'ami  intime  du  général  Lafayette  et  dont  il  con- 
serve un  souvenir  si  cher  et  si  distingué.  Il  m'a  promis  de 
me  faire  lire  son  plaidoyer  '  lorsqu'il  eut  à  sa  défendre  sous 
la  Terreur Vous  parlerai-je  politique?  Elle  est  nébu- 
leuse. Le  bruit  court  que  l'on  va  destituer  notre  préfet.  Cela 
me  ferait  peine,  parce  que  je  craindrais  que  la  circonstance 
de  notre  hôte  n'en  soit  le  prétexte  :  si  les  Chambres  sont  rap- 
pelées, j'accompagnerai   Augustin   avec  Bique Notre 

château  est  restauré  et  plus  beau  que  jamais,  tant  à  l'inté- 
rieur qu'à  l'extérieur.»  —  On  voit,  par  cette  citation,  que 
nos  deux  Alsaciennes  prenaient  «  une  forte  part»,  ainsi  que 
l'avait  déjà  écrit  M"'"'  Henriette,  aux  choses  de  la  politique. 
Mais  en  septembre  1829  la  politique  était  si  «nébuleuse» 
que  l'on  ne  devait  pas  quitter  le  Dauphiné  avant  que  les 
fameuses  ordonnances  et  la  révolution  de  juillet  1830  eussent 
purgé  l'atmosphère  des  brouillards  qui  l'assombrissaient  à  la 
fin  de  1829.  En  attendant  on  restera  à  Grenoble  et  à  Yizille 
et  l'on  «jouera  à  la  barre  avec  Nathalie»,  qui  devait  revenir 
s'installer  au  pays  «entre  février  et  mars»,  Adolphe  ne  pou- 
vant pas  s'éloigner  en  l'absence  de  son  père,  Augustin. 

J.   LiBLIN. 


1  Le  plaidoyer  dont  il  est  question  se  trouve  avec  l'acte  d'accusa- 
tion et  d'autres  pièces,  dans  la  Revue  d'Alaace^  année  1857,  pp.  194  à 
223.  —  Voyez  au  surplus  la  Biographie  entière  de  P.  F.  de  Dietrich, 
par  Louie  Spach,  années  1856,  pp.  481,  529;  1857,  pp.  71, 145  et  193. 


(La  fin  au  prochain  trimestre.) 


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MATERIAUX 

POUR  SERVIR   A 

L'HISTOIRE  DE  Li  GUERRE  DE  TREHTE  iHS 

tirées  des  ar»cliives  de  Colmeii? 

{Suite  ^) 


7  janvier  —  29  avril  16à7. 

Suite  des  négociations  relatives  aux  griefs  ecclé- 
siastiques; divers  conseils  aux  états  protes- 
tants de  modérer  leurs  exigences;  question  de 
la  Décapole;  démarches  de  Golmar  qui  veut 
taire  rompre  raccord  conclu  entre  la  France 
et  l'Empire;  refus  du  Dr  Marc  Otto  de  s'en 
charger. 

Rétablir  la  paix  après  trente  années  de  guerre,  ob  presque 
toutes  les  puissances  d'alors  avaient  été  impliquées,  a  été 
certainement  Tune  des  tâches  les  plus  ardues  que  la  diplo- 
matie ait  jamais  eu  à  remplir.  Il  ne  s'agissait  pas  seulement 
de  rapatrier  l'Empire  avec  la  France  et  la  Suède  ;  il  fallait  en 
outre  mettre  fin  à  la  lutte  entre  la  France  et  l'Espagne^  entre 
l'Espagne  et  les  Provinces-Unies  et  le  Portugal.  De  peur  que 
les  unes  ne  nuisissent  aux  autres,  il  fallait  faire  marcher 
toutes  ces  négociations  de  front,  et  en  même  temps  pacifier 
le  corps  germanique  9  réconcilier  les  étals  protestants  avec 
la  maison  d'Autriche  et  trouver  un  modus  vivendi  équitable 

*  Voy.  pages  99  et  suiTantes  des  livraisons  Janvier — Février  —  Mars, 
pp.  199  et  suiv.,  d'Avril  —  Mai  -  Juin,  pp.  249  et  suiv.,  de  Juillet, 
—  Août  —  Septembre,  pp.  409  et  suiv.,  d'Octobre  —  Novembre  — 
Décembre  1888  et  pp.  81  et  suiv.  de  Janvier  —  Février  —  Mars  1889. 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  319 

qui  prévint  dans  la  suite  de  nouvelles  explosions.  De  toutes 
ces  négociations,  la  dernière  était  certainement  là  plus  mal- 
aisée ;  car  il  ne  s'agissait  pas  seulement  d'accommoder  deux 
partis  opposés  :  l'empereur  visait  surtout  à  mettre  un  terme 
à  l'ingérence  des  deux  couronnes  dans  des  questions  de 
politique  intérieure,  qu'il  aurait  voulu  traiter  seul  avec  les 
états  de  l'Empire.  Mais,  par  leur  alliance  avec  l'Union  de 
Heilbronn^  la  Suède  et  la  France  s'étaient  obligées  à  restaurer 
la  liberté  religieuse  en  Allemagne,  qui,  bien  entend u,  devait 
tenir  plus  à  cœur  à  la  puissance  protestante  qu'à  la  catho- 
lique. On  avait  du  moins  tout  sujet  de  le  croii^,  et  cela 
explique  bien  des  méfiances  et  bien  des  intrigues  dans  Tun 
et  l'autre  camp.  La  conclusion  de  la  paix  entre  l'Espagne  et 
la  Hollande,  la  cession  de  la  Poméranie  réclamée  par  les 
Suédois  étaient  autant  d'occasions  pour  les  Impériaux  de 
peser  sur  les  déterminations  des  protestants  et  les  amener  à 
accepter  les  propositions  des  catholiques  pour  le  redresse* 
ment  des  griefs.  Ce  qui  rendait  l'accord  si  difficile,  c'est  que, 
sous  des  questions  de  principes ,  il  y  avait  des  intérêts  con- 
tradictoires, sur  lesquels  personne  ne  voulait  transiger.  Quoi- 
qu'on eût  bien  décidé  que  les  choses  seraient  remises  en 
l'état  où  elles  se  trouvaient  en  1624,  et  que  l'évéché  d'Osna- 
bruck  eût  eu,  de  1623  à  i625,  un  titulaire  catholique,  les 
protestants,  qui  s'en  étaient  rendus  maîtres,  prétendaient  n'en 
être  pas  dépossédés.  Ce  fut  Toccasion  d'un  débat  entre  le 
comte  de  Trautmansdorf  et  Salvius ,  qui  soutenait  la  cause 
protestante.  Le  plénipotentiaire  impérial  lui  ayant  objecté 
que,  si  les  Suédois  prenaient  parti  pour  la  cause  protestante, 
les  catholiques  chercheraient  leur  appui  ailleurs,  Salvius 
répliqua  que  s'il  entendait  parler  des  Français,  il  pourrait 
bien  se  tromper,  vu  qu'ils  étaient  liés  envers  la  Suède 
pour  les  matières  ecclésiastiques  comme  pour  le  reste  (Lettre 
du  D'  Marc  Otto,  du  28  janvier  1647). 
Il  en  était  du  grand  chapitre  de  Strasbourg  comme  de 


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SaO  REVUE  D^ALSACE 

i'évdcbé  d'Osnabruck.  Sinon  en  droit,  da  moins  en  fait,  les 
chanoines  protestants,  soutenus  par  la  ville,  en  étaient  les 
maîtres,  et  leur  parti  prétendait  le  leur  maintenir  (Lettre  da 
22  février).  Les  Impériaux  s'y  opposaient,  d'autant  plus  qu'à 
ce  moment  même  Strasbourg  refusait  de  reconnaître  un  suf- 
fragant  récemment  institué,  comme  si ,  dans  une  ville  où 
l'exercice  du  culte  catholique  et  l'usage  des  sacrements 
étaient  libres^  il  dépendait  du  magistrat  de  supprimer  la 
juridiction  épiscopale  (Lettre  du  15  mars). 

Tout  le  temps  que  la  question  de  la  satisfaction  suédoise 
n'absorbait  pas,  se  passait  à  ces  discussions  irritantes. 
Quand  les  Impériaux  et  les  Suédois  se  croyaient  d'accord  sur 
les  conditions,  dès  qu'ils  les  reportaient  aux  intéressés,  le 
débat  se  rouvrait  et  faisait  surgir  de  nouvelles  difficultés. 
L'une  des  prétentions  les  plus  singulières  des  états  protes- 
tants était  d'obliger  l'empereur  à  reconnaître  la  liberté  reli- 
gieuse à  leurs  coreligionnaires  des  provinces  héréditaires, 
et  l'on  est  surpris  de  voir,  quand  la  Suède  se  montrait  chez 
elle  si  ombrageuse  à  l'égard  des  dissidents,  ses  représentants 
se  charger  avec  tant  d'ardeur  du  rôle  de  défenseurs  des 
droits  de  la  conscience  chez  les  autres  (Lettre  du  8  février). 
Le  vendredi  12  février,  après  une  nouvelle  révision,  les 
Impériaux  avaient  encore  une  fois  remis  les  griefs  entre 
leurs  mains  (Lettre  du  15  février);  mais  en  les  prévenant 
qu'ils  ne  continueraient  cette  négociation  qu'autant  qu'on  y 
comprendrait  les  affaires  de  la  maison  Palatine  (Lettre  du 
18  février).  Toutefois  il  ne  paraît  pas  que  cette  condition 
ait  été  maintenue.  Le  nouvel  électeur  de  Bavière,  Maximi- 
lien  1%  n'entendait  pas  sacrifier  les  intérêts  de  sa  famille, 
et  si  l'on  en  croit  le  D'  Otto  (Lettre  du  22  février),  il  avait 
fait  comprendre  aux  ambassadeurs  de  Ferdinand  III  que,  si 
l'on  ne  déférait  pas  à  ses  vœux,  non  seulement  il  ne  ferait 
plus  cause  commune  avec  la  maison  d'Autriche,  mais  en- 
core qu'il  se  rapprocherait  de  la  France  et  réclamerait  son 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE' TRENTE  ANS  321 

protectorat  pour  les  quatre  cercles  supérieurs  '  (Lettre  du 
22  février). 

'  Quoi  qu'il  en  soit,  ces  allées  et  ces  venues  entre  lés  deux 
partis,  sans  qu'on  arrivât  à  une  entente,  ne  laissaient  pas  dé 
fatiguer  \és  plénipotentiaires,  et,  un  jour  que  les  députés 
se  retrouvaient  encore  une  fois  chez  les  Suédois,  tout  en  pro^ 
testant  qu'ils  n'épargneront  aucune  peine  pour  que'  leurs 
coreligionnaires  eussent  leur  contentement,  ceux-ci  ne  leur 
cachèrent  pas  que  ces  lenteurs  lassaient  et  les  Impériaux  et 
lés  Français,  qui  s'en  prenaient  à  eux  des  relards  que  subis- 
sait la  signature  de  la  paix.  Ils  engagèrent  en  conséquence 
les  députés  à  en  Gnir  avec  cet  échange  indéfini  de  notée, 
afin  de  ne  plus  les  exposer  à  des  reproches  de  ce  genre* 
Cette  observation  était  fondée;  car  quand  Salviug  se  rendit 
avec  le  nouveau  projet  chez  les  Impériaux,  Trautmansdorf 
marqua  une  certaine  contrariété  et  même  de  l'impatience; 
en  faisant  remarquer  que  les  modifications  qu'on  y  avait 
introduites  rendaient  le  texte  plus  exaspérant  et  plus  pointu, 
ecasperirter  und  gespitstery  qu'il  ne  l'avait  été  auparavant 
(Lettre  du  1"  mars). 

Ce  texte  continua  néanmoins  à  faire  la  navette.  Les  Sué* 
dois  l'avaient  remis,  le  samedi  27  février,  entre  les  mains 
des  Impériaux.  Il  leur  revint,  le  vendredi  5  mars,  et  fut  im- 
médiatement transmis  par  eux  aux  députés  protestants.  Mais, 
cette  fois,  ils  n'avaient  plus  la  même  confiance  en  leur  cause,- 
et  quand  ils  le  rapportèrent  aux  Suédois,  ils  les  prièrent  de 
leur  signaler  les  points  qu'il  ne  serait  pas  possible  de  soute^ 
oir  à  moins  de  continuer  la  guerre  (Lettre  du  11  mars). 

il  était  assez  naturel  de  s'en  prendre  aux  Français  de  cette, 
déconvenue.  11  y  avait  quelques  semaines  déjà  que,  pour  faire 
comprendre  aux  protestants  de  ne  pas  compter  en  tout  sur 
l'appui  de  son  gouvernement,  d'Avaux  avait  déclaré  publi-^ 
quêment  que,  si  même  son  alliance  avec  la  Suède  obligeait; 
la  France  à  rétablir  la  situation  en  AllemagnCf  in  ecdmasU-, 

21 


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322  REVUE  d'alsice 

ds  et  pdlitiois,  sur  le  pied  où  elle  se  trouvait  en  1618,  on 
n'en  était  plus  \h ,  et,  quoi  qu'il  arrivât,  elle  avait  toujours 
entendu  réserver  sa  liberté  d'action^  dés  que  les  intérêts  de 
rÉglise  seraient  en  jeu  (Lettre  du  8  février). 

Le  résident  de  France  à  Osnabrûck|  M.  de  La  Gour-Grou- 
lart,  ne  pouvait  piS  ne  pas  être  dans  les  mêmes  sentiments; 
mais  il  ne  se  bornait  pas  à  ne  pas  appuyer  les  revendications 
des  protestants  :  ils  Taccusérent  de  les  contrecarrer.  Ils  lui 
reprochaient  notamment  d'être  opposé  à  leurs  vues  sur 
l'évêcbé  d'Osnabriîck.  Ils  lui  députèrent  même  tout  exprès 
quelques-uns  des  leurs  pour  lui  présenter  leurs  doléances  et 
l'avertir  de  cesser  ses  agissements.  Nonobstant  la  déclaration 
de  d'Avaux,  on  lui  remontra  qu'aux  termes  de  son  alliance 
avec  la  Suéde,  la  France  était  tenue  de  maintenir  aux  protes- 
tants ce  bénéfice,  dont  le  titulaire,  en  1618,  appartenait  à 
leur  culte;  que  la  France  avait  toujours  proclamé  que  sa 
sécurité  était  liée  au  maintien  des  libertés  germaniques; 
que  ni  la  Suède,  ni  les  états  protestants  ne  renonceront  à 
leurs  desseins  sur  Osnabrûck,  et  que  s'y  opposer^  ce  serait 
le  plus  sûr  moyen  de  brouiller  les  cartes  ;  que  tout  en  con- 
venant qu'ils  ne  pourraient  pas  rendre  de  grands  services 
pour  le  redressement  des  griefs,  les  plénipotentiaires  fran- 
çais avaient  toujours  promis  de  ne  pas  se  désintéresser  de  la 
cause  de  leurs  amis  et  alliés  ;  mais  qu'aujourd'hui  il  en  était 
tout  autrement,  si  bien  que  si,  à  l'origine  de  la  guerre,  on 
avait  pu  le  prévoir,  plus  d'un  état  y  aurait  réfléchi  à  deux 
fois  avant  de  se  confédérer  avec  la  France  ;  qu'on  ne  com- 
prenait pas  le  zèle  que  ses  agents  déployaient  pour  un  prélat 
(François-Guillaume,  comte  de  Wartenberg),  qui  était  tout  à 
fait  dans  les  intérêts  de  la  maison  de  Bavière,  à  laquelle  il  est 
apparenté  et  qui  a  tout  mis  en  œuvre  pour  traverser  les  plans 
de  ceux  qui  ont  joint  leurs  forces  à  celles  de  la  France;  que 
les  actes  témoigneront  un  jour  de  la  manière  dont  chacun 
aura  tenu  ses  engagements;  enfin  qu'il  vaudrait  mieux  gagner 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS        323 

les  cœurs  à  la  France  que  de  les  lui  aliéner;  car  on  ne  pouvait 
pas  savoir  si,  dans  un  avenir  prochain,  celte  couronne  n'aurait 
pas  encore  une  fois  besoin  du  secours  des  états. 

M.  de  La  Cour  se  défendit  de  son  mieux  contre  ces  repro- 
ches. SU  s*élait  montré  favorable  aux  intérêts  de  Tévêque, 
c'était  par  Tordre  spécial  de  sa  reine,  qui  n'entendait  pas  que 
les  sacrifices  qu'elle  faisait  pour  la  cause  protestante,  fussent 
préjudiciables  à  la  religion  catholique.  Du  moment  que  le 
diocèse  d'Osnabrûck  a  eu  à  sa  tètCi  en  1624,  un  évèque  de 
ce  culte,  il  devait  revenir  aux  catholiques,  afin  que  les  œuvres 
qui  y  ont  été  fondées,  ne  fussent  pas  détournées  du  but  que 
les  fondateurs  s'étaient  proposé.  Charlemagne,  dont  le  roi  de 
France  est  le  successeur,  n'en  est-il  pas  le  plus  ancien? 
N'est-ce  pas  lui  qui  a  doté  celte  église,  afin  qu'elle  se  per«- 
pétuât?  Et  si  même  on  devait  la  rétablir  dans  la  condition  où 
elle  était  en  1618,  ne  fallait-il  pas  maintenir  au  chapitre  la 
possibilité  de  choisir  un  catholique?  Que  dirait  le  clergé  en 
France,  si  les  contributions  qu'il  paie  pour  continuer  cette 
guerre,  devaient  servir  à  opprimer  l'Église?  Dans  tous  les 
cas,  la  France  s'est  engagée  non  à  combattre  les  catholiques, 
mais  la  maison  d'Autriche,  dont  il  importait  de  contenir  la 
puissance. 

Les  députés  répliquèrent  qu'ils  avaient,  pour  leur  part 
aussi  contribué  à  procurer  à  la  France  sa  satisfaction,  dans 
la  persuasion  qu'à  défaut  de  son  assistance^  elle  ne  se  mettrait 
du  moins  pas  en  travers  des  négociations  qui  les  intéres- 
saient. La  religion  catholique  n'en  éprouvera  aucun  dom- 
mage; autrement  on  aurait  affaire  aux  Impériaux  et  aux  états 
catholiques.  A  la  rigueur  on  pourrait  maintenir,  sa  vie 
durant,  la  mense  épiscopale  au  titulaire  actuel;  mais  l'évêché 
ayant  été^  en  1618,  entre  les  mains  des  protestants,  les  Sué- 
dois ne  soufiriront  pas  qu'on  lui  appliquât  le  terminus  a  quo 
de  1624.  Bref,  si  M.  le  résident  ne  voulait  pas  agir  en  faveur 
des  protestants,  qu'il  s'abstienne  du  moins  de  leur  nuire. 


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324'  REVUE  d'alsace 

M.  de  La  Cour  protesta  qu'il  ne  pouvait  que  se  conformer 
à  ses  instructions^  en  ajoutant  que  le  retour  de  M.  d'Avaux 
mettra  sous  peu  fin  à  son  mandat.  En  attendant,  il  était  de 
son  devoir  de  rendre  compte  de  cette  démarche  à  M.  de  Lon- 
gneyille  (Lettre  du  32  mars). 

Pendant  cet  entretien,  le  résident  avait  fait  bonne  conte- 
nance; mais  en  le  prenant  de  si  haut  aveclui,  les  députés 
ne  l'avaient  pas  moins  inquiété  sur  les  responsabilités  qu'il 
encourait;  si  bien  que,  le  même  jour,  il  courut  chez  Salvius 
pour  le  supplier  de  se  joindre  à  lui,  afin  de  prévenir  une 
rupture  entre  les  deux  couronnes  à  l'occasion  de  cet  incident. 
De  son  côté,  le  duc  de  Longueville,  sur  le  conseil  des  média- 
teurs, promit  de  ne  pas  s'opposer  davantage  à  la  restitution 
de  l'église  d'Osnabruck  aux  protestants,  si  les  Impériaux 
s'en  déclaraient  satisfaits  (Lettre  du  25  mars). 

C'était  néanmoins  un  avertissement  aux  protestants  de  ne 
pas  s'opiniâlrer  outre  mesure,  et,  à  quelques  jours  de  là, 
Oxenstirn  eut  également  occasion  de  le  leur  faire  sentir  à 
propos  de  la  question  Palatine.  Aux  députés  qui  venaient  lui 
exposer  les  vues  de  leurs  coreligionnaires  sur  les  réparations 
dues  aux  héritiers  du  vaincu  delà  Montagne-Blanche,  il  fit 
remarquer  que  jusqu'ici,  dans  leurs  revendications^  ils  avaient 
toujours  poussé  les  choses  à  l'extrême  et  que  la  Suède  ne 
demanderait  pas  mieux  que  de  soutenir  leurs  prétentions 
envers  et  contre  tous,  tant  que  cela  n'impliquerait  pas. la 
continuation  de  la  guerre.  Mais  aujourd'hui  que  l'électeur  de 
Bavière  refusait  d'accepter  n'importe  quel  accommodement 
qu'on  lui  propose,  pas  plus  quant  à  la  dignité  électorale  qu'à 
la  principauté^  soutenu  qu'il  est  à  la  fois  par-  l'empereur  et 
par  les  états  catholiques,  voire  par  la  France,  —  avec  laquelle 
il  venait  de  signer,  le  14  mars,  un  traité  de  neutralité,  —  c'est 
un  des  plus  grands  obstacles  à  la  conclusion  de  la  paix  qui 
se  soit  encore  rencontré  :  une  fois  cet  écueil  franchi,  le  reste 
n'offrira  plus  guère  de  difficulté.  MM.  les  réformés  qui  met- 


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HISTOIRE  DE  LÀ  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  i325 

taieni  lant  d'ardeur  à  défendre  la  cause  Palatine,  ne  devraient 
pas  oublier  que  tout  ce  qu'ils  ont  obtenu  jusqu'ici,  c'est  aux 
armes  de  la  Suéde  qu'ils  le  doivent.  Les  envoyés  hollandais 
avaient  pour  seule  instruction  de  procéder  par  voie  d'inter- 
cession, attendu  que  jamais  les  Provinces-Unies  ne  recour- 
raient à  la  force  en  leur  faveur.  Or  comme  on  u^est  pas 
encore  arrivé  au  point  de  dicter  la  loi  h  l'empereur  et  à  l'élec-^ 
teur  de  Bavière,  si  l'on  ne  veut  achever  la  ruine  de  l'Alle- 
magne, il  faut  se  résigner  à  ce  que  Ton  ne  peut  empêcher 
(Lettre  du  29  mars). 

Sur  d'autres  points  encore  qui  leur  tenaient  à  cœur,  les 
protestants  essuyèrent  également  des  rebuffades..  Espérant 
à  force  d'insistance  obtenir  quelques  concessions  en  faveur 
de  leurs  coreligionnaires  des  provinces  autrichiennes,  ils 
avaient  chargé  des  délégués  de  s'entremettre  auprès  de 
Trautmansdorf,  qui  venait  d'arriver  à  Osnabrûck,  pour 
mieux  disposer  les  Suédois  et  les  protestants  à  modérer  leurs 
exigences.  Mais  celui-ci  leur  déclara  sèchement  que  ses  con- 
cessions outrepassaient  ses  pouvoirs,  et  qu'il  ne  savait  pas 
si  l'empereur  les  ratifierait;  qu'après  avoir  déféré  aux  désirs 
des  moindres  états,  il  devait  compter  qu'on  s'abstiendrait  de 
porter  atteinte  aux  droits  de  Sa  Majesté  sur  ses  propres  vas- 
saux; car  ce  serait  un  empiétement  qu'on  ne  se  permettrait 
pas  vis-à-vis  du  dernier  prince  de  l'Empire.  Sa  Majesté  aime- 
rait mieux  renoncer  à  tout,  plutôt  que  de  subir  un  affront 
pareil. 

Ce  langage  fit  impression,  et  l'on  comprit  enfin  qu'on  ne 
devait  pas  insister.  On  se  demanda  cependant  ce  qui  pouvait 
donner  tant  de  fermeté  aux  Impériaux,  et  l'on  supposa  que  la 
paix  devait  être  signée  entre  la  France  et  l'Espagne,  ce  qui 
ne  pouvait  manquer  de  tourner  à  la  confusion  du  parti  pro- 
testant (Lettre  du  1«f  avril). 

En  effet,  on  commençait  à  en  parler.  Ce  fut  même  l'un  des 
arguments  que  d'Avaux  fit  valoir,  quelques  jours  après,  dans 


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326  REVUE  d'alsace 

un  entretien  où  il  conseilla  également  aux  prolestants  de  mo- 
dérer leurs  prétentions.  Après  avoir  rappelé  tout  ce  dont  leur 
cause  était  redevable  à  la  France,  notamment  depuis  huit 
mois,  alors  que,  tout  étant  terminé  entre  son  gouvernement  et 
l'empereur,  Turenne  avait  néanmoins  reçu  ordre  de  joindre 
ses  forces  à  celles  de  la  Suède,  ce  qui  avait  immédiatement 
rendu  Sa  Majesté  impériale  et  les  états  catholiques  plus 
accommodants ,  il  les  engagea  à  en  finir  au  plus  tôt  avec 
leurs  griefs,  attendu  que  si  la  paix  avec  TËspagne  se  conclut, 
les  conditions  qu'on  leur  ferait,  seraient  beaucoup  moins 
bonnes.  Dans  ce  moment  déjà  les  Impériaux  faisaient  état  des 
renforts  qu'ils  pourraient  tirer  des  Espagnols,  et  si,  malgré 
tout  ce  qui  se  fait  pour  prévenir  cette  éventualité,  on  arrivait 
à  une  entente  avec  eux  avant  que  la  paix  avec  l'Empire  fût 
signée,  ce  seraient  deux  nouvelles  armées  à  la  fois,  l'une 
venant  d'Italie,  l'autre  des  Pays-Bas,  qu'elle  pourrait  faire 
entrer  en  ligne,  sans  que  la  France  pût  leur  opposer  des 
forces  équivalentes,  et,  dans  ce  cas,  c'en  serait  fait  de  la 
liberté  religieuse  de  l'Allemagne,  qui  deviendrait  la  proie  de 
l'étranger  (Lettre  du  5  avril). 

Ces  conseils  qui  leur  venaient  ainsi  de  côté  et  d'autre, 
finirent  par  conviaiincre  les  protestants  de  ne  pas  escompter 
à  l'avance  les  succès  fort  problématiques  des  forces  confédé- 
rées, et  de  se  contenter  de  ce  qu'on  pouvait  obtenir  dans  l'état 
actuel  des  négociations  (Lettre  du  22  avril).  C'était  encore 
beaucoup  plus  que  Trautmansdorf  ne  pouvait  accorder,  et 
quand,  le  14  avril,  jour  où  il  quitta  Osnabrûck  pour  retour- 
ner à  Munster,  les  Suédois  lui  remirent  le  texte  du  traité 
qu'ils  proposaient,  il  ne  put  s'empêcher  de  dire  que,  fût-il 
prisonnier  à  Stockholm,  il  y  regarderait  à  deux  fois  avant  de 
signer  des  conditions  pareilles  (Lettre  du  15  avril). 

Pendant  ce  temps  on  s'occupait  à  Colmar  à  mettre  en 
œuvre  les  documents  qu'on  avait  réunis  sur  la  question  de 
la  Décapole.  La  ville  fit  rédiger  dans  sa  chancellerie  un  mé- 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS        327 

moire  où  elle  s'efforçait  de  prouver  aux  plénipotentiaires 
suédois  et  aux  états  de  TEmpire  que  l'empereur  n'avait  pas 
le  droit  de  disposer  des  villes  impériales  d'Alsace  pour  faire 
la  paix  avec  la  France.  II  existe  de  ce  travail  deux  rédactions 
différentes,  avec  pièces  à  l'appui,  Tune  en  allemand,  sous  le 
titre  de  :  Sttmmarische  jedoch  griindliche  Ausfiihrung  desa 
HeU.  Bom.  Beichs  Landvogtey  HagenaWy  toaraus,..  m  er- 
séhen  une  diesdbige  vor  eUieh  hundert  Jahren  hero  bestanden, 
und  noch  bestèhe...  Gedmckt  im  Jahr  MDCXLVII  (pet.  in-4S 
47  pp.)  ;  l'autre  en  latin  :  JBrevis  et  siiccincta  Adunihratio 
ivrivm  prafecturœ  pravincialis  Hagenoensis  (S.  1.  ni  d.,  pet. 
in-4%  14  pp).  Les  archives  possèdent  encore  les  minutes  et 
des  fragments  de  l'un  et  de  l'autre  factum,  auxquels  elles 
ont  fourni  du  reste  la  plupart  de  leurs  éléments.  Seulement, 
tandis  que  la  Summarische  Ausfiihrung  reproduit  vingt  et  un 
documents,  la  Breuis  Adumbratio  n'en  contient  que  douze. 
Ce  sont  des  réversales  des  grands  baillis,  depuis  celles  du 
duc  d'Autriche  Otbon  le  Joyeux,  de  1331,  jusqu'à  celles  de 
l'archiduc  Léopold  V,  de  1620,  les  privilèges  eîe non  aiienando 
et  de  non  pignorcmdo  des  empereurs  Charles  IV  et  Sigismond, 
le  mandement  constitutif  de  Talliance  de  la  Décapole,  celui 
qui  investit  Haguenau  en  particulier  de  la  protection  des  vil- 
lages impériaux  contre  les  abus  de  pouvoir  des  grands  bail- 
lis, le  renouvellement  de  la  Ligue  inférieure,  en  1493,  le 
rescrit  de  l'empereur  Sigismond  qui  soumet  le  grand  bailli  à 
la  juridiction  des  Dix  villes,  etc.,  etc.  Il  est  à  remarquer 
cependant  que  ce  n'est  qu'à  la  suite  du  mémoire  allemand 
que  ces  chartes  sont  reproduites  textuellement  ;  pour  la  ré- 
daction latine,  on  les  a  traduites  en  latin,  mais  non  sans 
y  introduire  de  légères  altérations.  Ainsi,  quand  l'original  se 
rapporte  simplement  à  Colmar,  on  le  rectifie  de  manière  à  en 
étendre  le  bénéfice  à  Haguenau  et  aux  autres  villes.  Ce  n'est 
pas  ici  le  cas  d'examiner  la  légitimité  de  ce  procédé,  qui 
avait  l'avantage  de  simplifier  des  questions  passablement 


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328  REVUE  D'ALSACE 

obscures.  Quoi  qu'il  en  soit,  avant  de  le  livrer  à  l'impres- 
sion, Colmar  soumit  son  travail,  le  5  mars  1647,  au  juris- 
consulte Imlin,  de  Strasbourg. 

Jusque  là  Colmar  avait  agi  pour  son  propre  compte,  sans 
se  préoccuper  en  quelque  sorte  du  reste  de  là  Décapote.  Au 
moment  où  Ton  se  portail  fort  pour  les  autres  villes,  dans 
un  intérêt  commun,  on  comprit  qu'il  fallait  au  moins  se 
faire  avouer  par  elles.  Dans  ce  but  on  communiqua  le  mé- 
moire, sous  la  date  du  14  mars ,  à  la  ville  de  Haguenau, 
avec  prière  de  s'entendre  avec  Wissembourg  et  avec  Landau 
pour  la  suite  à  y  donner.  D'un  autre  côté,  oii  réunit  à  Col- 
mar, le  16  du  même  mois,  les  députés  de  Kaysersberg,  de 
Munster  et  de  Tûrckheim. 

r  Haguenau  renvoya  le  mémoire  par  un  de  ses  conseillers, 
en  lui  donnant  toute  son  approbation.  Cependant  il  durait 
voulu  qu'il  spécifiât  davantage  les  droits  particuliers  de  chaque 
ville.  Colmar  s'en  excusa  par  une  lettre  du  26  mars  :  il 
n'avait  pas  voulu  ergoter  sur  des  divergences  peu  impor- 
tantes au  fond  ;  il  promit  néanmoins  de  modifier  son  mé- 
moire de  manière  à  ce  qu'il  ne  fût  préjudiciable  à  personne. 
En  même  temps  il  donna  acte  à  Haguenau  qu*il  supporterait 
dorénavant  sa  part  dans  la  dépense  qui  se  ferait  en  West- 
phalie. 

Le  28  mars,  Colmar  envoya  le  conseiller  Jean-Ulric  GoU  à 
Obernai  et  à  Rosheim,  pour  s'entendre  également  avec  ces 
deux  villes. 

Presque  toutes  remercièrent  Colmar  de  son  initiative  et  de 
son  zèle  pour  la  cause  commune,  et  se  déclarèrent  tout  dis- 
posées à  prendre  part  à  ses  démarches.  À  Munster,  qui,  pour 
le  moment,  n'était  pas  en  position  de  contribuer  aux  frais, 
Colmar  offrit^  le  11  avril,  d'en  faire  l'avance,  comme  il  le  fit' 
du  reste  pour  les  autres  villes.  Sélestadt  seul  fit  des  objec- 
tions^ tout  en  se  déclarant  d'accord  au  fond  (Lettre  du. 
6/16  avril).  Il  trouvait    ue  la  démarche  n'était  plus  oppor- 


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HISTOIRE  DE  Lk  GUERRE  DE-  TRENTE  ANS  320 

(une^  après  que  l'eimpereur  avait  consenti  à  comprendre  le 
grand  bailliage  dans  la  satisfaction  réclamée  par  la  France, 
qu'elle  pourrait  retarder  la  conclusion  de  la  paix;  il  craignait 
aussi  de  mécontenter  le  roi,  qui  aurait  bientôt  mille  occasions^ 
de  tirer  vengeance  des  villes  qui  soulevaient  ces  dirficultés. 
Colmar  prit  ces  hésitations  pour  un  refus,  et  c'est  dans  ce 
sens  qu'il  répondit,  le  7  avril,  à  ses  voisins.  Sans  s'arrêter, 
davantage  à  cet  incident,  il  se  hâta  de  faire  imprimer  la  Stmh 
inarische  Ausfiihrung,  qui  sort  des  Dresses  deSpanseil.  Cepen- 
dant les  observations  de  Sélestadt  n  avaient  pas  été  sans  faire 
impression.  Colmar  avait  compris  que  la  Décapole  ne  poun^ait 
dissimuler  cette  démarche  aux  ambassadeurs  français,  .et; 
comme  au  fond  il  ne  s'agissait  que  de  prouver  que  les  ârchi-> 
ducs  d'Autriche  n'exerçaient  aucun  droit  territorial  sur  les 
Dix  villes,  il  lui  fut  aisé  de  retrancher  de  sa  démonstration  tout 
ce  qui  était  de  nature  à  froisser  les  Français.  Ce  fut  même 
pour  le  leur  rendre  plus  accessible  qu'on  se  dééida  alors  à  le 
traduire  en  latin. 

Indépendamment  de  ces  deux  factums,  les  villes  devaient 
présenter  un  autre  mémoire  à  l'empereur,  pour  lui  rappeler 
qu*il  n'était  pas  en  droit  de  disposer  d'elles  et  de  les  distraire 
de  l'Empire.  Le  temps  pressait,  et  il  ne  manquait  plus  à  cet 
écrit  que  les  sceaux  de  Kaysersberg,  de  Munster  iQt  dé  Tûrck- 
heim.  Ce  fut  à  ce  moment  que  Colmar  reçut  de  Sélestadt 
une  lettre  par  laquelle  cette  ville,  se  ravisant,  donnait,  à  son 
tour  son  adhésion  à  la  démarche  collective  de  ses. alliés.  On 
s'applaudit  de  ce  revirement  et,  dans  la  souscription,  on  fit 
figurer  à  son  rang  le  nom  de  Sélestadt  (Prot.  missiv.,  1846- 
49,  lettre  du  19  avril). 

Il  ne  restait  plus  qu'à  présenter  les  deux  mémoires  aux 
négociateurs  de  la  paix  de  Westphalie.  Avant  de  faire  partir 
derechef  son  député  Schneider,  la  ville  avait  écrit,  le  11  avril 
(Ibidem,  P»  118),  au  0"^  Marc  Otto,  pour  s'informer  si  le  mo- 
ment n'était  pas  venu  de  soulever  de  nouveau  la  question  du 


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390  REVUE  d'auace 

grand  bailliage.  Tant  qu'il  lîe  s'était  agi  que  de  tenir  Colmar 
au  courant  de  ce  qui  se  passait  »  Tenvoyé  de  Strasbourg 
n'avait  pas  demandé  mieux  que  de  lui  servir  d'agent.  Mais 
quant  à  se  constituer  son  avocat  et  à  défendre,  en  son  nom, 
une  cause  dont  l'issue  lui  semblait  fort  incertaine,  il  ne  s'en 
souciait  nullement,  et  il  le  lui  donna  clairement  à  com* 
prendre,  en  lui  répondant,  le  29  avril  :  c  Quand  le  terrain 
des  n^ociations  est  si  peu  solide  qu'on  est  constamment 
dans  la  crainte  d'une  rupture,  il  n'est  pas  possible  de  fixer 
le  moment  précis  où  il  faudrait  intervenir.  D'une  manière 
ou  d'une  autre,  je  voudrais  que  vos  mémoires  fussent  déjà 
entre  les  mains  de  nos  députés.  Tout  ce  que  je  redoute,  c'est 
que  si  l'accord  entre  l'Empire  et  la  France  relatif  à  la  satis- 
faction, qui  a  toujours  été  tenu  secret,  n'est  pas  soumis  par 
les  contractants  mêmes  aux  délibérations  des  états,  il  n'y 
aura  personne  pour  soulever  la  question  et  braver  ces  deux 
puissances,  d^autant  plus  que  leur  intérêt  n'est  pas  que  le 
jour  se  fasse,  l'une  parce  qu'on  pourrait  contester  le  droit  en 
vertu  duquel  elle  a  disposé,  comme  d'une  chose  lui  appar- 
tenant, de  droits  qui  lui  étaient  simplement  engagés,  l'autre 
parce  qu'en  dédommageant  l'engagiste  à  prix  d'argent,  il  croit 
n'avoir  aucune  raison  de  soumettre  la  transaction  à  la  ratiG- 
cation  des  tiers.  Je  ne  puis  donc  que  vous  engager  à  char- 
ger un  mandataire  spécial  de  produire  vos  moyens  de  dé- 
fense... » 

[A  suivre.)  X.  Mossmann. 


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GORRESPOMDAMGES  POLITIQUES 

ET 

CHRONIQUES   PARISIENNES 

adressées  i 

Christophe  GONTZER 

Syndio  royal  die  Igl  ville  die  Strsisboiarg 

(1681  —  1685) 

{Suite^) 


—  Paris,  ce  14*  Octobre  1684.  —  L'on  a  envoyé  ordre 
au  comte  de  Crécy  de  rester  à  Ratisbonne,  qui  avait  eu  congé 
de  revenir;  c'est  afSn  de  convertir  la  trêve  en  paix...  L'on 
envoie  beaucoup  de  trouppes  en  Provence,  ce  qui  allarmeroit 
beaucoup  l'Italie,  mais  on  croit  que  c'est  pour  le  Vivaret  et 
les  Gévennes.  Le  duc  de  Mazarin  est  en  Bretagne^  à  la  tesie 
de  douze  Jésuittes  missionnaires  qu'il  mène  de  paroisse  en 
paroisse  à  ses  despens.  L'on  a  voulu  faire  un  procez  cri- 
minel à  l'Evesque  de  S.  Pons  au  parlement  de  Toulouse, 
l'accusant  d'avoir  empêché  que  l'on  ne  précbast  la  Con- 
ception immaculée  de  la  Vierge  et  que  l'on  ne  fit  des  prierres 
pour  le  Roy.  Il  s'en  est  très-bien  jusiiffié  et  a  eu  arrest  en  sa 
faveur,  nonobstant  une  brigue  très  puissante... 

Paris,  ce  41«  Novembre  1684.  —  L'on  mande  de  Madryd 
que  lé  marquis  de  Torcy,  fils  de  M.  de  Croissy,  secrétaire 

^  Voy.  pages  262  et  suit,  de  la  livraison  juillet-août-septembre, 
pages  429  et  suiv.,  de  la  livraison  octobre-novembre-décembre  1888, 
pages  63  et  suiv.,  de  la  livraison  janvier-février-mars,  et  pages  231  et 
sttiv  de  la  livraison  avril-mai-juin  1889t 


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332  REVUE  d'alsage 

(l'Estai,  y  est  arrivé,  revenant  de  la  cour  de  Portugal ,  où  le 
Roy  l'avoit  envoyé.  Il  n'y  fera  pas  un  grand  séjour...  Le 
marquis  de  Centurioni,  Génois,  qui  commandoit  les  gallères 
de  cet  Estai  a  esté  arresté  et  tous  ses  papiers  saisis,  soit  qu'il 
soit  soubçonné  d'avoir  intelligence  avec  la  France  ou  de 
n'avoir  pas  fait  son  devoir,  quand  touttes  les  gallères  d'Es- 
pagne et  de  Gênes  n'osèrent  attaquer  le  vaisseau  de  Derlint... 
Les  maladies  sont  grandes  dans  le  camp  de  Bude;  dès  qu'il  y 
a  la  moindre  brèche  elle  est  aussitôst  réparée;  les  juifs  et 
les  protestants  qui  sont  dans  la  ville  se  déffendent  aussy 
vigoureusement  que  les  Turcs,  dans  l'appréhension  qu'ils 
ont  de  tomber  dans  la  domination  de  TEmpereur...  Depuis 
plus  de  deux  ans,  Mlle  de  Forlia,  tille  d'un  maistre  des  re- 
quêtes, qui  s'estoit  retirée  chez  Mlle  de  Miramion,  avoit  esté 
attaquée  de  si  furieux  maux  de  teste,  quelle  en  estoit  à  l'ex- 
trémité^ ayant  esté  abandonnée  des  médecins  qui  ne  connois- 
saient  rien  à  son  mal,  lorsque  une  pauvre  femme,  appelée 
dame  Gervaise,  et  qui  est  tousjours  sur  le  pont  de  l'Hôstel- 
Diêu  pour  y  recevoir  les  charitez  des  passants,  entreprit  de 
faire  une  neuvaine  à  Ste  Jaume  près  de  Poissy  et  dans  le 
temps  que  celte  bonne  femme  achevoit  sa  neuvaine,  Made- 
moiselle de  Fortia,  qui  avoit  déjà  reçu  l'extrème-onclion,  se 
faisoit  porter  à  la  chapelle  pour  y  recevoir  le  viatique.  Aussy 
tost  quelle  l'eut  reçue  elle  se  trouva  aussytost  guérye  et  assez 
forte  pour  retourner  dans  sa,  chamhre  sans  ayde,  dont  tout 
le  monde  qui  avoit  connaissance  de  Testât  où  elle  èstoit  fut 
fort  étonné,  ne  croyant  pas. qu'elle  dust  passer,  la  journée* 
Dame  Gervaise  n'en  voulut  recevoir  aucune  récompense, 
mais  demanda  seulement  qu'on  habillast  un  pauvre. 

—  Paris,,  ce  18®  novembre  1684.  —...Comme  le  prince 
Filbert  de  Savoye  tesmoigne  avoir  envie  de  se  marier,  on  luy 
a  faict  sçavoir  que  puisqu'il  avoit  ce  dessein,  qu'il  falloit  que 
ce  fust  plustôst  en  France  qu'ailleurs,  et  il  est  de  l'interest  du 
Roy  qu'il  ne  se  marie  pas  avec  une  princesse  étrangère*.. . 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES      333; 

Tâvernier,  ce  fameux  voyageur,  veul  aller  pour  la  septième 
ou  huiliëme  fois  aux  Indes.  Il  doit  y  aller  pour  le  compte  de^ 
l'Électeur  de  Brandebourg.  Il  passera  par  la  Moscovie,  il 
s'embarquera  sur  le  Volga,  passera  la  Mer  Caspie  et  toutte 
la  Perse,  et  entrera  dans  l'Inde  par  Candahar.  Voylà  une  hardie^ 
entreprise  pour  un  homme  qui  a  plus  de  quatre-vingt  ans... 

Les  envoyez  de  Siam  ont  eu  audience  de  Mr.  de  Seignelay  ; 
le  15^  du  courant,  le  Roy  les  verra  dans  la  gallerie  de  Ver- 
sailles; ce  sera  comme  par  rencontre.  Ils  salueront  Sa 
M^  de  la  manière  qu'ils  saluent  leur  roy,  prosternez  à  terre. 
Lé  chevalier  de  Chaumont,  major  de  vaisseaux,  est  nommé 
par  le  Roy  pour  aller  ambassadeur  à  Siam.  On  scait  que  le 
roy  de  ce  pays-là  fait  bastir  une  .maison  pour  recevoir  les 
ambassadeurs  de  France  qu'il  attend. 

L'abbé  de  Morimont,  ordre  de  Citeaux,  est  mort.  C'est 
une  des  quatre  (maisons)  mères  de  cet  ordre,  qui  est  électif. 
Le  Roy  avoit  envoyé  un  commissaire  pour  assister  à  cette 
eslection  et  avoit  fait  scavoir  qu'il  ne  vouloit  pas  qu'on  eslut 
un  refformé.  Nonobstant,  ces  maistres  moines  ont  esté  assez 
insolens  pour  en  eslire  un.  Le  Roy  a  cassé  cette  eslection,^ 
ordonné  qu'on  procéderoit  à  une  autre  et  quatre  des  plus 
hardis  et  chefs  de  party  ont  esté  envoyez  dans  d'autres  ab- 
bayes fort  esloignées.  Madame  de  Reffuge  a  suivi  le  bon' 
exemple  que  luy  a  donné  son  mary  ;  elle  s'est  faitte  catho- 
lique. 

Touttes  les  devises  qui  estoient  en  latin  à  Versailles,  ont 
été  mises  en  françois.  L'on  tient  la  duchesse  de  Richelieu 
grosse,  au  grand  contentement  de  son  mary.  Il  n'en  est  pas 
de  mesme  du  reste  de  sa  famille.  Mr  de  Louvoy  a  remercié- 
Messieurs  de  l'Académie' qui  le  prioient  de  permettre  qu'il; 
fût  élu  pour  estre  de  leur  compagnie... 

--  Paris,  ce  22^  Novembre  1684.  —  Les  Génois  sont  en-; 
ragez  contre  les .  Espagnols,  encore  plus  que  contre  les] 


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834  REVUE  d'alsace 

François,  de  les  avoir,  à  ce  qu'ils  disent,  si  laschement  aban- 
donnez après  les  avoir  engagez  dans  uae  si  fâcheuse  guerre. 
Il  n'y  a  infamie  qu'ils  ne  disent,  principalement  à  Rome. 
Monsieur  l'ambassadeur  a  esté  à  l'audience  de  Sa  Sainteté, 
où  il  luy  a  représenté  qu'il  y  avoit  desjà  un  temps  consi- 
dérable que  plusieurs  églises  de  France  estoient  sans  estre 
remplies,  quoyque  Sa  Majesté  y  eust  nommé  des  personnes 
très-capables  et  d'un  méritte  connu,  néantmoins,  pour  des 
raisons  peu  canoniques,  on  ne  vouloit  point  leur  donner  des 
bulles,  dont  les  peuples  souffrent  beaucoup  de  voir  leur 
esglise  sans  pasteur  ;  qu'il  estoit  nécessaire  que  Sa  Sainteté 
fust  avertie  que  dans  peu  de  temps  le  Clergé  de  France  se 
devoit  assembler,  ainsy  qu'il  a  coustume  de  faire  tous  les 
cinq  ans  ;  que  si  dans  ce  temps  les  esglises  ne  se  voyaient 
pas  remplies,  il  estoit  à  craindre  que  le  Clergé  de  France  ne 
prit  des  résolutions  qui  pourroient  ne  pas  estre  agréables  à 
Sa  Sainteté,  et  dont  le  Roy,  son  maistre,  seroit  fort  fascbé, 
mais  qu'il  ne  pourroit  pas  avec  justice  l'empescher... 

Le  siège  de  Bude  est  enfin  levé...  Plus  de  -^  hommes  ont 
esté  tuez  à  ce  siège  ou  sont  morts  de  maladie  et  environ 
-^chevaux.  Lorsque  le  Roy  apprit  cette  nouvelle,  il  dit  qu'il 
en  estoit  fâché  pour  le  bien  de  la  chrestienté,  quoiqu'il  sceut 
que  la  résolution  de  l'Empereur  estoit  de  rompre  la  trêve.  Il 
est  certain  qu'il  avoit  mandé  au  roy  d'Espagne  lorsque  la 
trêve  fut  signée,  qu'il  ne  fit  point  de  difficulté  de  la  signer, 
et  que  dans  le  printemps  prochain  il  assiégeroit  Strasbourg. 

Le  Roy  a  esté  surpris  d'apprendre  que  le  prince  Filbert  de 
Savoye  avoit  espousé  une  princesse  de  Modène,  sœur  du 
prince  César,  laquelle  est  âgée  de  28  ans.  Cela  s'est  fait  si 
secrettement  que  l'abbé  d'Estrades,  ambassadeur  du  Roy  à 
Thurin,  n'en  a  eu  aucune  connaissance,  ni  mesme  le  comte 
de  Soissons  qui  y  a  tantd'interests.  Sa  Majesté  sçaura  en  faire 
connaitre  son  ressentiment  à  la  cour  de  Savoye  et  comme 
Mme  la  princesse  de  Carignan  et  Mme  la  princesse  de  Bade 


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CORRESPONDANCES  POUTIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES      335 

ont  eu  tant  de  part  à  cette  affaire,  celle-cy  a  eu  ordre  d'aller 
à  René  (sic)  et  Mme  de  Carignan  de  ne  point  sortir  de  sa 
maison.  Cet  ordre  du  Roy  leur  a  esté  porté  par  Mr  de  Croidsy, 
secrétaire  d'Estat...  L'abbé  Résini,  qui  estoit  ici  envoyé  du 
duc  de  Modëne  a  eu  ordre  de  sortir  du  royaume,  quoyqu'il 
n'eust  point  de  part  dans  toutte  cette  aS^aire. 

Mr.  de  Strasbourg  a  pensé  estre  assassiné  à  Liège  ;  on  s'est 
saisy  de  quelques  uns  des  complices.  Les  îsles  d'Oléron,  Ré, 
Brouage,  d'Aix,  Marennes  et  les  environs  ont  esté  inondés 
par  la  tempeste  et  ont  causé  plus  de  huit  à  neuf  millions  de 
pertes,  de  sel,  de  marais,  etc.  Celle  de  Ré  est  en  deux. 

—  De  Paris,  ce  24  Novembre  (1684).  —  L'on  ne  sait  pas 
encore  la  résolution  de  la  ville  d'Amsterdam;  elle  n'a  pas 
voulu  délibérer  en  présence  du  prince  d'Orange,  qu'elle  a 
reçeu  avec  grand  respect  et  deffrayé  pendant  son  séjour... 
mais  on  croit  qu'enCn  elle  aura  consenti  à  la  levée  des 

iS 

-^  hommes.  Cela  essuiera  les  larmes  que  le  prince  d'Orange 
répendit  en  pleine  assemblée  des  Estats-Généraux  pour  les 
émouvoir  de  faire  la  guerre  à  la  France. 

—  Paris,  ce  2«  Décembre  1684.  —  Le  croupe  {sic)  de 
marbre  qui  a  esté  pris  à  Marseilles,  a  esté  fait  par  un  excel- 
lent maistre,  appelé  Puget;  il  est  de  seize  pieds  de  haut; 
c'est  Persée  qui  délivre  Andromède  du  dragon.  L'on  a  délivré 
plus  d'esclaves  aux  Algériens  qu'ils  n'en  demandoient;  leur 
mémoire  n'en  portoit  que  235  et  on  leur  en  a  rendu  plus 
de  450. 

Cela  fait  voir  nostre  bonne  foy...  outre  que  nous  nous 
sommes  deffaits  de  plusieurs  vieillards  et  invalides  qui  estoient 
à  charge  au  Roy. 

Les  envoyez  de  Siam,  après  l'audience  que  leur  ont  donné 
Mr  de  Croissy  et  Mr  de  Seignelay,  leur  firent  à  chacun  les 
présents  que  le  Barcalon  leur  envoyoit,  qui  consistent  en  six 
feuilles  de  paravent  brodez,  où  il  y  a  des  oiseaux  de  ce  pays 


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336  REVUE  D'ALSACE 

au  naturel  très-bien  faits,  quatre  grands  tapis,  un  grand  cabi* 
net  de  la  Chine,  très-beau,  et  un  autre  cabinet  d'Or,  de  plu$ 
de  quatre  pieds  de  large  et  de  plus  de  six  de  haqt,  deux 
autres  d'argent,  de  fort  grosses  pièces  de  bois  de  calambouri 
qui  est  bien  plus  précieux  que  Tor,  des  chapelets  de  véri- 
table coco,  taillez  à  la  mode  de  leur  pays,  quantité  de  pièces 
de  cette  belle  essence  de  porcelaine,  dont  plusieurs  sont  gar- 
nies d'or,  plusieurs  pièces  de  très-belles  estoffes,  très-grand 
nombre  de  plusieurs  bijoux  et  curiositez  de  ce  pays.  Ces  deux 
ministres,  qui  ont  eu  pareils  présents,  les  ont  fait  porter 
dans  upe  des  chambres  de  l'appartement  du  Roy,  qui  en  fera 
ce  qu'il  luy  plaira.  .     . 

Lorsque  Sa  Majesté  passa  dans  la  gallerie  pour  se  faire 
voir  à.ces  envoyez,  il  avoit  un  juste-au-corps  tout  couvert  de 
pierreries.  Ils  craignent  présentement  d'estre  traittez  comme 
criminels  dans  leur  pays,  d'avoir  osé  lever  les  yeux  ;  et 
regardé  en  face  un  si  grand  prince^   . 

Mr  de  Marillac,  intendant  à  Rouen,  ayant  fait  venir  les 
ministres  de  cette  ville,  leur  déclara  que  l'intention  du  Roy 
estoit  que  les  pauvret  et  les  malades  de  la  Religion  fussent 
également  reçeus  et  traitiez  dans  les  hôpitaux  comme  les 
autres  et  qu'il  vouloit  aussy  que  les  fondations  qui  avoient 
çsté  faites  et  les  meubles  fussent  transportés  dans  ce  lieu-là 
et <iu'ils. n'eussent  point  d'hôpitaux  6n  leur  particulier;  qu'ils 
eussent  présentement  à  luy  représenter  touttes  les  fondations 
et  les  registres,  sur  quoy  ils  luy  représentèrent  que  ce  qui^ 
faisoit  subsister  ces  lieux  de  charité,  c'estoit  les  ausmones 
qu'on  faisoit  vx)lontairement.  Il  y  avoit  icy  dans  le  faubourg 
S.  Marceau  des  maisons  où  ils.mettoient  leurs  malades;  on 
les  a  tous  transportés  à  l'Hostel-Dieu  et.  enlevé  tous  les 
meubles  qu'on  y  a  aussy  portez. 

Le  bruit  court  à  Versailles  et  à  Paris  que  le  Roy  doit  venir 
au  Parlement  pour  l'union  de  plusieurs  provinces  à  la  cou- 
ronne^ .que  Sa  Majesté  a  acquises,  soit  par  ses  armes  ou  par, 


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CORRESPONDANCES  POUTIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       337 

des  traitiez.  Le  Roy  a  continué  la  pension  qu'il  faisoit  à  Cor- 
demoy,  à  ses  enfans,  pour  les  obliger  d'achever  l'histoire  dé 
France  qu'avoit  commencé  leur  père. 

—  Paris,  ce  6*  Décembre  1684.  —  La  trêve  a  esté  enfin 
publiée  à  Madrid  et  les  ordres  ont  esté  envoyés  pour  en  faire 
autant  par  tous  les  pays  et  villes  dépendantes  de  la  Couronne. 
Le  Conseil  d'Espagne  n'a  pris  cette  résolution  qu'après  avoir 
sceu  la  levée  du  siège  de  Bude. 

L'on  a  publié  en  Espagne  une  pragmatique  laquelle  inter- 
dit le  traficq  à  toutles  les  nations  étrangères,  aussy  bien  aui 
Ànglois,  Hollandois,  qu'aux  François,  Sa  Majesté  Catholique 
voulant  par  là  obliger  ses  sujets  de  faire  le  commerce  et  le 
traficq.  Cette  mesme  pragmatique  permet  à  tous  les  eslran- 
gers  de  quelque  nation  qu'ils  puissent  estre,  Juifs,  Mahomé- 
tans  et  toultes  sortes  d'hérétiques,  de  venir  s'establir  en 
Espagne  et  y  acquérir  des  possessions  et  héritages,  lesquels 
ne  pourront  y  estre  inquiétés  ni  recherchés  par  le  Saint- 
Office,  pourveu  qu'ils  ne  facent  point  de  scandale  et  que  ce 
.soient  marchands,  artisans  et  laboureurs,  affin  de  pouvoir 
repeupler  l'Espagne.  Ainsy  l'on  verra  dans  peu  toutte  l'Es- 
pagne remplie  de  Moristes  {sic)  et  Tagarnims,  enfans  de  ceux 
qui  ont  esté  autrefois  chassés  d'Espagne  et  de  beaucoup  de 
sortes  de  nations  et  professions.  C'est  Balbazès  qui  depuis 
longtemps  poursuit  ce  dessein  et  il  s'est  tenu  pour  cet  effect 
une  grande  consulta  des  députez  des  villes,  à  laquelle  ont 
été  appelés  plusieurs  marchands,  qui  se  tint  en  présence  du 
Roy,  où  un  Dom  Diego,  Portugais  de  nation  et  juif  de  reli- 
gion, qui  s'y  estoit  introduit,  trouva  moyen  de  prendre  la 
parolle  et  harangua  si  fortement  qu'il  persuada  toutte  l'as- 
semblée et  particulièrement  le  roy,  qui  dit  qu'il  avoit  parlé 
Eminente  et  pour  cette  raison  on  appelle  présentement  ce 
homme  Dom  Diego  Eminente.  Le  temps  nous  apprendra  quel 
succès  aura  ce  grand  changement,  sur  lequel  il  y  auroit 
beaucoup  de  réflexions  à  faire... 


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338  REVUE  d'àlsàce 

Le  temple  de  Sommëres^  a  été  rasé  et  celui  de  Nismes 
interdit...  Lundy  dernier  fut  eslu  à  rAcadémie  Française, 
Mr  Bergeret  qui  est  commis  de  Mr  de  Croissy,  à  la  place  de 
deiïunt  Mr  de  Cordemoy.  L'on  a  commis  à  la  garde  de  la 
Bibliothèque  du  Roy,  à  la  place  de  feu  M.  Vazèze,  Thévenot, 
un  des  plus  sçavans  hommes  du  royaume.  Le  Roy  ayant 
voulu  eslargir  son  appartement  à  Versailles,  a  pris  celuy 
qu'occupoit  Mme  de  Montespan»  à  laquelle  on  en  a  donné  un 
autre  qui  n'est  pas  si  grand  ny  si  beau  ;  c'est  dans  l'appar- 
tement des  bannis... 

Des  volleurs  estant  entrez  dans  la  chambre  de  Tabbé 
d'Aligre,  en  son  abbaye  de  Provins,  il  tira  une  corde  sans 
qu'ils  s'en  apperceussent,  ce  qui  fit  courir  au  bruit  de  la 
cloche  tous  les  religieux  en  Testât  qu'ils  étoient;  ils  arres- 
tèrent  les  volleurs  fort  surpris,  qui  ont  esté  mis  entre  les 
mains  de  la  justice. 

—  Paris,  ce  9«  Décembre  1684.  —  ...Le  Roy  a  résolu  de 
faire  venir  la  rivière  d'Eure  à  Versailles;  on  la  doit  prendre 
au-dessus  de  Chartres,  à  22  lieues  de  Versailles,  mais  par  le 
détour  qu'on  sera  obligé  de  luy  faire  faire,  il  y  aura  35  lieues 
de  travail,  qui  feront  70  mille  toises;  la  pante  (sic)  est  de  80 
pieds»  Quoyque  l'entreprise  soit  fort  grande,  on  espère  en 
venir  au  bout  dans  cet  hyver.  Toutte  la  Beauce  et  une  grande 
partie  du  Perche  en  retireront  une  grande  utilité,  puisque, 
par  ce  canal,  leurs  danrées  qui  ont  peu  de  débit ,  pourront 
aller  à  Versailles  et  à  Paris^  estant  assez  fort  pour  porter  de 
médiocres  batteaux  ;  on  doit  faire  venir  grand  nombre  de 
bataillons  qui  travailleront  à  cet  ouvrage...  Le  Roy  a  donné 
la  confiscation  à  Mr  de  Montaigne,  gouverneur  du  Chasteau- 
Trompette,  d'un  gentilhomme  du  Languedoc  qu^on  a  trouvé 
mort  dans  sa  chambre,  percé  de  trois  coups  de  cousteaux, 
sans  que  l'on  ait  pu  remarquer  personne  qui  fust  entré  dans 

ï  Sommîères,  dans  le  Gard? 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       33i9' 

sa  chambre.  Il  estoit  prest  de  retourner  dans  son  pays  et 
avoit  gagné  un  procès  de  grande  conséquence  contre  une 
personne  de  qualité.  Mr  de  Montaigne  n'a  demandé  la  con- 
fiscation que  pour  conserver  les  biens  de  sa  famille  et 
empescher  que  d'autres  n'en  puissent  profiter. 

—  Paris,  ce  20*  Décembre  1684.  —  La  République  de 
Gênes  lie  se  peut  résoudre  d'envoyer  icy  son  doge;  elle  n'est 
pas  encore  assez  bien  persuadée  de  la  puissance  de  la 
France... 

Monsieur  de  La  Barre,  gouverneur  de  Kébecq  et  de  tout  le. 
Canada,  a  restabli  tous  les  gens  de  La  Sale  dans  le  fort 
St  Louis  à  300  lieues  de  Kébecq.  Monsieur  Tavernier^  qui  a 
fait  un  traitté  avec  l'EsIecteur  de  Brandebourg,  a  changé 
d'avis  et  ne  veut  point  aller  par  la  Moscovie  et  la  Perse  aux 
Indes  Orientales;  (il)  a  esté  en  Hollande  pour  traitler  au  nom 
de  cet  eslecteur  avec  des  capitaines  de  vaisseau,  affin  d'y 
aller  par  la  routte  ordinaire,  mais  on  doute  qu'il  y  puisse 
aller  à  cause  de  son  grand  aage. 

—  Paris,  ce  27  Décembre  1684.  —  Les  vaisseaux  qui 
apportent  la  statue  du  Roy  faite  par  M.  Bernini  et  plusieurs 
autres  marbres,  ont  touché  à  Toulon,  oii  Ton  a  débarqué 
plusieurs  tableaux  des  meilleurs  maistres  d'Italie  et  plusieurs 
raretez  qu'on  a  acheptées  pour  le  Roy...  Les  Génois  après, 
plusieurs  assemblées,  tant  que  du  petit  que  du  grand  con- 
seil, ont  pris  le  party  de  se  deffendre  et  de  ne  souffrir  jamais 
que  leur  doge  vienne  en  France.  Ils  ont  ballottez  plusieurs 
jours  et  il  n'a  passé  que  de  sept  voix  pour  la  résolution  qui  a. 
esté  prise...  Il  y  a  un  ingénieur  qui  leur  a  promis  de  faire, 
de  certaines  machines  avec  lesquelles  il  leur  promet  d^em- 
pescher  les  galiottes  à  bombes  et  que  mesme  on  les  pourra, 
enlever;  ce  sont  des  espèces  de  ras  d'eau  (sic).,\ 

Le  Roy  a  réglé  en  faveur  de  Mr  de  Seignelay  que  ce  sera 
luy  eomme  secrétaire  d'Ëstat  et  qui  a  dans  son  appartement 


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340  BEVUE  D'ALSACE 

la  maison  du  Roy,  de  signer  les  brevets  de  touttes  les  pen> 
sions  que  le  Roy  donne,  qui  se  montent  à  plus  de  millions 
que  plusieurs  roys  de  la  chrestienté  ne  retirent  chacun  de 
leurs  estats...  Dimanche  dernier  le  Roy  toucha  les  malades... 
L'on  doit  publier  une  déclaration  du  Roy  qui  portera  qu'on 
coupera  le  nez  aux  coupeurs  de  bource  et  que  la  fleur  de  lis 
qu*on  leur  donnoit  sur  les  espaules  se  fera  appliquée  sur  le 
visage.  Madame  la  duchesse  de  La  Vallière  est  malade  depuis 
quelque  temps.  L'on  a  résolu  de  restablir  le  Pont  Rouge,  qui 
sera  placé  vis  à  vis  le  gros  pavillon  des  Tuilleries,  un  peu 
au  dessous  de  celuy  de  bois  et  au-dessus  de  la  culée  qui 
estoit  déjà  faitte 

—  Paris,  ce  3«  Janvier  1685.  —  •..Il  y  a  ici  un  envoyé  du 
Prince  Palatin  qui  eut  hier  audience  du  Roy;  c'est  pour 
régler  quelques  différents  qu'il  y  a  pour  des  baillages  auprès 
de  Guermersheim,  y  ayant  contestation  pour  les  Hmittes... 
Comme  le  délay  accordé  aux  Génois  est  expiré  avec  le  der- 
nier jour  de  l'an,  Ton  a  avancé  les  ordres  pour  faire  filer  les 
troupes  vers  les  frontières  d'Italie.  MrCharton,  chanoine  de 
Notre-Dame  et  grand  pœnitantier,  est  mort  fort  à  propos  le 
dernier  jour  de  décembre,  car  s'il  fut  mort  plus  tard  de 
douze  heures,  ç'auroit  esté  un  gradué  qui  auroit  occupé  ses 
bénéfices  et  Mr.  de  Paris  n'en  auroit  pas  pu  disposer  comme  i! 
a  fait  à  l'esgard  de  Mr  Robert,  frère  du  procureur  du  Roy  du 
Chfttelet...  Le  marquis  de  Richelieu  fit  hier  antériner  ses 
lettres  d'abolition  qu'il  a  obtenues  du  Roy  pour  avoir  enlevé 
sa  femme.  Le  Roy  a  donné  40UO  Louis  d'or  pour  estrennes 
à  Monseigneur ,  qui  en  a  fait  quelques  libéralitez  et  payé 
quelques  debtes  du  jeu.  Mr.  Mazel,  autrefois  escuyer  de  feu 
M.  de  Turenne  et  qui  est  collonel  d'un  régiment  d'infanterie, 
s'est  fait  catholique.  Le  Roy  luy  donne  mille  escus  de 
pension.  Hier  Mr  de  Racinne,  directeur  de  l'Académie 
françoisc;  fit  un  discours  fort  éloquent  à  la  réception  de  Mrs 
de  Corneille  et  de  Bergeret,  dont  tout  le  monde  fut*fort 
satisfait. 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       341 

—  Paris,  ce  6«  Janvier  1685.  —  L'estat  de  la  marine  est 
arresté  pour  celle  année  ;  le  Roy  veut  avoir  jusqu'à  36  gal- 
1ères  et  afBn  de  ne  point  manquer  de  chiorme,  on  ne  con- 
damnera dans  touttes  les  justices  à  mort  que  les  plus  crimi* 
nels  et  les  invalides  afin  d'envoyer  les  autres  aux  gallères... 
Les  raisons  qui  ont  fait  révoequer  M.  de  La  Barre,  c'est 
parce  qu'il  avoit  osté  du  fort  Louis  ceux  que  La  Sale  y  avoit 
rois,  mais  encore  plus  parce  qu'il  avoit  fait  une  paix  fort  dés- 
avantageuse avec  les  Irocois,  et  dans  ce  traitté  il  a  abandonné 
les  Ilinois,  amis  des  François,  à  la  rage  et  à  la  cruauté  de 
ces  mangeurs  d'hommes,  lesquelz  assistez  de  500  Hollandois, 
qui  leur  fournissent  des  armes,  en  ont  desja  massacrés  plu- 
sieurs. Â  l'audience  que  le  Roy  donna  mardy  dernier  à  Mr  le 
nonce,  où  il  présenta  un  bref  de  Sa  Sainteté  pour  les 
affaires  du  Génois,  Sa  Majesté  luy  dit  de  parler  tout  haut,  et 
qu'il  n'y  avoit  rien  qui  dust  estre  secret.  Le  nonce  fit  instance 
pour  avoir  du  délay,  Sa  Majesté  respondit  qu'elle  accordoit  à 
la  prière  du  pape  jusqu'au  1^'  de  Février,  à  condition  que 

100 

les  Génois  payassent  -^  escus  touttes  les  semaines  pour  les 
frais  de  la  guerre,  mais  à  condition  aussy,  que^  si  dans  oe 
jour-là,  les  Génois  n'avoient  pris  de  résolution,  Sa  Majesté 
feroit  de  Gennes  un  exemple  qui  estonneroit  la  postérité,  tant 
elle  (sic)  sèroit  terrible  et  qu'il  ne  resteroil  pas  une  pierre 
sur  l'autre  dans  celte  ville;  qu'il  déclaroit  de  plus  qu'il 
n'avoit  aucun  dessein  de  porter  la  guerre  en  Italie  ny  de 
conserver  les  choses  dont  il  se  pourrait  rendre  (maître) . . . 

—  Paris,  le  10  Janvier  1685*.  —  Voicy,  monsieur,  ce  qui 
se  présente  de  vous  estre  mandé  pour  celte  fois.  Je  ne  scay 
pas  si  vostre  ordinaire  va  bien  pendant  ce  mauvais  temps. 
Ceux  d'Allemagne,  du  Nort,  et  de  Hollande,  que  l'on  atten- 
doit  vendredy  et  lundy  derniers  ne  sont  point  encore  arrivez. 

^  Lettre  autographe  de  Beck. 


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342  REVUE  d'alsace 

Monsieur  Bischoiï^  entra  hier  chez  un  procureur  du  Chas* 
telet  pour  voir  un  peu  la  chicanne.  J'espère  qu'il  sera  satis* 
fait  de  moy,  ainsi  qu'il  me  Ta  tesmoigné.  Du  moins  j'ay  fait 
tout  ce  que  j'ai  pu  pour  le  rendre  content.  C'est  un  fort 
honneste  homme  et  y  est  grand  dommage  qu'il  a  l'ouye  un 
peu  dure.  J'espère  toujours  que  vous  aurez  la  bonté  de  vous 
souvenir  de  ce  qui  m'est  deu  par  feu  Mr  le  baron  de  Manicker 
et  que  vous  me  presterez  vostre  favorable  assistance  pour 
m'en  faire  payer,  sans  quoy  je  n'en  (ireray  jamais  rien.  Je 
vous  souhaite  une  bonne  heureuse  nouvelle  année^  prospé- 
rité, contentement  et  joye,  avec  une  santé  parfaite,  et  suis 
avec  respect,  monsieur,  vostre  très-humble  et  très-obéissant 
serviteur  Begk. 

La  statue  faite  par  le  Chevalier  Bernini  et  les  marbres  que 
l'on  a  amenez  de  Rome  sont  arrivez  heureusement  au  Havre. 
Le  nommé  Pain,  qui  avait  enlevé  le  vaisseau  du  Roy,  a  esté 
condamné  à  Tadmiraulé  de  Havre  à  estre  roué  tout  vif  et 
expirer  sur  la  roue,  quoiqu'il  se  soit  fait  catholique.  H  a 
appelé  à  Tadmirauté  de  Rouen. 

L'abbesse  du  Port-Royal  de  Paris  estant  morte  depuis  peu, 
cette  abbaye  a  esté  donnée  par  le  Roy  à  l'abbesse  de  la  Vir- 
ginité, sœur  de  Mr.  de  Paris. 

Je  ne  scay  si  je  vous  ay  mandé  que  le  lendemain  du  jour 
de  l'an,  les  quatre  ministres  de  La  Rochelle,  dont  trois 
avoient  esté  environ  trois  mois  dans  la  Conciergerie,  et  le 
quatri^sme  depuis  peu  de  semaines,  en  furent  transférez 
dans  la  Bastille,  où  tout  le  monde  les  peut  aller  voir  libre- 
ment. Avant  hier  l'Académie  ou  le  Conseil  de  Saumur  fut 
interdit  au  Conseil.  Le  temple  a  esté  remis  à  lundy  prochain 
pour  estre  jugé  pareillement.  Il  ne  reste  plus  que  le  seul 
collège  de  Puyiaurens,  qui  cependant  est  fermé  depuis  que 
les  professeurs  sont  en  prison. 

^  Sans  doute  un  jeune  Strasbourgeois  recommandé  par  Gûntzer  au 
résident  de  la  ville. 


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correspondances' POLITIQUES  ET   CHRONIQUES  PARISIENNES       343 

—  40  Janvier  1685  (aulre  correspondance).  —  Le  pape 
est  toujours  fort  incommodé  et  quelques  lettres  portent  qu*il 
devient  bydropîque.  On  croit  qu'il  rappellera  son  Nonce  qui 
est  icy,  avant  l'Assemblée  du  Clergé  qui  se  doit  faire  au  mois 
de  may,  ne  voulant  pas  que  son  nonce  soit  en  France;  quand 
celte  assemblée  pourra  traiter  beaucoup  de  matières  qui  ne 
sont  pas  au  goust  de  la  Cour  de  Rome,  laquelle  appréhende 
beaucoup  ce  qui  s'y  pourra  faire. 

Le  départ  d'icy  de  ceux  qui  doivent  aller  à  Siam  se  fera  en 
peu  de  jours.  Tous  ceux  qui  doivent  accompagner  le  cheva- 
lier de  Chaumont  se  mettent  en  estât  d'aller  à  Brest  où  est  le 
vaisseau,  appelé  l'Oiseau^  qui  les  doit  porter.  On  le  peint  et 
on  le  dore»  afin  que  tout  soit  magnifique.  Ce  chevallier  solli- 
cite un  second  vaisseau,  car  veu  la  grande  quantité  de  monde 
qui  passe  avec  luy,  on  y  seroit  fort  incommodé.  L'abbé  de 
Choisy  fait  ce  voyage  par  ordre  du  Roy.  En  cas  qu'il  arrivast 
accident  au  dit  chevalier  de  Chaumont,  il  sera  ambassadeur 
en  sa  place  et  comme  ce  chevalier  ne  peut  pas  séjourner  plus 
de  deux  ou  trois  mois  à  Siam,  s'il  reste  encore  quelques 
affaires  pour  le  Roy,  cet  abbé  y  restera  comme  ambassadeur 
ordinaire,  ce  qui  sera  au  moins  pour  deux  années.  Il  ira  avec 
luy  plusieurs  personnes  fort  capables,  afin  de  faire  une  his- 
toire naturelle  de  ce  grand  royaume  et  une  bonne  géographie 
de  tous  les  pays  et  provinces  circurovoisines,  et  affin  de  le 
faire  avec  succez  et  utilement,  il  prend  des  mémoires  de 
plusieurs  de  nos  sçavants.  Une  des  choses  les  plus  nécessaires 
pour  gagner  les  peuples,  c'est  d'y  porter  des  remèdes  qui 
facilitent  l'entrée  chez  les  grands  et  les  petits,  et  afin  de  le 
faire  dans  l'appartement  des  femmes,  car  là  aussi  bien  que 
dans  tout  l'Orient,  elles  sont  inacessibles  aux  hommes;  pour 
cette  raison  on  y  mène  des  femmes,  dont  l'accez  sera  facile 
pour  y  porter  des  remèdes.  C'est  un  des  meilleurs  moyens 
pour  y  introduire  la  religion  chrestienne  et  on  sçait  que  le 
Roy  de  ce  pays  n'y  est  pas  fort  contraire.  ^On  croit  mesme 


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344  REVUE  d'alsace 

qu*il  se  pourra  faire  clireslien.  C'est  principalement  pour 
celle  raison  que  le  Roy  y  fait  celte  grande  despence...  Il  luy 
envoyé  de  forts  nfiagnifiques  présents,  et  entre  autres  onze 
cents  glaces  de  miroirs,  avec  des  gens  pour  les  accomoder. 

Le  jour  des  Roys,  le  Roy  voulut  régaler  toutes  les  dames 
de  la  cour.  II  y  eut  cinq  tables  dans  une  mesme  salle.  11  s'y 
trouva  54  danfies;  il  y  eut  cinq  reines  de  la  fève.  A  la  table 
du  Roy,  ce  fut  madame  la  princesse  de  Lillebonne,  h  celle  de 
Monsegneur,  madame  de  Rambure;  à  celle  de  Madame  la 
Dauphine,  ce  fut  elle-mesme  qui  fut  reine,  à  celle  de  Mon- 
sieur, madame  de  Montespan,  et  à  celle  de  Madame,  ce  fut 
elle-mesme  qui  la  fut...  On  y  cria  la  Reine  boit,  et  on  y 
envoya  des  ambassadeurs  de  l'une  à  l'autre  table.  On  y  chanta 
des  chansons  à  boire  et  le  Roy  fit  venir  des  musiciens  qui  en 
chantèrent  aussi. 

Dans  la  dernière  assemblée  de  l'Académie  françoise,  où 
Messieurs  de  Corneille  et  Bergeret  furent  reçeus,  M.  Bense- 
rade  y  leut  des  vers  satiriques  presque  contre  tous  les  mem- 
bres de  cette  illustre  compagnie;  quoyque  cette  pièce  fusl 
fort  spirituelle  et  fort  agréable,  elle  n'a  pas  plu  à  la  plusparl 
des  académiciens  qui  n'y  furent  pas  bien  traitez. 

—  Paris,  ce  13  Janvier  1685.  —  Lundy  dernier  on  donna 
un  arrest  au  Conseil,  par  lequel  il  est  ordonné  que  le  collège 
de  ceux  de  la  Religion  de  Saumur  doit  estre  fermé  et  leurs 
académies  supprimées.  Le  collège  est  donné  à  la  maison  de 
ville  de  Saumur  et  la  bibliothèque,  qui  est  fort  belle,  aux 
pères  de  l'Oratoire,  à  la  charge  qu'elle  demeurera  publique, 
mesme  à  ceux  de  la  Religion.  Il  en  pourra  aniver  autant  du 
temple  de  celle  ville,  car  tout  cela  n'est  point  porté  dans 
l'édit  de  Nantes  et  les  lettres  pattantes  des  roys  Henry  III, 
Henry  IV  et  Louis  Xlll,  n'ont  jamais  esté  vériffiées  au  Parle- 
ment, quelques  instances  qu'on  leur  en  ait  envoyées. 

Le  Roy  a  voulu  entendre  le  discours  que  Mr  Racine  a  fait 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES   ET  CHRONIQUES  PARISIENNES     34$ 

dans  rAcadémie  à  la  réceplion  des  nouveaux  académiciens. 
Sa  Majesté  l'a  trouvé  très-beau  mais  il  dit  qu'il  y  estoit  trop 
loué,  ' 

—  A  Paris,  le  15*  (Janvier  1685).  —  Dimanche  dernier  un 
catholique  romain  interrompit  l'action  et  troubla  toute 
l'assemblée  au  premier  presche  à  Charenton,  par  un  démenti 
qu'il  donna  au  ministre.  Il  fut  arresté  et  ayant  esté  interrogé 
pourquoy  il  avoit  eu  une  telle  insolence,  il  dit  que  Dieu  et  la 
Sainte  Vierge  luy  avoienl  inspiré  de  faire  cela.  Messieurs  du 
Consistoire  ont  regardé  cet  homme  comme  un  fol  et  n'ont 
pas  trouvé  à  propos  de  le  mettre  en  justice  pour  le  faire 
chastier. 

On  a  résolu  de  prescher  à  l'ordinaire  à  Charenton  et  d'y 
laisser  entier  tout  le  monde,  nonobstant  les  inconvénients 
qui  sont  à  craindre  depuis  la  publication  du  nouvel  édit,  en 
attend mt  le  succez  de  la  requeste,  dont  Mgr.  de  Louvois 
s'est  chargé  et  qu'il  doit  rapporter  après  demain,  par  laquelle 
on  demande  à  Sa  Majesté  quelque  explication  sur  la  dite 
déclaration,  estant  impossible  de  se  précaulionner  contre  les 
accidens  qui  en  peuvent  arriver,  si  elle  s'exécute  à  la  rigueur. 
Le  Parlement  de  Guyenne,  après  avoir  condalnné  le  temple 
de  Nérac,  en  a  fait  autant  de  celuy  de  Casteijaloux  et  a  banni 
l'un  des  ministres  hors  du  royanme.  La  denloiçelle  Paulet 
qui  a  donné  lieu  à  la  démolition  du  temple  de  Montpellier  a 
esté  enfin  jugée  au  parlement  de  Tolose,  après  5  ou  6  mois 
de  prison  fort  estroite  et  rude.  On  l'a  condamnée  au  bannis- 
sement perpétuel,  ses  biens  confisqués  et  500  livres  d'amende. 
Ce  parlement  n'a  pas  voulu  la  condamner  à  faire  amende 
honorable,  qui  est  la  peine  ordinaire  contre  les  relaps,  de 
crainte  que  cette  fille,  qui  a  tesmoigné  une  fermeté  extrar 
ordinaire  ne  la  fist  paroiare  jusqu'au  bout  et  que  cela  ne  fist 
un  mauvais  effet  en  public,  dans  l'esprit  du  peuple. 

Le  Rôy  ayant  reconneu  à  la  dernière  r^veue  de  ses  mous- 


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546  REVUE  d'alsace 

quetaires  qu'un  d'entre  eux,  fils  de  monsieur  Franschine» 
maistre  d'hostel  de  Sa  Majesté  estoit  monté  sur  un  des 
chevaux  de  son  escurie,  le  Roy  le  fit  mettre  aux  arrêts  et 
depuis  en  prison  parcequ'il  avoil  deffendu  à  tous  les  mous- 
quetaires de  paroistre  aux  reveues  sur  d'autres  chevaux  que 
les  leurs.  Mr.  de  Jouvelle,  capitaine  de  la  deuxième  compa- 
gnie où  est  ce  mousquetaire,  a  eu  de  cela  un  déplaisir  si 
sensible  qu'il  en  est  tombé  malade* 

—  Paris,  ce  19®  Janvier  1685.  —  De  la  manière  dont  on 
parle  à  Rome  de  la  santé  du  pape,  il  pourroit  bien  dans  peu 
de  temps  faire  place  à  un  autre.  Depuis  qu'il  a  sceu  la  levée 
du  siège  de  Bude,  il  luy  est  monté  une  fumée  noire  à  la  teste, 
qui  l'empesche  d'agir. 

L'on  examine  à  Rome  le  dernier  livre  du  Père  Maimbourg; 
on  en  verra  bientôt  la  condamnation. 

On  a  renvoyé  au  Parlement  l'affaire  des  minisires  de  La 
Rochelle  et  on  les  doit  remener  de  la  Bastille  à  la  Concier- 
gerie, Il  y  a  arrest  du  Conseil  par  lequel  il  est  deffendu  à 
tous  ceux  de  la  Religion  de  faire  aucune  collecte  de  deniers 
dans  le  royaume,  sans  permission  du  Roy,  cela  ne  se  pou- 
vant faire  sans  crime.  Le  temple  de  la  Vallée-d'Ândors  près 
des  Pyrénées  est  fermé. 

Vendredy  aux  appartements  à  Versailles,  il  y  eut  cinq  qua- 
drilles de  masques,  celles  de  Monseigneur,  de  Madame  la 
Dauphine,  M.  le  duc  de  Bourbon,  Mademoiselle  de  Bourbon 
et  Madame  la  princesse  de  Conty,  qui  tous  changèrent  plu- 
sieurs fois  d'habits.  Ce  divertissement  doit  durer  tout  le 
carnaval. 

Monsieur  le  maréschal  de  L'Estrade  entra  lundy  dans  les 
fonctions  de  gouverneur  de  Mr  le  duc  de  Chartres-,  il  ne 
couchera  pas  dans  la  chambre  de  ce  prince,  cela  seroit  trop 
incommode  pour  l'un  et  pour  l'autre. 

Les  Siamois  furent  mardy  à  Versailles  prendre  leur  au- 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES   PARISIENNES       S47 

diance  de  congé.  Ils  partent  de  Paris  avec  beaucoup  de  joye, 
souffrant  avec  des  peines  incroyables  la  rigueur  de  la  saison. 

—  Paris,  ce  20«  Janvier  1685.  —  Mr  de  La  Sale  qui  a  fait 
celle  nouvelle  découverte,  hiverne  avec  Sfr  Beauvieu  à  St  Do- 
mingue,  en  attendant  le  temps  propre  pour  entrer  dans  la 
rivière  qui  le  conduit  à  son  entreprise.  Les  Espagnols  lui 
ont  enlevés  le  moindre  de  ces  trois  vaisseaux.  Les  Siamois 
qui  ont  esté  pour  la  dernière  fois  à  Versailles  ont  eu  leur 
audiance  de  congé  de  nos  ministres;  ils  ont  veu  à  leur  aise 
disner  et  à  l'Opéra  le  Roy,  dont  ils  sont  très  satisfaits...  Ils 
partent  sans  faute  la  semaine  prochaine;  les  lettres  que  le 
Roy  envoyé  au  roy  de  Siara,  sont  renfermées  dans  une  boëste 
d'or  bien  travaillée. 

Le  i8®  du  courant,  il  y  eut  un  arrest  au  Parlement  par 
lequel  une  fille  de  La  Rochelle  est  déclarée  relapse,  ordonné 
qu'elle  sera  bannie,  que  le  maistre  chez  lequel  elle  demeu* 
roit  sera  blasmé,  et  le  temple  de  cette  ville  razé;  quant  aux 
ministres  qui  sont  encore  à  la  Bastille,  le  jugement  a  été 
sursis.  Autre  déclaration  du  Roy  par  lequelle  il  est  deffendu 
d'exercer  la  Religion  dans  les  lieux  où  il  n'y  a  que  dix  familles 
de  la  Religion,  non  compris  celle  du  ministre.  Ceux  de  cette 
religion  appréhendent  avec  beaucoup  de  raison  la  prochaine 
assemblée  du  clergé. 

Mercredy  il  y  eut  une  grande  mascarade  à  Versailles,  fort 
divertissante  par  la  bizarrerie  et  le  changement  des  habits;  il 
y  eut  une  trouppe  du  doge  de  Gènes  avec  quatre  nobles, 
accompagnés  de  quatre  massiers,  qui  dancèrent  des  entréeSi 
ce  qui  fut  trouvé  fort  plaisant.  Un  page  de  la  Musique,  un 
peu  trop  beau  garçon,  a  esté  envoyé  par  ordre  du  Roy  à 
St  Lazare.  Un  certain  Florentin^  a  été  menasse  d'estre  en- 
voyé pour  le  reste  de  ses  jours  dans  le  cul  de  basse-fosse,  si 
on  entendoit  jamais  parler  de  luy... 

^  ]ï  s'agit  du  célèbre  Lully. 


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348  REVUE  d'âlsace 

L'abbé  lie  Soubise  doit  bienlost  sousteuir  une  thèse;  par 
une  lettre  du  petit  cachet,  il  est  ordonné  qu'il  la  soutiendra 
la  teste  couverte,  comme  s'il  estoit  un  prince.  Le  fils  du 
comte  d'Auvergne  a  un  des  canonicats  de  Strasbourg,  aussy 
bien  qu'en  a  desjà  eu  le  frère  du  duc  de  la  Trimouille. 

Les  vers  satiriques  de  Mr  Benserade  ont  esté  réformez,  on 
les  doit  imprimer,  mais  ce  qui  est  dit,  est  dit. 

—  Paris,  ce  24  Janvier  1685.  —  Mr  l'ambassadeur  de 
France  à  Rome  a  empesché  un  convoy  militaire  qu'on  vou- 
loit  faire  dans  une  église  de  sa  franchise  ;  on  y  vouloit 
enterrer  un  capitaine.  Par  ordre  du  Boy  il  protège  une 
damoiselle  romaine,  qui  se  vouloit  faire  religieuse  dans  un 
couvent  où  quelques  unes  de  ces  dames  s'y  sont  opposées, 
accusant  cette  damoiselle  d'avoir  chanté  à  l'Opéra  en  France, 
quoyqu'en  effet  elle  n'ait  jamais  chanté  que  deux  ou  trois 
fois  devant  le  Roy  et  Madame  la  Dauphine. 

Le  Roy  d'Angleterre  a  fait  publier  un  édil  par  lequel  il  est 
ordonné  que  tous  les  François  qui  se  sont  retirés  dans  ses 
états  à  cause  de  la  Religion,  et  qui  ne  sont  pas  confor- 
mistes, ayent  à  en  sortir  dans  six  mois.  Plusieurs  familles  de  ces 
gens-là  veulent  passer  en  Espagne,  croyant  y  demeurer  en 
seureté,  à  cause  des  nouvelles  ordonnances  qui  ont  esté 
publiées  en  faveur  des  hérétiques. 

...Il  est  deffendu  à  Mr  Luly  de  se  présenter  devant  le  Roy 
et  Mr  Brunet  est  traitté  selon  son  méritte  à  St  Lazare. 
L'evesque  d'Aussère  (sic)  a  une  fâcheuse  affaire  au  Parle- 
ment; ses  laquais  ont  tué  à  coups  de  bâton  le  fils  d'un  advo- 
cat  de  cette  ville-là,  des  plus  considérables  ;  on  prétend  y 
impliquer  ce  prélaL  On  a  trouvé  plusieurs  livres  deffendus 
dans  un  balot  de  marchandises;  le  tout  a  esté  confisqué,  et 
on  est  à  découvrir  à  qui  ces  livres  estoient  adressez.  Le 
doyen  de  Sorbonne,  âgé  de  87  ans,  a  esté  brûlé,  le  feu  ayant 
pris  à  des  linges  qui  estoient  à  ses  jambes,  qui  ont  consuro- 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES   ET  CHRONIQUES   PARISIENNES      349 

mez  tous  ses  habits,  ses  valets  n'estant  point  là  pour  le 
secourir. 

—  Paris,  ce  31  Janvier  1685.  —  Un  vaisseau  génois  ayant 
pris  auprès  de  l'isle  de  Corce  un  grand  basteau  d'un  vaisseau 
de  St  Malo,  ces  Mores  blancs  ont  jettez  à  Feau  avec  une 
pierre  au  col  treize  François  qui  estoient  dedans,  un  qua- 
torzième trouva  le  moyen  de  se  cacher,  et  le  vaisseau  estant 
arrivé  à  Alicante,  celuy-ci  se  sauva  et  alla  trouver  le  gouver- 
neur de  la  place,  qui  Va  protégé  et  renvoyé. 

On  ne  doute  plus  que  le  doge  de  Gennes  ne  vienne  en 
France,  quoyque  le  courier  de  Mr  le  nonce  ne  soit  pas  encore 
de  retour.  L'on  voudroit  bien  capituler  sur  les  conditions  de 
la  manière  qpMI  sera  reçeu,  mais  c'est  ce  que  l'on  n'escou- 
lera  pas  icy.  Le  marquis  de  Marini,  cy-devant  envoyé  de  la 
république  de  Gênes  estant  allé  voir  comme  un  particulier 
Mr  de  Croissy,  il  luy  demanda  que,  quoyqu'il  n'eust  plus 
aucun  caractère,  s'il  ne  pouvoil  pas  encore  luy  faire  quelques 
questions,  ce  que  viendroit  faire  le  doge  icy.  11  luy  fust  res- 
pondu  que  le  doge  viendroit  lesmoigner  au  Roy  le  repentir 
de  la  République  et  la  douleur  qu'elle  avoit  de  Tavoir 
offencé,  luy  en  demander  pardon  et  l'asseurer  qu'à  l'avenir 
Elle  ne  fera  rien  qui  luy  puisse  desplaire... 

Le  différend  qu'a  l'Académie  avec  M,  Furetière  n'est  pas 
enc<M*è  terminé;^ ce  sera  Mr  le  Chancelier  qui  le  terminera. 
On  en  parle  dans  le  monde  différemment,  chacun  a  ses  par- 
tisans.  L'affaire  de  l'evesque  d'Âuserre  a  été  renvoyée  au 
présidial  de  Sens.  L'abbé  de  Soubise  qui  a  depuis  peu  sous- 
tenu  en  Sorbonne,  s'est  médiocrement  servy  du  privilège 
que  le  Roy  luy  avoit  donné  de  répondre  avec  son  bonnet,  car 
après  avoir  respondu  aux  trois  argumens  du.  président,  le 
bonnet  sur  la  teste,  l'abbé  de  Polignac  ayant  le  premier 
argumenté,  il  osta  son  bonnet  et  depuis  il  ne  le  remit  point. 

Le  prince  deMontbason  qui,  depuis  plusieurs  années,  est; 


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350  REVUE  D* ALSACE 

à  Liège,  avec  trop  de  liberté,  ayant  pris  de  l'amour  pour 
une  fille  de  la  ville  et  ne  pouvant  venir  à  bout  de  son 
dessein^  il  fit  en  sorte  d'assembler  toute  sa  famille  pour  la 
régaler  et  ayant  fermé  la  porte  du  lieu  avec  de  bons  ca- 
denas, où  ils  estoient  tous,  il  mit  le  feu  dans  la  maison, 
ayant  préparé  touttes  choses  pour  ce  beau  dessein.  Ils  eurent 
bien  de  la  peine  à  se  sauver  et  à  esteindre  le  feu.  On  a 
osté  la  liberté  à  cet  enragé. 

—  Paris,  ce  8  Febvrier  1685.  —  Le  Roy  de  Dannemarck  a 
accordé  pour  20  ans  de  privilèges  aux  calvinistes,  une 
exemption  de  droits,  et  un  exercice  libre  de  leur  religion 
avec  pouvoir  des  minisires  et  on  croit  à  Coppenhagen  que  le 
comte  de  Royes  y  retournera  cette  année  avec  sa  femme  et 
quelques  uns  de  ses  enfans. 

Mercredy  dernier  les  archers  de  TEquelleC^û;)  assassinèrent 
dans  le  parvis  de  Notre-Dame  un  gentilhomme  fort  riche  de 
Franche-Comté,  appelé  Mr  Lambert,  qui  estoit  mousquetaire 
et  le  poursuivirent  jusques  dans  Notre-Dame.  On  le  porta 
dans  THostel-Dieu,  où  il  vescut  environ  trente  heures.  Deux 
de  ces  coquins  ont  esté  arrestez.  Jeudy  fut  exécuté  un  homme 
qui,  pour  un  abbé  de  ses  amis,  avoit  marchandé  à  des  sol- 
dats de  faire  donner  des  coups  de  bâton  à  un  certain 
homme  qui  avoit  maltrailté  cet  abbé,  à  cause  qu'il  allait 
trop  fréquemment  dans  sa  maison.  Un  des  soldats  qui  avoit 
désia  reçeu  de  Targent,  alla  donner  avis  à  l'intéressé ,  qui 
prit  un  commissaire  et  alla  au  cabaret  où  il  arresta  ce  mal- 
heureux entremetteur  qui  a  tout  confessé;  les  soldats  ont 
esté  les  témoins.  11  a  esté  condamné  d'estre  pendu  au  Cbas- 
telet,  ce  qui  a  été  confirmé  par  arrest  et  a  eu  la  question 
ordinaire  et.  extraordinaire,  et  n'a  rien  dit  contre  l'abbé. 
Voylà  un  arrest  d'un  grand  exemple,  mais  fort  rigoureux^ 
Une  Hollandoise  catholique  a  esté  tuée  d'un  coup  de  hache 
par  derrière  la  leste,  mise  dans  un  coffre  avec  tous  ses 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES  ET  CHRONIQUES  PARISIENNES       351 

habits.  .On  luy  avoit  couppé  les  jambes  pour  la  mettre  plus 
facilement.  Le  coffre  bien  cadenassé  a  esté  jette  dans  la 
rivière;  on  a  pesché  le  coffre  aux  Bons-Hommes.  Elle  a  esté 
reconneue.  Cette  femme  se  mesloit  de  vendre  des  pierreries. 
On  prétend  que  c'est  un  abbé  qui  a  fait  cette  mauvaise 
action  et  qui  s'estoit  fait  payer  d'une  lettre  de  change  de 
-^  escus  adressée  à  cette  femme,  ce  qu'un  conseiller  du 
Ghastelet  avoit  certifiiez  le  banquier  ne  le  connaissant  pas. 
Le  conseiller  en  a  reçeu  30  ou  40  pistoles,  ce  qu'il  a  avoué 
dans  l'interrogatoire  qu'il  a  suby  devant  le  lieutenant  cri- 
minely  en  présence  de  deux  conseillers  de  sa  compagnie. 
On  croit  que  cet  abbé  a  esté  arresté  avec  ses  complices  près 
de  Montreuily  voulant  aller  en  Angleterre.  Dans  l'apparte- 
ment de  cette  femme  on  n'y  a  rien  trouvé  que  des  meubles 
de  bois,  tout  ayant  esté  emporté,  sans  qu'on  s'en  soit 
apperçu  dans  la  maison. 

Encore  que  Mr  de  Breteuil  soit  conseiller  d'Estat,  il 
demeurera  encore  deux  ans  dans  l'intendance  de  Poitou,  où 
il  est  fort  nécessaire  pour  le  service  du  Roy  et  fort  utile 
pour  la  conversion  de  ceux  de  la  Religion. 

—  Extrait  des  articles  accordez  par  le  Roy  à  la  répu*^ 
blique  de  Gènes  lundy  au  soir,  12  Tebvrier  1685,  après  y 
avoir  travaillé  incessamment  depuis  le  vendredy,  9*°«  — . 

Le  doge  en  charge  et  quatre  sénateurs,  aussy  en  charge,  à 
la  fin  de  mars,  se  rendront  c  au  lieu  où  sera  le  Roy  et  lors- 
qu'ils seront  admis  à  l'audience^  seront  revestus  de  leurs 
robes  de  cérémonie;  le  doge  portant  la  parole,  se  servira 
des  expressions  les  plus  soumises  et  les  plus  respectueuses 
pour  tesmoigner  au  nom  de  la  république  de  Gènes  le  regret 
qu'elle  a  d'avoir  despieu  au  Roy,  qu'elle  le  supph'e  le  vouloir 
recevoir  à  Thonneur  de  sa  bienveillance^  laquelle  elle  con- 
servera soigneusement;  en  suite  pourront  s'en  retourner 
sans  qu'il  leur  soit  demandé  autre  satisfaction.  » 

—  25  Febvrîer  1685.  —  M.  de  Bouflers  attend  les  seconds 


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352  REVUE  d' ALSACE 

ordres  de  la  cour  poar  faire  jouer  nos  bombes  et  carcasses 
sur  Fontarabîe,  parce  qu'on  luy  a  mandé  d'attendre  jusqùes 
à  nouvel  ordre.  Ceux  de  la  Ville  ont  fait  dépaver  les  rues  et 
abattre  le  haut  des  maisons  et  charger  de  sable  les  planchers 
afBn  d'enyescher  le  feu. 

L'Électeur  de  Broudebourg  travaille  à  faire  une  ligue  dans 
la  Basse-Saxe  et  d'y  faire  joindre  les  princes  du  Rhin.  Ces 
derniers  ont  commencé  à  s'unir  contre  ceux  qui  voudront 
faire  la  guerre,  parce  que  les  armées,  ce  part  et  d'autre, 
fondraient  sur  eux.  Le  Roy  leur  promet  sa  protection,  les 
assurant  qu'il  n'a  nul  dessein  de  faire  la  guerre  en  Alle- 
magne. Ils  prétendent  de  mettre  50  mille  hommes  sur  pied, 
sçavoir  le  Palatin  5000  hommes,  ceux  Électeurs  de  Mayence 
et  de  Trêves  chaqù'un  3  mille  et  celuy  de  Cologne  8,  et  le 
Roy  le  surplus,  avec  tout  le  canon  nécessaire,  et  tous  sont 
résolus  de  raser  Fribourg.  On  ne  sçauroil  croyre  combien  les 
Français  sont  hays  dans  l'Allemagne,  lesquelz  y  sont  mal- 
traitez en  touttes  rencontres.  Il  n'y  a  qu'à  Bruusvich  où  ils 
sont  mieux  venus. 

{A  suivre.)  Bon.  Reuss. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE 


Correspondance  du  Général  HUGO 

Commandant  supérieur 
avec  le 

Ghéxiéral    de    IDi-visioxi    à.    XiJIets 

1814—1815 

(SuUeK) 


X.. 

•  Thionville,Iel3août. 
«  Mon  général, 

«Vous  trouverez  ci*joint  une  lettre  que  M.  le  coromandant 
de  Rôdemack,  vient  de  m'adresser.  Connme  il  n'est  pas  en 
mon  pouvoir  de  lui  accorder  ce  qu'il  demande,  je  vous  prie 
de  lui  donner  la  permission  qu'il  désire  et  de  le  faire  alors 
remplacer  par  un  ofScier  supérieur  de  voire  choix. 

«  Le  porteur  de  la  présente  est  un  jeune  homme  du  80^  qui 
a  cru  pouvoir  revenir  chez  son  père,  en  vertu  du  décret  du 
23  mars  dernier  et  que  son  père  renvoie  à  ses  drapeaux,  qu'il 
n'aurait  pas  dû  quitter  sans  permission.  Je  vous  prie  de  lui 
faire  pardonner  sa  faute. 

«Agréez  l'assurance  de  mon  respectueux  attachement. 

«  Hugo.  » 

RÉPONSE. 

15  août.  —  On  l'invitera  à  faire  remplacer  provisoirement 
M.  Varda  qui  se  retirera  à  Thionville  jusqu'à  nouvel  ordre. 

^  Voy.  pages  204  et  suiv.  de  la  livraison  avrii-mai-juin  1889. 


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354  REVUE  D'ALSACE 

XI. 

^Bafiport  du  IS  a&ûù. 


«SITUATION. 

PRÉSENS 

* 

Officiers 

Troupe 

Observations 

Bataillon  des  douaniers    .    . 

22 

600 

aucune 

20®  compagnie  du  5^  régim. 

d'artillerie  à  pied.     .     .     . 

4 

33 

mutation 

Totaux  .     .    . 

26 

633 

mÊvénemens.  —  Hier  quelques  cavaliers  russes  enlevèrent 
un  cavalier  des  douanes  et  le  rendirent  presque  aussitôt; 
j'avais  envoyé  un  parlementaire  pour  le  réclamer.  II  arriva 
que  la  mise  en  liberté  avait  eu  lieu  et  il  fut  très  bien  reçu 
par  les  officiers  russes. 

«Aujourd'hui  15|  la  garde  nationale  et  les  préposés  des 
douanes  à  pied  et  à  cheval,  la  gendarmerie  royale  et  l'artil- 
lerie prennent  les  armes  à  3  heures  pour  assister  à  la  pro- 
cession. 

€  Nouvelles.  —Aucunes. 
4ii Esprit  de  la  population*  —  Bon. 
^Subsista/nces.  —  Bonnes. 

4kApprovi9ionnemens  de  siège.  —  On  n'y  touche  plus  depuis 
qne  le  service  courant  est  chargé  des  distributions.  » 

XII. 
«Mon  général, 

«M.  Varda  m'accablant  et  accablant  tout  le  monde  de  lettres 
pour  être  relevé  et  pour  obtenir  une  permission  pour  aller 
vaquer  à  ses  affaires  de  famille,  je  profite  de  l'autorisation 


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BLOCUS  DE  THI01«nnLLE  SB5 

que  contient  voire  lettre  et  je  Tenvoie  provisoirement  relever 
par  M.  le  chef  de  bataillon  Boulan,  officier  brave,  actif  et 
intelligent.  Si  de  Varda  persiste  à  ne  point  retourner  à  Rode- 
mack,  je  vous  prie  de  solliciter  le  commandement  (peu 
agréable)  de  cette  place  en  faveur  de  M.  Boulan  dont  je  vous 
adresse  ci-joinl  Tétat  de  service. 

«Je  vous  prie  d'agréer,  etc. 

oThionville,  le  16  août  1815  » 

RÉPONSB. 

22  août.  —  On  informe  S.  Esc.  le  ministre  de  la  guerre 
en  le  priant  de  confirmer  le  chef  de  bataillon  Boulan  dans  lé 
commandement  qui  lui  est  confié  provisoirement. 


XIII. 

i  ThioDVÎIIe,  le  84  août  1815. 
«Mon  général, 

«J'ai  reçu  la  copie  de  la  ieUrô  que  S.  Exe.  le  ministre  de 
la  guerre  vous  a  écrite  en  date  du  17  relativement  aux  gou- 
verneurs provisoires  de  plusieurs  places  de  guerre  qui  s'im- 
miscent dans  l'administration  civile.  Je  ne  pense  pas  être 
dans  ce  cas  là,  puisque  Tétat  de  siège  de  Thionville  n'a  pas 
encore  été  levé. 

«Agréez,  etc.» 

XJV. 

a  Thionville,  le  24  août  181 5. 
«Mon  général, 

«On  a  inséré  dans  le  corps  des  procès-verbaux  ce  qui 
aurait  dû  être  Tobjet  d'états  particuliers  et  voilà  comme  vos 
intentions  n'ont  pas  été  pleinement  remplies. 

«On  js'occope  de  la  conleclion  de  ces  états  ef  de  faire  dès 


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356  REVUE  D'ALSACE 

copies  des  procès-verbaux  donl  vous  demandez  une  seconde 
expédition.  Vous  recevrez  le  tout  très  incessamment. 
«Agréez^  etc.  » 

XV. 

«Thionidlle,  le  26  août  1815. 

«Mon  général^ 

«II  n'existe  ici  qu'un  prisonnier  prussien  blessé  et  hors 
d'état  d'être  rendu.  Aussitôt  son  rétablissement^  je  le  ferai 
diriger  sur  le  quartier  général  des  troupes  de  sa  nation  le 
plus  voisin  de  moi. 

«J'avais  ici,  il  y  a  quelque  temps,  des  prisonniers  russes, 
je  vous  ai  consulté  à  leur  égard  et  d'après  vos  ordres,  je  les 
ai  envoyés  au  général  Sutbow  à  Hayange. 

«Agréez,  etc.» 

XVI. 

^Bapport  du  28  au  29  août. 

€Événetnen8.  —  Aucun. 
^Nouvdles.  —  Aucune. 
€  Esprit  public.  —  Bon. 
€  Subsistances.  —  Bonnes.  » 


XVII. 

«APPROVISIONNEMENS  DE  SIÈGE. 

.    €Lard  salé. 

«Cejourd'hui  cinq  septembre  de  l'an  mil  huit  cent  quinze. 

«Nous,  Gaspard  Laudy,  commissaire  des  guerres  employé 

dans  la  3<»  division  militaire  à  la  résidence  de  Thionville, 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  357 

procédant  à  la  vérification  des  denrées  provenant  de  Tappro* 
visionnement  de  siège  du  poste  de  Sierck  évacué  sur  Tbion- 
ville  par  ordre  supérieur,  nous  avons  remarqué  que  sur  les 
769  kilos  de  lard  salé,  il  y  en  avait  une  grande  partie  qui 
paraissait  avoir  beaucoup  souffert.  Nous  avons,  en  consé- 
quence, Tait  appeler  le  sieur  Dupuis,  charcutier  en  cette  ville 
et,  après  avoir  reçu  de  lui,  en  présence  de  MM.  Ducbamp^ 
conservateur,  et  Quarante,  membre  du  Comité  de  Surveil- 
lance, le  serment  de  fidélité  en  tel  cas  requis,  nous  l'avons 
invité  à  examiner  le  lard  ci-dessus  mentionné  et  à  nous 
déclarer  s'il  était  encore  capable  d'être  conservé,  ce  à  quoi  il 
a  procédé  de  suite  bande  par  bande  et  morceau  par  morceau 
et  il  nous  a  fait  le  rapport  que  ce  lard  était  dégagé  de  salai- 
son et  qu'il  avait  beaucoup  souffert  en  route  par  la  grande 
chaleur  et  qu'une  partie  seulement  de  ce  lard  pourrait  se 
conserver  au  plus  pendant  un  mois  ;  mais  qu'il  était  urgent 
d'en  faire  consommer  la  totalité;  on  ajoute  que  ce  lard  était 
conservé  à  Sierck  dans  des  souterrains,  qu'ensuite  on  a  été 
obligé  de  le  transporter  dans  une  chambre  à  four,  pour 
éviter  son  dépérissement  et  que  c'est  pendant  qu'on  lui  a  fait 
subir  ces  différentes  manœuvres  que  le  sel  dont  il  était 
ihiprégné  s'est  détaché,  en  conséquence^  sa  mise  en  consom- 
mation sera  provoquée  par  qui  de  droit. 

«  De  tout  quoi  nous  commissaire  des  guerres  susdit  avons 
dressé  le  (^*ésent  procès-verbal  qui  a  été  signé  avec  nous  par 
les  dénommés  ci-dessus  pour  servir  à  valoir  ce  que  de 
raison,  etc.  » 

XVIia. 

iThionville,  le  8  septembre  1815. 
«Mon  général, 

«Voilà  une  expédition  du  procès  -  verbal  constatant  la 
nécessité  de  mettre  en  consommation  les  769  kilos  de  lard 


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358  REVUE  D*ALSACE 

salé  venus  de  Sierck.  Comme  il  y  a  urgente  nécessité  de 
manger  ce  lard  pour  en  éviter  la  perle  totale. 

«Je  vous  prie  instamment  de  vouloir  bien  me  donner 
votre  approbation  pour  une  distribution  de  deux  jours,  et 
ensuite  m'autoriser  à  en  faire  donner  six  onces  chaque 
3  jours,  c'est-à-dire  deux  jours  de  viande  fraîche  et  un  de 
lard. 

«Je  vous  renouvelle,  mon  général,  l'assurance  de  mon 
respectueux  attachement, 

«Le  Commissaire  des  guerres  y 

«Laudy.  » 

XVIII. 

«Tbionville,  le  9  septembre  1815. 
«Mon  général, 

«J'ai  reçu  l'avis  contenu  dans  votre  lettre  du  7. 

«Quand  vous  m'adresserez  des  ordres  pour  les  subsistances 
je  m'y  conformerai.  Je  vous  prie  seulement  de  songer  que  si 
la  paix  n'est  pas  faite  avec  les  prussiens,  il  conviendra  de 
nous  laisser  les  moyens  de  nous  soutenir  jusqu'à  l'entière 
réorganisation  de  Tai^mée. 

«  Agréez  l'assurance  de  mon  dévouement  respectueux, 

«  Le  maréchal  de  camp^  commandant  supérieur ^  Hugo.» 

XIX. 

0  ThionviUe,  le  9  septembre  1815. 
«Mon  général, 

«Je  vous  adresse  avec  la  lettre  de  M.  Laudy  la  copie  du 
procès-verbal  qu'il  y  a  joint. 

«  Le  commissaire  des  guerres  demande  l'autorisation  de 
faire  entrer  les  lards  qui  s'avarient,  dans  les  distributions 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  3S9 

qu'il  fait  à  la  troupe.  Je  vous  prie  de  vouloir  bien  la  lai 
accorder. 
«  Agréez,  elc.  » 

RÉPONSE. 

11  septembre.  —  On  l'autorise  à  faire  distribuer  le  lard 
avarié  à  la  troupe,  mais  on  pense  qu'il  vaudrait  mieux  en 
faire  la  remise  au  préfet  pour  la  subsistance  des  armées 
russes. 

XX. 

iThionville,  le  11  septembre  1815. 
€  Mon  général, 
«J'ai  reçu  l'avis  que  vous  me  donnez  de  l'arrivée  de  M.  le 
chef  de  bataillon  Gauche,  en  remplacement  de  M.  le  major 
d'artillerie  Georges  (de  Lemud),  quels  que  puissent  être  la 
conduite  et  les  talens  de  M.  Gauche,  M.  le  major  Georges  (de 
Lemud)  sera  toujours  regretté  par  toutes  les  qualités  qui  le 
distinguent. 
«Agréez,  etc.» 

XXI. 

€  Rapport  du  15  septembre. 

€  Supplément.  —  J'envoie  mon  aide  de  camp  à  Hayange 
pour  conclure  avec  le  major  prussien  qui  y  est  arrivé  ce 
matin  une  convention  pareille  à  celle  conclue  avec  les 
Russes.  J'ai  l'espoir  que  cela  ne  souffrira  point  de  difficultés 
(3  heures  Vi  après-midi)*». 

XXII. 

«Mon  général, 

«L'ordre  du  16  défend  d'accorder  plus  longtemps  aux 
douaniers  les  vivres  de  campagne.  Je  désire  savoir  si  je  puis 

1  Longwy  est  forcé  de  se  rendre  après  un  siège  meurtrier. 


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360  re;vue  d'alsace 

leur  faire  continuer  les  distributions  de  pain  et  de  chauffage 
et  celles  de  fourrage  pour  leurs  chevaux. 

«Les  préposés  des  douanes  font  ici  seuls  avec  la  garde 
nationale  sédentaire  le  service  de  la  place  et  du  fort  ;  ils  sont 
sans  solde  et  sans  moyen  d'en  obtenir  une,  puisque  la  ligne 
est  évacuée  et  que  leur  administration  est  sans  fonds.  Il  con- 
vient donc  de  leur  donner  les  moyens  de  se  soutenir  en  les 
récompensant  en  même  temps  du  service  important  qu'ils 
nous  rendent.  M.  le  commissaire  des  guerres  a  ordre  de  ne 
leur  accorder  aucune  espèce  de  distribution  par  cela  seul 
qu'ils  ne  sont  pas  considérés  comme  troupes  de  ligne,  un 
mot  de  vous,  mon  général,  est  nécessaire  pour  décider  du 
parti  que  nous  devons  prendre. 

«Agréez,  etc. 

i  Â  Thionville,  le  19  septembre  1815.  » 

RÉPONSE. 

Autorisé  à  faire  fournir  des  fourrages  moyennant  le  rem- 
boursement par  les  douaniers. 

XXIII. 

«  Monsieur  le  chef  d'étal-major, 

«Je  vous  prie  de  prévenir  M.  le  lieutenant  général,  com- 
mandant la  division  que  n'ayant  jamais  voulu  recevoir  de 
déserteurs  russes^  je  n'en  ai  aucun  à  diriger  sur  Paris. 

«Agréez,  etc. 

«  ThionviUe,  le  29  septembre  1815.  » 

XXIV. 

«  Ministère  de  la  guerrey  Secrétariat  général. 

«  Paris,  le  30  septembre. 
«Général,  j'ai  pris  connaissance  des  divers  rapports  et 
particulièrement  de  ceux  que  vous  m'avez  adressé  les  20;  21 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  361 

et  32  du  courant  y  pour  me  rendre  comjpte  des  mouvements 
que  font  les  Russes  autour  de  Thionville  ;  l'issue  prochaine 
des  arrangemens  qui  vont  être  conclus  avec  les  puissances 
alliées,  va  fixer  votre  position  d'une  manière  définitive,  en 
attendant  vous  ne  devez  pas  moins  continuer  à  prendre 
toutes  les  mesures  propres  à  assurer  au  roi  la  conservation 
de  la  place  dont  le  commandement  vous  est  confié. 

«Recevez,  général,  l'assurance  de  ma  parfaite  considéra- 
tion. Le  ministre  secrétaire  d'État  au  département  de  la 
guerre.  Pour  S.  E\c.  et  par  son  ordre  le  maréchal  de  camp; 
secrcMaire  général,  signé  d'âlbignac.  P.  C.  C.  Le  sous- 
inspecteur  aux  revues.  ViROUX. 

^AM.le  maréchal  de  camp,  Hugo.» 


XXV. 

«Thionville,  le  4  octobre  ^815. 
«Mon  général, 

«J'ai  reçu  votre  lettre  du  30  septembre,  n®  103.  Vous 
pouvez  compter  que  je  négligerai  rien  pour  conserver  au 
Roi  la  place  qui  m'est  confiée. 

«Vous  aurez  vu  par  les  états  de  situation  de  la  garde 
nationale  que  sa  force  n'est  point  en  rapport  avec  l'énorme 
développement  des  ouvrages  de  Thionville.  Ce  rapport 
existerait  qu'il  ne  serait  pas  trop  prudent  de  confier  à  cette 
seule  garde  la  défense  de  la  forteresse. 

«Il  convient  aux  intérêts  du  Roi  que  Thionville  ait  une 
garnison  étrangère  à  sa  population  et  plus  forte  qu'elle  : 
tant  que  les  préposés  des  douanes  resteront  ici,  ils  formeront 
cette  garnison;  mais  on  doit  retarder  leur  départ  pour  la 
ligne  jusqu'au  moment  où  les  légions  départementales 
pourront  les  relever  à  moins  que  d*ici  à  cette  époque,  la 


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362  RBVUE  d'alsage 

paix  ne  nous  garantisse  de  toute  entreprise  de  la  part  des 
prussiens. 

«Agréez  l'assurance  de  ma  haute  et  respectueuse  considé- 
ration. Hugo.» 

XXVI. 

oThionville,  le  4  octobre. 
«Mon  général, 

«Les  compagnies  des  canonniers  tirées  des  bataillons 
d'élite  de  garde  nationale,  ayant  suivi  le  sort  de  ces  troupes, 
j'ai  été  dans  Tobligation  d'organiser  ici  deux  autres  com- 
pagnies d'artillerie  dans  la  garde  nationale  sédentaire,  et  le 
conseil  d'organisation  de  cette  garde  a  pris  pour  les  com- 
mander parmi  les  anciens  officiers  de  l'arme  qui  se  trou- 
vaient ici. 

«Les  compagnies  d'artillerie  étant  assujetties  à  des  travaux 
et  à  un  service  plus  aclir  que  les  autres  de  la  garde  natio- 
nale, je  vous  prie  de  ^'informer  si  elles  ne  doivent  pas 
jouir  du  bénéfice  de  la  décision  ministérielle  en  date  du 
14  septembre  dernier,  avantage  qu'elles  méritent  d'autant 
mieux,  qu'à  l'exception  de  30  canonniers  de  ligne,  elles 
sont  seules  pour  servir  les  bouches  à  feu  en  batterie  dans  la 
place. 

«Agréez,  etc.» 

XXVIL 

«  ThionviUe,  le  7  octobre  1815. 

«Mon  général, 

«Je  ne  négligerai  rien  pour  découvrir  les  deux  fugitifs 
dont  vous  m'entretenez  dans  votre  lettre  du  4,  et  s'ils  par- 
viennent à  être  arrêtés  dans  mon  arrondissement,  je  m'em- 
presserai de  vous  en  rendre  compte  sur  le  champ. 

«J'adresse  à  la  gendarmerie  et  aux  maires  des  principales 
communes  une  note  à  ce  sujet,  laquelle  je  mets  également  à 
l'ordre  de  la  place. 

«  Agréez,  etc.  » 


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BLOCUS  DE  THIONViLLE  368 


xxviii. 

0  Thionville,  le  7  octobre  1815. 
€  Mon  général , 

«Selon  votre  désir^  aussitôt  que  les  communications 
seront  assurées,  je  favoriserai  l'évacuation  sur  Metz  de  tous 
les  objets  d'armement  et  d'approvisionnement  désignés  dans 
votre  lettre  du  5. 

«Agréez,  etc.» 

XXIX. 

«  Bapport  du  8  octobre  1815. 

«Les  300  schakos,  commandés  pour  les  bataillons  d'élite 
au  sieur  Schaike,  chapelier  à  Thionville,  sont  faits  et  payés. 
Je  viens  d'en  ordonner  le  dépôt  à  l'arsenal  avec  les  autres 
eiïets  d'équipement  ayant  appartenu  à  ces  bataillons.  Le 
commissaire  des  guerres  est  chargé  de  faire  faire  cette 
opération.  Ces  schakos  fort  beaux/  mais  sans  ornements  de 
luxe,  peuvent  servir  à  la  coiffure  des  légions  départementales. 

«  Les  prussiens  continuent  à  frapper  de  fortes  réquisitions. 

«  Les  militaires  retraités  sont  en  très  grande  partie  plongés 
dans  la  misère,  plusieurs  demandent  l'aumône.  » 

XXX. 

«  Thionville,  le  9  octobre  1814. 

«Mon  général, 

«J'ai  reçu  votre  lettre  du  6  concernant  le  parc.  Si  les 
journaux  d'après  demain  nous  annoncent  enfin  la  paix,  je 
serai  en  mesure  de  le  supprimer  de  suite, 

«  Je  vous  renouvelle,  etc.  > 


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m 


REVUE  D  ALSACE 


XXXI. 

c  Bapport  du  9  octobre. 

«M.  le  comte  Jarnowski,  député  de  Tordre  équesti*e  de 
Pologne  près  S.  M.  l'empereur  Alexandre  à  Paris,  est  arrivé 
hier  devant  la  place  et  a  demandé  la  permission  de  la  tra- 
verser pour  continuer  son  voyage.  Cette  permission  lui  a  été 
accordée  conformément  à  la  lettre  de  S.  Exe.  le  ministre  de 
la  guerre  en  date  du  27  juillet  dernier.  M.  le  comte  était 
accompagné  de  M.  le  baron  Girardot,  en  chirurgien-major 
des  chevau-légers  polonais  de  la  garde. 


XXXIl. 

^Rapport  du  10  octobre. 


Désignation 

Brésens. 

Observations. 

des  corps. 

Officiers. 

Troupe, 

Douaniers .     .     . 

.    30 

630 

5«  rgt.  d'artillerie 

4 

31 

(20''  comp.) 

Gendarmerie .     .     . 

i 

18 

(It  Boissier.) 

Totaux    . 

.    35 

679 

€Événemens.  —  Le  parc  de  voitures  formé  pour  seconder 
les  travaux  dans  la  place  est  réduit  à  quatre  charrettes  à 
quatre  chevaux.  » 


xxxni. 

^Bapport  du  13  octobre. 

«Ce  matin,  dès  sept  heures,  la  cavalerie  prussienne  a  fait 
l'exercice  dans  le  voisinage  d'Ebange,  les  tirailleurs  ont  à 
diverses  reprises  tiré  une  trentaine  de  coups  de  pistolet. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  365 

«Les  réquisitious  des  prussiens  continuent,  les  habilans 
les  trouvent  exhorbilantes.» 


XXXIV. 

c  Bapport  du  16  octobre. 
«  Rien  de  nouveau.  » 

XXXV. 

€  Rapport  du  17  octobre. 

«M.  le  commandant  de  la  gendarmerie  étant  venu  hier  me 
demander  s'il  y  avait  quelque  inconvénient  à  rétablir  ses 
correspondances,  j'ai  de  suite  écrit  au  commandant  de  la 
ligne  d'observation  la  lettre  suivante  : 

«  Monsieur  le  major, 

«Dans  l'état  actuel  des  choses,  la  paix  étant  signée,  je 
«pense  que  vous  ne  trouverez  aucun  inconvénient  à  laisser 
«la  gendarmerie  royale  faire  sa  correspondance,  c'est-à-dire 
«à  lui  laisser  conduire  les  criminels  d'un  point  à  un  autre. 
«Je  désire  que  vous  disiez  franchement  votre  opinion  à  cet 
«égard,  afin  que  cette  troupe  ne  puisse  être  inquiétée  dans 
«l'exercice  de  ses  fonctions,  une  fois  qu'elle  les  aura 
«reprises.» 

«J'ai  reçu  à  cette  lettre  une  réponse  ainsi  conçue  : 

«Monsieur  le  général, 

«Je  sais  que  la  paix  a  dû  être  signée  le  premier  de  ce 
«mois,  mais  n'ayant  reçu  aucun  ordre  à  ce  sujet,  je  suis 
«obligé  de  continuer  à  exécuter  ce  qui  m'a  été  ordonné,  j'ai 
«  écrit  au  grand  quartier  général ,  j'en  attends  la  réponse 
«demain  ou  après  pour  pouvoir  faire  retirer  mes  avantr 


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966  REVUE  d'àlsage 

«postes.  Mon  ordre  porte  de  laisser  sortir  des  villes  tous  les 
«militaires,  mais  de  les  empêcher  d'y  enti'er. 

«Je  suis  fâché  de  ne  pas  m'être  trouvé  à  la  maison  et 
«d'avoir  fait  attendre  votre  ordonnance,  le  général  qui  com- 
«  mandait  la  brigade,  ayant  eu  une  autre  destination,  j'ai  été 
«chargé  du  commandement  ce  qui  a  été  cause  de  mon 
«  absence. 

«Je  vous  prie,  Monsieur  le  général,  d'être  persuadé  que 
«je  serai  toujours  disposé  à  faire  ce  qui  vous  sera  agréable. 
«Agréez  l'assurance  de  ma  haute  considération.  Le  major 
«  prussien  commandant  le  régiment  des  hussards  du  grand- 
«duc  de  Mecklembourg.  Signé  :  le  baron  de  Graevbnitz.  » 

«J'ai  envoyé  au  commandant  de  la  gendarmerie  copie  de 
celte  réponse,» 

XXXVl. 

€Bapport  du  19  octobre. 
«Rien  de  nouveau. 
^Approvisionnemeiis.   —  Le  commissaire  des  guerres  a 
reçu  de  moi,  d'après  sa  demande,  Fautorisation  de  prélever 
37  kilogrammes  de  savon  sur  les  approvisionnemens  de 
siège  pour  les  appliquer  au  service  de  l'hôpital  militaire.  » 

XXXVII. 

€  Rapport  du  21  octobre. 

«La  navigation  reprend  sur  la  Moselle,  Je  suis  souvent 
dans  le  cas  d'ouvrir  le  barrage  pour  donner  passage  aux 
bateaux.  » 

XXXVIll. 

€  Rapport  du  22  octobre. 

«Rien  de  nouveau. 

^Approvisiùwifiemens.  —  J'ai  autorisé  le  commissaire  des 
guerres  à  faire  vendre  à  l'enchère  10  veau^x  existant  au  parc 


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BLOCUS  DE  TfflOirVILLE  367 

pour  en  appliquer  le  montant  aux  dépenses  légales  du  con- 
servateur qui  ne  reçoit  point  de  fonds  du  gouvernement  pour 
son  service.  » 

XXXIX. 

€  Rapport  du  23  octobre. 

^Tassage  et  mouvemens  de  troupeê.  —  Aucuns. 

€  Arrestations  faites  par  la  gendarmerie^  accidens  de  route  ^ 
d&its  contraires  à  Cordre  public^  etc.,  etc.  —  Le  nommé  Jean 
Payson»  déserteur  de  la  légion  de  la  Moselle,  a  été  arrêté;  il 
sera  conduit  à  Metz  aussitôt  que  les  correspondances  pour- 
ront se  rétablir. 

^Evénemens.  —Aucun. 

XL 

«Thionville,  le  23  octobre  1815. 
«Colonel, 

«J'ai  reçu  par  le  courrier  d'hier  la  circulaire  du  ministre 
concernant  les  publications  et  proclamations  de  toute  es- 
pèce,  etc.,  etc.  Vous  pouvez  assurer  M.  le  général  comman- 
dant la  division  que  ses  intentions  et  celle  de  S.  E.  seront 
remplies. 

«Agréez,  etc.» 

XLI. 

«  Rapport  du  27  octobre. 

«Le  corps  des  douanes  en  garnison  ici  y  reste  provisoire- 
ment d'après  l'ordre  donné  au  directeur  par  M.  le  conseiller 
d'état,  directeur  général.  M.  le  directeur  Clerget  vient 
d'épurer  le  corps  des  préposés  en  renvoyant  12  hommes  qui 
étaient  fréquemment  punis  pour  ivrognerie  et  qui  ne  ser- 
vaient pas  la  cause  royale  avec   dévouement  comme  les 


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368  REVUE  D*ALSACE 

autres.  Un  préposé  est  tombé  hier  de  la  caserne  des  Écluses 
dans  le  canal  et  s'est  noyé. 

«Soixante  kiiogr.  d'huile  à  brûler  ont  été  accordés  au 
commissaire  des  guerres,  d'après  sa  demande,  pour  l'hôpital 
militaire.  » 

XLII. 
€  Rapport  du  28  octobre. 

^Êvénemens.  —  Le  petit  nombre  d'officiers  m'ayant  déter- 
miné à  réduire  le  service  qu'ils  font  dans  la  place,  le  corps 
de  garde  d'officier  de  la  place  d'armes  a  été  supprimé  le  13, 
celui  d'officier  de  la  place  du  marché  a  été  supprimé  le  15  et 
celui  d'officier  de  la  jonction  de  droite  sera  supprimé  le 
1er  novembre.  Le  nombre  des  rondes  supplée  au  défaut 
d'officier  partout  où  l'on  en  a  supprimés. 

^ApprovisUmnemens  de  siège.  —  D'après  différentes  exper- 
tises, il  y  a  3520  litres  de  vin  qu'on  estime  ne  pouvoir  plus 
se  conserver  et  dont  le  commissaire  des  guerres  demande  la 
vente  ou  la  remise  à  M.  le  préfet  de  la  Moselle.  » 

XLIII. 

«  Thionville,  le  28  octobre  1815. 
«Mon  général, 

«Nous  n'avons  ici  que  14  capotes  de  sentinelles*.  Vous 
verrez  par  l'état  ci-joint  qu'il  nous  en  faut  27,  seulement 
pour  les  sentinelles  des  bastions  et  avancées.  Comme  je  n'en 
demande  pas,  attendu  le  besoin  d'économie,  pour  les  senti- 
nelles de  l'intérieur  de  la  place,  je  vous  prie  de  me  faire 
accorder  les  27  indispensables. 

«Je vous  renouvelle,  etc.» 

RÉPONSE. 

Écrit  le  29  à  l'ordonnateur  de  la  3^  division.  Répondu  le 
1®'  négativement. 


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BLOCUS  nE  THIONVILLE  (  389 

XLIV. 

«  Rapport  du  29  octobre. 

^Êvénemens.  —  La  Moselle  ayant  grossi  de  quelques  pieds, 
une  partie  du  barrage  supérieur  est  enlevé, 

«Quatre  préposés  des  douanes  qui  n'ont  pas  paru  nu  direc- 
teur aussi  dévoués  à  la  cause  royale  que  leurs  camarades  ont 
été  renvoyés  par  ce  chef.  » 

XLV. 
iiBapport  du  30  octobre  1815. 

PRÉSBNS 

Officiers  Troupe 

Bataillon  des  douaniers. 31  633 

20*  compagnie  du  5®  d'artillerie  ...        4  31 

Gendarmerie 1  18 


Totaux  ...  36  682 
«Hier  29,  un  prisonnier  de  guerre  espagnol,  marié  ici  et 
père  de  plusieurs  petits  enfants,  étant  sorti  avec  la  cpcarde 
de  sa  nation,  fut  aussitôt  arrêté  par  les  agents  de  police. 
Comme  ce  malheureux  n'avait  pas  fait  la  chose  dans  de  mau- 
vaises intentions,  je  l'ai  fait  de  suite  remettre  en  liberté:  . 
«J'ai  ordonné  à  dater  du  1«r  novembre  prochain,  la  sup- 
pression du  reste  du  parc  de  voitures  destiné  à  seconder  les 
travaux  de  l'artillerie  et  du  génie.  » 

XLVI. 

«  ThionviUe,  le  30  octobre  1815. 
«Mon  général,  ;     ..  :; 

«J'ai  l'honneur  de  vous  adresser  ci  joint  plusieurs^ pièces; 
à  l'appui  d'un£  réclamation  qui  m'est  faite  par -M»  le 
directeur  des  douanes,  concernant  le  payement  des  .rdtiôns 

84 


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370  REVUE  d'alsace 

de  fourrages  reçues  pour  les  chevaux  de  la  cavalerie  de  Tad- 
ministration.  Cette  réclamation  me  paraissant  de  nature  à 
être  prise  en  considération,  je  vous  prie  de  la  soumettre  au 
ministre  de  la  guerre  et  de  me  faire  ensuite  part  des  der- 
nières intentions  de  Son  Excellence. 
«Agréez,  etc.» 

RÉPONSE. 

Le  4  novembre,  écrit  au  ministre. 

XLVn. 

«Thionirille,  le  30  octobre  1815. 
«Mon  général, 

«  Les  sœurs  de  l'hôpital  de  la  charité  de  cette  ville  récla- 
ment, par  leur  économe,  une  quantité  de  foin  équivalente  à 
celle  qui  leur  a  été  détruite  ou  mangée  par  les  bestiaux  du 
parc  d'approvisionnement.  Comme,  outre  ce  qu'il  nous  faut  de 
cette  denrée  j30ur  2  mois  de  siège,  il  nous  en  reste  encore 
un  excédant  de  973  quintaux,  déduction  faite  de  ce  que  nous 
avons  dû  remettre  pour  la  subsistance  de  l'armée  russe,  je 
pense  qu'il  n'y  a  aucun  inconvénient  à  indemniser  de  suite 
l'hôpital  en  nature.  Nous  avons  des  foins  en  meules  qui  ont 
besoin  d'être  mis  en  consommation  et  nous  prendrons  de 
ceux-là» 

«Si  vous  ne  croyez  pas  devoir  vous-même  décider  sur 
cette  réclamation,  je  vous  prie  de  la  transmettre  au  ministre 
et  de  me  faire  ensuite  part  de  la  décision  de  Son  Excellence. 

«  Agréez,  etc.  » 

RÉPONSE. 

Écrit  le  4  novembre  au  ministre,  10*  division,  bureau  des 
vivres. 

Écrit  le  5  au  général  Hugo  pour  le  prévenir  des  démarches 
faites  près  de  S.  Exe.  le  ministre  de  la  guerre. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  371 

XLVIII. 

4i  Rapport  du  31  octobre, 

fiÊvénemens.  —  D'après  Tordre  émané  de  S.  Exe.  le  mi- 
nistre de  la  guerre  à  moi  communiqué  par  le  commandant 
du  génie  dans  cette  place,  les  poutrelles  qui  ferment  les 
arches  des  écluses  sur  le  canal  vont  être  momentanément 
enlevées,  pour  faciliter  l'écoulement  des  grandes  eaux.  » 

XLIX. 

•  Thionvîlle,  le  !•'  novembre. 
«  Mon  général, 

i(  J'ai  reçu  votre  lettre  du  30  par  laquelle  vous  m'annoncez 
que  M.  Tordonnateur  de  la  division  vous  avait  informé  de 
Topposition  mise  par  moi  à  Tabattage  du  bétail  d'approvi- 
sionnement malgré  que  S.  Exe.  le  ministre  de  la  guerre  ait 
prescrit  cette  mesure  d'économie. 

«Je  vous  prie  de  vous  faire  représenter  mon  rapport  du 
14  octobre;  vous  y  verrez  les  motifs  de  cette  opposition  ;  et 
vous  conviendrez  que  je  ne  pouvais  autoriser  une  mesure 
d'un  aussi  grand  intérêt,  sans  la  réception  officielle  des  ordres 
que  j'y  réclame.  Or  ces  ordres  ne  pouvaient  hiérarchique- 
ment m'étre  transmis  par  le  commissaire  des  guerres  de  la 
place,  ni  même  par  son  ordonnateur  ;  ne  les  ayant  donc  pas 
encore  reçus  ni  de  vous,  ni  de  votre  chef  d'état  major,  les 
seules  autorités  de  la  division  compétentes  pour  moi,  j'ai  dû 
attendre  qu'ils  me  parvinssent. 

«Maintenant  que  vous  m'ordonnez  de  laisser  faire  cette 
opération,  je  n'y  opposerai  plus  de  difficultés;  je  vous  obser- 
verai seulement  que  le  bétail  étant  maigre,  il  conviendra 
peut-être  d'autoriser  le  comité  de  surveillance  d'approvîsion- 


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372  REVUE  D*ALSACK 

nement  de  la  place  de  l'échanger  en  tout  ou  en  partie  contre 
des  porcs.  Nous  sommes  dans  la  saison  de  saler  ces  derniers, 
le  gouvernement  y  gagnera  par  la  qualité  de  la  viande  et 
notre  bétail  irait  se  reproduire  avantageusement  pour  les 
campagnes.» 

L. 
«Mon  général, 

«J'ai  reçu  votre  lettre  d'hier  concernant  les  Ters  coulés 
hors  de  service  dont  M.  de  Wendel  a  fait  l'acquisition;  leur 
sortie  de  la  place  n'éprouvera  aucune  difficulté. 

«Agréez,  etc. 

f  ThionviUe,  le-1*'  novembre  1815.  » 

LI. 

«ThionvUle,  le  i'r  novembre. 

«Mon  général, 

«J'ai  l'honneur  de  vous  prévenir  que,  conformément  à  vos 
ordres,  50  douaniers  partiront  d'ici  le  5  pour  se  rendre  à 
Sàarlouis,  ils  coucheront  à  Bouzonville  et  arriveront  le  6  à 
leur  deistinalion.  Je  les  aurais  fait  partir  plus  tôt,  mais  voulant 
que,  selon  vos  désirs,  vous  fussiez  prévenu  avant  tout  je  n'ai 
réglé  qu'au  5  le  jour  de  leur  départ. 

«Agréez,  etc.  » 

LU. 

€RappoH  du  1^^  nwembre. 

«J'ai  autorisé  la  gendarmerie  à  Sortir  de  la  place  pour 
aller  à  Metzerwisse^  mettre  à  exécutioq  un  mandat  d'arrêt 
du  juge  d'instruction  contre  un  cultivateur  prévenu  d'avoir 
maltraité  des  garnissaires  envoyés  pour  la  rentrée  des  con* 
Xributions  directes. 


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BLOCUS  DE  THIONVJLLE  37S 

«Quatre  soldats,  prisonniers  de  guerre  à  Luxembourg,  se 
àont  échappés  et  oui  regu  des  feuilles  de  route  pour  se 
rendre  dans  le  cheMieu  de  leur  département,  ils  disent  qu'il 
y  a  encore  dans  celte  ville  une  cinquantaine  de  leurs  càn)a- 
rades  blessés  et  qui  s'y  trouvent  détenus  pèle-méle  avec  les 
criminels. 

«Lés  armes  qui  ont  été  demandées  par  la  direction  de 
Metz  sont  toutes  rendues  dans  cette  place,  il  n*eo  a  pas  été 
question  au  rapport  que  la  chose  n'ait  été  faite.  » 

LIV. 

€ltapport  du  2  novembre* 

€  Passage  et  mouvemens  de  troupe.  --  On  parle  du  départ 
des  troupes  prussiennes  qui  observent  la  place,  comme  d'une 
chose  qui  doit  avoir  lieu  très  incessamment.  > 

LV. 

^Rapport  du  6  novembre. 

Présbms. 
Officiers.    Troupe. 

Bataillon  des  douaniers 36         540 

20®  compagnie  du  5®  rgt.  d'artillerie  à 

pied 4  31 

Gendarmerie 1  18 

Totaux    ...    31         589 1 

«Le  détachement  destiné  pour  Sarrelouis  est  parti  ce 
matin,  il  couchera  ce  soir  à  Bpuzonville  et  sera  rendu 
demain, 

«On  n'a  pas  encore  commencé  l'abattage  du  bétail.  Quel- 

1  La  garde  nationale  sédentaire  n*est  pas  comprise  dans  ce  chiffî'e 
(les  citoyens  de  15  à  65  ans).  !^ 


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374  REVUE  d'âlsage 

qu'un  (M.  Meyer-Lévy^  homme  très  estimé  ici  et  membre  du 
conseil  municipal),  qui  connaît  beaucoup  ce  genre  de  détail 
et  a  élé  dans  le  cas  de  pratiquer  aux  armées,  pense  que 
l'opération  ordonnée  ne  peut  être  avantageuse  au  gouverne- 
ment, que  l'état  de  maigreur  des  bestiaux,  depuis  longlen^ps 
nourris  avec  la  ration  des  magasins,  ne  permettra  de  saler 
que  des  os.  M.  Lévy  pense  et  je  suis  très  fort  de  son  avis  que 
le  gouvernement  pourrait  charger  le  comité  de  surveillance 
des  approvisionnemens  de  la  place  de  remettre  les  bestiaux 
en  vente  et  de  faire  des  achats  de  lard  salé  avec  le  produit. 
Cette  mesure  ne  sera  sans  doute  pas  du  goût  des  spéculateurs, 
mais  elle  est  avantageuse  pour  l'Étal  et  les  ordres  pour  lui 
substituer  celle  qu'on  propose,  peuvent  encore  parvenir  à 
temps.  » 

LVI. 

^Bapport  du  6  novemb-c. 

«Quelques  hommes  qui  manquaient  au  complément  du 
détachement  particulier  pour  Sarrelouis  se  sont  mis  en  route 
ce  malin.» 

LVII. 

4i  Rapport  du  7  ^wvembre. 

«Environ  1400  hommes  d'infanterie  prussienne  sont  ar- 
rivés hier  à  Uckange  et  environs.  Le  maire  de  cette  commune 
a  fait  redemander  le  bac  pour  leur  passage  et  je  le  lui  ai  fait 
remettre.  Tous  les  autres  pontons  destinés  aux  passages  et 
rassemblés  dans  le  port  de  Thionville  ont  été  également  remis 
à  la  disposition  des  ponts  et  chaussées,  d'après  la  demande 
écrite  des  agents  de  cette  administration. 

«M.  Hill,  se  disant  voyageur  anglais^  mais  ayant  un  passe* 
port  italien  comme  envoyé  extraordinaire  du  roi  de  Sar- 
daigne  à  Londres,  a  passé  hier  dans  la  place;  il  se  rend  à  sa 
destination  par  la  Belgique.  » 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  375 

LVIII. 

«  Bappori  du  8  novembre. 

€  Approvisionnemens  de  siège.  —  D'après  la  demande  du 
commissaire  des  guerres»  je  lui  ai  donné  Taulorisation  de 
prendre  15  quintaux  métriques  de  froment  dans  les  appro- 
yisionnomens  de  siège  pour  le  service  de  l'hôpital  militaire. 

<^  Effets  d'habillement  et  d'équipement  existant  dans  les 
magasins  de  la  place. 

300  schakos  neufs, 

350  gibernes  avec  porte-gibernes, 

8  gibernes  sans  porte-gibernes» 

41  baudriers  de  sabre, 

13  caisses  de  tambour, 

12  colliers  de  tambour» 

13  paires  de  baguettes  de  tambour.  » 

LIX. 
«Colonel» 

«J'ai  r^çu  l'inventaire  du  20  octobre  concernant  les  effets 
à  délivrer  aux  compagnies  départementales  provisoires.  Je 
consigne  dans  mon  rapport  d'aujourd'hui  l'état  de  ceux  qui 
existent  dans  les  magasins  de  la  place. 

«Agréez,  etc. 

«  ThionviUe,  le  8  novembre  1815.  »       \ 

LX. 

«Mon  général» 

«J'ai  l'honneur  de  vous  adresser  les  notes  que  vous  m'avez 
fait  demander  par  votre  chef  d'état- major. 
«Agréez»  etc.» 


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376.  .    REVUE  d'alsacïe 

LXi.  : 

«  JRdpport  du  9  novembre. 

•^Le  nommé  Rollel,  douanier  à  cheval,  a  quille  ce  matin  à 
10  heures  son  poste  étant  de  garde,  il  s^est  reodu  à  la  ca- 
serne et  y  a  tué  son  camarade  nommé  Blondeau;  après  celte 
action,  il  a  pris  la  fuite.  )> 

LXII. 

€  Rapport  du  10  novembre  1815. 

Présens. 
Officiers.       Troupe. 
Bataillon  des  douanes    ......    38  538 

20«  compagnie  du  5®  régiment  d'artillerie.      4  31 

Gendarmerie .     i      1  18 


Totaux     ...    33  577 

€  Approvisionnemens.  —  L'artillerie  fait  évacuer  sur  Metz, 
beaucoup  d'objets  quoique  je  n'aye  pas  été  orficiellement 
averti  de  la  disposition  ministérielle  qui  prescrit  cette  éva- 
cuation, je  n'ai  pas  cru  devoir  m'y  opposer  dans  Ja  crainte 
deconlrarier les  vues  du  gouvernement,  ^e  désirerais  ^epen^ 
dapt  beaucoup;  attendu  la  responsabilité  que  me  donne  la 
permanence  de  l'état  de  siège,  être  couvert  par  une  autorisa- 
tion supérieure  aux  communications  du  commandant  d'ar- 
tillerie dans  celte  place.  » 

LXIII. 

«Mon  général,  . 

-^M<3h  aide  de  camp  amve.  J^obéis  à  vos  ordresi  Les 
papiers  et  instructions  seront  remis  â  M.  3e  colonel  de 
Breuil.  i^       . 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  377 

.  4(  Agréez  l'assurance  de  ma  haute  et  respectueuse  considé- 
ration. 

«Le  maréchal  de  camp,  Hugo.» 

Le  général  avait  été  parfaitement  secondé  par  le  lieutenant 
colonel  d'arlillerie  Georges  de  Lemud,  le  commandant  Lan- 
ternier  du  génie,  le  directeur  des  douanes  Clerget  qui  orga- 
nisa parmi  ses  hommes  une  excellente  compagnie  d'artillerie, 
les  inspecteurs  d'Eu,  depuis  directeur  des  douanes,  à  Stras- 
bourg, et  Rosnay. 

La  garde  nationale  qui  fut  toujours  au  premier  rang  était 
commandée  par  M.  Faydi,  les  batteries  d'artillerie  par 
MM.  Petetin  et  Mangin,  capitaines  et  les  pompiers  par  M.  de 
Beauvoir. 

Il  remit  le  commandement  entre  les  mains  de  M.  de 
Breuil,  dont  voici  encore  deux  lettres  qui  compléteront  la 
série;  le  général  quitta  Thionville,  regretté,  dit-il,  par  les 
99  centièmes  de  la  population,  heureux  d'avoir  sauvé  la  place 
forte  qu'il  commandait.  Il  emportait  des  adresses  de  tous  les 
corps  sous  ses  ordres,  des  douaniers  et  même  de  la  corpora* 
tion  juive  qu'on  lui  reprocha  d'avoir  trop  fréquentée,  d'après 
ce  que  lui  dit  le  général  Marie  en  1815. 

((  Thionville.  le  20  novembre  1815. 
«Mon  général, 

«J'ai  l'honneur  de  vous  accuser  réception  de  votre  dépèche 
du  18  courant  au  sujet  du  matériel  de  l'artillerie  de  la  place; 
«  Thionville,  le  12  novembre  1815,  9  heures  du  soir  ^ 

^  Il  doit  éite  permis  à  Tanteur  de  la  France  militaire  de  rappeler 
ici  que  son  père  qui,  en  1814  et  1815,  ûit  cbar^é  de  la  défense  de 
Thionville,  et  qu'après  rentrée  des  alliés  à  Paris,  le  général  repoussa 
avec  indignation  (en  présence  du  maire  de  Gattenom,  M.  Thierry)  les 
propositions  qui  lui  furent  faites  au  nom  du  prince  de  Hesse  Hombourg, 
de  livrer  la  ville  aux  alliés,  moyennant  tout  l'argent  qu'il  pourrait 
désirer.  Le  général  Hugo,  pour  tenir  cette  conduite,  n'avait  pas  besoin 
d'exemple  (Abel  Hugo).       ,  ,    .  • 


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378  BEVUE  D'ALSACE 

j'avais  eu  de  M.  le  maréchal  de  camp  Hugo  communication 
de  votre  letlre  du  4  au  moment  de  la  reprise  du  commande- 
ment le  1%  et  je  vous  rendais  compte  le  14  d'un  envoi  con- 
sidérable exposé  en  ce  moment  sur  la  Moselle,  sur  lequel 
j'avais  quelque  crainte.  Je  venais  de  me  faire  rendre  compte 
de  ce  qui  restait  dans  la  place  et  par  aperçu,  le  sieur  direc- 
teur m'envoya  le  rapport  dont  copie  est  ci-joint.  Je  viens 
l'inviter  à  me  fournir  Télat  exact  que  vous  demandez  et  il 
vous  parviendra  dans  le  plus  bn*f  délai. 
«Agréez,  etc. 

4k  Le  lieutenant  du  rai,  Bonnay  de  Breuil.  » 

P.  S.  —  J'entends  par  matériel  les  objets  purement  d'ap- 
provisionnement ainsi  que  le  porte  votre  lettre. 

«  Thionville,  le  28  novembre  1815. 
«Mon  général,  ^ 

«Je  viens  d'avoir  une  entrevue  avec  MM.  les  chefs  de  Fad- 
minislration  des  douanes,  dont  la  force  arrive,  pour  ainsi 
dire,  à  faire  la  majeure  partie  de  nos  moyens  de  défense. 
Lorsqu'il  en  a  été  question,  H.  l'inspecteur  général  qui  est 
ici,  me  propose  1^  de  répartir  sur  la  ligne  et  de  laisser  ici 
pour  le  service  actif  la  totalité  des  préposés  à  pied;  S""  de 
déposer  leurs  armes  qui  sont  leurs  propriétés  à  la  direction 
de  ladite  administration  ;  3^  de  conduire  avec  moi  comme 
faisant  partie  de  la  garnison,  leur  cavalerie  qui  consiste  en 
une  quarantaine  d'hommes  bien  montés,  dont  les  chevaux 
sont  aussi  la  propriété  des  cavaliers,  mais  qui  craignent  de 
se  les  voir  enlever  par  quelque  méprise  ou  autrement.  Je 
vous  dépèche  une  ordonnance  pour  avoir  votre  assentiment 
sur  cette  mesure,  si  vous  croyez  devoir  l'approuver. 

«Agréez,  etc. 

«Ir6  lieutenant  du  roi,  Bonnay  de  Breuil.» 

P.  S.  —  Point  encore  de  nouvelle  du  président  de  la  com- 
mission, que  nous  attendons  avec  la  plus  vive  impatience. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  379 

L'bôlel  du  lieulenant  du  roi  où  logeait  U  général  Hugo 
était  un  ancien  hôtel  du  temps  de  Louis  XV,  situé  rue  de  la 
Poterne  et  adossé  aux  remparts  donnant  sur  la  Moselle;  der- 
rière la  paroisse  et  prés  de  la  synagogue. 

Par  suite  des  conventions  du  traité  de  Paris  du  20  novembre, 
3000  prussiens  durent  occuper  Thionville  pendant  cinq  ans^. 
Ils  entrèrent  le  3  décembre,  logeant  en  grande  partie  chez 
l'habitant.  Us  quittèrent  le  20  novembre  1818  et  le  duc 
d'Angouléme  vint  lui-même,  le  24  suivant,  reprendre  posses- 
sion de  la  place  à  la  tête  de  la  légion  du  Haut-Rhin. 

D'après  les  biographies  modernes  et  Michaud,  le  général 
passa  quelque  temps  en  Amérique  vers  1816;  puis,  rentré  en 
France,  il  s'installa  à  Blois,  il  acheta  un  domaine  en  Sologne 
où  il  habita  aussi.  C'est  à  Blois  qu'il  composa  les  «  Mémoires 
par  le  général  Hugo,  aide  major  général  de  l'armée  en 
Espagne».  Ces  mémoires  très  intéressants  sont  devenus 
rares>.  (3  volumes  in  8^,  1823.)  Le  premier  volume  contient 
les  rails  d'armes  en  Vendée  sur  le  Rhin  et  en  Italie.  Les 
autres  volumes  traitent  de  la  guerre  d^Espagne.  Les  blocus 
de  Thionville  terminent  le  dernier. 

Comme  gouverneur  de  Madrid,  il  fut  chargé  lors  de  la 
première  évacuation  (12  août  1812)  de  commander  le  convoi 
et  d'en  régulariser  la  disposition,  car  une  grande  quantité  de 
familles  espagnoles  et  françaises  en  faisait  partie.  Il  rapporte 
dans  ses  mémoires  que  le  nombre  des  voitures,  charrettes, 
fourgons,  tartanes  arrivés  avec  lui  dans  le  royaume  de 
Valence  se  montait  à  2537,  que  celui  des  individus  étrangers 
à  l'armée  passait  20,000,  et  que,  d'après  le  recensement 

^  Dans  l'Est,  Montmédy,  Longwy,  Bitohe  et  la  tâte  de  pont  de  Fort- 
Louis  eurent  cette  chance. 

^  On  vient  m'annoncer  de  toutes  parts  qu'on  trouve  à  mes  mémoires 
rintérôt  du  roman  et  que  les  dames  les  lisent  comme  les  hommes. 
Tant  mieux  pour  mon  libraire  Ladvocat  (décembre  1823).  «Pour  com- 
mander Thionville,  dit-il,  il  ne  fallait  que  de  la  fermeté  de  caractère.  » 


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380  REVUE   d' ALSACE 

fait  à  Alberique,  il  s'en  trouvait  un  pareil  nombre  en  voiture 
ou  montés  sur  dés  ânes,  des  chevaux  et  des  mulets. 

On  marchait  sur  deux  rangs  de  voitures  à  travers  la  Manche 
stérile,  au  milieu  d'une  poussière  épouvantable.  La  léte  du 
convoi  arrivait  à  l'étape  quand  les  dernières  voitures  sortaient 
de  l'endroil  où  Ton  avait  passé  la  nuit. 

Et  pour  que  le  voyage  ressemblât  davantage  aux  migrations 
des  peuples  de  l'Asie,  des  femmes  accouchèrent  pendant  le 
trajet 

Je  ne  puis  résister  de  citer  encore  un  fragment  de  ces 
mémoires  : 

«C'est  lors  de  la  déroute  qui  suivit  la  défaite  de  Vittoria; 
le  roi  Joseph  ne  parvint  à  rassembler  autour  de  lui  que 
34  cavaliers,  parmi  lesquels  étaient  le  jeune  Abel  Hugo  dont 
le  père  fut  chargé  de  rallier  quelques  régiments  et  d'arrêter 
l'ennemi. 

«  Au  premier  hourra  des  Anglais,  une  vivandière  montée  sur 
un  âne,  avait  pris  la  fuite  au  gi^and  galop  de  sa  monture;  déjà 
elle  avait  passé  heureusement  quoique  avec  peine  quelques 
uns  des  ravins  profonds  qui  sillonnaient  la  plaine,  quand 
l'âne  qui  la  portait  is'engagea  dans  une  fondrière  boueuse. 
L'animal  s'y  enfonça  aussitôt.  La  femme,  après  de  vains 
efforts  pour  s'en  tirer,  sentait  aussi  qu'elle  allait  disparaître 
dans  la  bourbe.  Elle  se  débattait  et  jetait  des  cris  perçants. 
Arrivent  quelques  soldats  poursuivis  par  l'ennemi  et  combat- 
tant avec  acharnement.  Ils  veulent  porter  quelques  secours  à 
la  vivandière  et  lui  tendent  en  vain  une  main  protectrice; 
déjà  à  moitié  étouffée  par  la  bourbe  qui  l'entoure^  cette  mal- 
heureuse ne  peut  pas  en  profiter.  Cependant  l'ennemi 
s'avance  toujours  et  il  ne  reste  plus  aux  soldats  d'autre 
moyen  de  retraite  que  de  traverser  le  large  fossé  ou  git  mou- 
rante la  femme  qu'ils  ont  voulu  sauver.  La  nécessité  l'em- 
porte; l'un  d'eux  pose  avec  horreur  la  crosse  de  son  fusij 
sur  le  sein  palpitant  de  l'infortunée  et,  s'en  aidant  comme 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  381 

d'un  appui,  franchit  le  fossé.  Ses  camarades  rimitent,  et 
passent  comme  lui.  Puis  ces  bi*aves  à  qui  le  soin  de  leur 
conservation,  a  fait  oublier  la  loi  de  Thumanité,  se  rangent 
sur  le  bord  du  ravin,  saluent  d'une  décharge  meurtrière  les 
cavaliers  qui  les  poursuivent  et  les  obligent  à  rétrograder.  » 
—  Cet  événement  fut  heureusement  unique  dans  cette 
journée. 

Le  général  aurait  pu  prendre  pour  devise  les  mots  ense  et 
coZamo,  «par  Tépée  et  par  la  plume»,  car  lorsqu'on  fit  l'in- 
ventaire dans  son  modeste  appartement  de  Blois  qu'il  avait 
presque  continuellement  habité,  on  trouva  une  foule  de 
manuscrits  laissés  par  le  défunt.  Voici  les  titres  de  quelques 
uns  :  la  Duchesse  d^Albe,  roman  ;  le  tambour  Bcbin,  VHer- 
mite  du  Lac,  VJÊpée  de  Brennus,  Perrine  ou  la  Nouvelle  Nina, 
le  Solitaire  du  Lac,  romans  ;  V Intrigue  de  Cour,  comédie  en 
trois  acteSy  la  Permissiofi,  anecdote^  les  Amants  Ennemis, 
Josqfh  ou  V Enfant  trouvé,  Â  toutes  ces  œuvres  d'imagination 
viennent  s'ajouter  un  Essai  complémentaire  sur  le  commande- 
ment d'une  place  de  guerre  et  autres,  et  un  long  poème 
intitulé  Lucifer  dont  son  fils  Victor  Hugo  félicita  son  père. 

Ce  fut  encore  à  Blois  que  le  général  fil  paraître  un  petit 
in-8^  intitulé  :  Journal  historique  du  Blocus  de  ThionviUe  en 
1814  d  de  Thionville^  Sierck  et  Bodemack^  en  1815.  —  Blois 
1819,  224  pages. 

Pendant  ce  temps,  sa  femme  qui  demeurait  à  Paris  pour 
surveiller  l'éducation  des  enfants  et  était  séparée  de  son  mari 
depuis  plus  de  six  ans^  intenta  devant  le  tribunal  civil  de  la 
Seine  une  action  en  séparation  de  corps  pour  incompatibilité 

^  Le  fort  de  Rodemack,  où  Ton  pouvait  loger  plus  de  500  hommes, 
est  à  15  kil.  N.  de  ThionviUe.  Les  foUifications  s'étendent  sur  une  côte 
escarpée  dominant  le  bourg  de  23  à  24  mètres.  On  voit  parfaitement 
le  pays  surtout  à  TEst.  La  forteresse  a  été  vendue  par  TËtat,  mais 
ses  murs  subsistent  encore,  comme  ceux  du  fort  de  Sierck  (20  kil.  N. 
de  ThionviUe)  dont  la  situation  pittoresque  au-dessus  de  la  ville  fait  si 
bon  effet  dans  la  vallée  de  la  Moselle. 


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382  REVUE  D* ALSACE 

d'humeur.  Le  jugement  tout  à  fait  en  sa  faveur  esl  du 
3  février  1818*. 

Le  général  continua  toujours  à  vivre  en  bonne  intelligence 
avec  ses  fils  et  il  prit  très  philosophiquement  cette  sépara- 
tion. 

Quant  à  ti^  Hugo ,  minée  par  le  chagrin  et  la  maladie, 
elle  mourut,  rue  Mézières  n<»  iO,  à  Paris,  le  27  juin  1821. 

Le  général  ne  tarda  pas  à  se  remarier  avec  une  corse 
nommée  Marîe-Calherine-Thomas  y  Saetoni,  veuve  d'Anaclet 
d'Âlmet,  à  Issoudun,  département  de  Tlndre. 

Au  moment  de  sa  mise  à  la  retraite  au  mois  de  mai 
1825,  le  roi  Charles  X  voulant  le  récompenser  et  témoigner 
sa  reconnaissance  à  son  fils  Victor  Hugo,  qui  venait  de  com- 
poser son  Ode  sur  le  sacre,  le  nomma  lieutenant  général  de 
ses  armées,  mais  honorilique. 

Il  ne  jouit  pas  longtemps  de  cet  honneur,  car  il  mourut  à 
Paris  dans  la  nuit  du  29  au  30  janvier  1828^  laissant  à 
Thionville  la  réputation  d'un  militaire  instruit  et  plein 
d'énergie. 

C'est  avec  étonnement  que  Ton  voit  que  son  nom  n'est  pas 
inscrit  sur  l'arc  de  triomphe  de  l'Étoile  à  Paris.  Nécessaire- 
ment, on  ne  pouvait  y  inscrire  tous  les  généraux  de  brigade, 
mais  la  défense  de  Thionville  méritait  bien  pour  son  auteur 
une  mention  honorable. 

Au  reste  bien  peu  de  places  fortes  capitulèrent  en  1814 
et  1815.  C'est  tout  le  contraire  qui  arriva  en  1870*. 

Il  fut  enterré  au  Père-Lachaise  où  l'on  voit  son  monu- 
ment très  simple.  Une  double  pierre  tombale  entourée  d'une 

^  Les  (Mcendanta  de  Victor  Hugo.  Étude  d'atavisme  par  Macé  de 
GheUes  {Figaro,  4, 15,  21,  8,  août  1888). 

*  D'apoplexie. 

^  Le  général  Goffînières,  gouverneur  à  Metz,  ne  savait  pas  le  premier 

mot  du  règlement  sur  le  service  de  place  en  campagne Et  il  ne  fut 

pas  inquiété  î 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  383 

grille.  Au  miliea  une  petite  pyramide  carrée  de  marbre 
blanc,  ayant  de  chaque  côté  une  petite  corbeille  en  granit 
remplie  de  fleurs. 
Sous  la  pyramide  : 

€Gi-gU  Joseph- Léopold-Sigisbert,  conUe  HUGO, 
Ueutenant-général  des  armées  du  roi, 

né  à  Nancy  le  15  novembre  1773 ^ 
mort  à  Paris  le  29  janvier  1828. 

«  Gruerre  de  Vendée.  —  Campagne  du  Ehin. 

Guerre  d'Italie. — Guerre  d'Espagne.  —  Campagnes  de  France. 

Sièges  de  ThionvtOe  1792  à  1815. 

€Par  lui  ThionviUe  resta  française!)^ 

A  droite  : 

«  Les  enfants  de  Victor  HUGO.  » 

A  gauche  : 
«1*»  Sophie,  comtesseHVGOy  néeen  1780,  morte  leVI  juiniS^i. 

«2*  Eugène,  vicomte  HUGO,  né  en  1801,  mort  en  1837.  » 

De  son  mariage  avec  Sophie  Trébuche!,  le  général  eut 
ti*ois  fils  : 

I.  Abel-Jules,  né  à  Paris  le  15  novembre  1798,  baptisé  à 
Téglise  Saint-Epvre  de  Nancy  le  l^*"  Thermidor  an  VIll,  fut 
oi&cier  d'état-major  en  Espagne  en  1813.  Se  retira  plus  tard 
pour  cultiver  les  belles  lettres.  H  a  publié  Y  Histoire  de  Napo- 
léon^ illustrée  par  Charlet;  la  France  mUitaire,  5  vol.  in-4°; 
\a  France  pittoresque  (S  vol.  in-4^);  la  France  monumentale 
(id.).  Il  mourut  le  8  février  1855. 

Il  épousa  Julie  de  Monlferrier^  morte  le  10  avril  1865,  à 
67  ans,  dont  : 

1®  Léopold,  comte  Hugo,  maire  de  Charaeyrat  (Corrèze), 
mort  le  20  décembre  1886. 

2^  Jules-Henri,  né  en  1833. 

IL  Eugène,  né  à  Nancy  le  14  septembre  1800;  interné  à 
Charenton  en  1832,  mort  célibataire  en  mars  1836, 


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384  HEVUE  d' ALSACE 

11  fut  un  poète  distingué.  Son  ode  sur  la  mort  du  duc 
d'Enghien  fut  couronnée  en  181i}  à  Toulouse',  il  a  écrit  plu- 
sieurs autres  poésies,  une  assemblée  de  francs  juges,  un 
duel  au  précipice,  des  fragments  d'une  tragédie  intitulée 
SpartacuSf  une  ode  sur  la  mort  du  prince  de  Condé,  une  no- 
lice  sur  André  Chépier.  Il  mourut  mars  1837  dans  une 
maison  de  santé  près  Charenton  où  il  était  enfermé  par  suite 
d'un  amour  malheureux.  Il  avait  suivi  sa  mère  et  ses  frères 
en  Espagne.  En  1811,  il  est  élève  au  collège  des  nobles  à 
Madrid;  il  rentra  en  France  avec  sa  mère  en  1812. 

m.  Victor-Marie,  le  grand  poète,  né  à  Besançon  le  26  fé- 
vrier 1802;  titré  vicomte,  pair  de  France,  etc.,  marié  à  Adèle 
Foucher,  dont  postérité*. 

N'est-ce  pas  singulier  que  le  général  Hugo  et  tous  ses 
enfants  aimèrent  passionnément  les  lettres  qu'ils  cultivèrent 
avec  plus  ou  moins  de  succès.  Que  les  fils  du  général  aient 
tenu  ce  goût  de  leur  père,  rien  d'étonnant.  C'est  dans  l'ordre 
des  choses;  mais  d'où  venait  le  goût  effréné  du  général 
d'écrire  des  nouvelles,  des  tragédies.  Son  père  était,  je  le 
répète,  un  bon  menuisier  et  ses  ancêtres  de  modestes  jour- 
naliers maniant  la  charrue  dans  un  coin  des  Vosges.  Leurs 
descendants  existent  encore  près  de  Mirecourt  et  ils  conti- 

*  Victor  Hugo  voulant  se  marier  demande  à  son  père  s'il  a  été  bap- 
tisé à  Besançon,  il  n'est  pas  sûr.  Il  le  prie  d'écrire  pour  réclamer  son 
acte  de  baptême,  o  S'il  n'a  pas  été  baptisé,  M.  de  Lamennais  lui  a  dit 
que  deux  personnes  suffiraient  pour  attester  à  la  paroisse.'  M.  Lamen- 
nais attestera,  il  y  consent  et  le  général  aussi  et  cela  suffira.  ■  C'est 
donc  à  Besançon 

Que  naquit  d'an  sang  lorrain  et  breton  à  la  fois 
Un  enfant  sans  couleur,  sans  regard  et  sans  voix....* 

Cet  enfant  que  la  vie  effaçait  de  son  livre, 

Et  qui  n'avait  pas  même  un  lendemain  à  vivre, 

C'est  moi 

V.  A.  Georgel.  Armoriai  des  familles  de  Lorraine  au  XIX^  $ièele, 
Ëlbeuf,  1886.  —  Gh.  Combe.  Promenades  historiques  dans  Nàney^ 
1883,  373. 


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BLOCUS  DE  THIONVILLE  3^ 

nuent  toujours  à  tenir  la  charrue  sans  se  douter  quel  renom 
a  eu  un  dés  leurs^  Victor  Hugo! 

D'après  Macé  de  Cballes,  qui  a  va  un  portrait  peint  à 
rhuile  datant  de  la  Restauration  et  qui  a  été  gravé  sûr  bois, 
le  général  Hugo  avait  le  visage  rond,  le  nez  gros,  les  yeux  a 
Qeur  de  tête^  les  lèvres  lippues,  une  physionomie  rabelai- 
sienne à  double  menton.  Thorelle  l'a  lithographie  dans  la 
Lorraine  militaire  de  Noilel,  il  y  a  une  lithographie  de 
Yillain  qui  remonte  à  la  Restauration.  Il  y  a  aussi  le  portrait 
de  la  France  militaire  par  son  fils  A  bel  Hugo  ^ 

D'après  des  traditions  de  famille,  la  femme  du  général^ 
était  petite  avec  des  extrémités  délicates,  le  visage  un  peu 
grêlé.  Un  petit  portrait  en  profil  est  conservé  dans  la  famille 
de  Nantes.  Il  a  dû  servir  de  modèle  au  médaillon  de  18^8  fait 
par  David  d'Angers  et  qui  ressemble  tant  à  Victor  Hugo. 

Le  comte  Léopold  Hugo,  fils  d'Abel  Hugo,  a  donné  au 
Musée  lorrain  à  Nancy  le  portrait  de  son  aïeul  (Toile  H.  0,60. 
L.  0,55)  et  celui  de  son  grand-oncle,  Louis-Joseph  Hugo^ 
né  à  Nancy  le  44  février  1777,  chevalier  de  Saint-Louis,  offi- 
cier de  la  Légion  d'honneur,  commandant  du  fort  de  Vin- 
cennes,  retraité  comme  maréchal  de  camp  le  i^^  novembre 
1838  (Toile.  H.  0,65.  L.  0,55).  Il  se  retira  à  Tulle,  et  ses 
concitoyens  l'appelèrent  à  l'honneur  d'être  maire  et  d'être 
conseiller  général. 

Il  mourut  à  Tulle  en  juin  1854. 

On  connaît  trois  portraits  de  lui  :  1"  Lithographie  Lan-  ' 
glumé  in-4^  29  Tborell  del.  Lith.  L.  Christophe^  en  piéd 
iil-8°.  3°  dans  la  France  militaire. 

Le  commandant  de  Thionville  eut  un  second  frère,  François- 

^  Soliman-Lieutaud,  liste  alphabétique  des  portraits  lorrains.  Paris, 
1862. 

Ces  traits  sont  ceux  d'Âbel  Hugo;  écrivain  distingué.  Victor  Hugo 
ressemblait  à  sa  mère. 

3  Outre  son  frère,  elle  avait  encore  deux  sœurs,  religieuses  ursniines 
au  couvent  de  Nantes. 

85 


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386  REVUE  D' ALSACE 

Just,  mort  à  Valence  en  1838,  lieutenant-colonel  du  5*  de 
ligne,  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  et  de  Saint-Louis'. 

Le  27  septembre  1871,  Victor  Hugo  et  François-Victor 
Hugo,  venant  du  Luxembourg,  passaient  par  Thionville  pour 
se  rendre  à  Paris  par  le  chemin  de  fer  de  Sedan  et  Reims. 
Nécessairement  ils  s'arrêtèrent  à  Thionville,  et  le  poète,  accom- 
pagné de  son  âls,  se  rendit  à  la  mairie  provisoire  où  pré- 
sidait «une  sympathique  et  patriarcale  figure  à  cheveux 
blancs»  pour  y  consulter  les  documents  relatifs  aux  sièges 
de  1814  et  de  1815.  Le  maire  «la  sympathique  et  patriarcale 
figure  à  cheveux  blancs»* lui  apprit  que  les  archives  avaient 
été  brûlées  avec  Thôtel-de-ville  dans  la  nuit  du  22  au  23  no- 
vembre 1870  et  que  la  demeure  du  général  Hugo  avait  subi 
le  même  sort.  Son  portrait,  conservé  dans  la  salle  des  déli- 
bérations du  conseil,  a  également  disparu.  Il  ne  restait  donc 
plus  rien  à  voir  aux  deux  voyageurs  qui  furent  reconnus  à  la 
fin  et  entourés  de  toutes  les  sympathies  des  représentants  de 
la  cité. 

Victor  Hugo^  guidé  par  M.  Ârnould,  fils  du  maire,  visita  la 
maison  où  avait  demeuré  son  père.  Un  marchand  de  gants  y 
demeurait  et  on  réparait  les  deux  étages  bombardés.  Un 
pèlerinage  à  Tancien  hôtel-de-ville  termina  la  journée  et.  le 
poète  esquissa  dans  son  carnet  de  voyage,  en  quelques  coups 
de  crayon,  la  muraille  entre  deux  fenêtres  «qui  jadis  portait 
l'image  vénérée  de  son  père». 

Le  siège  de  1870  avait  dispersé  et  anéanti  les  œuvres  com- 
plètes du  poète  qu'il  avait  données  à  la  ville. 

Mon  travail  est  terminé.  Il  me  reste  à  dire  qu'il  y  a  près 
de  dix  ans ,  M.  Dufrêne  chargea  un  de  ses  amis  d'écrire  au 
grand  poète  qu'il  lui  offrait  la  correspondance  de  son  père 
sur  Thionville,  moyennant  un  souvenir  de  lui  —  un  de  ses 

ouvrages  avec  dédicace.  -^  La  réponse  ne  vint  jamais 

A.  Benoit. 

1  A.  Georgel. 


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GOUP-D'ŒIL 


sur 


L'ORGANISATION  JODICIAIRE 

eoDseme  à  Stnsboarg  jusqu'à  la  yeille  de  la  RéyolatioD 


Mémoire  envoyé  à  Monseigneur  le  garde  des  sceaux  par  M.  le 
baron  de  Spon^  premier  président  du  conseil  souverain  de 
Cdmar^  en  reporte  à  différentes  questions  élevées  au  bureau 
des  cassations  sur  la  constitution  et  jurisdiction  du  Grand 
Sénat  de  Strasbourg. 

Strasbourg  d'abord  ville  tributaire  des  Romains»  soumise 
ensuite  à  ses  Évecques,  gouvernée  après  par  les  Nobles»  aux- 
quels ces  Évecques  en  avaient  confié  Tadministration»  et 
devenue  par  Feffet  de  différente  révolution,  ville  libre  immé- 
diatement soumi$e  à  l'Empereur  et  à  VEmpire.  Son  gouverne- 
ment intérieur  étoit  proprement  démocratique.  Car  quoique 
par  un  pacte  d'union  entre  les  Nobles  el  les  Roturiers  de  l'an 
1482»  qui  se  renouvelle  encore  jourd'buy  tous  les  ans»  la 
Noblesse  ait  été  admise  en  petit  nombre  dans  la  Magistra- 
ture» il  falloit  que  ces  Nobles  admis  se  fissent  recevoir  bour- 
geois et  se  soumissent  à  la  taille;  ce  qu'il  y  a  de  certain»  c'est 
que  cette  ville  impériale  étoit  administrée  par  une  Magistra- 
ture nombreuse»  divisée  en  différentes  chambres  et  dicas- 
téres,  sçavoir  : 

V  La  chambre»  appellée  des  XIII^  composée  des  quatre 
principaux  Magistrats  nobles»  dit  en  allemand  Stettmeister^ 
des  principaux  Magistrats  Roturiers  dit  en  allemand  Ameister, 
et  d'autre  Magistrat  Plébéien  qui  sont  appelles  simplement 
Treize;  cette  chambre  exerceoit  la  principale  puissance» 
décidoit  de  la  guerre  et  de  la  paix  et  régissoit  toutes  les 
affaires  politiques  de  l'état  Républicain  ;  elle  avait  en  outre 


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388  HEVtJE  D*AL8ACE 

obtenu  des  Empereurs  le  privilège  de  représenter  la  chambre 
de  Welzlar,  et  de  juger  les  appels  des  sentences  rendues  à 
Strasbourg  et  dans  sa  banlieue. 

9?  La  chambre  des  XV,  composée  de  deux  Stettmeister,  de 
deux  autres  nobles  et  le  reste  du  Magistrat  Plébéien  ;  c'étoit 
la  chambre  chargée  de  la  police  des  art  et  métier. 

3^  La  chambre  des  XXI,  composée  de  la  chambre  dont  on 
vient  de  parler,  du  Grand  Sénat  dont  on  va  parler  et  de  six 
autres  Magistrats  appelles  vingt  un;  c'étoit  l'assemblée 
générale  qui  connoissoit  de  différentes  matières  gracieuses, 
comme  les  permissions  de  se  marier,  l'admission  à  l'hôpital, 
la  confirmation  des  Docteurs  et  professeur,. etc. 

4^  Du  Grand  Sénat  composé  de  dix  nobles,  sçavoir  : 
quatre  Stettmeister,  six  Conseillers,  dit  en  allemand  Conno- 
fier,  —  Kâufler,  Acheteurs^  Courtiers?  —  d'un  Âmeister  et 
vingt  un  Conseillers  Gens  de  métier,  tirés  des  vingt  Tribus, 
dans  lesquelles  la  bourgeoisie  de  la  ville  est  distribuée. 

Ce  tribunal  connoissoit  Exclusivement  de  toutes  les  affaires 
civiles  au  dessus  de  mille  livres,  sauf  l'appel  à  la  chambre 
des  Treize  et  en  vertu  d'un  privilège  des  Empereurs,  du 
criminel  souverainement  et  en  dernier  ressort;  sauf  cepen- 
dant la  révision  qui  avoît  lieu  quelquefois  à  la  chambre  de 
Welzlar.  Pour  le  civil  on  suivoit,  à  la  forme,  la  procédure 
de  la  Chambre  de  Wetzlar  et  pour  le  fond,  les  statuts  et 
ordonnances  que  le  Grand  Sénat  avoit  promulgués,  et  quant 
au  criminel,  c'étoit  l'ordonnance  criminellei  connue  en  Alle- 
magne sous  le  nom  de  Caroline,  qu'on  suivoit. 

5^  Du  petit  Sénat,  composé  d'un  Âmeister,  six  assesseurs 
nobles  et  treize  assesseurs  tirés  des  corps  de  métier,  qui  con- 
noissoit, au  civil,  de  toutes  les  affaires  au  dessous  de  mille 
livres,  sauf  l'appel  à  la  chambre  des  Treize. 

Il  y  avait  en  outre  à  Strasbourg,  une  Chambre  de  tutèle, 
une  de  police  et  plusieurs  autres  relatives  à  l'administration 
des 'finances,  dont  il  est  inutile  de  parler  ici. 


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ORGANISATION  JUDICIAIRE  A  STRASBOURG  389 

Enfin  il  y  avoit  un  sindic  el  trois  avocats  de  la  ville,  qui 
étoienl  les  Conseils  du  Magistrat  et  les  rapporteurs  nés  de 
toutes  les  affaires. 

Telle  étoit,  à  la  lettre»  la  Constitution  de  la  ville,  libre  et 
impériale  de  Strasbourg  lorsque  M.  de  Montclar,  commandant 
un  corps  de  troupes  de  Sa  Majesté  aux  environs  dé  la  ville 
l'a  fait  sommer  de  se  rendre.  Le  Magistrat  et  la  bourgeoisie 
assemblé  en  conséquence  ont  consenti  à  capituler;  et  Tacte 
de  celte  capitulation  a  été  signé  le  30  septembre  1681. 

Il  est  inutile  d'observer  ici  que  cette  capitulation,  qui 
s'étoit  faite  sans  le  concours  de  l'Empereur  et  de  l'empire, 
étoit  insuffisante  pour  transporter  à  la  France  la  souveraineté 
de  Strasbourg  ;  aussi  n'a  ce  été  que  par  le  traité  de  Risswick,  de 
1697,  que  cette  cession  s'est  faite  en  toute  forme  par  l'Empe- 
reur et  l'empire,  qui  ont  cédé  Strasbourg  au  Roy  de  France 
avec  tous  les  droits  de  souveraineté  et  ont  stipulé  qu'en  con- 
séquence cette  ville  seroit  rayé  de  la  matricule  de  l'Empire. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain  c'est  que  sur  le  fondement  de. la 
capitulation  accordée  en  1681  à  la  ville  dé  Strasbourg  éC  la 
confirmation  des  Rois  Louis  14  et  Louis  15,  la  Magistrature 
est  resté  absolument  la  même  quelle  était  auparavant.  Les 
Chambres  des  13,  15,  SI,  Grand  Sénat,  petit  Sénat  et  autres 
subsistent  encore  aujourd'hui  comme  dans  le  tems  que 
Strasbourg  étoit  ville  libre  impériale,  on  y  a  conservé  abso- 
lument la  forme  d'administration  et  de  procédure  qui  avoit 
lieu  sous  la  directe  de  l'Empire.  Il  n'y  a  eu  dé  changement 
que  par  rapport  à  la  Religion,  vu  que  le  nombre  des  Catho- 
liques s'étant  accru  à  Strasbourg  Sa  Maj.  a  voulu  qu'il 
fussent  reçus  en  nombre  égal  aux  luthériens  dans  le  Magis- 
trat qui  cidevant!  étoit  presque  tout  luthériens.  D'ailleurs  il 
n'y  a  par  là  de  capitulation  qu'une  restriction  imposée* 
Quant  au  civil,  à  l'exercice  de  l'ancienne  juridiction  du 
magistrat  de  Strasbourg.  On  croit  essentiel  de  rapporter  h  cet 
égard  Içs  termes  même  de  la  capitulation. 


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390 


REVUE  D  ALSACE 


CAPITULATION. 


Article  propose  par  la  ville  d«  Strasbourg 
V^  30  septembre  1681. 


Art.  IV. 
«  Sa  Maj.  veut  laisser  le  Magistrat  dans  le 
présent  état  avec  tous  ses  droits  et  libre 
élection  de  leur  collège  nomément  celui 
des  Xliï,  XV,  XXI,  des  XIII,  XV,  XXÏ; 
grand  et  petit  sénat,  des  Échevins,  des 
officiers  de  la  ville  et  chancellerie,  des 
couvents  ecclésiastiques,  TUniversité  avec 
tous  ses  Docteurs,  Professeurs  et  Étu- 
diants, en  quel  quentité  qu'ils  soient,  le 
Collège,  les  Tribus  et  Maîtrises  tout  comme 
ils  se  trouvent  avec  la  juridiction  civile  et 
criminelle.  » 


Rëponses  de  MM. 

de  LouTois  et  de  Mont- 

clar,  munis  des  pleins 

pouvoirs  de  sa  Mi^. 

Accordée  à  la  réserve  que 
pour  les  causes  qui 
excéderon  1,000  liv. 
de  France  en  capital, 
on  en  pourra  appeller 
au  conseil  de  firisak, 
sans  néanmoins  que 
rappel  suspende  Texé- 
cution  du  jugement 
qui  aura  été  rendu 
par  les  Magistrats,  s'il 
n*est  pas  question  de 
plus  de  deux  mille 
livres  de  France. 

On  ne  peut  qu'être  étonné  que  les  plénipotentiaires  de 
Sa  Maj.  qui  ont  eu  l'attention  de  restreindre  à  la  somme  de 
mille  livres  le  dernier  ressort  du  Magistrat  de  Strasbourg 
n'ayent  (rien)  dit  du  criminel  qui  lient  à  la  haute  justice.  Il 
y  a  tout  lieu  de  penser  qu'ils  n'étoient  pas  instruits  de  la  pos- 
session où  étoit  ce  Magistrat  de  juger  le  criminel  sans  appel  ; 
car  ce  pouvoir  qui  porte  sur  la  vie  et  Tlionneur  des  citoyens 
étoit  bien  plus  fait  pour  être  restraint  que  la  jurisdiction  civile. 

Quoi  qu'il  en  soit  le  Grand  Sénat  de  la  ville  de  Strasbourg, 
composé  de  la  manière  qu'on  Ta  dit,  est  en  possession  con- 
stante et  non  interrompue,  de  juger  toules  les  affaires  crimi- 
nelles en  dernier  ressort  dans  la  ville  de  Strasboui^,  les  Ban- 
lieues et  les  quatre  Grands-Baillages  qui  en  dépendent,  sans 
exception  des  cas  Roiaux  et  privilégiés;  il  n'y  a  que  le  seul 
cas  de  duel,  dont  le  Conseil-Souverain  d'Alsace  prend  con- 
noissance,  privativement  au  Magistrat  de  Strasbourg;  mais 
hors  ce  cas,  le  Magistrat  de  Strasbourg  juge  tout  le  criminel 
souverainement  et  sans  appel.  Ce  qu'il  y  a  d'inconséquent  et 


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ORGANISATINN  JUDICIAIRE  A  STRASBOURG  391 

de  bisardi  c'est  qu'au  petit  criminel,  lorsque  les  domages  et 
interrets  excèdent. Mille  livres,  il  y  a  appel  au  Conseil  souverain 
de  Colmar,  cidevant  Séant  à  Brisack;  comme  dans  les  cas 
civils  qui  excèdent  la  somme  de  Mille  livres. 

Cependant  ce  Grand  Sénat,  qui  juge  de  la  sorte  le  grand 
criminel  en  première  instance  et  dernière  instance,  est  un 
tribunal  composé  de  juges  non  gradués,  souvent  pas  même 
lettrés;  les  dix  nobles  qui  y  ont  entrée,  sont  la  plupart  des 
militaires,  qui  ne  connoissent  que  leur  métier  des  armes  et 
qui  sont  presque  toujours  absents.  Les  autres  juges  sont 
vingt  et  un  roturiers  dont  le  chef,  appelle  Âmeister^  est 
tiré  de  la  boui^eoisie.  Les  vingt  autres  sont*  des  gens  de 
métiers. 

Il  est  vrai  que  par  l'édit  de  mars  1683,  le  Roy  a  créé  à 
Strasbourg  un  Préteur-royal,  c'est-à-dire  un  chef  qui  au 
nom  du  Roy  préside  toutes  les  assemblées  du  Magistrat;  il 
est  vrai  aussi  que  le  Roy  noipme  le  Sindic,  qui  sont  néces- 
sairement catholiques,  ont  entrée  dans  toutes  les  Chambres. 
Mais  le  Sindic  est  absent  et  le  Préteur  a  d'autres  occupations 
qui  ne  lui  permettent  pas  d'aller  au  Grand  Sénat. 

La  jurisprudence  de  ce  tribunal,  souverain  au  criminel,  et 
ses  formes  de  procéder  étonnent  peut  être  encore  d'avantage 
que  sa  Constitution, 

Tout  s'y  traite  en  allemand;  on  y  observe  la  procédure 
usitée  dans  les  tribunaux  de  l'Empire. 

L'ordonnance  criminelle  de  France,  introduite  sans  diffi- 
culté dans  tout  le  reste  de  l'Alsace,  même  dans  les  dix  villes 
cidevant  impériales,  n'y  est  ni  connue  ni  suivie;  voici  com- 
ment s'y  instruisent  les  procédures  criminelles. 

Lorsqu'un  accusé  a  été  décrété  de  prise  de  corps,  le  fiscal 
présente  requête  introductive  de  la  plainte,  en  laquelle  il 
conclut  simplement  à  ce  qu'il  soit  procédé  aux  informations 
et  interrogatoires  nécessaires  pour  le  dit  accusé  être  puni 
selon  qu'il  l'aura  mérité;  surquoi  le  greffier  criminel,  en 


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392  REVUE  D'ALSACE 

présence  de  deux  députés,  plébéins,  instruit  le  procès  jusqu'au 
recolement  et  à  la  confrontation  inclusivement.  Cela  Fait,  la 
procédure  est  remise  à  Tun  des  avocats  de  la  ville,  qu'on 
appelle  aussi  avocat  général,  pour  en  faire  son  rapport,  à  la 
suite  duquel  sentence  intervient  sans  que  le  fiscal  ait  donné 
aucunes,  conclusions  en  définitif,  parce  qu'on  ne  lui  commu- 
nique point  les  pièces  du  procès. 

Quoique  le. Magistrat  décide  du  criminel  souverainement, 
jamais  il  n'est  déclaré  a  l'accusé  qu'on  enlend  le  juger  en 
dernier  ressort 

Jamais  il  n'est  laissé  aux  accusés  copie  du  procès  verbal  de 
capture,  de  Vécrou  et  de  la  sentence  définitive;  il  n'est  point 
tenu  de  registre  particulier  concernant  les  dénonciateurs.  Le 
greffier  criminel  les  entend,  même  de  rechef  conime  témoins 
et  les  répète  et  confronte  avec  l'accusé,  d'où  il  arrive  souvent 
que  des  crimes  restent  cachés,  conséquemment  impunis, 
parce  que  bien  des  gens  répugnent  à  faire  des  révélations 
dont  le  secret  n'est  point  observé;  bien  plus  encore  à  être' 
confrontés  avec  ceux  dont  ils  sont  les  délateurs. 

Les  médecins  et  chirurgiens  n'aiBrment  point  leurs  rap- 
ports véritables. 

Les  témoins  assignés  ne  représentent  point,  avant  d'être 
ouïs,  l'exploit  de  l'assignation  à  eux  donnée. 

Les  dépositions  et  interrogations,  les  récolements  et  con- 
frontations ne  sont  ni  cottes  par  le  juge,  ni  signés  à  chaque 
page,  ni  même,  comme  dit  est  cy  dessus,  communiqués  au 
fiscal  pour  donner  ses  conclusions  définitives. 

Lorsque  les  personnes  sont  recommandées,  les  recom- 
mendations  ne  leur  sont  point  signifiées. 

Lea  Baillis  des  Baillages  dépendant  de  la  vile,  quoique 
tous  reçus,  n'osent  instruire,  si  ce  n'est  provisoirement, 
aucunes  affaires,  ni  au  grand  ni  au  petit  criminel,  mais  sont 
tenus  d'envoyer  les  accusés  au  Grand  Sénat  ou,  par  le  gref- 
fier criminel,  se  fait  toute  la  procédure  depuis  le  commen- 
cement jusqu'à  la  fin, 


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ORGANISATION  JUDICIAIRE  A   STRASBOURG  993 

L*OD  ne  tient  point  de  tableau  en  place  publique  pour  y 
afficher  les  condamnations  à  la  maison  de  force,  à  une 
amande  honorable,  au  bannissement  perpétuel,  au  fouet  et  à 
flétrissure. 

Les  jugements  définitifs  ne  sont  signés  d'aucuns  juges, 
mais  seulement  enregistrés  dans  te  protocole. 

Jamais  il  ne  se  fait  d'interrogatoire  sur  la  sellette;  ce 
n'est  que  lorsque  le  cas  est  disposé  à  la  mort  que  le  Sénat 
nomme  sept  députés  pour  être,  en  leur  présence,  subi  par 
l'accusé  une  dernier  interrogatoire.  Cette  députation  s'ap- 
pelle en  allemand  Beatbenmung.  (Be'Siében-mtmg^  Décision 
des  7?)  C'est  communément  le  lundy  qu'on  prononce  la 
Bestmenmungy  de  façon  que,  quand  elle  est  annoncé  à  l'ac- 
cusé, il  prévoit  d'avance  son  jugement.  L'après  dinée  les 
députés  se  transportent,  non  pas  à  la  prison,  mais  à  la  tour 
des  tortures,  où  l'accusé  est  conduit  sous  les  yeux  d'une 
populace  curieuse  de  le  voir.  Le  mardy  le  palais  reste  fermé  ; 
le  mercredy  matin  se  rend  la  sentence  de  mort,  laquelle  est 
annoncée  au  criminel,  mais  l'exécution  ne  se  fait  que  le  ven- 
dredy,  jour  de  marché,  prolongation  que  bien  des  âmes  com- 
patissantes regardent  comme  répugnant  à  l'humanité. 

D'ailleurs  le  Grand-Senat  de  Strasbourg  se  régie  toujours 
servillement,  pour  la  qualité  des  peines  qu'il  édicté  en 
matière  criminelle,  par  les  dispositions  de  l'ancienne  Consti- 
tution criminelle,  appellée  Caroline,  dont  la  plupart  des  dis- 
positions ne  sont  plus  relatives  ni  à  nos  mœurs,  ni  à  la  per- 
fection que  la  législation  a  acquise  de  nos  jours. 

Comme  par  le  mémoire,  auquel  celui-ci  sert  de  réponse,  il 
parait  qu'on  a  voulu  qu'être  instruit  de  l'étendue  de  la  juris- 
(liction  dont  la  Magistrature  de  Strasbourg  jouit  de  fait  en 
matière  criminelle,  il  parait  superflu  de  s'étendre  d'avantage. 

Communiqué  par  M.  Léon  Briële,  ancien  archiviste  du 
Haut'Bhin. 


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POÉSIES  DE  CH.  BŒSE 


en  Dialecte  alsacien 


XIV. 
Blidah  im  Schnee. 

0.  und  10.  Uornung  1862. 

Zue  BlidAh  at^aeizX  de  16.  Hornung   186£. 


Potz  Blitz^  es  isch  erst   sechs  im 

Schlaa 
Un  doch  sçhun  heiter  heller  Daa. 

Wie  geht  dis  zue  ?  I  kumm  nit  druf  ! 
Do  spring  i  gschwind  uf  dTerrass  nuf 

Lue  do  !  's  isch  ailes  kridewiss  ! 
D'  Orangebâum  hen  Federslrûss  ! 

D'  Zipresse  wie  verzuckert  stehn  ! 
I  ha  min  Lebda  nix  so  gsehn  ! 

Der  Zakkar  het  e  Mantel  an 
Von  Hermelin  mit  Diemant  dran. 

Vom  Ghenua  zum  Bouzaréa  hien 
Isch  au  ken  Berjele  meh  grûen. 

D'  Mitidja  strahlt  in  Silwerpracht  : 
's  isch  andersch  worren  ùwerNacht  î 


Gesl  hemmer  nocb  's  schônst  Frû^j- 

johr  g'het  : 

Hit  steht  der  Schneemann  vor  em 

Betl! 

D'  Arawer  sehn  verdattert  us  ! 
Sie  schnadere,  es  isch  e  Crus  ! 

Sie  meinen  alli,  werzina, 
Sie  sejen  nimm  in  Afrika  ! 

Sie  schlupfe  in  de  Burnus  nin 
Un  schnappe  noch  em  Sunneschin. 

Ich  awer  spring  for  Freud  in  d' Hôh^ 
Môcht  wâlze  mich  im  zarte  Schnee  ! 

Môcht  Schlilte  fahre  ventre  à  terr'^ 
*s  isch  mer  aïs  wenn  i  d*heime  wâr  ! 
Als  stând  vor  mier^  hoch  in  der  Luf  t, 
Der  Mûnsterdurn  im  Rift'edufl  ! 


«Zakkar,  montagD*  au  triple  sommet  près  de  Milîana,  à  1500  mètres  aa-dessus 
du  niveau  de  la  mer. 


'BouxarëiL  haute  montagne  près  d'Alger. 
♦  Chenua,  haute  montagne  près  de  Chercl 


Gherchel. 


jmtiaja,  plaine  de  25  kilomètres  de  long,  entre  Alger  et  le  Chenua,  le  Sahel  et 
1  Atlas,  rappelant  TAlsaoe  à  certains  ëgards. 


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INTERPRÉTATION  FRANÇAISE 


{Suite*.) 


XIIL 
La  Neige  à  Blidah'. 

9  et  10  février  1863. 

Fait  à  BUdAh,  le  16  férrior  1869. 


Eh  quoi  !  six  heures  seulement! 
Déjà  le  jour  le  plus  brillant  ? 

Nous  l'expliquer  serait  trop  long  I 
Sur  la  terrasse  montez  donc. 

Regardez -moi  cette  blancheur  ! 
Tous  les  orangers  sont  en  fleur, 

Et  chaque  cyprès  est  couvert 

De  sucre,  tout  comme  un  dessert  I 

Et  le  Zakkar*  est  tout  brillant 
Comme  un  immense  diamant  : 

Tout  est  blanc,  du  Bouzaréa' 
Jusque  là -bas  au  Chenua  !  ^ 

Couverte  d'argent,  dans  la  nuit 
Comme  la  Mitidja  *  reluit  I 


Un  doux  printemps  encore  hier  ! 
Aujourd'hui  tout  en  plein  hiver  ! 

L'Arabe,  en  train  de  frissonner, 
Doit,  ma  foi  !  bien  s'en  étonner  ! 

Il  s'enfonce  dans  son  burnous  ! 
Ah  I  qu'un  brillant  soleil  est  doux  ! 

11  croit,  en  voyant  ces  frimas, 
Avoir  quitté  ses  chauds  climats. 

Mais  moi,  j'éprouve  un  vrai  bonheur 
En  admirant  cette  blancheur  ! 

Je  me  crois  chez  moi.  Qu'il  est  beau 
Ce  temps,  pour  aller  en  traîneau  I 

Et  je  crois  voir  au  haut  de  l'air 
Le  Munster  s'élever  tout  fier. 


*  Voy.  pages  330  et  suiv.  de  la  livraison  juillet  —  août  -—  septembre  et 
pages  470  et  suiv.  de  la  livraison  octobre  —  novembre  —  décembre  1888. 

'  Blida,  deuxième  ville  de  la  province  d^Alçer,  au  pied  de  TÂtlas,  appelle  par 
les  Arabes  la  voluptaense,  la  rose  de  la  Miti^a,  etc. 


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396 


REVUE  D'ALSACE 


Môcht  renne  uf  der  Isschuebahn, 
Schneeballe  mâche  dnif  un  dran  ! 

0  schôni,  sûessi  Buewezit  ! 
Die  isch  eruni,  iehr  liewi  Lit  ! 

Der  Traum  isch  us,  der  Schnee 
schmelzt  schun  : 
Es  isch  e  Freud  um  unsri  Sunn  ! 

Der  Himmel  isch  so  blôu  un  rein, 
Der  Vôuel  singt  im  junge  Hain  I 


Er  find  jetz  widder  sine  Tisch 
In  Feld  unWald,  so  grûen  un  frisçh. 

D'  Granate  stehn  im  Bluemekleid  ! 
Mer  meint 's  het  Vejellotte  gschnejt! 

Drum,  fallt  eim  au  e  tiefer  Schnee, 
Trifft  einen  Unglûck,  Ach  und  Weh, 

Nur  ganz  getrost,  nur  nit  verzaut, 
Mit  frohem  Sinn  noch  owe  gschaut! 

's  wohnt  einer  ûwrem  Stemezelt 
Der  aHes  wohl  un  recht  het  bstellt. 


XV. 
ErinHeruHgeH  us  de  Baewejohr 

TVinteFflMitasi*. 

Blidah,  6.  Dezember  1862. 

(Niederrhdniaoher  Knrrier,  9.  Augst  1863.) 


Macht  mer  nit  d'  Orange  runter 
Vor  mim  Fenster,  ze  Blida, 
Un  spediert  sie  ? . . .  Was  e  Wunder  I 
*s  isch  bal  Neujohr  I  Werzina  ! 

's  isch  fast  nix  meh  an  de  Daue^ 
Un  d' lieb  Zit  wie  bsesse  rennt. 
Kum  het  d' Glock  e  viertel  gschlaue 
Isch  bail  widder  d'  Stund  zen  End. 

's  fliejt  ein  Jâhrel  noch  em  andre  : 
Dis  isch  e  bedenklis  Wort. 
Mit  der^Zit  mûen  alli  wandre, 
Einer  do,  der  ander  dort  ! 


Ich  g'hôr  au  schun  zue  den  Alte 
Mit  de  drejefufzig  Johr  ; 
Loss  de  liewe  Hergott  walte 
Un  mach  mer  ken  grôui  tior  ! 

I  wurr  als  ganz  jung  dohiwe 
Wenn  an  d'  Buewezit  i  denk  ! 
Wie  mer  es  erumgetriwe 
Uf  der  Gass  un  uf  de  Bânk. 

Ailes  schwebt  mer  im  Gedanke 
Lebhaft  vor,  als  wâr  *s  noch  hit. 
Nit  for  hunderldôused  Franke 
Gâw  i  mini  Buewezit  ! 


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POÉSIES  ALSACIENNES 


397 


Je  voudrais  courir,  tirailler, 
Avec  la  neige  batailler  I 

Quelbeau  temps  lorsque,tout  gamins 
Nous  volions  tous  sur  des  patins  ! 

La  neige  fond,  le  rêve  fuit 
Et  le  plus  beau  soleil  reluit. 

L'oiseau  chante,  et  le  ciel  plus  pur 
Se  revêt  d'un  plus  bel  azur. 

L'oiseau  retrouve  son  couvert. 
Plaine  et  bois,  tout  redevient  vert. 


Les  grenades  ont  leur  couleur, 
Les  violettes  leur  odeur  ! 

C'est  ainsi  que,  lorsqu'un  malheur 
Vient  et  nous  frappe  de  douleur. 

Confiants  il  faut  regarder 

Au  ciel  qui  viendra  nous  aider  ! 

Car  notre  père  de  là-haut 

Sait  mieux  que  nous  ce  qu'il  nous  fau  t. 


XV. 
SoQTenirs  d'enfance. 

Fantaisie  d'hiver. 

Blidah,  6  décembre  1862. 

(Courrier  da  Bas-Rhin  da  9  soût  1868.) 


Tiens  !  on  va  cueillir  l'orange 
A  Blida,  devant  chez  moi  ! 
Quoi  1  déjà  !  mais  c'est  étrange  ! 
L'an  finit  bientôt,  ma  foi  ! 

Chaque  jour,  chaque  semaine 
Fuit  !  rien  ne  peut  les  tenir  ! 
C'est  le  quart  qui  sonne  à  peine, 
Déjà  l'heure  va  finir  ! 

Les  ans  vont  1  Le  temps  s'écoule, 
Peu  à  peu  chacun  s'en  va  1 
Ici  l'un  quitte  la  foule, 
Là  Tautre  la  quittera. 


Je  suis  loin  de  ma  jeunesse  : 
Cinquante-trois  ans.  Mais^  vieux. 
Nulle  crainte  ne  m'affaisse 
Ni  ne  blanchit  mes  cheveux  I 

Même,  quand  j'ai  souvenance 
Du  temps  où  j'étais  gamin, 
Au  beau  temps  dç  mon  enfance 
Je  crois  revenir  soudain. 

Quand  mon  souvenir  retrace 
Les  jeux  de  mon  jeune  temps, 
Je  ne  prendrais,  à  sa  place^ 
Pas  même  cent  mille  francs. 


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â08 


REVUE  D'ALSACE 


Ich  bin  zuem  Herr  Strowel  gange 
lu  d'  ait  AU-Sankl-Peler-Schuel. 
Bim  Herr  Broifisch  het  's  angfange, 
Vornen  in  der  Unterachuel. 

Der  isch  gar  zue  streng  gewese, 
Manchmol  het  mer  kriejt  uf  's  Ohr. 
Er  het  schriwe,  zâhle,  lèse 
Uns  gelehrt!...  Respekt  derfor  ! 

*s  Nastuech  het  mer  mûesse  zeije 
Aile  Da  vorrem  Gebett  ; 
Mûsli  still  het  mer  mûen  schweje 
Sunsch  het  mer  glich  kriejt  sin Fett  ! 

Ins  Speckkâmmerle  spatziere 
Haw  i  mûen  am  erste  Da 
Wil  i  hait  biem  buechstawiere 
X  for  U  genumme  hab. 

Durchgebrennt  I  un  uf  de  Schrecke 
Isch  mer  's  Schuelgehn  bal  verleidt  ; 
Doch  min  Vater  mit  em  Stecke 
Het  mer  als  de  Wej  gezeijt. 

Spâter  bin  i  nimm  dernewe, 
Bin  in  d*  Schuel  ghupst,  ganz  ver- 

gnûejt, 
Ha  mer  Mûej  im  Lehre  gewe 
Un  au  manchmol  *s  Prâmia  kriejt. 

Bin  nit  hinte  drusse  gsesse 
Wo  mer  d*  Denkmûnz  usgetheilt, 
's  isch  's  Johr  siwezeh  gewese  : 
Fiat  Lux  steht  druf  gekeilt. 


Simmer  ferti  gsin  mit  lehre, 
Isch  der  Spielda  angeruckt, 
Het  es  nieme  dôrfe  store, 
Simmer  weidli  abgedruckt  ! 

Weisch  noch  Gustel  %  weisch  noch 

Fritzel, 
Wie  mer  als  am  Basch  hen  gGscht? 
Mil  em  fine  Ruestespilzel 
Manchi  Bachet  ufgetischt? 

Lauche,  Stachele,  e  Wase 
Hemmer  do  in  's  Gâmel  gfitzt. 
Eressle,  Mollenker  un  Nase 
Hen  als  drin  erumgeblitzt. 

Wie  mer  als  d' Steinbisser,  d*  Kobe 
Mit  der  Gawel  hen  gekrautscht, 
Un  d'  Ruffolke  mit  de  Dobe 
Us  em  Grawemuer  geknautscht? 

Weisch  noch  ,Karel,  wo  d'hesch  welle 
Uf  der  zweile  Britsch  vom  Nock* 
Fume  steche,  hesch  Ion  schnelle 
's  Vaters  schône  Sunndastock? 

Der  het  gsait,  wo  d'heim  blsch 
.  kumme  : 
e:  Kerl,  dis  isch  eraol  jetz  nett  I 
«  Dierg'hôrtWichsI  0  wenninumme 
«  Do  derzue  noch  's  Meerrohr  hâtt  !  9 

Un  gedenkt  's  der,  Alexander^ 
Wie  d*  verwôue  gange  bisch 
Uf  der  Wissthurnbruckelander 
Als  wâr  's  gsin  e  breiter  Disch  ? 


*  GoBtel,  abrëviatlon  k  la  fois  d^Âuguste  et  de  Gustave. 

*Nocky  nom  d*iin  propriétaire  de  lavoir  de  cette  ëpoque,   viilgaiveineiit  dît 
Britschemajor. 


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POÉSIES  ALSACIENNES 


QQQ 


A  l'école  Vieux-Saiût-Pierre, 
Chez  Monsieur  Slrobel  j'allais. 
Chez  Monsieur  Bralûsch  sévère 
Tout  d'abord  je  commençais. 

C'est  lui  qui  m'apprit  à  lire, 
En  me  donnant  maint  soufflet, 
Puis  à  calculer,  écrire  : 
Ça  mérite  mon  respect. 

Toujours,  avant  la  prière, 
Fallait  montrer  son  mouchoir, 
Rester  tranquille^  et  se  taire, 
Pour  ne  pas  «1  recevoir  ! 

Et,  dans  la  chamhrette  obscure 
Au  lard  ^  je  fus  retenu, 
Pour  avoir,  triste  aventure  ! 
Pris  une  ixe  pour  un  u  ! 

Je  me  sauve.  Oh  I  malencontre  ! 
J'oublie  alors  le  chemin 
De  l'école  !  On  me  le  montre. 
Hélas  !  la  canne  à  la  main  I 

A  l'école  buissonnière 
Renonçant  alors,  j'appris 
Bien  des  choses,  de  manière 
Même  que  j'obtins  le  prix  ! 

Quoique  de  petite  taille 
J'étais  fort  en  l'an  dix-sept, 
Lorsqu'on  donna  la  médaille 
Où  Fiat  Lux*  se  lisait. 


Quand  venait  une  vacance, 
Quand  paraissait  le  jeudi. 
Au  jeu  quelle  pétulance. 
Comme  l'on  était  hardi  ! 

Rappelez-vous  les  captures, 
Fritz,  Auguste,  que  dans  l'eau 
L'on  faisait  !  Quelles  fritures 
Nous  fournissait  maint  ruisseau  ! 

Dans  nos  filets  épinoches. 
Goujons  par  gros  tas  venaient. 
Les  ablettes,  nases,  loches 
Bien  souvent  y  sautillaient. 

Les  chabots  à  grosse  tète, 
Les  lottes^  les  lamprillons^ 
A  la  ligne,  à  la  fourchette, 
A  la  main  nous  les  prenions  ! 

De  la  canne  de  ton  père, 
Charles,  voulant  enfourcher 
Un  meunier,  dans  la  rivière, 
Malheur  !  tu  vins  la  lâcher. 

«  C'est  très-beau  I  te  dit  ton  père, 
c  Grand  gamin  I  que  n'ai-je  donc, 
«  Pour  t'en  frotter  le  derrière, 
cEncor  mon  flexible  jonc  I  » 

Alexandre^  un  beau  dimanche, 
Tu  fis  sur  le  garde-fou 
Du  fossé  de  la  Tour^Blanche 
Un  vrai  tour  de  casse-cou. 


^La  ohambrette  aa  lard,  petit  cabinet  où  Ton  suspend  le  lard  fomë  et  dont  on 
menace  gënëralement  en  Alsace  les  enfants  pas  sages. 

<  Des  mains  d'Ëhrenfried  Stœber,  qai  ëtaît  alors  JSirchmali9$ter  à  la  paroisse 
protestante  de  Saint-Pierre-le-Vieux.  C'était  la  fête  bisëcnlaire  de  la  réforme. 
Stœber  fit  encore  des  lUloontions  et  des  poésies  k  cette  occasion,  qui  forent  impri- 
mées et  distribuées. 


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400 


RErVUE  D  ALSACX: 


"Wie  zuem  Gluck  dinVater  kumme 
Wo  nur  noch  e  Hôrel  gTehlt? 
Wie  er  dich  am  Krips  genumme 
Un  der  nochher  ebs  verzâhlt? 

Weischnochwied'ufd'Katze,Dorel, 
D'  erste  beste  Hund  hesch  g'hetzt, 
Un  wie  der  emol  der  Mohrel 
D'  Ankànghosse  het  verfetzt? 

"Weischnoch  zellenOwe,  Schôrschel, 
"Wo  de  ftist  versofFe  bisch, 
Wo  d'gmeint  hesch  's  bisst  e  Bôrschel 
Un  's  e  Pfohlhecht  gVesen  isch? 

Wie  emol  isch  's  Is  gebroche 
Uf  der  Glassi  !  Wie  e  Mus 
Simmer  nass  gsin  bis  uf  d' Knoche, 
Un  hen  gschnadert,  was  e  Grus  ! 

's  wurd  der  noch  gedenke,  Helmel, 
Wo  d'  Firdejfel  hesch  gemacht 
Uf  de  Namesda  vum  Sâlmel, 
UnderdTlammin'sGsichtgekrachti 

's  hâtt  schun  mancher  Bue  sin  Lewe 
Bitter  ingebûesst,  mafwa  ! 
Wenn's  nit  noch  dât  Engel  gewe 
Die  treu  wache,  Nacht  un  Da. 

Weisch  noch  Mischel,  weisch  noch 
Schângel, 
Wie  mer  brav  hen  exerziert 
Mit  de  Duechewellebengel 
Uf  em  Wal,  un  Kriej  hen  gfûehrt? 


Wie  mer  als  am  Spitzebrûckel 
Wacker  gebaddallit  hen? 
Wie  emol  am  Schnûrel,  Nickel^ 
D' Blôjele  dich  heimgfuert  hen? 

Hemmer  als  de  Heim  geroche 
Het  *s  glich  gheisse:  «'s  isch  nit 

g'hir  !  > 
's  Meerrohr  isch  em  nie  gebroche, 
D' Buewe  hen  ne  g  fôrcht  wie 's  Fir  ! 

Het  er  nit  emol  am  Gumbe 
Wo  mer  als  gebade  hen 
D' Kleider  g'holt,  de  ganze  Klumpe? 
Doch  het  er  Bardon  es  gen. 

Denkt  der  noch  der  Graw£,  Samel, 
Wo  's  honetti  Buewechor 
Froh  het  g'halte  sine  Rammel, 
Unscheniert  un  ohne  Gfobr? 

Wer  het  Gstunze,Nusse?  Schiângels, 
Hûffels  het  's  als  g'heisse  do, 
Dûmes,  AnscUauers,  Orângels, 
Rammle  hi  un  Rammle  ho  1 

Wie  isch  do  baroUit  worre  : 

«  Triflfl  sechs  !  — Fehlt  si  !  —  DuUe- 

wit!» 
's  het,  wer  sin  Fortun  verlore 

Kriejt  sin  Lohnwacht,  jede  Ritt. 

Wer  isch  ganz  bankrott  geweie 
Het  am  Stâûwe  sich  erholt 
(Mit  der  Kapp,  nit  mit  em.Bese) 
Manchmol  d*  andre  noch  versohUI 


*  Nom  qâ*oii  donne  plus  partîcaliërement  aux  chiens  noirs,  de  Tallemand  Mokr, 
nègre. 

^  Sobriquet  des  sergents  de  rille,  à  cause  de  leur  costume  bleu. 


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POÉSIBS  At3A.CI9NMES 


4M 


Circulant  sur  ce  çikduque 
Plancher,  lorsque  ton  papa 
Vint  te  saisir  par  la  nuque^ 
Mais  bien  plus  bas  te  tapa. 

Te  souviens-tu,  Théodore, 
Lorsque,  contre  maint  chaton 
Tu  lançais  les  chiens,  que  More  * 
T'arracha  le  pantalon  ? 

George,  un  soir  à  la  recherche 
De  poissons,  tu  bus  de  Teau  ! 
Croyant  saisir  une  «perche». 
Tu  ne  tenais  qu'un  poteau. 

Nous  patinons  sur  la  glace 
Des  fossés.  Nous  folâtrons  t 
Voilà,  ma  foi  I  que  tout  casse  : 
En  grelottant  nous  rentrons  ! 

Toi,  Guillaume,  pour  la  fête 
De  Salmé,  tu  fis,  morveux. 
Des  pétards.  Gare  à  ta  tête  : 
Tout  part^  brûlant  tes  cheveux. 

0  gamins,  à  quels  étranges 
PMls  vous  exposez-vous? 
Auriez-vous  chacun  ses  anges 
Pour  parer  les  mauvais  coups? 

Aux  remparts  on  allait  faire 
L'exercice  en  vrais  gamins, 
Puis  nous  nous  faisions  la  guerre 
Armés  de  jolis  gourdins. 


Un  soir,  après  la  bataille,  . 
Nickel,  pour  te  ramener, 
Comme  on  fait  de  ta  caqaiÙe, 
Un  bleuet*  vint  t'enchaînèr. 

Quelle  peur  quand  du  terrible 
Heim  '  soudain  Ton  avait  vent  ! 
Sa  canne  était  inflexible 
Et  nous  causait  maint  tourment  ' 

Sous  les  moulins,  à. la  nage 
Nous  voyant,  il  combina 
De  nos  effets  le  pillage  *, 
Mais  après  nous  pardonna. 

Samel,  as-tu  souvenance 
Du  fossé  ?  Le  beau  boucan 
Que,  rempli  d'insouciance, 
Y  fît  notre  arrière-ban  !  . 

On  se  poursuit,  se  divise. 
Aux  billes  on  joue,  aux  noix  : 
En  petits  tas  on  les  vise^ 
En  rangs  serpentants  ou  droits. 

Vers  un  trou  chacun  en  lance  : 
«  Met  six  !  —  Manque  !  -—  Tous  les 

huit  î)) 
L'un  rit  bien  î  L'autre  finance, 
Mais  obtient  un  tour  gratuit. 

Décavé,  maint  époussette 
La  voie,  et  trouve  de  quoi 
Mettre,  beau  fhiit  de  sa  quête, 
Les  autres  en  désarroi. 


'  Heim,  sergent  de  ville,  que  les  gamitiB  de  T^poque  redoutaient  fort.  • 

^  Moyen  qa*on  aimait  employer  ponr  eflfrayer  les  gamins  qni  se  baignaient  Tsn 
vine  on  K  des  places  dëfenanes. 

S6 


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402 


REVUE  D'ALSACE 


Isch  d'  Zit  vun  de  Dôpfe  kumine 
Het  's  gar  manchi  Wohnung  gen. 
Hôr  noch  d'  Hawergaisse  brumme 
Die  mer  ak  bim  Hirtz  kauft  ben  ! 

Un  am  Ostere  bet  's  gewe 
Gfarbti  Eier^  liewi  Zit  ! 
Was  iscb  do  gsin  fir  e  Lewe  ! 
Spitz  uf  Spitz  un  Sit  uf  Sit  î 

Weiscb  nocb  wie  der  kluricht  Ade 
Mit  em  Becbei  het  gebickt  ? 
Wie  der  Eremb  un  d'  Kamerade 
Nit  ganz  zart  ne  beimegscbickt  ? 

Kesselbupfers,  Ritteballes, 
Un  nocb  Spiel  e  ganze  Wiscb 
Hemmer  gspielt,  un  kurzum  ailes 
Grad  ^ie  d*  Sftsung  kummen  iscb  1 

Diablotin  un  Fangedissels, 
Rftûwers,  Jâjers,  lange  Schwan, 
Wulle  bebdi  un  Blindmisels, 
Hinteweck  un  vomedran! 

Muescb  dich  nocb  erinnere.  Martel, 
Wie  mer  binter  's  Vaters  Hus 
D' Insel  Bibi  sammt  em  Grârtel 
Ufgebôut  ban,  still  wie  d'  Mus  ? 

Drowe  ben  mer  unverdrosse 
Mit  Eanônle  manôwriert, 
Mit  de  Scblisselbûcbse  gscbosse 
Dass  ais  d'  Fenster  ben  geklirrt  ! 


Hemmer  gar  e  Schib  getroffe 
Bi  're  ric&e  Nocbbersfrau. 
Die  kummt  wie  der  Blitz  geloffe^ 
Ejriscbt  :  € Wer  d' Scbîb  bricbi,  zabk 

sie  au  I  » 

Weiscb  nocb,  Hari,  weiscb  Lorenzei 
Wie  mer  Kineb,  nix  lang  fex, 
Lusti  gspiebli  ben  uf  em  Scbânzel, 
Nocb  im  zwôlfte  Jobr,  min  sex  I 

Weisch  nocb  wie  emol,  Pbilippel, 
Dier  der  Kineb  gsprungen  iscb 
Grad  ins  Gsicbt^  un  wie  din  Lippel 
Uf  iscb  gscbwoUe  wie  e  Wiscb? 

Wie  mer  Bôje  voll  Saldate 
D'beim  bim  alte  Barthel  g'bolt? 
Wie  mer  Scbwitzer  un  Kroate 
Un  Kosacke  ben  gemohlt  ? 

Wie  in*s  Louidiswittsdaue 
Nocb  der  grosse  Prozession 
Mer  um  d'  Beldebâum  es  gschlaue 
Un  geloffe  sin  dervon  I 

Wie  der  Steckelmann ,  der  Meyer, 
Wer  gebabbelt  bet  im  Gsang 
D'  Obre  bet  gezôue,  waîer  ! 
Dass  eim  worren  Angst  un  bang. 

Weiscb  nocb  Edwar,  weiscb  Kon- 

radel, 
Wie  mer  Friddas  sin  spatziert  ? 
Uf  em  Gimbelmârck  bim  Stâdel 
Buecb  un  Bilder  inspiziert? 


*  Tonmenr.  p^re  du  podte  aUaoien  Daxiiel  Hirts,  qui  exerça  longtemps  le  même, 
métier.  H  habitait  la  Grand*rae,  en  face  de  Saint^ierre-le-yienz. 

'Barthel,  petit  homme,  qui  gravait  Ini-méme  sar  cuirre  des  fetdlles  de  soldats 
qu*il  vendait  aux  enfants. 


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POÉSIES  ALSAaENNES 


403 


Vient  le  temps  où  la  toupie 
Règne.  On  y  flanque  maints  coups  ! 
Qu'elle  ronfle,  qu'elle  crie, 
Celle  que  Hirtz  *  fait  pour  nous. 

Ck)mme  avec  les  œufs  de  Pâques 
L'on  jouait  ?  T'en  souviens-tu  ? 
Comme  on  tapait,  mon  bon  Jaques, 
Pointe  à  pointe,  ou  eu  sur  eu  ! 

Pour  toucher,  Adam,  le  louche. 
Vint  avec  un  œuf  de  poix. 
Mais  on  le  chasse,  on  le  louche 
Avec  des  morceaux  de  bois. 

Au  cavalier,  à  la  paume, 
A  la  marelle^  au  palet, 
A  maints  jeux  on  jouait  comme 
Chaque  saison  le  voulait  : 

Diablotin,  voleur,  attrape. 
Colin-maillard,  long-serpent, 
Chasseur,  ou  bedeau  qui  tape, 
De  derrière  allez  devant. 

Te  rappelles-tu  ?  Derrière 
Chez  nous,  nous  avons  construit 
L'île  Bibi,  mais  sans  faire, 
Mon  cher  Martin,  aucun  bruit. 

Nous  y  tirions  de  fameuses 
Pièces,  que  l'on  fabriquait 
En  forant  dans  des  clefs  creuses 
Un  tout  petit  bassinet. 


La  vitre  d'une  voisine 
D'un  coup  se  trouvant  brisé, 
Elle  vint  crier  :  «Vermine  ! 
€  Payez  le  carreau  cassé  I  )» 

Henri,  Laurent,  je  regrette 
Avec  vous  le  jeune  temps  ! 
L'on  jouait  à  la  cannette 
Aux  remparts  jusqu'à  douze  ans. 

Philippe,  un  jour  à  ta  face 
La  cannette  vint  voler. 
Ah  !  bon  Dieu  !  quelle  grimace 
Fit  la  lèvre  pour  enfler! 

Barthel  *  vendait  des  esquisses 
De  cosaques,  d'artilleurs, 
De  Croates  et  de  Suisses    * 
Que  nous  mettions  en  coi»leurs. 

Quelle  école  buissonnière, 
Sous  la  Restauration, 
Nous  gamins  nous  allions  faire 
Pendant  la  procession  ! 

Et  Meyer ,  l'homme  à  la  canne, 
A  ceux  qui  pendant  le  chant 
Causaient,  tirait  la  membrane 
De  l'oreille  !  Le  méchant! 

Au  vieux  marché  des  guenilles  '  ! 
Chez  Staedel  on  se  rendait 
Inspecter  les  pacotilles 
D'anciens  livres  qu'il  vendait. 


s  Le  marche  aux  gnenilles  est  an  marche  où  se  vendent  tontes  sortes  de  vieille- 
ries, entre  antres  des  bonqnins.  St»del  tenut  sa  boutique  de  bouquiniste  prës  de 
la  maison  Stœber,  autrement  dite  maison  du  batteur  en  grange,  à  cause  d'une 
sculpture  qui  surmontait  la  porte. 


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404 


REVUE  D  ALSACE 


Wie  mer  ne  het  hôre  brumme  : 
«Mâche  mer  ken  Durchenand  ! 
<L  Mâche  dass  in  d'Schul  er  kumme  I 
«:  Schaffen  ich  nur  glich  vum  Stand  I 

Weisch  Davidel,  weisch  Gottliewel, 
In  dins  Vetfers  Gartestûck  .  [wel 
Hemmer  gstucht  manch  Weiserûe- 
Un  Gelruewe  fustedick? 

Weisch  wie  drus  am  Gallebrûechel 
Liesch  un  Kôlwele  mer  g'holt  ? 
Hett  der  Staufert  im  Fûrtûechei 
Manche  grûserli  versohUI 

Wie  mer  uf  em  Gallemâttel 
Unsri  Dracher  hoch  hen  gstellt  ? 
Wie  die  gsackt  sin  uf  *s  Latâdel 
Wenn  ebs  an  der  Wôu  het  gfehlt? 

Wie  si  het  der  Wind  getriwe, 
Schakob,  heschde  Schnùrmûenlon, 
Un  isch  einer  henke  bliwe, 
Het's  es  als  gar  Leid  gedon  ! 

Wie  mer  hintrem  Kupferhammer 
MûUermaler  gfange  hen  ;         [mer 
Wie^s  do  Schlenzer,  Riss  un  Kram« 
Uf  der  Rupejagd  het  gen  ! 

Eb  mer  von  der  Jagd  isch  heime 
Het  mer  als  en  passant  noch 
Weidli  an  de  Beldebâume 
Hurzle  mûen  im  Schnockeloch  ! 

Mit  de  schônste  Ziwelblose 
Sin  mier  Buewe  herdewis 
Durch  die  Wissethurnstrossgstosse. 
's  Stûck  e  Guff  isch  gçin  der  Pris. 


Drus  hemmer  gebâscheit  Flôte^ 
Giggrigi  un  Durledu, 
Un  Waldômle  un  Trumpete 
's  ganz  Halbdutzet  fir  e  Su. 

D'  Maikâfer  sin  g'schùttelt  wore 
Drus  uf  's  Pfeiffers  Seilerbahn. 
Au  sin  mier  in  truckene  Johre 
Uf  de  Mûskriej  druf  un  dran. 

Weisch  Schakôbel  y  weisch  Andresel 
Wie  mer  Sidewùrm  hen  g*het 
Un  im  alte  Pfarrer  Rôssel 
D'  Mulbeerbâum  gebutzt  so  nett? 

In  der  Wissethurnstross  drowe/ 
's  Hus  hieher  am  Làmmelwirth, 
Wenn  ich  em  am  Samschda  Owe 
D' Leidsbarrûck  ha  nuf  kutschiert? 

Wie  mer  sin  botanisiere 
Mit  em  Herr  Magister  Stolz  : 
Wie  mer  han  mûen  heimefûere 
Sengelessle,  Gras  un  Hoiz? 

Weisch  noch  Lujel,  weisch  noch 
Wie  mer  im  Neuhôfflerwald  [Martel 
Hasselnusse  g'holt  manch  Fâhrtel,* 
Gertle  in  de  Rieme  gschnallt  ? 

Wie  mer  luschti,  ohne  Sorje, 
Nus  sin  uf  de  Meiselock, 
Mit  der  Limruth,  frûej  am  Morje, 
Durch  de  Newel,  Stein  un  Stock? 

Wie  mer  drus  ins  Baldners  Garte 
Hen  de  Bâches  steije  sehn. 
Wie  mer  es  han  Ion  ufwarte 
Flade,  Kôjelhôpfle  schôn? 


1  Garde  champêtre  redoute  des  gamins  de  Tëpoque. 

'Baint-Qall  est  un  cimetière  de  Strasbourg,  des  alentours  duquel  il  est  ques- 
tion ici. 


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POÉSIES  ALSACIENNES 


405 


Il  grognait  (c'était  son  rôle)  : 
«Gamins,  vous  dérangez  tous 
«Mes  livres I  vite  à  Técole! 
«De  ma  table  éloignez- vous,  if 

Gomme  on  mangeait  les  carottes. 
Bon  David,  chez  ton  cousin, 
Lès  navets,  à  grosses  bottes  ! 
Gomme  on  pillait  son  jardin  ! 

On  trouvait  au  marécage 
Saint-GalP  des  joncs  à  scier, 
Qu'on  craignait,  au  maraudage, 
Staufert"  et  son  tablier. 

Gef fs-volants  !  Ah  !  quelles  fêtes 
Sur  le  pré,  près  de  Saint-Gall, 
Quand  vous  tombiez  sur  nos  tètes 
Faute  d'un  poids  plus  égal. 

Quand  du  vent  la  forte  haleine 
Vous  poussait,  l'on  déroulait 
Les  ficelles  I  Quelle  peine 
Lorsqu^uh  de  vous  s'accrochait. 

Et  quand  on  chassait  chenilles 
Papillons^  au  Martinet, 
Dans  les  buissons^  les  ramilles, 
Souvent  on  se  déchirait  ! 

En  revenant  de  la  chasse 
A  la  «mare  des  cousins:» 
Il  fallait  souvent  qu'on  passe 
Sur  le  dos  de  ses  voisins. 

Rentrant  par  la  porte  Blanche 
Avec  des  tiges  d'ognons, 
On  recevait  en  revanche 
Bien  d'autres  provisions  : 


Une  épingle  pour  la  pièce, 
Prix  à  peine  débattus  ! 
Puis  on  fabriquait  sans  cesse 
Guigriguis  et  turîutuSy 

Gors  et  trompettes  guerrières, 
La  douzaine  pour  deux  sous  ! 
Et  puis  nous  faisions  des  guerres 
Aux  souris  dedans  leurs  trous. 

Hannetons  î  c'est  avec  joie 
Qu'on  grimpait  aux  peupliers! 
Gomme  pour  les  vers  à  soie 
L'on  dépouillait  les  mûriers. 

Au  faubourg  de  la  Tour  blanche, 
Du  vieux  prêtre,  à  qui  j'allais 
Porter,  avant  le  dimanche, 
Perruque  remise  à  frais  î 

A  la  course  botanique 
Magister  StoUz  présidait^ 
Gueillant  VUriica  qui  pique 
El  des  foins  qu'on  rapportait. 

Puis  on  cueillait  des  noisettes 
Au  Neuhof ,  et  des  forêts 
0  rapportait  des  baguettes 
Qui  servent  à  maints  apprêts. 

On  les  prend,  on  les  encrasse 
De  glu,  lorsqu'on  va,  contents. 
De  bon  matin  à  la  chasse 
Des  mésanges,  par  tout  temps. 

Lorsque  Bacchitë  sur  sa  tonne 
Gonflait  pour  monter  en  l'air. 
Nous  consommions  mainte  bonne 
Tartine  au  Jardin  Baldner  '. 


8  Le  jardin  Baldner,  cabaret  d'ët^,  où  on  faisait  monter  des  ballons  affectant 
diverses  figares,  entre  autres  celle^  de  Bacchus  snr  sa  tonne. 


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406 


REVUE  d'aLSAGE 


For  's  Mineralogisiei-e 
Isch  mer  aD  de  kleiue  Rhin, 
Netti  Quârtzle  ze  schwasiere 
Un  Rhinkissel  owedrin. 

Do  sin  d*  Douanié  als  kumme 
Hen  es  d'  Sâckle  visetiert.... 
Wie  hen  die  anfange  brumme 
Wo  sie  nix  als  Stein  hen  gspûert. 

Wer  d' ganz  Wuch  isch  brav  gewese 
Hel  's  Sunda's  e  Schîlli  kriejt, 
Isch  am  Achte,  noch  em  Esse, 
Mit  ins  Bûhbelepiel  vergnûejt. 

Uf  der  Gartnerstub,  ïm  Knippe 
Hen  sie  gspieit,  un  uf  der  Lind  ; 
Wer  e  Su  het  g'het  fur  Hippe 
Isch  si  los  gsin  gar  ze  g'schwind. 

Denkschnoch,Danjel,denksch  noch 

Wikel, 
An  's  nett  Gretliel  un  sin  Hansy 
An  de  schlurige  Hannikel^ 
An  de  Nochkomedidanz? 

's  Bûbbelspiel  isch  nimm'  vorhande. 
Un  im  Hans  sin  Lied  isch  us. 
£r  isch,  mein  i,  bi  der  Tante, 
Streckt  de  Kopf  zum  Daioch  nus. 
Kônnt  vom  Herrewasser,  Pfutsche, 
Von  Ghristkindelsmàrk  un  Mess, 
Von  de  Schlitte,  Ischue,  Rutsche 
Noch  verzâhie  manchi  G'spâss. 


Doch  isch  's  Zit  dass  ich  blie  halle, 
Sunsch  gftbs  gar  e  Zitung  voU  ! 
Lueje  do  !  £  DuUed  Spalte  ! 
Drum  de  Rest  en  ander  mol. 

's  wurd  eim  krawlicht  vor  de  Aue 
Un  so  ganz  kurios  ce  Mueth 
Wemmer  als  zeruck  duet  schaue 
In  d' lieb  Zit  vum  junge  Bluet. 

Do  isch  nix  ze  reclamiere  : 
Un  wer  lang  lebt,  der  wurd  ait  ; 
Duen  mer  in  Geduld  marschiere 
Wie  's  im  Herre  drowe  gfallt. 

In  Afrik  grad  so  wie  d'heime 
Spiele  d*  Buewe  Da  un  Nacht, 
Unter  den  Orangebâume 
Vor  mim  Fenster  hen  si  Jagd  ! 

Negr,  Arawer  un  Franzose, 
Ditschi,  Spanjer  owedrin 
Spielen  ailes,  unverdrosse^ 
Wie  ze  Marseill'  un  am  Rhin. 

Spiele  nur,  iehr  Buewe,  slritte 
Wenn  er  ferli  hen  de  Tasch. 
Bôuken  ich  !  For  spâtri  Zite 
Gitt  *s  Humor,  Kraft  un  Kurasch  ! 

Eins  noch  :  noch  em  Spielgedûmmel 
Uffgebasst,  's  ganz  Buewechor, 
Denken  an  de  Golt  im  Himmel 
Schun  in  eure  junge  Johr. 


Dass  er  Recht  un  Wohrheit  ehre, 
Ëinerlei  von  wellem  Stand, 
Dass  er  bravi  Mânner  were 
Un  der  Stolz  vom  Yalerland  ! 

<  Oflatenrôhrlln  ou  Hippen,  pAtisserie  roulëe  dMne  pAte  légère,  faite  de  miel  et 
de  farine»  connue  en  Alsace  et  dans  F  Allemagne  mëriaionale.  (Gérard,  Vanciennô 
Mêoce  h  table.)  tieraient-ce  les  plaiflirs  ? 

'Jean,  Marguerite  et  Jean-Nicolas,  personnages  des  thëAtres  de  marionnettes. 


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POESIES  ALSACIENNES 


407 


Savants  minéralogistes 

Au  petit  lihin  nous  trouvions 

Des  quartz,  des  cailloux ,  des  schistes. 

Qu'avec  soin  nous  emportions. 

Alors,  passant  aux  frontières, 
Les  douaniers  visitaient 
Nos  poches.  Trouvant  des  pierres, 
Ils  grognaient  et  disputaient. 

Un  schilling  aux  bons,  honnêtes 
Gamins,  dimanche,  pour  voir 
Jouer  les  marionnettes 
Sur  les  huit  heures  du  soir. 

Avait-on  un  sou  :  miracle  I 
Les  chippes'}»  vous  l'absorbaient 
A  la  fin  de  tout  spectacle 
Gomme  les  acteurs  dansaient  I 

Hans^  Gréte*  eurent  leur  théâtre 
Au  Tilleul,  aux  Cordonniers  •. 
Hannickel ,  flâneur  folâtre 
Au  Poèle-des- Jardiniers*. 

Hmiswursty  6  marionnette, 
Que  personne  plus  ne  voit^ 
«Chez  la  tante^»^  mets  la  tète  ' 
A  la  lucarne  du  toit. 


Mais  je  vois  que  j'en  débite 
Bien  trop.  Ne  criez  haro, 
Car  je  remettrai  la  suite 
Pour  un  autre  numéro.    . 

Comme  le  cœur  se  resserre. 
Les  souvenirs  sont  poignants. 
Quand  on  regarde  en  arrière 
Pour  revoir  son  jeune  temps. 

Quoi  qu'on  réclame  ou  qu'on  pense. 
Vieux  devient  qui  vit  longtemps, 
Faut  donc,  avec  patience^ 
Laisser  arriver  les  ans. 

Comme  chez  nous,  en  Afrique, 
Les  gamins,  de  jour,  de  nuit, 
Aiment  jouer.  Cette  clique 
Devant  chez  moi  fait  son  bruit. 

Le  Français,  l'Arabe  ou  nègre, 
L'Espagnol  ou  le  Germain, 
Chacun  fait  tapage,  allègre, 
Comme  au  Rhône  ou  près  du  Rhin. 

S'il  faut  qu'un  enfant  travaille. 
Il  faut  qu'il  s'égaye  aux  jeux 
De  son  âge,  qu'il  bataille 
Pour  devenir  courageux. 


Songez,  espiègle  bande. 
Déjà  dès  vos  jeunes  ans. 
Que  le  bon  Dieu  vous  commande 
De  devenir  braves  gens, 


Je  redirais  mainte  histoire 
De  bains,  de  pèche  aux  ruisseaux. 
De  la  c Messe]»*  ou  de  la  foire^ 
Des  patins  et  des  traîneaux  ! 

Et  de  vouer  votre  vie 

Au  droit,  à  la  vérité. 

De  bien  servir  la  patrie 

Dont  vous  serez  la  fierté. 

'  Salle  oà  se  rëanissaient  avant  1789  les  membres  des  tribus  des  cor^onnierB  et 
jardiniers. 

*  Au  mont-de-piët^.  —  i  Nom  populaire  de  la  foire  de  Saint-Jean. 


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'408  REVUE  d'alsace 


XVI. 


Miu  Briefpetschaft. 

Bplstal  in  Strosébnrjer  Mundart. 

An   mini    Frindi    un    Kox*re0pondiente. 
SUbennAim'0  WochenliUtt  Tom  1&.  Juli  1868. 

's  het  wohl  schun  Einer  gsait  :  «Was  isch  dis  fur  e  Fâssel? 

Dovon  versteht  mer  jo  vom  Sester  nit  e  Messel  ! 

Diss  Petschaft  schickt  sich  nit  for  e  Herr  Schuelmonarch  !  >» 

—  Schouta  I  Sie  excusiere^  min  liewer  Anstarch  ! 

I  ha  dis  Fâssel  g'erbt  von  minere  Grosstante  : 

Die  isch  als  Bôjlere  in  Ruehm  un  Ehre  gstande, 

D*  Pfarr-  un  Professerswiwer  hen  sich  als  uf  sie  gfreut; 

Wie  sie  het  's  keini  gewe,  vor  Zite,  wit  un  breit. 

Sie  het  de  Schribkalender*  schun  vor  Neujohr  mûen  schicke 

Dass  mer  sich  ingericht  mit  Wâschen  un  mit  Flicke  ! 

Manchmol  isch  arriwiert  dass  sie  het  ândre  mûen  : 

Do  isch  gross  Fir  im  Hus  un  lamedawel  gsin. 

Isch  sie  als  heime  kumme,  hemmer  gelebt  wie  d'  Fûrste  : 

Bim  Emmethalerkâs,  bi  de  Professerswûrste, 

Bim  mûrwe  Kôjelhopf  zuem  e  Glas  alte  Win. 

Meerdriwel,  Nusse,  Mandle,  mit  Kafee  owedrin  ! 

Der  P.  E.  Peter  Engels,  der  Grosstanten  iehr  Vater 

Isch  Kiefermeister  gsin,  im  Frauehus,  e  satter. 


'  Cetf«  ëpître  ne  fourmille-t-elle  pas  de  charmants  traits  de  mœurs  ?  (Le  <ni- 
duoêeur,) 


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POÉSIES  ALSACIENNES  400 


XVL 
Mon  Cachet. 

Épltre  en  dialecte  straeboiirgeols. 
A    xYies    AmlB    et     Corre8poiicla.ntB. 

AfftehM  de  Strasbourg  (de  ebes  BUbemunn),  16  Jnillet  1868. 

Quelqu'un  m*a  déjà  dit  :  €  Pourquoi  ce  tonnelet 
«(Moi  je  n'y  comprends  goutte)  est-il  sur  ce  cachet? 
«C'est  un  symbole  qui  ne  convient  au  monarque 
«D'une  école?»  '—  Excusez!  schoula*,  cher  Aristarqùe! 
J'eus  ma  grand'tante  qui  chez  dames  de  pasteurs 
Et  de  gens  distingués,  surtout  de  professeurs, 
Jouissait  d'un  renom  pour  son  beau. repassage. 
C'est  d'elle  que  je  tiens,  pour  clore  ce  message. 
Le  cachet  au  tonneau.  Dieu  I  qu'oa  la  recherchait  ! 
Bien  longtemps  avant  que  l'an  ne  recommençait. 
Elle  envoyait  partout  VAlmanach  pour  inscrire 
Les  jours  où  l'on  voulait  l'avoir  pour  lessiver, 
Raccomoder  le  linge.  On  ne  pouvait  trouver 
De  seconde  comme  elle.  Et,  ne  pouvant  suffire 
Partout,  quand  il  fallut  £siire  des  changements 
Dans  les  jours  indiqués,  ça  causait  des  tourments, 
Des  cris  et  des  tracas  :  c'en  était  lamentable  ! 
Venait-elle  chez  nous,  on  faisait  bonne  table,  ' 

Vivant  comme  des  rois  avec  ces  excellents 
Saucissons  cuminés,  d'un  non  moins  bon  fromage 
D'Emmenthal,  de  flacons  de  vins  d'un  certain  âge, 
Raisins  secs,  Kouguelhopf  *  bien  frais,  non  réchauffé, 
Noix,  amandes,  enfln  d'un  excellent  café. 

^  SehomOf  arabe,  lentement. 
^KonflrneUiopf,  pAtisBerie  alsacienne,  ronde,  trouée  an  milieu,  fabriquée  au 
moyen  d^nn  monJe  spëciiJ. 


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410  REVUE  D'ALSACE 

P.  E.,  min  Urgrossvater,  der  bel  sechs  Tôchter  g'het  : 
Mit  Name  Eleph,  Liss,  Susel,  Ursch^  Grethelehn  un  Kâth. 
Drej  sin  verhiroth  gsin,  leddi  sin  drej  gebliwe 
(Grad  so  wie  der  Apostel  vom  hirothe  het  gschriive  !) 
Sie  hen  iehr  gsejnet  Alter  in  d'  siwezich  gebrocht, 
Un  hen  mer  viel  von  Kriej  un  Sdmeiderszite  gsprocht. 
Wenu  i  e  Prâmia  gholt,  baw  i  's  erum  mûen  traue 
Biss  nus  in  d*  Krutenau,  trutz  Pferd  un  Mûllerwaue, 
Do  hen  mer  Tante,  Base  manch  Grôschel  gen  zuem  Lohn 
Diss  mit  Plâsier  i  ha  in  d'  Sparbûchs  plotze  Ion. 
Dass  mich,  als  wilde  Bue,  die  gueten  Engelsbase 
Un  Tante  gern  hen  g'het,  verstehl  sich  ganz  von  ase  ^ 
.  J  ha  ne  als  Nei:^ohrswûnsch  hiengfitzt  grad  wie  gedruckt 
Un  dofor  manche  Stolle,  wie  's  Mode  g'sin,  verschluckt  \ 
Am  Christda  het  's  als  Milchbrod  un  Schwowebrôdle  fj^enj 
Am  Ostere  Speckkueche,  den  Osterhas  dernewe. 
D'  Bas  Lehn,  d'  Bas  Lias  mittnand  ben  e  Wirthsbisel  g'het 
Im  aile  Seilei^âssel,  mit  eme  Gârtel  nett^ 
Bis  sin  d'  Droits  réunis  mit  de  Burbone  kumme  : 
Do  hen  sie  's  Gschâft  ufgsteckt  un  congé  sich  genumme. 
Am  Dunderscbda  als  baw  i  ins  Scblahus  derfe  gehn 
Zuem  Vetter  Vôuel,  drin  d'  Ocbse  schlaue  sebn. 
Von  do  bin  i  jeds  Mol  ins  Seilergâssel  g'stosse, 
Hab  Eierwecke  kriejt  un  Raumkafee  geblose  ! 
Wo  isch  die  glûckli  Zit,  's  iscb  ailes  wie  e  Traum  ! 
I  denk  noch  oft  an  's  Gârtel  un  sine  Lindebaum. 


^asûj  lateinisch,  von  sioh  selbst.  (Anmerkung  des  Verfasserê,) 

Le  mot  ase,  von  ase,  de  8oi-même,  est  la  locution  latine  a  se,  comme  Bœse  le 

fait  remarquer.  H  parait  que  dans  le  Tyrol  allemand  on  dit  a  cota  gehn,  pour  aHer 

chez  soi. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  4tl 

P.  Ë.  Soit  Pierre  Ehigels,  père  de  cette  femme, 

Etait  alors  dedans  la  Maison- Notre-Dame  ' 

Un  maître  tonnelier,  homme  solide  et  grand. 

Cet  arriëre-grand-përe  avait  plus  d'un  enfant  : 

Six  ûlles  :  Clèphe,  Lise  et  Suze,  Oursch,  Gréthe  et  Kœthe  '. 

Trois  eurent  des  maris.  De  façon  plus  discrète 

Trois  autres  ont  bien  mieux  aimé  le  célibat, 

Sachant  ce  que  l'apôtre  a  dit  de  cet  état. 

Jusqu'à  soixante-et-dix  toutes  six  ont  pu  faire 

Aller  leurs  ans  bénis,  et  souvent  de  la  guerre 

Et  des  temps  de  Schneider^  j'entendis  raconter 

Mes  tantes.  Toutes  fois  que  j'eus,  par  aventure, 

Un  prix,  malgré  chevaux,  malgré  mainte  voiture 

De  meunier,  il  fallait  partout  le  transporter. 

Jusqu'à  la  Erutenau^  !  Les  tantes,  les  cousines 

Me  donnaient  en  faisant  leurs  plus  aimables  mines 

Piécettes  de  deux  sous',  qu'avec  un  grand  entrain 

Je  Élisais  retomber  dedans  ma  tire-lire. 

Qu'avec  de  vrais  cœurs  d'ange  on  aimait  ce  gamin 

Joyeux  et  turbulent,  pas  besoin  de  le  dire. 

Aussi  je  fabriquais,  de  ma  plus  belle  main. 

Venait  le  jour  de  l'an,  à  ces  bonnes  cousines. 

Aux  tantes  au  cœur  d'or,  les  souhaits  les  plus  beaux, 

En  échange  mangeant  de  succulents  gâteaux. 

A  Noél  on  avait  pains  au  lait  et  de  fines 

Friandises,  formant  de  petits  objets  d'art. 

A  Pâques  on  avait  de  bons  gâteaux  au  lard 

Et  des  œufs  de  couleur  c qu'un  lièvre  venait  pondre^,  j» 


'  Maison  appartenant  à  rŒnyre-Notre-Dame  (à  la  fabrique  de  la  cathédrale). 

'  Clëophë,  Elisabeth,  Suxanne,  Ursule,  Marguerite,  Catherine. 

'  Le  temps  de  Schneider,  la  terreur,  du  nom  de  Taccusateur  public  en  1798. 

*  Krutenau,  quartier  de  Strasbourg,  riva  droite  de  TIll,  cëlëbre  par  une  pronon- 
ciation distincte  du  dialecte  strasbourgeois  et  des  mœurs  plus  onginales. 

*Piëcettes  de  deux  sous  Petites  pièces  de  10  centimes,  de  cuivre  argentë,  aux 
efSgies  de  Napolëon  P'  on  de  Jërôme,  roi  de  Weatphalie,  qui  ne  furent  dëmonë- 
tisees  que  sous  Louis-Philippe. 

*  Œufs  de  Pâques.  La  lëgende  enfantine  alsacienne  les  fait  pondre  par  un  lièyre. 
On  y  donne  aussi  aux  enfants  des  gâteaux  ayant  la  forme  aun  liëvre»  mais  pas 
partout  Le  traducteur  prend  le  mot  Otterhas  au  figure  ;  Tauteur  Tayait  peut-être 
pris  au  propre,  puisqu'il  est  question  de  pàtisseriep. 


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412  REVUE  d'alsace 

's  sin  alH  schlofe  gangen  ins  Grundioch  ze  GottUte, 

Min  Eltre,  Schwester,  Brueder.  I  muess  elein  noch  stritte. 

0  liewer  Gott  im  Uimmel,  gib  mer  stets  Kraft  un  Gnad 
De  guete  Kampf  ze  kâmpfe,  bis  dass  min  Stûndel  schiat. 
's  Schlahus  isch  ôd  un  ler^  verschwunde  's  Seilergâssel  ! 
Un  so  isch  mer  gebliwe  mins  Urgrossvaters  Fâssél. 

1  haw  ich  do  verzAhlt  woher  diss  Petschaft  stammt. 
Jetz  lewe  gsund  un  wohi,  i  grûess  ich  alHsammt. 


^Lehn,  Madeleine. 

'  <  Droits  rënnis  !  >  L'auteur  commet  ici  une  erreur  historique  en  les  faisant  Tenir 
avec  les  Bourbons.  Ceux-ci  ne  firent  oue  les  maintenir  malgré  les  promesses  dV 
bolition  que  le  comte  d* Artois  avait  faites.  Le  traducteur  a  juge  inutile  de  traduire 
Terreur  commise  par  M.  Bœsd. 


XVII. 


Wintersweh  on  Lenzes  Last  in  Nord-Afrika. 

Blidah,8.  Aprill865. 

(ElfliMiflcbM  SunitegibUU  Tom  S.  Joli  1866.) 

Der  Nordwind  blost  als  druf  un  dran 

Im  Thaï  un  uf  der  Hdh  ! 
Der  Atlas  het  e  Burnus  an 
^   Vom  Scheilel  bis  uf  d'  Zeh. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  413 

Cousines  Léne*  et  Lî$e  avaient  un  cabaret 

Ruelle  des  Cordiers  avec  un  jardinet. 

Quand  vinrent  les  Bourbons,  lasses  de  se  voir  tondre 

Par  les  «Proits-réunis]»',  ces  filles  ont  mis  fin 

Au  débit  de  boissons.  Jeudi  chaque  semaine 

J'allais  à  Tabattoir,  chez  Vogel,  mon  cousin^ 

Voir  abattre  des  bœufs,  et  puis,  ô  bonne  aubaine  ! 

Ruelle  des  Cordiers  j'allais  manger  du  pain 

Pétri  d'oeufs  et  de  lait,  du  café,  de  la  crème. 

Où  donc  est  Fheureux  temps?  Si  loin,  qu'on  croirait  même 

Que  ve  n'était  qu'un  rêve.  Où  donc  est  le  tilleul 

Du  petit  jardinet?  Où  donc  les  bonnes  tantes  ? 

Elles  dorment,  hélas  !  dedans  leur  blanc  linceul. 

Dans  le  champ  du  bon  Dieu  !  Frère,  sœur,  excellentes 

Cousines,  plus  personne  1  Et  seul  je  suis  ici, 

Pourchassant  le  chagrin,  combattant  le  souci  ! 

Donne  ta  grâce,  ô  Dieu  I  pour  que  je  n'abandonne 

Le  bon  combat  jusqu'à  ce  que  mon  heure  sonne. 

L'abattoir  est  désert.  Ruelle  et  jardinet 

Disparus  !  Je  n'ai  plus  que  ce  seul  tonnelet 

Qui  vient,  vous  l'avez  vu,  de  l'arrière-grand-père. 

Portez-vous  bien,  amis  !  Vos  mains,  que  je  les  serre. 


XVIL 


Hiver  et  Priutemps  en  Algérie. 

Blidah,  le  8  avnl  1865. 

(PvbUë  dans  1«  uEIiSMii6h«  SamatagibUtt  >»  du  8  Juillet  1866.) 

*  Quel  vent  du  Nord  !  il  n'est  pas  doux. 
Dans  le  val,  sur  le  faite 
Des  monts  !  L'Atlas' est  d'un  burnous      , 
Couvert  de  pied  en  tête  ! 


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414  REVUE  d'alsulcs 

's  homisselt,  newelt,  Da  un  Nacfat 
'  .  Un  rejt  als  wie  nit  gschejd. 

Mer  meint  d*  Sunn  het  bankrott  gemacbt, 
Der  Himmel  isch  verhejt. 

0  Blida,  tfuris  Baredis, 

I  kumm  nit  us  der  Hôhi  ! 

So  Wetter  macht  eim  Rummedis, 
Mafwa,  an  Lib  un  Seel. 

Do  low  i  mer  de  TVinter  d'heim 

Wenn  d'  111  un  's  Brûschel  gfriert  : 

Verzuckert  zwitzre  d'  Beldeb&um, 
Un  d'  Ohre  mer  nimm  gspûert. 

Wemmer  Iszapfe  kriejt  am  Bart, 
Der  Bode  gixt  un  kracht, 

Wemmer  im  Schelleschlitte  fahrt 
Dass  's  Herz  im  Lib  eim  lacht. 

Hit  awer  guckt  d'  Goldsunn  evor, 

Der  Winter  isch  erum. 
D'  Mitidja  steht  im  schônste  Flor, 

Un  Freud  isch  ummedum. 

0  blôuer  Himmel,  reini  Luft, 

Jeiz  thau  i  widder  uf  : 
Orangeblûejety  Balsamduft 

Othm  i,  un  mach  nit  muf  ! 


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POÉâlBÔ  ALSAGISNKES  415 

Quels  brouillards  !  Et  des  jours  entiers 

Il  pleut,  neige,  bruine  ! 
Soleil?...  beau  temps?...  banqueroutiers! 

Le  ciel  tombe  en  ruine. 

0  Blidah  !  triste  paradis  ! 

Dans  mon  antre  je  reste  ! 
Car  pour  nos  corps  et  nos  esprits 

Ce  temps  est  trop  funeste  ! 

Vive  l'hiver  chez  nous.  Sur,  TIU, 

La  Bruche  les  gens  glissent  ! 
Les  arbres  sont  blancs  de  grésil, 

Les  oreilles  rougissent  î 

Le  sol  crie^  et,  grâce  aux  glaçons, 

Nos  moustaches  grisonnent. 
£n  traîneaux  nous  nous  promenons^ 

Et  les  sonnailles^  sonnent. 

L'hiver  s'en  va.  Quelles  couleurs 

Le  printemps  nous  déploie  ! 
La  Mitidja  se  met  en  fleurs 

Et  nos  esprits  en  joie. 

Le  ciel  est  bleu,  l'air  transparent, 

La  verdure  si  belle  ! 
Quelle  odeur  l'oranger  répand  ! 

Moi-même  je  dégèle  ! 

*  Je  ne  sais  si  le  mot  «  toxmaillea  »  existe  danB  le  diotionnaire  de  rAeadëmie.  En 
Comte  on  emploie  ce  mot  pour  designer  le  collier  de  disqnes  troues  ou  denelots 
qu*on  attadie  au  eou  des  eheTauz,  etponi  traduira  du  patois  l'auteur  n'hénte  pas 
à  adopter  un  mot  (patois  aussi  ?)^  mais  bien  facile  à  comprendre  en  français  et 
surtout  bien  pittoresque.  [NoU  du  traducteur,) 


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41$  REVUE  D*ALSAeE 


XVIII. 

Epistel  an  de  Frind ''''''. 

IVo  von  Oftas,  Gânslewer»  un  O&naelewsrpastete  d*Red  isch. 

iBlidâb,  81.  Mal  1866.) 

Din  liewer  langer  Brief  isch  gan^  exact  ankumme, 

I  dank  gar  schdn  dervor^  un  ha  mit  Freud  vernumme 

Dass  du  mit  lieiler  Hut  durch  Spanje  kumme  bisch, 

Heim  uf  de  Dummesplon,  so  gaund  as  wie  e  Fisch. 

's  wâr  werli  nim  ze  frûej  for  mi  ins  Gschirr  ze  leije 

Um  dich^  min  liewer  Frind,  mit  Antworl  zen  erfreue. 

An  Zit  het  's  mer  nit  gfehlt,  doch  's  Wetter  isch  zue  schôn  : 

Statt  schriwe  due  i  liewer  in  d'  Berj  spatziere  gehn. 

An  d'  Fontain'  fraîche^  uf  Mimisch,  in  d'  Chiffa  zue  den  Affe. 

Do  haw  i,  wie  du  weisch,  im  Frûejjohr  viel  ze  schaffe. 

De  wursch  gewiss  dran  denke  wie  mer  erumspajtziert, 

Wo  de  im  Monet  Hornung  in  Blida  hesch  campiert. 

Do  haw  i  der  verproche  de  guete  Frind  ze  saue. 

In  Rime,  for  de  G'spass,  was  sich  het  zugetraue  : 

Drum  bin  i  jetz  au  ferti  mit  mim  Prâambelum 

Un  mach  mit  denne  Worte'  dass  ich  an  d'  Ghronik  kumm  ! 

Précis  am  Da  Neujohr,  bin  i^  wie  alli  Dunder, 

Uf  unsrer  Isebahn  ganz  flott  noch  AIsché  nunter* 

Wie  i  zuem  N.  N.  kunun  un  saa  em  :  «gross  Neujohr!  m 

So  rebundiert  der  mier  :  «Un  e  Pastét  ans  Ohr  !  » 

Druf  geht  er  ans  Buffet  um  ebs  erus  ze  hole  : 

E  Gânslewerpastet  !  Die  welle  mer  versohle  ! 

^MimiBch.  fort  «bandonn^  sur  une  colline  qtd  fle  détache  de  TAtUs,  domiiie 
Blida  et  d*ou  Ton  jouit  d'ane  belle  yne. 

*La  Chiffa  est  une  riyiëre  qui  parcourt  (avec  la  route  de  Blida  à  Médéa)  une 
goxge  sauvage  de  TÂtlas  et  d^ouche  dans  la  plaine  de  la  Miti^ift*  pr^8  du  vÛlage 


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POfelES  ALSAdEMMES  417 


XVIII. 

Épitre  à  l'Ami  ***. 

OÙ  il  est  question  d*Oie8,  de  Foies  d'oies  et  de  P&tés  de  foie  ffras. 

(Blidah,  SI  mai  1866.) 

J'ai  reçu,  cher  ami,  la  charmante  missive^ 

Et  je  t'en  remercie.  Oh  I  tna  joie  est  bien  vive 

De  savoir  qu'à  trave^B  VEspagne  tu  passas 

La  peau  sauve  jusqu'à  la  place  Saint-Thomas. 

Il  serait  à  propos,  ami,  de  me  remettre 

Au  harnais,  pour  donner  ma  réponse  à  ta  lettre  : 

Le  temps  ne  manque  pas,  mais  il  est  beau,  le  temps  ! 

Et  l'on  aime  bien  mieux,  par  des  jours  si  charmants^ 

Âll^r  à  la  montagne,  à  la  fontaine  fraîche, 

A  Mimisch  *^  au  ruisseau  des  singes^.  ÇSa  m'empêche 

D'écrire,  tu  le  sais!  Et  lorsqu'on  février 

Tu  campais  à  Blida,  tu  ne  peux  oublier 

Que  je  vous  ai  promis  de  dire  à  nos  intimes 

Tout  ce  que  nous  ferions^  mais  de  le  dire  en  rimes. 

Trêve  à  ce  préambule,  et  veuillez  écouter 

La  chronique,  mes  chers,  que  je  vais  vous  conter  I 

C'était  le  jour  de  Tan  !  Je  vins  comme  un  tonnerre 
Par  le  chemin  de  fer  vers  Alger.  J'allai  faire 
Mon  apparition  chez  l'ami,  lui  disant  : 
«Bonne  année  I »  Il  me  dit,  souriant  finement  : 
tiC  Avec  un  gros  pâté  I  »  court  au  buffet  :  la  joie  ! 
Il  l'ouvre,  il  en  retire  un  gros  pâté  de  foie. 

de  même  nom  (station  de  chemin  de  fer).  A  environ  une  lieue  dans  la  gorge  un 
petit  ruisseau  formant  de  nombreuses  cascades  se  jette  dans  la  Ghiffa  ;  ptha  de  ce 
ruisseau  vit  une  colonie  de  singes.  Un  cabaret,  très  pittoresquement  situe  sur  le 
bord  de  ce  raisseau,  attire  de  nombreux  touristes,  curieux  de  voir  les  singes  en 
liberté  venir  s'abreuver  dans  le  ruisseau  à  certaines  heures  de  la  Journée. 


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418  REVUE  d' ALSACE 

Diss  isch  eraol  e  Frosch  fîr  unsre  Storck  !  Mafwa  ! 

So  fini  Wahr  kummt  selte  noch  unsrem  Âfrika  ! 

Meerretti,  Serwila,  Schambung^  Surkrui  un  Blechei, 

Kummt  jetz  ganz  rejelmâsi  îm  Winter  ûwer  's  Bâchel. 

Lue  do  !  Vier  Flâschie  Klâwner  gucke  zuem  Buffet  rus, 

Un  Schwowebrôdle  gar  !  Dis  isch  emol  e  Struss  ! 

I  ha  den  Aue  z'ersch  nur  halwer  welle  troue. 

Es  wurd  glich  conseil  g*halte  un  unser  Plan  gezôue  : 

Me  nemme  d'  ganz  Pastct,  plumbiert^  unter  den  Arm. 

Sie  -wurd  zum  Docter  X.  kutschiertnoch  ase  i^'arm^ 

Wo  mer  zuem  Déjeuner  sin  beidi  ingelade. 

Mer  hen  ne,  werzina,  nit  stecke  Ion  im  Schade. 

Uf  denne  Schrecke  reist  d'  Pastet  wider  ganz  fin 

Us  der  rue  Juba  furt  in  d'  rue  de  la  Marin  ! 

Mer  genn  es  Randewu  uf  zeh  den  andre  Morje 

For  unser  Landsproduct  noch  Note  ze  versorje, 

Nix  hinte  un  nix  vorne  als  nur  e  Laiwel  Brod, 

Zum  Dessâr  Mandle,  Bière  :  do  lide  mer  ken  Nolli. 

Mer  hen  es  amusiert  un  regaliert  wie  d'  Fûrste. 

D'  vier  Flâschie  Klâwener  hen  sich  ganz  glatt  Ion  biirsle, 

E  Winel  numéro  eins,  mer  hen  sie  schôn  geleert 

Uf  's  Wohl  von  unsre  Frind  ze  Slrossburg,  )îe!)  un  werlh. 

Am  End,  sapienti  sat^  un  mier  zwei  dHî  Staches 

Mer  hâtte  bal  geglûejt  wie  uf  em  Fass  der  Bâches  !  ' 

Ins  café  d'ApoUon  simmer  vergnûejt  geruckt 

Un  hen  zuer  Vorsorj  dort  e  Tâssel  Moka  gschluckt 

Un  de  Kurrier  derzue.  E  Promenad  ins  freje 

Schlat  druf  min  NN  vor.  Kann  werli  nix  verheje  ! 

Mer  sin  noch  Mustapha  un  hen  gemûethli  g'sprocht. 

Von  unsre  Buewejohr  viel  uf  's  Tapet  gebrocht, 

Hen  gsprocht  von  liewe  Frind,  von  guet  un  bôse  Zite, 

Kuntad  un  RobeHsau,  Sankt-Gallen  un  Gottlite^ 

Von  Schilke,  Bische,  Hône^  von  Ostwald  un  von  Barr, 

Von  Kehl  un  Bade-Bade,  von  Wien  un  Genf  sogar. 

I  ha  de  Wald,  ma  foi,  nimm  gsehn  vor  luter  Baume, 

^Par  doBBUs  le  ruisseau,  à  travers  la  Mëditerranëe. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  419 

Quelle  grenouille  pour  nos  cigognes  I  Ma  foi  ! 

Car  en  Afrique  on  n*a  pas  bien  souvent  de  quoi 

Se  régaler  ainsi  I  Raifort,  côtis,  choucroute, 

Cervelas  et  jambons  savent  trouver  la  route 

Par  dessus  le  ruisseau*.  Mais  de  ce  gros  pâté 

Flanqué  de  bon  Klewner?  yen  suis  tout  épaté. 

A  mes  yeux  tout  d*abord  je  ne  voulus  pas  croire  ! 

Puis  nous  tînmes  conseil,  et^  suite  de  Thistoire, 

Comme  chez  le  docteur  on  était  invité, 

Tout  plombé  l'on  voulut  transporter  le  pâté 

Chez  ce  bon  médecin.  La  chose  fut  conclue  : 

Le  succulent  morceau  s'en  alla  de  la  rue 

Juba  vers  celle  de  la  Marine.  C'était 

Bien  payer  son  écot.  Et  tous  nous  avons  fait 

Cette  convention  de  quitter  nos  demeures  * 

Le  lendemain  matin^  pour  aller  vers  dix  heure$t 

Consommer  le  produit  de  notre  cher  pays. 

Avec  rien  que  du  pain,  mais  gais  et  réjouis, 

Nous  le  mangeâmes  tous.  Des  poires,  des  amandes 

Furent  tout  le  désert.  Mais  on  but  quatre  grandes 

Bouteilles  de  Klewner,  première  qualité.        •  - 

Chers  amis  de  Strasbourg,  à  vous,  votre  santé  ! 

Mais  sapienti  sat  I  Chacun  a  la  figuré 

Plus  rouge  que  Bacchus  enfourchant  pour  monture 

Une  tonne  I  On  s'en  fut  et  l'on  se  colloqua 

Au  café  d'Apollon,  dégustant  le  moka 

Et  lisant  le  Courrier.  «Allons  à  la  campagne  !  » 

Propose  notre  ami.  Calment  on  l'accompagne. 

On  va  vers  Mustapha  *,  causer  de  l'ancien  temps 

Et  des  farces  qu'on  fit  pendant  ses  jeunes  ans, 

Rappelant  et  Saint-Gall  et  Robertsau,  Contades, 

Schiltigheira,  Hœnheim,  Barr,  Ostwald  et  Kehl  et  Bade, 

Vienne  même  et  Genève^  et  bons  et  mauvais  temps, 

Et  les  gens  que  l'on  n'a  revus  depuis  longtemps. 

Je  ne  vois  la  forêt  les  arbres  me  la  cachent  : 

*  Mustapha  (voir  plus  loin). 


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4â0  RSVUE  D^ALSACnS 

Ha  werzina  gemeint  i  sej  nimm  wit  von  d'heime. 

Doch  het  mi  der  blôu  Himmel  un  d'  golde  Sunn  gemahnl. 

Dass  Afrik  mier  ich  worre  zuem  zweite  Vaterland  I 

I  kumm  us  em  Concept  !. ..  Wo  simmer  stehn  gebliwe  ? 

Ze  Mustapha  am  Meer.  —  Was  hemmer  noch  gelriwe? 

Im  Heimgehn  uf  den  Owe  het  sich  der  Durst  gerûert^ 

Do  het  der  Khng,  der  Brôuer,  uns  uf  der  Slell  kuriert. 

Er  isch  von  Wassle  d'heim,  un  macht^  min  sechs,  ken  Blembel  : 

Es  kônnt  ne  mancher  noch  sich  nemme  ^uem  Exempel  ! 

Druf  simmer  heim  getreppelt,  e  jeder  in  sin  Nest, 

Un  hen  frindschafLli  gschlosse  's  Gânslew'rpastetefest, 

Eh  mer  vonnander  sin,  hammer  noch  fest  duen  stelle, 

Dass  mer  ze  Blida  bal'd'  Furtselzung  halte  welle 

Bire  Flasch  Beaujolais^  zuem  Rest  von  der  Pastel, 

Odr  e  Flasch  Médéah,  wo  Fir  un  Hunni  het. 

Doch  isch,  weje  der  Hitz,  us  unsrem  Pian  nix  worre  : 

Dis  het  de  Frind  NN  gewalti  g'fuxt  un  g'schore  I 

*s  Restel  het  Hor  bekumme.  Er  het's  i  schun  verzâhlt. 

Es  durt  ken  Ding  hait  emg  uf  dere  krumme  Welt, 


D'  Naturgschicht  vun  de  Gâns  hawi  perfekt  verstande  | 

D'heim  bi  der  Mueter  seli  un  bi  der  alte  Tante.  I 

Diss  isch  noch  e  Kapitel  zue  mine  Buewejobr  ; 

's  isch  schun  e  schôni  Zit,  doch  weiss  i  's  noch  uf  's  Hor  :  | 

Am  Frida,  wenn  als  d'  Mamme  vum  neue  Mark  isch  kumme^ 

Bin  i  ergeje  g*hupst  un  ha  glich  's  Wort  genumme  ; 

En  passant  haw  i  au  der  Mârkkorb  visetiert^  | 

Ob  nit  e  Millrumskûechel,  e  Flâdel  drin  loschiert.  j 

<c  Juh  !  d'  Mamme  briugt  e  Gans  !  E  Gunster  !  E  Ganslâre  ! 

«  Was  gelte  sie  ?  —  Elf  schilli  !  —  Wo  isch  's  nett  Thierel  hère  ? 

«Von  Entze  oder  Blase?  Isch  's  us  der  Roberlsau? 

«Von  Mundelse,  Hussberje?  kummt  's  us  der  Wantzenau?»  i 

1  ha  nit  derfe  fehle  wenn  's  gangen  isch  an  *s  Stopfe, 

An  's  Welschkornreine,  Weiche,  ans  Metze  un  ans  Ropfe, 

*  Du  Medea.  L^Âfrique  produit  maintenant  de  fort  bon  rin.  Le  traducteur  a 
goût^  à  la  station  de  Boufarik  et  chez  un  compatriote  à  Douera  des  yins  blancs 
rappelant  les  meilleurs  crus  de  TÂlsace: 


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POÉSIES  ALSACIENNES  421 

A  la  réalité  les  souvenirs  m'arrachent. 

Suis-je  chez  nous?  Mais  non  !  Mes  yeux  sont  éblouis 

Par  ce  ciel,  et  l'Afrique  est  mon  second  pays. 

Mais  j'ai  perdu  le  fil  !  Mais  où  donc  en  étais-je  ? 

—  A  Mustapha  près  de  la  mer  !  —  Et  quel  manège 

Fimes-nous  bien  après  ?  —  Mais  grande  soif  nous  prit 

Quand  nous  fûmes  rentrés,  et  Kling  nous  en  guérit. 

C'est  un  compatriote  ;  il  est  de  Wasselonne, 

Et,  modèle  à  citer,  sa  bière  est  toujours  bonne  ! 

Puis,  pour  rentrer  chez  soi,  le  soir^  on  s'est  hâté 

Lentement,  pour  finir  la  fête  du  pâté. 

Mais  tout  d'abord  chacun^  avant  qu'on  ne  se  quitte. 

Décide  qu'à  Blida  la  fête  aurait  sa  suite. 

Qu'on  mangerait  le  reste  avec  du  Beaujolais^ 

Ou  bien  du  Médéah  *^  si  doux  à  nos  palais  ! 

Mais  ce  reste,  ô  malheur,  eut  de  la  chevelure^ 

Ce  qui  ne  put,  hélas  I  embellir  la  coiffure 

De  notre  cher  ami.  Quel  monde  contrefait! 

On  n'y  voit  jamais  rien  d'éternel,  de  parfait  ! 

Jeune  j'étais  un  grand  connaisseur  en  fait  d'oies. 

Ma  mère  s'occupait  à  fabriquer  des  foies, 

Ma  vieille  tante  aussi.  C'était  un  bien  beau  temps, 

Un  beau  chapitre  du  récit  des  jeunes  ans. 

Les  vendredis  j'allais  toujours  à  la  rencontre 

De  maman  revenant  du  Marché-Neuf.  «Oh  !  montre 

«Ton  panier  !  dis-je,  par  le  plus  beau  des  hasards 

«  Aurais-je  tartelette  ou  gâteau  ?  Le  beau  jars  I 

«Et  puis  cette  belle  oie  !  Et  combien  donc,  ma  mère, 

«  As-tu  payé  la  béte?  —  Onze  schillings*.  —  Pas  chère. 

«  Vient-elle  de  Blœsheim,  Entzheim,  la  Robertsau, 

«Mundolsheim,  Hausbergen,  ou  bien  la  Wantzenau?x> 

Puis,  quand  on  l'emboquait,  opérer  le  triage 

Du  mais,  le  mouiller,  me  donnait  de  l'ouvrage. 

*  Onse  Bchilli  a  44  sons. 


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425  REVUE  d' ALSACE 

ftScbâl  Keste,  hâckel  Ziwle  !)»  het  als  min  Mamme  g'saii, 

Un  so  hemmer  manch  Gânzel  in  d*  Brotsôu  ningelait. 

Do  haw  i  gar  nit  ufg'hôrt  ze  nause  un  ze  beitle, 

For  d'  Lappe  zuezen&hje,  for  d'  Brûstle  fin  ze  -schnâttle. 

«  Kriej  i  de  Birzel  hit?  Derf  i  de  Springer  han? 

oc  Wenn  Ion  mer  Gânsfett  us?:»  Isch  's  gange  druf  un  dran. 

Am  nettste  isch  als  gain  wenn  d'  Grans  mer  usgenumme 

Un  wemmer  's  Gluck  het  g'het  e  Lewer  ze  bekumme, 

Glichling  un  ohne  Flecke,  un  sait  un  wiss  wie  Schnee, 

Bin  i  gar  lusti  gsin  un  g'sprunge  hoch  in  d'  Hôh  I 

—  Emoi  isch  unser  Lewer  nit  Num'ro  Eins  gewese 

Un  d'  Tur  isch  an  mich  kumme  in  d'  Stadt  mit  nin  ze  bese. 

«Do  hesch  e  Dessertteller,  e  ganz  frischi  Salvet» 

Saat  d'  Mamme  :  Fall  nur  nit  1  E  Guide,  wenn  's  guet  geht  !  » 

Un  mit  Ye  I^eidsplâsier  bin  i  d'  Langstross  nin  gange 

Um  d*  Expedirîon  bim  Artzner  anzefange. 

Der  biet  e  Drissiger.  Druf  nim  i  d'  Thùer  in  d'  Hand, 

a:Diss  isch  ze  wenni,  denk  i  un  sa  :  Acye  binand  I  ii^ 

Derno  geht  's  haidebrilsch  in  d'  Mûnstergass  spaziere 

Zuem  Doyen,..  Der  duet  mer  e  zwanziger  offriere. 

Er  sat  :  <;Min  Schatz^  din  Lewer  isch  viel  meh  roth  aïs  wiss, 

<rUn  bi  dem  laue  Wetter  isch  noch  ken  gross  Geriss  !  » 

Diss  macht  nit  min  Afiar.  Drum  Extrapost  noch  Note 

In  d'  Judegass  zuem  Mûller.  Kriej  fufzeh  Su  gebote. 

Newe  der  Stadt  Paris,  bim  Michel^  ken  Gebot. 

Do  steht  der  Ochs  am  Berj  un  weiss  nit  jischt  nit  hott. 

Am  End  muess  i  wohl  gar  min  Lewer  heimetraue 

Wie  mil  abgsâjte  Hosse.  Was  wurd  do  d'  Mamme  saue? 

's  Curasch  verlosst  mi  nit.  Do  kommt  's  mer  in  de  Sinn  : 

«  Wili  glauwi  noch  e  mol  zeruck  zuem  Ai*tzner  hin. 

«  's  isch  wohl  e  bissel  witt  !  I  derf  ken  Zit  verliere. 

«  Gewinnt  nix  wer  nix  wôut  I  I  will  's  emol  prowiere  !  * 

^  Le  Springer,  dans  le  langage  des  gamins  de  Strasbourg,  désigne  on  os  de  Toic 
en  forme  de  fer  à  cheval,  qui  leur  servait  à  faire  des  jouets  sautant  bmsquement 
en  Tair  ;  on  peut  traduire  ce  mot  aussi  bien  par  sauteur  que  par  ressort 

'm  Quand  fondra-t-on  la  graisse?»  Question  importante  k  cause  d^s  morceaux 
de  graisse  frite. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  423 

Quand  on  tuait,  plumait,  je  pelais  les  marrons 
Qui  servaient  pour  la  farce  et  hachais  les  ognons, 
Et  puis  je  recousais  et  faisais  mainte  fine 
Ciselure,  ma  foi,  sur  la  grasse  poitrine  ! 
«Aurai- je  le  «sauteur»  •  ?  aurai -je  le  croupion? 
«Quand  fondra-t-on  la  graisse*  ?»  était  ma  question. 

Le  plus  intéressant  était  de  vider  l'oie, 

Et  Ton  était  heureux  quand  on  trouvait  un  foie 

Sans  tache^  ferme  et  dur^  d'une  entière  blancheur. 

Et  je  sautais  en  l'air  pour  montrer  mon  bonheur. 

Maman,  c'était  mon  tour,  me  mit  sur  une  assiette 

Un  foie  et  le  couvrit  d'une  blanche  serviette. 

Il  n'était  pas  bien  beau.  «  Si  l'on  t'offre  un  florin  ', 

Dit-elle,  ça  n'ira  pas  mal  I  »  Je  vais  bon  train 

En  ville.  Je  parcours  d'abord  la  Grande  Rue, 

Commençant  par  Artzner.  A  la  première  vue 

Il  offre  trente  sous.  Je  pense  :  «C'est  trop  peu.  » 

Je  prends  la  porte  en  main  et  je  lui  dis  :  «Adieu  !  » 

Et  de  là  je  m'en  vais  vers  la  route  du  Dôme 

Chez  Doyen  qui  me  dit  :  «Vingt  sous,  petit  bonhomme^ 

«C'est  tout  ce  que  ça  vaut!  c'est  plus  rouge  que  blanc, 

«Etj  par  cette  chaleur,  l'acheteur,  soyons  franc, 

«Ne  mord  pas.  i»  Ouel  dommage  !  Allons  donc  à  la  rue 

Des  Juifs.  MMler^  hélas  !  quelle  déconvenue  ! 

M'en  offre  quinze  sous  et  Michel  tout  auprès 

La  Ville-de-Paris*  n'offre  rien  !  quel  succès  ! 

Irai -je  à  droite,  à  gauche  ?  Plutôt  essayerai-je 

De  retourner,  ma  foi  !  de  nouveau  chez  Artzner? 

C'est  bien  loin  !  je  le  sais,  mais  je  ne  serais  pas  fier. 

Ne  perdons  pas  le  temps  et  courons-y  bien  vite. 

En  ne  rien  essayant,  jamais  la  réussite 

Ne  peut  nous  couronner.  Mais  une  dame  en  sort, 


'Artzner,  Doyen,  M&ller,  Michel,  fabricants  de  pâtes  de  foie  gras  renommes 
pendant  la  jeunesse  de  Bœsë. 

♦La  Ville-de-Paris,  brasserie  au  coin  des  mes  des  Frères  et  du  Faisan,  en  face 
du  Marchë-Gayot. 


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424  REVUE  d'alsace 

E  Madam  kummt  erus.  Die  biet  mer,  Sapperment, 
E  Guide  !  (Vor  Plàsier  haw  i  mi  schier  nimm  kennt.) 
Ud  e  Pastetel  drin  !  'â  isch  werli  nit  geloûe^ 
Un  wer  's  nit  glauwe  will,  het  bôs  hait  nochzefrôue  I 
Im  Uandel  un  im  Wandel  geht  's  noch  so  hitzeda  !. 
Nur  chance  muess  einer  han  un  Tupeh,  werzina  ! 

Was  soll  i  wittersch  noch  verzâhle  von  do  hiwwe? 
Unser  Ueuschreckeplôu  steht  in  der  Zitung  b'schriwwe  ! 
Sie  hen  nit  aHes[g'fresse,  un  sunst  im  ganze  Land 
Stehn  Bauwolj  Duwack,  Wetsse  un  Rewe  ganz  soharmant. 
d'  Turcos,  d*  ScKassôr,  cP  Zuave  sin  druss  im  Feld  gewese, 
Geje  's  Heuschreckevolk  mil  Marmit,  Stang  un  Bese. 

Mit  denne  Wort,  iehr  Frind,  will  i  d'  Epistel  schliesse. 
I  denk  's  Strossburjerditsch  -wurd  nieme  gross  verdriesse  : 
D'  Strossburger  Muetersproch  isch  alleMril  noch  schôn  ! 
Drum  lewen  alH  wohl  !  Adje  î  Uf  's  Widersehn  I 


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POÉSIES  ALSACIENNES  425 

Le  voit,  m'offre  un  florin  ^  et  de  plus,  heureux  sort  ! 
Un  bon  gâteau  pour  moi  !  Mon  récit  est  conforme 
Aux  faits.  Qui  ne  le  croit,  eh  bien  !  qu'il  s'en  informe  ! 
Dans  le  commerce  il  faut,  et  partout^  c'est  un  fait, 
Du  bonheur,  de  la  chance  et  surtout  du  toupet  ! 

Mais  que  pourrai -je  donc  dire  en  fait  de  nouvelles 
D'ici  ?  Tous  les  journaux  ont  de  nos  sauterelles 
Détaillé  les  dégâts.  Elles  n'ont  tout  mangé  : 
Vignes,  tabacs,  cotons,  blés,  rien  n'est  dérangé  ! 
Zouaves  et  chasseurs,  turcos  ont  mis  en  fuite 
CSes  insectes,  avec  balais,  perche  et  marmite. 

Sur  ces  mots,  chers  amis,  terminons  cette  fois. 
Veuillez  bien  accueillir  mon  patois  strasbourgeois. 
La  langue  du  pays  est  toujours  bien  venue  : 
Adieu  I  non  î  plutôt  à  la  prochaine  entrevue  ! 

^  Goolden  (florin),  terme  adopte  ches  le  StraBbonrgeois  pour  designer  la  pièce  de 
deux  francs. 


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BULLETIN  BIBLIOGRiPHIQUE 


Deux  procès  oriminels  dans  les  abbayss  de  Remlremoat  et  de 
Poneeay,  par  A.  Benoit,  membre  correspondant  de  la  Société  d'ému- 
lation des  Vosges.  Ëpinal,  imprimerie  de  £.  Busy,  1889.  —  Plaquette 
de  22  pages  in-8o. 

Deux  chanoinesses  des  abbayes  de  Poussay  et  de  Remire* 
mont  sont  inculpées  d'infanticides,  poursuivies  dans  les  formes 
réservées  à  leurs  ordres  et  échappent,  toutes  deux,  à  la  peine 
du  dernier  supplice  édictée  par  les  lois  lorraines. 

La  première,  Mu>«de  la  Paillelerie,  appartenait  à  Tabbaye, 
dite  des  servantes,  de  Poussay;  Taulre,  M°^®  Marie-Anne- 
Ursule,  d'Ulm,  appartenait  à  la  noble  abbaye  des  chanoi- 
nesses séculières  de  Remiremont,  ce  qui  prouve,  une  fois  de 
plus,  que  la  fouine  diabolique  pénétrait  alors  aussi  bien  dans 
les  poulailliers  de  la  haute  noblesse  que  dans  ceux  de  la 
roture. 

M°^  d'Ulm  eut  le  désagrément  d'accoucher  dans  l'auberge 
de  la  veuve  Bernard  de  Munster,  près  Colmar,  la  distraction 
d'étrangler  son  enfant  et  l'indélicatesse  de  le  jeter  dans  une 
fosse  d'aisances  à  Colmar,  où  elle  était  de  passage  pour 
retourner  au  pays  des  bonnes  mœurs  el  de  la  crainte  de 
Dieu.  Mais  elle  fut  arrêtée,  conduite  en  prison,  soumise  à  un 
interrogatoire  pénible  et  à  une  humiliante  confrontation 
avec  la  veuve  Bernard  de  Munster  et  sa  fille. 

Le  cas  était  embarrassant  pour  la  magistrature  du  Conseil 
souverain  d'Alsace.  Ce  conseil  avait,  heureusement,  pour 
premier  président  un  homme  avisé;  M.  de  Corberon,  qui  a 


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BULLETIN   BIBLIOGRAPHIQUE  427 

laissé  son  nom  à  Tune  de  nos  rues  de  Colmar.  Il  évoqua  Taf- 
faire,  fil  défense  au  procureur  de  passer  outre,  en  référa  à 
la  grande  chancelterie  et  demanda  les  ordres  du  roi.  Ces 
ordres  ne  tardèrent  pas  à  arriver  :  M"^  d'Ulm  fut  remise  à 
S.  A.  le  duc  de  Lorraine  qui  «en  fera  telle  justice  que  S.  A. 
jugera  à  propos  ».  Il  parait  que  M^*  d'Ulm  retourna  dans  son 
pays  après  quelque  temps  de  retraite  danis  un  purgatoire 
.conventuel  delà  Lorraine.  Cela  se  passait  en  1711. 

La  relation  est  extraite  des  Amales  de  la  Société  d'émula- 
tion d'Epinal. 

II. 

BnUetin  de  la  Société  philomatlqiie  vostlenne.  —  14*  année, 
1888-89,  Saint-Dié,  imprimerie  de  L.Humbert,  1889.  —Vol.  in-8»  de 
381  pages,  avec  33  planches. 

Des  travaux  historiques  sérieux  remplissent  ce  bulletin. 
Le  premier  expose,  à  grands  traits,  la  situation  de  l'abbaye 
de  Remiremont  vis-à-vis  du  duc  de  Lorraine  à  partir  du  x* 
jusqu'au  xiii^  siècle,  Torigine,  l'objet  et  la  formule  du  ser- 
ment  que  le  duc  prêtait  à  Tabbaye  sur  la  Pierre-Blanche; 
le  cérémonial  de  rentrée  du  prince  dans  la  ville  et  les  réjouis- 
sauces  publiques  dont  sa  présence  était  l'occasion;  le  second 
donne  d'intéressantes  informations  sur  le  départ  du  sire  de 
Joinville  pour  la  croisade  avec  Louis  IX,  son  entrée  au  service 
du  roi|  dont  il  est  l'historien,  la  victoire  et  le  désastre  de 
Mansourah,  la  captivité  du  roi,  les  angoisses  de  la  reine 
Marguerite,  la  naissance  de  Jean  Tristan,  le  séjour  en  Syrie 
et  en  Palestine,  le  retour  en  France,  le  vœu  à  saint  Nicolas 
de  Lorraine,  l'origine  de  la  loi  de  Beaumonty  de  la  relique  de 
Saint-Nicolas-du-Port,  la  vieillesse  de  Joinville,  la  destina* 
tion  de  ses  mémoires  et  l'alliance  de  sa  famille  avec  celle  de 
Lorraine  Vaudémont.  —  La  première  de  ces  notices,  est  due 
à  M,  Bernard  Puton,  la  seconde  à  M.  P.  de  Boureuille. 


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428  REVUE   D'ALSACE 

De  son  côté,  M.  G.  Save  fournit  au  Bulletin  une  sigillogra- 
phie de  Saint-Dié,  commencée  par  feu  Edouard  Ferry;  elle 
est  complétée  par  M«  Save  qui  étudie  soigneusement  chaque 
pièce,  en  fait  la  description  ainsi  que  la  reproduction  fidèle 
et  bien  lisible  sur  vingt-trois  planches  dont  le  Bulletin  est 
illustré.  11  n*y  a  pas  moins  de  cent  dix-sept  sceaux  dont  la 
date  est  indiquée  au  bas  de  chacune  des  reproductions. 

A  son  tour,  l'abbé  Chapelier  confie  au  Bulletin  c  son  beau, 
vase  d'or,  ciselé  par  une  main  habile  et  rempli  des  plus  purs, 
des  plus  salutaires  parfums».  —  Ce  (vase)  est  en  effet  un 
joyau  historique,  composé  d'un  métal  inconnu  de  nos  jours 
et  ciselé  par  une  artiste  d'un  goût  et  d'une  délicatesse  inap- 
préciables. Cette  artiste  est  M<oo  la  comtesse  Marie-Antoinette 
de  Messey,  autrefois  cbanoinesse  de  l'abbaye  de  Remiremont. 
C'est  la  pure  senteur  du  lys  qui  se  dégage  de  ce  bouquet  lit- 
téraire dont,  pour  la  délicatesse  du  moins,  aucun  académi- 
cien ne  renierait  la  paternité.  —  Une  note  de  M.  le  vicomte 
de  Warren  sur  le  sort  des  derniers  descendants  des  du  Chatelel 
et  de  leur  fortune  depuis  la  Révolution,  et  une  notice  sur  la 
vie  et  les  œuvres  de  l'abbé  Bexon,  par  l'abbé  Buisson  ter- 
minent, avec  une  nouvelle  note  de  l'abbé  Chapelier,  le  Bulle- 
tin dont  le  signalement  précède. 


III. 

Mémoires  de  la  Société  ai*chéoIocrique  et  historiqae  de  l'Oriéa- 
nais.  Tome  XXII.  —  Orléans,  imprimerie  de  H.  Herluison,  17,  rue 
Jeanne-d'Ârc,  1889.  —  1  vol.  in-8o  de  618  pages. 

Chacun  des  mémoires  que  ce  tome  renferme  offre  un  grand 
intérêt  pour  l'histoire  particulière  de  l'Orléanais  et  souvent 
aussi  pour  l'histoire  générale  de  la  France.  On  ne  perd  pas 
son  temps  en  lisant  ces  différents  travaux,  on  y  recueille 
constamment  des   connaissances   nouvelles  sur   des  faits 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  489 

inaperçus  ou  ignorés.  Mais  le  rôle  de  cette  Bévue  vis-à-vis  de 
nos  sociélés  savantes,  doit  se  borner  à  un  abrégé  des  tables 
de  matières  afin  d'indiquer  &  ses  lecteurs  où  ils  trouveront 
les  études  qui  peuvent  les  intéresser  spécialement.  Or  les 
Bulletins  de  la  société  orléanaise  sont  à  coup  sûr  au  premier 
rang  de  nos  chères  et  utiles  publications  provinciales.  Voici 
très  sommairement  la  liste  de  ses  travaux  pour  le  Bulletin  de 
1889.  On  y  lira: 

De  M.  Baguenault  de  Puchesse,  une  notice  sur  l'expédition 
des -Allemands  en  octobre  1575  et  la  bataille  de  Dormans, 
dans  laquelle  Henri  de  Guise  reçut  le  surnom  de  le  Balafré  ; 

De  M.  J.  Loiseleur,  un  mémoire  très  instructif  sur  les  pri- 
vilèges de  l'Université  d'Orléans,  l'abus  de  ces  privilèges  et 
les  troubles  qui  en  résultèrent  ; 

De  M.  Ludovic  Guignard,  un  rapport  compétent  sur  les 
découvertes  de  l'âge  du  bronze  à  Blois,  avec  deux  planches  ; 

De  MM.  Boucher  de  Holandon  et  Adalbert  de  Beaucorps, 
une  notice  sur  un  vase  funéraire  de  l'âge  du  bronze  trouvé 
dans  un  tumulos  de  Reuilly  ; 

De  M.  Trancheauy  une  étude  des  représentations  théâtrales 
au  collège  d'Orléans  au  xviii®  siècle  ; 

De  M.  Desnoyers,  la  description  des  objets  trouvés  dans  la 
Loire  depuis  1875  jusqu'en  1886  et  leur  classement:  époques 
gauloise,  gallo-romaine,  mérovingienne,  moyen  âge,  renais- 
sance-et  siècles  suivants  ; 

De  M.  L.  Jarry,  le  testament  inédit  de  Dunois  et  autres 
documents  ; 

De  M.  l'abbé  Cochard,  une  étude  historique  sur  les  exer- 
cices en  plein  air  et  notamment  sur  le  jeu  de  paume  ; 

De  M.  Eugène  Vignat,  une  étude  sur  une  clochette  des 
morts  en  lisagè  au  xiiP  siècle; 

De  M.  Boucher  de  Molandon,  le  sceau  de  Jacques  Boucher, 
trésorier  du  duc  d'Orléans  en  i439,  des  renseignements  sur 


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430  REVUE  d' ALSACE 

sa  famille,  son  bôlel  et  son  monument  funéraire  ainsi  que 
des  souvenirs  du  temps  de  Jeanne-d'Arc; 

De  M.  TranchaUy  une  notice  sur  des  albums  français  et 
allemands; 

Et  enfin  de  H.  L.  Jarry  des  documents  rectifiant  les  con- 
naissances admises  sur  la  date  de  la  construction  et  le  nom 
des  premiers  architectes  du  château  de  Chambord. 

*Ces  indications  suffisent,  sans  qu'il  soit  besoin  d'insister, 
pour  démontrer  aux  studieux  l'intérêt  qui  s'attache  aux  tra- 
vaux de  Tune  de  nos  meilleures  académies  de  province.  . 


IV. 

ItOB  OaadMi.  —  La  Fin  de  daax  héros.  —  La  Chevauchée  de  la 
vierge  ou  Notre-Dame  des  Bois. 

La  plupart  de  nos  provinces  ont  un  mets  populaire  qui  les 
distingue  les  unes  des  autres.  L'Alsace  a  la  cboucroule, 
l'Auvergne  la  soupe  aux  choux,  la  Francbe-Comté  a  les 
gaudes.  Ces  particularités  servent  aujourd'hui  de  mots  de 
ralliement  aux  provinciaux  noyés  dans  le  flot  des  grands 
centres.  A  Paris,  elles  réunissent  plus  ou  moins  fréquemment 
autour  du  plat  populaire  les  personnes  originaires  de  la 
même  province.  Mais  les  Gaudes  n'ont  pas  seulement  leur 
réunion  mensuelle  à  Paris  ;  elles  ont  encore  leur  journal  à 
Besançon,  pour  s'occuper  spécialement  des  choses  de  la 
Franche-Comté.  Nous  ne  connaissons  que  de  nom  ce  journal» 
puis  par  les  deux  brochures  qui  nous  arrivent  et  dont  les 
titres  sont  en  tête  de  cette  note.  Ce  sont  des  tirages  à  part; 
cela  prouve  que  l'histoire  et  les  traditions  du  pays  ont  à  leur 
service,  dans  le  journal,  Les  Gaudes^  l'imagination  de  ses 
rédacteurs  et  l'amour  des  belles-lettres. 

La  première  de  ces  brochuresi  écrite  par  H.  Célien  Che- 
vassus,  est  l'esquisse  biographique  de  deux  Franc-Comtois^ 


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BULLETIN   BIBLIOGRAPHIQUE  434 

qui  résislërent  par  les  armes  à  la  réunion  de  leur  pays  au 
royaume  de  France.  Ces  patriotes,  fldèles  à  l'Espagne,  étaient 
Claude  Prost,  dit  capitaine  Lacuzon,  et  le  curé  Marquis. 
Celui-ci  mourut  dans  sa  cure  de  Sainl-Lupicin,  tandis  que 
Claude  Prost  s'expatria  et  mourut  à  Milan  en  1681,  trois  ans 
après  la  réunion.  —  La  seconde  est  un  charmant  petit  poème 
consacré  à  la  légende  de  c  Notre-Dame  des-Buis  »  et  à  celle 
de  la  €  Combe  d'Enfer».  —  Prix  :  60  et  30  centimes. 


Bnlletin  de  la  Société  indnatvlaU»  ém 

Une  série  de  notes  consignées  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
industrielle  de  MuOiOuse^  mois  d'avril  et  de  mai  1889,  par 
M.  Auguste  DoLLFUs,  permet  de  se  faire  une  idée  des  ré- 
sultats acquis  par  l'intervention  de  la  Société,  depuis  sa 
fondation  jusqu'à  nos  jours.  Dans  l'esprit  de  l'auteur,  ces 
noies  peuvent  servir  de  base  à  une  histoire  méthodique  des 
insiilutions  fondées  sous  le  patronage  et  la  direction  de  la 
Société  depuis  environ  vingt  ans,  ayant  toutes  pour  objectif 
le  progrès  dans  la  main-d'œuvre,  dans  l'enseignement  pro- 
fessionnel et  dans  le  bien-être  des  populations  vouées  aux 
travaux  de  l'industrie.  Dans  cet  ordre  d'idées,  les  conquêtes 
mises  en  pratique  ont  une  portée  considérable;  elles  peuvent 
surtout  être  appréciées  par  les  personnes  assez  avancées  en 
âge  pour  comparer  sciemment  les  conditions  du  temps  passé 
avec  les  conditions  du  temps  présent. 

Nous  avons  toujours  pensé  que  l'histoire  de  l'industrie  à 
Mulhouse  et  dans  l'Alsace  en  général  est  un  sujet  intéressant 
à  aborder;  qu'il  offre  à  tous  les  points  de  vue  un  horizon 
susceptible  d'être  étudié,  reconnu  autrement  que  par  des 
procès-verbaux,  des  rapport&j,  des  statistiques,  quelques  dis- 


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432  REVUE  d' ALSACE 

cours  et  notices  évoluant  tous  dans  le  secteur  utilitaire  ou 
escomptable  aux  lieux  et  aux  moments  où  ils  se  produisent; 
nous  avons  toujours  pensé  que  de  ce  mouvement,  qui  ne  peut 
rester  stationnaire  qu'à  la  condition  de  reculer,  il  y  a  à 
dégager  autre  chose  que  le  résultat  matériel,  et  que  les 
exigences  de  la  vie  industrieUe  ou  simplement  industrieuse 
condamnent  les  forts  et  les  faibles  à  demander  sans  cesse  au 
génie  humain  de  nouveaux  progrés,  de  nouvelles  amélio- 
rations. 

Il  se  trouvera  peut-être  un  jour  un  compatriote  assez  ex- 
périmenté, une  plume  assez  exercée  qui  abordera  cette 
histoire  de  façon  à  la  mettre  à  la  portée  de  toutes  les  intelli- 
gences, avec  les  couleurs  nécessaires  pour  en  rendre  la  lecture 
instructive  et  attrayante. 

Quant  aux  travaux  scientifiques  de  la  Société,  la  tâche  à 
remplir  sera  plus  ardue  que  celle  des  institutions.  Elle  aussi 
est  susceptible  d'être  assez  souvent  dépouillée  d'une  techno- 
logie plus  euphonique  dans  un  atelier  ou  une  séance  de  la 
Société  que  dans  la  langue  vulgaire. 

Fréd.  Kurtz. 


filniboarg,  typ.  O.  FlaobbMh.—  Si47. 


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Google         J 


LE  GÉNÉRAL 

FREDERIC-LOUIS  WALTHER 


r  f 


et 


SA    FAMILLE 


I. 


«N'eûl-il  pas  mieux  valu  —  dit  Tauteur  du  volume  qui 
«est  devant  nous<  —  laisser  vivre  ces  souvenirs  de  famille 
«dans  le  secret  des  cœurs,  car  ils  n'étaient  pas  Tails  pour  le 
«grand  jour?  Leur  valeur  risque  de  s'altérer  au  contact  de  la 
«curiosité  ou  de  rindifférence.  » 

Ces  scrupules  et  ces  craintes  placent  le  livre  dont  il  s'agit 
sous  la  sauvegarde  du  culte  de  la  famille.  Cela  nous  a  fait 
hésiter  un  moment  à  lui  demander  les  informations  qu'il 
renferme,  concernant  l'histoire  de  l'Alsace.  Il  est  difficile, 
en  efTet,  d'aborder,  dans  ces  conditions,  de  pareils  sujets 
sans  courir  le  risque  de  froisser  involontairement  l'intime 
pensée  de  Fauteur.  Mais,  après  réflexion,  nous  avons  estimé 
que   des   considérations   d'un  ordre  plus  général  avaient 

i  M««  AndréWalther  (1807—1886).  —  Paris,  librairie  Fischbacher, 
société  anonyme,  33,  rue  de  Seine,  1889.  —  1  volume  grand  in-8«  de 
VII-548  pages  et  un  portrait. 

18 


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434  REVUE  d'alsace 

cependant  déterminé  à  livrer  Tœuvre  eau  grand  jour»  et 
que,  dès  lors,  notre  hésitation  devait  également  céder  le  pas 
à  l'intérêt  qui  s'attache  aux  hommes  du  pays.  A  ce  point  de 
vue,  c'est  la  petite  part  de  l'ouvrage  qui  doit  nous  occuper, 
car  les  huit  dixièmes  de  ses  pages  sont  consacrées  à  la  vie 
morale  et  active  de  la  mère  de  Tauteur.  Réduite  à  ses  pro- 
portions rationnelles,  notre  tâche  est  Tacile,  par  la  raison  que, 
ne  voulant  pas  refaire  ce  qui  est  bien  fait,  nous  n'aurons,  la 
plupart  du  temps,  qu'à  copier  ou  paraphraser  ce  que  nous 
apprend  le  beau  livre  d'un  fils  honorant  la  mémoire  de  sa 
mère. 


II. 


A  la  fin  du  siècle  dernier  une  petite  commune  de  l'arron- 
dissement de  Schlestadt,  Obenheim,  apprenait  que  le  jeune 
fils  de  son  pasteur,  M.  Walther,  avait  quitté  la  maison 
paternelle  pour  s'engager  dans  un  régiment  de  cavalerie,  en 
garnison  à  Strasbourg.  Son  père  désirait  naturellement  qu'il 
se  vouât  à  la  carrière  pastorale  de  la  confession  dans  laquelle 
il  élait  né.  Mais  Frédéric-Louis  Walther,  ne  se  sentant  pas  de 
vocation  pour  la  théologie,  s'éloigna  du  foyer  paternel  sans 
l'autorisation  de  son  père  et,  quelques  jours  après  son 
départ,  il  était  hussard  dans  le  régiment  de  Berchini.  C'était 
en  1781. 

Dépourvu  de  titres  nobiliaires,  la  carrière  des  armes  était 
alors  pour  lui  une  impasse  de  laquelle  il  n'aurait  pu  sortir 
qu'en  revenant  par  le  chemin  qui  l'y  avait  conduit.  Mais 
quatre-vingt-neuf  a  sonné,  les  barrières  tombent  et  l'impasse 
dans  laquelle,  pendant  huit  longues  années,  le  hussard  est 
demeuré  inaperçu,  lui  oITre  une  issue  qu'il  saura  franchir 
parmi  les  plus  vaillants. 

Huit  années  de  discipline  et  d'apprentissage  guerrier 
avaient  fait  du  hussard  de  Berchini  un.militaire  bien  pré- 


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LE  GÉNÉRAL  FRÉDÉRIC-LOUIS  WALTHER  ET  SA  FAMILLE      4Ctô 

paré  pour  prendre  une  place  marquante  dans  les  légions 
affranchies  de  la  nouvelle  France.  Après  y  avoir  fait  ses 
preuves  pendant  encore  plus  de  deux  années,  il  sortit  des 
rangs  en  1792  avec  les  épauletles  de  lieutenant  et  un  an  plus 
tard,  en  1793,  il  gagnait  celles  de  capitaine.  Il  fit,  en  cette 
qualité,  la  campagne  de  TArgonne,  sous  Dumouriez,  et  celle 
du  Nord,  où  il  se  distingua  à  Jemmapes.  Blessé  d'un  coup  de 
feu  à  la  bataille  de  Nerwinde,  il  passa  chef  d'escadron.  C'est 
en  cette  qualité  qu'il  fut  envoyé  à  l'armée  des  Alpes,  puis 
détaché  pour  prendre  part  au  siège  de  Lyon.  Sur  la  proposi- 
tion du  représentant  du  peuple  en  mission,  il  fut  promu 
adjudant-général,  chef  de  brigade.  Son  biographe  ajoute 
qu'à  ce  siège  cil  se  fit  remarquer  par  son  humanité  et  que 
les  habitants  de  cette  ville  lui  en  manifestèrent  la  plus  vive 
reconnaissance».  Le  1er  brumaire  an  II  (22  octobre  1793)  il 
fut  nommé  général  de  brigade. 

Pendant  les  années  qui  suivirent  jusqu'en  1796,  le  général 
dut  remplir  des  fonctions  relativement  sédentaires,  consistant 
en  travail  d'organisation  et  d'inspection,  pour  le  moins  aussi 
utile  que  le  service  actif.  En  1796  il  fut  attaché  à  l'armée  de 
Rhin-et-Moselle;  mais  il  dut  bientôt  retourner  à  l'armée  des 
Alpes  pour  commander  la  cavalerie  qui  passa  en  Italie,  prit 
une  part  active  à  tous  les  combats  qui  se  succédèrent  jusqu'aux 
préliminaires  de  paix  de  Léoben,  occupant  ensuite  le  pays  et 
assurant  le  ravitaillement  de  l'armée  d'occupation.  En  1798, 
e  général  Bonaparte,  appelé  par  le  Directoire  au  commande- 
ment d'une  nouvelle  armée  en  formation,  sur  les  côtes  de 
l'Océan,  le  désigna  pour  aller  avec  lui  activer  l'organisation 
de  cette  armée.  Vers  la  fin  de  cette  même  année  1798,  les 
armées  de  Sambre-et-Meuse  et  de  Rhin-et-Moselle  devant  être 
réunies  pour  former  l'armée  d'Allemagne,  le  général  Walther 
fut  encore  appelé  à  Mayence  afin  de  suivre  l'opération  fusion- 
naire  et  d'y  prendre  le  commandement  d'une  brigade. 

Pendant  les  trois  années  qui  suivirent,  c'est-à-dire  de  1798 


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436  REVUE  d'alsage 

à  1801,  le  général  Walther,  constammeDt  engagé  dans  les 
luUes  héroïques  de  celte  époque,  ne  devait  pas  en  sortir 
indemne.  Le  soir  de  la  bataille  de  Hohenlinden  on  le  retrouva 
au  passage  dont  sa  bravoure  et  sa  ténacité  avaient  assuré  la 
défense,  c  la  poitrine  —  dit  M.  Thiers  dans  son  histoire  du 
«Consulat  et  de  TEmpire  —  percée  d'une  balle,  porté  sur 
«les  bras  de  ses  soldats,  mais  le  visage  rayonnant  de  con- 
«tentement  et  dédommagé  de  sa  souffrance  par  la  satisfac- 
«tion  d'avoir  contribué  à  la  victoire.» 

La  blessure  n'était  heureusement  pas  mortelle,  mais  elle 
exigea  de  grands  soins,  puis  un  moment  de  repos  que  le 
général  vint  prendre  auprès  des  siens. 


m. 


Dans  une  soirée  de  la  Gn  de  1801,  le  général  Walther 
assistait  à  une  représentation  au  théâtre  de  Strasbourg  dans 
une  loge  dont  la  voisine  était  occupée  par  M.  Georges-Fré- 
déric Coulmann  et  sa  famille.  M.  Coulmann  était  notaire  à 
Brumath  et  venait,  de  temps  à  autre,  avec  sa  femme  et  ses 
enfants,  demander  quelque  distraction  à  la  ville.  L'aînée  des 
filles.  Mil®  Louise-Salomé,  fut  remarquée  par  le  général  qui 
connaissait,  de  réputation  tout  au  moins,  son  père,  car  il 
avait  joué  un  certain  rôle  dans  le  mouvement  révolution- 
naire du  district  de  Haguenau.  II  parait  que  la  jeune  fille, 
elle  aussi,  s'aperçut  qu'elle  était  l'objet  de  l'attention  du 
général.  Quelques  jours  après  la  rencontre,  les  présentations 
étaient  faites,  les  fiançailles  conclues  et  le  mariage  ne  tarda 
pas  à  être  célébré  à  Vendenheim,  village  voisin  de  firuraatb. 

En  1803,  le  général  était  à  Valence  et  c'est  là  que  sa 
femme  donna  le  jour  à  sa  fille  aînée,  Louise,  qui  sera  plus 
tard  M"»®  la  baronne  Bartholdi. 

Bientôt  après  il  revient  au  service  actif,  est  promu  général 


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LE  GÉNÉRAL  FRÉDÉRIC-LOUIS  WALTHER  ET  SA  FAMILLE      437 

de  division  el  élevé  au  grade  de  grand-officier  de  la  Légion 
d'honneur.  En  1804,  c'est  au  camp  de  Boulogne  que  le 
général  déploya  son  activilé  et  son  expérience  organisatrices. 
On  sait  que  celte  armée,  menaçante  pour  l'Angleterre ,  fut 
subitement  lancée  par  Napoléon ^  devenu  empereur,  sur 
l'Autriche  méridionale.  Le  général  Walther,  à  la  tète  de  ses 
régiments,  fit  celte  glorieuse  campagne,  marquée,  pour  lui, 
par  un  incident  dont  l'histoire  des  monarchies  a  fourni 
beaucoup  d'exemples  dans  l'Est  notamment. 

A  la  capitulation  d'Ulm,  le  général  Walther  se  trouva  face 
à  face  avec  M.  de  Gotlesheim,  qui  avait  épousé  la  sœur  de 
M"»®  Coulmann  de  Brumath  et  qui,  par  conséquent,  était 
oncle  de  îl^^  la  générale  Walther.  Le  premier  commandait 
Tavant-garde  française,  le  second  l'avant-garde  autrichienne. 
Colonel  des  hussards  de  Chamboran  avant  la  Révolution, 
M.  de  Gottesheim  avait  émigré  en  1792  et  était  entré  au 
service  de  l'Autriche,  où  il  devint  lieutenant-général.  Prison- 
nier sur  parole,  M.  de  Gottesheim  renoua  ses  relations  de 
famille,  mais  refusa  de  revenir,  avec  son  grade,  au  service 
de  la  France. 

Le  général  Walther  poursuivit  la  campagne  qui  devait 
aboutir  à  la  prise  de  Vienne  et  se  terminer,  comme  on  sait, 
le  2  décembre  1805,  par  la  défaite  des  armées  austro-russes 
dans  les  plaines  d'Auslerlitz.  Il  fut  blessé  dans  cette  mémorable 
journée,  mais  pas  aussi  grièvement  qu'à  Nervi nde,  car  il 
écrit  quelques  jours  après,  de  Vienne  où  il  était  cantonné, 
une  lettre  qui  rassure  sa  femme,  el  quelques  jours  après  il 
lui  expédie  à  Paris  la  voiture  attelée  de  quatre  chevaux  que 
lui  avait  donnée  l'empereur.  Le  général  assiste  aux  négocia- 
tions de  Brùnn  et  c'est  là  que  M.  de  Talleyrand  lui  apprend 
que  M""*  Walther  est  de  plus  en  plus  en  faveur  auprès  de 
l'impératrice  Joséphine  qui  avait  appris  à  la  connaître  à 
Strasbourg,  où  elle  avait  accompagné  l'empereur  au  début  de 
la  campagne. 


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438  REVUE  D'ALSACE 

Le  8  révrier  1806,  le  général  fut  promu  à  la  dignité  de 
grand-aigle  de  la  Légion  d'honneur  avec  une  dotation  de 
vingt  mille  francs  de  rente  en  récompense  des  services  rendus, 
et  quand  la  paix  fut  conclue^  il  fut  appelé  au  commandement 
des  grenadiers  à  cheval  de  la  garde  impériale,  ce  qui  impli- 
quait Tobligalion  de  résider  désormais  à  Paris.  Le  généml 
s'y  installa  à  proximité  du  palais  des  Tuileries,  au  premier 
étage  de  Thôlel  n^  1,  qui  fait  le  coin  de  la  rue  des  Saints- 
Pères  sur  le  quai  Voltaire  et  qui  existe  encore.  En  juillet 
1806,  M™«  Walther,  qui  était  revenue  en  Alsace  pendant  les 
derniers  temps  de  l'absence  de  son  mari,  le  rejoignit  dans 
ledit  hôtel  afin  de  prendre  à  la  cour,  où  elle  était  connue  de 
l'impératrice  et  de  l'empereur,  une  place  répondant  au  rang 
qu'y  occupait  le  général  et  à  la  considération  dont  il  jouissait. 
C'est  dans  l'hôtel  dont  il  est  question  que  M™^  Walther  devait 
concevoir  et  mettre  au  jour  son  second  enfant. 

Mais  le  général  ne  devait  pas  assister  à  cette  naissance,  car 
dès  le  mois  d'octobre  c'est  vers  Berlin  que  l'aigle  impérial 
prend  son  vol.  Le  général  est  de  la  partie  et  il  renseigne  avec 
enthousiasme  sa  femme  sur  cette  marche  d'un  mois,  cou- 
ronnée par  les  victoires  d'iéna,  d'AuerstdBdt  et  l'écrasement 
de  la  Prusse  militaire,  dont  la  sanglante  bataille  d'EyIau,  qui 
est  la  suite  de  la  campagne,  retient  l'empereur  et  la  garde 
dans  les  glaces  de  la  Poméranie  en  attendant  le  printemps 
où  les  hostilités  devaient  se  rouvrir  et  amener  la  prise  de 
Dantzig,  celle  de  Kœnigsbcrg  et  la  victoire  de  Friedland. 

C'est  le  jour  de  celle  mémorable  bataille  (14  juin  1807) 
que  M™*^  Walther  mettait  au  monde  son  second  enfant,  Hen- 
riette Frédérique- Walther,  qui  deviendra  M'"''  Jean  André  et 
dont  les  principaux  actes  de  la  vie  sont  indiqués  plus  loin. 

Le  général  désirait  un  fils,  la  nature  lui  donna  une  seconde 
fille,  et  comme  il  en  témoignait  un  certain  dépit,  l'empereur 
et  rimpératrice  Joséphine  exprimèrent  leur  volonté  de  tenir 
l'enfant  sur  les  fonts  baptismaux.  Les  événements  retardèrent 


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LE  GÉNÉRAL  FRÉDÉRIC-LOUIS  WALTHER  ET   SA  FAMILLE      439 

la  cérémonie  qui  n'eut  lieu  que  dans  les  Cent  jours,  alors 
que  la  filleule  avait  assez  grandi  pour  répondre  elle-même 
aux  questions  liturgiques.  Bien  que  le  divorce  entre  Napo- 
léon et  Joséphine  fût  alors  consommé,  la  Glle  de  M"""  Waltber 
ne  fut  pas  moins  inscrite  dans  l'acte  de  baptême  sous  les 
prénoms  de  :  Henvieiie -Napoléane' Joséphine -Frédérique. 

Les  victoires  des  deux  années  écoulées  (1806-1807)  avaient 
porté  l'empire  au  plus  haut  degré  de  sa  puissance.  Les  con- 
tributions de  guerre  levées  aux  pays  des  vaincus  permirent  à 
l'empereur  de  répandre  sur  ses  lieutenants  d'abondantes 
largesses  qui  obligeaient  ceux-ci  à  se  donner  un  train  de 
maison  destiné  à  rehausser  Péclat  de  la  cour  du  maître.  A 
côté  d'un  domaine  important  en  Westphalie,  le  général 
Walther  avait  reçu,  comme  dotation,  une  terre  en  Pologne, 
puis  un  don  de  100,000  francs  en  argent  et  une  pareille 
somme  en  rente  5%  consolidée...  Son  installation  au  n^  1 
du  quai  Voltaire  n'étant  plus  en  harmonie  avec  les  opulences 
du  nouveau  régime,  il  acheta,  du  maréchal  Lannes,  un 
grand  hôtel  à  l'extrémité  de  la  rue  Saint-Dominique,  prés  de 
l'esplanade  des  Invalides  ^ 

Quoique  entraîné,  par  la  force  des  choses,  dans  toutes  les 
séductions  de  l'empire,  le  général  n'avait  oublié  ni  sa 
modeste  origine,  ni  les  siens;  le  presbytère  d'Obenheim, 
d'où  il  était  parti  pour  arriver  aux  sommités  des  grandeurs, 
avait  toujours  la  meilleure  part  des  affections  intimes  ;  il  se 
souvenait  même  des  principes  et  des  bienfaits  de  la  Révolu- 
tion dont  il  avait  été  le  partisan  et  le  défenseur.  Arrivé  aux 
honneurs  et  à  la  fortune  que  sa  bravoure  et  son  dévouement 
à  l'empereur  lui  avaient  conquis,  il  fait  un  retour  vers  le 
passé  en  nouant  des  relations  avec  les  deux  fils  du  capitaine 
Cuvier  qui  commandait  un  régiment  suisse  sous  l'ancien 
régime,  et  qui  étaient  ses  cousins  germains,  le  pasteur 

^  Aujourd'hui  résidence  de  Tambassade  d'Espagne. 


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440  REVUE  D'ALSACE 

Waltber  el  le  capitaine  Cuvier  ayant  épousé  les  deux  sœurs, 
M^^*'  Cbâlel  de  Monlbéliard.  Constamment  éloigné  des  siens 
et  absorbé  par  les  incessantes  exigences  d'un  service  périlleux, 
l'homme  de  guerre  reconstituait  des  liens  de  Tamille  chers  à 
son  cœur  et  à  ceux  de  ses  cousins.  D'un  autre  côté,  à  force 
d'instances  et  de  prières  ;  le  notaire  Coulmann  de  Brumath 
avait  consenti  à  faire  des  séjours  plus  ou  moins  prolongés 
auprès  de  sa  fille  et  de  son  gendre  et  à  donner  à  des  intérêts 
domestiques  importants  une  direction  et  des  soins  que  le 
général  ne  pouvait  leur  consacrer.  Pendant  les  années  1808 
et  1809,  le  général  avait,  en  effet,  été  constamment  occupé 
auprès  de  l'empereur.  Après  une  courte  apparition  au  delà 
des  Pyrénées,  lors  de  la  première  guerre  d'Espagne,  la  garde 
est  ramenée  dans  le  Nord  en  vue  de  la  nouvelle  campagne 
qui  se  préparait  contre  l'Autriche.  Le  2  février  1809,  l'em- 
pereur ordonne  que  le  général  Wallher  en  prenne,  le  même 
jour,  le  commandement.  On  sait  que  cette  campagne,  rapide- 
ment conduite,  eut  pour  résultat  la  seconde  occupation  de 
Vienne  après  les  brillantes  batailles  d'EssIing  et  de  Wagram. 

Ce  dernier  éclat,  suivi  bientôt  du  divorce  avec  l'impératrice 
Joséphine,  puis  du  couronnement  de  l'archiduchesse  Marie- 
Louise,  semblait  assurer  au  pays  une  ère  de  repos  nécessaire 
pour  reconstituer  de  nouvelles  forces,  et  désirée  par  la  plu- 
part des  généraux,  fatigués  ou  satisraits,  mais  toujours  domi- 
nés par  le  prestige  dont  le  grand  homme  jouissait. 

Généralement  les  années  1810  et  1811  furent  des  années 
paisibles,  mais  pour  le  général  Walther  elles  furent  attristées 
par  la  mort  de  sa  mère  et  celle  d'un  fils  qui  venait  de  naître 
et  dont  la  vie  aurait  comblé  ses  espérances  les  plus  chères. 
De  plus,  la  santé  fort  délicate  de  sa  femme  lui  causait  de 
vives  inquiétudes.  Des-  ménagements  et  des  soins  particuliers 
devaient  cependant  la  laisser  vivre  encore  assez  longtemps 
pour  subir  les  afQictions  qu'un  avenir  prochain  allait  déchaî- 
ner :  à  la  faveur  du  calme  et  du  silence  relatifs  qui  régnèrent 


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LE  GÉNÉRAL  FRÉDÉRIC- LOUIS  "WALTHER  ET  SA  FAMILLE   441 

pendant  ces  deux  années,  à  la  faveur  surtout  de  la  sécurité 
trompeuse  qu'inspirait  une  archiduchesse  de  l'antique  maison 
de  Habsbourg,  livrée  en  olage  à  Napoléon  par  la  politique 
proxénète  de  Metternich,  la  Sainte-Alliance  s'organisa,  et  il 
fallut,  dès  les  premiers  jours  de  1812,  rentrer  dans  la  période 
des  luttes  héroïques  qui  caractérisent  la  fin  du  XVIII^^  et  le 
commencement  du  XIX®  siècle. 

A  la  suite  de  cette  coalition,  les  événements  ne  pouvaient 
manquer  de  se  précipiter.  Tandis  que  l'empereur  demeurait 
encore  à  PariS;  donnant  des  fêtes  pour  dissimuler  les  inquié- 
tudes qui  assiégeaient  son  esprit,  le  général  Walther  dut,  dès 
les  premiers  jours  de  mars,  s'arracher  à  la  vie  de  famille 
pour  rejoindre  l'armée  et  la  conduire  diligemment  au-devant 
de  l'ennemi.  Au  mois  de  juillet  il  se  trouvait  déjà  en  Pologne 
avec  ses  divisions.  C'est  de  là  qu'il  donne  des  nouvelles  à  sa 
femme,  et  lui  dépeint  la  misère  des  pays  épuisés  par  la 
guerre.  Sa  terre  de  Nicrevice  est  dans  la  détresse,  son 
fermier,  dans  la  misère  ;  les  revenus  ne  rentrent  pas,  à  peine 
peut-il  en  retirer  quelques  centaines  de  francs  et  cinq  sacs 
de  blé  pour  en  faire  du  pain.  11  prévoit  que  son  domaine  de 
Weslphalie  peut  ne  pas  être  dans  une  meilleure  situation  et 
il  ajoute,  comme  conclusion  qui  trahit  ses  pressentiments  : 
«Quoi  qu'il  arrive,  il  nous  restera  du  pain  en  Alsace.  » 

Revenu  un  instant  à  Paris  au  commencement  de  1813,  il 
retourna  aussitôt  à  son  commandement  en  Allemagne,  d'où  il 
ne  devait  pas  revenir  vivant.  Fatigué  par  trente-deux  années 
de  service  et  vingt-neuf  campagnes,  il  aspirait,  sans  doute,  à 
la  retraite  et  au  repos  ;  mais  son  dévouement  à  l'empereur, 
au  lieu  de  faiblir,  ne  fit  que  s'accroître  dans  les  mauvais 
jours  et  c'est  dans  ces  dispositions  d'esprit  —  ses  lettres  le 
prouvent  — <iu'il  fit  toute  la  campagne  jusqu'à  ce  que,  miné 
par  le  chagrin  de  voir,  après  le  désastre  de  Leipzig,  la  France 
à  la  merci  de  la  coalition,  il  fut  accablé  par  le  mal  et  mourut 
le  24  novembre  1813,  à  Coussel,  département  de  la  Sarre. 


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442  REVUE  d'alsace 

Le  général  prévoyait  certainement  cette  issue  imminente, 
car,  le  11  (lu  même  mois,  il  avait  écrit,  des  environs  de 
Kaysersiautern,  à  son  cousin,  Georges  Cuvier,  une  lettre 
dans  laquelle  on  lit  le  paragraphe  suivant,  que  l'on  peut 
considérer  comme  son  testament  de  famille. 

cOn  me  dit  que  ma  femme  et  mes  enfants  se  portent  bien.  Je 
voudrais  aussi  l'apprendre  par  vous.  Je  vous  recommande^  mon 
cher  Guvier,  ces  trois  êtres,  car  c'est  de  les  savoir  heureux  que 
dépend  ma  tranquillité.  L'amitié  que  vous  nous  portez  m'assure 
que,  dans  toutes  les  circonstances,  vous  serez  leur  appui  et  leur 
sauvegarde.  y> 

Le  corps  du  général  fut  embaumé,  ramené  à  Paris,  escorté 
par  un  piquet  de  grenadiers  de  la  garde  à  cheval  sous  la 
conduite  du  colonel  Juncker,  neveu  du  défunt,  déposé  d'abord 
dans  les  caveaux  deTéglise  des  Billettes  et,  le  13  juillet  1814, 
dans  ceux  du  Panthéon,  où  il  repose  aujourd'hui. 


IV. 


Après  douze  années  de  mariage,  M"^^  Walther  se  trouvait 
plongée  dans  un  deuil  d'autant  plus  profond  que  ces  douze 
années  avaient  été  plus  prospères,  plus  glorieuses.  Quand  le 
général  mourut,  l'ainée  de  ses  filles,  Louise,  avait  dix  ans, 
la  cadette,  Henriette -Frédérique,  en  avait  sept;  de  plus, 
M™®  Wallher  avait  auprès  d'elle  son  frère,  Jacques  Coulmann, 
jeune  homme  de  dix-sept  ans,  qui  sera,  plus  tard,  conseiller 
d'État,  puis  député  du  Bas-Rhin.  C'est  sur  ce  milieu  intime 
que  se  fermèrent  les  portes  en  deuil  de  l'hôtel  de  la  rue 
Saint-Dominique  et  que  la  mère  concentra  sa  douleur  et  ses 
affections. 

En  fait,  M™°  Walther  demeurait,  dans  les  mauvais  jours, 
aussi  fidèle  à  la  fortune  de  l'empereur  que  l'avait  été  son 
mari.  De  son  côté,  l'empereur,  qui  savait  apprécier  le  carac- 


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LE  GÉNÉRAL  FRÉDÉRIC-LOUIS  WaLTHER  ET  SA  FAMILLE      443 

tère  de  ses  lieulenanls,  avait  écrit  à  M™*  Walther  la  lettre  de 
condoléance  suivante  que  l'on  pourrait  considérer  comme 
formule  banale^  si  elle  n'avait  été  suivie  d'effet  : 

<si  Madame  la  comtesse, 

«Je  partage  bien  vivement  votre  douleur.  J'ai  perdu  dans  votre 
mari  un  de  mes  généraux  les  plus  braves,  dont  je  faisais  le  plus 
grand  cas.  Je  charge  mon  grand  maréchal  de  vous  voir  et  d'arranger 
tout  ce  qui  est  relatif  à  vos  intérêts  et  à  ceux  de  vos  filles.  Vous 
et  elles,  vous  pouvez  toujours  compter  sur  ma  protection.  Je  vous 
en  donnerai  des  preuves  dans  toutes  les  circonstances.  Sur  ce,  je 
prie  Dieu  qu'il  vous  ait  en  sa  sainte  et  digne  garde. 

«Napoléon. 
«  Paris,  le  17  décembre  1813.  »> 

«Par  une  faveur  exceptionnelle,  l'empereur  autorisa  le 
report  du  titre  et  de  la  dotation  du  général  sur  la  tète  de  sa 
fille  aînée,  M"®  Louise  Walther,  qui  en  a  joui  jusqu'à  sa 
mort,  survenue  en  1875.  » 

La  résistance  surhumaine  opposée  aux  armées  de  la  coali- 
tion ne  devait  que  retarder  la  marche  des  troupes  ennemies 
et  l'occupation  de  Paris.  Dès  les  premiers  jours  de  l'occupa- 
tion, les  portes  de  l'hôtel  de  la  rue  Saint-Dominique  durent 
se  rouvrir  pour  donner  accès  aux  cosaques  de  l'armée  russe 
qui  s'établirent  dans  les  dépendances  de  l'hôtel.  Le  grand-duc 
Constantin  prenait,  en  même  temps,  possession  de  l'hôtel 
voisin,  appartenant  au  prince  d'Eckmûhl.  Il  est  naturel  que, 
dans  ces  circonstances,  M™®  Walther  ait  dû  se  préoccuper  de 
la  sécurité,  sinon  de  son  immeuble,  du  moins  de  sa  personne 
et  de  celles  des  siens.  Elle  dépécha  son  jeune  frère  auprès 
du  duc  Constantin  pour  lui  demander  sa  protection  en  faveur 
d'une  veuve  et  de  ses  enfants  contre  les  violences  éventuelles 
de  ses  cosaques  établis  dans  l'hôtel  voisin  de  celui  qu'il 
occupait.  Dés  que  le  prince  eut  entendu  prononcer  le  nom  de 
j^me  Walther,  dont  il  ignorait  le  voisinage,  il  répondit,  avec 


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444  REVUE  D'ALSACE 

la  pétulance  de  son  âge  et  la  gracieuseté  de  son  rang,  qu'il 
allait  voir  et  rassurer  «M">«  la  comtesse  Wallher  dont  le  nom 
lui  était  connu»;  quelques  moments  après  la  visite  de 
M.  Jacques  Coulmann,  les  cosaques  évacuaient  l'hôtel  en 
même  temps  que  le  jeune  prince  arrivait  chez  M™®  la  com- 
tesse. L'entrevue  fut  ce  qu'elle  devait  être,  polie  et  gracieuse 
de  la  part  de  la  comtesse,  entourée  de  ses  deux  enfants  et 
de  son  frère,  excessivement  bienveillante  de  la  part  du  jeune 
prince,  de  sorte  que  le  dernier  cosaque  avait  disparu  de 
l'hôtel  quand  le  visiteur  eut  salué  M"*®  Walther. 

Lorsque  les  alliés  évacuèrent  le  pays,  après  avoir  ramené 
le  comte  d'Artois  sur  le  trône  de  ses  aïeux,  M°®  Wallher, 
peu  rassurée  sur  le  présent  et  l'avenir,  chercha  à  se  défaire 
de  son  hôtel,  mais  elle  ne  trouva  point  d'acheteur.  Comme 
elle  en  avait  l'habitude,  dans  l'intérêt  de  sa  santé,  elle 
s'était  établie,  avec  ses  enfants,  au  bord  de  la  mer,  à  Dieppe, 
pour  y  séjourner  cette  fois  plus  longtemps  qu'auparavant. 
C'est  de  là  qu'elle  revint,  en  juillet  1814,  pour  assister  aux 
funérailles  de  son  mari;  c'est  de  là  que,  assistée  de  son 
cousin  Frédéric  Cuvier,  elle  fit  une  excursion  au  delà  de  la 
Manche  afin  de  vérifier  par  elle-même  —  est -on  porté  à 
croire  —  si,  en  cas  de  besoin,  l'Angleterre,  où  le  Français 
était  insulté  en  pleine  rue,  ne  lui  offrirait  pas  un  refuge 
contre  les  violences  de  la  réaction  qui  sévissait  en  France; 
c'est  de  là  encore  qu'elle  entretenait  ses  relations  avec  ses 
parents  de  Paris  et  de  l'Alsace,  où  elle  revenait  aussi  souvent 
que  possible.  A  la  fin  de  1814,  elle  était  retournée  dans  son 
hôtel,  où  elle  se  trouvait  encore  lorsque  «Paris  en  fêle» 
rouvrit  ses  portes  à  Napoléon.  M™*  Walther,  toujours  en 
deuil,  accourut  avec  ses  filles  pour  recevoir  l'empereur  au 
palais  que  le  roi  de  l'émigration  avait  précipitamment  aban- 
donné pour  fuir  à  Gand.  Pendant  cette  courte  réapparition 
de  l'étoile  impériale,  M">«  Walther  fut  l'objet  d'attentions 
auxquelles  elle  devait  être  sensible  parce  qu'elles  étaient  un 


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LE  GÉNÉRAL  FRÉDÉRIC-LOUIS  WALTHER  ET  SA  FAMILLE      445 

nouveau  témoignage  de  la  considération  que  l'empereur 
vouait  à  la  mémoire  de  son  mari.  Comme  elle  en  avait 
rhabilude,  M"®  Wallher  était  retournée  à  Dieppe  dès  les 
premiers  jours  de  la  belle  saison,  et  son  hôtel,  qui  ne  trou- 
vait pas  d'amateur  quoique  mis  une  seconde  fois  en  vente, 
au  lieu  d'être  envahi  par  les  cosaques  à  la  seconde  invasion, 
le  fut  celte  fois  par  les  Prussiens,  qui  y  demeurèrent  jusqu'à 
l'évacuation.  Plus  tard,  elle  le  vendit,  à  l'amiable,  à  M.  de 
Grammonl  et  finit  par  se  retirer  dans  un  appartement  plus 
modeste,  rue  de  Tournon,  dans  le  voisinage  de  ses  cousins, 
MM.  Georges  et  Frédéric  Cuvier  du  Jardin  des  Plantes. 

L'installation  de  M°*«  Wallher  dans  la  rue  de  Tournon  ne 
tarda  pas  à  devenir  le  centre  de  réunions  intimes  où  se  ren- 
contraient quelques  débris  des  anciennes  relations  du  temps 
de  l'empire,  des  parents,  des  amis  et  quelques  jeunes  gens 
liés  avec  Jacques  Coulmann,  son  frère,  et  avec  le  fils  de 
Frédéric  Cuvier,  son  cousin.  Deux  filles  de  la  maison  de 
Wurtembei^,  dont  le  père,  en  mésintelligence  avec  sa  famille, 
s'était  établi  à  Paris,  fréquentaient  aussi  régulièrement  la 
maison  de  M""®  Wallher  ;  c'étaient  les  princesses  Charlotte  et 
Pauline,  qui  se  lièrent  d'amitié  avec  les  demoiselles  Louise 
et  Henrielle-Frédérique  Wallher  ;  celles-ci  élaienl  à  peu  près 
du  même  âge  que  les  deux  Wurlembergeoises,  dont  la 
première  devint  grande -duchesse  de  Russie,  la  seconde, 
duchesse  de  Nassau.  C'est  dans  ce  milieu  que  s'écoulaient 
les  dernières  années  de  la  veuve  du  général  Wallher  dont  la 
santé  continuait  à  s'affaiblir.  Elle  revenait  cependant  souvent 
à  Bruniath  au  milieu  de  ses  souvenirs  et  de  ses  relations  de 
famille.  Au  mois  de  juin  1820,  elle  fit  même  une  visite  à  la 
cour  de  Wurtemberg  où,  par  suite  d'arrangement  de  famille, 
étaient  revenues  les  deux  amies  de  ses  filles  ;  elle  s'arrêta  à 
Bade,  où  elle  retrouvait  des  connaissances  du  temps  de  l'em- 
pire, M"^"^  de  Lavalette,  la  duchesse  de  Raguse,  le  général 
Gourgaud,  revenu  de  Sainte-Hélène,  le  roi  Max  de  Bavière, 


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446  HEVUE  D' ALSACE 

la  grande-duchesse  Stéphanie,  Eugène  de  Beauharnais ,  son 
frère  et  d'autres  personnages  dans  la  société  desquels  les 
demoiselles  Walther  trouvaient  de  grandes  distractions.  La 
plus  jeune,  M"«  Henriette -Frédérique,  en  donne  de  char- 
mantes descriptions  dans  ses  lettres  à  ses  chers  parents  du 
Jardin  des  Plantes. 

En  1822  M"*®  Walther  voyait  sa  fin  arriver  à  grands  pas, 
car  la  maladie  de  poitrine  dont  elle  était  atteinte  lui  permet- 
tait d'en  mesurer  ctiaque  jour  les  progrès.  Sa  contenance  et 
ses  efforts  pour  dissimuler  aux  yeux  de  ses  filles  Timminence 
du  danger  durent  être  bien  énergiques,  car  W^  Henriette 
surtout  ne  le  voyait  pas.  En  juillet  de  la  même  année,  elle 
eut  encore  la  consolation  de  voir  l'ainée,  M^^"^  Louise,  épouser 
«M.  le  baron  F.  Bartholdi^  originaire  de  T Alsace,  mais  habi- 
tant Paris  avec  ses  parents».  En  octobre  elle  succombait, 
laissant  orpheline  sa  plus  jeune  fille,  W^^  Henriette,  qui 
désormais  demeura,  conformément  aux  recommandations  de 
son  père,  confiée  à  la  direction  de  Georges  Cuvier. 

Nous  devons  arrêter  ici  les  informations  se  rattachant  à 
rhistoire  de  TAlsace.  La  vie  et  les  actes  des  filles  du  général 
Walther,  nées  toutes  deux  loin  de  la  province  dont  leurs 
parents  sont  originaires,  fourniraient  des  pages  étrangères  à 
notre  cadre.  Nous  noterons  seulement  que  M*^*"  Henriette 
épousa  M.  Jean  André,  très  lié  avec  M.  Jean-Jacques  Goul- 
mann,  oncle  d'Henriette;  que  M.  André  fut  receveur  général 
des  finances  à  Tours;  que  son  beau-frère,  M.  F.  Barlholdi, 
s'associa  à  lui  pour  la  gestion  de  la  recette  ;  que  cette  famille 
se  concilia  une  grande  considération  dans  la  Touraine  ; 
qu'après  le  mariage  de  Napoléon  III,  M"*®  Henriette  et  son 
mari  prirent  une  très  sincère  et  très  active  part  au  mouve- 
ment religieux  causé  par  ce  mariage  dans  la  France  pro- 
testante et,  enfin,  que  M'"'''  Louise  Bartholdi  mourut  en  i875 
et  M"°  Henrielte  André  le  6  août  1886. 

Louis  Sghœnberg. 


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LES 

MANUSCRITS  ALLEMANDS 

DK    LA 

BIBLIOTHÈQUE  NATIONALE 

RELATIFS  A  L'HISTOIRE  D'ALSACE 

(Suite  K) 


Nous  abordons  maintenant  la  description  du  manuscrit 
allemand  n""  SA.  Il  est  de  moyen  formai  et  se  compose  de 
493  feuilles,  dont  436  numérotées  en  chiffres  romains,  les 
dernières  plus  modernes  en  chiffres  arabes.  La  table  s'étend 
de  plus  en  tête  sur  les  feuilles  A  à  Z.  Très-souvent  à  la 
suite  des  différentes  subdivisions  des  feuillets  sont  restés  en 
blanc:  un  continuateur  y  a  ajouté  de  nouveaux  fragments:  ces 
feuillets  blancs  sont  ou  bien  numérotés  ou  bien  dépourvus 
de  numéros.  Le  manuscrit  est  écrit  sur  2  colonnes,  les 
titres  des  chapitres  sont  en  rubriques.  Il  est  relié  d'une  forte 
reliure  en  bois.  Le  manuscrit  provient  de  la  bibliothèque 
du  cardinal  Mazarin  :  dans  l'ancien  fonds  il  portait  le  nu- 
méro 7828. 

Le  manuscrit  commence  ex  abrupto  par  la  préface  de 
Kônigshofen,  annonçant  la  division  de  la  chronique  en 
cinq  parties:  suit  la  table  par  ordre  alphabétique:  elle 
est  beaucoup  moins  développée  que  celle  qui  se  trouve  dans 

^  Voir  Revue  d'^teoce  janvier-février-mars  et  avril-mai-juin  1889. 


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448  REVUE  d'âlsace 

les  éditions  imprimées.  Le  premier  livre  s'étend  du  folio  I 
au  folio  XXXYIII  ;  il  ne  nous  retiendra  pas  longtemps  ; 
car  il  est  conforme  ^  sauf  quelques  variantes  peu  intéres- 
santés,  à  l'édition  de  Schilter.  Le  second  livre  est  trans- 
crit sur  les  folios  XXXIX— CXXXIX.  Il  a  été  copié  sur  le 
manuscrit  qui  a  servi  à  Schiller  ;  il  renferme  pourtant  des 
variantes  assez  nombreuses,  mais  qui  ne  présentent  aucun 
intérêt  historique.  Wenceslas  est  compté,  comme  dans 
Schilter,  le  104®  empereur.  Notre  codex  contient  ensuite  la 
suite  de  Kœnigshofen,  qu'on  trouve,  écrite  d'une  main  plus 
récente,  dans  le  manuscrit  de  Schilter.  Les  rubriques  sont 
les  mêmes  :  mais  le  chapitre  sur  le  couronnement  impérial 
de  Frédéric  III  est  beaucoup  plus  développé  ;  c'est  ici  véri- 
tablement que  commencent  les  fragments  nouveaux. 

Fragment  1 .  —  Kiinig  Friderich  von  Ôsterieh  wart  Jceyser 
in  der  mossen,  aïs  hemach  gemeldet  ist. 

Ufif  mentag  nach  dem  suntag  invocavit  do  man  zalt  MCCGCLII 
jor,  da  zogete  unser  herre  der  rômscheKûnig Friderich  vorgenant, 
ouch  Kûnig  Laszlaus  des  vorgenanlen  kûnig  Âlbrehts  sun,  kûnig 
zu  Ungarn  und  zu  Behem  usw.  und  hertzog  Âlbreht  vonOesterich, 
kûnig  Friderichs  bruder  usz  der  Hohensen  gegen  Rome  wert  bitze 
gon  Ronconont,  sint  zwôlffthaip  welscher  milen  :  aber  Hertzog 
Albreht  reit  darnach  gon  Abricola,  sint  sehsz  und  zvventzig 
welsche  milen  ;  aber  die  kûnigin  reit  erst  des  morgens  usz  und 
ruckten  also  bitz  gon  Viterve  do  sancta  Rosa  lit  ;  do  logent  su  aile 
stille  bitz  der  kûnig  sich  vereinbert  mit  dem  Bobste  von  der  Eydes 
wegen  so  er  ime  tûn  soit  uff  raittwoch  nach  dem  suntag  remtnû- 
cere,  das  was  an  dem  ahtsten  tage  des  mertzen  ein  stunde  oder 
zwo  vor  Naht.  Do  komend  kûnig  laszlaus  und  hertzog  Albreht 
fur  Rome,  aber  die  kûnigin  erst  in  der  naht  und  legerte  der  kûnig 
und  die  sinen  nehst  in  einèm  nuwen  buse,  batte  ein  florentzer 
gebuwen,  ist  villiht  vier  armbrustschûtze  von  Rome  und  ir  ein 
teil  doumb  in  gezelten,  doch  das  meiste  teil  in  der  statt.  Aber  die 
von  den  stetten,  als  die  nachtrabten,  ritteu  die  naht  und  uff  zwo 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  449 

stunden  vor  tage  komend  su  ouch  in  den  léger.  Also  do  es  tagete, 
zûgent  aile  zûge  zusammen  vor  der  statt  \iS  einer  gar  schônen 
matten  und  kam  do  usz  dem  léger  villihte  drig  stunde  im  tage 
hertzog  Âlbreht  mit  des  riches  paner  das  do  selbs  uff  geworifen 
und  fiiiegende  was^  des  er  ein  ôberster  houptman  was.  Also 
gingent  die  Rômer  mit  einer  procession  doch  one  heiltum  und 
stôpvell  dem  kùnige  engegen.  Aber  der  Senator  von  Rome  reit 
mit  ettwie  manigem  in  scharlach  kleidern  rot  und  er  in  einem 
roten  gûldin  vehm  artzatrocke,  und  furt  man  ime  ein  gûldin  swert 
und  ein  hûtelin  und  der  Rômer  paner  vor  fliegende  do  selbs  und 
durch  in  hin  bitze  er  mit  in  von  des  kûniges  palast  heym  reite. 
Nu  was  geordenet  das  die  swoben  vor  soUent  ziehen,  doch  one 
sanct  Jôrgen  venlin  ;  darnach  der  Senator  von  Rome,  darnach  der 
kûnig  mit  sinem  houptman,  darnach  die  kûnigin  ;  darnach  die  von 
den  stetten  hinin  zugent  zû  sanct  Peter  do  der  bobst  ouch  wonet, 
und  saz  der  bobst  uff  der  stegen  vor  dem  munster  und  ouch 
kûnig  Lazlaus  und  hertzog  Albreht  gingent  in  an  hende  und 
fusse  kûssende.  Und  do  stunt  der  bobst  uff  und  umbving  den 
kûnig,  der  also  zu  stunt  in  das  munster  ging.  Aber  der  bobst 
sitzende  enpfing  die  kûnigin  ouch.  Die  wile  kam  also  der  kûnig 
herwider  uz,  und  nach  vil  geschefftes  ging  der  bobst  in  sinon 
palast,  desglichen  der  kûnig  ouch  an  sin  gewar  sam  kûnig  Lazlaus 
und  die  kûnigin,  logent  zû  der  andern  syten  -sanct  Peters  in  einem 
hofe  do  ettwann  keyser  Sigmonts  herberg  was  und  furte  der  von 
Megdeburg  das  paner,  und  nach  disen  dingen,  die  sich  liht  uff 
zwo  stunden  oder  me  nach  mittage  verzugent^  kam  hertzog 
Albreht  fur  den  palast  dem  diente  er  mit  dem  paner  an  sin  her- 
berge,  die  was  zûm  heiligen  geiste^  ist  uff  halbem  wege  von  dem 
palast  zu  der  Tyberbrucken.  Item  uff  donrestag  vor  letarCy  das 
was  am  sehtzehenden  tage  des  mertzen,  kam  hertzog  Albreht  gon 
sanct  Peter  in  die  kirche  umb  das  er  kûnig  Lazlao  und  der  kûnigin 
getranges  vor  wer  und  behûte  ouch  das  nit  jederman  in  das  getter 
so  fur  den  fronaltar  gemaht  ist  trunge.  Darnach  kam  der  kûnig^ 
do  ging  ime  der  bobst  engegen  ettwie  verer  in  das  munster  und 
ging  do  wider  hinin.  Do  ging  der  kûnig  dem  bobste  noch  vor 
jederman  in  sin  gestûle.  Darnach  kam  die  kûnigin  uff  ir  gezymber 
das  was  zû  rure  an  dem  getter  doch  ussert  halp  zu  der  lincken 

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450  REVUE   D' ALSACE 

syten,  und  ûber  ein  wile  gingent  der  kûnig  und  die  kûnigin  fur 
den  bobst  knuwende,  also  stunt  er  uif  und  gab  su  zûsammen,  do 
kûzte  ime  der  kûnig  bende  und  fusse  und  an  den  backen,  aber 
die  kûnigin  hende  und  fusse,  und  do  mahte  er  ein  crùtze  rûrende 
ufif  ir  hôupter,  do  ging  jedes  in  sin  gestûle  und  hube  man  die 
messe  an  mit  frôbiicbem  gesange.  Als  vor  dem  ewangelio  knuwete 
der  kûnig  fur  den  bobst ,  do  satzte  er  ime  ein  crone  uff  fur  die 
stehelin  crone  so  er  zu  Meygelon  soUe  gebolet  haben,  wie  doch 
bottschafift  von  Meygelon  vor  dem  bobst  was  gewesen  solches  zu 
wenden  wanne  es  by  in  und  sust  nit  beschehen  solte,  aber  der 
bobst  sprach  su  soUen  paciencie  haben.  Also  gebenedicierte  in  der 
bobst  ^^und  ministriert  im  daraffter  hertzog  Albreht  der  gekleidet 
was  in  einem  scharlachen  manlel ,  und  darunder  einen  rock  bede 
mit  hermelm  gefûtert  und  mit  einem  scbibelehtem  hûtelin,  bette 
obenan  vil  spitzer  ecken.  Darûber  ging  ein  gûldin  reiff  voman  mit 
einem  crûtzelin  als  ein  Ertzhertzog  der  dem  kûnige  die  crone  uff 
und  abe  zû  sinon  zyten,  der  hertzog  vonTeslingen  trûg  den  apffel, 
und  der  von  Megdburg  den  zepter.  Aber  kûnig  Laslaus  wartel  uff 
die  kûnigin  und  celebriert  ein  cardinal  in  und  wart  das  ampt  mit 
frôiden  volbroht.  Darnach  knuweten  aber  der  kûnig  und  die 
kûnigin  fur  den  bobst,  der  gab  do  den  segen  und  schiede  jeder- 
man  dannen,  der  bobst  vor,  der  kûnig  nach  und  darnach  die 
kûnigin.  Item  uff  suntag  letare  zu  mittelvasten,  trug  der  bobst 
zu  sanct  Peter  die  rose  umb  als  das  gewônlichen  ist,  und  ging  do 
in  den  cher  uff  einen  stul  sitzen  und  ving  do  zu  none  an  und 
sang  :  Deus^  in  adjutorium  meum  intende,  und  do  kam  der 
kûnig  ouch  in  die  kyrchen  und  wart  do  von  drigen  Bychôften  an 
drigen  enden  ûber  in  gebettet,  domitte  endet  sich  die  None.  Dar- 
nach wurdent  er  und  die  kûnigin  von  cardinalen  vor  sanct  Peters 
altar  gecrizmet,  die  wile  wart  der  im  chore  angetan  messe  zû 
singen  und  die  cardinale  daten  die  roten  chorcappen  an,  und 
ging  also  der  bobst  fur  den  fronaltar,  so  kommet  ouch  der  kûnig 
und  sprach  mit  ime  das  confiteor  und  ging  die  kûnigin  uff  ir 
gezymber,  so  vor  dem  getter  was,  und  blibent  also  ston.  Nach 
dem  Gradualy  das  ist  so  man  das  evangelium  will  lesen,  dovor 
bette  sich  de  bobst  uff  sinen  sessel  gemaht,  also  kam  der.  kûnig 
usz  sinem  gezymber  und  welche  ihm  mit  cron  zepter  und  mit 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  451 

dem  aplfel  den  andern  tag  gedient  hettent,  das  daten  sii  aber^  und 
ein  swert  hub  der  marschalcke  von  Pappenheym,  das  presen- 
tierten  su  also  allesamment  uiï  den  altar  und  das  enpfing  ein  car- 
dinal.  Do  ging  der  bobst  zu  dem  altar,  also  glich  ging  ouch  der 
kûnig^  der  knûwete  vor  dem  altar  fur  den  bobst.  Do  nam  ein  car- 
dinal keyser  Karoles  swert  und  zuckt  das  usz  der  scheiden  und 
gab  es  dem  bobst  in  die  haut  also  blosz,  der  gab  es  dem  kûnige 
ouch  blosz  und  die  scbeide ,   also  stiesz  er  es  darin.  Aber  balde 
zuckte  er  es  wider  darusz  und  erschutte  es  drûstunt.  Do  nam  es 
der  bobst  und  stiess  es  selber  in  die  scbeide  und  gurte  es  ime 
umb.  Do  nam  der  bobst  keyser  Caroles  cron  und  truckte  ime  die 
mit  beden  henden  uif  sin  houpt  und  gab  ime  do  den  zepter  in  die 
rehte  bant  und  den  apffel  in  die  lincke  hant,  was  ailes  keyser 
Karoles  gesin.    Also  ging  der  keyser  mit  siner  majestat  ufif  die 
site  do  die  kûnigin  inné  stunt  und  furte  su  zu  dem  altar.  Do  nam 
der  bobst  die  crone  mit  einer  kôstlichen  Infeln  so  darzu  bereitet 
war,   und  satte  su  ufF  ir  houpt,   wanne  su  halte  ir  bore  blosz 
gelassen  hangen,  und  nach  des  bobstes  gebette  leilete  su  kûnig 
Laszlaus  in  ir  gezymber.  Do  sang  ein  Cardinale  das  Ewangelium. 
Darnach  in  der  wandelunge  sasz  der  bobst  aber  ufT  sinen  stul  und 
nitzete  das  heilige  sacramente  und  ein  Cardinal  zwûschent  zweyen 
altaren.  Do  nosz  der  bobst  usz  dem  kelich,  do  ministriert  hertzog 
Albreht  dem  bobst  in  sinem  ertzhertzogen  kleit ,  do  endete  der 
bobst  die  messe  und  gab  den  segen  und  ablosz,  so  vil  in  allen 
kyrchen  zu  Rome  ist.  Darnach  geleitete  der  bobst  den  keyser  und 
gab  ime  die  rose  die  er  bitze  dartrûg  ufF  die  Tyberbrûcke.  DarufF 
flog  des  Riches  paner  mit  zweyen  coppen  und  sanct  Jôi^en  venlin. 
Under  den  beden  slug  er  Ritter  jedermann  er  were^    edel  oder 
burger.  Und  liessent  sich  der  von  Megdburg  und  andere  Ritter 
anderwerb  Ritter  slahen  und  wurdent  das  meiste  teil  des  keysers  und 
hertzog  Albreht  edellùte  aile  Ritter  geslagen.  Nu  was  die  brucke 
beslossen  do  nu  niemand  me  sich  ulf  der  brucken  liesz  slahen. 
Do  reit  hertzog  Albreht  under  das  Thor  und  wartete  lange  wile 
und  ruffte  ob  jemant  do  were  der  ritter  werden  wolte.  Darnach 
mit  flîegendem  paner  und  sanct  Jôrgen  venlin  des  houptman 
grafe  Heinrich  von  Furstenberg  was  und  furte  es  Herre  Heinrich 
von  Randecke-reit  der  keyser  gen  sanct  Johanns  Latronensis.  Do 


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452  REVUE  d'alsace 

was  es  by  vinster  naht.  In  der  naht  reit  er  wider  in  des  bobsles 
palast  gon  sanct  Peter,  und  bischohend  aile  ding  zytlich  mit  guter 
Ordenunge  und  moi^ens  an  mentag  do  zôigete  man  Veronica 
geschriben  zu  Rome  am  zinstag  nach  letare  zwo  stunden 
vor  tage. 

Le  rai  Frédéric  d'Autriche  devient  Empereur ^  de  la  manière 
dont  il  est  raconté  ci-après. 

Le  lundi  après  le  dimanche  invocavit  (28  février)  de  l'année 
1452^  notre  seigneur  le  roi  des  Romains  Frédéric  susnommé  %  le 
roi  Ladislas^  fils  du  roi  Albert'  susnommé,  roi  de  Hongrie  et  de 
Bohême^  etc.,  et  le  duc  Albert  d'Autriche,  frère  du  roi  Frédéric' 
quittèrent  la  ville  de  Sienne  dans  la  direction  de  Rome.  Ils  se  ren- 
dirent jusqu'à  Roccastrada^,  à  onze  milles  français  et  demi^  tandis 
que  le  duc  Albert  alla  jusqu'à  Abriola^  à  vingt-six  milles  français. 
La  reine  ne  quitta  Sienne  que  le  lendemain  et  ainsi  tous  arri- 
vèrent à  Viterbe,  où  santa  Rosa  a  subi  le  martyre.  Là  ils  atten- 
dirent tranquillement  jusqu'à  ce  que  le  roi  eut  eu  son  entrevue 
avec  le  pape,  pour  le  serment  qu'il  lui  devait  faire.  Cette  entrevue 

^  Le  roi  Frédéric  d'Autriche  s'était  rendu  à  Rome  à  la  fois  pour  se 
marier  et  pour  se  faire  couronner  empereur.  Il  devait  épouser  Eiéonore, 
fille  du  roi  Edouard  de  Portugal  et  nièce  du  roi  Alphonse  de  Naples. 
Le  pape  Nicolas  Y  devait  bénir  cette  union  et  lui  conférer  la  dignité 
impériale.  Frédéric  évita,  en  descendant  en  Italie,  de  passer  par  Milan 
où  le  condottiere  François  Sforza  s'était  emparé  de  l'autorité.  Il  vint  à 
Florence  où  il  fut  magnifiquement  reçu,  le  30  janvier  1452;  puis  il  se 
dirigea  sur  Sienne  où  il  vit  pour  la  première  fois  sa  fiancée,  celle  qui  dans 
notre  texte  est  appelée  la  reine.  Cette  entrevue  a  été  représentée  dans 
l'une  des  belles  fresques  dont  Bernardino  Pinturicchio,  avec  l'aide  du 
jeune  Raphaël,  a  orné  la  bibliothèque  du  chœur,  dans  le  dôme  de  cette 
ville. 

^  Ladislas  le  Posthume,  roi  de  Bohême  et  de  Hongrie,  duc  d'Autriche. 
Il  était  fils  du  souverain  d'Allemagne  Albert  II.  11  naquit  après  la  mort 
de  son  père,  tandis  que  Frédéric  III,  représentant  d'une  autre  branche 
de  la  maison  de  Habsbourg,  était  couronné  roi  des  Romains. 

»  Albert  VI  le  Prodigue;  en  1453,  il  reçut  le  titre  d'archiduc. 

*  Nous  croyons  du  moins  qu'il  s'agit  de  cette  ville,  au  sud  de  Sienne; 
nous  ignorons  ce  que  l'auteur  a  voulu  dire  par  Abricola  ;  il  aura  sans 
doute  estropié  le  nom. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  453 

eut  lieu  le  mercredi  après  le  dimanche  de  reminiscerey  le  hui- 
tième jour  de  mars,  une  ou  deux  heures  avant  la  nuit.  Après 
cela,  le  roi  Ladislas  et  le  duc  Albert  arrivèrent  devant  Rome  ; 
la  reine  arriva  de  même,  mais  seulement  dans  la  nuit.  Le 
roi  et  les  siens  logèrent  dans  une  nouvelle  maison  qu'un  Florentin 
avait  fait  bâtir  *^  environ  à  quatre  portées  de  flèche  de  Rome  ; 
quelques-uns  des  Allemands  campaient  sous  tente  dans  les 
environs  ;  d'autres ,  —  la  plus  grande  partie  —  couchèrent  dans 
la  ville.  Les  soldats  des  villes  qui  se  trouvaient  en  arrière  mar- 
chèrent toute  la  nuit  et  environ  deux  heures  avant  le  jour,  ils 
furent  présents  au  camp.  Quand  il  fit  jour,  tous  les  cortèges  se 
rassemblèrent  devant  la  ville  en  un  très  beau  pré,  et  alors  sortit 
du  camp^  environ  à  la  troisième  heure  du  jour,  le  duc  Albert  avec 
la  bannière  de  l'Empire,  qu'il  déploya  et  qu'il  fit  flotter  (il  était 
l'un  des  plus  éminents  capitaines  de  cette  bannière)  *.  Les  Ro- 
mains s'avancèrent  au-devant  du  roi  en  procession ,  pourtant  sans 
porter  de  reliques  ni  de  bannières.  Le  sénateur  de  Rome  était  à 
cheval,  entouré  d'une  suite  nombreuse  en  habits  rouges  écarlates  : 
lui-même  portait  une  robe  semblable  à  celle  des  médecins  ;  elle 
était  toute  rouge ,  garnie  de  fourrure  et  de  franges  d'or  :  devant 
lui  on  portait  une  épée  d'or,  un  petit  chapeau  et  la  bannière  des 
Romains  déployée  et  il  en  fut  ainsi  jusqu'à  ce  que  du  palais  du  roi 
on  s'en  retourna  à  Rome.  On  ordonna  alors  que  les  Allemands 
marcheraient  en  tête,  pourtant  sans  le  drapeau  de  Saint-Georges; 
ensuite  devait  venir  le  sénateur  de  Rome,  puis  le  roi  avec  son 
capitaine,  puis  la  reine  puis  les  gens  des  villes.  Et  ils  entrèrent 
à  Saint-Pierre  où  habite  le  pape ,  et  le  pape  était  assis 
sur  l'escalier  devant  l'église  :  le  roi  Ladislas  et  le  duc  Albert 
s'approchèrent  et  lui  baisèrent  les  mains  et  les  pieds.  Puis 
le  pape  se  leva,  et  reçut  le  roi  qui  aussitôt  entra  dans  l'église. 
Ensuite  le  pape,  s'étant  rassis,  reçut  la  reine  et,  pendant  cet 
instant,  le  roi  sortit  de  l'église,  et  après  bien  des  affaires,  le  pape 
se  rendit  à  son  palais,  de  même  le  roi  se  retira  dans  son  apparte- 
ment avec  le  roi  Ladislas  et  la  reine.  Ils  logèrent  de  l'autre  côté 

1  II  s'agit  ici  d'un  marchand  florentin,  Marco  Spinelli. 

2  Le  duc  Albert  régla  tous  les  détails  de  cette  entrée,  qui  eut  lieu  le 
9  mars.  Voir  Fez.  Scriptorum  rerum  austriacorum  II,  col.  5G1-566. 


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454  REVUE  D'ALSACE 

de  Saint-Pierre,  dans  une  maison  où  jadis  avait  demeuré  l'Em- 
pereur Sigismund*,  et  la  bannière  fut  portée  par  le  burgrave  de 
Maidburg*.  Après  ces  choses  qui  furent  accomplies  à  deux  heures 
de  l'après-midi  ou  plus  tard,  le  duc  Albert  passa  devant  le  palais^ 
reçut  la  bannière,  et  se  rendit  à  son  logis  qui  était  à  l'enseigne  du 
Saint-Esprit  à  moitié  chemin  du  palais  et  du  pont  du  Tibre.  Item 
le  jeudi  avant  laetare^   c'est-à-dire  le  16  mars,  le  duc  Albert 
arriva  dans  l'église   Saint-Pierre,    précédent  le  cortège  du  roi 
Ladislas  et  de  la  reine,    pour  veiller  que  la  foule  ne  pénétrât 
pas  derrière  la  grille^   placée  devant    le    grand    autel.     Alors 
arriva  le  roi  et  le  pape  alla  au  -  devant  de  lui^  faisant  quelques  pas 
dans  la  cathédrale,  puis  revint  à  sa  place.  Le  roi  le  suivit  et  passa 
devant  les  assistants,  placés  dans  leurs  bancs.  Ensuite  la  reine  se 
rendit  à  une  tribune,  près  de  la  grille,  pourtant  du  côté  extérieur,  à 
gauche.  Puis  au  bout  d'un  instant  le  roi  et  la  reine  allèrent  s'age- 
nouiller devant  le  pape  :  et  celui-ci  se  leva  et  les  unit.  Le  roi  lui  baisa 
les  mains,  les  pieds  et  la  joue,  et  la  reine  les  mains  et  les  pieds  ;  et  il 
leur  fit  un  signe  de  croix  sur  la  tète.  Puis  chacun  d'eux  retx)urna 
à  sa  place  et  joyeusement  l'on  commença  la  messe.   Avant  la 
lecture  de  l'Évangile,  le  roi  s'agenouilla  derechef  devant  le  pape, 
et  celui-ci  lui  mit  sur  la  tète  une  couronne  au  lieu  de  la  couronne 
de  fer,   qu'il   aurait  dû  chercher  à  Milan,  puisqu'aussi  bien  des 
députés  de  Milan  étaient  venus  auprès  du  pape,  et  lui  avaient  dit 
d'en  agir  ainsi,  si  le  couronnement  ne  pouvait  se  faire  chez  eux  ni 
ailleurs,  et  le  pape  leur  avait  dit  de  prendre  patience.  Le  pape  le 
bénit  de  la  sorte,  et  le  service  était  fait  par  le  duc  Albert  qui  était 
habillé  d'un  manteau  d'écarlate  et,   par-dessous,  d'une  robe  ma- 
gnifique, robe  et  manteau  doublés  d'hermine  et  il  avait  un  cha- 
peau  rond    garni    en    haut    de    dentelles.    Un    cerle    en    or, 
orné  d'une    petite  croix,     l'entourait,     comme    il    convient   à 
un  archiduc  chargé  de  porter  la  couronne  royale.   Le  duc  de 
Testingen   portait   la  pomme  et   le   burgrave  de   Maidburg  le 
sceptre.    Le  roi  Ladislas  se  tenait  au  service  de  la  reine.  Un 
cardinal  célébra  la  messe  qui  fut  chantée  joyeusement.  Puis  le 

1  Sigismond  fut  couronné  empereur  à  Rome,  au  mois  d'avril  1433. 
^  Le  burgrave  Michel  de  Maidburg,  comte  de  Haideck. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  455 

roi  et  la  reine  s'agenouillèrent  de  nouveau  devant  le  pape  :  il  leur 
donna  la  bénédiction  et  chacun  s'en  alla,  le  pape  devant,  le  roi 
ensuite  et  puis  la  reine.  Item  le  dimanche  letare  de  la  mi -carême 
(19  mars)^  le  pape,  suivant  Tusage^  fit  le  tour  de  l'église  Saint- 
Pierre,  en  portant  une  rose  ^  :  puis  il  pénétra  dans  le  chœur, 
s'assit  sur  son  siège,  commença  à  chanter  nones  :  DeuSy  in  ad/u- 
torium  meum  indende,  et  à  ce  moment  le  roi  entra  dans  l'église 
et  trois  évèques ,  dans  trois  coins  différents,  prièrent  pour  lui  : 
ainsi  se  terminèrent  les  nones.  Puis  lui  et  la  reine  furent  oints 
d'huile  par  les  cardinaux,  devant  l'autel  de  Saint-Pierre  :  en  ce 
moment  même^  on  commença  à  chanter  la  messe  dans  le  chœur 
et  les  cardinaux  revêtirent  leurs  chappes  rouges.  Puis  le  pape  se 
plaça  devant  le  grand  autel,  où  arriva  aussi  le  roi  et  les  deux 
ensemble  récitèrent  le  confiteor^  tandis  que  la  reine  gagna  sa 
tribune,  devant  la  grille  et  tous  restèrent  debout.  Le  pape  et  le 
roi  regagnèrent  ensuite  leurs  sièges;  mais  après  le  gradxAel^ 
c'est-à-dire  au  moment  où  l'on  commence  à  lire  l'Évangile,  le  roi 
se  leva  et  avec  lui  ceux  qui  l'avaient  déjà  servi  dans  la  précédente 
cérémonie,  en  portant  la  couronne,  le  sceptre  et  la  pomme  :  ils 
remplirent  cette  fois  le  même  office^  et  le  maréchal  de  Pappen- 
heim  tint  devant  lui  une  épée.  Un  cardinal  reçut  tous  ces  insignes 
et  ils  furent  déposés  sur  l'autel.  Alors  le  pape  arriva  devant 
l'autel  ;  et  le  roi  en  fit  de  même  au  même  moment  et  s'agenouilla 
devant  le  pape.  Alors  un  cardinal  prit  l'épée  de  Gharlemagne  et  la 
sortit  du  foun^eau ,  et  la  présenta  nue  au  pape ,  qui  la  donna  au 
roi  avec  le  fourreau,  et  le  roi  la  remit  au  fourreau.  Mais  bientôt  il 
l'en  retira  une  seconde  fois,  et  en  frappa  l'air  à  trois  reprises. 
Puis  le  pape  la  reprit,  la  remit  lui-même  au  fourreau  et  en  cei- 
gnit le  roi.  Ensuite  il  prit  la  couronne  de  Gharlemagne  et  des  deux 
mains  la  lui  posa  sur  la  tète,  et  il  lui  donna  dans  la  main  droite  le 
sceptre,  dans  la  main  gauche  la  pomme  qui  avaient  de  même 
appartenu  à  Gharlemagne.  Puis  l'empereur  recouvert  de  ses  orne- 

1  Le  quatrième  dimanche  de  Carême,  le  pape  avait  Fhabitude  de 
bénir  une  rose  d'or;  il  en  faisait  ordinairement  cadeau  à  la  personne  la 
plus  qualifiée  qui  se  trouvait  ce  jour  à  Rome;  il  l'envoyait  même  quel- 
quefois comme  un  rare  présent  à  une  personne  absente  de  haute 
dignité. 


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456  REVUE  d' ALSACE 

ments  se  mit  un  peu  de  côté ,  la  reine  entra  dans  le  chœur  et  lui- 
même  la  conduisit  devant  l'autel.  Le  pape  prit  alors  la  couronne, 
à  laquelle  était  adaptée  une  précieuse  bandelette  et  la  lui  mit  sur 
la  tête,  car  elle  avait  laissé  flotter  ses  cheveux  et,  après  la  prière 
du  pape,  le  roi  Ladislas  la  reconduisit  à  sa  tribune.  Puis  un  car- 
dinal récita  l'Évangile.  Lors  de  la  communion^  le  pape  s'assit  de 
nouveau  sur  son  siège  et  reçut  le  saint  sacrement,  tandis  qu'un  car- 
dinal se  tenait  dans  l'intervalle  de  deux  autels.  Puis  le  pape  vida  le 
calice  et  la  messe  était  servie  par  le  duc  Albert,  dans  son  habit  de 
parade.  Le  pape  termina  la  messe,  donna  la  bénédiction  et  l'absolu- 
tion pour  toutes  les  églises  de  Rome.  Puis  il  accompagna  l'Empereur 
et  lui  donna  la  rose  qu'il  porta  jusqu'au  pont  du  Tibre.  Là  flottait 
la  bannière  de  l'Empire  avec  ses  deux  chapons  et  l'étendard  de 
Saint-Georges.  Sous  ce  double  drapeau,  l'Empereur  arma  chevalier 
quiconque  se  trouvait  là^  noble  ou  bourgeois'.  Et  le  burgrave  Maid- 
burg  et  d'autres  chevaliers  se  firent  armer  chevaliers  pour  la  seconde 
fois  et  la  plupart  des  nobles  de  la  suite  de  l'Empereur  et  du  duc  Albert 
furent  armés  chevaliers.  Puis,  comme  personne  ne  se  présentait 
plus,  on  barra  le  pont.  Et  le  duc  Albert  se  rendit  sous  la  porte^  y 
resta  longtemps  et  demanda  en  criant  si  personne  ne  voulait  être 
fait  chevalier.  Après  cela  avec  bannière  déployée,  avec  l'étendard  de 
Saint-Georges  dont  le  comte  Henri  de  Furstenberg  était  capitaine 
et  que  portait  le  seigneur  Henri  de  Randecke,  l'Empereur  se 
rendit  à  SainiJean  de  Latran*.  11  faisait  déjà  nuit  sombre  ;  dans  la 
nuit,  il  revint  de  nouveau  à  Saint-Pierre,  au  palais  du  pape,  et 
toutes  ces  choses  se  passèrent  fort  bien,  en  très-bon  ordre,  et,  le 
lendemain  lundi,  on  montra  à  Rome  l'image  de  Véronique,  ainsi 
que  le  mardi  après  letare^  deux  heures  avant  le  jour' . 

^  Aeneas  dans  son  histoire  de  Frédéric  nous  explique  pourquoi  ces 
soldats  se  firent  armer  chevaliers  en  cet  endroit  :  «  Alemani  ezistimant 
in  eo  ponte  qui  manu  Gœsaris  fiunt  ceteros  milites  antecedere.  Aiunt 
enim  hos  primes  ;  secundos  qui  apud  Aquisgrani  creantur,  tertio  loco 
Hierosolymitanos  ponunt  :  reliquos  milites  minores  habent.  • 

3  Là  fut  célébré  un  grand  repas. 

^  Véronique  est  le  nom  d'un  portrait  de  Jésus-Christ,  représenté  sur 
un  suaire  à  Saint-Pierre  de  Rome.  On  croit  d'ordinaire  que  ce  nom 
vient  de  vera  et  ecxcov,  vraie  image.  M.  Alfred  Maury  a  soutenu  une 
opinion  différente,  dans  Croyances  et  légendes  de  Vantiquité^  p.  334. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  457 

Nous  avons  publié  ce  très  long  fragment,  bien  qu'il  n'in- 
léresse  pas  directement  Thistoire  d'Alsace.  Mais  il  renferme 
des  détails  curieux  sur  Thistoire  d'Allemagne  :  et  l'auteur 
est,  semble-t-il,  un  témoin  oculaire.  Le  soin  avec  lequel  il 
relate  les  faits  du  duc  Albert  prouve  qu'il  était  de  la  suite  de 
ce  prince.  On  pourra  comparer  ce  récit  avec  celui  d'Aeneas 
Sylvîus,  le  futur  pape  Pie  III,  dans  son  histoire  de  Frédéric  ; 
avec  celui  d'EnenkI,  dans  Hoheneck.  Bie  lobliclie  Herren 
Herrn  Stànde  des  Ers-Herisogthums  Oesterreich  6b  der  Ennz. 
t.  III.  437;  avec  celui  de  Columbanus  de  pontremolo  dans 
Denis,  Codices  ms.  thed.  bibliothecae  palatinae  I.  526. 

Nous  trouvons  ensuite  un  chapitre  intitulé  :  Hie  sint  gê- 
nant ein  teil  der  fursten,  herren,  ritter  und  knéht  die  mit 
Mnig  Friderich  Ober  herg  jsugent  und  otich  die  stette.  Nous 
ne  le  reproduisons  pas,  parce  qu'il  est  conforme  à  un  para- 
graphe déjà  publié  par  Schiller  (p.  150.  §§  CGXLIV.)  Puis 
vient  une  très-longue  bulle  du  cardinal  Isidore,  du  titre  de 
sainte  Sabine,  datée  du  8  juin  1453  et  conviant  les  princes 
chrétiens  à  marcher  contre  les  Turcs.  Ici  Gnit  le  second  livre  ; 
mais  sur  les  pages  laissées  en  blanc  divers  continuateurs 
ont  ajouté,  bien  après  que  notre  manuscrit  eût  été  écrit, 
divers  fragments  d'une  écriture  hâtive  et  fort  malaisée  à 
déchiffrer. 

Fragment  2. 

Maxîmilianus,  des  vorgenanten  keyser  Friderichs  sûn,  nam  des 
hertzogen  Karolus  dochter  von  Burgundien ,  mit  der  gewan  er 
einen  sûn  gênant  Philippus  und  eine  dochter.  Als  denn  der 
gemelte  Hertzog  Karole  vor  Nansse  in  Lotringen  was  umbkomen, 
dem  noch  underwarf  sich  der  gênant  Maximiiianus  des  burgun- 
dischen  Landes  HoUand^  Selant,  Fiandern  u.  s.  w.  Etliche 
enpfingent  in  zû  einem  herren  ;  efliche  Lande  mûste  er  bestriten 
und  mit  Gewalt  darzû  zwingen,  und  hat  vil  tusend  lanfzkneht  zû 
Fûsz  und  Rosz  und  wenn  es  an  das  treffen  ging,  so  viel  er  zû 


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458  REVUE  D' ALSACE 

fusz  ab  und  vornan  daran,  mit  den  fuszknehten,  und  hat  mange 
slaht,  stritt  und  sturm  begangen  und  die  lant  also  under  sich 
bezwungen.  Do  noment  im  die  von  Gent  sine  beden  Kinde  wider 
sinem  wilien  und  vermehelten  die  dochter  dem  kûnige  von 
Frankenrich  undhieiten  im  vor  sinen  sûn  mit  gewalte,  das  er  aber 
mit  den  von  Gent  mûste  kriegen,  sinen  sûn  im  herus  zû  geben  ; 
und  nach  vil  grosser  slahten  gewann  er  Gent  und  bezwang  sie 
und  nam  sinen  sûn  und  sie  gobent  im  die  slûssel  und  ail  ir  briefe 
die  er  verbrant  und  swurent  ewigen  friden  mit  ime  zu  haben, 
das  si  nit  lang  hieltent. 

Maxirailien,  fils  du  susdit  empereur  Frédéric,  prit  en  mariage  la 
fille  du  duc  Charles  de  Bourgogne' :  il  en  eut  un  fils  nommé 
Philippe*  et  une  fille'.  Lorsque  ce  duc  Charles  eut  succombé 
devant  Nancy  en  Lorraine,  Maximilien  s'empara  des  provinces 
bourguignonnes  de  Hollande ,  de  Zélande ,  de  Flandre ,  etc. 
Quelques-unes  de  ces  provinces  le  reconnurent  aussitôt  pour  leur 
maître  ;  mais  il  dut  combattre  d'autres  et  les  contraindre  par  force 
à  l'obéissance.  Et  il  avait  beaucoup  de  lansquenets  à  pied  et  à 
cheval,  et^  toutes  les  fois  qu'il  s*agissait  de  combattre,  il  descendait 
de  cheval  et  se  mettait  au  premier  rang,  avec  les  lansquenets  à 
pied  et  il  livra  ainsi  bien  des  combats  et  des  batailles,  montant  à 
l'assaut  de  bien  des  villes  et  soumettant  le  pays.  Et  les  gens  de 
Gand  lui  prirent  malgré  lui  ses  deux  enfants  et  marièrent  sa  fille 
au  roi  de  France*  et  refusèrent  de  lui  rendre  son  fils  ;  si  bien 
qu'il  dut  leur  faire  une  seconde  fois  la  guerre^  pour  ravoir  son  fils. 
Après  bien  des  batailles,  il  conquit  Gand,  en  soumit  les  habitants 

1  Marie  de  Bourgogne.  Le  mariage  eut  lieu  après  la  mort  de  Charles 
le  Téméraire,  par  procuration,  au  mois  d'avnl  1477,  et  effectivement  le 
19  août  de  la  môme  année. . 

^  Le  futur  Philippe  le  Beau,  père  de  Charles-Quint,  né  en  1478. 

8  Marguerite  de  Flandre,  née  en  1480. 

^  Marie  de  Bourgogne  mourut  en  1482;  à  partir  de  ce  moment,  les 
Flamands  ne  voulurent  reconnaître  que  Tautorité  de  ses  enfants,  et 
repoussèrent  les  prétentions  de  Maximilien.  Ils  signèrent  avec  Louis  XI 
en  1482  môme  le  traité  d'Ârras,  par  lequel  la  jeune  Marguerite  était 
fiancée  au  dauphin  Charles  et  lui  devait  apporter  l'Artois  en  dot  Le 
mariage  n'eut  pas  lieu  ;  Charles  YIII  épousa  Anne  de  Bretagne. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  459 

et  reçut  de  nouveau  son  fils*.  Et  ils  lui  remirent  leurs  clefs  et 
toutes  leurs  vieilles  lettres  de  privilège  qu'il  brûla  et  ils  jurèrent 
d'avoir  avec  lui  une  paix  éternelle  :  mais  ils  ne  tinrent  pas  long- 
temps leurs  promesses. 

Fragment  3. 

Darnoch  in  der  vasten  in  dera  jore  MGCCGLXXXVI  wart  der 
gemelt  Maximilianus  vor  den  korfûrten  einhellicliche  zû  rômschen 
kunig  erwelt  in  gegenwartickeit  keyser  Friedrichs  sime  vattera. 
Donoch  fur  er  mit  sim  vatter  gon  och  und  wart  do  gekrônet  und 
zochen  donach  mit  einander  in  das  nyderlant,  wart  inen  grosz  ère 
erbotlen.  Noch  etlicher  Zyt  zoch  der  keyser  wider  den  Rin  ufTund 
liesz  sin  sun  den  kunig  donyder.  In  dem  hatten  die  von  Gent  mit 
den  von  Brûcke  eine  rahtung  gemaht  das  die  von  Bruck  soltent 
noch  dem  kunig  schicken  in  gutem  und  in  dann  vohen  und 
behalten.  Das  sie  also  taten  und  hielten  in  gevenglich  mit  vil 
smocheit  die  sie  im  erbotten.  Demnoch  zogte  der  keyser  sin 
vatter  mit  grosser  mahte  fur  Brûcke  und  Gent.  Do  die  von  Brûck 
und  Gent  die  grosse  maht  sohent,  und  ouch  grossen  schaden  in 
geschah,  do  liessent  sie  den  kunig  us  der  gefengnisz  zû  sinem  vater 
in  das  her  kommen.  Also  wart  grosser  kryeg  in  den  landen. 
Etliche  furten  es  mit  den  von  Bruck  und  Gent^  etliche  mit  dem 
kunige  also  das  vil  slahte,  stette  und  slosz,  land  und  lûte  darumb 
verdarb.  Das  warte  lange  unsz  das  der  kunig  die  lant  allenthnlb 
under  sich  brohte  on  allein  Gent  und  Brûck,  die  hielten  sich 
lange,  zu  lest  ergobent  sich  die  von  Brûcke  an  Gnad.  Do  wart 
etlichen  die  dièse  sachen  hatten  zû  wege  broht  ir  houbter  ab- 
geslâgen.  Donach  enpfall  der  kûnig  herlzog  Albrecht  von  Sahssen 
in  sim  Abwesen  das  ûbrige  land  und  die  von  Gent  und  die  Sluisz 
ouch  under  sich  zû  bringen,  dann  er  in  Ungem  mûste.  Als  der 
kûnig  von  Ungem  tôt  war,  das  lant  zu  nemen  als  es  im  dann  von 
erbe  wegen  zugehorte.  Also  lag  der  hertzog  von  Sachssen  ettwo 
lang  zit  in  dem  land  mit  vil  lantzknehten  und  rittern  und  was  sich 
nit  ergeben  hat,  gewann  er  ailes  und  brocht  es  das  sie  den  krieg 

<  Ces  événements  se  passèrent  en  1485.  Maximilien,  en  quahtè  de 
tuteur  de  son  fils,  prit  dès  lors  en  mains  le  gouvernement  des  Pays-Bas. 


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460  REVUE  d'alsace 

mûsten  underbringen  und  gehorsam  sin  bitz  an  die  von  Gent,  die 
werLen  sich  lang  zit  untz  das  es  die  menge  nit  me  erdulden  môhte, 
denn  man  liesz  inen  nûtzit  zugon.  Do  liessent  die  menge  den 
hertzogen  in  und  vingent  die  obersten  und  irer  obersten  houpt- 
raann  genannt  koppewoll ,  die  diesen  krieg  hatten  gemaht  und 
liiegent  inen  ir  houpter  ab  und  swurent  dem  rômschen  kûnig  und 
sinem  sûn  dem  jungen  printzen.  Also  bestrit  der  herlzog  Gent 
mit  oberlentschen  tûschen  und  zugent  donach  mit  einander  fur 
die  Sluisz,  dann  die  lant  sich  ail  ergeben  hatten  on  die  SI uiz. 
Darin  was  der  von  Rafenstein  der  boszwihter  der  zûm  dritlen  mol 
vnn  dem  rômschen  kunig  wenn  es  an  das  treffen  ging  mit  tusent 
pferd  oder  me  gefioht  was^  der  sich  also  vorcht  und  nirgens  me 
im  land  torste  bliben.  Also  wart  die  Sluisz  ulT  wasser  und  land 
umblegen,  das  man  im  nutzet  me  liesz  zugon. 

Plus  tard  pendant  le  carême  de  Tannée  1486,  le  susdit  Maxi- 
milien  fut  élu^  d'une  voix  unanime ,  roi  des  Romains  par  les 
princes  électeurs,  en  présence  de  son  père  l'empereur  Frédéric*. 
Après  quoi,  il  se  rendit  avec  son  père  vers  Aix  et  il  y  fut  cou- 
ronné* ;  puis  tous  deux  s'en  allèrent  dans  les  Pays-Bas  :  partout 
on  leur  prodigua  des  honneurs.  Au  bout  d'un  certain  temps, 
l'Empereur  remonta  de  nouveau  le  Rhin,  laissant  le  roi  son  fils 
dans  les  Pays-Bas.  Sur  ses  entrefaites,  les  gens  de  Gant  s'étaient 
entendus  avec  ceux  de  Bruges  :  ceux-ci  devaient  envoyer  une 
ambassade  au  roi  avec  de  bonnes  paroles,  puis  le  saisir 
et  le  garder  prisonnier.  Et  ils  en  agirent  ainsi  :  ils  le  gardèrent  en 
prison  et  lui  firent  subir  toutes  sortes  d'outrages*.  L'Empereur, 
son  père,  s'avança  aussitôt  avec  une  grande  armée  contre  Bruges 
et  Gand  et  lorsque  les  habitants  de  Bruges  et  de  Gand  virent  cette 
grande  armée,  lorsqu'ils  eurent  subi  de  grands  dommages,  ils 
permirent  au  roi  de  sortir  de  prison  et  de  se  rendre  à  l'armée  de 


^  Cette  élection  eut  lieu  à  Francfort  le  16  février  1486. 

>  Le  9  avril  1486. 

*  Le  l«f  février  1488,  près  de  deux  années  après  les  événements  pré- 
cédents, Maximiiien,  qui  soutenait  en  France  la  guerre  folle,  fut  fait 
prisonnier  par  ses  sujets  flamands,  fort  irrités  de  sa  politique. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  461 

son  pè^e^  Et  ainsi  ces  pays  furent  le  théâtre  de  grandes  guerres. 
Quelques-uns  se  déclarèrent  pour  les  gens  deGand;  quelques 
autres  pour  le  roi  :  aussi  il  y  eut  beaucoup  de  batailles;  mainte 
ville  et  maint  château  furent  ruinés  ;  le  pays  fut  ravagé  et  beau- 
coup de  gens  périrent.  Cette  guerre  dura  longtemps  jusqu'à  ce 
que  le  roi  eut  soumis  toute  la  contrée,  moins  Gand  et  Bruges'.  Ces 
villes  se  défendirent  longtemps;  à  la  fm,  les  gens  de  Bruges  se 
rendirent  en  grâce.  Alors  on  décapita  quelques-uns  de  ceux  qui 
avaient  été  la  cause  de  ce  mouvement'.  Le  roi  recommanda 
ensuite  au  duc  Albert  de  Saxe^  de  ranger  sous  sa  domination  en 
son  absence  le  reste  du  pays,  les  habitmts  de  Gand  et  ceux  de 
l'Ecluse;  car  il  était  obligé  d* aller  en  Hongrie,  dont  le  roi  venait 
de  mourir,  pour  prendre  possession  du  pays  qui  lui  appartenait 
par  droit  d'héritage '.  Et  ainsi  le  duc  de  Saxe  demeura  longtemps 
dans  le  pays  avec  beaucoup  de  lansquenets  et  de  chevaliers  :  il 
conquit  tout  ce  qui  ne  s'était  pas  encore  rendu  ;  il  fit  en  sorte 
qu'ils  furent  obligés  de  cesser  la  guerre  et  d'être  obéissants^  à 
l'exception  toutefois  des  habitants  de  Gand,  qui  se  défendirent 

^  En  réalité  ils  lui  rendirent  la  hberté  à  des  conditions  fort  onéreuses. 
H  dut  pardonner  aux  Flamands,  s'engager  à  faire  sortir  les  troupes 
impériales  en  Tespace  de  quatre  jours  de  leur  territoire,  reconnaître 
les  alliances  qu'ils  avaient  conclues^  etc.  Ces  conditions  ne  furent  pas 
observées  et  voilà  pourquoi  les  Flamands  continuèrent  la  guerre. 

^  Pour  le  détail  de  ces  guerres,  voir  Ulmann,  kaiser  Maximilian  I., 
pag.  36  etsuiv. 

3  Bruges  se  rendit  par  le  traité  de  Darame,  le  29  novembre  1490; 
14  exécutions  eurent  lieu,  entre  autres  celle  du  capitaine  de  la  ville 
Georges  Picavet. 

*  Albert  avait  partagé  le  duché  de  Saxe  avec  son  frère  Ernest;  il  avait 
eu  la  Misnie.  C'était  un  des  serviteurs  les  plus  dévoués  de  TEmpire 
à  cette  époque.  En  1487,  il  s'était  battu  en  Hongrie;  en  1488,  il  avait 
combattu  pour  la  délivrance  de  Maximilien  :  le  voilà  maintenant 
général  en  chef  dans  les  Pays-Bas,  à  un  moment  où  la  situation  était 
loin  d'être  aussi  brillante  que  le  veut  notre  chronique. 

8  Le  6  avril  1490,  Mathias  Gorwin,  roi  de  Hongrie,  venait  de  mourir  ; 
Maximilien  réclama  ses  états  ;  il  avait  déjà  à  cette  date  quitté  les  Pays- 
Bas;  il  marcha^ contre  la  Hongrie,  remporta  d'abord  quelques  succès; 
mais  il  fut  obligé,  le  7  novembre  1491,  de  signer  le  traîté  de  Presbourg; 
il  reconnut  "Wladislas  comme  roi  à  condition  qu'il  lui  succéderait,  si 
celui-ci  mourait  sans  enfant 


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462  ,  REVUE  D' ALSACE 

jusqu'à  ce  que  la  foule  refusât  de  continuer  la  résistance  ;  car  on  ne 
laissait  pénétrer  dans  la  ville  aucun  aliment.  La  foule  permit  donc 
au  duc  d'entrer  :  elle  fit  prisonniers  ses  chefs  et  le  capitaine  de  ses 
chefs  nommé  Jean  de  CoppenoUe  (c'étaient  eux  les  auteurs  de 
cette  guerre)  et  elle  les  décapita.  Ensuite  elle  prêta  serment  au  roi 
des  Romains  et  au  jeune  prince  son  fils*.  Ainsi  le  duc  s'em- 
para de  Gand  avec  des  Allemands  du  haut  pays  :  puis  ils  s'en 
allèrent  ensemble  faire  une  expédition  contre  l'Ecluse,  comme  tout 
le  pays  s'était  rendu  moins  l'Ecluse.  Là  était  renfermé  le  sire  de 
Ravenstein,  l'instigateur  de  ces  maux,  qui  à  trois  reprises  diffé- 
rentes avait  quittéleroi  avec  mille  chevaux  ou  davantage^  au  moment 
où  le  combat  allait  commencer.  Celui-ci  s'était  sauvé  plein  de 
crainte  et  il  n'osait  plus  tenir  le  pays.  Ainsi  l'Ecluse  fut  assi^ée 
par  terre  et  par  eau,  et  l'on  n'y  laissa  plus  rien  entrer*. 

Comme  les  fragments  2  et  3  n'intéressent  pas  directement 
TAlsace,  nous  avons  rejeté  en  notes  nos  observations:  les 
deux  passages  suivants  ont  directement  trait  à  l'histoire  de 
notre  province. 

Fragment  4. 

Anno  Domini  MCGGGLXXXXII  jor  Maximilianus  der  rômsche 
kônig  reit  in  zùStraszburg  uff  mendag  vor  unser  liewen  frowentag 
assumptionis  wol  mit  Vie  pfert  und  wart  gar  erlich  empfangen 
von  allen  sLifftern  clôstern  und  schûlern  die  ail  mit  irem  helung 
im  engegen  zûgen  in  iren  sidenen  corcappen,  und  was  bischofl 
Albreht  ein  Hertzog  von  Peigern  ;  ging  im  ouch  an  der  procesz 
mit  sinen  Infeln  und  stabe  aiso  einem  bischoff  gebûrt  ouch 
engegen.    Darzû  kam  ira  ein  mercklich  rûsliger  zug  von  stet- 

1  Gand  fut  prise  le  10  juin  1492.  A  la  tête  du  parti  de  la  paix  s'était 
rangé  Arnould  Duclercq;  il  trahit  ses  compatriotes  et  livra  la  ville  aux 
impériaux. 

*  Le  fort  de  TÉcluse  résista  jusqu'à  la  fin  de  1492.  Il  fut  défendu  par 
le  sire  de  Ravenstein,  Philippe  de  Clèves.  Celui-ci  obtint  une  paix  des 
plus  honorables  :  le  roi  des  Romains  lui  promit  de  lui  payer  une  somme 
de  40  000  florins  qu'il  lui  devait  et  de  lui  faire  une  pension  de  6000 
florins.  Cf.  Kervyn  de  Lettenhove,  Histoire  de  Flandre,  V.  490. 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  463 

meistern^  ammeistern,  rittern  und  knehten  iind  burgern  von  der 
stat  Straszburg  engegen  und  empfingent  in  erlich  und  schaute  im 
die  statt  erlich  und  wann  der  kônig  zu  mesz  oder  vesper  wolt  gon, 
so  holt  in  der  bischoff  mit  sampt  den  andern  ministerialen  upd 
geleitetent  in  ouch  wider  in  sin  herberg  und  was  sin  herberg  in 
munstergasse  in  Claus  Jôrges  bus  und  kam  zu  imehertzog  Philips 
der  pfaltzgrafT  und  sin  sûn  der  jung  pfalzgrafT  uff  sundag  tag  posi 
asstimptionem  und  fur  wider  enweg  in  eim  schiff  uff  fritag  sanct 
Bartholemeustag  und  wart  dem  furst  ein  dantz  gemahi  zûm 
MQlstein.  Donach  lûd  Hertzog  Albreht  der  bischoff  zii  Strasz- 
burg den  kûnigy  dem  pfalzgrafen  sinen  sûn  und  andere  fûrste  und 
herren  uff  sin  sal ,  ouch  vil  edelen  frowen  mit  im  zu  essen  und 
nach  dem  essen  ein  kostlicher  dantz.  Der  kônig  rit  wider  hinweg 
uff  fritag  nach  Adelphi  92. 

En  l'année  1492  le  roi  des  Romains  Maximilien  fit  son  entrée  à 
Strasbourg  le  lundi  avant  TAssomption  (13  août)  avec  600  chevaux 
et  il  fut  reçu  avec  honneur  par  tous  les  établissements,  couvents 
et  écoliers  qui  s'en  allèrent  au-devant  de  lui^  revêtus  de  leurs 
cuculies  et  de  leurs  chappes  de  soie.  Albert,  duc  de  Bavière,  était 
alors  évèque  de  la  ville.  Il  se  rendit  aussi  au-devant  de  lui,  avec 
la  procession  :  il  était  revêtu  de  ses  insignes  et  avait  la  crosse  à  la 
main^  comme  il  convient  à  un  évêque.  En  outre  vint  à  sa  ren- 
contre un  très  beau  et  merveilleux  cortège  de  stettraeistres,  d'am- 
meistres,  de  chevaliers^  d'écuyers  et  bourgeois  de  la  ville  de  Stras- 
bourg et  ils  le  reçurent  avec  honneur  et  la  ville  lui  fit  une  hono- 
rable réception.  Toutes  les  fois  que  le  roi  voulait  aller  à  la  messe 
ou  sortir,  l' évêque  avec  les  autres  officiers  allait  le  chercher  et  ils 
l'accompagnaient  de  nouveau  dans  son  logis  et  ce  logis  se  trouvait 
dans  la  rue  du  Dôme  dans  la  maison  de  Nicolas  Jorge.  Et  le  duc 
Philippe ,  comte  palatin  et  son  jeune  fils ,  vinrent  le  voir  le 
dimanche  après  l'Assomption  (19  août).  Le  duc  partit  de  nouveau 
sur  un  vaisseau  le  vendredi,  jour  de  la  saint  Barthélémy  (24  août), 
et  en  son  honneur,  on  fit  une  danse  au  poêle  de  Mûlstein.  Après 
cela,  le  duc  Albert,  évêque  de  Strasbourg,  invita  le  roi,  le  fils  du 
comte  palatin  et  d'autres  princes  et  comtes  avec  de  nobles  dames 
à  dîner  dans  sa  salle,  et  après  le  diner,  il  y  eut  un  bal  magni  - 


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464  REVUE  d' ALSACE 

fique.   Le  roi  partit  de  nouveau  le    vendredi    après    la    saint 
Adelphe,  en  Tan  92  (31  août). 

Maximiliea  était  déjà  venu  à  Strasbourg  avec  son  père 
TErapereur  Frédéric  en  Tannée  1473,  lorsque  cette  ville  avait 
tout  à  craindre  du  duc  de  Bourgogne,  Charles  le  Téméraire. 
11  y  revint  en  1492,  à  un  moment  où  il  projetait  de  faire  la 
guerre  au  roi  de  France,  Charles  VIII,  qui  lui  avait  enlevé 
sa  fiancée  Anne  de  Bretagne.  Slrohel  {GeschicMe  desElsasses, 
111,  464)  a  raconté  celte  entrée  de  Maximilien,  d'après  la 
chronique  de  Specklin.  Les  dates  sont  un  peu  différentes 
dans  les  deux  récits  ;  Strobel  parle  à  tort  du  lundi  20,  au 
lieu  du  lundi  13.  Albert  ^  qui  portait  les  titres  de  duc  de 
Bavière  et  de  comte-palatin  du  Rhin,  avait  été  élu  évêque  le 
15  novembre  1478  et  il  exerça  celte  charge  jusqu'au  jour  de 
sa  mort,  20  août  1506.  Le  roi  des  Romains  fut  logé  dans 
la  maison  de  Nicolas  Jôrge;  au  coin  de  la  rue  du  Dôme  et 
de  la  rue  des  Juifs  :  une  inscription  mise  sur  les  murs  de 
cette  demeure  et  citée  par  Strobel,  Z.  h  rappela  longtemps  ce 
fait.  L'électeur  palatin  qui  vint  à  cette  occasion  à  Stras- 
bourg était  Philippe  dit  l'Ingénu;  il  gouvernait  le  Palatinal 
depuis  1476  ;  plus  tard,  il  sera  mis  au  ban  de  l'Empire  ;  son 
fils  Louis  lui  succéda  en  1508.  Le  poêle  eum  MiMstein  était 
situé  au  quai  du  Sable  actuel. 

Fragment  5.  —  Ein  TJfflmff. 

Item  uff  Sondag  nach  Adelphi  92  zugent  uff  III^  fuszknecht 
von  Bregentz  durch  die  stat  und  was  inen  gûnt  hie  zu  essen  und 
dann  furter  ir  strosz  zu  zîehen.  Do  halte  das  merteil  der  kneht 
gessen  und  wartennt  den  andern  vor  dem  munster.  In  dem 
worent  etlich  kneht  noch  zûm  Bock.  Do  sie  ouch  gessen  hatten^ 
sprochen  zû  der  wurtin  :  Was  sint  wir  schuldig  ?  Si  sproch  :  Ein 
gulden  ;  den  gobent  su  ir  gutlich  und  stundent  do  die  kneht  uff 
und  ging  jeder  wo  er  wolt,  und  blibent  ir  vier  sitzen.  So  kompt 
die  wurtin  und  sprach  :  Ich  hab  mich  ûberrechnet,  ir  sint  mir 


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MANUSCRITS  ALLEMANDS  465 

noch  III  blaphart  schuldig.    Die  Gesellen  sprochent:  Warumb 
hant  ir  es  nut  vor  geseit,  do  die  gesellen  bi  einander  worent  ? 
Wer  will  sie  wieder  zûsamen  bringen  ?  Also  fing  su  an  und  schalt 
die  gesellen  ubel  mit  bosen  worten  und  schickt  noch  etliche  stat- 
knehten  oder  iurmhûter  die  alzit  bi  ir  [ir]  zert  und  ir  sleck  vornen 
hant.  Die  koment  ir  zwen  in  das  Huss  geloifen  mit  hellemperten 
und  slûgen  uff  die  gesellen.    Do  werten  sich  die  frômden  und 
behielten  die  fromden  das  hus  und  stiegen  inen  ufT  dasz  sie  nit 
verlossen  wurden  dann  sie  voher  begerien.  Und  logent  etlich  im 
hamisch  zum  spiegel  und  etlich  zum  Anker.  Die  liefTent  ab  den 
stuben  gegen  denen  die  von  dem  munster  den  anderen  wartetent, 
die  wusten  nût  von  disen  dingen  und  also  sie  die  von  der  slat  ver- 
wopent  sohent  also   gegen  inen  trangen,  machten  su  ir  spitz  mit 
iren  lantzen  und  harmbrûst  entftir.  Also  wart  doch  durch  etlich 
zu  den  fremden  gesprochen  sie  soltent  ir  lantzen  niderlegen^  man 
begehrt  inen  nûtzit  zû  tun.    Also  taten  su  es  und  wart  ein  also 
grosz  gebrossel  vor  dem  munster  das  die  lût  an  der  predigt  worent 
fielent  uber  einander  und  fliehent  und  wondent  die  slat  was  ge* 
wunnen^  und  erschrocken  etlich  frowen  dasz  su  umb  kind  koment 
und  inen  geswand^  und  liefTent  etlich  usser  der  stat  und  schrien 
die  stat  was  gewunnen  y  und  was  also  ein  grosser  ufloufT  in  der 
stat,   der  je  schon  in  der  stat  wart.  Das  mahte  die  erber  wurtin 
zum  bock  und   die  zwen  turnhûter  die  ir  wolten  helffen  zù  iren 
wunschen.  Su  bat  die  gesellen  ser  ubernossen,  bat  inen  gerecht 
ein  mosz  weins  fur  X  ^  und  ein  stûck  fieisch  fur  II  ^  :  das  doch 
unrecht  war,  man  solte  solich  schnidry  nit  gestaten,  dann  die 
selben  kneht  nut  fuszbuben  worent,  sundem  von  irer  heren  gebot 
gehorsam  zû  ziehen  zû  dem  rômschen  kûnig.  Es  wurdent  ouch 
der  fremden  kneht  IlII  in  den  turm  geleit^  zû  dem  das  inen  un- 
gutlich  gescheen  was ,  und  als  zwen  einen  gefangen  furtent,  so 
louiGft  ein  verzagter  bùb  her  mît  einer  hellenparten  und  wundet  in 
in  das  houbt,   der  vast  ubel  darumb  gerett  wart.  Man  liesz  sie 
anrûcks  wider  us  dem  turm  mit  iren  gesellen  enweg  ziehen.   Man 
sol  wissen  aver  das  keiner  furgangen,  es  wer  manig  fremd  man 
umb  sin  lében  komen,  doch  zerging  es  wol.   Es  kam  ein  Burger 
in  sant  Johanns  cappel  im  munster,  loufïle  unter  die  frowen  und 
schrey  owe  :    wir  •  sint  aile  nût  hie  sicher,  dovon  die  frowen  ser 

30 


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466  HEVUE  d' ALSACE 

erschrocken  :  es  fliehent  etliche  in  den  brudcrhofT^  etlich  in  den 
marggrafen  hofif  und  III  Mann  usz  der  statt  fluhent  ufF  sanct  claus 
cappel  in  ein  altarhûsel  und  slûgent  die  ture  zu  und  kundent  nit 
herwîder  uskommen  untz  sie  der  sigerstein  ufl  dem  cbor  must 
uslossen.  Es  lieflf  ouch  der  ^  uff  der  rinbruck  usser  der  slat, 

schrey  man  soit  su  ail  verslahen.  Solch  Schrecken  was  in  aile 
Menschen  kommeni 

Un  tumuUe. 

Le  dimanche  après  la  saint  Adelphe  (2  septembre),  environ  300 
lansquenets  de  Bregentz  traversèrent  la  ville  et  on  leur  accorda 
la  permission  d'y  prendre  leur  repas  :  ils  devaient  ensuite  con- 
tinuer leur  route.  Déjà  la  plupart  de  ces  soldats  avaient  mangé  et 
attendaient  les  autres  sur  la  place  de  la  cathédrale;  mais^  quelques- 
uns  d'entre  eux  se  trouvaient  encore  à  l'auberge  Au  houe.  Quand  ils 
eurent  eux  aussi  terminé  le  repas,  ils  demandèrent  à  l'hôtesse  : 
Que  vous  devons-nous  ?  et  elle  repartit  :  un  florin.  Ils  payèrent 
sans  murmurer,  puis  chacun  s'en  alla  où  il  voulut;  et  quatre 
d'entre  eux  restèrent  assis.  L'hôtesse  arriva  vers  eux  et  leur  dit  : 
Je  me  suis  trompé  dans  mes  calculs  :  vous  me  devez  encore  trois 
plappert.  Et  les  compagnons  lui  dirent  :  Pourquoi  ne  l'avez-vous 
pas  dit  plus  tôt,  alors  que  les  compagnons  étaient  ensemble  ;  qui 
maintenant  pourrait  de  nouveau  les  réunir?  Alors  elle  commença 
à  injurier  les  soldats  et  à  leur  adresser  de  gros  mots  et  elle  envoya 
chercher  des  soldats  ou  des  gardiens  de  la  ville  qui  prenaient  chez 
elle  leur  pension  et  y  étaient  bien  traités.  Deux  d'entre  eux  vinrent 
dans  la  maison  avec  des  hallebardes  et  frappèrent  les  compagnons. 
Mais  ceux-ci  se  défendirent  et  restèrent  maîtres  de  la  maison  et 
les  maltraitèrent,  et  ne  les  lâchèrent  point  jusqu'à  ce  qu'ils  les 
eussent  suppliés.  Et  quelques  hommes  se  trouvaient  en  armes  au 
poêle  du  miroiVf  quelques  autres  au  poêle  de  Vancre  ;  ils  quit- 
tèrent aussitôt  leur  poêle  et  se  dirigèrent  contre  les  soldats  qui, 
sur  la  place  de  la  cathédrale,  attendaient  les  autres.  Ceux-ci  igno- 
raient ce  qui  venait  de  se  passer  et  quand  ils  virent  les  gens  de  la 
ville  venir  de  la  sorte  contre  eux  en  armes,  ils  sortirent 
leurs   lances,  leurs  piques  et  leurs  arbalètes.  Alors  quelques- 

1  Mot  illisible. 


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MANUSCHItS  ALLEMANDS  i&l 

uns  dirent  aux  étrangers  de  mettre  bas  leurs  lances^  on 
ne  voulait  leur  faire  aucun  mal;  et  ils  firent  comme  on  leur 
disait;  mais  ils  se  produisit  alors  un  tel  cliquetis  devant  la  cathédrale 
que  les  gens  qui  étaient  au  sermon  tombèrent  les  uns  sur  les 
autres  et  s'enfuirent.  Quelques  femmes  s'effrayèrent  à  tel  point 
qu'elles  avortèrent  et  tombèrent  évanouies  et  quelques  -  uns  quit- 
tèrent la  ville  et  crièrent  qu'elle  était  prise.  Et  jamais  il  n'y  a 
eu  dans  la  ville  semblable  panique.  L'aubergiste  du  hoicc  et 
les  deux  gardiens,  qui  voulurent  l'aider,  étaient  cause  de  celte 
terreur.  Elle  avait  par  trop  exploité  les  compagnons  ;  elle  leur 
avait  compté  dix  pfennigs  pour  un  muid  de  vin  et  deux  pfennigs 
pour  un  morceau  de  viande  :  cela  était  injuste  et  l'on  ne  devrait  pas 
permettre  pareille  tromperie  ;  car  ces  lansquenets  n'étaient  pas  des 
routiers  :  mais  ils  allaient  rejoindre  le  roi  des  Romains,  par  le  com- 
mandement de  leurs  seigneurs.  Quatre  de  ces  lansquenets  furent 
emmenés  en  prison,  et  ainsi  on  mit  le  comble  à  leur  misère. 
Comme  deux  gens  de  la  ville  menaient  l'un  de  ces  prisonniers,  un 
lâche  polisson  se  précipita  sur  lui  avec  une  hallebarde,  et  lui  fit 
une  grosse  blessure  à  la  tète  :  le  blessé  eut  beaucoup  de  peine  à 
guérir.  Le  soir,  on  relâcha  les  prisonniers  et  on  leur  permit  de 
partir  avec  leurs  compagnons.  On  doit  savoir  que  personne  ne  périt, 
pourtant  si  les  choses  s'étaient  passées  autrement,  bien  des  étrangers 
auraient  été  tués;  mais  tout  se  passa  bien.  Un  bourgeois  arriva  à 
la  chapelle  de  saint  Jean  dans  la  cathédrale ,  courut  au  milieu  des 
femmes  et  s'écria  à  haute  voix  :  nous  ne  sommes  pas  en  sécurité 
ici.  Les  femmes  furent  très  effrayées.  Quelques-uns  se  sauvèrent 
dans  le  Bruderhoff  :  d'autres  dans  la  cour  du  margrave  et  trois 
hommes  de  la  ville  se  réfugièrent  dans  la  chapelle  de  saint  Nicolas 
dans  l'intérieur  d'un  autel  ;  ils  en  fermèi'ent  les  portes  et  n'en  purent 
ressortir  jusqu'à  ce  que  le  sacristain  du  chœur  les  délivrât.  Et 
le  .  .  .se  rendit  sur  le  pont  du  Rhin,  hors  la  ville  et  s'écria 
qu'on  voulait  tous  les  assommes.  Si  grande  était  la  panique  qui 
s'était  emparré  de  tous  I 

Le  même  épisode  est  raconté  dans  Strobeli  d*après 
Specklin,  III,  465.  Les  soldats  qui  causèrent  ce  tumulte 
venaient  de  Bregentz,  sur  les  bords  du  lac  de  Constance. 


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i68  REVUE  D' ALSACE 

Au  momenl  où  eut  lieu  ce  trouble,  Jean  Geyier  prêchait  dans 
la  cathédrale  qui  contenait  beaucoup  de  monde.  Les  deux 
Murner,  procureurs  de  la  ville,  empêchèrent  l'eiïusion  du 
sang,  en  portant  aux  lansquenets  des  paroles  pacifiques.  La 
chapelle  Saint-Jean,  dans  la  cathédrale  se  trouve  derrière  le 
chœur  du  côté  nord.  L")  chapelle  Saint-Nicolas  dépendait  à 
ce  moment  du  chapitre  de  Saint-Thomas  ;  elle  porte  souvent 
dès  cette  époque  le  nom  d*église.  Le  Bruderhof  était  la 
maison  canonicale  derrière  la  cathédrale. 

Leplappert  ou  plaphart  valait  en  1492  (valeur  intrinsèque) 
0.30  centimes  ;  c'est  une  somme  de  six  pfennigs  ou  deniers. 
Le  florin  ou  gulden,  monnaie  de  compte,  représentait  12U 
prennigs. 

Ch.  Pfister. 

(A  suivre.) 


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MATERIAUX 

POUR  SERVIR  A 

L'HISTOIRE  DE  LA  fiUERRE  DE  TREHTE  ARS 

tirées  des  etrclnives  de  Golmar» 

{Suite  ^) 


7  janvier  —  29  avril  16à7. 

Retour  de  Jean-Balthasar  Schneider  à  Munster; 
question  de  la  Décapole;  visites  chez  Jean- 
Guillaume  GoU,  chez  le  duc  de  Longueville, 
chez  le  comte  d'Avaux;  nouvelles  difficultés 
sotilevées  par  les  Suédois  ;  refus  des  catho- 
liques de  ratifier  les  concessions  faites  en  leur 
nom  par  les  Impériaux;  départ  du  comte  de 
Trautmansdorf;  coup  de  main  des  Suédois 
dans  révëché  d'Osnabrûck. 

Sur  le  refus  de  Marc  Ollo  de  continuer  à  représenter 
Colmar,  il  ne  restait  plus  à  la  ville  qu'à  faire  partir  de  nou- 
veau son  ancien  envoyé,  Jean-Balthasar  Schneider.  En  pas- 
sant par  Strasbourg,  il  eut  connaissance  de  l'armistice  qui 
venait  d'être  conclu,  à  Ulm,  entre  la  Suède  et  la  France, 
d'une  part,   les  deux  électeurs  de  Bavière  et  de  Cologne, 

^  Voy.  pages  99  et  suivantes  des  livraisons  Janvier — Février— Mars, 
pp.  '199  et  suiv.,  d'Avril  —  Mai  —  Juin,  pp.  249  et  suiv,  de  Juillet 
—  Août  —  Septembre,  pp.  409  et  suiv.,  d'Octobre  —  Novembre  — 
Décembre  1888  et  pp.  81  et  suiv.  de  Janvier  —  Février  —  Mars 


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470  REVUE  d'alsace 

d'autre  pari.  Cela  lui  parut  de  bon  augure,  et  il  en  transmit 
la  nouvelle  à  ses  commettants  (Lettre  du  j^  mai  1647).  De  son 
côté,  le  résident  Snoïlsky  leur  en  communiqua  le  récès,  à 
charge  de  le  lui  retourner  par  le  prochain  courrier  (lettre  du 
3  mai).  Cependant  quand  Schneider  arrivaje  15  mai,  à  Munster, 
les  négociations  avaient  été  encore  une  fois  sur  le  point  de 
se  rompre  entre  les  Impériaux  et  les  Suédois,  si  bien  que 
Trautmansdorf  avait  déjà  fait  emballer  ses  effets,  et  que, 
sans  l'intervention  des  plénipotentiaires  français,  il  sérail 
parti  encore  la  même  semaine  (Lettre  du  ^  mai). 

A  peine  arrivé,  notre  député  avait  repris  ses  relations  avec 
le  représentant  de  la  maison  d'Autriche,  Jean-Guillaume 
Goll,  à  qui  il  remit  un  excemplaire  de  ses  deux  mémoires. 
Le  diplomate  alsacien  les  lut  avec  intérêt,  et  en  loua  le  rai- 
6onnement  et  la  solidité.  En  traitant  avec  la  France,  fit-il 
remarquer,  la  maison  d'Autriche  ne  pouvait  lui  trans- 
férer que  ce  dont  elle  était  effectivement  en  droit  dedisposer. 
Si,  contrairement  aux  privilèges  de  la  Décapole,  on  voulait 
comprendre  le  tribut  à  l'Empire  dans  la  cession,  il  n'y  avait 
qu'une  chose  à  faire  pour  sauvegarder  les  franchises  des 
villes  et  éviter  tout  malentendu  ultérieur  :  c'était  d'en  capita- 
liser le  produit  et  de  le  défalquer  de  la  somme  qlie  la  France 
s'engageait  à  verser  aux  archiducs,  que  l'empereur  trouverait 
toujours  moyen  de  dédommager  d'une  autre  manière.  La  Dé- 
capole resterait  ainsi  partie  intégrante  de  l'Empire ,  et  si, 
après  cela,  on  abrogeait  le  droit  de  nommer  à  certains 
offices,  ainsi  que  la  chevauchée  annuelle  du  grand  bailli 
pour  le  renouvellement  des  conseils  des  villes  impériales, 
il  n'y  aurait  plus  de  conflits  à  redouter.  En  somme,  la  France 
n'avait  jamais  rien  prétendu  de  l'Empire  pour  sa  satisfac- 
tion, qu'elle  tiendra  exclusivement  de  la  maison  d'Autriche, 
et,  ce  qu'elle  en  a  obtenu,  ce  n'est  qu'à  titre  onéreux  :  quand 
les  états  auront  à  se  prononcer  sur  cet  arrangement,  ils 
auront  donc  à  examiner  ce   qui   constituait   ce    marché, 


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HISTOIRE  DE  L\.  GUERRE  DE  TRENTE  ANS  471 

quid  in  emptionem  et  venditionem  venerit?  et  ce  qui  en 
droil  pouvait  y  enlrer,  jure  legitimeque  venir e  poterit?  C'est 
dans  ce  sens  qu'il  fallail  obtenir  un  condusutn^  pour  fixer 
définitivement  la  portée  de  la  cession  du  grand  bailliage.  Sur 
le  conseil  de  GoU,  notre  député  se  promit  d'en  faire  la 
proposition  dés  l'arrivée  des  protestants  d'Osnabrûck,  dont 
on  attendait  la  venue  (Lettre  du  21  mai). 

La  seconde  visite  de  Schneider  fut  pour  le  duc  de  Longue- 
ville,  à  qui  ses  commettants  l'avaient  chargé  de  présenter 
leurs  devoirs.  L'accueil  qu'il  en  reçut,  le  confirma  dans  son 
dessein  de  solliciter  le  condusum  dont  GoU  lui  avait  suggéré 
l'idée.  Il  y  avait  un  précédent  qu'on  pouvait  invoquer. 
Brème  avait  également  pris  son  recours  auprès  des  états,  et 
en  avait  obtenu  une  déclaration  explicative,  sur  un  point  qui 
l'intéressait  dans  la  satisfaction  suédoise  (Lettre  du  25  mai). 
Mais  la  démarche  n'en  parut  pas  moins  fort  grave  à  la  ville, 
qui,  en  répondant,  le  5  juin  {Trot.  miss.  1646—49, 
M33— 34),  aux  premières  lettres  de  son  mandataire,  lui 
recommanda  expressément  de  n'en  venir  à  cette  extrémité 
qu'après  avoir  épuisé  tous  les  autres  moyens  d'accommode- 
ment :  il  devait  recourir  directement  aux  parties  contrac- 
tantes et  surtout  ne  traiter  de  rien,  sans  s'être  concerté 
préalablement  avec  les  ambassadeurs  suédois.  Mais  après 
réflexion,  Schneider  jugea  que,  pour  le  début,  le  mieux 
serait  de  ne  pas  mêler  les  Suédois  aux  négociations:  il 
craignait  qu'Oxenstirn  ou  Salvius  ne  divulgassent  prématuré- 
ment à  leurs  collègues  de  France  l'objet  de  son  nouveau 
voyage  en  Westphalie,  et  il  préféra  s'adresser  aux  envoyés 
des  deux  électeurs  de  Saxe  et  de  Brandebourg;  il  vit  les 
premiers,  le  samedi  5,  les  seconds,  le  mardi  8  juin.  Les 
uns  et  les  autres  se  montrèrent  bien  disposés  pour  la  Déca- 
pôle,  et  ils  s'engagèrent  à  prendre  sa  cause  en  main,  quand 
l'affaire  serait  soumise  aux  déhbérations  des  états  :  si  le 
directoire,    c'est-à-dire  les   représentants  de  l'électeur   de 


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472  REVUE  D'ALSACE 

Mayence,  cherchait  à  la  traîner  en  longueur,  de  manière  à 
ne  pas  laisser  aux  états  le  loisir  de  se  prononcer,  ils  pro- 
mirent de  ne  rien  négliger  pour  déjouer  cette  manœuTre 
(Letlre  du  j^  juin). 

Après  s'être  assuré  des  alliés,  Schneider  se  décida  enfin  à 
se  rendre  chez  les  Impériaux,  chez  les  Suédois,  et  chez  les 
Français,  de  qui  dépendait  surtout  le  succès  de  sa  mission. 
Le  comte  d'Âvaux  lui  donna  audience,  le  15  juin,  et  l'entre- 
tien qu'il  eut  avec  ce  diplomate,  mérite  d'être  relaté. 

Le  rôle  de  Schneider  consistait  naturellement  à  démontrer 
le  peu  de  consistance  des  droits  que  la  maison  d'Autriche 
avait  à  prétendre  sur  le  grand  bailliage  de  Haguenau  et  sur 
Dix  villes,  tandis  qu'il  avait  été  de  l'intérêt  des  Impériaux  de 
faire  valoir  le  plus  possible  les  avantages  qu'elle  en  retirait. 
D'Avaux  lui  en  fit  l'observation,  en  ajoutant  que,  si  réellement 
les  droits  de  l'Autriche  se  réduisaient  à  si  peu  de  chose,  il 
était  évident  qu'elle  avait  compris,  dans  ce  qu'elle  cédait,  ce 
qui  appartenait  à  autrui;  que,  suivant  toutes  les  apparences, 
elle  était  parvenue,  en  partie  «  par  raison»,  en  partie  «par 
usurpation»  —  les  mots  entre  guillemets  sont  en  français  dans 
la  dépêche  —  à  faire  reconaitre  plus  ou  moins  ses  prétentions 
tant  par  les  villes  impériales  que  par  les  autres  états  de 
l'Alsace,  non  sans  préjudice  pour  les  franchises  de  la  Déca- 
pôle.  Pour  sa  part,  il  estimait  que  la  France  avait  tort 
d'accepter  les  possessions  autrichiennes  comme  francs*alleux, 
ce  qui  avait  pour  effet  d'éveiller  les  méfiances  de  tous  les 
voisins,  témoin  un  comte  dont  le  nom  lui  échappait,  qui  avait 
précédemment  reconnu  la  suzeraineté  des  archiducs  et  qui 
maintenant  voulait  être  relevé  de  son  vasselage,  ce  qui  ne 
serait  pas  arrivé,  si  le  roi  avait  tenu  ses  territoires  en  fief  de 
l'Empire;  mais,  ajouta-t-il  en  latin,  prétendant  ne  pas  pou- 
voir rendre  sa  pensée  aussi  bien  en  français,  dbtruserunt  hoc 
nobis  D^  Cœsareani  etiam  invitis.  Il  est  certain  cependant 
que  cela  aurait  bien  mieux  convenu  à  ceux  qui  formaient  le 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS        473 

dessein  de  faire  passer  la  couronne  impériale  dans  la  maison 
de  France,  sans  que,  pour  sa  part,  i\  veuille  décider  si  l'Em- 
pire aurait  réellement  avantage  à  chercher  son  chef  à  Paris, 
ou  la  France  à  chercher  son  roi  à  Vienne. 

Il  s'interrompit  ici  pour  voir  Teffet  de  ce  discours  sur  notre 
envoyé.  Schneider  objecta  qu'il  y  aurait  moyen  de  remédier 
à  cet  inconvénient,  en  faisant  choix  pour  la  capitale  d'une 
ville  intermédiaire;  mais  qu'il  y  aurait  toujours  à  craindre 
ne  magnitudine  sua  et  mole  lahorety  ce  que  les  sages  Romains 
avaient  déjà  établi  de  leur  temps  par  leur  maxime  :  limites 
ponendos  esse  imperio.  D'Avaux  ne  manqua  point  d'abonder 
dans  ce  sens;  puis,  passant  à  un  autre  sujet,  il  parla  de  la 
paix  et  de  l'espoir  qu'on  pouvait  légitimement  avoir  de  la 
voir  enfin  signée  ;  il  voulut  savoir  ce  que  Schneider  en  pensait, 
et  à  qui  il  s'en  prenait  si  elle  ne  l'était  pas  encore.  Schneider 
nomma  les  Espagnols  et  l'ambassadeur  le  confirma  dans 
cette  persuasion,  en  ajoutant  que,  d'ici  à  la  fin  de  la  cam- 
pagne,  ils  ne  seront  plus  aussi  arrogants  qu'ils  le  sont  actuel- 
lement. L'arrivée  des  envoyés  dô  Hesse-Cassel  mit  fin  à  c^t 
entretien  (Lettre  du  ^  juin). 

Tout  cela  était  péremptoire.  Il  était  évident  que  l'accord 
conclu  entre  la  France  et  la  maison  d'Autriche  était,  aux  yeux 
des  contractants,  définitif  et  sans  appel.  Mais  d'Â vaux  ne  con- 
vainquit ni  Schneider  ni  ses  commettants.  En  répondant  à 
son  envoyé,  le  26  juin  (Prot.  miss.,  ibid.  ff®.  137—38),  la 
ville  se  borna  à  dire  qu'évidemment  personne  n'avait  idée 
de  ce  qu'était  le  grand  bailliage,  que  tout  le  monde  prenait 
pour  un  office  autrichien;  mais  que,  quand  on  en  sera  mieux 
informé,  elle  ne  faisait  aucun  doute  que  ni  l'empereur  ni  le 
roi  de  France  ne  voudront  plus  faire  de  sa  cession  une  con- 
dition de  leur  accord,  et  que,  dans  tous  les  cas,  elle  comptait 
sur  l'assistance  que  les  autres  états  avaient  promise. 

La  foi  de  Schneider  était  tout  aussi  robuste.  Une  fois  les 
Français  prévenus  de  la  démarche  qu'il  devait  faire,  il  ne 


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474  REVUE  d' ALSACE 

vit  plus  d^inconvénient  h  en  inrorraer  également  les  Suédois. 
Seulemenl  il  préféra  prendre  pour  intermédiaires  les  en- 
voyés de  Saxe-Altenbourg,  de  Saxe-Weimar  et  de  Brunswick- 
Lûnebourg,  qui  se  chargèrent  de  représenter  à  Oxenstirn  et 
à  Salvius  rintérét  qu'avait  l'Empire  à  ne  pas  sacrifier  la  Dé- 
capote; pour  donner  plus  de  poids  à  leurs  reommandalions, 
ils  demandèrent  à  Schneider  une  autre  rédaction  de  l'article 
concernant  le  grand  bailliage.  Haguenau  venait  précisément 
de  lui  communiquer  l'état  des  villages  impériaux  qui  en  dé- 
pendaient :  il  y  en  avait  trente-six  et  non  pas  vingl-cinq, 
comme  on  l'avait  admis  d'abord,  et  notre  député  s'en  réjouit, 
dans  la  pensée  que  l'extension  de  leur  domaine  rendrait  les 
Français  plus  accommodantssurlesaulres droits  que  l'Autriche 
prétendait  Taire  entrer  dans  le  marché  (lettre  du  18  juin). 
A  ce  moment  il  admettait  même  la  possibilité  d'obtenir  la 
dissolution  de  l'alliance  de  la  Décapole  (Lettre  du  22  juin). 
Dans  tous  les  caS;  pour  ce  qui  était  de  sa  mission,  il  se 
croyait  sûr  du  succès,  si  bien  qu'il  en  félicitait  à  l'avance 
ses  commettants,  en  comparant  leurs  efforts  et  leur  fermeté 
à  l'énergie  de  leurs  devanciers,  qui  n'avaient  jamais  épargné 
ni  leur  fortune,  ni  leurs  personnes  pour  transmettre  à  leurs 
descendants  la  liberté  qu'ils  avaient  si  chèrement  acquise  et 
qu'ils  mettaient  au-dessus  de  tous  les  biens  (Lettre  du 
18  juin). 

Si  la  France  et  l'Empire  étaient  d'accord  sur  les  conditions 
de  leur  paix,  il  n^en  était  pas  de  même  des  autres  intéressés. 
L'armistice  avec  les  électeurs  de  Bavière  et  de  Cologne 
semble  avoir  rendu  la  Suède  plus  exigente;  du  moins  cette 
puissance  souleva-t-elle  tout  à  coup  la  prétention  de  mettre 
à  la  charge  des  cercles  où  elles  avaient  été  contractées,  les 
dettes  résultant  de  la  guerre  que  l'Union  de  Heilbronn  avait 
portée  autrefois  dans  l'Allemagne  méridionale.  Si  cela  avait 
été  admis,  c'eût  été  aussi  despeclueux  pour  l'empereur,  à  qui 
l'on  aurait  fait  payer  les  frais  de  la  guerre  qu'on  lui  avait  faite, 


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HISTOIRE   DE   L\  GUERRE  DE  TRENTE.  ANS  475 

que  préjudiciable  aux  quatre  cercles  supérieurs,  qui  avaient 
fourni  les  principaux  adhérents  à  TUnion,  et  qui  avaient  été 
en  même  temps  le  principal  théâtre  des  hostilités.  Les  Impé- 
périaux  menacèrent  de  tout  rompre,  si  la  Suède  maintenait 
sa  demande.  Ils  trouvèrent  moyen  de  mettre  les  états  protes- 
tants dans  leur  intérêt,  et,  sur  leurs  représentations,  ses  am- 
bassadeurs consentirent  à  la  retirer  (Lettre  du  D^  Marc-Otto, 
du  13  mai). 

Une  question  sur  laquelle  ils  continuaient  à  se  montrer 
intraitables,  c'était  la  liberté  religieuse  dans  les  pays  autri- 
chiens. Les  Suédois  le  prirent  de  si  haut,  en  déclarant  que, 
si  l'on  s'obstinait,  il  n'y  aurait  que  l'épée  qui  pût  trancher 
la  question,  qu'ils  faillirent  encore  tout  compromettre.  Si 
sympathiques  qu*ils  fussent  à  leurs  coreligionnaires ,  ce 
n'était  pas  ainsi  que  l'entendaient  les  députés  protestants, 
et,  grâce  à  leur  esprit  de  conciliation,  cet  appel  aux  armes 
resta  sans  écho  (Lettre  du  même,  du  17  mai).  Les  Suédois 
donnèrent  un  premier  gage  de  leur  retour  à  des  sentiments 
plus  pacifiques,  en  promettant  de  se  rendre  à  Munster,  avec 
les  députés  protestants,  pour  activer  les  négociations  (Lettre 
de  Schneider,  du  ^  mai).  Cependant  notre  envoyé  ne  signale 
leur  arrivée  que  le  28  mai  (Lettre  de  ce  jour). 

Cette  fois  encore,  il  crut  que  la  solution  était  proche.  La 
confiance  était  revenue  à  tout  le  monde.  On  se  répétait  un 
propos  d'Oxenstirn,  qui  avait  dit  qu'il  était  temps  d'en 
finir  et  que  l'attente  avait  été  assez  longue.  Schneider  sup- 
posaitque  la  France  était  dans  les  mêmes  dispositions,  tant  en 
raison  de  la  minorité  du  roi;  qui  avait  fait  tomber  le  gouver- 
nement entre  des  mains  étrangères,  que  des  troubles  de 
l'Angleterre,  qui  pouvaient  avoir  leur  contre-coup  dans  le 
royaume,  de  la  situation,  de  la  Lorraine  et  des  récentes  con- 
quêtes qu'il  fallait  consolider  (Lettre  du  j^  juin). 

Cette  illusion,  hélas!  ne  dura  guère.  Quand  les  catholiques 
eurent  connaissance   des  concessions   que    les   Impériaux 


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476  REVUE  d'alsace 

avaient  faites  aux  Suédois  sur  les  griefs  ecclésiastiques,  toutes 
leurs  hésitations  leur  revinrent.  Fatigués  de  leurs  tergiver- 
sations, les  protestants  prirent  leur  recours  auprès  de  Traut- 
mansdorf  et  de  ses  collègues,  à  qui  ils  représentèrent  l'ur- 
gence qu'il  y  avait  de  mettre  fin  aux  maux  de  la  patrie,  en 
les  priant  d'user  de  leur  autorité  pour  obtenir  la  ratification 
des  catholiques.  Les  Impériaux  parurent  sensibles  à  cette  dé- 
marche, qui  témoignait  d'un  amour  sincère  de  la  paix;  mais 
ils  expliquèrent  aux  députés  que  c'était  le  manque  de  pou- 
voirs qui  rendaient  les  catholiques  si  perplexes.  Les  délégués 
protestants  en  exprimèrent  leur  étonnement  :  après  que  les 
Impériaux  s'étaient  portés  forts  de  leur  acceptation,  ce  n'était 
pas  le  cas  de  désavouer  ce  qui  s'était  fait  en  leur  nom.  Les 
plénipotentiaires  promirent  de  s'entremettre  derechef  pour 
décider  les  catholiques  à  céder.  Gela  aurait-il  suffi  à  ce  mo- 
ment pour  en  finir?  Ce  n'était  pas  impossible  :  car  pendant 
cette  même  audience,  Oxenslirn  était  venu  s'informer  auprès 
de  Trautmansdorf,  s'il  était  enfin  d'accord  avec  la  Suède  sur 
la  satisfaction  qu'elle  réclamait?  El,  sur  sa  réponse  affirmative, 
il  lui  donna  sa  «parole  de  cavalier»  qu'il  était  prêt  à 
apposer  sa  signature  au  bas  de  l'instrument  (Lettre  du  22 
juin). 

Malheureusement,  malgré  l'intervention  des  Impériaux, 
rien  ne  put  faire  fléchir  la  résistance  des  catholiques.  11  y 
avait  dix  points  sur  lesquels  ils  ne  voulaient  entendre  à  rien. 
Pour  les  réduire,  Trautmansdorf  fit  encore  une  fois  mine  de 
partir.  La  nouvelle  en  courut,  le  dimanche  4  juillet,  à 
l'heure  où  se  faisait  le  prêche  à  l'hôtel  des  ambassadeurs 
suédois.  L'émoi  fut  général.  Les  députés  protestants  se 
réunirent  en  toute  hâte  en  assemblée  plénière.  La  première 
mesure  qu'on  prit,  ce  fut  décharger  les  envoyés  de  l'électeur 
de  Saxe  et  du  duc  de  Brunswick  de  demander  à  Traut- 
mansdorf de  surseoir  à  son  départ.  Mais  malgré  l'immi- 
nence de  la  rupture,  on  refusa  de  revenir  sur  les  concessions 


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HISTOIRE  DE  LA  GUERRE  DE  TRENTE  ANS        477 

que  les  Impériaux  avaient  faites  précédemment  à  Osnabruck. 
Tout  au  plus  proposa-t-on  des  alermoiemenls  pour  les 
rendre  moins  dures  aux  états,  aux  dépens  desquels  elles 
avaient  été  consenties.  Les  protestants  insistèrent  tout  particu- 
lièrement pour  obtenir  le  libre  exercice  de  leur  culte,  partout 
où  l'empereur  établirait  sa  cour.  On  n'en  finit  de  celle  déli- 
bération qu'entre  six  et  sept  heures  du  soir.  Quoi  qu'il  en 
soit,  pour  qu'il  ne  parût  pas  assumer  seul  la  responsabilité 
de  la  rupture^  les  Français  obtinrent  de  Trautmansdorf  qu'il 
diflërât  son  départ  de  deux  jours.  On  croyait  unanimement 
que  celte  résolution  lui  avait  été  suggérée  parles  Espagnols  et 
par  le  parti  catholique  (Lettre  du  j^  juillet). 

Cette  fois,  ce  ne  fut  pas  une  fausse  sortie  :  le  chef  de  l'am- 
bassade impériale  partit  effectivement,  le  mardi  6  juillet;  mais 
sans  que  son  départ  suspendit  les  conférences  avec  les  autres 
négociateurs  qui  étaient  restés  (Lettre  du  j-  juillet). 

Quand,  parmi  les  états  de  l'Empire,  on  se  mon  trait  encore 
si  mal  disposé  à  la  conciliation,  l'épée  seule,  comme  les 
Suédois  l'avaient  prévu,  pouvait  emporter  la  balance.  Leur 
gouvernement  venait  précisément  d'y  recourir  en  son  par- 
ticulier, pour  obliger  l'évêque  d'Osnabruck,  le  comte 
François-Guillaume  de  Warlenberg,  à  transiger  sur  les  droits 
que  les  catholiques  prétendaient  sur  son  église.  De  toutes  ses 
possessions,  il  ne  lui  restait  qu'une  ville  forte,  Fûrstenau 
avec  Wiedenbruck,  d'où  il  tirait,  pour  ainsi  dire,  son  unique 
revenu.  Le  31  mai,  le  comte  de  Kœnigsmarck,  à  la  tête  d'un 
corps  de  Suédois,  donne  l'assaut  à  la  place,  qui  fut  em- 
portée (Lettre  du  ^  juin).  De  là,  grand  émoi  dans  le  camp 
des  catholiques  ;  le  2  juin,  Trautmansdorf  manda  près  de 
lui  quelques  députés  prolestants  pour  les  prier  d'intervenir 
auprès  des  plénipotentiaires  suédois,  afin  qu'ils  arrêtassent 
les  hostilités,  comme  contraires  aux  préliminaires  de  la  paix, 
et  qu'ils  restituassent  leurs  conquêtes  au  prélat.  Mais  il 
s'était  trouvé  que  c'était  lui  qui  avait  commencé,   de  sorte 


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478  REVUE   D^ALSACh 

qu'il  ne  fut  pas  possible  de  donner  tort  à  Kœnigsmarck 
(Lettre  du  ^i  juin),  qui  ne  craignit  pas  de  venir  de  sa  per- 
sonne, le  7  juin,  à  Munster.  Par  suite  de  ce  coup  de  main, 
en  moins  de  quinze  jours,  les  denrées  doublèrent  de  prix, 
faute  d'arrivages  de  la  campagne,  si  bien  que  notre  dépulé  se 
crut  à  la  veille  de  manger  du  pain  de  Westphalie,  en 
dépit  de  l'horreur  que  son  palais  el  son  estomac  en  ressen- 
taient à  l'avance  :  muncU  und  magenschreckende  Pampernickd 
(Lettre  du  ^  juin). 

X.  MOSSMANN. 


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ARRESTATION  DE  DEUX  PASTEURS 

dans  la  Baronnie  de  Fénétrange 

1724 


La  libre  baronnie  de  Fénétrange  était  en  1724  possédée 
par  deux  seigneurs,  le  duc  de  Lorraine  Léopold  et  le  prince 
de  Salm-Salm  Louis-Olto.  La  portion  de  celui-ci  dépendait 
du  Saint -Empire.  Le  duc  de  Lorraine  ne  relevait  que  de 
Dieu  et  de  son  épée.  Tous  les  deux,  bons  catholiques,  avaient 
cependant  admis  les  anciens  protestants  au  droit  de  bour- 
geoisie, mais  ils  ne  toléraient  ni  ministres^  ni  temples,  ni 
maîtres  d'école.  —  Â  Fénétrange,  ils  avaient  cependant  con- 
servé leur  cimetière  au  faubourg  sur  la  route  de  Dieuze; 
les  morts  y  étaient  enterrés  avec  pompe,  mais  sans  ministre; 
l'office  religieux  se  faisait  à  Diedendorf,  sans  le  cadavre. 
C'était  dans  l'église  de  ce  petit  village  que  l'on  célébrait 
en  outre  les  baptêmes  et  les  mariages. 

Chaque  souverain  avait  son  juge:  Sénault  pour  la  Lor-* 
raine;  Jacques  pour  le  prince  de  Salm-Salm.  Il  y  avait 
souvent  entre  eux  des  scènes  de  discorde  dont  profi- 
taient les  non-catholiques,  mais  ce  que  l'on  empêchait  tou- 
jours, c'était  de  faire  venir  le  ministre  voisin  ou  un  maître 
d'école  ;  les  deux  souverains  étaient  complètement  d'accord 
sur  ce  point 

Une  pareille  situation  n'était  pas  fort  agréable  pour  les 


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480  REVUE  d'alsace 

religionnaires  et  leur  plainles  furent  entendues  par  les 
comtes  de  Nassau  -  Saarwerden  dont  les  États  touchaient  la 
baronnie.  A  cette  époque,  il  y  avait  pour  prince  Guillaume- 
Henri  de  Nassau-Saarbruck,  qui  avait  commencé  à  régner  en 
1718  sous  la  tutelle  de  sa  mère  Charlode-Amélie  de  Nassau- 
Dillembourg,  qui  résidait  à  son  château  de  Lorenlzen.  C'est 
celle-ci  qui  ordonna  aux  minisires  d'aller  prêcher  sur  les 
terres  de  Fénélrange.  Ils  s'y  firent  prendre,  cela  devait 
arriver;  mais  une  justice  à  rendre  à  la  comtesse,  elle  les 
soutint  et  les  tira  du  mauvais  pas.  Le  duc  Léopold  ordonna 
à  ses  officiers  de  ne  pas  poursuivre  et  de  mettre  en  liberté 
les  deux  ministres,  trop  zélés  pour  leur  culte. 

Un  mot  sur  ceux-ci. 

Le  docteur  Jean-Jacob  Lucius,  originaire  de  la  Vétéravie 
(ancien  duché  de  Nassau),  comme  son  confrère  Jean  -  Henri 
Rosenkrantz,  vint  en  1698  à  Lorentzen,  où  était  le  château 
comtal,  pour  exercer  le  saint  ministère  dans  le  pays  de 
Saarwerden.  Son  premier  sermon  fut  prononcé  à  Pisdorf,  où 
il  fut  pasteur  jusqu'au  28  avril,  date  de  sa  nomination  à  Hirsch- 
land,  dont  dépendaient  Rauwiller  et  Weyer.  Il  y  conGrma 
plus  de  600  personnes  venues  de  Fénétrange,  Wolfskirchen, 
Pisdorf,  Weyer  et  Hirschland. 

En  1717,  il  célébra  le  jubilé  de  Luther  et  en  1720  il  in- 
troduisit le  simultaneum  dans  l'église  réformée  de  Rau- 
willer. On  le  voit  le  23  juillet  1733  assister  avec  les  autres 
ministres  du  comté  au  synode  de  Neu -Saarwerden  et  le 
18  février  de  l'année  suivante  il  consacre ,  en  qualité  de 
plus  ancien  pasteur  et  assisté  de  ses  confrères  Vogelmans  et 
Pfender,  dans  l'église  de  Neu-Saarwerden ,  le  jeune  Gustave 
Herrenschmidt ,  fils  du  pasteur  de  celte  localité  ,  nommé 
fddprediger  au  régiment  Royal  -  Allemand,  alors  en  garnison 
à  Fort-Louis  en  Alsace» 

En  1750,  le  1®'  août,  le  pastwr  Lucius  eut  le  malheur  de 
perdre  sa  femme,  Marthe-Marguerite,  âgée  de  75  ans,  et  lui- 


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ARRESTATION  DE  DEUX  PASTEURS  481 

même,  le  18  mai  1754,  il  rendit  son  âme  à  Dieu,  à  Tâge  de 
89  ans,  après  56  ans  de  paslorat.  Le  pasteur  de  Berg, 
Frédéric  -  Louis  Rolemberger,  présida  à  la  cérémonie  de 
son  enterrement,  en  présence  du  vicaire  du  défunt,  nommé. 
Georges-Christian  Engel,  des  pasteurs  et  du  bailli  de  Hars- 
kirchen,  Stutz,  etc. 

Le  pasteur  iCan-Henri  Rosenkrantz  fut  désigné  pour  Dru- 
lingen  le  20  mars  1707  ;  après  avoir  été  examiné  le  6  avril, 
il  fut  consacré  à  Oltweiler  près  de  Saarbruck.  Il  flt  son 
entrée  à  Drulingen  le  12  avril.  Sieweiler  et  Otlweiler  dé* 
pendaient  de  sa  cure. 

En  1765,  il  obtint  sa  relraile,  après  avoir  occupé  pen- 
dant 58  ans  sa  paroisse.  Il  se  retira  dans  son  pays  natal  à 
Frîedberg,  en  Véléravie,  chez  ses  enfants.  Il  y  mourut  le 
30  mai  1769,  à  Tâge  de  89  ans. 

En  1726,  il  fut  accusé  devant  le  consistoire  du  comté 
par  l'aubergiste  Vehrung  et  un  certain  nombre  de  bour- 
geois pour  la  violence  de  ses  sermons.  Il  reprochait  à  ses 
paroissiennes  de  Drulingen  le  luie  de  leurs  habits  en  ces 
termes  :  «  Vous  les  Drulingen,  à  vos  plumes  on  reconnaît  à 
€  quels  oiseaux  on  a  à  faire  ^.» 

Il  fut  acquitté^. 

Mais  il  est  temps  de  rapporter  ce  que  nous  savons  sur 
l'arrestation  des  deux  pasteurs  ;  il  n'y  a  que  des  pièces  offi- 
cielles. Inutile  de  faire  des  phrases. 


^  Archives  de  la  Basse-Alsace,  fonds  de  Saarwerden,  6.  69. 
^  Je  dois  ces  renseignements  à  M.  le  pasteur  G.  Mathis  d'Eyweiier, 
qu  'il  veuille  bien  recevoir  mes  remerciements. 


ai 


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482  REVUE  D*ALSACE 


Monsieur, 

Le  comte  de  Cboiseul,  qui  est  actuellement  à  sa  vendange 
à  Macheville  (Maxéville),  nous  a  renvoyé  celle  que  vous  lui 
aviez   écrite  de  la  part  de  S.   A.   R.  concernant  le  Sieur 
LuciuSy  ministre  luthérien  lequel  est  arrêté  en  cette  ville 
par  un  ordre  de  mon  dit  sieur  de  Choiseul  ;  j'ai  l'honneur 
de  vous  informer  qu'en  conformité  des  intentions  de  S.  A.  R. 
j'ai  dit  à  ce  ministre  en  présence  des   officiers  de  ce  bail- 
liage que   pour  cette  fois   elle  voulait  bien  lui  donner  par 
grâce  son  élargissement,   mais  s'il  persistait  à  continuer  les 
exercices  de  Luther  au  village  de  PostrofT  et  autres  lieux 
du  bailliage,  il  serait  enfermé  dans  un  cachot  et  puni  très 
rigoureusement.   A  quoi,  il  nous  a  répondu  qu'il  n'était  pas 
le  maître  à  présent  d'accepter   ledit   élargissement ,    qu'il 
demandait  un  tems  convenable  pour  donner  avis  à  la  maison 
de  Nassau   de  ce  que  je  venais  de  lui  dire  et  que  sur  les 
ordres  qu'il  recevrait,  il  ferait  une  réponse  positive,  n'étant 
pas  à  sa  disposition  de  promettre  ce  à  quoi  S.  A.  R.  voulait 
l'obliger,  tant  pour  la  privation  de  ses  fonctions  de  ministre 
à  Postroff,  que  d'acquitter  aucuns  frais  ni  de  la  nourriture, 
ni   autres   occasionnés   par  sa  détention,    qui  se  trouvait 
jusqu'ici    se    monter   à    130    livres   y   compris   les  frais 
de  garde.    En   sorte  que  cela  étant  dû  en  la  plus  grande 
partie  au  cabaret  où  il  est  détenu  ;  nous  n'aurions  su  com- 
ment relâcher   ce   minisire   soit  qu'il  eut  consenti  à  son 
élargissement  que  préalablement  il  eut  acquitté  les  dépenses 
qui  autrement  resleraient  à  la  charge  de  S.  A.  R. 

Sur  quoi,  j'ai  cru  que  nous  pouvions  disposer  sans  un 
ordre,  de  l'un  ou  l'autre  cas,  soit  qu'il  arrive  que  le 
ministre,    après  avoir   eu  les  instructions  de  la  maison  de 


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ARRESTATION  DE  DEUX  PASTEURS  483 

Nassau,  voulut  bien  avoir  sa  liberté,  mais  sans  payer  aucun 
dépens,  ni  frais  ou  qu'il  refuse  absolument  de  sortir  de  son 
arrêt  et  de  ne  rien  payer  pendant  sa  détention.  C'est  sur 
cela,  Monsieur,  que  nous  attendons  la  volonté  de  S.  A.  R. 
que  j'aurai  l'honneur  d'informer  des  dispositions  que  ce 
ministre  a  reçues,  aussitôt  qu'il  me  les  aura  apprises. 

A  Poslroff  et  à  Metting,  la  maison  de  Nassau  a  deux 
portions  dans  le  domaine  utile,  quoique  comme  seigneur 
de  Gerols - Eck ,  elle  n'y  eut  aucune  juridiction,  de  tems 
immémorial.  Il  n'y  a  jamais  eu  dans  ce  lieu  de  temple 
luthérien,  ni  d'autre  hérétique,  mais  seulement  une  église 
anciennement  construite  par  les  catholiques  romains  qu'ils 
possédaient  avant  le  luthéranisme  et  de  laquelle  ceux-ci 
s'étaient  emparés  pendant  le  règne  de  l'hérésie.  Le  roi  fit 
rendre  l'église  et  chasser  les  luthériens. 

A  Metting,  aucun  exercice  religieux  n'y  était  permis,  ni 
toléré  ;  les  officiers  de  Fénétrange  ont  été  avertis  qu'il  y 
avait  des  assemblées  furtives  et  secrètes  qui  se  faisaient 
dans  quelques  maisons  du  lieu  ou  Ton  a  appris  que  les 
habitans  presque  tous  luthériens  faisaient  venir  des  ministres 
du  comté  de  Nassau-Saarwerden,  espérant  par  la  suite  avoir 
une  prétendue  possession  comme  le  veut  la  maison  de  Nassau. 

Nous  attendons.  Monsieur,  les  ordres  que  S.  A.  R.  don- 
nera à  ce  sujet  sur  la  conduite  à  tenir. 

J'ai  l'honneur  de  me  dire  avec  un  très  grand  respect. 
Monsieur,  Votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur. 

Sénault. 
A  Fénétrange,  le  10  octobre  4724. 

IL 

Ce  jourd'hui  9  octobre  1724,  par  devant  Nous,  offi- 
ciers du  bailliage  de  Fénétrange ,  est  comparu  le  N^  Jean 
Plivinel,   maire  du  village  de  Metting,  dépendant  de  la  ba- 


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484  REVUE  d'âlsâce 

ronnie  et  du  bailliage,  lequel  nous  aurait  dit  qu'en  vertu 
d'un  ordre  par  écrit  qu'il  aurait  reçu  de  M.  le  comte  de 
Choiseul,  Bailli  de  S.  A.  R.  à  Fénélrange,  en  date  du  9  sep- 
tembre dernier,  il  aurait  fait  arrêter  en  la  maison  de 
Christophe  Grapp,  habitant  dudit  Metting,  la  personne  du 
Sieur  Jean  -  Henri  Rosenkrantz'  ministre  luthérien  résidant 
au  village  de  Drulingen,  comté  de  Nassau-Saarbrûck,  lequel 
il  avait  trouvé  faisant  le  prêche  de  lad.  religion  et  exercice 
d'icelle  qu'il  administrait  à  plusieurs  habitans,  sujets  de 
Fénétrange  audit  Metting,  Et  ensuite  il  l'aurait  fait  conduire 
en  la  maison  de  Jean-Adam  Weis,  cabaretier,  où  il  l'aurait 
laissé  à  la  garde  de  quatre  hommes,  jusqu'il  nous  aurait 
fait  informer  et  que  ledit  ministre  ne  pouvait  y  rester  sans 
risque  d'évasion  attendu  que  presque  tous  les  habitansduméme 
village  sont  de  religion  luthérienne  et  par  conséquent  peu 
assurés  pour  la  garde. 

De  tout  quoi,  nous  a  fait  la  déclaration  et  a  fait  sa  marque 
n'ayant  l'usage  d'écrire,  f 

L'ordre  de  transférer  le  ministre  Rosenkraniz  à  Féné- 
trange est  signé  le  même  jour  par  les  officiers  du  bailliage  : 
sÉNAULT,  JACQUES  et  KLEIN,  BOUR,  greffier. 

Le  10®  d'octobre,  l'huissier  Labigant  conduit  à  Fénétrange 
le  ministre  et  le  dépose  en  la  maison  de  Charles  Wester- 
mann,  bourgeois,  où  il  est  gardé  par  deux  hommes. 

Interrogé  pourquoi  il  conspirait  contre  les  lois,  le  mi- 
nistre a  répondu  que  depuis  plusieurs  années  il  faisait  à 
Metting  les  cérémonies  du  culte  et  qu'il  les  avait  discon- 
tinuées déjà  depuis  quelques  mois  parce  qu'on  lui  avait  dit 
qu'il  serait  arrêté  ;  mais  que  depuis  il  aurait  été  obligé  de 
venir  continuer  ses  fonctions  par  suite  d'ordres  sévères  de 
la  part  de  M.  le  comte  de  Nassau  et  de  M""^  la  comtesse  de 
NassauSaarbrûck,  que  sur  cela  il  se  serait  transporté  dans 
la  maison  indiquée  et  assurant  que  le  comte  et  la  comtesse 
lui  avaient  donné  l'assurance  de  le   protéger  à  ce  sujet 


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ARRESTATION   DE  DEUX  PASTEURS  485 

contre  tout  ce  pouvait  lui  arriver  et  avons  clos  le  présent 
procès-verbal  et  a  signé  avec  nous  ledit  ministre,    rosen- 

KRANTZ,  SÉNAULT,  JACQUES,  KLEIN,  BOUR,  greffier^. 


m. 


Monsieur, 

Conformément  a  celle  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de 
m'écrire  le  15  courant,  j'ai  exécuté  les  intentions  de  S.  A.  R. 
Mais  ces  deux  ministres  luthériens  ne  veulent  sortir  d'arrêt, 
ni  payer  les  frais  de  leur  nDurriture  et  autres  ci -devant 
faits,  que  ce  qu'ils  se  feront  donner  à  l'avenir  au  delà  de 
ce  que  l'on  fournirait  d'ordinaire  aux  prisonniers,  disant 
qu'ils  ont  reçu  l'ordre  de  M"®  la  comtesse  de  Nassau  douai- 
rière, laquelle  a  écrit  plus  loin  en  Allemagne  à  M.  le 
comte  de  Nassau -Oltweiler  qui  est  actuellement  à  Idstein* 
et  aux  autres  princes  dont  elle  attend  la  réponse  et  ensuite 
apprendra  ce  qu'ils  auront  à  faire,  voilà  la  réponse  que  ces 
ministres  m'ont  faite.  Sur  quoi,  pour  diminuer  une  double 
garde,  je  les  ai  fait  mettre  ensemble  dans  une  même  maison 
où  ils  sont  seulement  gardés  par  deux  bourgeois.  Personne 
d'icy  de  nos  catholiques  ne  voulant  s'en  charger  à  leurs 
risques,  ce  que  je  tacherai  cependant  de  faire  faire  aux 
luthériens.  Pour  s'en  débarrasser  autrement,  il  serait 
facile  les  faisant  reconduire  par  un  huissier  sur  le  territoire 
de  la  juridiction  du    comté  de  Nassau  en  leur  faisant  in- 

^  Ces  diverses  pièces  sont  tirées  d'un  petit  cahier  cartonné  in-folio 
contenant  des  originaux  ou  des  copies  concernant  les  protestants  de 
Fénétrange  et  de  Lixheim  au  siècle  dernier  qui  est  à  la  bibliothèque 
du  Musée  lorrain  à  Nancy  (fonds  de  Tabbé  Marchai).  Il  y  a  aussi  les 
instructions  données  au  commissaire  Mathis  pour  les  règlements  et  les 
limites  du  Nassau. 

a  En  Vétéravie. 


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486  REVUE  D'ALSACE 

jonction  de  ne  plas  se  présenter  à  Postroff  et  à  Hettingen 
pour  y  tenir  leur  prêche.  Quant  à  la  dépense  qu'ils  ont 
faite  ici  et  aux  autres  frais  pour  leur  garde  ;  puisqu'ils 
n'ont  agi  en  le  fait  que  par  les  ordres  de  M"»*  la  comtesse 
de  Nassau  et  ses  co  -  seigneurs ,  qui  les  soutiennent 
avec  tant  de  chaleur.  Ton  pourrait  relever  ces  dépenses 
sur  ce  que  le  fermier  du  domaine  ici  a  en  main  revenant 
h  la  maison  de  Nassau  pour  la  seigneurie  de  Gerols-Eck  qui 
suffirait  pour  la  payer  aux  cabaretiers  auxquels  elle  est  due. 

Ou  bien  récupérer  ces  frais  sur  les  amendes  que  nos 
sujets  luthériens  pourront  après  encourir ,  lorsqu'ils  se 
trouveront  auxdites  assemblées  des  prêches  auxdits  Mettingen 
et  Postroff,  dont  ils  ne  pourront  tout  à  fait  s'abstenir  d'aller, 
quoiqu'il  leur  puisse  couler. 

Mais  considérant  que  mettant  ces  ministres  luthériens  chez 
nos  sujets  de  leur  religion  qui  voudront  bien  les  nourrir  et 
s'en  charger  à  leurs  risques,  il  pourrait  leur  donner  lieu 
d'y  rester  plus  longtemps  et  attendre  avec  plus  de  tran- 
quillité les  prétendues  résolutions  de  la  maison  de  Nassau 
qui  se  flatte  sur  cela  de  l'emporter  et  il  serait  dangereux 
que  nos  sujets  de  cette  religion  ne  caballent  avec  eux  ;  déjà 
naturellement  disposés  sur  cette  matière;  c'est,  Monsieur, 
ce  que  j'ai  vu  être  obligé  de  vous  observer,  en  attendant 
S.  A.  R.  d'en  disposer. 

  l'égard  de  l'état  où  se  trouve  Texercice  de  la  Religion 

à  Postroff  et  à  Mettingen  en  1670  :  dans  ce  temps  là,  le  roi 

de  France  n'était  pas  encore  occupant  le  pays  de  la  Sarre  ; 

la  religion  luthérienne  y  dominait  et  possédait  seule  nos 

églises  dans  ces  villages  et  le  roi  rétablit  les  catholiques 

jusqu'à  présent  y  conservés  ;  que  les  luthériens  y  ont  exercé 

la   leur,  ce  n'a  été  que  furtivement  et  à  l'insu  des  officiers 

de  Fénétrange  qui  l'ont  appris  depuis  peu  d'années. 

J'ai  l'honneur,  etc. 

Sénault. 
A  Fénétrange,  le  25  octobre  1724. 


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ARRESTATION  DE  DEUX  PASTEURS  487 

Il  n'y  a  point  ici  de  prison  en  estât. 

Il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  l'opinion  du  juge  Sénault 
prévalut.  Les  frais  de  nourriture  des  deux  pasteurs  mon- 
taient tous  les  jours  ainsi  que  ceux  de  leurs  quatre  gar^ 
diens.  On  ne  pouvait  rien  avoir  des  deux  détenus  dont  la 
fortune  était  dans  le  comté  de  Nassau-Saarwerden.  Il  était 
temps  de  cesser  une  détention  dispendieuse  qui  n'en  était- 
pas  une.  On  reconduisit  donc  à  la  frontière  purement  et 
simplement  les  deux  ministres  l'un  après  l'autre  ;  le  pasteur 
Lucius,  après  une  douce  captivité  de  douze  semaines  ;  Rosen- 
krantZy  après  une  pareille  épreuve  de  huit  semaines. 

Il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  ce  fut  la  caisse  de  l'État  qui 
paya  les  frais  de  même  qu'en  1744 ,  lorsque  les  protestants 
de  Fénétrange  furent  condamnés  à  une  amende  de  3000  francs 
pour  avoir  assisté  avec  leurs  familles  et  leurs  domestiques 
au  prêche  du  pasteur  du  régiment  Royal-Allemand,  malgré 
une  première  défense  faite  en  1743.  Le  roi  Stanislas,  sur  la 
demande  de  la  comtesse  de  Nassau-Saarbrûck,  avait  consenti 
à  ne  pas  exiger  les  mille  francs  qui  lui  revenaient;  les  deux 
mille  autres  ne  furent  pas  exigés  et  ils  furent  classés  dans 
les  non-valeurs.  Cela  fait  l'éloge  des  magistrats  de  Féné- 
trange. 

Quelques  semaines  après  la  mise  en  liberté  des  deux 
pasteurs,  la  communauté  protestante  perdait,  le  19  décembre, 
l'aubergiste  Sébastien  Lerch  à  l'âge  de  63  ans.  Il  n'avait 
pas  été  un  timide,  il  avait  montré  qu'il  avait  été  bon  luthé- 
rien en  recevant  chez  lui  un  pasteur,  malgré  les  ordres  des 
coseigneurs.  Traduit  devant  la  justice,  il  avait  été  condamné 
à  une  amende  de  cent  florins,  au  commencement  du  siècle. 
Aussi  la  communauté I  pour  honorer  sa  mémoire,  lui 
érigea  dans  le  cimetière  une  pierre  tombale  sculptée  avec 
longue  épitaphe  contre  le  mur  de  séparation  du  cimetière 
catholique  ;  ce  fut  la  première  pierre  de  cette  série  si  in- 
téressante et  peut-être  unique  que  l'on  voit  dans^le  cime^. 


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488  REVUE  D'ALSACE 

tiére  protestant  de  la  petite  ville  de  Fénétrange.  Il  serait 
grand  temps  de  les  réparer  et  surtout  de  les  étudier. 
«  Sébastien  Lercli,  dit  le  pasteur  Philippe  Béer  de  Pistorf,  est 
décédé  subitement  après  avoir  invoqué  le  nom  de  ses  juges. 
Le  service  funèbre  aura  lieu  le  second  jour  de  Noël*.» 

Metting  était  de  la  seigneurie  de  Gerols-Eck  ;  il  y  avait 
20  chers  de  famille  partie  catholiques  et  protestants,  18 
maisons  en  état  et  3â  masures.  L'église,  dédiée  à  saint 
Martin,  appartenait  aux  princes  de  Salm  et  les  comtes  de 
Nassau  n'y  avaient  aucun  droit;  annexe  de  Schalbach. 
L'église  bâtie  sur  une  petite  éminence  est  encore  debout, 
elle  n'a  de  remarquable  que  son  clocher  de  forme  conique 
remontant  au  XI V^  siècle. 

Le  village  de  PostrofT  était  de  la   seigneurie  de  Gerols-  I 

Eck.   Il  y  avait  30  maisons  en  état  et  43  masures,  avec  33  | 

habitants  chefs  de  famille ,  partie  catholiques  et  luthériens.  | 

L'église  appartenait  au  prince  de  Salm  et  les  comtes  de  i 


Nassau-Saarbruck  n'y  avaient  aucun  droit.  C'était  un  petit 
édifice  datant  de  la  fin  du  XV®  siècle  avec  des  fresques 
curieuses  dans  son  chœur  carré.  Une  tour  conique  en  petit 
appareil  aussi  large  que  la  nef  servait  de  porche.  Dédiée  à 
l'invention  de  la  sainte  Croix,  cette  église  était  annexe  de 
Bœrendorf*. 

Nous  avons  trouvé  aux  archives  de  la  Meurthe  une  pièce 
concernant  ce  village;  la  voici: 

Après  que  nous  avons  été  suffisamment  informé  que  les 
sujets  luthériens  fénétrangeois  de  Postroff  s'immiscent  d'en- 
voyer leurs  enfants  à  l'école  luthérienne,  Nous ,  pour  pré- 
venir à  cela.  Nous  ordonnons  à  notre  maire  de  Postroff, 
aussitôt  le  présent  reçu  de  faire  sonner  la  cloche  du  lieu  et 

*  €k>ininunication  de  M.  le  pasteur  Winter  de  Fénétrange,  qui  pré- 
pare une  histoire  de  la  communauté  luthérienne  dans  cette  ville. 

*  Il  y  a  quelques  années,  une  belle  église,  œuvre  de  M.  Jacquemin 
de  Metz,  Fa  remplacée. 


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ARRESTATION  DE   DEUX  PASTEURS  489 

de  déclarer  à  rassemblée  de  toute  la  communauté,  à  tous 
les  sujets  fénétrangeoîs  tant  luthériens  que  catholiques  qu'ils 
aient  à  envoyer  leurs  enfants  qui  sont  en  état  d'apprendre 
à  l'école  catholique  et  de  payer  Técolage  au  Regenl  d'école 
à  peine  de  20  florins  d'amende  à  payer  sans  retard,  en  cas 
de  désobéissance.  A  quoi  le  maire  doit  veiller  exactement 
et  à  quoi  un  chacun  doit  se  conformer. 

Donné  au  château  de  Fénétrange  le  13  novembre  1723. 

Le  comte  de  ghoiseuL|  seigneur  de  Beaupré. 

Le  29  avril  1729,  le  comte  Jean-René-Guillaume  de  Choi- 
seul;  libre  baron  de  Beaupré,  chambellan  de  S.  A.  R.  grand 
bailli  de  Fénétrange,  seigneur  de  Frémeslroff,  fut  atteint  à 
Fénétrange  d'une  attaque  d'apoplexie  à  laquelle  il  succomba 
le  31.  Il  fut  enterré  le  2  septembre  dans  l'église  collégiale 
du  côté  de  Tépître.  11  était  né  vers  1669.  11  fut  peu  regretté. 

Arth.  Benoit. 


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SOUVENIRS  D'ALSACE 


i7se— is4e 

{Suite  et  fin  K) 


IV 


Après  le  départ,  en  1829,  de  M™*  Henriette  pour  Vizille, 
son  mari  était  resté  à  son  poste  de  député  ;  mais,  quelque 
temps  après  la  prorogation  de  la  chambre  jusqu'au  mois  de 
septembre,  il  était  revenu  dans  sa  famille.  C*est  de  là  qu'en 
réponse  aux  craintes  exprimées  par  sa  belle  sœur,  M™°  Octavie 
de  Stein,  il  lui  écrivit  les  quelques  lignes  suivantes  : 

«  Nous  avons  le  regret  de  voir  manquer  le  premier  but  de  notre 
session  par  la  brusque  résolution  qu'ont  prise  nos  ministres  de 
retirer  nos  lois  fondamentales  et  municipales  que  la  France 
attendait  avec  impatience.  Le  bon  esprit  de  la  chambre  et 
sa  disposition  sincère  d'entrer  dans  tous4es  arrangements  raison- 
nables, rend  d'autant  plus  fâcheux  ce  mécompte  qui  produit  un 
grand  mécontentement  dans  nos  départements.  Nous  en  éprouvons 
un  très  vif  en  voyant  le  gouvernement  persister  dans  cette  marche 
incertaine  et  défiante  qui  trouble  le  présent  et  inquiète  l'avenir. 

Heureusement  l'esprit  du  pays  est  bon Il  faudra  bien  tôt  ou 

tard  que  ceux  qui  gouvernent  cherchent  leur  force  là  où   elle 
est » 

^  Voy.  pages  480  et  suiv.  de  la  livraison  d'avril — mai — juin  et  pag.  289 
et  suiv.  de  la  livraison  juillet— août— sept.  1889. 


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SOUVENIRS  d'alsace  491 

La  chambre  ayant  repris  ses  travaux,  M.  Augustin  Périer 
revint  seul  à  Paris  où  il  ne  fut  rejoint  par  sa  Temme,  atec  son 
amie  Frédérique  Pfeffel,  qu'au  mois  de  mars  4830.  Mais 
Tatmosphère  politique  était  devenue  si  menaçante  que  la  pru- 
dence commandait  le  retour  à  Vizille  pour  assurer  à  la  mère 
une  tranquillité  relative  que  la  capitale  refusait.  On  y  «dan- 
sait sur  un  volcan»,  disaient  les  feuilles  publiques  à  propos 
de  réjouissances  à  l'occasion  d'une  visite  princière.  Le  fait 
est  que  Ton  prévoyait  généralement  une  révolution  si  l'atti- 
tude des  ministres  ne  se  modifiait  point  et  l'on  était  convaincu 
qu'elle  éclaterait  à  la  première  occasion.  On  sait  que,  loin  de 
reculer,  le  gouvernement  publia  dans  le  Monitet^  les  ordon- 
nances prononçant  la  dissolution  de  la  chambre  des  députés, 
réduisant  à  deux  cents  et  quelques  représentants  la  nouvelle 
chambre  à  nommer,  soumettant  la  presse  à  une  réglemen- 
tation de  bon  plaisir,  etc.  etc.  C'était  plus  qu'il  n'en  fallait 
pour  mettre  le  feu  aux  poudres  et  provoquer  la  résistance 
dans  laquelle,  après  trois  jours  de  combats,  la  branche  aînée 
de  Bourbon  devait  succomber. 

M.  Augustin  Périer  se  trouvait  momentanément  à  Vizille 
quand  les  ordonnances  parurent  inopinément  dans  le  Moni- 
teur. 11  s'empressa  d'accourir  et  entra,  par  Charenton,  dans 
Paris^  à  travers  les  barricades,  au  moment  où  la  lutte  allait 
cesser  et  où  la  cour,  retirée  au  château  de  Saint-Cloud,  fai- 
sait précipitamment  ses  préparatifs  de  retraite  vers  l'Angle- 
terre. 

L'anxiété  était  grande  chez  M°*«  Henriette  sachant  que 
les  principaux  membres  de  la  famille  Périer,  Augustin  et 
Casimir,  devaient  être  fortement  engagés  dans  le  mouvement 
avec  le  général  Lafayette,  grand-père  de  sa  bru,  Nathalie.  De 
Paris,  on  la  renseignait  aussi  fréquemment  que  possible,  et 
la  satisfaction  succédant  aux  anxiétés,  elle  s'empressait  de 
faire  part  à  ses  sœurs  des  émotions  qu'elle  éprouvait.  C'est 
à  M"®  Octavie  de  Stein,  à  Nordheim,  que  sont  principalement 


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492  REVUE  D'ALSACE 

adressées  les  lelires  qu'elle  écrivait  concernant  la  résolution; 
elle  allait  au  plus  pressé,  c'est-à  dire  à  celle  de  ses  sœurs  qui 
était  le  plus  éloignée  de  Paris,  sachant,  sans  doule,  que 
M"*  Amélie  de  Dietrich  était  renseignée  aussi  fréquemment 
qu'elle-même  par  M.  le  député  de  Turcheim,  beau-père  de  sa 
fille  Amélie.  Elle  lui  dit,  dans  sa  lettre  du  S  août  1830  : 

«Le  vénérable  grand-père  de  Nathalie  (le  général  Lafayette)a 
pu  faire  partir  une  lettre  qui  nous  a  rassurées  sur  son  existence .... 
On  croit  que  le  Roi  va  partir  pour  Compiègne.  Les  ministres  sont 
isolés  dans  leurs  hôtels,  avec  des  canons  braqués,  mèches  allumées 

et  une  forte  garde  suisse Le  peuple  se  barricade,  brise  les 

télégraphes,  arrache  les  signes  royaux,  crie  vive  la  Charte,  mort 

aux  ministres,  aux  Bourbons  I La  garde  nationale  s'est 

emparée  de  tous  les  points  de  Paris  et  le  général  Lafayette  en  est 

le  colonel Les  députés  nomment  une  commission  pour  veiller 

à  la  sûreté  et  à  Tordre.  De  ce  nombre  est  Casimir  Périer,  le  comte 

Lobau^  Jacques  LaliCte,   Odier,  etc Augustin  (Périer  son 

mari)  me  dit  que  tous  les  députés  et  citoyens  honorables  sont 
d'avis  que  les  circonstances  sont  graves,  mais  qu'il  faut  faire  son 
devoir,  advienne  que  pourra.  D'autres  renseignements  me  disent 
que  les  citoyens  de  Paris,  sans  chefs,  ont  résisté  pendant  quatre 
jours,  dépavé  les  rues,  abattu  les  arbres  des  boulevards  pour  faire 

des  barricades  et  se  défendre Le  Journal  des  Débats  et  le 

Temps  ont  reparu ....  » 

Le  lendemain,  4  août,  M"^®  Henriette  s'empressait  d'infor- 
mer encore  sa  sœur  que  les  députés  avaient  élu  une  déléga- 
tion composée  d'Augustin  Périer,  Benjamin  Delessert,  Guizot, 
Sébastian],  les  deux  Dupin,  etc.,  chargée  de  se  rendre  auprès 
du  duc  d'Orléans  pour  le  prier  de  venir  à  Paris  et  de  prendre 
les  rênes  du  gouvernement  en  qualité  de  lieutenant-général 
du  royaume  et,  en  même  temps,  elle  lui  dit  que  le  duc  est 
entré  le  31  juillet  muni  de  la  cocarde  tricolore  et  précédé 
d'une  proclamation  dont  elle  lui  transcrit  le  texte.  Ainsi  se 
trouvait  réalisée  la  prédiction  formulée,  quinze  années  au- 
parant,  par  l'ainée  des  dames  de  Berckheim-Scboppenwihr. 

Casimir  Périer  —  dit-elle  encore  à  sa  sœur  —  s'est  fait 


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SOUVENIRS  d'alsace  493 

beaucoup  d'honneur  par  son  courage  et  rhumanilé  qu'il  a 
montrée  dans  les  deux  premiers  jours  de  combat  où,  «après 
avoir  fait  auprès  du  duc  de  Raguse  de  vains  eiïorts  pour  em- 
pêcher Teffusion  du  sang,  il  a  contribué  à  l'arrêter  dans  la 
rue  de  la  Paix  et  a  sauvé  personnellement  une  vingtaine  de 
gendarmes  oubliés  dans  l'hôtel  des  affaires  étrangères  et  que 
le  peuple,  irrité  de  les  avoir  vus  tirer  sur  lui,  voulait  sacri- 
fier. y>  Enfin  elle  lui  annonce  que  Casimir  est  désigné  par 
l'opinion  pour  le  ministère  de  l'intérieur  avec  Bignon  (le 
député  du  Haut-Rhin)  pour  les  affaires  étrangères,  Dupont  de 
l'Eure  à  la  justice,  le  baron  Louis  aux  finances,  l'amiral  de 
Rigny  à  la  marine,  le  général  Gérard  à  la  guerre,  Guizot  à 
l'instruction  publique,  Alexandre  de  Laborde,  préfet  de  la 
Seine  et  Bavoux,  préfet  de  police, 

M"o  Henriette  ne  revint  à  Paris  que  vers  la  fin  de  Tannée. 
Le  29  septembre^  elle  faisait  annoncer  à  sa  sœur  Octavie  que 
son  jeune  ménage,  Adolphe  et  Nathalie,  est  arrivé  de  Paris 
et  que  l'on  peut  donner  de  fraîches  nouvelles  politiques. 
C'est  Frédérique  Pfeffel  qui  tient  la  plume  et  qui  dit  à  Octavie 
que  Adolphe  et  sa  femme  «sont  aussi  prononcés  que  pos- 
sible dans  l'extrême  gauche;  que  c'est  l'opinion  de  Lafayette, 
de  Tracy,  Benjamin  Constant  et  de  toute  la  jeunesse  ayant 
pour  suite  tout  le  peuple  de  Paris.  »  Les  quatre  Périer, 
ajoute-l-elle,  ne  sont  pas  de  ce  bord-là  ;  ils  y  voient  l'anarchie 
et  ne  trouvent  de  salut  que  dans  la  conservation  de  la 
chambre  qui  a  résisté  à  l'abolition  de  la  charte.  Les  quatre 
Périer,  que  nous  voyons,  pour  la  première  fois,  réunis  dans 
la  correspondance,  étaient:  Augustin,  Casimir,  Joseph  et 
Camille,  père  et  oncles  d'Adolphe  et  d'Eugène  Périer  de  Berck- 
heim. 

Les  circonstances  offraient  à  M°*«  Henriette  assez  de  pré- 
occupations pour  écarter  momentanément  de  son  esprit  la 
la  douleur  que  lui  causait  la  mort  de  ses  deux  filles.  Dans  le 
moment  où  Frédérique  prenait  la  correspondance,  M™°  Henriette 


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494  REVUE  D' ALSACE 

poursuivait  un  projet  conforme  à  ses  afieclions  et  qui  ne 
devait  pas  tarder  à  se  réaliser.  M.  Camille  Périer  était 
encore  célibataire.  Henriette  désirait  qu'il  se  mariât.  Elle 
pensait  que  la  fille  de  sa  cousine,  M"*®  de  Sahune,  née  Amélie 
deDietrich,  était  l'objet  d'une  alliance  désirable  et  M"'^  Hen- 
riette sut  faire  partager  cet  avis  par  M.  Augustin,  son  mari. 
C'était  aller  au-devant  des  inclinations  de  M.  Camille  qui, 
malgré  une  certaine  disproportion  d'âge,  fut  préforé  à 
d'autres  prétendants  par  la  jeune  fille,  Amélie  de  Sahune, 
et  à  la  grande  satisfaction  de  ses  parents.  M™*  de  Sahune 
s'empressa  d'en  donner  avis  à  M"^  Fritz  de  Dielrich  et  le 
mariage  ne  tarda  point  à  se  conclure  et  à  donner  ainsi  à 
Mm®  Henriette  une  belle-sœur  qui  saura  l'assister  dans  la 
nouvelle  voie  politique  qui  allait  s'ouvrir. 

M™®  Henriette  Périer  était  revenue  à  Paris  et  c'est  de  là 
que,  le  6  décembre  1830,  elle  donne  de  ses  nouvelles  à  sa 
sœur,  M°*®  Octavie  de  Stein. 

«Représente-toi  ton  Henriette  tous  les  jeudis  à  un  dîner  de 
rî6  députés  ou  personnages  éminents,  seule  femme,  en  face  de 
Casimir  (Périer)  pour  lui  aider  à  faire  les  honneurs.  Jeudi  pro- 
chain ma  jeune  belle-sœur  (M^o  Camille  Périer,  née  Amélie  de 
Sahune)  y  viendra  avec  son  mari.  M"»®*  Joseph  Périer,  de  Boubers 
et  Bartholdi.» 

On  voit  que,  sans  sortir  du  cercle  de  sa  parenté,  M°**  Hen- 
riette savait  produire  un  nombre  suffisant  de  dames 
aimables  pour  faire  les  honneurs  aux  députés  et  autres  per- 
sonnages dont  les  appartements  de  Casimir  Périer  étaient 
devenus  un  point  de  réunion.  Elle  se  laissait  nécessairement 
entraîner  dans  la  vie  politique  dont  ce  milieu  était  la  haute 
expression.  Il  y  avait  bien  eu  la  manifestation  «  avec  éclat 
d'un  parti  républicain,  qui  voulait  un  régime  semblable  à 
celui  des  États-Unis  d'Amérique,  avec  le  général  Lafayelte 
pour  Président»,  mais  le  courant  constitutionnel,  dans 
lequel  Mm«  Henriette  se  trouvait  mêlée ,   devait  prévaloir, 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  495 

surtout  lorsque  Lafayette  c  aux  cheveux  blancs  »,  désignant 
devant  le  peuple  le  duc  d'Orléans,  eut  déclaré  que  ce  prince 
était  la  «meilleure  des  Républiques  »,  circonstance  que 
les  lettres  laissent  dans  l'ombre  aGn  de  rendre  un  hom- 
mage, d'ailleurs  mérité,  au  désintéressement  et  au  patrio- 
tisme du  général.  M°*®  Henriette  assiste  à  la  séance  de  la 
Chambre  des  députés  dans  laquelle  le  général  donne  sa 
démission  de  cher  des  gardes  nationales  et  en  explique  les 
motifs.  Le  27  décembre  1830,  elle  communique  ses  im- 
pressions à  sa  sœur  Octavie  et  lui  donne  en  même  temps 
des  nouvelles  de  Rome  où  son  fils,  Eugène  Périer,  était 
secrétaire  d'ambassade.  Le  c  petit  diplomate  »  donne  des 
détails  sur  le  conclave  et  ajoute  que  «  rien  n'est  édifiant 
dans  ce  pays-là,  que  les  églises  n'inspirent  rien  de  reli- 
gieux et  que  les  prêtres  y  sont  comme  des  femmes  dans  le 
monde». 

Le  commencement  de  l'année  1831  réservait  une  grande 
douleur  à  nos  dames  de  Berckheim-Schoppenwihr  et  il  est 
à  présumer  que  M™®  Henriette  et  sa  compagne,  M"®  Fré- 
dérique  Pfeffel,  quittèrent  Paris,  peu  avant  ou  de  suite  après 
le  nouvel  an,  pour  Strasbourg  afin  d'assister  M*®  Fritz  de 
Dietrich  et  sa  fille  Amélie  dont  le  mari,  M.  Guillaume  de 
Turckheim,  mourut  dans  la  première  quinzaine  de  janvier. 
Ces  dames  étaient  encore  à  Strasbourg  au  mois  de  mars, 
car  c'est  de  cette  ville  que  M*^*  Frédérique  écrit,  le  13^  à 
M™**  Octavie  pour  lui  annoncer  que,  dès  la  veille,  Casimir 
(Périer)  était  ministre  de  l'Intérieur  et  président  du  con- 
seil. €  Cette  nouvelle,  lui  dit -elle,  réjouira  ton  cœur  de 
Française^  bien  qu'aujourd'hui  les  gouvernants  ne  siègent 
pas  sur  des  roses,  mais  sur  des  épines,  car  les  intentions 
les  plus  pures,  les  actes  les  plus  sages  sont  empoisonnés 
par  les  malveillants.  »  Elle  lui  annonce  en  même  temps 
qu'elles  vont  retourner  à  Grenoble,  mais  que  Henriette  c  a 
souci  du  voyage,  qu'elle  préfère  Paris  et  que  la  politique 


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49n  REVUE  d' ALSACE 

rintéresse  par-dessus  tout)>.  On  alla  en  effet  à  Grenoble  où 
ii  fallait  se  résoudre  à  rester  jusqu'après  les  élections  qui 
devaient  avoir  lieu  le  5  juillet  (non  lè  6^  comme  elle  dit), 
sauf  à  retourner  «immédiatement  à  Paris  si  son  mari  est 
nommé»,  c'est-à-dire  est  réélu.  C'est  à  sa  sœur  Octavie 
qu'elle  écrit  ses  intentions  en  lui  parlant  encore  de  son  fils 
Eugène,  de  retour  à  Paris  et  que  son  oncle  Casimir,  ministre 
de  l'Intérieur,  relient  pour  l'envoyer  en  mission  à  Londres, 
puis  à  Hanovre  comme  secrétaire  de  légation.  Puis  elle  lui 
dit  encore  que  W^^  Frédérique  a  été  «  très  satisfaite  de 
notre  Amélie  (M°'<'  Frilz  de  Dietrich),  que  rien  ne  parait 
aux  yeux  (sa  vue  faiblissait),  qu'elle  a  toujours  son  beau 
teint,  ses  belles  dents  et  vaque  à  toutes  ses  occupations  ». 
Arrivées  à  une  époque  de  la  vie  où  les  joies  et  les  peines  se 
sont  disputé  les  émotions  les  plus  délicieuses  et  les  émo- 
tions les  plus  cruelles  de  l'âme,  nos  Colmariennes  se  re- 
trouvent dans  toute  la  fraîcheur  des  premières  tendresses  de 
la  famille  ;  elles  se  fortifient  réciproquement  pour  continuer 
à  être  jusqu'au  terme  fatal  ce  que  l'éducation  et  les  épreuves 
de  la  vie  les  ont  faites,  c'est-à-dire  des  filles  étroitement 
unies  aux  leurs,  des  amies  bien  fidèles,  des  épouses  exem- 
plaires et  des  mères  accomplies. 

Si  l'on  devait  en  juger  par  les  lettres  éditées,  les  relations 
entres  les  divers  membres  de  la  famille  deDietrich-Berckheim 
auraient  été  moins  actives  qu'entre  les  trois  sœurs  de 
Eerckheim-Schoppenwibr  ;  mais  il  y  a  lieu,  pensons -nous,  de 
croire  que  cette  apparence  n'est  que  le  résultat  de  l'explo- 
ration éclectique  des  nombreuses  lettres  à  la  disposition  de 
réditeur.  Il  est  probable  que  quelques-unes  de  celles  qui 
sont  passées  sous  silence  auraient  aidé  à  mieux  comprendre 
la  relation  intime  des  faits. 

Le  2  mars  1832,  M"®  Veuve  Scipion  Périer,  née  Louise  de 
Dietrich,  sœur  de  M"®  de  Sahune,  née  Amélie  de  Dietrich, 
écrit  à  sa  tante,   M°^«  Fritz  de  Dietrich,  née  Amélie  de 


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SOUVENIRS  d'alsace  497 

Berckheim -Schoppenwihr,  une  lettre  qui  commence  ainsi  : 
«  Il  y  a  bien  longtemps,  bonne  et  toujours  chère  Amélie,  que 
nous  n'avons  eu  de  communication  quelconque  ensemble  ; 
j'ai,  malgré  notre  silence  réciproque^  toujours  demandé  et 
obtenu  de  tes  nouvelles  soit  par  ta  sœur  (M""^  Henriette 
Périer),  soit  par  la  mienne»  (M"'*'  Amélie  Sahune).  On  ne 
trouve  dans  la  correspondance  qu'une  vague  indication 
pour  expliquer,  entre  personnes  qui  se  chérissaient,  cette 
longue  absence  de  «communication  quelconque»  et  c'est 
Marie  d'Oberkirch  (l'active  et  affectionnée  M"*  de  Mont- 
brison)  qui  donne  celte  indication.  M"*  Scipion  Périer  ne 
s'eslimait  pas  heureuse  avec  son  mari,  par  la  raison  qu'ab- 
sorbé par  les  affaires  de  banque,  Scipion  Périer,  écrivait 
M™*  de  Montbrison,  «  n'était  plus  rien  pour  la  conversation,  en 
dehors  de  ses  affaires  de  banque  ».  M.  Scipion  meurt  pré- 
maturément et  sa  veuve  ne  tarde  pas  à  mesurer  l'étendue 
de  la  perte  qui  l'afflige.  M™*  Henriette  Périer  en  fait  dis- 
crètement la  remarque  dans  une  de  ses  lettres.  Dominée 
par  son  chagrin,  Madame  Scipion  se  livre  aux  étreintes  d'une 
religiosité  excessive,  qui  lui  fait  un  peu  négliger,  non  ses 
enfants,  mais  ses  autres  parents.  Une  circonstance  heureuse 
la  ramène  sur  la  terre  et  c'est  pour  faire  part  de  son  bon- 
heur qu'elle  écrit  à  sa  «bonne  et  toujours  chère  Amélie», 
M""®  Fritz  de  Dietrich.  Elle  lui  annonce  que  sa  Glle,  Cécile, 
«après  avoir  été  demandée  par  quelques  partis  brillants 
pour  la  fortune,  mais  dont  le  personnel  ne  lui  plaisait  pas, 
épouse  M.  Vitet,  maître  des  requêtes,  inspecteur  des  monu- 
ments historiques  et  qui  sera  plus  tard  l'éroinent  académicien 
que  Ton  sait. 

A  cette  nouvelle,  bien  agréable  à  toute  la  famille,  d'autres 
vont  succéder;  elles  sont  transmises,  le  13  mars,  par 
Mm«  Henriette  Périer  à  sa  sœur,  M"«  Octavie  de  Stein.  On 
célèbre  en  famille  l'anniversaire  du  jour  où  Casimir  Périer  a 
été  nommé  ministre  de  Tintérieur  et  président  du  conseil. 

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498  REVUE  d' ALSACE 

Alphonse  Périer  el  sa  femme  sont  arrivés  pour  la  cir- 
constance, dont  ils  profiteront  d'ailleurs  pour  revoir  leur 
fillO;  mariée  au  capitaine  du  génie,  Ernest  de  Chabaud. 
Celui-ci  sera  attaché  à  la  maison  du  jeune  duc  d'Orléans. 
D'un  autre  côté  M.  de  Sahune  va  être  nommé  conservateur 
des  forêts  du  roi  ;  Fritz  de  Berckheim-Schoppenwibr,  qui 
désire  servir  encore»  sera  attaché  à  Tétat-major  du  duc  de 
Rovigo,  gouverneur  d'Alger.  Voilà,  sans  doute,  des  nou- 
velles qui  doivent  donner  de  la  satisfaction  aux  trois  familles 
de  Berckheim-Schoppenwihr,  de  Dietrich  et  Périer.  Mais 
pour  celles  -  ci  comme  pour  toutes  autreS;  les  peines  sont 
fidèles  compagnes  des  joies  ;  et  comme  tout  est  relatif  dans 
la  vie,  on  peut  dire  que  si  ces  familles  paraissent  favo- 
risées par  les  succès,  la  compensation  par  les  peines  leur 
fut  bien  mesurée.  On  était  à  la  veille  du  jour  où  la  terrible 
épidémie  du  choléra  se  manifesta  dans  la  capitale:  toutes 
les  classes  furent  indistinctement  atteintes;  M™*  Henriette 
fut  une  des  premières  qui  lui  paya  son  tribut,  mais  qui 
résista  victorieusement;  tandis  queM"**  Scipion  Périer,  belle- 
mère  de  M.  Vitet,  succomba  le  troisième  jour;  Casimir 
Périer  était  atteint,  à  son  tour  ;  le  10  avril,  Frédérique 
Pfeffel  donnait  à  M"*®  Fritz  de  Dietrich  des  informations 
rassurantes  sur  la  marche  de  la  maladie  du  ministre,  et  lui 
annonçait  en  même  temps  la  mort  de  Mi"®  Scipion.  Les  soins 
prodigués  à  l'homme  d'Etat  par  la  science  et  par  les  membres 
de  sa  famille  prolongèrent  sa  vie  pendant  une  ou  deux 
semaines,  mais  furent  impuissants  à  conjurer  le  délire  qui  la 
termina.  M"®  Henriette,  éprouvée  déjà  tant  de  fois  par  les 
coups  de  la  mort,  demeura  aussi  calme  que  le  danger  était 
grand  dans  l'atmosphère  empoisonnée  de  Paris.  Après  avoir 
assisté  ses  belles  -  sœurs,  M™««  Scipion  et  Casimir  Périer, 
après  avoir  elle-même  subi  les  attaques  du  mal  et  les  avoir 
vigoureusement  repoussées,  il  lui  restait^  quand  Casimir  eut 
succombé,  à  donner  ses  soins  à  son  amie  Frédérique  Pfeffel 


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SOUVENIRS  D'ALSACE  499 

qui,  elle  aussi,  venait  d'être  atteinte  et  sérieusement  menacée. 
Pour  être  édifié  sur  le  stoïcisme  de  ce  caractère,  il  faut  lire 
les  quelques  mots  qu'elle  écrivait  le  16  mai,  alors  que  l'épi- 
démie battait  son  plein,  à  sa  sœur  ainée,  M°^^  Oclavie  de  Stein. 
C'est  Tune  de  ses  lettres  les  plus  calmes,  les  plus  froides,  si 
tant  est  que  sa  main  en  ait  tracé  de  ce  dernier  genre. 

cLa  vue  de  mon  écriture  doit  te  rassurer  sur  mon  compte;  en 
effet,  ma  santé  est  maintenant  à  toute  épreuve.  La  bonne  Frédé- 
rique  n'est  pas  encore  entrée  en  convalescence  et  cela  commence 
à  m'inquiéter;  quoique  la  maladie  s'amende,  les  suites  en  sont 
incalculables,  témoin  notre  pauvre  Casimir,  dont  la  vie  a  été  si  belle 
et  qui  vient  de  la  terminer.  Après  avoir  eu,  comme  nous,  le  choléra 
et  en  avoir  été  guéri ,  il  a  eu  à  la  suite  une  maladie  cérébrale.  Ce 
n'est  pas  l'étranger  qui  regrettera  le  moins  un  homme  si  ferme,  si 
franc,  si  loyal,  si  éminemment  distingué.  La  famille  royale  en  est 
consternée.  «Où  trouver  tant  de  capacités  et  tant  d'honnêteté?:!»  Si 
quelque  chose  peut  adoucir  nos  regrets,  c'est  ceux  qu'il  cause.  — 
Dans  ses  souffrances,  il  a  été  constamment  bon  et  affectueux;  ses 
médecins  sont  frappés  de  cette  générosité  et  excellence  de  cœur 
qu'il  montrait.  Ma  pauvre  belle-sœur  paraît  un  jonc  plié  sous 
toutes  ces  cruelles  épreuves,  et  la  piété  si  douce  de  son  âme  lui 
aidera  à  supporter  ce  grand  malheur.    Elle  a  deux  fils  excellents. 

«Augustin  et  Eugène  (son  mari  et  son  fils)  vont  bien.  Ils  iront 
sous  quelques  jours  en  Dauphiné;  moi,  j'attends  le  rétablissement 
de  notre  pauvre  amie  (M«"«  Frédérique  Pfeffel).» 

Ainsi,  pas  de  plaintes,  pas  de  gémissements  inutiles; 
des  regrets  pour  ceux  qui  ont  succombé,  et,  quand  tous 
ceux  qui  le  pouvaient  s'étaient  éloignés  du  centre  pestiféré, 
M"®  Henriette  veut  y  rester  pour  donner  ses  soins  à  sa  fidèle 
compagne,  dont  le  rétablissement  commençait  à  lui  causer 
des  inquiétudes.  On  la  retrouvera  tantôt  adorablement  forte, 
adorablement  trempée,  dans  l'une  des  épreuves  les  plus 
cruelles  de  la  vie. 

M**®  Frédérique  fut  sauvée,  car  le  15  juillet  suivant  elle 
donne  des  nouvelles  de  Paris  à  M"*®  Octavie  de  Stein  en  lui 
parlant  du  prochain  mariage  du  roi  des  Belges  avec  la  fille  de 


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500  REVUE   D'ALSACE 

Louis-Philippe,  de  Tarreslalion  de  Châleaubriand,  Filzjaroes, 
Lide  de  Neuville,  Ilenriquinquistes,  du  manifesle  de  l'Au- 
Iriche  et  de  la  Prusse,  etc.  M"«  HenrieUe  el  M"«  Frédéric  ue 
paraissent  n*avoir  point  quitté  Paris  pendant  toute  l'année  du 
choléra»  etc*est  là  qu'elles  apprennent,  en  novembre,  la  mort 
de  Fritz  de  Bercklieim-Schoppenwihr,  frère  d'Oclavie  de  Slein, 
d'Amélie  de  Dietrich,  d'Henriette  Périer,  père  du  général  de 
Berckheim;  en  retraite,  et  propriétaire  du  Bocage  dont  le 
livre  domestique  de  M"^  Octavie  a  agréablement  parlé.  La 
mort  de  Fritz  fournit  naturellement  à  M™®  de  Sahune  (Amé- 
lie de  Dietrich)  l'occasion  d'écrire  à  M™*'  Fritz  de  Dielrich 
(Amélie  de  Berckheim-Schoppenwihr)  de  tendres  condo- 
léances, et  de  lui  donner  des  nouvelles  de  Lili  (M"'^  de  Bou- 
bers),  qui  demeure  toujours  attachée  à  la  famille  de  son 
premier  mari,  de  M™®  Dolomieu,  sœur  de  la  comtesse  de 
Montjoie^  dame  d'honneur  de  la  reine  Amélie,  laquelle  nour- 
rit une  grande  affection  pour  M*"®  Henriette  Périer. 

A  partir  de  1833,  les  lettres  de  H"'^  Henriette  paraissent 
respirer  un  certaia  désenchantement  pour  ce  qui  est  étran- 
ger aux  affections  et  aux  choses  de  famille.  Dans  une  lettre 
du  8  janvier  à  sa  sœur  Octavie,  elle  lui  dit  qu'elle  est  tout 
entière  à  la  famille  Teysserre  (sa  belle-sœur  et  son  beau-frère 
par  les  Périer)  et  que,  pour  elle,  elle  cvase  permettre  de 
retourner  au  spectacle.  Quant  au  bal,  j'y  ai  renoncé  pour 
jamais  depuis  que  je  n*ai  plus  de  filles  chéries  à  y  conduire.» 
Puis  elle  lui  parle  d'une  visite  à  la  Cour  la  veille,  de  la  reine 
et  des  princesses  et,  avec  Augustin  el  Frédérique,  salue  sa 
«bien-aimée  sœur»  Octavie.  —  Il  parait  que  M"®  Octavie 
était  venue  à  Strasbourg  visiter  sa  sœur  Amélie  dont  la  vue 
continuait  à  s'affaiblir,  car,  le  7  mars,  répondant  à  une  lettre 
de  celle-ci,  M™*  Henriette  lui  parle  de  son  prompt  retour  à 
Nordheim  pour  soigner  son  mari  indisposé.  Elle  entre,  à 
cette  occasion,  dans  d'assez  longs  détails  concernant  l'aven- 
ture de  la  duchesse  de  Berry,  qui  aurait  donné  naissance  à 


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SOUVENIRS  d'alsace  501 

celui  que  les  partis  opposés  à  la  branche  aînée  de  Bourbon 
ont  appelé  Venfanô  du  mirade.  La  pauvre  reine  (Amélie)  doit 
bien  souffrir  de  ce  qui  arrive  à  sa  nièce  (la  duchesse  de  Bei'ry). 
Puis  elle  continue  : 

«L'esprit  de  parti  en  est  furieux  et  verse  injure  et  calomnie. 
Le  sentiment  moral  souffre  sans  doute  de  cette  publicité^  mais 
comment  faire  autrement?  dit  la  raison  d'État.  Il  est  certain  que 
la  captive  a  voulu  déclarer  qu'elle  était  mariée,  comme  seul  moyen 
de  se  tirer  d'affaire;  il  est  encore  certain  qu'elle  a  fait  là  une  faute, 
parce  que  si  elle  avait  nié  sa  grossesse  jusqu'au  bout,  son  parti 
aurait  rejeté  ce  bruit  sur  la  calomnie,  comme  il  fait  toujours,  et 
comptait  faire  entrer  à  Blaye  une  fille  prête  d'accoucher  pour 
pouvoir  dire  ensuite  que  c'était  l'œuvre  de  la  police  pour  dés- 
honorer la  princesse.  —  On  dit  à  présent  que  la  princesse  rece- 
vait avec  son  journal  des  lettres  et  chiffres  qui  l'instruisaient  et 
équivalaient  à  la  correspondance  secrète  et  qu'en  dernier  lieu  elle 
avait  compris  qu'on  lui  donnait  le  «conseil  de  se  dire  mariée.  Tant 
il  y  a  qu'un  jour  le  général  Bugeaud  et  les  deux  personnes  qui  lui 
étaient  dévouées  (M"»«  d'Haulefort  et  M«e  de  Cossé-Brissac)  se 
trouvaient  près  d'elle  quand  elle  laissa  tomber  son  journal,  et  qu'en 
se  baissant  pour  le  ramasser,  sa  taille  se  dessina  tellement  que 
tous  les  trois  se  regardèrent  sans  mot  dire.  —  Le  général  s'en 
expliqua  plus  tard  avec  les  deux  autres,  les  engageant  d'en  parler 
à  la  princesse  à  cause  de  sa  responsabilité  auprès  du  gouvernement. 
D'abord  elle  nia,  puis  trois  jours  après  elle  demanda  à  le  voir  et  se 
jeta  dans  ses  bras  en  pleumnt  et  criant  :  «Je  suis  mariée;  je  veux 
qu'on  sache  que  je  suis  mariée.  2>  Le  général  désira  l'apprendre  par 
devant  témoin  et  par  écrit.  Elle  lui  donna  ensuite  sa  déclaration 
qui  fut  de  suite  envoyée  ici  et  publiée  comme  on  le  sait.  —  Son 
parti  a  reçu  un  coup  de  massue,  de  là  sa  fureur  ;  la  princesse  ne 
peut  plus  être  dangereuse  en  France,  et  la  quittera  probablement 
après  ses  couches.  On  croit  généralement  que  c'est  M.  Guibourg, 
avocat  à  Nantes,  qui  est  le  père  de  l'enfant  à  naître.  Un  carliste 
est  convenu  que  depuis  longtemps  on  savait  qu'elle  en  raffolait 
et  qu'elle  n'avait  pas  voulu  quitter  la  France  à  temps^  à  cause  de 
cette  passion.  —  Le  même  Guibourg  a  été  trouvé  dans  la  cachette 
avec  la  duchesse,  M.  de  Ménars  et  W^^  de  Kersabière.  Cette  der- 
nière, si  elle  avait  pu  rester  avec  la  princesse,  aurait  annoncé  être 
mariée  secrètement  avec  M.  Guibourg  pour  servir  de  manteau.» 


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502  REVUE  D'ALSACE 

Tel  est  l'acte  de  naissance  du  comte  de  Chambord,  écrit, 
d'après  un  document  et  Topinion  du  temps,  par  M™«Henrielle 
Périer,  née  de  Berckheim-Schoppenwihr. 

Le  24  juillet,  nous  la  retrouvons  à  Vizille,  dont  le  c  séjour 
ne  leur  a  jamais  paru  aussi  beau,  aussi  Trais  de  verdure  et 
de  belles  eaux».  C'est  ce  qu'elle  écrit  à  sa  sœur  Octavie  en 
réponse  à  une  lettre  de  celle-ci.  Elle  lui  donne  des  détails 
sur  les  embellissements  que  Ton  fait  au  parc  du  château  et 
des  nouvelles  de  son  fils  Eugène,  secrétaire  de  l'ambassade 
de  France  à  Madrid  et  un  récit  circonstancié  de  la  solennité 
de  la  Jura  ou  prestation  de  serment  à  l'inrante  dans  l'église 
du  couvent  de  Sainl-Gérôme,  dont  le  château  Btien-retiro 
dépend.  Messe,  Veni  Creator,  prestation  de  serment,  Te 
Deum,  baisements  de  main  par  plus  de  1700  personnes,  puis 
ErUrade  pMica  dans  les  rues  de  Madrid,  voilà  le  sujet  d'une 
lettre  intéressante  à  M™®  Octavie  de  Slein.  Puis  c'est  M"«  Fré- 
dérique  Pfeffel  qui,  le  7  septembre  1833,  donne  aussi  signe 
de  vie  à  M"»®  Octavie  en  lui  apprenant  que  l'industrie  d'Adolphe 
Périer  produit  des  étoiïes  c  délicieuses,  travaillées  sur  soie, 
sur  gaze,  sur  laine,  qu'elles  sont  bien  payées»  en  un  mot, 
que  les  manufactures  de  Vizille  sont  en  grande  prospérité. 

Que  survint-il  entre  cette  date  et  celle  du  17  décembre 
suivant? — Un  événement  accablant  pour  M""  Henriette,  mais 
en  face  duquel  on  retrouve  le  caractère  de  la  femme  prépa- 
rée, depuis  longtemps,  à  ne  pas  se  griser  des  succès  et  à  ne 
pas  se  laisser  anéantir  par  les  plus  durs  revers.  C'est  elle- 
même  qui  va  le  dire  dans  une  lettre  datée  de  Paris,  le  17  dé- 
cembre 1833,  à  sa  sœur,  M™^  Fritz  de  Dietrich. 

«Je  rassemble  mes  forces  pour  l'écrire;  je  suis  encore  debout 
après  une  si  horrible  catastrophe  ....  Mon  Augustin  a  cessé  de 
vivre.  Je  l'ai  trouvé  inanimé  sur  une  terre  humide,  à  cent  pas  de 
la  maison  qu'il  ne  put  atteindre.  Un  charretier  seul  l'a  soutenu 
dans  ses  bras.  Ses  yeux  n'ont  pu  apercevoir  sa  malheureuse 
femme,  ses  enfants.  Nous  perdons  en  lui  l'ami,  le  guide,  le  soutien 


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SOUVENIRS  D*ALSACE  503 

le  plus  tendre,  le  plus  généreux,  l'homme  de  bien  par  excellence. 
Pauvre  cher  ami,  la  vie  lui  allait  si  bien,  il  en  faisait  un  si  noble 
usage,  toujours  actif,  toujours  occupé  des  autres,  bon^  partout  il 

était  un  être  précieux  et  désiré J'aurais  pu  imaginer  tous  les 

malheurs  possibles,  mais  pas  celui-là.  Cette  mort  est  une  dévas- 
tation.  Il  laisse  un  vide  que  rien  ne  peut  combler Hélas, 

mon  Amélie  !  je  ne  te  veux  pas  à  présent,  tu  souffres  trop  de  mes 
chagrins.  Ton  œil  doit  être  ménagé.  Plus  tard,  nous  tâcheron^ 
de  nous  voir.  A  présent,  il  faut  que  chacun  reste  à  son  poste.]» 

Voilà  un  faire-part  et  en  même  temps  une  oraison  funèbre 
dignes  d'Êglantine  et  de  Le  Laurier  des  jeunes  années  pas- 
sées à  Colmar  et  à  Schoppenwihr.  Puis^  comme  épigraphe 
humainement  biblique,  elle  ajoute  : 

«Eugène  est  en  route  pour  nous  rejoindre.  Pauvre  enfant!  quel 
retour.  Mes  fils  et  Nathalie  sont  ma  consolation.  Nathalie  adorait 
Augustin.  Il  était  si  aimable  pour  elle!:» 

Et  enGn  comme  prière  finale  : 

«Demain  j'écrirai  à  Octavie.  Je  reste  courbée  sous  le  poids  de  la 
stupeur  et  d'une  profonde  douleur.  —  Dieu  seul  peut  aider.  x> 

On  aimerait  suivre  jusqu'à  la  fin  de  leur  carrière  les  trois, 
voire  même  les  quatre  Colmariennes  dont  nous  interrogeons, 
non  sans  difficulté,  les  lettres  éditées  dans  les  deux  volumes 
des  Souvenirs  d'Alsace,  Mais  la  fin  du  dernier  tome  est  d'une 
extrême  pénurie  :  aucun  renseignement  à  recueillir  pour 
l'année  1834  qui  suivit  celle  de  la  mort  subite  d'Augustin 
Périer.  Pour  l'année  1835,  une  courte  lettre  de  M"»*  Henriette 
à  sa  sœur  Octavie,  écrite  le  4  juin,  pour  la  féliciter  du  retour 
des  voyageurs,  de  d'apparition  d'Albert».  Or^  Albert  était 
le  fils  aîné,  comme  cela  a  été  dit  précédemment  de  M"»®  Fritz 
de  Dietrich.  Il  avait  épousé  sa  cousine  germaine,  M"^  Octa- 
vie de  Stein^  dont  il  eut  trois  enfants  et  qui  mourut  préma- 
turément à  Pise.  Il  épousa  en  secondes  noces  sa  belle^sœur, 
M"®  Adélaïde  de  Stein,  dont  il  eut  encore  cinq  enfants.  C'est 
vraisemblablement  du  retour  d'Albert  et  de  sa  femme  que 
M""®  Henriette  félicite  sa  sœur  Octavie.  Elle  lui  annonce  en 


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504  REVUE  D' ALSACE 

même  temps  que  la  fille  cadette  de  sa  belle-sœur,  M°><^de 
Teysserre;  épouse  un  jeune  conseiller  à  la  Cour  royale  (de 
Lyon?)  et  que  son  fils  Eugène  est  avec  son  ambassadeur  à 
Aranjuez^  espérant  la  fin  prochaine  de  la  guerre  contre  les 
Chrislinos.  —  En  1836,  c'est  la  mort  de  Tune  des  sœurs  de 
M.  Albert,  M^**"  Camille,  que  M"'''  de  Sahune  signale  dans  sa 
lettre  de  condoléance  à  la  mère,  M™®  Fritz  de  Dietrich.  Le 
5  janvier  1837,  c'est  M™®  Henriette  qui  reparaît  par  une 
lettre  à  sa  sœur  Octavie,  dans  laquelle  elle  lui  dit  qu'elle  a 
renoncé  au  grand  monde,  que  cependant  elle  a  été  reçue  t  ce 
matin  »  par  la  reine  et  sa  sœur,  qui  ont  insisté  pour  qu'au 
moins  elle  revienne,  de  loin  en  loin,  aux  Tuileries  ;  qu'à  plu- 
sieurs reprises  elles  ont  eu  la  bonté  de  lui  envoyer  une  loge 
aux  Italiens,  sachant  que  la  musique  lui  fait  du  bien,  ce  qui 
lui  a  permis  de  faire  en  même  temps  des  heureux,  mais 
que  depuis  l'horrible  tentative  d'assassinat  dont  le  roi  a  été 
l'objet  (machine  infernale  de  Fieschi),  elle  est  accablée  ;  que 
le  roi  <  déploie  à  chaque  nouvelle  épreuve  de  nouvelles  ver- 
tus; qu'un  jour  il  disait:  Il  m'arrivera  comme  à  ce  pauvre 
Casimir,  ce  n'est  qu'après  ma  mort  qu'on  me  regrettera  ». 
De  pénibles  pressentiments  assiégeaient  cette  honnête  et 
valeureuse  nature  qui  commençait  à  se  dire  qu'il  faut  ména- 
ger ses  forces  pour  faire  face  aux  éventualités  de  l'avenir. 
M*"*^  Fritz  de  Steinne  devait  pas,  elle  aussi,  être  éloignée  de  ces 
dispositions,  car  la  santé  de  sa  fille  Octavie,  M"*®  Albert  de  Die- 
trich, donnait  des  inquiétudes  ;  en  février  1839,  elle  mourait 
à  Pise,  dont  le  climat,  relativement  chaud,  n'avait  pu  rétablir 
sa  santé.  Une  lettre  de  M**°  Frédérique  Pfeffel  à  M™*  de  Steîn, 
datée  de  Strasbourg  le  9  février,  fait  ses  doléances  à  la  mère. 
Il  est  vraisemblable  que  M"®  Frédérique  était  accourue 
auprès  de  M""^  Fritz  de  Dietrich,  dont  la  vue  se  trouvait  à  peu 
près  éteinte.  Le  29  avril  suivant.  M™®  Henriette  Périer  écrit, 
de  Vizille^  à  sa  sœur  Octavie  que  sur  le  désir  de  leur  sœur 
Amélie,  elle  va  traverser  la  Suisse  pour  arriver  à  Strasbourg 


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SOUVENIRS  D' ALSACE  505 

auprès  d'elle.  cQue  noire  pauvre  Amélie,  lui  dit-elle,  con- 
serve au  moins  encore  assez  de  vue  pour  nous  reconnaître.  > 
Puis  elle  ajoute  un  renseignement  que  les  Souoenirs  ont  laissé 
jusqu'ici  ignoré.  C'est  que  M.  Eugène  de  Dietrich,  second  fils 
d'Amélie,  est  député  du  Bas-Rbin  et  siège  à  côté  du  père  de 
Nathalie,  M.  Lafayette,  tandis  que  M.  de  Sahune,  aussi  député, 
siège  parmi  les  doctrinaires.  Le  10  août  1840,  elle  lui  écrit 
encore  de  Vizille  des  nouvelles  de  son  diplomate^  Eugène 
Périer,  chargé  d'une  mission  à  Alexandrie,  où  il  a  eu  quatre 
audiences  ofScielIes  et  une  particulière  avec  le  Pacha,  où  il  a 
pu  visiter  le  quartier  européen,  qui  est  très  beau,  faire  une 
excursion  au  Nil,  voir  un  marché  d'esclaves  et  les  pauvres 
fellahs  dans  leurs  huttes.  On  voit  que,  malgré  son  renonce- 
ment au  monde,  notre  Colmarienne,  qui,  en  1840,  devait  être 
déjà  avancée  dans  la  soixantaine,  continuait  à  vivre  de  la  vie 
de  ce  monde,  à  s'intéresser  à  ses  joies  et  à  ses  misères. 

Si  Ton  doit  en  juger  d'après  les  lettres  éditées,  celle-ci 
serait  la  dernière  que  M"**^  Henriette  aurait  écrite  à  sa  sœur 
Octavie.  Dans  les  premiers  jours  de  mai  184S,  ce  sont  les 
filles  Frida  et  Amélie  de  Stein,  qui  écrivent  à  leur  tante  Hen- 
riette au  nom  de  leur  mère,  gravement  malade.  Des  trois 
dernières  lettres  publiées,  il  résulte  qu'entre  le  1«'  et  le 
20  mai  1842  est  décédée  M™®  Fritz  de  Stein ,  née  Octavie  de 
Berckheim-Schoppenwihr,  et  auteur  du  livre  domestique  qui 
est  le  point  de  départ  de  ces  commentaires.  Elle  était  ainsi 
âgée  de  soixante-dix  ans  et  quelques  mois. 

C'est  dans  la  dernière  lettre  des  Souvenirs  que  nous  lisons 
l'avis  de  la  nomination  de  M.  de  Boubers  à  la  recette  géné- 
rale du  Haut-Rhin  et  de  son  départ  pour  en  prendre  posses- 
sion. M""®  Henriette  l'écrit  de  Paris,  le  26  mars  1846,  à  sa 
nièce  Amélie  de  Stein.  Une  note  conservée  dans  nos  papiers 
constate  que  la  nomination  est  du  10  mars.  M.  de  Boubers 
succédait  à  M.  Bernier,  décédé,  et  qui  occupait  ce  poste 
depuis  le  mois  de  juillet  1816.  M.  de  Boubers  avait  épousé, 


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506  REVUE  d'alsace 

on  se  le  rappelle,  la  jeune  veuve  du  général  Sigîsmond,  fils 
aine  de  M.  de  Berckheiro-Schoppenwihr  et  de  M*^''  de  Glaubitz. 
C'est  de  ce  chef  que  la  maison  de  campagne  passa  à  la  famille 
de  M.  de  BouberS;  puis  à  M.  le  vicomte  Paul  de  Bussière, 
qui  avait  épousé  une  des  filles  de  M.  de  Boubers  et  qui  avait 
succédé  à  son  beau-père  à  la  recelte  générale,  gérée  par  lui 
jusqu'au  traité  de  Francfort,  pour  rentrer  ensuite  dans  la  vie 
privée,  en  conservant  et  embellissant  ce  cher  berceau  des 
dames  Fritz  de  Dietrich,  Fritz  de  Stein  et  Augustin  Périer. 

Le  château  du  Jâgerlhal,  qui  était  la  belle  résidence  de 
jfme  p,.îj2  de  Dietrich,  Amélie  de  Berckheim-Schoppenwihr, 
est  resté  dans  la  famille  et  appartient  aujourd'hui,  avec  les 
forges  des  environs  de  Niederbronn  ,  à  ses  petits-fils  Fritz- 
Albert  et  Eugène  de  Dietrich. 

Le  château  de  Nordheim,  qui  était  la  belle  résidence  de 
M"**'  Fritz  de  Stein,  Octavie  de  Berckheim-Schoppenwihr,  est 
également  resté  dans  la  famille  de  Stein. 

Le  château  de  Vizille,  qui  était  la  belle  résidence  de  M""®  Au- 
gustin Périer,  Henriette  de  Berckheim-Schoppenwihr,  est 
aussi  resté  dans  la  famille  ;  mais  son  fils,  Adolphe  Périer, 
n'ayant  pas  laissé  d'enfant  mâle,  le  château  a  passé  aux  mains 
du  fils  de  l'ancien  ministre  de  Louis-Philippe.  Ce  fils  s'appe- 
lait aussi  Casimir  ;  il  fut  également  ministre  sous  la  prési- 
dence de  M.  Thiers  et  mourut  en  1876.  Il  est  aujourd'hui  la 
propriété  de  sa  veuve,  née  Monlenillat,  mère  de  M.  Casimir 
Périer,  vice-président  de  la  Chambre  des  députés. 

J.    LiBLIN. 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE 


SUR 


M.   JEAN   DOLLFUS 


M.  Jean  DolIFus  est  né  à  Mulhouse  le  25  septembre  1800  ; 
il  était  le  troisième  fils  de  Daniel  Doliïus  et  de  Anne-Marie 
Mieg,  et  le  petit-fils  Je  Jean-Dollfus,  le  dernier  bourgmestre 
de  la  république  de  Mulhouse.  Son  grand-père  Fut,  en  1764  ^ 
Tun  des  fondateurs  de  la  maison  Dollfus  et  Hofer,  laquelle 
prit  en  1777  le  nom  de  Jean  Dollfus,  en  1783  celui  de  Dollfus 
père,  et  enfin,  en  1802,  celui  de  Dollfus-Mieg  et  C>%  qu^elle 
porte  encore  de  nos  jours.  D'autre  part,  Jean-Henri  Dollfus, 
legrand-oncledenotre  collègue,  fut  Tundes  trois  fondateurs 
de  la  fabrication  de  l'indienne  à  Mulhouse  en  1746,  comme 
associé  de  la  maison  Kœchlin-Schmaltzer  et  Ci^ 

M.  Jean-Dollfus  fit  les  éludes  assez  sommaires  de  Tépoque 
en  Suisse,  d'abord  à  Aarau  avec  beaucoup  de  camarades 
alsaciens,  puis  à  Neuchâtel  ;  à  l'âge  de  15  ans,  quelques 
semaines  après  Waterloo,  il  entrait  en  apprentissage  com- 
mercial à  Bruxelles.  Son  père  étant  mort  en  1818,  son  beau- 
frère,  M.  André  Kœchlin,  eut  à  se  charger  de  la  direction  de 
la  maison,  et  dès  1820,  avant  même  d'être  majeur,  le  jeune 
homme  était  admis  comme  l'un  des  associés  de  la  maison 
Dollfus-Mieg  et  C^*  et  envoyé  à  Leipzig  avec  la  mission  toute 
de  confiance  d'y  créer  une  maison  de  vente. 

Une  pièce  curieuse,  c'est  le  consentement  donné  pardevant 


1  D'après  Mathieu  Mieg  l'aîné  :  Relation  historique  des  progrès  de 
l'industrie  commerciale  de  Mulhouse  en  i823. 


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508  REVUE  D* ALSACE 

Fr.  Anl.  Ebersol,  notaire  royal  à  la  résidence  de  Mulhausen, 
par  dame  Marie  Mieg,  veuve  de  feu  M.  Daniel  Dollfus,  et  par 
H.  André  Kœchlin,  à  ce  que  leur  pupille  «érige  dans  la  ville 
«de  Leipzig  ou  tout  autre  lieu  quelconque  un  établissement 
«de  commerce  pour  telle  branche  qu'il  jugera  convenable. 
«Ce  consentement  a  été  accordé,  attendu,  d'une  part,  qu'ils 
«  connaissent  au  sujet  en  question  l'aptitude  et  autres  qualités 
«requises  pour  entrer  dans  la  carrière  dont  s'agit,  et  que, 
«d'autre  part,  d'après  la  législation  française  présentement 
«en  vigueur,  il  n'existe  point  de  direction  ou  chambres  de 
«tutelles  auxquelles  leur  pupille  aurait  pu  avoir  recours.» 

Dans  un  deuxième  acte,  daté  du  25  mai  \8ib  et  passé  par- 
devant  le  même  notaire,  M.  André  Kœchlin  déclare  que  le 
sieur  Jean  Dollfus,  fils  encore  mineur  de  feu  Daniel  Dollfus 
et  de  dame  Marie  Mieg,  conjoints  au  dit  Mulhausen,  est  l'un 
des  associés  solidaires  et  ayant  la  signature  sociale  de  la  dite 
maison  Dollfus-Mieg  et  Ci^ 

Cette  pièce  a  son  importance,  vu  que  le  petit  livre  de 
Mathieu  Mieg  Tainé  :  Relation  historique  des  progrès  de  Vin- 
dmtrie  commerciale  de  Mulhausen  en  1823^  mentionne  Jean 
Dollfus  comme  associé  seulement  en  1832,  ses  frères  aînés 
Daniel  et  Mathieu  en  1821. 

Quoi  qu'il  en  soit,  peu  d'années  après,  probablement  vers 
1826,  M.  André  Kœchlin  se  retira  pour  créer  un  établisse- 
ment de  construction  de  machines,  et  M.  Jean  Dollfus  dut 
prendre,  encore  bien  jeune,  la  direction  effective  de  l'affaire 
avec  ses  frères,  il  se  voua  tout  entier  à  cette  tâche,  et  pen- 
dant de  longues  années  sa  biographie  se  confond  avec  l'his- 
toire de  cette  maison. 

Doué  à  un  haut  degré  de  l'intelligence  des  affaires,  animé 
pour  leur  succès  d'une  énergie  sans  égale,  puisant  dans  la 
juste  confiance  qu'il  avait  en  lui-même  de  quoi  surmonter  et 
braver  au  besoin  les  difficultés  et  les  revers  qu'elles  placent 
à  certaines  heures  sur  le  chemin  plus  vaillants,  des  travail- 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN  DOLLFUS        509 

leur  infatigable  jusqu'à  un  âge  avancé,  il  entraînait  par  son 
exemple  ses  collaborateurs  et  les  tenait  constamment  en 
haleine.  11  exigeait  beaucoup  d'eux,  mais  il  savait  aussi 
encourager  et  récompenser  généreusement  ceux  qui  travail- 
laient selon  ses  idées  et  contribuaient  à  augmenter  la 
renommée  et  la  prospérité  de  la  maison. 

Ce  qui  honorait  surtout  M.  Jean  Dollfus,  c'était  l'absence 
de  tout  sentiment  égoïste;  il  ne  connaissait  pas  ce  qu'on 
appelle  la  jalousie  de  métier.  Il  voyait  avec  plaisir  une  con- 
currence honnête  s'établir  et  ne  prenait  pas  en  considération 
exclusive  ses  propres  intérêts.  Ses  pensées  visaient  plus  haut. 
Il  voulait  maintenir  la  supériorité  de  la  fabrication  de  Mul- 
house et  de  son  rayon  industriel.  Conquérir  le  monde  à 
l'indienne  alsacienne,  c'était  son  ambition,  son  idéal. 

Dans  les  quatre  industries  de  Dollfus-Mieg  et  C^^^  filature, 
tissage,  retordage,  impression,  M.  Jean  Dollfus  s'est  toujours 
plus  spécialement  appliqué  à  développer  )a  fabrique  d'in- 
dienne, à  laquelle  il  subordonnait,  comme  le  veut  d'ailleurs 
la  logique  de  la  production,  les  industries  dont  elle  forme 
l'aboutissement. 

Pour  lui,  l'indienne  était  l'âme  de  Tinduslrie  mulhou- 
sienne. 

Aussi  chercha-t'il  dans  la  réforme  du  système  douanier, 
comme  dans  les  admissions  temporaires,  un  aliment  à  la 
fabrication  courante,  qui  devait  permettre  la  lutte  avec 
l'Angleterre  sur  les  marchés  qu'elle  seule  alimentait. 

La  marchandise  ordinaire  à  bas  prix^  obtenue  par  les 
impressions  sur  tissus  anglais  ou  suisses,  ouvrit  également 
la  voie  d'exportation  à  bien  des  articles  plus  soignés  faits  sur 
tissus  de  Mulhouse. 

M.  Dollfus  y  voyait  un  avantage  pour  nos  filatures  et 
lissages  dont  les  produits  trouvaient  aussi  de  nouveaux 
débouchés  ;  il  y  voyait  également  pour  son  pays  des  façons 
d'impressions   qu'il  ne   pouvait  s'assurer  qu'en   adoptant 


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510  REVUE   D'aLSACE 

aussi  des  lissus  étrangers  revenanl  à  plus  bas  prix  que  ceux 
d'Alsace. 

Après  la  révolution  de  juillet  1830,  la  situation  de  l'indus- 
trie cotonnière,  et  plus  spécialement  des  maisons  d'impres- 
sion, était  très  difficile  et  pour  beaucoup  d'établissements 
très  précaire.  Vers  1833,  la  confiance  dans  le  maintien  de  la 
paix  se  rétablissant,  les  affaires  s'en  ressentirent  aussitôt. 
C'est  à  cette  époque,  et  sous  l'habile  direction  de  M.  Jean 
Dollfus,  que  la  maison  Dollfus-Mieg  et  C^""  se  distingua  entre 
toutes  par  ses  productions  en  tissus  imprimés.  Ses  jaconas  et 
ses  mousselines  imprimés  eurent  un  succès  éclatant,  auquel 
contribua  pour  beaucoup  M.  Grosrenaud,  artiste  dessinateur 
distingué.  Le  bon  goût  des  dessins,  leur  application  à  des 
genres  spéciaux,  une  grande  entente  des  nuances  et  le  fini  de 
la  fabrication,  donnèrent  à  ses  produits  une  réputation  uni- 
verselle et  durable.  Les  circonstances  d'ailleurs  devenaient 
propices  ;  l'exportation  des  impressions ,  sur  tissus  Gns  et 
légers  particulièrement,  prenait  du  développement  ;  la  fila- 
ture et  le  lissage  en  profitèrent  beaucoup  de  leur  côté. 

On  peut  dire  que  la  maison  Dollfus-Mieg  et  C^^  se  trouvait 
alors  à  la  tête  de  ce  mouvement  ;  c'est  elle  principalement 
qui  prit  l'initiative  de  l'augmentation  de  l'outillage  industriel 
et  d'une  production  dont  l'importance  augmenta  rapidement^ 
au  point  que  déjà  vers  1851  M.  Jean  Dollfus  pouvait  déclarer 
que  sa  maison  exportait  annuellement  pour  six  millions  de 
produits. 

11  se  lançait  d'ailleurs  volontiers  dans  les  nouvelles  inven- 
tions ou  applications  qu'il  croyait  bonnes. 

C'est  ainsi  que  sa  maison  fut  l'une  des  premières  à  impri- 
mer sur  une  grande  échelle  les  couleurs  insolubles  au  moyen 
de  l'albumine. 

Lorsque  les  laques  Broquette  sur  laine  apparurent,  un 
vaste  atelier  fut  improvisé  en  hiver  au  fort  de  la  saison, 
c'était  en  1847  ;  M.  Jean  Dollfus  fit  accomplir  cette  année-là 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN  DOLLFUS        544 

un  vrai  tour  de  force,  et  la  campagne  des  laines,  déjà  forte- 
ment commencée,  put  s'achever  avec  les  nouvelles  couleurs. 

En  1851,  il  emporta  de  Texposilion  de  Londres  l'idée  de 
changer  les  métiers  à  filer  à  la  main  en  métiers  automates, 
et  dès  i853  Dollfus-Mieg  et  O'  montaient  30,000  broches 
avec  les  premiers  métiers  self-actings,  que  construisirent 
MM.  André  Kœchlin  et  C^''  ;  ce  qui  valut  à  l'établissement  un 
prix  institué  par  la  Société  industrielle. 

M.  Jean  Dollfus  importa  en  outre  une  encolleuse  et  deux 
métiers  à  tisser  à  grande  vitesse. 

A  la  même  époque  il  se  construisait  àDornachune  filature 
en  fin  de  30,000  broches,  qui  était  à  peu  près  terminée  lors- 
qu'elle brûla  en  octobre  1852.  Grâce  à  l'énergie  de  notre 
collègue,  le  bâtiment  fut  rétabli  en  trois  mois  ;  heureusement 
le  temps  avait  été  favorable,  et  l'on  put  commencer  le  jnon- 
tage  dès  la  fin  de  décembre. 

En  ce  qui  concerne  spécialement  l'impression,  M.  Jean 
Dollfus  fit  introduire  en  1859  dans  ses  ateliers  l'une  des 
premières  machines  à  imprimer  à  huit  couleurs,  ce  qui  était 
le  maximum  de  ce  genre  de  travail  pour  l'époque. 

En  1856,  lors  de  l'apparition  de  la  murexide,  il  fit  faire 
rapidement  une  organisation  pour  l'emploi  de  ce  produit  en 
impression. 

Il  s'assura  toute  la  production  du  violet  d'aniline  de  Mon- 
net et  Dury  de  Lyon. 

Le  blanchiment  ayant  brûlé  en  septembre  1861,  il  fit  éta- 
blir le  nouveau  système  de  blanchiment  à  haute  pression. 

L'impulsion  puissante  et  décisive  que  donnait  le  chef  de 
l'établissement  de  Dornach  à  toutes  les  choses  qu'il  prenait 
en  main,  car  il  fut  un  moteur  hors  ligne,  ne  doit  pas  nous 
faire  oublier  la  part  due  à  ses  auxiliaires,  celle  surtout  qui 
dails  le  progrès  de  la  teinture,  de  l'impression  et  du  blanchi- 
ment revient  à  l'ancien  président  de  la  Société  industrielle, 
M.  Daniel  Dollfus  fils,  coloriste  et  chimiste  de  la  maison 


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512  REVUE  D'ALSACE 

durant  cette  période  et  que  M.  Jean  Dollfus  a  si  vivement 
regretté  lorsqu'il  mourut  inopinément  à  Manchesler,  durant 
un  voyage  qu'il  faisait  en  Angleterre  avec  sa  femme  et  son 
père. 

Lors  de  la  crise  colonnière  pendant  la  guerre  de  sécession 
en  Amérique,  M.  Jean  Dollfus  aida  beaucoup  la  culture  du 
coton  en  Algérie  en  faisant  établir  un  égrenage  et  en  faisant 
des  avances  aux  colons  planteurs  de  coton  à  Relizane  et  à 
Saint-Denis-du-Sig. 

A  partir  de  1860 ,  M.  Jean  Dollfus  voyagea  beaucoup,  et 
dans  l'intervalle  de  ses  voyages  il  s'occupa  plus  spécialement 
d'affaires  publiques;  cependant,  jusqu'en  1876,  il  resta  le 
chef  nominal  de  sa  maison,  qu'il  commandita  ensuite  jus- 
qu'en 1884. 

La  grande  autorité  dont  il  jouissait  dans  son  industrie  fit 
rechercher  son  concours  pour  les  jurys  des  expositions  inter- 
nationales. 

En  1855,  à  Paris,  il  fut  le  seul  représentant  de  l'Alsace  à 
la  commission  impériale  de  l'exposition  universelle;  il  fonc- 
tionna en  outre  comme  membre  du  jury  de  la  classe  XIX 
(cotons). 

En  1862,  à  l'exposition  universelle  de  Londres,  il  fut 
nommé  membre  de  la  section  française  du  jury  et  vice-prési- 
dent de  la  classe  XVIII  (industries  cotonnières). 

Les  plus  belles  distinctions  honorifiques  vinrent  couronner 
sa  carrière  industrielle.  Nommé  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur  déjà  en  1839,  puis  officier  en  1860,  il  était 
promu  commandeur  le  15  juillet  1867,  haute  et  bien  rare 
récompense  en  dehors  de  l'armée,  de  la  politique  et  de 
l'administration. 

Mais  si  M.  Jean  Dollfus  a  brillé  au  premier  rang  comme 
industriel,  son  plus  beau  litre  consiste  dans  le  bien  qu'il  a 
fait  autour  de  lui  en  cherchant  à  améliorer  le  sort  de  ses 
ouvriers,  à  soulager  les  souffrances  des  déshérités  qu'il  avait 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN  DOLLFUS        513 

SOUS  les  yeux.  Ce  fut  jusqu'à  son  dernier  jour  pour  lui  un 
sujet  d'ardente  préoccupation.  Ces  nobles  aspirations,  admi- 
rablement 'Secondées  par  un  entourage  qui  y  sympathisait^  se 
sont  fait  jour  sous  des  formes  variées.  Souvent  méconnu  par 
ceux  qui  profitaient  de  son  initiative ^  les  déceptions  ne  Font 
pas  découragé  et,  jusqu'à  la  fin  de  sa  longue  carrière,  sa 
sollicitude  philanthropique  ne  s'est  pas  ralentie  ni  refroidie. 

L'œuvre  la  plus  connue  parmi  celles  qui  ont  illustré  son 
nom  et  qui  perpétuent  autour  de  lui  la  gratitude  de  ses  con- 
citoyens, est  l'œuvre  des  cités  ouvrières  de  Mulhouse.  Rappe- 
lons seulement  que  la  question  a  été  mise  à  l'étude  par  la 
Société  industrielle  en  1851  sur  la  proposition  de  feu  M.  Jean 
Zuber  fils^  et  que  ce  fut  alors  son  ami  M.  Jean  Dollfus  qui, 
à  la  tête  de  onze  co-actionnaires,  en  assura  la  belle  et  heu- 
reuse réalisation.  Le  problème  posé  était  de  mettre  à  la  dis- 
position de  l'ouvrier  un  logement  séparé,  commode  et  salubre, 
à  un  prix  de  loyer  abordable  comprenant  une  annuité  qui 
rendrait  celui  qui  l'acquitterait  propriétaire  au  bout  d'un 
certain  nombre  d'années.  C'était  à  la  fois  remplacer  des 
bouges  malsains  par  des  habitations  bien  conditionnées  et 
encourager  puissamment  à  l'épargne.  La  société  constituée 
en  1853  à  60  actions  de  5000  fr.,  stipulait  que  les  action- 
naires ne  pourraient  toucher  plus  de  i%  du  capital  versé  et 
s'interdisaient  tout  bénéfice.  On  se  mit  immédiatement  à 
l'œuvre  et  cent  maisons  furent  construites  dès  cette  première 
année  d'après  plusieurs  modèles,  mais  toutes  avec  un  jardinet 
d'environ  120  mètres  carrés.  Les  prix  de  vente  variaient  alors 
de  2000  à  3200  fr.  ;  aujourd'hui  il  faut  compter  sur  3200  à 
4200.  L'acquéreur  doit  payer  quelques  cents  francs  comptant 
pour  les  frais,  puis  un  terme  mensuel  de  18  à  30  fr.,  qui 
suffit  pour  le  libérer  entièrement  après  dix  à.  quinze  années. 

Avec  le  faible  capital-actions  de  300,000  fr.  porté  à 
355,000,  plus  une  subvention  du  gouvernement  de  300,000 fr. , 
on  était  parvenu  à  construire  jusqu'au  30  juin  dernier  1072 

83 


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514  REVUE  d' ALSACE 

% 

maisons  ;  toutes  sont  vendues  et  les  construclions  projetées 
sont  même  en  partie  déjà  retenues  d'avance. 

Il  a  été  versé  par  los  acquéreurs,  depuis  Torigine,  4,071,145 
francs  et  ils  ne  restaient  devoir  à  l'époque  indiquée  que 
385,452  fr.  C'est  un  brillant  succès^  dû  surtout  à  l'énergique 
et  persévérante  impulsion  de  Jean  Dollfus,  demeuré  jusqu'à  la 
fin  de  ses  jours  le  président  du  conseil  d'administration  de  la 
Société  des  cités,  il  y  rattacha  toute  une  série  d'institutions 
utiles:  bibliolhèque  populaire,  boulangerie,  restaurant, 
magasin  d'épicerie,  de  vêlements,  de  fourneaux  économiques, 
etc.,  livrant  tout  au  comptant  et  à  prix  coûtant. 

Vers  1868  il  organisa  à  ses  frais,  dans  le  voisinage  des  cités, 
un  établissement  pour  location  de  force  motrice  possédant 
une  machine  à  vapeur  de  30 à 40  chevaux;  cet  établissement, 
favorable  à  l'installation  d'une  multitude  de  petites  industries, 
a  rendu  de  réels  services  ;  il  ne  réussit  pas  néanmoins  à 
couvrir  ses  frais. 

C'est  aussi  à  M.  Jean  Dollfus  que  Mulhouse  est  redevable 
de  l'excellente  institution  des  bains  et  lavoirs  publics.  Les 
premiers  furent  installés  par  lui  en  1851 ,  rue  de  Didenheira, 
avec  le  concours  de  l'État  et  de  la  ville  ;  en  1855  furent  créés 
ceux  des  cités  ouvrières  ;  enfin,  en  1864,  un  nouveau  lavoir 
et  une  grande  piscine  vinrent  encore  s'y  ajouter. 

Pour  se  faire  une  idée  des  services  rendus  par  cette  œuvre 
si  complètement  réussie,  il  suffira  de  citer  quelques  chiffres  : 
dans  ces  derniers  temps  les  trois  établissements  réunis  ont 
donné  chaque  année  de  14  à  16,000  bains  à  15  centimes  et 
de  50  à  60,000  lavages  coûtant  5  centimes  pour  deux  heures; 
malgré  ces  bas  prix  il  est  resté  de  quoi  faire  annuellement  à 
la  ville  un  don  qui  a  varié  de  1000  à  1800  fr. 

Une  autre  œuvre  due  à  M.  Jean  Dollfus,  qui  n*a  cessé  de 
pourvoir  à  toutes  ses  charges,  c'est  l'asile  pour  les  voyageurs 
indigents  {Armenherherge),  ouvert  le  18  mai  1859  dans  l'un 
des  bâtiments  de  l'ancien  hôpital  et  dirigé  depuis  l'origine 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN  DOLLFUS        515 

par  M"*^  Mallmann.  Quarante  personnes  peuvent  y  trouver  un 
reruge  pour  la  nuit  ;  on  leur  donne  soupe  et  pain  le  soir  et 
encore  du  pain  le  matin,  mais  il  a  fallu  renoncer  à  un  secours 
supplémentaire  de  20  centimes  en  argent  qu'on  donnait  au 
début  et  qui  amenait  des  abus.  Durant  la  saison  rigoureuse, 
trente  à  quarante  indigents  profitent  chaque  nuit  de  cet  asile  ; 
en  été  il  y  en  a  beaucoup  moins. 

Ayant  fixé  sa  résidence  d'hiver  à  Cannes  et  frappé  des  effets 
bienfaisants  du  Midi,  notre  vénérable  collègue  voulut  en  faire 
profiter  aussi  les  malheureux^  et  en  1881  il  y  créait  un  hos- 
pice maritime  pour  les  enfants  scrofuleux.  Une  quarantaine 
de  ces  pauvres  êtres  y  sont  admis  pendant  les  mois  d'hiver, 
et  grâce  au  bon  climat,  aux  bains  de  mer,  aux  soins  réelle- 
ment maternels  de  la  dévouée  directrice,  M"°  Noël,  beau- 
coup y  ont  trouvé  soit  la  guérison,  soit  un  grand  soula- 
gement. 

De  Tenfance  souffrante  la  sollicitude  de  M.  Jean  DoUfus  est 
allée  aux  vieillards.  En  1882,  à  l'occasion  de  ses  noces  de 
diamant,  il  inaugurait  l'asile  du  Gaisbuhl  à  Dornach,  dans  la 
belle  propriété  qui  avait  appartenu  à  son  fils  ;  quarante  vieil- 
lards, hommes  et  femmes,  s'y  trouvent  admirablement  instal- 
lés. Une  visite  au  Gaisbuhl  réjouit  en  vérité  le  cœur;  on  y 
est  reçu  par  la  sœur  Marguerite,  qui  administre  cette  com- 
munauté avec  tant  de  tact  et  d'entente  que  tout  y  marche  à 
souhait.  C'est  plaisir  à  voir  ces  figures  satisfaites,  tous  ces 
pensionnaires  heureux  et  occupés  chacun  selon  ses  forces  ;  il 
y  a  tailleur,  cordonnier,  menuisier,  jardinier  et  ainsi  de  suite; 
l'étendue  de  la  propriété,  qui  comprend  parc  et  jardin  pota- 
ger, permet  l'entretien  de  deux  vaches  ;  la  dépense  par  per- 
sonne et  par  jour  ne  dépasserait  pas  1  franc,  si  nous  sommes 
bien  informé. 

L'hospice  de  Cannes  et  l'asile  du  Gaisbuhl  ne  disparaîtront 
pas.  Largement  dotés  par  la  générosité  de  la  famille,  leur 
avenir  est  assuré  et  ils  perpétueront  le  souvenir  de  leur 


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516  REVUE  D'ALSACE 

vénéré  fondateur  aussi  bien  que  les  cités  ouvrières  et  les 
bains  et  lavoirs,  qui  se  suffisent  à  eux-mêmes. 

Le  rôle  de  M.  Jean  Dollfus  comme  membre  de  la  Société 
industrielle  a  été  considérable,  bien  que  les  Bulletins  ne 
mentionnent  que  peu  de  travaux  sous  son  nom.  C'est  qu'il 
était  plutôt  homme  d'action  et  d'impulsion  qu'homme  de 
plume,  et  qu'il  procédait  volontiers  par  communications  ver- 
bales ou  par  de  simples  notes.  Repu  le  30  octobre  1829,  il  a 
été  le  65°*°  membre  de  la  Société  ;  il  en  a  donc  fait  partie 
pendant  plus  de  cinquante-sept  années,  suivant  toujours  ses 
travaux  avec  intérêt.  Jusque  dans  les  derniers  temps  il  assis- 
tait souvent  aux  séances  ;  sa  vénérable  figure  que  j'évoque 
en  ce  moment,  restera  vivante  dans  nos  souvenirs. 

En  1860,  M.  Dollfus  proposa  la  transformation  de  l'ancien 
comité  d'économie  sociale  en  comité  d'utilité  publique,  pour 
mieux  accentuer  la  tendance  à  suivre  ;  il  en  devint  le  premier 
secrétaire,  jusqu'à  ce  qu'il  fut  remplacé  dans  cet  office  par 
son  gendre,  le  regretté  Engel^Dollfus,  lequel,  on  le  sait, 
marcha  si  dignement  sur  ses  traces. 

Déjà  en  1847,  une  commission  mixte  de  la  Société  indus-  - 
trielle  et  de  la  Chambre  de  commerce  demandait  que,  pour 
les  enfants  de  8  à  12  ans,  l'on  réduisit  la  durée  du  travail  à 
6  heures,  et  que  la  journée  se  trouvât  partagée  entre  l'école 
et  la  fabrique,  sous  le  contrôle  d'inspecteurs  chargés  de  faire 
observer  ces  prescriptions.  A  la  fin  de  1863,  M.  Jean  Dollfus, 
à  peine  nommé  maire  de  Mulhouse,  se  préoccupe  de  la  fré- 
quentation très  insuffisante  des  écoles,  et  insiste  dans  une 
note  éloquente  adressée  à  la  Société  industrielle  pour  rap- 
peler les  vœux  émis  en  1847,  et  pour  recommander  de  se 
hâter  d'introduire  ces  améliorations  si  désirables ,  sans 
attendre  qu'une  loi  les  rende  obligatoires. 

En  1864,  il  indiquait  les  mesures  qu'il  avait  fait  prendre 
par  sa  maison  à  l'effet  d'assister  les  ouvrières  pendant  les 
premières  semaines  qui  suivent  un  accouchement  ;  ce  fut  le 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN  DOLLFUS        517 

point  de  dépari  de  l'Association  des  femmes  en  couches  qui 
se  Torma  entre  huiC  des  principaux  établissements^  et  dont 
rinfluence,  au  point  de  vue  de  la  mortalité  des  nouveaux-nés, 
a  été  si  heureuse. 

En  1867,  M.  Jean  DoUfus  rend  compte  de  la  réduction  de 
12  à  11  heures  de  travail  pour  le  tissage,  dont  il  a  pris  Tini- 
tiative,  en  imitant  ce  qui  s'eât  fait  en  Angleterre,  et  il  affirme 
que  la  production  a  pu  rester  la  même. 

Les  Cités  ouvrières  et  les  Bains  et  lavoirs,  dont  il  a  déjà 
été  fait  mention^  donnèrent  lieu  à  plusieurs  rapports  à  la 
Société  industrielle,  qui  reçut.en  outre  bien  des  communica- 
tions verbales  ou  écrites  de  M.  Jean  DoUfus  touchant  toutes 
à  des  questions  d'utilité  publique,  telles  par  exemple  que  : 

La  réglementation  internationale  des  conditions  du  travail; 
les  assurances  sur  la  vie  et  contre  l'incendie  facilitées  aux 
ouvriers  ;  les  encouragements  à  l'épargne  ;  les  fournitures 
alimentaires  et  autres  à  bon  marché  ;  les  bibliothèques  et 
cours  populaires  ;  les  primes  aux  conscrits  illettrés  qui 
apprendraient  à  lire. 

De  tous  les  écj^its  de  M.  Jean  Dollfus  livrés  à  la  publicité, 
la  plus  forte  part  a  trait  aux  questions  douanières^  qui,  sur- 
tout de  1851  à  1860,  mirent  en  jeu  toute  son  infatigable 
activité^  et  provoquèrent  une  vive  controverse  pour  et  contre 
ce  qu'on  appelait  alors  improprement  le  libre-échange. 

En  réalité,  il  ne  s'agissait  ici  que  de  la  levée  des  prohibi- 
tions douanières  portant  encore  sur  beaucoup  d'articles, 
notamment  sur  les  produits  de  l'industrie  cotonnière^  et  de 
leur  remplacement,  dans  un  délai  déterminé,  par  des  droits 
prolecteurs  bien  pondérés. 

Indienneur  dans  l'âme,  animé,  comme  nous  l'avons  dit,  de 
l'ardent  désir  de  faire  prospérer  cette  belle  industrie  alsa- 
cienne, mûre,  selon  lui,  pour  l'exportation,  mais  entravée 
dans  son  développement  par  des  barrières  légales  qu'il  esti- 
mait excessives,  M.  Dollfus  fit  le  26  février  1851  à  la  Société 


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518  REVUE  D'ALSACE 

industrielle  une    communication    sur   l'opportunité   d'une 
réforme  à  apporter  dans  le  système  protecteur  des  douanes. 

Il  se  bornait  à  recommander  un  système  moins  prohibitif, 
quoique  toujours  protecteur  ;  il  estimait  que  les  droits  de 
15%  sur  '^s  ^'l^s  et  de  20  à  25%  sur  les  tissus  écrus,  blancs 
et  imprimés,  constitueraient  une  protection  suffisante  et  rai- 
sonnable, ir  voudrait,  disait-il,  par  plus  de  travail,  par  un 
travail  plus  offert  que  demandé,  procurer  aux  ouvriers  un 
plus  grand  salaire,  un  plus  grand  bien-être.... 

Il  demandait  en  même  temps  TaiTranchissement  des 
matières  premières,  de  celles  surtout  dont  le  droit  était 
purement  fiscal. 

La  Société  industrielle  nomma  une  commission  chargée 
d'étudier  cette  grave  question,  et  ce  n'est  qu'environ  deux 
années  plus  tard,  après  une  laborieuse  enquête,  que  cette 
commission  parvint  à  formuler  ses  conclusions  dans  un  rap- 
port lu  par  M.  Weiss-Schlumberger,  à  la  séance  extraordi- 
naire du  i9  janvier  1853.  La  commission  approuvait  la 
suppression  des  droits  d'entrée  sur  les  matières  premières  de 
l'industrie  dont  les  droits  étaient  purement  fiscaux  ;  par 
13  voix  contre  12,  elle  décidait  «qu'il  n'y  a  pas  lieu,  dans  la 
situation  actuelle  de  l'industrie  cotonnière,  de  remplacer  la 
prohibition  par  des  droits  protecteurs»;  enfin,  par  12  voix 
contre  5,  elle  appuyait  la  demande  des  imprimeurs  aux  fins 
d'obtenir  la  faculté  d'introduire  les  tissus  étrangers  en  France, 
à  charge  de  réexportation  après  l'impression. 

Ce  rapport  donna  lieu  à  une  vive  discussion,  et  la  Société 
industrielle  voulant,  dans  un  esprit  de  conciliation,  écarter 
tout  germe  de  discorde,  passa  à  l'ordre  du  jour  sur  la  propo- 
sition de  M.  Jean  Dollfus,  sans  se  prononcer  sur  le  fond,  et 
décida  qu'aucune  pièce  relative  à  la  question  ne  serait  publiée 
dans  ses  Bulletins. 

Mais  le  gouvernement  impérial  ayant  mis  à  l'étude  la 
réforme  douanière,  la  polémique  se  renouvela  sur  un  autre 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN  DOLLFUS  519 

terrain  ;  chaque  camp  eut  son  comité  d'action,  ses  journaux, 
jusqu'à  ce  que  le  traité  de  commerce  avec  TAngleterre  vint 
imposer  une  solution. 

Jean  Dollfus  prit  une  large  part  à  Tenquète  et  aux  négo- 
ciations qui  précédèrent  ce  grand  événement  économique  ; 
de  là  datent  ses  relations  intimes  avec  Cobden,  Michel  Che- 
valier et  d'autres  économistes  marquants. 

Maintenant  que  ces  faits  appartiennent  à  l'histoire,  et  que 
le  temps  a  passé  sur  ces  discussions,  on  ne  peut  relire  les 
écrits  de  Jean  Dollfus  sans  être  frappé  de  sa  profonde  con- 
viction et  de  son  inaltérable  confiance  en  la  vitalité  de  l'in- 
dustrie française,  confiance  que  l'avenir  a  justifiée.  Sans 
doute,  on  peut  critiquer  le  traité  de  1860,  on  peut  regretter 
surtout  qu'il  ait  été  imposé  par  un  acte  d'autorité,  mais, 
actuellement;  il  faut  bien  reconnaître  que  la  force  des  choses 
devait  amener  la  suppression  des  prohibitions  dont  le  temps 
était  passé.  Que  serait  devenue  l'industrie  colonnière  en 
Alsace  si  elle  élait  restée  jusqu'en  1870  comme  en  serre 
chaude  sous  le  régime  de  la  prohibition?  N'est-ce  pas  en 
quelque  sorte  providentiel  qu'elle  se  soit  trouvée  transformée 
et  préparée  par  les  effets  du  traité  de  1860  pour  une  lutte 
bien  autrement  formidable,  qu'elle  a  si  vaillamment  sou- 
tenue? Si  de  nos  jours  on  voit  presque  toutes  les  nations  ren- 
forcer les  barrières  douanières,  et  hausser  les  droits  d'entrée 
jusque  sur  le  pain,  n'est-ce  pas  un  triste  recul  et  une  preuve 
affligeante  de  malaise  général  et  de  la  méfiance  qui  règne 
malheureusement  à  cette  heure  entre  les  peuples? 

Avant  comme  après  l'annexion  de  l'Alsace -Lorraine  à 
l'empire  d'Allemagne,  Jean  Dollfus  lutta  énergiquement  pour 
obtenir  ou  conserver  à  l'industrie  des  toiles  peintes  la  facilité 
d'importation  temporaire  des  tissus,  et  il  s'entremit  de  toutes 
ses  forces  pour  obtenir  en  1871  de  la  France  quelques 
soulagements  transitoires  pour  les  produits  importés  par  l'in- 
dustrie alsacienne,  brusquement  séparée  de  son  marché  normal. 


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520  REVDE  D'ALSACE 

Un  homme  réunissant  de  si  précieuses  qualités,  et  d'un 
si  rare  mérite,  devait  être  appelé  par  ses  concitoyens  à  bien 
des  fonctions  ou  positions  honorifiques. 

Avant  1835,  Jean  Dollfus  fut  juge,  puis  président  du  tribu- 
nal de  commerce  de  1842  à  1846  ;  on  raconte  qu'il  se  levait 
de  grand  matin  pour  étudier  le  Code  et  les  lois,  lui  qui 
aimait  à  avoir  ses  coudées  franches.  A  partir  de  1843,  il  fut, 
pendant  vingt-cinq  années,  membre  actif  de  la  Chambre  de 
commerce. 

Pour  procurer  à  l'industrie  alsacienne  la  houille  à  meilleur 
compte,  il  patrona  chaudement  le  canal  de  la  Sarre  et  obtînt 
l'allongement  des  écluses  du  canal  du  Rhône  au  Rhin. 

Il  s'intéressa  beaucoup  à  la  Mutuelle  du  Haut-Ehin^  Tune 
des  premières  assurances  mutuelles  contre  l'incendie,  fondée 
en  1818  par  M.  Jean  Zuber  père  ;  il  fit  partie  de  son  Conseil 
d'administration  depuis  1835  jusqu'à  sa  mort,  et  le  présida 
de  1868  à  1877. 

La  Société  des  bibliothèques  communales,  fondée  par  Jean 
Macé  en  1863,  le  choisit  pour  président.  —  Il  fut  l'un  des 
présidents  de  la  Société  de  protection  des  apprentis  et  des 
enfants  employés  dans  les  manufactures.  —  Passionné  pour 
la  paix,  il  fut  également  l'un  des  présidents  de  la  Ligue  de  la 
paix  ;  son  rêve  était  l'arbitrage  en  cas  de  conflits  internatio- 
naux, et  le  désarmement  général,  qui  permettraient  de  con- 
vertir en  dépenses  utiles  et  productives  les  sommes  colossales 
destinées  à  l'entretien  des  armées.  Un  vœu  d'honnête  homme, 
un  beau  rêve!  qui,  nous  voulons  l'espérer,  deviendra  une 
réalité  quelque  jour. 

Conseiller  général,  puis  maire  de  Mulhouse,  de  décembre 
1863  à  juillet  1869,  l'administration  de  Jean  Dollfus  a  été 
signalée  par  d'importantes  et  bien  utiles  innovations  :  citons 
le  Marché-Couvert,  le  voûtage  du  Fossé  et  de  la  Sinne,  le 
comblement  du  Mittelbach,  la  construction  du  Passage-Couvert. 

Bien  avant,  en  1827,  il  fut  l'un  des  promoteurs  du  Nou- 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN  DOLLFUS        521 

veau -Quartier,  et  en  1841  Tun  des  fondateurs  de  rHospice 
civil  actuel,  en  s'associant  avec  MM.  André  Kœchlin,  Nicolas 
Kœchlin  père  et  Jean  Zuber  père,  pour  faire  don  à  la  ville  de 
tous  les  terrains  nécessaires.  De  même,  il  fit  don,  en  1879,  du 
terrain  pour  Téglise  Saint-Joseph,  à  la  Nouvelle-Cité  ouvrière. 

En  1870,  il  donna  tout  son  concours  à  la  commission 
municipale  qui  fut  appelée  au  difficile  et  périlleux  honneur 
de  sauvegarder  les  intérêts  de  la  ville  de  Mulhouse,  en  face 
de  l'invasion  ;  chacun  de  nous  se  souviendra  des  services 
qu'il  sut  rendre  dans  ces  moments  de  dures  épreuves. 

En  1877,  Mulhouse  fit  de  nouveau  appel  au  dévouement 
de  Jean  Dollfus  pour  l'envoyer  au  Reichstag,  en  remplace- 
ment de  M.  Haeffely,  son  premier  député  décédé,  et  trois  fois 
encore,  en  1878,  en  1881  et  en  1884,  son  mandat  fut  renou- 
velé presque  à  l'unanimité  des  votants.  Malgré  son  grand 
âge,  il  fit  plusieurs  fois  le  long  voyage  de  Berlin  ;  il  intervint 
aussi  par  lettres  auprès  de  ses  collègues,  notamment  pour 
exposer  tout  ce  qui  avait  été  réalisé  en  Alsace,  en  faveur  de 
la  classe  ouvrière,  et  pour  faire  ressortir  à  l'occasion  du 
budget  son  thème  favori  :  le  bien  immense  qui  pourrait  être 
fait  en  restreignant  les  dépenses  militaires  et  en  assurant  la 
paix. 

Je  me  suis  appliqué  à  montrer  le  grand  industriel,  l'éco- 
nomiste convaincu,  le  philanthrope,  l'homme  public  ;  il  me 
reste  à  ajouter  quelques  traits  particuliers  pour  compléter  le 
tableau  : 

M.  Jean  Dollfus  était  un  caractère  fait  de  contrastes.  Il  avait 
l'esprit  synthétique.  La  misère,  la  maladie,  l'infirmité,  sous 
leur  aspect  individuel  n'était  pas  ce  qui  le  frappait  et  sollicitait 
le  plus  son  action  ;  il  voyait  surtout  des  gi^oupes,  des  caté- 
gories d'individus:  ouvriers,  femmes  en  couches,  enfants 
scrofuleux,  vieillards,  et  c'est  pour  cela  qu'il  imaginait  des 
institutions,  des  œuvres  susceptibles  d'embrasser  dans  leur 
cadre  ces  groupes  ou  ces  catégories. 


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522  REVUE  d'alsace 

Il  ne  se  bornait  pas  à  un  large  concours  financier.  II 
s'emparait  des  œuvres  dont  il  était  le  promoteur  :  il  enten- 
dait qu'elles  fussent  conduites  à  son  idée  et  pas  autrement  ; 
il  mettait  à  leur  imprimer  sa  marque,  une  activité  et  une 
ténacité  sans  égales,  et  qui,  pourquoi  le  taire?  ne  laissaient 
guère  de  place  à  ses  côtés. 

En  toutes  choses  il  calculait  le  prix  de  revient,  quelquefois 
d'une  manière  un  peu  sommaire  qui  lui  procurait  des 
mécomptes;  mais  il  ne  s'y  arrêtait  pas,  et  poussé  par  son 
ardeur  de  progrès  il  se  remettait  à  marcher  aussitôt,  se  pré- 
occupant avant  tout  du  résultat  auquel  il  voulait  arriver. 

Soucieux  de  procurer  à  tous  la  vie  à  bon  marché,  il  aimait 
à  faire  venir  des  produits  d'alimentation  et  autres  en  masse 
pour  les  revendre  à  prix  coûtant.  Il  eût  même  voulu  mettre 
à  la  portée  de  tous  plus  que  le  nécessaire:  ainsi  un  jour  il  fit 
venir  des  quantités  d'oranges  d'Algérie  et  du  Portugal  qui  se 
vendirent  presque  pour  rien  dans  les  rues  de  Mulhouse. 

Dur  pour  lui- même,  il  vivait  très  simplement,  pensant 
peu  à  son  confort  et  beaucoup  à  celui  des  autres. 

Il  avait  horreur  des  dépenses  qu'il  considérait  comme 
inutiles,  et,  très  large  dans  les  grandes  choses  d'utilité 
publique,  il  l'était  moins  pour  les  petites  de  la  vie  usuelle  ;  mais, 
pour  faire  le  bien  il  avait  toujours  la  main  grande  ouverte. 

J'ai  le  précieux  souvenir  d'avoir  vu  quelquefois  dans  l'in- 
timité cet  homme  d'élite  ;  il  avait  reporté  sur  le  fils  une 
part  de  l'amitié  qui  le  liait  au  père,  et  jamais  je  n'oublierai 
son  accueil  toujours  si  cordial,  ses  manières  simples  et 
affables,  l'intérêt  qu'il  savait  témoigner  à  tous  ceux  qui 
l'approchaient. 

Marié  le  30  octobre  1822  à  M"**  Anne-Catherine  Bourcarl, 
il  eut  le  rare  bonheur  de  conserver  à  ses  côtés  sa  fidèle 
compagne  pendant  61  années  ;  elle  le  suivit,  dans  les  divers 
voyages  qn'il  entreprit,  à  partir  de  1860,  en  Egypte,  en 
Palestine  et  en  Algérie. 


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NOTICE  NÉCROLOGIQUE  SUR  JEAN   DOLLFUS  523 

Depuis  une  vingtaine  d'années,  i]  passait  tous  ses  hivers 
à  Cannes,  devenu  pour  lui  un  second  foyer  domestique,  où 
souvent  les  uns  ou  les  autres  de  ses  nombreux  enfants 
venaient  le  rejoindre. 

Deux  fils  et  six  filles,  encore  en  vie,  lui  ont  valu  une 
descendance  directe  de  quatre-vingt-treize  personnes. 

Il  fut  donné  à  M.  et  à  M"'^  Jean  Dollfus  de  célébrer  à  Mul- 
bouse  la  belle  et  toucbanle  fête  des  noces  de  diamant,  à 
laquelle  toute  la  ville  pour  ainsi  dire  prenait  part.  Les 
témoignages  de  sympathie  et  de  vénération  affluaient,  anti- 
cipant ceux  qui  ont  entouré  naguère  la  tombe  de  notre  grand 
Alsacien  et  ceux  qui  en  cet  instant,  j'en  ai  l'assurance, 
remplissent  nos  cœurs. 

  l'époque  dont  je  parle^  lors  de  la  célébration  de  la  noce 
de  diamant  de  M.  et  de  M"^*'  Jean  Dollfus,  une  délégation  de 
la  Société  industrielle  se  joignait  aux  représentants  du  conseil 
municipal  et  de  la  chambre  de  commerce  pour  offrir  à  notre 
collègue  une  superbe  médaille  en  or,  accompagnée  d'une 
adresse  que  plus  de  dix  mille  compatriotes  se  firent  honneur 
de  signer. 

Mais  une  année  ne  s'était  pas  écoulée  que  M.  Jean 
Dollfus  était  frappé  coup  sur  coup  par  la  mort  de  son  épouse 
dévouée  et  de  son  gendre  M.  Engel-Dollfus  ! 

Entouré  par  les  siens,  il  surmonta  encore  ces  nouvelles 
épreuves,  conservant  son  activité  au  sein  d'une  verte  vieil- 
lesse ;  ce  n'est  qu'au  commencement  de  l'année  1887,  à 
Cannes,  que  se  présentèrent  les  premiers  symptômes  alar- 
mants du  mal  qui  devait  finir  sa  longue  et  belle  carrière  ;  la 
nature  réclamait  ses  droits,  l'esprit  et  le  corps  furent  atteints 
ensemble  ;  on  put  encore  ramener  l'ombre  de  Jean  Dollfus  à 
Mulhouse,  où,  après  peu  de  semaines,  il  succomba  le  21  mai 
1888,  à  l'âge  de  près  de  87  ans. 

On  me  permettera,  pour  terminer,  de  citer  ces  deux  lignes 
trouvées  inscrites   dans    le  journal  intime  de    M.   Daniel 


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524  REVUE  D'ALSACE 

DoIIfus-Mieg :  «Ma  devise  a  toujours  été:  Loyauté,  ordrCj 
€  travail;  puissent  mes  enfants  l'adopter  un  jour.  » 

Certes  ce  vœu  du  père  a  été  exaucé,  et  le  collègue  que 
nous  pleurons  élail  en  droit  d'y  ajouter  :  «  Amour  du  pro- 
chain, bienfaisance.  » 

C'est  bien  là  le  point  culminant  d'une  vie  noblement 
remplie. 

Puissions-nous  tous,  en  présence  d'un  tel  exemple,  nous 
sentir  encouragés  à  ne  jamais  séparer  le  progrès  moral  du 
progrès  industriel  et  faire  de  leur  accord  le  but  supérieur 
de  notre  Société. 

YVAN  ZUBER. 

(Bulletin  de  la  Société  itidustriéUe.) 


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GORRESPORDARGES  POLITIQUES 


ET 


CHRONIQUES   PARISIENNES 

adressées  à 

Christophe  GONTZER 

Syndic  royal  de  la.  ville  de  Strasbourcj 

(1681  —  1685) 

{Suite  et  fitiK) 


—  Paris,  ce  28  Febvrier  1685.  —  Tout  est  fort  tranquille 
en  Angleterre;  il  ne  paroil  pas  qu'il  puisse  arriver  aucuns 
troubles  dans  l'Estat.  Tout  le  monde  est  fort  satisfait  des  dis- 
cours qu'a  tenu  Sa  Majesté  Britannique  aux  seigneurs  de  son 
conseil,  que  depuis  a  esté  imprimé.  Il  y  a  des  lettres  qui 
portent  que  la  reine  est  grosse  et  on  dit  que  Leurs  Majestés 
ne  laisseront  approcher  du  prince  qui  pourra  naistre  que  des 
personnes  fort  connues.  Ils  sont  fort  persuadez  que  certaines 
personnes  ont  causé  la  mort  de  tous  les  enfans  que  la  reine  a 
eujusques  à  présent,  et  particulièrement  d'un  seul  fils  qu'elle 
a  eu.  On  confirme  de  plusieurs  costés  que  le  feu  roy  d'Angle- 
terre est  mort  très-catholique,  que  le  prestre  qui  le  sauva  en 
la  bataille  de  Rossester  (sic)  et  qui  a  tousjours  suivy  ce  prince, 
comme  s'il  eust  été  son  valet  de  chambre,  a  esté  assez  heu- 

1  Voy.  pages  262  et  suiv.  de  la  livraison  juillet-août-septembre, 
pages  429  et  suiv.,  de  la  livraison  octobre-novembre-décembre  1888, 
pages  63  et  suiv.,  de  la  livraison  janvier-février-mars,  et  pages  231  et 
suiv.  de  la  livraison  avril-mai-juin  1889,  et  pages  331  et  suiv.  de  la 
livraison  juillet-août-septembre  1889. 


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526  REVUE  d' ALSACE 

reux  pour  luy  administrer  les  sacrements  de  rÉglise,  ce  qui 
s'est  fait  en  présence  d'un  plus  grand  nombre  de  personnes 
que  Ton  n'avoit  dit,  que  le  roy  avoit  fait  retirer  Tarchevesque 
de  Cantorbéry  et  quelques  evesques  qui  s'estoient  présentez. 
Ce  prestre  est  un  de  ceux  qui,  lundy,  firent  pour  ce  prince 
un  service  public. 

Il  y  a  un  arrest  du  Conseil  qui  explique  une  déclaration 
du  Roy  donnée  contre  les  ministres  qui  reçoivent  des  relaps. 
Il  faudra  examiner  s'ils  n'ont  point  esté  surpris.  Les  deux 
tiers  des  huguenots  s'estant  convertis  en  Béarn,  de  quinze 
temples  qu'il  y  en  avait,  il  en  a  esté  supprimé  dix. 

—  Paris,  le  3  Mars  1685.  —  ...On  est  asseuré  que  le  feu 
roy  (d'Angleterre)  a  fait  une  profession  authantique  de  sa 
catholicité,  il  a  reconnu  article  par  article  toutes  les  véritez 
de  la  religion  romaine,  il  a  fait  une  confession  généralle  qui 
dura  plus  de  cinq  heures,  en  suitte  on  dit  la  messe  dans  la 
chambre  où  il  communia  ;  il  vouloit  faire  sa  profession  de 
foy  en  présence  de  tout  le  conseil,  mais  le  duc  d'Yorck  ne 
le  trouva  pas  à  propos,  de  peur  de  désordre  et  de  l'affront 
des  evesques  qui  s'y  seroient  présentez.  Les  Bénédictines 
angloises,  à  l'imitation  des  Bénédictins  de  cette. nation,  ont 
fait  icy  un  service  pour  leur  feu  roy  et  M.  de  Barillon  a 
mandé  à  madame  sa  femme  de  faire  dire  800  messes  pour 
ce  prince. 

La  duchesse  de  Porlhsmouth  veut  revenir  en  France  avec 
le  duc  de  Richemont,  son  fils,  qui  s'est  fait  naturaliser  Fran- 
çois, mais  auparavant  on  veut  qu'elle  paye  ses  debtes  et 
qu'on  examine  si  parmi  ses  pierreries  il  n'y  en  a  pas  quel- 
ques-unes appartenant  à  la  couronne. 

Il  est  arrivé  un  estrange  accident  à  Versailles,  où  six  ou 
sept  ouvriers  ont  été  ensevelis  par  des  terres  qui  sont  tom- 
bées sur  eux  ;  un  seul  a  esté  trouvé  vivant ,  qui  estoil  à 
55  pieds  bas;  on  a  esté  sept  jours  et  demy  à  aller  jusque  à 
luy  et  n'a  subsisté  que  d'un  peu  d'eau  bourbeuse  qu'il  buvoit 


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CORRESPONDANCES    POLITIQUES  ET  CHRONIQUES    PARISIENNES      527 

avec  la  main.  Il  entendoit  le  son  des  cloches  et  la  voix  de 
ceux  qui  travailloient  au-dessus  de  luy  el  quoiqu'il  poussasl 
de  grands  cris  ils  ne  Tenlendoient  point.  Le  Roy  Ta  voulu 
voir  et  lui  a  donné  une  pension  de  100  escus. 

—  Paris,  le  10  mars  1685.  —  On  fait  de  grands  prépara- 
tifs à  Gênes  pour  envoyer  le  Doge  en  France  avec  plus  de 
dignités  et  d'esclat...  Les  Anglois  commencent  à  s'accoustu- 
mer  à  voir  leur  roy  catholique  et  qu'on  dise  publiquement  la 
messe  dans  sa  maison.  Avant  que  de  le  faire,  il  proposa  son 
dessein  dans  son  conseil  ;  tous  ceux  qui  y  estoient  l'approuvèrent 
à  la  réserve  d'un  seul.  On  reconnoist  dans  toutes  ses  actions 
beaucoup  de  prudence  et  de  fermeté  el  on  voit  bien  qu'il  veut 
régner  avec  justice.  Son  sacre  et  couronnement  est  indiqué 
pour  le  jj-  d'Avril,  ce  qui  arrivera  le  jour  de  la  Notre-Dame 
de  Mars.  Ce  ne  seront  pas  les  evesques  proteslans  qui  feront 
cette  cérémonie,  ne  pouvant  en  conscience  faire  aucun  acte 
de  religion  avec  eux.  On  dit  que  cela  se  fera  en  particulier... 
Le  feu  roy,  peu  d'heures  avant  que  de  mourir,  recommanda 
au  duc  de  York  quatre  de  ses  enfans  naturels,  les  ducs  de 
Graveton  (sic),  Norlhumberland,  de  Saint-Alban,  et  de  Riche- 
mont.  Il  ne  parla  jamais  de  celuy  de  Monmouth.  Depuis  la 
duchesse  de  Portsmouth  voyant  que  son  fils,  le  duc  de  Riche- 
mont,  estoit  désappointé  de  sa  charge,  elle  est  allé  se  jetter 
aux  pieds  du  nouveau  roy  pour  le  suplier  d'avoir  pitié  de 
luy.  Sa  Majesté  Ta  assuré  qu'il  en  auroit  soing.  Le  nouveau 
roy  avoit  eu  une  maîtresse  à  laquelle  il  a  fait  dire  de  se  reti- 
rer en  France,  où  il  luy  donneroit  sa  subsistance,  mais  que 
si  elle  vouloit  demeurer  en  Angleterre,  il  ne  prendroit  aucun 
soing  d'elle.  Il  a  eu  autrefois  d'une  dame  de  qualité,  qui  est 
morte,  deux  garçons  très-bien  faits,  qui  estudient  au  Col- 
lège des  Jésuites  à  La  Flesche,  et  deux  filles  qui  sont  dans 
des  couvents  près  de  Paris. 

Milord  Churchil  est  fort  régalé  de  plusieurs  seigneurs  de 
la  cour.  Il  a  esté  par  ordre  du  roy,  son  maistre,  visiter  le 


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5â8  REVUE  D' ALSACE 

chancelier,  qui  en  fui  assez  surpris,  ne  croyant  pas  esire 
connu  de  Sa  Majesté  Britannique.  Ce  roilord  s'en  retournera 
demain  et  le  maréchal  de  Lorge  s'en  va  avec  luy. 

Le  Roy  a  fait  des  libéralités  depuis  peu  ;  il  a  donné  2000 
escus  de  pension  à  la  comtesse  de  Tingri,  autant  à  la  com- 
tesse de  Saint-Gérant,  deux  mille  livres  à  M"®  de  La  Sablière. 
On  a  aussy  fait  des  gratifications  à  plusieurs  sçavans.  La  sta- 
tue du  Roy  du  chevalier  Bernin  arriva  hier  vis-à-vis  le  gros 
pavillon  des  Tuilleries.  Elle  doit  être  mis'au  bout  du  pont 
que  l'on  va  faire  du  coslé  du  fauxbonrg  Si-Germain. 

L'auteur  des  Lardons  de  Hollande,  fort  mauvois  françois, 
est  venu  fort  inconsidérément  en  France.  Il  a  esté  pris  au 
Bourget  dans  le.  carosse  de  Bruxelles  et  on  l'a  mis  à  la  Bas- 
tille. 

Le  Roy  voulant  establir  les  cadettes  dans  le  Port-Royal  de 
Versailles,  lesquelles  sont  présentement  à  Noisy^  et  les  reli- 
gieux de  Saint-Cire  demandant  des  sommes  exorbitantes  pour 
leur  maison,  M.  de  Saint-Brisson,  seigneur  de  Saint-Cire,  a 
esté  offrir  sa  terre  au  Roy,  qui  luy  a  fait  dire  qu'il  eust  à  en 
dire  le  prix.  Il  a  respondu  que  ce  seroit  tout  ce  qu'il  plai- 
roit  au  Roy.  C'est  une  terre  de  -|-  livres  de  rente.  Le  Roy 
Inv  en  a  fait  donner  —  escus.  On  doit  mettre  dans  ce  lieu 

200 

300  damoiselles  et  on  y  doit  faire  pour  plus  de  — escus  de 
bastimens. 

—  Paris,  ce  14  Mars  1685.  —  Les  Minimes  doivent  tenir 
leur  chapitre  général  à  Marseilles,  où  ils  éliront  un  général 
françois.  Quand  c'est  celuy  d'eslire  un  Espagnol,  c'est  à  Bar- 
celone que  se  tient  le  chapitre  général  et  quand  c'est  celuy 
d'  n  Italien,  c'est  à  Gênes...  Quand  on  donne  à  Rome  per- 
mission aux  François  de  lire  les  livres  deffendus,  on  en 
exemple  présentement  Machiavel,  le  Père  Mimbourg  (sic)  et 
Rablais  (sic). 

...La  conduite  du  comte  d'Hamilton,  qui  n'a  pas  esté 
agréable  icy  à  tout  le  monde,  est  cause  de  sa  disgrâce  et 


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CORRESPONDANCES    POLITIQUES  ET    CHRONIQUES  PARISIENNES      529 

qu'il  quitte  la  France,  ce  qu'il  ne  fait  pas  sans  un  grand 
regret,  y  ayant,  dit-il,  beaucoup  d'amis  et  peu  de  parens,  et 
qu'il  va  dans  un  païs  où  il  a  beaucoup  de  parens  et  peu 
d'amis.  Il  a  vendu  son  régiment  au  marquis  de  Jarzé,  qui 
luy  en  donne  —  escus.  M.  de  Louvoys  est  aujourdhuy  parti 
avec  M.  Vauban  pour  voir  pour  la  troisième  fois  par  où  Ton 
pourra  faire  venir  la  rivière  d'Eure.  Le  Roy  n'y  doit  aller 
qu'après  son  retour  et  suivant  le  raport  qui  luy  en  sera  fait. 
M.  le  prince  de  Conly  achette  du  duc  de  Vendosme  et  de  ses 
créanciers  le  duché  de  Penlhièvre  ;  il  en  donne  —  livres  en 
argent,  pour  —  en  terre,  et  outre  cela  un  pot  de  vin  de  — 
escus  pour  le  duc  de  Vendosme.  Un  homme  de  la  cour  ayant 
mangé  à  Versailles  de  la  viande  par  libertinage  et  avec  beau- 
coup de  scandale,  a  reçeu  ordre  du  Roy  de  s'aller  mettre  en 
prison.  Le  marquis  de  Souvray,  second  fils  de  M.  de  Loùvoys, 
va,  avec  permission  du  Roy,  en  Pologne,  où  il  servira  la  pro- 
chaine campagne  d'aide-de-camp  à  Sa  Majesté  Polonoise.  Par 
arrest  du  Conseil  M.  Furetière  a  perdu  son  procez  ;  il  a  esté 
condamné  à  remettre  son  privilège  et  ordonné  que  les  enre- 
gistrements seront  biffez  et  rayez. 

Quatre  cavalliers  anglois  sont  allés  à  Liège  s'informer  dans 
une  certaine  bostellerie,  si  l'on  n'avoll  pas  connoissance 
qu'il  y  a  trente  ans  que  le  feu  roy  d'Angleterre  y  avoil  logé 
avec  la  reyne  son  épouse.  L'hosle  en  estoit  mort  et  la  veuve 
qui  logeait  ailleurs,  n'en  avoit  aucun  souvenir.  C'est  le  duc 
de  Monmouth  qui  prétend  par  là  prouver  le  mariage  du  feu 
roy  d'Angleterre  avec  sa  mère. 

Les  deux  vaisseaux  qui  portent  les  ambassadeurs  à  Siam 
ont  mis  à  la  voile  du  port  de  Brest,  la  nuict  du  3  au  4  du  cou- 
rant, avec  un  vent  fort  propre  pour  leur  routte.  La  suitte 
des  ambassadeurs  est  composée  de  trois  enseignes,  de  neuf 
gardes  de  marine,  de  25  personnes  du  train  de  M.  de  Chau- 
mont,  de  15  autres  de  celuy  de  M.  de  Choisy,  de  six  vallets 
pour  les  officiers,  deux  interprêtes,  un  secrétaire,  un  escuier, 

84 


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530  REVUB  d' ALSACE 

un  ingénieur,  six  ouvriers  de  diiïérents  arls  et  maistiers, 
donl  le  Roy  fait  présent  au  roy  de  Siam,  six  Jésuittes  qui 
vont  en  la  Chine  el  sept  missionnaires,  oustre  M.  Le  Vacher, 
missionnaire  apostoh'que.  Les  ambassadeurs  de  Siam  qui 
s*en  retournent,  ont  quatre  ou  cinq  valets,  tout  cela  sans 
les  esquipages  des  deux  vaisseaux,  dont  les  officiers  sont  dou- 
blés. La  depesche  du  Roy  au  roy  de  Siam  est  dans  une  boête 
d'or  émaillé.  Les  ambassadeurs  de  Siam  ont  achepté  icy  une 
très-grande  quantité  de  choses;  soit  eux  ou  le  Père  Vacher, 
ont  fdit  emporter  80  très-gros  balols  de  toute  sorte  de  mar- 
chandise et  raretés.  Ces  Siamois  sont  partis  avec  très-grande 
joye;  ils  ont  laissé  icy  quatre  jeunes  hommes  de  leur  nation, 
pour  apprendre  les  maisliers  dont  ils  ont  besoing  en  leur 
pays. 

—  Paris,  ce  17  Mars  1685.  —  La  joye  est  extrême  à  Gênes 
de  ce  que  la  paix  est  faitte  ayec  la  France.  La  République 
a  fait  un  vœu  à  la  Ste-Vierge  qu'à  l'avenir  il  ne  se  fera 
aucune  réjouissance  publique  les  samedis,  soit  bals,  comé- 
dies, opéra,  masquarades,  etc.  et  que  tous  les  ans  il  se  fera 
une  feste  pour  la  remercier  de  les  avoir  délivrez  du  péril  où 
ils  esloient.  L'on  préparoil  cinq  galères  pour  porter  le  Doge, 
les  quatre  sénateurs  et  leur  suitte  à  Marseilles,  mais  le  Doge 
ne  pouvant  souffrir  la  mer,  le  voyage  se  fera  par  terre. 

Il  y  a  beaucoup  de  princes  almands  {sic)  qui  sont  à  Venise, 
qui  y  sont  allez  pour  le  divertissement  du  carnaval  ;  entre 
autres  le  duc  de  Hanover,  evesque  d'Osnabrug,  qui  a  donné 
un  fort  grand  régal  à  200  courtisanes  de  cette  ville  là. 

....Une  des  choses  que  le  ministre  de  l'Empereur  a  à 
traitler  icy  est  un  différant  qui  est  survenu  pour  les  dépen- 
dances de  la  ville  de  Fribourg;  par  le  traitlé  de  Nimègues 
cette  ville  nous  a  esté  cédée  avec  seulement  trois  bailliages 
ou  villages  qui  y  sont  nommez;  mais  TUniversité  qui  est 
dans  cette  ville  est  aussy  exprimée  avec  ses  dépendances, 
laquelle  a  la  seigneurie  de  plusieurs  autres  villages  ou  bail- 


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CORUESPONDANCES  POLITIQUES    ET    CHRONIQUES    PARISIENNES      531 

liages.  L'Empereur  prétend  qu'ils  ne  peuvent  eslre  compris 
et  nous  nous  en  sommes  mis  en  possession  comme  estant 
dépendants  de  cette  Université. 

M.  de  Chamilly  veut  se  retirer  du  service  et  faire  une 
retraille,  et  cela  par  des  motifs  de  dévotion,  et  remettre  le 
gouvernement  de  Strasbourg  entre  les  mains  du  Roy.  On  dit 

100 

qu'il  luy  fera  donner  —  livres  de  récompense.  Il  y  en  a  qui 
croyent  que  M.  le  marquis  de  Boulflers  aura  ce  beau  gou- 
vernement. 

On  commence  aussy  à  travailler  au  Pont-Louis,  qui  sera 
vis-à-vis  le  gros  pavillon  des  Thuilleries.  Il  aura  66  toises 
de  long  sur  cinq  arches;  les  quatre  piles  auront  14  pieds 
d'épaisseur.  La  grande  arche  aura  12  toises  de  large  et  les 
autres  un  peu  moins.  Ce  pont  aura  huit  toises  de  large,  cinq 
pour  les  carosses  et  neuf  pieds  pour  chaque  banquette.  C'est 
le  Roy  qui  le  fait  faire  à  ses  despens.  Il  a  esté  adjugé  à 
-jjp  livres  et  on  a  trois  ans  pour  le  faire.  En  attendant  que 
la  statue  du  Roy  soit  placé,  on  la  met  dans  une  loge  que  l'on 
fait  exprès  au  bout  du  pont,  du  côté  du  fauxbourg.  On  doit 
soutenir  une  thèse  en  médecine  dont  le  sujet  est  que  l'air  de 
Versailles  est  très  bon  et  fort  sain. 

Deux  gens  d'affaires  revenant  de  Versailles,  leurs  gens  mal- 
traitlèrent  un  cocher  qui  les  embarassait  dans  le  passage.  Le 
cocher  et  le  postillon  de  ces  messieurs  luy  ayant  donné  plu- 
sieurs coups  de  fouet,  les  laquais  se  mirent  de  la  partie  avec 
leurs  bastons,  deux  personnes  qui  étoient  dans  le  fiacre  ne 
pouvant  faire  arrester  cette  canaille,  ayant  mis  pied  à  terre 
et  l'epée  a  la  main,  chargèrent  ces  insolens  et  voyant  que 
ces  gros  messieurs  ne  branloient  pas  de  leurs  places,  et  n'em- 
peschoient  pas  leurs  valets,  allèrent  à  eux  pour  les  obliger 
à  mettre  l'épée  à  la  main ,  dont  ils  eurent  une  si  grande 
frayeur  qu'ils  laissèrent  tout  aller  dans  leurs  chausses,  ce 
qui  fit  retirer  au  plus  viste  ces  deux  hommes,  et  leurs  laquais 
emportèrent  quelques  estafilades  sur  leur  peau. 


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532  REVUE    d' ALSACE 

—  Paris,  31  Mars  1685.  — Le  pape  a  esté  indisposé,  mais 
il  se  porte  mieux.  Il  est  présentement  fasché  de  n'avoir  pas 
donné  grâce  à  ces  deux  jeunes  gentilhommes  que  le  Grand- 
Duc  luy  avoit  fait  délivrer  et  qui  eurent  le  col  coupé.  Il  veut 
exiler  de  TEtat  Ecclésiastique  le  comte  del  Monte,  favori  de 
la  reine  de  Suéde  et  qui  est  depuis  plusieurs  années  son 
ministre  et  qu'elle  a  Tait  duc.  Elle  s'oppose  fortement  au 
dessein  du  Saint-Père...  Le  mariage  du  duc  de*  Bavière  est 
assuré.  Madame  la  Dauphine  l'a  déclaré  publiquement.  Les 
espousailles  se  feront  avant  la  campagne  que  cet  Electeur  va 
faire  en  Hongrie  et  à  son  retour  il  mènera  la  princesse  à  Munie. 

Le  prince  d'Orange  espère  que  son  beau-père  le  déclarera 
duc  d'York.  Tout  est  toujours  fort  tranquille  en  Angleterre. 
Les  soldats  et  mesme  les  officiers  se  mariant  trop  facilement 
dans  les  garnisons  et  quartiers  d'hyver,  où  ils  se  trouvaient, 
on  leur  a  fait  faire  défense,  qu'ils  n'en  ayent  l'avis  et  le  con- 
sentement de  intendans.  On  a  aussi  ordonné  que  dans  les 
villes  des  conquestes,  les  femmes  qui  se  marieroient  aux 
François  eussent  à  s'habiller  à  la  françoise. 

Messieurs  les  princes  *  contiennent  leur  voyage  et  feront 
quelque  séjour  en  Hollande  pour  attendre  leur  équipage,  qui 
ne  sera  pas  fort  grand.  Leur  dessein  n'est  pas  approuvé  du 
Roy  ni  de  M.  le  Prince.  Leur  départ  a  esté  trop  précipité. 
Le  Roy  n'a  pas  voulu  lire  la  lettre  que  M.  le  prince  de  Conly 
luy  a  escrite  et  qu'il  n'a  pas  voulu  refuser  de  prendre  de  la 
main  de  Madame  la  princesse  de  Conty.  On  dit  que  leur 
dessein estd'alleren  Hongrieservir  dans  les  troupes  deBavière. 

Le  Roy  n'a  pas  trouvé  bon  qu'un  certain  faiseur  de  vers, 
en  parlant  du  départ  des  princes,  ait  nommé  pour  un  troi- 
sième prince  Monsieur  de  Turenne ,  ce  qui  est  tout  à  fait 
impertinent.  Aussi  Sa  Majesté  a  dit  qu'il  n'y  avoit  là  que 
deux   princes   et  deux  vicomtes,   entendant  pour  dernier 

^  11  s'agit  des  princes  de  Conty  et  de  La-Roche-sur-Yon. 


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CORRESPONDANCES    POLITIQUES    ET   CHRONIQUES  PARISIENNES      533 

vicomte  M.  Mersié,  qui  a  eslé  nourry  page  de  Mr.  le  prince 
de  Conty,  que  ce  prince  a  envoyé  apporter  des  lellres  icy. 

On  a  mis  à  la  Bastille  un  capîlaine  du  régiment  de 
Languedoc  dont  la  compagnie  est  en  fort  bon  estât,  pour 
avoir  demandé  la  permission  d'aller  en  Hongrie,  quoyqu'il 
voulust  laisser  de  Targent  à  son  lieutenant  pour  entretenir 
ses  soldats.  Madame  n'a  pas  esté  au  mariage  du  marquis  de 
Chastillon.  Monsieur  donna  la  chemise  au  marié  et  à  la  mariée. 
Le  chevalier  de  Lorraine  a  signé  dans  le  contrat  de  mariage. 

Le  Sr  Baltiste  ayant  retranché  les  pensions  de  ceux  qui  ont 
esté  autrefois  de  l'Opéra,  cela  a  fasché  ses  meilleurs  chantres. 
Quatre  Tout  quitté.  Jeudy  dernier  le  public  n'estant  pas  satis- 
fait de  ceux  que  l'on  y  avoit  substitué,  on  les  pensa  assommer 
à  coups  d'orange  et  on  les  chassa  de  dessus  le  théâtre.  Il 
s'en  est  plaint  au  Roy  qui  a  envoyé  ordre  à  ceux  qui  s'estoient 
retirez  de  revenir  et  qu'il  leur  feroit  donner  satisfaction. 

—  Paris,  ce  7  avril  1685.  —  Le  pape  est  lout-à-fait  mal  ; 
on  doute  qu'il  puisse  se  restablir.  On  a  trouvé  dans  une 
vigne  près  de  Rome,  appartenant  au  cardinal  Pignatelli,  en 
fouillant  dans  la  terre,  un  grand  vaisseau  de  terre  antique,  où 
il  y  avoit  2300  médailles  d'argent,  toutes  consulaires.  Tous 
les  scavans  et  tous  les  curieux  prétendent  par  là  avoir  de 
grands  esclaircissements  pour  l'histoire.  La  Chambre  aposto- 
Uque  en  doit  avoir  le  tiers. 

Le  prince  d'Orange  ayant  escrit  au  roy  d'Angleterre  en 
faveur  du  duc  de  Monmouth,  affin  qu'il  luy  voulût  pardonner, 
il  luy  a  fait  rcsponce  que  ce  duc  ayant  une  abolition  du  feu 
roy,  qu'il  pouvoit  revenir  en  Angleterre,  mais  qu'il  luy 
déclaroit  que  s'il  y  mettoit  les  pieds,  qu'il  le  feroit  enlever 
et  l'envoiroit  en  Escosse;  où  il  luy  feroit  faire  son  procez 
comme  coupable  du  crime  de  haute- trahison. 

Le  marquis  de  Moilac,  gouverneur  de  Nantes,  a  arresté 
plusieurs  personnes  de  la  Religion,  particulièrement  de 
Saumur,  qui  vouloient  s'embarquer  pour  passer  en  Angleterre. 


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534  REVUE  d'alsace 

Le  Roy  croyoil  qu'il  ne  luy  cousieroît  que  —  ou  —  escus 
pour  le  Carossel,  mais  ou  luy  a  fait  voir  que  cela  luy  cous- 
eroil  plus  de  —  escus. 

Par  le  testament  de  la  princesse  de  Guéménée  son  corps  a 
esté  rais  dans  une  bière  de  bois  bien  matelassé,  ce  cercueil 
mis  dans  un  autre  de  plomb;  couvert  d'un  autre  de  bois 
ordinaire,  et  le  tout  dans  un  tombeau  de  marbre  qui  est  aux 
Feuillans;  le  premier  cercueil  rempli  d'eau-de-vie. 

—  Paris,  ce  H  avril  1685.  —  11  est  arrivé  à  Toulon  un 
ambassadeur  du  Maroc,  pour  faire  un  trailé  de  commerce 
perpétuel  avec  la  France. 

Lorsque  le  pape  apprit  que  le  roy  d'Angleterre  avoit  fait 
profession  publique  de  sa  catholicité,  et  que  le  feu  roy  était 
mort  avec  tous  les  sacremens  de  l'Église,  il  en  eust  une  très- 
grande  joye,  non  obstant  ses  infîrmitez.  Il  se  leva  et  ût  dire 
la  messe  devant  luy  aGn  d'en  rendre  grâce  à  Dieu  et  a  fait 
dire  des  prières  particulières  dans  toutes  les  églises  de  Rome. 
Le  Saint-Père  est  toujours  fort  mal  et  devient  hydropique.  Ses 
jambes  enHent  à  vue  d'oeil. 

Toutes  choses  se  préparent  à  Londres  pour  le  sacre  et  le 
couronnement  du  roy  d'Angleterre.  Ce  sera  l'archevesque  de 
Canlorbery  qui  fera  la  cérémonie.  Il  se  servira  de  la  mesme 
huile  qui  avoit  servi  au  sacre  du  feu  roy,  dont  il  estoit  resté 
une  grande  quantité  et  qui  avoit  esté  gardée  à  Westmunster. 
Il  sera  oint  aux  espaules,  à  l'estomac,  et  aux  mains.  Il  n'y 
aura  point  de  communion.  L'évesque  d'Ely  fera  la  prédica- 
tion. Les  pairs  accompagneront  le  roy.  En  allant  ils  auront 
leurs  couronnes  ou  cercles  à  la  main,  mais  en  revenant  ils  les 
auront  sur  la  teste.  Les  ducs  et  les  comtes  seront  habillez  de 
velours  rouge,  fourré  d'hermine  et  les  autres  d'escarlatte. 
Les  rues  par  où  se  fera  la  marche,  seront  couvertes  de  drap. 
M.  Denonvillé,  nouveau  gouverneur  de  Canada,  est  party  pour 
s'aller  embarquer  à  La  Rochelle,  avec  sa  femme  et  une  partie 
de  sa  famille.  II  y  mène  500  hommes  de  guerre  pour  exterminer 


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CORRESPONDANCES  POLITIQUES    ET    CHRONIQUES  PARISIENNES      535 

les  Irroquois  s'ils  ne  se  veulent  soumettre.  L'évesque  de 
Québec  et  son  coadjuteur,  l'abbé  de  Saint- Vallier,  s'en  vont 
avec  luy.  On  a  nouvelle  que  le  Sr  La  Salle  est  parti  de  la 
coste  de  Saint-Dominique,  le  25  janvier,  avec  ses  trois  basti- 
mens  pour  entrer  dans  la  rivière  de  Messicipy,  qui  se 
descbarge  dans  le  golfe  de  Mexique. 

Suivant  l'ordonnance  de  la  maison  de  Ville,  on  a  commencé 
les  ouvrages  publics.  Mais  il  est  arrivé  un  grand  malheur  à 
la  porte  du  Temple,  où  l'on  avoit  Tait  des  Tourneaux  pour 
faire  sauter  la  butte  ou  estoient  les  moulins.  L'un  ayant  fait 
son  effect,  on  odvertit  de  ne  pas  approcher,  mais  une  grosse 
pluye  estant  survenue,  plusieurs  se  jettèrent  sous  une  voutte 
pour  se  mettre  à  couvert,  l'autre  fourneau  joua  et  fit  périr 
cinq  ou  six  personnes  et  en  blessa  une  vingtaine. 

L'abbé  de  La  Sale  a  esté  fait  aumôsnier  du  Roy  ;  l'abbé  de 
Coligny  espéroit  avoir  cette  charge.  M.  le  comte  de  Lauzun 
s'est  retiré  chez  les  frères  de  la  Doctrine  Chrestienne  après 
avoir  vendu  sa  maison  de  l'isle  au  marquis  de  Richelieu. 
Mademoiselle  des  Radrelz  (?)  fit  dimanche  abjuration  au  Val- 
de-Grâce...  K 

^  C'est  ici  que  s'arrête  brusquement  cette  correspondance,  décou- 
verte autre  fois  aux  Archives  municipales  et  dont  mon  regretté  ami 
M.  Tarchiviste  Brucker,  me  permit  de  prendre  copie  il  y  â  de  longues 
années.  Gomme  nous  l'avons  dit  dans  la  préface,  il  n'est  pas  du  tout 
vraisemblable  qu'elle  ait  cessé  à  ce  moment  ;  jnais  on  peut  en  ex- 
pliquer la  disparition  soit  par  l'incendie  de  la  Chancellerie,  arrivé  en 
1686,  et  qui  dévora  précisément  les  dossiers  d'affaires  courantes  et  les 
papiers  récemment  accumulés,  soit  par  le  fameux  sac  de  l'Hdtel-de- Ville 
en  1789,  où  périrent  tant  de  documents  précieux  pour  notre  histoire 
d'Alsace.  En  tout  cas,  il  est  a  peu  près  certain  que  la  suite  de  nos 
correspondances  et  chroniques  ne  se  retrouvera  plus,  à  moins  qu'elles 
n'aient  été  expédiées  en  môme  temps  à  d'autres  adresses,  ce  qui  n'au- 
rait rien  d'improbable,  étant  donné  leur  caractère  de  «  nouvelles  à  la 
main  ».  bienvenues  chez  les  curieux  de  tout  culte  et  de  tout  pays. 


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IGNACE  CHÂUFFOUR  ET  SES  LIVRES 


I 


Un  louable  eiïorl  de  la  municipalité  et  du  bibliothécaire 
de  la  ville  de  Colmar  vient  de  donner  une  consécration  du- 
rable à  la  mémoire  d'une  personnalité  marquante  de  l'Alsace 
contemporaine.  11  s'agit  du  catalogue  des  richesses  alsatiques 
manuscrites;  gravées,  imprimées  ainsi  que  des  ouvrages  en 
général  qui  composaient  l'une  des  plus  importantes  de  nos 
bibliothèques  privées  de  la  province  ;  ces  richesses  ont  été 
léguées  à  leur  ville  natale  par  Ignace  Chauffour  et  ses  héri- 
tiers. 

Avant  de  parler  de  ces  trésors,  nous  voulons  dire  un  mot 
du  principal  donateur,  non  pour  Taire  sa  biographie  ou  ajouter 
quelque  chose  aux  timides  panégyriques  dont  sa  mort  a  été 
l'occasion,  mais  pour  exprimer,  en  toute  liberté  de  cons- 
cience, les  regrets  que  la  Revue  d'Alsace  doit  à  l'un  de  ses 
premiers  collaborateurs. 

Marie-Antoine-Ignace  Chauffour,  avocat,  né  le  13  janvier 
1808,  décédé  le  6  décembre  1879,  vil  naître  la  Revue  d'Al- 
sace avec  assez  peu  de  confiance  en  sa  durée.  Pendant  les 
deux  premières  années  il  observa  à  son  égard  une  neutralité, 
sympathique  au  fond,  mais  assez  réservée  pour  lui  permettre, 
le  cas  échéant,  de  dire  qu'il  en  avait  prévu  l'insuccès.  Il  avait 
des  raisons  de  toute  sorte  pour  justifier  cette  réserve;  nous 
n'en  citerons  qu'une  afin  de  ne  pas  nous  écarter  de  la  vérité: 
«  Quinze  années  avant  1850,  F.  Reiner  et  Ch.  Bœrsch  avaient 
fait  à  Strasbourg  une  tentative  du  même  genre  qui  avait 


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IGNACE  CHAUFFOUR  ET  SES  LIVRES  537 

échoué  après  deux  années  d'existence».  C'est  par  la  citation 
de  ce  précédent  que  Chauffour  saluait  la  fondation  de  la 
Eevued' Alsace f  à  Colmar,  fondation  à  laquelle  il  était  d'ail- 
leurs, nous  le  répétons»  suffisamment  sympathique.  Jusque 
là  il  comptait  parmi  les  privilégiés  qui  nourrissaient,  nous  ne 
dirons  pas  un  amour  platonique,  mais  un  amour  égoïste  pour 
l'histoire  de  la  rive  gauche  du  Rhin  et  de  la  vie  de  ses  habi- 
tants pendant  «le  premier  et  le  second  moyen-âge»,  division 
historique  professée  par  Chauffour  sans  d'ailleurs  lui  assigner 
des  limites  bien  déterminées.  Tel  était  le  domaine  scienti- 
fique accessible  à  quelques-uns,  admis  comme  seuls  héritiers 
directs  des  anciens  auteurs  et  chroniqueurs  en  renom  au 
pays. 

Chauffour  se  trouvait  dans  une  situation  privilégiée,  en  ce 
sens  que  son  père,  profondément  attaché  aux  souvenirs  et 
aux  traditions  du  pays,  lui  avait  laissé  une  provision  de  docu- 
ments manuscrits  et  de  livres  que  le  fils  connaissait  à  fond 
quand  les  Revues  de  Strasbourg  et  de  Colmar  provoquèrent 
un  réveil  d'études  particularistes  qui  avait  et  qui  a  encore 
sa  raison  d'être.  Ignace  Chauffour  était  donc  armé  de  pied 
en  cape  pour  figurer  au  premier  rang  du  réveil,  mais  il  n'était 
pas  encore  engagé  au  nombre  des  explorateurs  se  livrant,  avec 
ardeur,  à  la  recherche  de  tous  les  éléments,  quels  qu'ils  soient, 
de  grande  ou  de  mince  importance,  qui  se  rattachent  au  passé 
local  ;  de  sorte  qu'il  ne  tarda  pas  craindre  de  se  voir  dépassé 
par  les  néophites  s'il  ne  s'associait  à  leur  action  afin  de 
conserver  quelques  bribes,  tout  au  moins,  de  l'avance  qu'il 
avait  sur  eux  au  début.  Dès  ce  moment  J.  Chauffour  devint 
un  ami  passionné  des  lettres  alsaciennes,  un  chasseur  jaloux 
de  ses  confrères,  mais  éprouvant  désormais  une  véritable 
satisfaction  à  leur  faire  connaître  oralement  et  de  visu  les 
témoins  importants  qu'il  parvenait  à  faire  sortir  de  l'oubli. 
Le  membre  de  la  petite  chapelle  avait  fait  place  au  libéral, 
dans  la  bonne  acception   du  mot.  Cependant  nous  eûmes 


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538  REVUE  d'alsace 

quelques  fois  Toccasion  de  retrouver  le  premier  homme  ex- 
clusif lorsque,  dans  le  cours  de  la  publication  de  la  Eevue^ 
un  nouveau  collaborateur  venait  se  joindre  à  la  première 
phalange.  Mais  ces  boutades  étaient  passagères  et  cet  esprit, 
prime-sautier  dans  ses  appréciations,  se  convertit  souvent  en 
juge  assez  indulgent  et,  à  peu  d'exceptions  près,  bienveillant. 
Habitué,  dès  l'âge  de  vingt-quatre  ans  et  par  sa  profession,  à 
l'attaque  et  à  la  défense,  l'avocat  apportait  dans  la  vie  litté- 
raire et  artistique  de  l'Alsace  un  reflet  des  allures  du  bar- 
reau en  général.  Il  en  avait  conscience  et  se  trouva  plusieurs 
fois  aussi  mécontent  de  lui-même,  qu'il  l'avait  été  de  quelques- 
uns;  le  littérateur  et  l'avocat  furent  toujours  en  mésintelli- 
gence dans  cette  organisation  de  petite  taille,  dominée  par 
un  chef  superbe,  une  face  distinguée,  expressive  et  qui  était 
vrrilablement  le  miroir  des  qualités  morales  et  intellectuelles 
dont  la  nature  l'avait  gratifîé.  Cet  état  de  mésintelligence 
intime  entre  deux  qualités  maîtresses  explique  la  raison  pour 
laquelle  la  part  de  ChaufFour  dans  les  travaux  de  la  Beoue 
d/ Alsace  est  assez  restreinte.  En  deux  occasions  il  se  laissa 
entraîner,  par  son  amour  de  la  vérité  historique,  à  réfuter 
ce  qu'il  considérait  comme  hérésie  consciente  de  la  part  de 
l'un  de  nos  compatriotes  dont  les  recherches  étaient  systé- 
matiquement ramenées  sur  le  terrain  politique,  d'une  façon 
militante  et  agressive.  Cette  petite  campagne,  en  termes  me- 
surés d'ailleurs,  eut  un  moment  les  allures  d'une  polémique, 
désirée  par  l'auteur  critiqué,  mais  à  laquelle  Chaufîour  sut 
imprimer  une  fin  par  l'autorité  de  sa  science  et  de  sa  modé- 
ration. 

Absorbé  par  les  exigences  de  son  cabinet,  par  les  soins 
qu'il  devait  aux  siens  et  à  une  clientèle  considérable,  Chauf- 
four  consacrait  ses  moments  disponibles  à  ses  livres  en  géné- 
ral, à  ses  alsatiques  en  particulier  dont  ses  appartements  et 
même  sa  chambre  à  coucher  étaient  bondés.  Il  les  connaissait 
tous,  les  respectait  en  véritable  bibliophile  et  les  faisait 


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IGNACE  CHAUFFOUn  ET  SES  LIVRES  539 

habiller  par  les  meilleurs  relieurs  de  la  province,  ne  trou- 
vant jamais  les  habits  trop  beaux,  même  pour  les  brochures, 
plaquettes  ou  opuscules  vulgaires  se  distinguant  par  une 
originalité  quelconque.  Ce  serait  trop  s'avancer  de  dire  qu'a- 
vant 1850,  Chauffour  appréciait  ses  richesses  alsatiques  au 
point  de  vue  de  la  comparaison  de  la  situation  de  l'Alsace  sous 
le  régime  Français  avec  sa  situation  sous  les  régimes  anté- 
rieurs à  1648  ;  mais,  descendant  de  l'un  des  premiers  fonc- 
tionnaires français  venus  en  Alsace  lors  de  la  réunion,  il 
aimait  ces  témoins  comme  héritage  de  famille,  comme  alsa- 
cien bénéficiaire  de  la  civilisation  française,  ce  qui  ne  l'em- 
pêcha pas  de  relever  et  quelques  fois  de  faire  valoir  certaines 
particularités  avantageuses,  prétendait-il,  des  régimes  passés. 
Sa  profession  d'avocat  l'avait  initié  de  bonne  heure  à  la  con- 
naissance de  ces  régimes  ;  chargé  par  l'Ëtat  de  la  défense  de 
ses  droits  dans  l'important  litige  des  domaines  etigagés,  il  fut 
naturellement  entraîné  à  pénétrer  dans  les  arcanes  des  juri- 
dictions les  plus  anciennes  et  les  plus  diverses.  Ces  études  ne 
lardèrent  pas  à  lui  donner  sur  ses  confrères,  et  sur  les  magi- 
trats  appelés  à  juger  les  causes,  une  supériorité  incon- 
testée comme  juriste  et  comme  historien^  auquel  il  ne  man- 
qua que  la  souplesse  de  l'écrivain  pour  prendre  dans  notre 
petit  monde  littéraire  une  place  aussi  élevée  que  celle  qui 
lui  était  reconnue  dans  le  monde  judiciaire.  Il  exagérait  les 
difficultés  résultant  de  ses  habitudes  de  plaideur,  et  cela  dit 
pourquoi  nous  ne  possédons  de  lui  que  d'importants  mé- 
moires de  procédure,  quelques  notes  incorporées  dans  sa 
bibliothèque  et  jointes  à  son  legs,  mais  aucune  œuvre  origi- 
nale. Il  doit  cependant  en  exister,  car  il  est  à  notre  connais- 
sance qu'il  y  a  travaillé  discrètement,  sans  d'ailleurs  s'en- 
gager ù  les  mettre  au  jour.  Ses  héritiers  ont  sans  doute 
voulu  conserver,  outre  les  nombreux  documents  se  rattachant 
au  secret  professionnel,  les  manuscrits  et  les  notes  que  le 
défunt  n'avait  pas  jugé  à  propos  de  publier.  Toutefois,  il  con- 


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540  REVUE  D' ALSACE 

vient  de  constater  que  si  le  nom  d'Ignace  Chauffour  n*est 
attaché  à  aucune  des  publications  de  valeur  qui  ont  paru  dans 
les  années  antérieures  à  1870»  c'est  parce  qu'il  ne  l'a  pas 
voulu.  Il  a  en  effet  participé  d'une  façon  active  et  désinté- 
ressée à  la  création  de  quelques  œuvres  recommandables. 
S'il  eut  désiré  ne  pas  s'effacer  entièrement,  les  auteurs  au- 
raient été  heureux  de  lui  faire  la  belle  part.  Ajoutons  enfin 
que  partout  où  ses  documents,  ses  livres  et  sa  science  étaient 
réquisitionnés  il  s'empressait  de  les  mettre  libéralement  à 
la  disposition  des  travailleurs.  Il  ne  prodiguait  point  ces 
sortes  de  services  parce  qu'il  entrait  dans  sa  règle  de  con- 
duite ou  dans  ses  dispositions  naturelles  de  ne  prendre 
aucune  initiative,  sauf  à  apparaître  quand  il  jugeait  l'initiative 
d'autrui  en  voie  d'exécution.  Il  avait  son  catalogue,  en  fiches 
mobiles,  mais  à  son  usage  personnel,  il  l'avait  aussi  dans 
sa  mémoire,  ce  qui  lui  permettait  d'en  faire  usage  quand  et 
comme  cela. lui  paraissait  opportun. 

Ses  livres  et  ses  manuscrits  étaient  donc  l'arsenal  parti- 
culier dont  il  avait  seul  le  droit  de  se  servir  à  sa  convenance. 
Mais  le  droit  d'agir  de  même  dans  un  dépôt  public,  il  ne  l'ac- 
cordait pas  à  celui  qui  en  était  le  conservateur.  C'est  ainsi 
qu'en  1858,  à  propos  d'un  manuscrit  qui  avait  appartenu  à 
la  corporation  des  cordonniers  de  Golmar  et  qui  venait  d'être 
acquis,  à  un  prix  fort  élevé,  pour  la  bibliothèque  du  roi  de 
Bavière,  il  prit  fait  et  cause  contre  le  bibliothécaire  de  la 
ville  de  Golmar  qui  négligeait  de  dresser  le  catalogue  des 
manuscrits  de  la  bibliothèque  de  la  ville  d'où  celui  qui  venait 
d'être  vendu  à  l'étranger  avait  disparu.  Cette  tempête  litté- 
raire eut  pour  résultat  la  nomination  d'une  commission 
chargée  de  reconnaître,  avec  le  bibliothécaire,  les  dits  manus- 
crits ainsi  que  les  incunables  en  double  dont  on  pouvait 
proposer^  à  la  ville  de  Strasboug,  l'échange  contre  les  ou- 
vrages que  celle-ci  possédait  également  en  double  et  qui  man- 
quaient à  la  bibliothèque  de  Colmar.  Quant  au  catalogue  il  y 


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IGNACE    CHAUFFOUR  ET   SES  LIVRES  541 

eul  engagement  pris  de  le  dresser,  mais  les  choses  demeu- 
rèrent in  statu  quo  ante  hélium,  La  commission  livra  quel- 
ques-uns de  ses  incunables,  destinés  malheureusement  à 
être  réduils  en  cendres  par  les  bombes  maudites  de  1870. 

Un  certain  nombre  des  livres  et  des  pièces  catalogués  était 
arrivé,  à  titre  gracieux,  dans  la  collection  de  Chauffeur  dont 
on  connaissait  généralement  l'affection  pour  les  choses  de 
TAlsace.  Mais  Chauffour  était  un  de  ceux  qui  ne  laissaient 
passer  aucune  publication  nouvelle  sans  vouloir  être  un  des 
premiers  qui  se  la  donnaient  au  prix  de  librairie.  11  était  aussi 
un  des  clients  assidus  des  bouquinistes  de  tous  les  pays,  qui 
avaient  appris  que  tout  ce  qu'ils  possédaient  concernant 
l'Alsace,  trouverait  preneur  parmi  nous.  Beaucoup  de  nos 
pièces  d'or,  dont  on  était  très  friand  aux  pays  d'outre  Rhin, 
en  Prusse  surtout  et  principalement  à  Cologne,  émigrèrent 
dans  les  contrées  où  florissaient  les  Reichsthaler,  les  Thaler, 
les  Pfenning,  les  Chdden,  les  Silbergroscfiej  les  KretUjser, 
germains,  et  les  Bat/s^  helvétiques.  C'était  le  beau  temps  des 
éditeurs  et  des  bouquinistes  en  attendant  la  suprême  rançon 
et  le  sommeil  Torcé.  Dans  son  ardeur,  Chauffour  avait  fini 
par  fréquenter  aussi  le  bric-à-brac  des  marchés;  il  contribua, 
avec  d'autres,  à  gâter  les  prix  au  point  que  la  denrée,  en  se 
raréfiant,  devint  quelques  fois  onéreuse  pour  le  grand 
nombre  des  nouveaux  amateurs.  Beaucoup  de  nos  brocan- 
teurs n'eurent  pas  à  s'en  plaindre. 

Une  circonstance  à  laquelle  il  est  fait  allusion  dans  le  cata- 
logue (p.  4)  avait  amené  Chauffour  à  sortir  de  son  ancienne 
ornière  pour  entrer  dans  la  vie  commune  et  jouer  son  rôle. 
Elle  vaut  la  peine  d'être  précisée.  Dans  l'une  de  nos  premières 
excursions  à  Bâie,  après  1850,  nous  découvrîmes  dans  le 
réduit  d'une  vieille  librairie,  sur  le  marché  aux  poissons,  un 
monceau  de  détritus  que  le  jeune  successeur  de  l'ancien  im- 
primeur-libraire nous  permit  d'explorer.  Notre  surprise  fut 
grande  d'y  trouver  des  feuilles  volantes  et  des  cahiers  d'une 


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542  REVUE  d' ALSACE 

écriture  que  nous  connaissions,  ainsi  que  d'autres  manus- 
ciils  d'une  écriture  plus  ancienne.  Après  un  examen  assez 
long,  il  nous  fut  facile  de  conslaler  que  ces  rebuts  étaient  la 
dépouille  du  pasteur  Sigismond  Bil4ng  de  Colmar,  auteur 
d'un  abrégé  de  l'histoire  d'Alsace  {Gescfddite  und  Bescfiret- 
hung  des  Elsass)  imprimé  à  Bâie  en  1782,  et  que  l'ensemble 
constituait  ses  travaux  préparatoires  pour  d'autres  publica- 
tions relatives  à  Colmar,  avec  le  secours  d'anciens  manuscrils 
qui  lui  avaient  été  confiés  avant  la  Révolution.  Nous  eûmes 
un  instant  l'intention  d'en  proposer  l'acquisition  à  la  muni- 
cipalité de  Colmar;  mais,  connaissant  ses  dispositions  à  l'é- 
gard des  choses  du  passé,  nous  y  renonçâmes,  craignant 
d'ailleurs  que  notre  démarche  fût  considérée  comme  inté- 
ressée au  moyen  d'une  remise  convenue  d'avance  entre  nous 
et  le  libraire  bâlois.  Le  surlendemain  nous  nous  rendîmes 
chez  Ignace  Chauffour  et  nous  insistâmes  chaudement  pour 
qu'il  s'imposât  le  sacrifice  débaitu  avec  le  libraire  pour  le 
rapatriement  de  ces  rebuts.  Chauffour  y  consentit  sans  trop 
hésiter  et  quelques  jours  après  il  était  en  possession,  moyen- 
nant 125  fr.,  de  tout  ce  que  nous  retrouvons  aujourd'hui  dans 
le  catalogue  sous  la  rubrique  :  fonds  Biïling. 

Au  risque  d'ennuyer  le  lecteur  encore  un  instant,  ajoutons 
à  celte  anecdote  l'épisode  dont  elle  fut  suivie.  Un  volumineux 
manuscrit,  frustement  cartonné,  appartenait  au  même  fonds, 
mais  il  était  exposé  à  part  dans  la  librairie,  nous  désirions 
qu'il  fut  joint  au  bloc.  Le  libraire  y  consentit,  mais  en  exi- 
geant 100  fr.  pour  ce  volume,  sur  la  valeur  duquel  il  parais- 
sait renseigné.  Après  avoir  examiné  quelques-unes  des 
poésies  en  vieil-allemand,  dont  il  était  rempli,  notre  inexpé- 
rience en  pareille  matière  et  en  négoce  de  librairie  ancienne 
nous  fit  renoncer  à  doubler,  pour  ce  seul  volume,  la  dépense 
convenue  pour  le  premier  lot.  Quelque  temps  après  M.  Matter, 
inspecteur  général  de  l'Université  en  retraite  et  chanoine  de 
Saint-Thomas,  appela  notre  attention  sur  un  manuscrit  de 


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IGNACE   CHAUFFOUR   ET   SES  LIVRES  5i3 

poésies  carolingiennes  qui  avait  appartenu  à  TAbbaye  de 
Murbach  et  qui  avait  disparu.  Dans  la  pensée  que  le  recueil 
entrevu  par  nous  à  Bâie  pouvait  être  celui  de  Murbach,  nous 
retournâmes  chez  le  libraire  pour  l'examiner  de  nouveau  et 
nous  en  emparer  au  prix  demandé.  Mais  le  manuscrit  était 
absent  ;  il  avait  été  envoyé  à  Leipzic  d'où  il  n'est  plus  revenu. 
Cinq  années  après,  en  1858,  nous  en  eûmes  des  nouvelles 
par  la  Gazette  d'Aug^ourg,  Ce  manuscrit  venait  d'entrer  dans 
la  bibliothèque  du  roi  de  Bavière  et  n'était  autre  que  le  re- 
cueil disparu  des  archives  de  la  corporation  des  cordonniers 
de  Colmar.  Un  peu  moins  d'hésitation  de  notre  part  Teût  pro- 
bablement ramené  au  bercail,  et  il  figurerait  au  catalogue  dont 
il  est  temps  de  dire  un  mot,  outre  le  signalement  qui  lui  est 
consacré  dans  le  bulletin  bibliographique. 

Dans  les  premiers  temps  ChaulTour  attribuait  à  sa  collec- 
tion spéciale  d'ouvrages  concernant  l'Alsace  des  livres  dans 
lesquels  cette  province  n'occupait  qu'une  place  secondaire. 
Les  critiques  et  les  observations  ne  lui  furent  pas  ménagées 
chaque  fois  qu'il  produisait  un  alsatique  de  ce  genre.  11  se 
rangea  à  l'avis  de  les  écarter  et  de  faire  une  part  rationnelle 
aux  contrées  limitrophes. 

Ce  n'est  pas  à  la  classification  de  Chauiïour  —  si  tant  est 
que  celui-ci  se  soit  tenu  aux  règles  admises —  que  s'est  con- 
formée la  rédaction  du  catalogue  de  ses  alsatiques.  Dans  sa 
préface,  le  bibliothécaire,  M.  André  Wallz,  dit  qu'il  s'est 
inspiré  de  la  manière  de  Ch.  Gérard  dont  le  catalogue,  auto- 
graphe, a  été  imprimé  par  les  soins  de  M.  le  bibliothécaire 
Coudre,  pour  la  ville  de  Mulhouse,  lorsque  celle-ci  eut  acquis, 
avec  le  concours  de  la  Société  industrielle  et  de  M.  Engel- 
DoUfus,  la  seconde  collection  que  Gérard  avait  formée.  Pour 
les  manuscrits,  M.  Waltz  et  ses  collaborateurs,  MM.  Fleurent 
et  Albrecht,  ont  fait  plus;  ils  ont  donné  la  description  minu- 
tieuse du  manuscrit,  avec  toutes  les  références  qui  s'y  rat- 
tachent. Souvent  ces  descriptions  deviennent  de  véritables 


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544  REVUE  d'alsace 

notices  d'un  grand  intérêt.  Ils  ont  fait  suivre  chaque  manus- 
crit de  l'indication  des  chapitres  ou  matières  qui  le  composent, 
chaque  carton  de  la  table  des  manuscrits  qu'il  renferme  et 
chaque  document  isolé  et  même  simple  feuille  volante  de  l'ana- 
lyse ou  indication  sommaire  du  sujet.  Ils  ont  poussé  le  scru- 
pule jusqu'à  imprimer  des  textes  et  entre  autres  une  page  de 
Chauffour  destinée  à  demeurer  inédile  lorsqu'il  l'eut  écrite. 
C'était  à  l'occasion  d'un  résumé  historique,  tracé  par  une 
plume  catholique,  concernant  «l'introduction  du  luthéra- 
nisme à  Colmar»  et  publié  par  nous^  année  1858,  p.  26  de 
la  Revue  d'Alsace^  sous  le  titre  Document  historique.  Une  note 
fait  remarquer,  p.  124  du  catalogue,  que  la  lettre  de  Chauf- 
four n'a  point  paru  dans  la  Bévue  d'Alsace,  qu'elle  est  peut- 
être  demeurée  à  l'état  de  projet,  raison  suffisante  pour  jus- 
tifier sa  publication  dans  le  catalogue. 

La  lettre  de  Chauffour  nous  fut  remise  en  son  temps.  Nous 
fîmes  observer  à  l'auteur  que,  sans  casser  trop  de  sucre  sur 
le  dos  de  Pierre  et  de  Paul,  sa  proposition  de  ranger  le  dit 
résumé  parmi  les  Curiosa  était  une  pure  fantaisie  ;  qu'en 
thèse  générale  un  écrit  plus  ou  moins  ancien,  plus  ou  moins 
authentique,  devait  au  point  de  vue  bibliographique  être 
classé  parmi  les  documents  historiques  au  même  titre  que 
les  pièces  émanant  d'autorités  officielles.  Chauffour  comprit 
qu'il  convenait  de  laisser  sa  lettre  dans  l'ombre  du  cabi- 
net^ comme  pierre  d'attente  pour  l'histoire  pittoresque  des 
convertisseurs  et  des  convertis  que  nous  l'engagions  4  écrire 
pour  la  Bévue.  —  Loin  de  trouver  la  publication  déplacée 
dans  le  catalogue,  nous  disons  qu'elle  devait  y  avoir  accès 
parce  qu'elle  caractérise  un  des  petits  côtés  de  notre  vie 
littéraire  d'autrefois. 

Tel  qu'il  se  présente,  le  volume  qui  met  en  lumière  la  pre- 
mière partie  de  la  bibliothèque  et  des  archives  d'Ignace 
Chauffour  n'est  pas  seulement  un  catalogue  de  son  trésor 
littéraire;  c'est  de  plus  une  ébauche  laborieuse  de  diverses 


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IGNACE  CHAUFFOUR  ET  SES   LIVRES  545 

faces  de  noire  histoire  locale,  ébauche  qui  sera  lue  sans 
ennui  par  la  raison  que  dans  chaque  page  on  rencontre  des 
éléments  propres  à  piquer  constamment  la  curiosité. 

Au  véritable  labeur  de  lecture  et  d'analyse  on  a  voulu 
joindre  le  tableau  généalogique  d'une  très  honorable  Tamillc 
alsacienne,  aujourd'hui  éteinte,  et  dont  Ignace  Chauiïour  fut 
un  des  derniers  représentants  distingués.  Il  n'est  pas  douleux 
que  la  municipalité  de  Colmar  et  son  laborieux  bibliothécaire 
voudront  achever  le  monument  élevé  à  sa  mémoire  et  dont 
nous  possédons  aujourd'hui  la  première  assise.  La  Ea^ue 
d'Alsace  s'associe  bien  sincèrement  à  la  pensée  qui  a  inspiré 
l'œuvre  et  présente  ses  félicitations  à  ceux  qui  vouent  leur 
concours  à  son  accomplissement. 

Quant  à  l'exécution  matérielle,  nous  aurions  aimé  que  les 
analyses  fussent  imprimées  en  caractères  autres  que  celui 
utilisé  pour  la  transcription  des  titres,  de  manière  qu'à  pre- 
mière vue  l'on  fût  fixé  sur  ce  qui  appartient  à  la  rédaction 
proprement  dite.  De  plus  il  y  a  dans  les  caractères  courants 
rinlrusion  d'un  double  s  gothique  dont  le  besoin  xylogra- 
phique ne  se  faisait  nullement  sentir.  Loin  d'être  un  pas  en 
avant,  cette  intrusion  est  un  retour  en  arrière,  qui  cjioque  à 
chaque  instant  l'œil  peu  habitué  à  celte  sorte  de  perfection- 
nements ;  petite  querelle  d'Allemand,  dira-t-on,  avant  de  re- 
marquer qu'elle  s'adresse,  non  aux  auteurs  du  catalogue, 
mais  au  fondeur. 

J.  LlBLlN. 


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POÉSIES  DE  CH.  BŒSE 

en  Dialecte  alsacien 


Epistel  an  de  Frind  Fritz  Pilon, 

zuer  Erinnerung  an  sine  Todesdaa,  12.  Juli  1871,  gschriwe  im  Mai  1868. 

Publixiert  1879. 

Na,  endli  denn  un  endli  bin  i  zum  Schriwe  kumme  ! 

De  hesch  gar  wohl  gemeint  i  will  total  verstumme? 

Do  simmer  noch  nit  dran  :  's  fehlt  nur  an  Zit  un  Wil  : 

Am  Meiste  hebl's  an  nix  als  an  der  erste  Zil. 

Il  vaut  mieux  tard  que  jamais  !  mit  dena  duel  mer  sicli  truste  ; 

Doch  uf  der  Stell  an's  Werck  îsch  noch  am  allerbeste. 

So  kumm  i  hinte  noch,  grad  wie  d'alt  Fasenacht. 

1  weiss  wohl  's  isch  nit  poli,  nit  hôffli  un  nit  gsoblacht. 

Un  der  fatal  retar  duet  mi  gewalti  kejje. 

Doch  duen  jo  d'guete  Frind  enander  gern  verzeje. 

Dictum  /...  un  so  het  d'Vorred  mit  denne  Wort  en  End. 

Druf  nimm  i,  absolviert,  din  Schriwes  froh  in  d'Hând, 

Um  mi  hit  noch  emol  recht  dran  ze  regaliere  : 


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INTERPRÉTATION  FRANÇAISE 

(Suite*.) 


Épitre  à  l*ami  Frédéric  Pilon, 

En  mémoire  de  sa  mort,  le  12  juillet  1871,  écrit  en  mai  1868. 

Imprimëe  en  1879. 

Enûn  donc,  mais  enfin  je  me  mets  à  l'écrire  ! 
Devient-il  donc  muet?  Devais-tu  bien  te  dire. 
Non  I  je  n'en  suis  pas  là.  Le  temps  et  le  loisir 
Seuls  manquent,  ou  plutôt  le  tout  est  d'en  venir, 
Car  c'est  le  grand  obstacle,  à  la  première  ligne. 
Mieux  vaut  tard  que  jamais.  Il  faut  qu'on  se  résigne 
A  me  voir  arriver  comme  Ancien  Carnaval  ' 
Chez  nos  bons  paysans.  Oh  !  ce  retard  fatal, 
Je  le  sais  bien,  n'est  pas  poli  ni  convenable  ; 
Mais  je  m'en  repens  fort  :  il  est  donc  pardonnable. 
Diclum .'...  Et  ma  préface  ayant  ainsi  pris  fin, 
Absous  et  gai  je  prends  ton  écrit  dans  ma  main. 
Car  il  faut  qu'en  ce  jour  encor  je  m'en  régale. 
Et,  vrai  !  sans  te  flatter,  ta  lettre  est  magistrale^ 
Les  vers  sont  bons,  remplis  d'humour,  de  sentiment. 
D'esprit,  cœur,  vérité.  Tout,  tout  y  est  charmant  ! 

^  Lo  premier  dimanche  de  carême,  aussi  nomme  KUechelêunda  ou  dimanche 
ies  beignets. 


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548  REVUE  d'alsace 

De  hesch  di  hôre  lon^  un,  ohne  ze  flaltiere, 

D'Vers  sin  ganz  brav  gemach?,  gemùethli,  mit  Humor, 

MU  Kopf  un  Herz  derzue  1  s*isch  ailes  schdn  un  wohr. 

Drum  due  i  au,  vun  Her?e,  for  d'Frindschafl  Mersi  saue  ; 

(Hàlts  frûejer  solle  duen,  glich  in  den  erste  Daue). 

I  wâr  viellicht  au  nit  so  lang  erum  gedruckt 

Wâr  unser  Christian  ehnter  in  Blida  ingeruckt. 

Do  het  er  awer  z'ersch  in  d'Kabylie  mûen  bese, 

IJn's  Buech  vom  Zimmermann,  d'Gschicht  vun  der  Menschheit,  lèse. 

£r  isch  zum  Gluck  noch  ganz,  un  blùejt  grad  wie  e  Ros, 

Un  vvie  e  junger  Hirsch  lauft  er  alsfurt  druf  los, 

Ufs  Fort'Napoléon  gar  ;  kann  nit  genue  verzâhle 

Wie  d'Kabylie  so  schôn,  un  dass  drin  nix  duet  fehle. 

's  isch  d'  afrikanisch  Schwitz,  voll  Dôrfer,  Hof  un  Hus. 

D'Kabyle  zeje  sich  so  zimli  noch  erus  : 

Sie  schafTe  gern  im  Feld,  grad  so  wie  unsri  Bure, 

D'Ardwer  sin  ze  fui,  un  von  Natur  sin's  Lure. 

lehr  grâsslichs  Elend  durt  jetz  schun  e  ganz  Halbjohr. 

Was  d'Zitunge  hen  gschriwe  isch  leider  nur  ze  wohr. 

Vom  Stehle,  Mord  un  Todschla,  sogar  vom  Menschefre-sse 

Kammer  noch  aile  Da  in  de  Schurnale  lèse. 

Doch  hen  sie  mich,  gotilob  !  noch  niemol  angepackt 

Odder  min  zartes  Fleisch  zue  Kuttlette  verhackt. 

Der  Vetter  Christian  au,  mit  sine  rothe  Backe 

Spatziert  ini  Land  umher,  als  wâr  er  uffem  Wacke. 

Uf  d'Ostre  het  er  mir  sin  Staatsvisit  gemachl, 

Do  hemmer  widder  eins  gebabbelt  un  gelacht. 

Speck  un  Surkrut  vum  Frick  isch  gsin  der  Osterbrode. 

Derzue  Medeawin,  vum  wisse  un  vum  rothe. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  549 

Aussi^  c'est  de  bon  cœur,  qu*ami,  je  t'en  rends  grâce, 

Bien  tard  !  Car  il  faudrait,  ma  foi  I  qu'on  satisfasse 

A  de  pareils  devoirs,  sans  retards  ni  délais 

Dès  les  tout  premiers  jours.  Peut-être  je  n'aurais 

Pas  autant  lanterné.  Mais,  vois-tu,  c'est  la  faute 

De  Christian  qui  n'est  arrivé,  ce  cher  hôte 

A  Blida  que  si  tard.  Il  parcourut  avant 

La  Kabylie  et  lut  encore  le  savant 

Livre  de  Zimmermann,  son  histoire  de  l'homme. 

Il  va  bien,  par  bonheur,  et  brille,  ma  foi  !  comme 

Une  rose  fleurie^  et  court  aussi  léger 

Qu'un  cerf  dans  la  forêt.  Il  s'en  fut  voyager 

Au  Fort  Napoléon  et  ne  peut  assez  dire 

Combien  la  Kabylie  est  digne  qu'on  l'admire. 

C'est  la  Suisse  africaine,  on  y  voit  à  foison 

Maint  hameau,  mainte  ferme  avec  mainte  maison. 

Ils  ne  sont  encore  trop  arriérés,  les  Kabyles  : 

A  cultiver  les  champs  ils  sont  assez  habiles^ 

Comme  nos  paysans.  L'Arabe  paresseux 

Ne  veut  pas  travailler.  Il  aime  beaucoup  mieux 

Examiner  ce  qui  se  passe.  L'effroyable 

Misère,  qui  le  tient  depuis  six  mois,  l'accable 

Encore,  et  les  journaux,  hélas  !  ne  mentent  pas 

En  racontant  des  vols  et  des  assassinats, 

Même  jusqu'à  d'affreux  exploits  d'anthropophages. 

Grâce  à  Dieu  je  n'ai  point  encore  subi  d'outrages, 

lis  n'ont  pas  dépecé  ma  bonne  et  tendre  chair 

En  côtelettes,  non  I  Cousin  Christian,  fier 

De  sa  bonne  figure  et  de  ses  rouges  joues 

S'en  va  par  le  pays  tout  comme  par  les  boucs 

Du  Wacken  ^.  Il  s'en  vint  à  Pâques  et  me  fit 

Sa  grande  visite  où  l'on  babilla^  l'on  rit. 

En  guise  de  rôti  de  Pâques,  nous  mangeâmes 

Lard  et  choucroute  de  chez  Frick  *,  et  nous  vidâmes 


^  Waoken,  île  du  Rhin  faisant  partie  de  la  banliene  de  Strasbourg. 
"  Frick,  nom  d'un  charcutier  de  Strasbourg. 


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550  REVUE  d'alsace 

Zuem  Dessâr  Kuejelhopf.  Uf  d'Frind  d'heim,  lieb  un  vverîh 

Hamnier  in  aller  Ehr  en  ExtraQasch  geleert. 

Mer  hen  hait  ûwerhaupt  e  lange^  nasse  Winler. 

Der  Atlas  lejt  voll  Schuee.  Jelz  awer  wurd's  gelindcr  ; 

Es  isch  au  nimm  ze  frûej.  Min  Vorroth  het  en  End  : 

1  ha  so  fufzeh  Zentner  Oliveholz  verbrennt. 

Wenn  awer  der  nass  Winter  nit  wâr  noch  Afrik  kumme 

Ze  hâtt  dVross  Hungersnoth  gewalli  zuegenumme. 

*s  steht  ailes  wunderschôn,  d'Colons  sin  noch  guet  bstellt, 

Un  den  Arawere  fehif  s  nit  an  Hilf  un  Geld. 

A  m  End  vom  Monet  gehl  der  Christian  wider  heime, 

Do  kriejen  er  verzuhlt  dass  er  vôr  luter  Bâûme, 

Min  sechs,  de  Wald  nimm  g'sehn,  denn  for  dis  Weh  un  Ach 

Vum  arme  Voik  ze  schriwe,  isch  d'Fedder  viel  ze  schwach  ! 

Was  haw  i  in  dem  Land  nit  ailes  mûen  erlewe  ! 

Heuschrecke,  Hungersnoth,  Hitz,  Choiera,  Erdbewe, 

Manchmol  au  grosse  Durst,  Sirocco^  schofli  Kost; 

Doch  bin  i  gsund  derbi,  dis  isch  als  noch  min  Trost  ! 

lehr  ûwrem  Bâche!  hen,  grad  so  wie  mier  dohiwe 

Gewiss  au  euer  Theil,  un  kriéje's  guet  geriwe  : 

Maikufer,  Mildau^  Mis^  Steinkâlte^  tiefer  Schnee, 

Oft  Wassernolh  unBrând,  Thirung,  un  sunsch  noch  meh. 

Do  lebt  mer  mit  der  Hofnung  :  nur  wurd  mer  aît  derbi 

Un  trutz  aile  zeh  Plôue  ruef  i  :  Wiv'  d'Al  Schérie  ! 

Es  wurd  mer  nieme  viel  dis  AfTeland  vergunne, 

Denn  ziter  sechzeh  Johr  haw  is  recht  lieb  gewunne. 

Wohl  haw  i  nieme  meh,  hab  weder  Frau  noch  Kind, 

Doch  zàhl  i  hie  wie  d'heime  noch  manche  ffuete  Frind. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  551 

Flacons  de  rouge  et  blanc  de  notre  Médéa  ; 

Koiigelhopf  au  dessert  et  bouteille  d'extra 

Qu'en  tout  bien  tout  honneur  à  nos  amis  nous  bûmes, 

Aux  bien  chers  de  chez  nous.  Songez  donc  que  nous  eûmes 

Un  long  et  froid  hiver.  L'Atlas  fut  enterré 

Sous  la  neige.  Pourtant  il  fait  plus  tempéré 

Maintenant.  C'est  assez  longtemps  que  cela  dure, 

Car  ma  provision  est  au  bout.  La  froiaure 

M'a  fait  brûler  jusqu'à  quinze  quintaux  de  bois 

D'olivier.  Si  Ton  n'eut  eu  par  ici  ces  mois 

Humides,  Ton  aurait  vu  plus  grande  famine 

Encore.  Maintenant  tout  a  bien  bonne  mine  : 

De  vivres  les  colons  ont  leur  bon  contingent, 

Et  les  Arabes  ont  des  secours,  do  l'argent. 

A  la  fin  de  ce  mois  Christian  se  dispose 

A  retourner  chez  vous,  raconter  mainte  chose, 

Et  les  arbres,  ma  foi,  ne  vous  permettront  pas 

De  bien  voir  la  forêt.  Les  plaintes,  les  hélas 

De  ce  peuple  éprouvé,  le  mal  qui  le  consume   . 

Sont  tels  que  pour  les  dire  on  ne  trouve  de  plume 

Assez  forte.  Ah  !  que  j'ai  déjà  vu  de  malheurs 

En  mon  séjour  ici  :  sauterelles,  chaleurs, 

Famine,  choléra,  des  tremblements  de  terre  *, 

Sirocco,  grande  soif,  mauvaise  table,  affaire 

Dont  je  prends  mon  parti,  vu  ma  bonne  santé. 

Vous  autres,  au  delà  de  la  grande  rivière  ' 

Avez  bien  votre  part,  et  la  calamité 

Ne  manque  pas  chez  vous  :  froids  à  fendre  la  pierre, 

Nielle  gâtant  les  fruits,  hannetons  et  cherté. 

Les  inondations,  les  souris,  et  la  neige 

Profonde,  et  l'incendie,  et  tout  un  long  cortège 

De  maux.  On  est  réduit  à  vivre  de  l'espoir  : 

Mais  il  vous  fait  vieillir,  et  quoiqu'il  faille  y  voir 

Dix  fléaux  je  m'écrie  :  Eh  I  vive  l'Algérie  ! 

1  La  ville  de  Blida  fat  plusieurs  fois  ravagée  par  des  tremblements  de  terre 

2  La  Mëditerranëe. 


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552  REVUE  d' ALSACE 

So  lew  i  do  zefride  ;  bis  dato  geht's  mer  guet, 

Ha  zue  der  Pedagogik  noch  dajli  frische  Mueth 

Dozier  latinisch^  griejisch  in  Afrika.  Jo  wayer, 

De  hesch  mers  ingeblôût.  Professer  Lachemayer, 

De  hesch  mers  ingepôukt,  du  liewer,  braver  Mann, 

Dass  i  noch  zue  der  Stund  min  Werck  vollbringe  kann  ! 

Was  *s  best  isch  :  aile  Johr  noch  langem,  surem  Schanze 

Begrûess  i  gar  ze  gern  die  klassische  Yakanze. 

I  weiss  nit  wo  dismol  d'Vakanzreiss  bien  wurd  gehn. 

Uf  jede  Fall,  min  Frind,  leb  wohl  !  Uf  Widdersehn  ! 

Potz  Blitz  !  Diss  wâr  jetz  nett  !  I  derf  nix  ûwerhupfe, 

M uess  noch  emol  min  Fedder  ins  Tintefâssel  dupfe. 

«  Mersi  fûrs  Panorama*  von  unsrer  Vaterstadt  I  » 

Diss  isch  e  Meisterstûck  so  zierli  un  akkrat. 

Mer  het  dich  an  dem  Werck  mit  aller  Lust  un  Freud  e 

An  jedem  Dunderschda  sehn  langi  Johr  arweite, 

Wie  de  din  Speckpertif  gericht  noch  Sud  un  Nord 

Noch  Oste  un  noch  Weste,  noch  viele  hundert  Ort  I 

Manch  mol,  wenn's  heiss  isch  gsin,  het  als  der  Mûnsterwâchter 

E  Krûejel  Bier  gelangt  ;  gerutscht  isch's  ohne  Trâchter. 

's  isch  ailes  nett  gezeicht,  von  Anfang  bis  zuem  End. 

I  wor's  in  Elire  halte  din  frindschaftiich  Présent  : 

De  hesch  sogar  d'  Legend  mit  eijner  Hand  druf  gschriwe  ! 

Es  wurd  mer  als  ganz  heimli  in  Afrika  do  hiwe, 

Kann  Stunde  lang  dervor  mit  Freude  bliwe  stehn, 

In  Geist  von  Gass  zue  Gass  drinne  spaziere  gehn. 

's  isch  ailes  angezeijt,  Stsedt,  Dôrfer  un  Landstrosse, 

Der  Schneeberri  un's  Kronthel,  Barr,  Owernâ  un  Rose, 


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POÉSIES  ALSACIENNES  553 

Aucun,  je  crois,  ne  songe  à  me  porter  envie 

Pour  ce  trop  chaud  pays  des  singes,  car  j'y  suis 

Déjà  seize  ans^  il  m*est  devenu  cher  depuis 

Tout  ce  temps.  Il  est  vrai  que  je  n'ai  plus  personne^ 

Point  de  femme^  d'enfant.  Mais  chez  nous,  comme  ici 

Je  compte  maint  ami  qui  bien  m'affectionne. 

Je  vis  donc  très  content  et  très  heureux  aussi. 

Joignant  un  bon  courage  à  la  Pédagogie. 

J'enseigne  le  latin,  le  grec  en  Algérie. 

Monsieur  Lachenmeyer,  brave  homme,  s'il  en  fut. 

Et  mon  vieux  professeur  dans  mon  esprit  le  sut 

Faire  entrer  par  les  coups^  de  sorte  qu'à  cette  heure 

J'accomplis  mon  ouvrage  et  de  supérieure 

Façon.  Oui  je  remplis  un  lourd  et  long  devoir, 

Mais  aime  voir  venir  la  classique  vacance, 

Où  me  rendrai-je  alors  ?  je  ne  le  sais  d'avance. 

En  tout  cas,  cher  ami,  pour  bientôt  î  A  revoir  1 

Ah  !  j'allais  l'oublier  !  Ce  serait  beau  I  Tonnerre  î 
Je  retrempe  ma  plume  en  l'encre  et  veux  te  faire 
Pour  ton  panorama  *  mon  beau  remercîment  : 
C'est  un  chef-d'œuvre.  Tout  y  est  soigné,  charmant  ! 
Bien  des  ans,  les  jeudis,  à  cette  œuvre  si  belle 
On  te  vit  travailler  avec  amour  et  zèle. 
Ta  lunette  visait  cent  et  quelques  endroits 
Au  Sud,  au  Nord,  à  l'Est,  à  l'Ouest.  Bien  des  fois 
Par  les  fortes  chaleurs  le  veilleur  de  la  flèche 
Te  passait,  cher  ami,  de  la  bière  bien  fraîche 
Que,  sans  nul  entonnoir,  tu  faisais  promptement 
Passer  par  ton  gosier.  De  son  commencement 
Jusqu'à  la  fin  tu  fis  un  dessin  admirable. 
A  ce  beau  don  d'ami  je  veux  faire  honorable 
Accueil,  car  la  légende  est  toute  de  ta  main. 


'Quand  le  traducteur  a  visité  Bœsé  en  avril  18S1,  après  le  congrès  d^ Alger,  il 
le  trouva  chez  lui,  alite  de  sa  dernière  maladie,  mais  toujours  joyeux  et  jovial. 
Le  dit  panorama  se  trouvait  au-dessus  de  son  lit. 


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554  REVCJE  d'alsace 

Der  Mânnelstein^  d'Uedilli,  Girbaden  un  Hohbarr^ 

Der  Nussbaum  von  Hohatzne^  un  d'Zawrer  Staj  sogar, 

Un  noch  viel  Berj  un  Schiôsser  :  hesch  werli  nix  vergesse. 

Im  Schwarzwald  un  im  Wasgau^  's  isch  ailes  guet  gemesse. 

D'Umgejed  vun  der  Stadt  isch  kolossal  usgfûert, 

's  ischy  ohne  ze  flattiere  grad  wie  photographiert  ! 

I  mach  der's  KumpUment.  *s  Werck  duet  de  Meister  lowe  ! 

Der  steht  ganz  prozzerlî  uf  sinVe  Plattform  drowe 

Hemdârmli,  dTfiff  im  Gsîcht,  un  mit  der  Dâchelskapp  ! 

E!  Milor  un  e  Lâdi  spatzieren  uf  und  ab^ 

Gehn  im  e  Wachter  noch  for's  Uhrwerk  anzeschaue, 

Wie  der  muess  repetieren  un  alli  Viertel  schlaue, 

Denn  d'Bloser  uf  em  Munster  sin  jo  schun  lang  verschwunde  ! 

Doch  gitt's  alsfurt  noch  Bloser  die  blose  ganzi  Stunde 

Im  Bierhus,  wenn*s  guet  isch  un  classisch  allefals 

Nit  mit  !  o  nein,  nein  ohne  gebrôut  us  Hopf  un  Mais. 

En  anderer  betracht  die  schwarze  Geweldâcher. 

D'Kaminer,  d'Storkenester,  d*altfrânkische  Dalôcher, 

Un  noch  en  Anderer  guckt  in  den  Abgrund  na 

Wie  drunten  ailes  wusselt,  wie  d*Ameise,  mafwa  ! 

Luej  do,  dernewe  steht  e  gar  scharmantes  Frâtzel, 

E  Kocherschberjer  Maidel,  en  allerliebi^tes  Schâtzel, 

Mer  kônnt*s  nit  nelter  mole,  es  isch  vum  guete  Sloff. 

Dem  mâche  do^  wie  bilii,  zwei  Kanonier  de  Hof. 

—  Bisch  noch  nit  ferli  bal  mit  dene  Rimereje  ? 

—  Wursch  denke,  liewer  Frind,  de  muesch  mer  hait  verzeje  : 
En  andermol  word  awer  e  netti  Gschicht  serwiert, 

Die  uf  em  Mennelstein  im  Christian  isch  passiert. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  553 

De  la  lointaine  Afrique,  oh  !  je  me  crois  soudain 

Retransporté  chez  moi.  Je  me  sens,  à  la  vue 

Du  tableau,  tout  joyeux.  J'y  vais  de  rue  en  rue. 

Mainte  heure  en  mon  esprit  j'y  vais  me  promener. 

Villages,  grands  chemins,  tu  sus  tout  dessiner 

Là  dessus  :  le  Schneeberg,  le  Kronthal,  Sainte-Odile, 

Guîrbaden,  Mennelstein,  Hohbarr  et  mainte  ville 

De  notre  beau  pays  :  Barr,  Obernai,  Rosheim, 

Montagnes  et  châteaux  ;  près  de  Hohatzenheim 

Ce  noyer  ;  de  Saverne  on  y  voit  la  montée. 

Toute  distance  y  est  avec  soin  arpentée 

Jusqu'à  la  Forèt-Noire  et  les  Vosges.  Vraiment 

L'alentour  de  la  ville  est  colossalement 

Bien  rendu,  sans  flatter  I  Comme  en  photographie. 

Je  t'en  fais  compliment.  Ton  œuvre  glorifie 

Son  auteur.  Pipe  en  bouche  et  bras  nus  on  le  voit 

Casquette  sur  le  front  qui  se  tient  fier  et  droit 

Dessus  la  plateforme.  A  côté  se  promène 

Un  lord  et  sa  lady  que  le  sonneur  emmène 

Pour  voir  sonner  les  quarts  ou  bien  pour  répéter. 

Si  l'on  ne  sonne  plus  on  voit  encore  flûter 

Un  brun  liquide  que  l'on  brasse,  sans  vergogne 

Avec?...  oh  I  ma  foi,  non  I  mai^  sans  malt  ni  houblons. 

Tel  regarde  les  toits  pointus,  les  noirs  pignons. 

Cette  antique  lucarne^  un  grand  nid  de  cigogne. 

Tel  autre  plonge  dans  cet  abime  profond 

Où,  comme  des  fourmis  les  hommes  viennent,  vont. 

Tiens,  tiens  !  Tout  près  de  lui,  charmante,  se  pavane 

Fille  du  Kochersberg,  la  jeune  paysanne. 

Plus  belle  on  ne  pourrait  la  peindre  et  (ça  s'entend) 

Deux  canonniers  lui  font  la  cour  assidûment  ! 

—  Eh  !  pour  quand  donc  la  fin  de  tes  rimes  bouffonnes  ? 

—  Cher  ami,  je  t'en  prie  I  II  faut  que  tu  pardonnes  ! 
Au  Mennelstein,  sous  peu,  je  te  dirai  comment 
Notre  bon  Christian  eut  presqu'un  accident. 


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556  REVUE  d'alsace 

Der  Fritz  Piton  isch  tod,  doch  isch  sin  Werck  gebliwe, 
Wo  er  so  Ireu  un  ehrli  sin  Vaterstadt  het  bschriwe, 
Un  leider,  's  Panorama  trat  jelz  e  schwarzi  Flor  ! 
Hângt  ain  roim  Bett,  so  truri  !  I  mein  es  isch  nit  wohr  ! 
Infandum,  regina  jubés  renovare  dolorem  ! 


Epistel  os  Airika. 

an  de  Frind  Christian  an  noch  anderi  Frind. 

0.  Weh  !  du  armer  Schelm  I  hàtsch  bal  e  Bein  gebroche  ? 

Diss  ^'âr  e  bissel  hart  for  dini  junge  Knoche, 

Uf  diner  letzte  Reis,  hoch  uf  em  Mennelstein, 

's  isch  mer  nit  besser  wore,  *s  isch  mer  durch  Mark  un  Bein, 

Wo  ich  die  Hiobspost  vun  Genf  us  hab  erfahre. 

cDer  Cussâng  Brueder»  dort  hait  mi  wohl  for  e  Narre, 

e:Er  isch  in  Strossburj  gsin,  do  gitt's  neus^  aile  Da.  » 

Er  macht  noch  gern  e  Gspâssel,  er  isch  vom  guete  Schla, 

Dort  vum  verbrennte  Hoff,  e  gueter  Sleckelburjer. 

Het's  Herz  am  rechte  Platz,  un  isch  ken  Litverwurjer. 

Er  isch  als  (îoldschmidtsjung  vun  d'heirae  furt  trawâttelt, 

Het  allewil  brav  gschafft,  un  het  ebs  zsammespâttelt  ; 

Er  het  im  Kesselgâssel  bim  (nBurand:»  's  Gschâft  gelehrt 

Un  lebt  schun  lang  in  Genf,  als  frejer  Mann  ungstôrt. 

Wie  ich  so  simmelier  un  mier  Gedanke  mach 

Un  wie  ich  denck  :  «Am  End  isch  doch  ebs  bi  der  Sach  !  y> 

Ze  kummt  din  liewer  Brief,  der  duet  mich  informiere 

Dass  d'noch  nit  gsunne  bisch  ad  patres  ze  spaziere. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  557 

Il  est  mort,  Fritz  Piton,  mais  son  œuvre  nous  reste, 

Cette  description  qu'en  fils  tendre  et  modeste 

Il  nous  fit  de  Strasbourg.  Près  de  mon  lit  pQndu, 

Son  beau  Panorama  de  crêpe  noir  tendu 

Me  rappelle  ce  deuil.  Bien  tristement  je  songe 

Et  voudrais  croire  que  sa  mort  n'est  qu'un  mensonge  I 

Infaiidum^  regina  jubés  renovare  dolorem! 


Épltre  d'Afriqoe* 

A  l'ami  Christian  et  &  d'antres  encore. 

Tu  faillis  te  casser  la  jambe,  pauvre  diable, 
(Pour  de  si  jeunes  os  c'eut  été  lamentable), 
A  ton  dernier  voyage  au  haut  du  Mennelstein  ! 
Je  fus  bien  effrayé  quand  ce  coup  du  destin, 
Vrai  message  de  Job,  me  surprit  à  Genève 
Chez  un  de  nos  amis  :  c  Oh  bien  !  faites  donc  trêve 
<i[A  la  plaisanterie.  En  allant  à  Strasbourg 
«  Vous  apprenez  du  neuf,  mais  vous  aimez  toujours 
oc  Le  mot  pour  rire  !  :»  Car  il  est  de  bonne  race, 
Un  vrai  bourgeois  à  canne,  ayant  en  bonne  place 
Un  bon  cœur  ;  n'aimant  pas  étrangler  son  prochain. 
Comme  orfèvre -apprenti  l'on  le  vit  un  matin 
Partir  et  puis  gagner  son  bien,  loque  par  loque. 
Ruelle  du  chaudron,  chez  Burand,  à  l'époque 
Il  apprit  son  métier,  mais  il  est  maintenant 
A  Genève,  homme  libre  et  bien  indépendant. 
J'étais  à  m'absorber,  à  penser,  à  me  mettre 
Martel  en  tète,  quand  subitement  ta  lettre 
Arrive  m'informer  que  tu  n'étais  pas  prêt 
A  partir  ad  patres.  Grâce  à  Dieu  ce  n'était 
Qu'un  petit  accident,  dont  tu  sus,  grand  touriste 


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558  REVUE   d' ALSACE 

De  biscli  nocli  glûckli  kumme,  Gottlob,  vun  der  Par  ad. 

For  unsre  Welttourist  wâr's  werli  Dunderschad 

Der  d*halb  Welt  bel  bereisst,  bi  Hitz,  bi  Frosl,  wenn's  vvetterl, 

Der  uf  de  Pyramide  wie  Bux  erumgekletlert, 

(Wîe's  uQser  Fritz  Piton  so  nelt  in  Vers  verzâhlt) 

Un  lacbt  wie  sich  ze  Laghouath  vor  Hitz  din  Nas  het  gschâU^ 

Der  sich  net  muxl  wenn  d'Zung  ustrûckelt  wie  e  Scherwe  ! 

Druf  sasch  du,  aller  Spatz,  's  Unkrut  duet  nit  verderwe. 

De  bisch  viel  ze  modest.  Pardon  !  Excuse  !  I  wett 

De  hesch  e  Schâtzel  d'heim,  wo  brQnsti  for  di  bett, 

Dass  di  der  Himmel  schûtzt  vor  Schlangen  un  vor  Lôwe, 

Vor  allem  Herzeleid,  vor  Schiffbruch  un  Erdbewe. 

Uf  die  Gfohr  kannsch  noch  ]ang  jeds  Johr  noch  Blida  gehn. 

De  Borer,  De  Caspari  bring  mit.  Uf  s  Widersehn  ! 

E  Gspâssel  wohlgemeint,  grad  wie  e  Kuss  in  Ehre 

Wie's  steht  imVetter  Daniel,  kann  nieme  eim  verwehre 

Der  Christian  wurd  nit  bôs,  i  ha  sin  Permission. 

Er  schribt  e  Not  derzue  for  d'Ëxplicazion. 

Der  Christian  isch  e  Mann^  erfahre  un  belese^ 

Ganz  burjerli,  modest,  un  macht  ken  grosses  Wese. 

Er  het  viel  Schuschemang,  derzue  e  Leidsgedâchtniss, 

Isch  Meister  im  Verzâhle,  's  isch  sicher  un  gewiss. 

Er  kummt  schun  achtzeh  Johr  noch  Afrik,  wie  d'Zugvôuel, 

In  siner  Tûrkekapp,  un  d'Schueh  versehn  mit  Nâjel, 

Dass  er  recht  laufe  kann  frisch  ûwer  Berj  un  Thaï 

Spaziere  gehn,  un  lèse  !  Diss  isch  sin  grôst  Régal. 

Er  het  in  Fliss  un  Ehr  d'HandIung  gelehrt  bim  Pfahler, 

Het  sini  Bùecher  gfùert  ohne  Reprosch  un  Fehler 


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POÉSIES  ALSACIENNES  559 

Te  tirer  sain  et  sauf.  C'aurait  été  fort  triste 

De  te  voir  mourir  là,  toi  qui,  par  froid,  par  chaud, 

Parcourus  la  moitié  du  globe^  et  vins  au  haut 

Des  pyramides  (comme  ami  Piton  sut  dire 

Si  bien  l'histoire  en  vers),  toi,  qui  ne  fis  que  rire 

Voyant  à  Laghouat  ton  nez  changer  de  peau. 

Ta  langue  dessécher  et,  pauvre  vieux  moineau. 

Dis  encore  :  «Mauvaise  herbe  échappe  au  sort  funeste  I  )» 

Pardon  !  mon  cher  ami  !  c'est  être  trop  modeste  ! 

A  Strasbourg  aurais-tu  quelqu'amante  priant 

Dieu  de  te  préserver  de  lion,  de  serpent, 

De  chagrin,  de  naufrage  et  tremblement  de  terre  ? 

En  ce  cas  tu  pourras  chaque  an  de  nouveau  faire 

Ton  voyage  à  Blida.  Borer  et  Caspari 

T'accompagneront  bien  !  Au  revoir,  mon  ami  ! 

Ne  vous  offusquez  pas  de  ma  plaisanterie. 

<E  Cousin  Daniel  '  ]»  dit  qu'il  faut  bien  que  l'on  rie, 

Sans  y  mettre  malice,  en  tout  bien,  tout  honneur, 

Ck)mme  quand  on  s'embrasse.  Il  n'est  du  tout  rageur 

Notre  ami  Christian  et  veut  tout  me  permettre. 

Pour  qu'on  comprenne  mieux  il  veut  encore  mettre 

Pour  l'explication  deux  ou  trois  petits  mots. 

Car  notre  ami  n'est  pas  du  grand  nombre  des  sots. 

Il  a  de  la  lecture  et  de  l'expérience. 

Très  modeste  et  bourgeois,  sans  nulle  suffisance. 

Il  a  de  la  mémoire,  un  très  bon  jugement 

Et  dans  l'art  de  conter  est  maître  assurément. 

Depuis  ses  dix -huit  ans,  en  oiseau  de  passage 

Sur  l'Afrique  il  s'abat,  muni  pour  son  voyage 

D'un  fez,  de  gros  souliers.  Il  va  par  mont,  par  val 

Lire  et  se  promener  ;  c'est  son  plus  gros  régal. 

C'est  chez  Pfaehler  qu'avec  honneur  et  diligence 


^  Ëkrenfrîed  Stœber  publiait  ses  œuvres  en  langue  allemande  ou  française  sous 
son  vrai  nom.  Four  ses  écrits  alsaciens  il  les  publiait  sous  le  pseudonyme  de 
Vetter  Daniel  (cousin  Daniel.) 


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560  REVUE  d'alsack 

In  sine  freje  Stunde  isch  nix  gsin  als  Leklur 

Vum  Musenalmanach,  Gschicht  un  Litteratur. 

Sin  aller  erscht  Woyasch  isch  d'Gsangbuechreiss  gewese  : 

Do  het  er  mûen  ufs  Land  zue  aile  Pfarrer  bese. 

Uf  Mundelse,  Husberje,  Bruemt,  Geuderthen  un  tlôrdt, 

Bischwiller,  Owerhoffe,  uf  Niederbrunn  un  Wœrth 

Uf  Ittne,  Fûrne,  Thrâne,  Westhoffe,  Wange,  Wassle, 

Het  mer  ne  sehn  per  pedes  apostolorum  jassle  ; 

Noch  Sulz  un  Wisseburç,  noch  Heljestein  un  Barr 

Noch  Blase,  Dorlse,  un  noch  em  Steinthal  gar. 

Do  isch  em  d'Reisslust  kumme  uf  denne  viele  Dure^ 

Er  het  sich  schicke  kônne  bi  Herre  wie  bi  Bure, 

Hetf s  Gschâftel  guet  gemacht  im  Elsass,  witt  un  breit, 

Un  mit  sim  Wohlbenemme  allwàrls  Ehr  ingelajt. 

DruiT  isch  er  avansiert,  un  spâterhin  isch's  kumme 

Dass  ne  s'Huss  Rollé-Schwilgué  als  Woyaschôr  genumnie. 

Uf  d'Bascule,  noch  Stockholm,  noch  Hamburg  un  Berlin, 

Noch  Stueggert  un  noch  Mùnche,  Constantinowel,  Wien. 

In  dere  flotte  Stadt  isch  er  gar  lang  gebliwe 

Am  End  het  er  for  sich  e  Spedition  betriwe 

Mit  Krapp  un  Indigo,  het  gschâfl'eU  druf  un  dran, 

So  dass  er  hitzeda  us  Rente  lewe  kann. 


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POÉSIES  ALSACIENNES  561 

U  apprit  le  commerce  et  que^  sans  négligence 

£t  sans  reproche  il  tint  la  comptabilité^ 

Et  s'il  avait  une  heure  où  de  sa  liberté 

Il  jouissait,  eh  bien  !  c'était  à  la  lecture 

Qu'il  l'employait  toujours.  A  la  httérature, 

L^stoire,  L'Almanach  des  Muses,  studieux 

Il  s'adonnait.  Le  livre  aux  cantiques  pieux 

Devint  le  premier  but  de  son  premier  voyage. 

U  parcounit  alors  jusqu'au  dernier  village  : 

Mundolsheim,  Hausbergen,  Brumath,  Geudertheim,  Hœrdt^ 

Bischwiller,  Niederbronn,  Oberhoflen  et  Wœrth. 

Entrant  chez  les  curés,  à  l'instar  des  apôtres 
II  se  faisait  traiter  par  les  uns  et  les  autres  % 
Et  parcourut  ainsi  Westhoffen  et  Thrscnheim, 
Wangen  et  Wasselonne,  Ittenheim,  Fûrdenheim, 
Soultz^  Wissembourg  et  Barr,  Heiligenstein,  Blâsheim 
Et  Dorlisheim.  Allant  toujours  de  proche  en  proche 
Il  parvint  de  ce  coup  jusqu'au  Ban  de  la  Roche. 
Dans  sa  tournée  il  prit  plaisir  à  voyager. 
Avec  les  paysans  il  savait  s'arranger 
Comme  avec  les  Messieurs  et  fit  marcher  l'affaire 
Dans  notre  Alsace  au  long,  au  large,  de  manière 
A  recueillir  partout  les  compliments,  l'honneur. 
U  fut  donc  augmenté,  puis  comme  voyageur 
Maison  Rollé-SchtoUgué  le  prit  pour  faire  vendre 
Ses  bascules.  Alors  notre  ami  dut  se  rendre 
A  Stockholm  et  Berlin,  Munich,  Stuttgard,  Hambourg, 
Gonstantinople  et  Vienne.  Il  fit  un  long  séjour 
Dans  la  belle  cité,  puis  d'indigo,  garance 
Entreprit  un  commerce,  et  travaillant  pour  lui 
S'enrichit  brin  par  brin,  fit  par  sa  diligence, 
Que  de  rentes  il  peut  vivre  au  jour  d'aujourd'hui. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE 


I.  Bibliothèque  de  la  ville  de  Golmar.  -^Catalogue  de  la  biblio^ 
thèque  Chauffour^  dressé  par  ordre  du  Conseil  municipal,  par 
André  Waltz,  bibliothécaire  de  la  ville.  —  Manuscrits  et  imprimés 
concernant  l'Alsace  et  les  pays  limitrophes.  —  Golmar,  imprimerie 
J.  B.  Jung  et  Cie.,  4889.  1  vol.  titre  rouge  et  noir,  in  S»  de  XLII — 
769  pages. 

Ce  volume  est  le  fruit  d'un  travail  préparatoire  considé- 
rable et  bien  conçu.  Les  manuscrits  et  les  imprimés  dont  il 
renferme  la  description  sont,  paraît-il,   arrivés  à  la  biblio- 
thèque  de    la    ville   sans  inventaire  ni  classement  déter- 
miné. L'ancien  bibliothécaire,  Georges  Sloffel,  qui  avait  pro- 
cédé à  la  réception,  en  avait  commencé  la  reconnaissance  et 
le  premier  classement  quand  la  mort  vint  interrompre  le 
travail  auquel  il  se  livrait  avec  le  plus  grand  amour.   Son 
successeur,  M.  André  Waltz,  a  repris  ce  travail   avec   non 
moins  d'amour  et  avec  une  ardeur  qui  lui  ont  enfin  permis 
de  nous  faire  connaître,  dans  ses  détails,  la  précieuse  collection 
de  livres  et  de  documents  concernant  la  province  et  dont  la 
bibliothèque  du  chef-lieu  de  la  Haute-Alsace  vient  de  s'enrichir. 
Le  catalogue  des  manuscrits,  consistant  en  147  numéros 
ou  721  pièces,  est  surtout  intéressant  à  parcourir.  Chaque 
registre,  cahier  et  carton  renfermant  un  plus  ou  moins  grand 
nombre  de  pièces,  chaque  document  isolé  est  l'objet  d'indi- 
cations analytiques,  d'annotations,  de  références,  de  ren- 
seignements biographiques, etc.,  etc.,  qui  attestent  une  grande 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  563 

érudition  et  un  travail  consciencieux  chez  l'auteur  de  ces 
éclaircissements  ou  de  ces  commentaires.  Si  Chauffour  vivait, 
il  serait  étonné  d'avoir  été  en  possession  d'une  si  grande 
quantité  de  renseignements  historiques  dont  il  n'usait  y  le 
plus  souvent,  qu'au  litre  de  curiosité  sortant  d'une  boite  à 
surprises.  Le  jour  est  fait  sur  ces  archives  et  il  n'est  pas 
douteux  qu'elles  n'engagent  les  travailleurs  à  y  recourir 
dans  l'intérêt  de  leurs  recherches  relatives  à  l'histoire  de 
Colmar  en  particulier. 

Quant  aux  imprimés,  M.  Waltz  n'a  trouvé,  dans  le  cours 
de  l'inventaire,  aucun  programme  de  classification  adoptée, 
préférée,  ou  même  indiquée  par  Chauffour.  En  conséquence, 
il  «'est  décidé  en  faveur  du  classement  opéré  par  Ch.  Gérard 
pour  sa  seconde  collection,  sans  toutefois  s'y  astreindre  ser- 
vilement; c'est  surtout,  dit  M.  Waltz,  dans  la  partie  con- 
sacrée à  l'histoire  littéraire  qu'il  a  dû  s'en  écarter.  A-t-il 
bien  fait?  c'est  ce  qu'il  serait  oiseux  d'examiner.  Nous 
ferons  remarquer  seulement  que  Gérard  a  pratiqué  deux 
systèmes,  pour  ne  pas  dire  deux  méthodes  théoriques  :  le 
premier,  pour  sa  collection  qui  est  allée  à  Berlin,  était  moins 
compliqué  que  le  second  pour  la  collection  que  l'on  a  fait 
échouer  heureusement  à  Mulhouse.  Le  premier  avait  sur  le 
second  l'avantage  de  nous  présenter  dans  un  même  com- 
partiment des  ouvrages  de  même  nature  quil  faut,  dans  le 
dernier  système,  chercher  dans  des  compartiments,  divi- 
sions ou  subdivisions  diverses.  C'est  ainsi  que  les  chro- 
niques de  Closener  et  de  Kœnigshofen ,  par  exemple ,  sont 
classées  sous  des  rubriques  différentes  alors  que,  selon  le 
premier  système,  les  chroniques  en  général  étaient  rangées 
chronologiquement  sous  la  même  enseigne.  La  même 
remarque  s'applique  notamment  aux  biographies,  pané- 
gyriques, discours,  oraisons  funèbres  ,  etc.,  etc.,  qui  tous 
appartiennent  à  la  même  famille  littéraire,  quelles  que  soient 
ou  aient  été  les  qualités  distinctives  du  sujet,  et  qui,  dans  la 


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564  REVUE  D'iULSACE 

seconde  manière  de  Gérard,  se  trouvent  éparpillés  dans  des 
compartiments  aussi  divers  que  les  vertus  gloriBées.  Tout 
ce  que  nous  voulons  dire,  c'est  qu'en  pareille  matière 
l'esprit  s'accommode  moins  volontiers  de  beaucoup  de 
science  que  de  beaucoup  de  simplicité. 

Mais  ces  remarques,  et  d'autres  encore,  qui  pourraient 
être  faites,  sont  sans  objet,  car  les  tables  spéciales  pour  les 
manuscrits ,  spéciales  aussi  pour  les  imprimés  et  surtout  le 
répertoire  général,  alplhobétique  et  numérique^  fournissent  au 
curieux,  au  chercheur  le  moyen  de  trouver,  sans  embarras 
ni  perte  de  temps,  le  manuscrit,  l'imprimé,  la  carte  ou 
l'estampe  qu'il  désire  consulter.  Au  point  de  vue  de  l'exé- 
cution typographique,  il  eût  été  bon  d'individualiser  les 
tables  d'une  façon  plus  apparente,  au  lieu  de  les  faire  suivre 
à  la  queue-Ieu-Ieu,  sans  interruption  suiBsanle  pour  fixer 
immédiatement  l'attention  sur  le  passage  de  l'une  à  l'autre  ; 
simple  question  de  Frote  dont  les  auteurs,  selon  les  usines, 
doivent  souvent  remplir  l'office.  Mais  tel  qu'il  est,  cet 
instrument  indispensable  répond  dignement  aux  exigences 
d'un  service  public  bien  ordonné. 


II.  La  question  d'Alsace,  par  Jeàm  Heimwëh.  —  Paris,  1889,  librairie 
Hachette  et  Gie,  boulevard  Saint-Germain,  79.  —  Petit  8«  de  VI — 
253  pages,  prix  3  fr. 

Le  titre  et  le  nom  que  prend  l'auteur  de  ce  petit  volume 
disent  assez  clairement  que  la  thèse  soutenue  est  protestataire. 
Cependant  ce  n'est  pas  en  vue  d'exciter  les  haines  que  la 
question  est  abordée,  c'est  au  contraire  dans  le  but  c  de  con- 
tribuer à  leur  apaisement».  L'auteur,  qui  est  Alsacien  et 
qui  «  croit  bien  connaître  son  pays  »  —  il  le  connaît  en  effet 
à  merveille  —  voudrait  traiter  sans  passion  les  différents 
points  qu'il  se  propose  d'examiner.   A-t-il  réussi  à  le  faire 


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BULLETIN   BIBLIOGRAPHIQUE  565 

sans  pcission?  Oui,  diront  la  plupart  de  nos  compatriotes, 
pas  absolument,  diront  les  autres  ;  mais  on  doit  recon- 
naître que  récrit  se  distingue  de  ceux  qui  l'ont  précédé  — 
soit  pour,  soit  contre  —  par  la  modération  du  langage,  par 
la  hauteur  de  vue,  par  Tétude  sérieuse  des  faits  dans  le  passé 
et  dans  le  présent,  par  la  défense  sensée  du  droit  moderne 
contre  les  agissements  du  droit  ancien  ou  abus  de  la  force 
et  enfin  par  une  saine  appréciation  des  manifestations 
sociales  qui  se  produisent  et  des  conséquences  qui  peuvent  en 
résulter. 

Il  ne  peut  entrer  dans  notre  cadre  de  faire  à  Jean  Heimweh 
quelques  emprunts  qui  intéresseraient  au  plus  haut  degré  le 
lecteur.  Nous  devons  nous  borner  à  reproduire  la  formule 
des  quatre  propositions  qu'il  examine  : 

I.  L'Alsace  conquise  par  l'Allemagne  accepte-t-elle  sa  nouvelle 

condition  ? 
II.  Pourquoi  et  comment  l'Alsace  devint-elle  Françdse  ? 

III.  Pourquoi  l'Alsace  se  refuse-t-elle  à  redevenir  allemande  ? 

IV.  Quels  sont,  au  point  de  vue  de  l'ordre  public  en  Europe,  les 

effets  de  l'annexion  violente  de  l'Alsace -Lorraine,  à  l'em- 
pire d'Allemagne  ? 

On  devine  les  conclusions  de  l'auteur  après  Texamen  de 
chacune  de  ces  questions.  Il  y  a  quelque  concordance  entre 
ces  conclusions  et  une  opinion  raisonnée,  réfléchie  qui 
s'impose  et  dont  la  presse  de  tous  les  pays  s'est  déjà  rendue 
l'écho. 

Le  livre  de  Heimweh  se  place  de  lui  -  même  au  premier 
rang  de  nos  alsatiques,  dans  le  compartiment  de  notre 
histoire  politique,  et  c'est  à  ce  titre  que  nous  devons  le 
signaler  aux  lecteurs  de  la  Bévue  d'Alsace. 


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566  REVUE  d'alsace 


m.  Société  industrielle  de  Malhoase.  —  Bun«(in  spécial.  —  Les 
habitations  ouvrières  à  Texposition  universelle  de  1889,  par  Antony 
RoLLiET.  —  Nancy,  imprimerie  de  Berger-Levrault  et  Cie,  1889. 
Grand  in-8«  de  158  pages  et  5  planches. 

A  l'exposition  universelle  de  1867,  la  question  des  habita- 
tions ouvrières  avaient  son  autonomie  brillante  par  la  solu- 
tion vraiment  pratique  qui  lui  avait  été  donnée  à  Mulhouse. 
Ce  n'était  pas  une  nouveaulé  théorique,  mais  c'était  une  nou- 
veauté pratique,  car,  même  engagée  dans  la  bonpe  voie,  il 
fallait,  pour  réussir,  qu'une  haute  et  constante  direction 
réglât  la  marche  de  l'institution  et  qu'annuellement  le  ré- 
sultat acquis  fût  porté  à  la  connaissance  publique  en  même 
temps  que  la  méthode  et  les  moyens  qui  avaient  permis  de  le 
réaliser.  L'initiative  de  Mulhouse  a  fait  faire  du  chemin  à  la 
question.  Un  grand  nombre  de  chefs  de  maison  ont  voulu 
opérer  pour  leur  propre  compte,  mais  en  apportant  toujours 
à  la  méthode  certaines  modiûcations  plus  ou  moins  utiles 
pour  donner  à  l'opération  l'estampille  de  l'auteur.  Ce  que 
Ton  faisait  à  Mulhouse  était  bien,  très  bien,  mais  ailleurs 
qu'à  Mulhouse,  on  pouvait  faire  autrement  et  tout  aussi 
bien,  sinon  mieux.  On  a  donc  procédé  dans  la  fabrication 
des  habitations  ouvrières  comme  on  procède  dans  la  fabri- 
cation de  tout  autre  objet,  c'est-à-dire  en  imprimant  sur 
chaque  produit  à  peu  près  similaire  sa  marque  de  fabrique; 
de  sorte  que,  aujourd'hui,  notre  importante  création  de  la 
cité  ouvrière  de  Mul^iouse,  d'utilité  collective  et  sociale,  se 
confond,  à  l'exposition  de  1889,  avec  les  œuvres  du  même 
genre,  maisd'uneportéeplus  restreinte,  qui  forment  ensemble 
une  section  spéciale  de  l'Économie  sociale  et  de  l'hygiène. 

C'est  à  Tétude  descriptive  des  sujets  de  cette  section  que 
M.  Antony  Roulliet,  avocat,  lauréat  de  Tinstitut  et  secrétaire 
du  congrès  international  des  habitations  à  bon  marché,  con- 


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BULLETIN   BIBLIOGRAPHIQUE  567 

sacre  un  travail  assez  complet,  adopté  par  la  société  in- 
dustrielle de  Mulhouse  et  imprimé  par  ses  soins,  au  titre  de 
Bulletin  spécial.  Il  y  a  dans  ce  buUelin  des  informations 
nombreuses  et  variées  sur  Tune  des  questions  principales 
de  l'Économie  sociale  et  l'on  ne  saurait  que  féliciter  la 
société  d'en  avoir  assuré  la  divulgation. 


IV.  Schongaaer-Gesellschaft.  ^  Bericht  Nr.  14.  —  General versamm- 
lung  vom  16.  Juni  1889.  —  Colmar,  Drack  von  F.  X.  Saile,  1889. 
In-8<*  de  21  pages  avec  trois  planches.  —  Statuten,  8  pages  in-12. 

Un  ami  de  Champolion,  M.  Louis  Hugo,  qui  occupait  à 
Colmar  l'emploi  de  Bibliothécaire  de  la  ville,  organisait, 
il  y  aura  tantôt  un  demi -siècle,  une  association  placée  sous 
le  patronage  d'un  artiste  de  la  fin  du  moyen  âge,  connu 
dans  le  monde  des  arts  sous  le  nom  de  Beau-Martin  (Martin 
Schœn),  originaire  de  Colmar.  Cetle  société  demandait  à 
chacun  de  ses  membres  une  cotisation  annuelle  si  minime 
(2  fr.)  qu'elle  permettait  à  tout  le  monde  d'en  faire  partie. 
Sans  prétention  à  une  vie  brillante,  elle  jeta  néanmoins  un 
certain  éclat  pendant  les  premières  années  de  son  existence 
et  favorisa  ainsi  la  formation  de  diverses  collections  qui  ne 
cessèrent  pas  de  s'enrichir.  Comme  cela  arrive  fréquemment,  la 
société  eut  ses  moments  d'ardeur  et  ses  moments  de  paresse 
ou  de  sommeil  qui,  pendant  quelque  temps,  dégénérèrent  en 
catalepsie.  Mais  il  suffit  qu'une  main  audacieuse  vint  la 
secouer  deux  ou  trois  fois  pour  la  réveiller  et  lui  faire  com- 
prendre qu'un  cordial  préparé  par  la  mairie  d'alors  lui 
rendrait  les  forces  que  l'on  croyait  éteintes.  Le  remède  fut 
absorbé  et  la  société  reprit  en  effet,  sous  la  présidence  de 
M.  Ignace  Chauffour,  la  marche  de  ses  paisibles  occupations. 
Elle  devait  vivre,  sans  difficulté  d'aucune  sorte,  même  après 
1870,  dans  les  conditions  de  son  origine.    Elle  ne  portait 


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568  REVUE  d' ALSACE 

ombrage  à  personne,  elle  donnait  de  légitimes  saiisfactions 
à  quelques  hommes  de  bonne  volonté,  travaillant  sans  pré- 
cipitation, mais  aussi  sans  relâche  &  augmenter  le  trésor 
artistique  dont  la  cité  devait  de  droit  naturel  être  seule 
héritière  ;  elle  a  donc  vécu  dans  ces  conditions  jusqu'à  la 
mort  de  son  président  et  de  ses  principaux  collaborateurs. 
La  disparition  de  ces  honorables  citoyens  clôt  le  cycle 
français  de  la  société  qui,  en  Tabsence  d'un  catalogue  de 
son  trésor,  en  laisse,  sans  doute,  à  la  ville  un  inventaire 
aussi  complet  que  possible. 

Un  cycle  nouveau  a  commencé,  le  26  février  4889,  par 
la  publication  des  statuts  en  langue  allemande,  avec  exclusion 
formelle  de  la  langue  française  dans  les  actes  à  venir  de  la 
société,  ainsi  que  du  système  monétaire  français  dans  sa 
comptabilité. 

Au  cas  particulier,  l'ostracisme  dont  la  langue  française 
est  l'objet  évoque  de  singulières  remarques  et  d'amers  sou- 
venirs. 

En  premier  lieu,  l'arrêté  d'interdiction  est  signé  d'un  nom 
essentiellement  français,  très  honorablement  porté,  il  est 
vrai,  par  le  descendant  d'un  Français  émigré  en  Allemagne 
pour  cause  de  religion. 

En  second  lieu,  c'est  en  vertu  de  l'article  291  du  code  fran- 
çais que  l'autorisation  de  vivre  en  allemand  est  accordée  à 
une  petite  association  d'origine  française. 

En  troisième  lieu,  cela  se  passe  en  1889  à  Colmar,  chef- 
lieu  de  la  Haute-Alsace;  à  Colmar,  qui  fut  la  patrie  d'une 
branche  marquante  de  la  famille  française  dont  descend 
le  fonctionnaire  allemand  qui  signe  l'arrêté  d'interdiction. 

Enfin,  on  sera  complètement  édifié  lorsque,  après  avoir 
parcouru  les  deux  écrits  allemands  —  statuts  et  compte 
rendu  —  on  aura  relevé  un  grand  nombre  d'emprunts  faits 
à  la  langue  française  par  ceux  qui  en  interdisent  l'usage. 
On   ne  prétendra  certes  pas  que  les  expressions  suivantes. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  569 

cueillies  dans  ces  écrits,  sont  d'origine  allemande.  Révo- 
IvLlion-smt.  Publik-um.  Bibliothe-%;.  Personern.  Prâsident. 
£onservat-or.  Correspônd-^n^.  Général-versammlung.  Kï^ssid- 
sierung.  Abonnements.  Gralification-en.  -4rwôn-Lolerie.  Tra- 
dition. JEbmilé.  Excellen-5.  Profess-or.  Portraits.  Monu- 
ment-en.  Brome-Lo/fd.  Famil-ic.  Démission.  Interessant-en 
BericJd.    Nunmehr  officielle  deuisch  Sprach. 

On  comprendra  difficilement  la  haine  que  Ton  professe 
en  Allemagne  pour  une  langue  à  laquelle  on  fait  volontiers 
de  grands  emprunts  pour  se  faire  comprendre. 

Fréd.  Kurtz. 


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TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES  DANS  LK  TOME  XVH  DE  LA  NOUVELLE  SÉRIE  —  1889 


JANVIER  -  FÉVRIER  -  MARS 


Pages. 


J.  LiBLiN.  —  Ëtymologies  vogeso^rhénanes.  —  Exemples  de- 
mandés au  mot  Sel  et  aux  mots  composés  où  ce  monosyllabe 
apparaît  —  à  la  désignation  de  certaines  parties  du  vête- 
ment (errata  4«  trimestre  1888.) 5-14 

Gh.  Pfjster.  —  Les  manuscrits  allemands  de  la  Bibliothèque 
nationale,  relatifs  à  l'histoire  d'Alsace.  —  Difficultés  à 
l'accès  des  archives  en  Alsace.  —  Les  fonds  allemands  à  la 
Bibliothèque  de  Paris.  —  La  chronique  manuscrite  de 
Glosener.  —  Historique.  —  Le  manuscrit'  de  Paris  rap- 
proché des  éditions  de  cette  chronique   15-41 

A.  Benoit.  —  La  campagne  en  Alsace  du  corps  du  prince  de 
Gondé  en  1793  {suite  et  fin),  —  Hommes  tués  et  blessés  le 
2  décembre.  —  Suite  du  récit.  —  Gentilshommes  tués  et 
blessés  le  8  décembre.  —  Fin  du  récit.  —  Armée  du  Rhin. 

—  Gouplets  au  cardinal  de  Rohan 42-62 

Rodolphe  Reuss.  —  Gorrespondances  politiques  adressées 

au  syndic  royal  de  la  ville  de  Strasbourg  et  Ghroniques 
parisiennes  (1681-1685),  suite.  —  Levée  du  siège  de  Vienne. 

—  Déclaration  de  guerre  de  l'Espagne  à  la  France.  —  Faux 
monnayeurs.  —  Amnistie  aux  protestants  du  Languedoc  et 

du  Dauphiné.  —  Naissance  du  duc  d'Anjou,  etc.,  etc.    .     .      63-80 
X.  MOSSMA.MN.  —  Matériaux  pour  l'Histoire  de  la  guerre  de 
Trente  ans  (suite).  —  Archives  de  Golmar.  —  Marc  Otto, 
de  Strasbourg,  représente  Golmar.  —  Griefs  ecclésiastiques. 


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572  TABLE  DES  MATIÈRES 


Pages. 


—  Négociations  entre  les  catholiques  et  les  protestants.  — 
Vaines  négociations.  —  Nouveaux  éclaircissements  sur  la 
constitution  de  la  Décapole.  —  Golmar  réclame  en  vain  le 
maintien  de  sa  supériorité  territoriale  à  Sainte-Croix.  — 
Situation  militaire  en  Bavière 81  -101 

X.  PoLY.  —  La  Dame  blanche  de  Passavant  (Légende  franc- 
comtoise).  —  Les  visions  dans  la  contrée.  —  Geneviève  la 
bergère,  son  chien  et  son  troupeau.  —  Entrevue  avec  la 
Dame  blanche.  —  Le  curé  de  Lure.  —  Voyage  souterrain 
de  délivrance.  —  Mort  de  la  bergère 102-127 

P.  J.  Talon.  —  Mademoiselle  Louise-Jeanne  Durefort  de 
Duras,  héritière  du  duc  de  Mazarin.  —  Ses  droits  féodaux 
sur  le  village  de  Saint- Dizier,  Haut-Rhin 128  133 

Fréd.  Kurtz.  —  Bibliographie.  —  L  Jean-Daniel  Schœpflin, 
par  Gh.  Pflster.  —  IL  Bernard  de  Saintes  à  Montbéliard, 
etc.,  par  Armand  Lods.  —  III.  Précis  de  l'histoire  de  l'Église 
d'Occident,  par  Ch.  Schmidt.  —  IV.  Inauguration  de  la 
tour  et  des  cloches  du  Temple -Neuf  de  Strasbourg.  — 

V.  Bulletin  de  la   Société    philomatique  des  Vosges.  — 

VI.  Bulletin  de  la  Société  des  sciences  historiques  et  na- 
turelles de  l'Yonne. —  VIL  Rimes  de  Hongrie,  par  Georges 
Danzas 134-144 


AVRIL  -  MAI  -  JUIN 


Gh.  Pfistfr.  —  Les  manuscrits  allemands  de  la  Bibliothèque 
nationale,  relatifs  à  l'histoire  d'Alsace  {suite).  —  Péage  sur 
rill  à  Grafenstaden.  —  Nicolas  Zorn,  Jean  Erb,  la  ville  de 
Strasbourg,  le  château  de  Dachstein,  la  guerre.  —  Le  pont 
du  Rhin,  Louis  de  Lichtenberg.  —  Le  château  de  Rhinfeld, 
détruit  par  les  Suisses.  —  Guillaume  de  Fénétrange.  — 
Premiers  Armagnacs,  etc.,  etc 145-175 

J.  LtBLiN.  —  Souvenirs  d'Alsace.  —  Livres  domestiques.  — 
Archives  de  famille.  —  Livre  domestique  d'Octavie  de 
Berkheim-Schoppenwibr.  —  La  vie  de  famille  pendant 
les  années  1789  à  1796.  —  La  fête  de  la  Raison  à  Golmar, 
etc.,  etc 180-203 


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TABLE  DES   MATIÈRES  573 

Pages. 

A.  Benoit.  —  Blocus  de  Thionville.  —  Correspondance  du 
général  Hugo,  commandant  supérieur,  avec  le  général  de 
division  à  Metz,  1814-1815.  —  Notes  biographiques.  — 
CSorrespondance 204-225 

LÉON  Briële.  «~  États  généraux  de  l'Alsace.  —  Notice  sur 
l'auteur  d'un  mémoire  adressé  à  M.  de  Montyon  concernant 
la  formation  des  États  généraux  de  l'Alsace.  —  Textes  de 
la  lettre  d'envoi  et  du  mémoire,  rédigé  par  Chrétien- 
Frédéric  Pfeffei     226-320 

Rodolphe  Reuss. — Correspondances  politiques  et  chroniques 
parisiennes  adressées  à  Christophe  Guntzer,  syndic  royal 
de  Strasbourg  (1681  1685),  suite,  —  Santé  du  pape.  — 
Troupes  de  l'Électeur  de  Cologne.  —  Manuscrits  du  chan- 
celier Séguier.  —  Les  troupes  de  Bavière  n'iront  pas  sur  le 
Rhin  contre  la  France,  mais  contre  les  Turcs.  —  Siège  de 
Luxembourg.  —  L'armée  navale  de  France  arrive  devant 
Gènes,  etc.,  etc 231-256 

G.  Reiber.  —  Historique  des  troubles  de  Strasbourg  en  1789 
par  Harthmann-Lichtenfelder.  —  Députés  aux  États-géné- 
raux. —  Commencements  des  troubles.  —  Pillage  de 
l'Hôtel  de  ville.  —  Particularités  diverses.  —  Répressions    257  269 

J.  LiBLiN.  —  Les  contes  de  veillées  populaires  (jsuite),  — 
L'Ondine  virginale  du  Rhin  et  la  Yara  de  l'Amazone.  —  Les 
cinq  solutions  proposées  par  les  Folkloristes 270-273 

Ch.  Berdellé.  —  1789,  Épitre  de  Pfeffei  à  M.  le  comte  de 
Brûhl  à  Dresde,  etc 274  282 

LÉON  Briële.  —  Colmar,  de  1814  à  1871  ;  récit  d'un  vieux 
Colmarien,  par  Rodolphe  Kaeppelin 283-284 

Fréd.  Kurtz.  —  1.  Folk-Lore  Brésilien  par  F.  J.  Santa  Anna 
Nery.  —  H.  Le  divorce  de  Napoléon,  par  Henri  Welschinger. 
—  HL  La  terre  du  froid,  par  M.  le  D^  Muston     ....    284-288 


JUILLET  —  AOUT  -  SEPTEMBRE 


J.  LiBLiN.  —  Souvenirs  d'Xlsace  —  (i'«  suite),  —  Les  fils  de 
Bergheim-Schoppenwihr  embrassent  la  carrière  des  armes. 
—  Établissement  des  trois  premières  demoiselles.  —  Mort 


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574  TABLE  DES   MATIÈRES 

Pages. 

de  la  cadette.  7—  Leurs  relations  de  famille  et  avec  Marie 
d'Oberkirch  et  Annette  de  Rathsamhausen  (M«m  de  Mont- 
brison  et  de  Gerando).  —  Leurs  joies  et  leurs  peines  pen- 
dant le  Consulat^  TËmpire  et  la  Restauration.  —  La  colonie 
qu'elles  fondent  à  Paris,  etc 291-317 

X.  MossMANN.  —  Guerre  de  Trente  ans.  —  Suite  des  négocia- 
tions relatives  aux  gHefs  ecclésiastiques.  —  Conseils  aux 
protestants.  —  Question  de  la  Décapole.  —  Golmar  veut 
rompre  l'accord  entre  la  France  et  l'Empire,  —  Refus  de 
son  représentant 318-330 

Rodolphe  Reuss.  — •  Correspondances  politiques  et  chroniques 
parisiennes  adressées  au  syndic  royal  de  Strasbourg, 
Christophe  Guntzer.  --  Le  duc  de  Mazarin  en  Bretagne  avec 
douze  Jésuites.  —  Un  marquis  génois  est  accusé  d'avoir 
des  intelligences  avec  la  France.  —  Mort  de  l'Abbé  de 
Morimont.  —  M.  de  Louvois  est  de  l'Académie  etc.,  etc. ,  etc    331-352 

Art.  BENorr.  —  Blocus  de  Thionville  {suite  et  fin).  — 
Correspondance  du  général  Hugo.  —  Rapports.  —  Affaires 
de  service.  —  Approvisionnements.  —  Passage,  mouvement 
des  troupes.  —  Notes  sur  la  vie  et  la  mort  de  Hugo.  —  Son 
monument  au  Père-Lachaise.  —  Son  fils  Victor  Hugo,  etc., 
etc 353-386 

LÈOM  Briéle.  —  Mémoire  du  baron  de  Spon,  premier  pré- 
sident du  Conseil  souverain  d'Alsace,  sur  l'organisation 
judiciaire  conservée  à  Strasbourg  jusqu'à  la  veiUe  de  la 
Révolution 387-393 

Cu.  Boese.  —  Ses  poésies  en  dialecte  alsacien.  —  La  neige  à 
Blidah.  —  Souvenirs  d'enfance.  —  Ëpître  en  dialecte 
strasbourgeois.  —  Hiver  et  printemps.  —  Pâtés  de  foie 
gras.  —  Interprétations  et  annotations  en  français,  par 
Ch.  Berdellé 394-425 

Fréd.  Kurtz.  —  I.  Deux  procès  criminels  dans  les  Abbayes 
de  Remiremont  et  de  Poussay,  par  A.  Benoit.  —  IL  Bulletin 
de  la  société  philomatique  vosgienne  1888-89.  —  IH.  Mé- 
moires de  la  Société  archéologique  et  historique  de  l'Or- 
léanais, 4889.  —  IV.  Les  Gaudes-fin  de  deux  héros.  — 
V.  Société  industrielle  de  Mulhouse.  —  Notes  historiques 
de  M.  Auguste  Dollfus  sur  les  créations  réalisées  par  la 
Société  depuis  environ  vingt  ans 426-432 


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TABLE   DES  MATIÈRES  575 


OCTOBRE  -  NOVEMBRE  -  DÉCEMBRE 

Pages. 

Louis  Schœmberg.  —  Le  général  Walther  et  sa  famille.  — 
Renonce  à  Ja  théologie.  —  Se  fait  hussard  à  Strashourg. 

—  Lieutenant  en  4792.  —  Capitaine  en  1793.  —  Campagne 
de  TArgonne.  —  Chef  de  brigade  au  siège  de  Lyon.  — 
Attaché  à  Tannée  de  Rhin  et  Moselle.  —  Blessé  à  Hohen- 
linden.  —  Épouse  M"«  Coulraann,  de  Brumath.  —  Fait 
toutes  les  campagnes  de  l'Empire.  —  Meurt  en  novembre 

1813.  —  Déposé  aux  caveaux  du  Panthéon  en  1814  .     .     .     433-446 
Gh.  Pfister.  —  Les  manuscrits  allemands  de  la  bibliothèque 
nationale  relatifs  à  l'histoire  d'Alsace.  —  Suite  —  Manuscrit 
N"  83.  —  Comj  are  à  la  chronique  de  Rôni^,sbofen.  —  Va- 
riantes concernant  l'avènement  du  roi  Frédéric  à  l'Empire. 

—  Le  mariage  de  Maximilien,  son  fils.  —  L'élection  de 
celui-ci  comme  roi  des  Romains.  —  L'arrivée  de  Maximilien 

à  Strasbourg.  —  Un  tumulte,  etc.,  etc 447-468 

X.  MossMANN.  —  Matériaux  pour  servir  à  l'histoire  de  la 
guerre  de  Trente  ans,  suite.  —  Retour  du  député  de  Coimar 
à  Munster.  —  Question  de  la  décapole.  —  Nouvelles  diffi- 
cultés soulevées  par  les  Suédois.  —  Coup  de  main  des 
Suédois  dans  l'évéché  d'Osnabrûck 469-478 

Arth.  Benoit.  —  Arrestation  de  deux  pasteurs  dans  la 
baronle  de  Fénétrange  en  1724.  —  Conflit  d'autorité  reli- 
gieuse entre  le  duc  de  Lorraine  et  le  prince  de  Salm-Salm, 
Louis-Otto 479-489 

J.  LiBLiN  —  Souvenir  d'Alsace.  —  Suite  et  fin.  —  Altitude 
de  Henriette  de  Berckheim  -  Schoppenwihr  et  de  son 
mari,  Augustin  Périer,  sous  le  régime  constitutionnel.  —  Le 
choléra.  —  Les  morts.  —  Les  survivants.  —  L'attentat 
Fieschy.  —  Les  décès  de  famille.  —  La  résignation.  — 
Le  sort  des  trois  résidences  de  Vixille,  Jaegerthal  et  Nord- 
heim 490-506 

YvAN  ZuBER.  —  Notice  sur  Jean  Dollfus.  — •  Sa  naissance.  — 
Son  instruction.  —  Sa  vie  industrielle.  —  Ses  idées  écono- 
miques. —  Sa  philanthropie.  —  Ses  institutions.  —  Sa  vie. 

—  Sa  mort 507-524 


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576  TABLES  DES  MATIÈRES 

Rodolphe  Reuss.  —  Correspondances  politiques  et  chro- 
niques parisiennes  adressées  à  Christophe  Guntzer,  syndic 
royal  de  la  ville  de  Strasbourg  (1681-1685).  —  Suite  et  fin.    525-535 

J .  LiBLiN.  —  Ignace  Chauffeur  et  ses  livres.  —  Quelques  ren- 
seignements biographiques  et  bibliographiques    ....     536-545 

Gh.  B€BSE.  —  Les  poésies  en  dialecte  alsacien,  suite,  —  In- 
terprétation française,  par  Ch.  Berdelié.  —  Épttre  à  Tami 
Piton.  —  Excursion  de  Pentecôte,  etc.  etc 546-561 

Frédéric  Rurtz.  —  I.  Catalogue  de  la  bibliothèque  Chauffour, 
par  André  Waltz.  —  II.  La  question  d*Âlsace,  par  Jean 
Heimweh.  —  III.  Les  habitations  à  bon  marché  par  la 
Société  industrielle  de  Mulhouse  à  l'Exposition  universelle 
de  1889.  —  IV.  Compte  rendu  de  l'assemblée  générale  de 
la  Société  Schœngauer  par  son  président 562-509 

Table  des  matières  de  l'année  1889 570-576 


Stnaboorg,  typ.  G.  Fisehbftch.  —  4482. 


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